Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Un post oublie, octobre 2009

    Vers 21h50, dans le train qui me ramène chez moi. Depuis quelques jours la grisaille et aujourd’hui la pluie, de retour… Des pensées contradictoires en moi, toutes convergeant vers le même point. Pendre des décisions, agir. Mon visa arrive à expiration dans un peu plus de 4 mois. Je ne reviens pas moi-même de ce parcours…Il y a 4 ans, de retour de Kyôto, je décidais de re-contacter NOVA, troublé de tant d’injustice : d’autres y travaillaient bien, qu’avaient-ils de plus que moi ? Les règles de renouvellement du visa ont changé, certains étrangers redoutent l’épreuve. Je suis en règle, je ne vois pas bien pourquoi je devrais m’inquiéter. Je paie ma couverture sociale, c’est le principal. J’ai changé d’employeur, mais à l’arrivée, je fais le même travail. Mon souci est du côté financier, mais serait-ce mieux en France ? Putain de crise…Cependant, je crois voir dans l’ouverture de la deuxième école, où je travaille, une source de revenus supplémentaire qui devrait changer la donne. Déménager, une obsession.
    J’ai réparé mon vélo, celui que j’avais acheté en arrivant en février 2006. Peu avant mon départ, mes collègues à BNPP m’avaient offert de l’argent, dans les 140 euros, ce qui n’est pas rien. Quand j’avais acheté le vélo, j’avais immédiatement fait le lien. Ce vélo, c’était leur cadeau d’adieux, ou au moins d’au revoir. Cette année, il devenait évident que de grosses réparations s’imposaient, mais une flemme m’a pris, j’ai acheté un autre vélo. Un de ces vélos à panier. Pratique pour faire les courses dans le quartier, mais tellement lourd quand il s’agit de rouler des kilomètres. Un vélo de sédentaire. Pas mon vélo. Depuis lundi soir, après avoir changé les pneus, les chambres à air, décapé la chaîne à l’anti-rouille et après l’avoir huilé, après avoir lavé le cadre et l’avoir ciré, après avoir mis de nouvelles plaquette des freins, et enfin, lors du remontage des roues, après avoir bien vérifié la mise en axe, j’ai enfourché la bête. Ayant nettoyé la selle, je l’ai repositionnée plus haute. Ma première impression a été la redécouverte de la légèreté de ce vélo. Monté dessus, j’ai fait un tour dans le quartier -en fait, j’ai tourné autour du petit parc à côté de chez moi. Lentement d’abord. Et très vite une incroyable confiance est revenue, j’ai accéléré, changé les vitesses, freiné… Ça n’a rien à voir, un vrai vélo…

  • Quelques mots en passant…

    Londres, 2004. Bar gay Compton’s, Soho W1, un dimanche en fin d’apres-midi. Cliquez pour agrandir.

    Dans le métro, vers 15h20.
    J’en peux plus. J’en peux plus de mon boulot de survivants pour un salaire de survivance. J’en peux plus de cette impression de ne jamais sortir de la banlieue. Tama-Plaza, je t’en foutrais, moi… Quitter Bondy pour atterrir à Tama-Plaza, quelle ironie. Bien sûr, je pourrais être satisfait, après tout, j’habite au Japon, et tout le tralala, mais dans les faits, j’ai fui une banlieue à l’âge de 18 ans –et encore mes professeurs pourraient certifier sans trop de difficultés que dès l’âge de 15 ans, ils ne m’y voyaient plus, dans ma banlieue. Oui, Paris m’offrait une évasion à pas cher, le paradis du lèche-vitrine et des façades, la foule vivifiante contre le morne horizon d’un centre commercial en bordure d’autoroute. Alors Tama-Plaza…Un boulot avec rien autours… J’habite en bordure de Tôkyô, dans un arrondissement qui pourrait s’apparenter à une première couronne. Tama-Plaza, ce serait un peu comme Cergy ou Marne-la-Vallée. La zone, en quelque sorte. Une zone de classe moyenne. Un territoire pour le commerce sans culture et où l’histoire semble bannie au profit du présent vide des consommatrices. Une banlieue-dortoir, le paradis de Starbuck et MacDonalds. Je suis un promeneur. Je suis malheureux.

    Promenade avec Nicolas en 1998 au cimetiere du Pere-Lachaise. Cliquez pour agrandir.

    Dans le train, vers 19h55.
    Je regarde les offres d’emploi, de nouveau. Le marché reprend dans ma « branche ». Mais est-ce vraiment ma branche, ou ne serait-ce pas plutôt un autre visage de la nécessité. Cette fois, un appel du confort, un aspect « pratique ». J’ai tellement envie de déménager, j’ai tellement peu d’argent. Mon loyer actuel, pourtant raisonnable, semble démesuré. Je réduis mon train de vie mois après mois et ne voit pas trop venir la différence. Finis les sandwichs au travail, les bentos. Je dis cela, mais je ne veux pas dire que je suis pauvre. En France, avec un loyer de 700 euros, je serais dans la même situation si mon salaire ne dépassait pas 2000 euros minimum, comme beaucoup de gens. Mais en France, les transports sont moins chers, et dans Paris, les distances, moins grandes, permettent d’éviter les sur dépenses alimentaires, c’est-à-dire les plats préparés. Cela peut être plus facile d’y faire des économies. Mais je m’aperçois à quel point j’ai été chanceux de vivre dans un appartement pour lequel je n’avais pas à payer de loyer. Ça change tout, on est immédiatement d’un tiers plus riche. Mes cours particuliers m’aident bien. Peu, mais c’est toujours cela.
    Ce qui est le pire, ce sont les distances. Il m’est impossible de faire les trajets à vélo, comme à Paris. Je suis devenu sédentaire, alors que je ne l’ai jamais été et que je n’aime pas cela. Mais pour moi, prendre le métro est et reste un geste utilitaire, et je déteste le métro. Ce que j’ai toujours aimé, dans la marche et le vélo, c’est pouvoir tourner. Pas parce que c’est nécessaire, non, mais parce que l’idée m’est passée par la tête. À vélo, c’est un véritable plaisir car on peut se tromper : corriger le tir est très rapide. J’ai appris à aimer Paris de cette façon, en connaissant intimement ses recoins, ses impasses. Et puis, j’appartiens (je parle au présent car je ne pense pas qu’on change si facilement) à la race des PD de nuit. J’ai toujours aimé la drague nocturne. Et à mes promenades de jours ont longtemps succédé mes errances de nuit. Je dis errance car je pense que les homos de la nuit ont quelque chose de particulier, un rapport très intime avec la solitude. La nuit, on rencontre de drôle de gens, de drôles de types avec lesquels on ne rentrera pas forcément, et avec lesquels il ne se passera rien, si ce ne sont de longues conversations épuisantes. Des tapins. Des junkys. Des SDF. Des sans papiers. Des types qui ont été plaqués par leur femme. Toute une foule qui s’ennuie et qui finit toujours par s’agglomérer là où il y a un peu de monde. Chez « nous ».

    Mon ancien quartier, ici cote 2e arrondissement, une nuit. Laquelle… ? Allais-je/ revenais-je des quais de la Seine, des jardins du Louvres… ? Vers 2002/2003. 

    La drague de nuit est un exercice solitaire en mileu urbain. Le silence règne, au milieu des voitures et d’êtres fantomatiques. Avec mon vélo, il m’arrivait de passer à l’un, à l’autre, et puis d’abandonner : Paris m’a souvent détourné de mon but. Une brume épaisse, une terrasse bienveillante ou une âme solitaire entrevue le long d’un boulevard, et j’oubliais bien vite ces lieux qui continueraient à exister très bien sans moi… Il m’arrivait aussi souvent de prendre des photos. Maintenant, j’habite trop loin des quartiers que j’aime pour m’y promener : où j’habite, une promenade ressemble à une expédition. Et je ne parle pas de mon école… Je rêve de déménager… et en attendant dépérit, condamné à une sédentarité que je déteste, à des trajets en métro obligatoires qui me dépriment.
    Pourtant, et c’est le mérite de la stabilité retrouvée, je recommence à beaucoup bouger, et en tout cas quand je le peux. J’ai commencé par exemple à faire le trajet en vélo pour mon cours particulier du lundi. Je suis décidé à garder ce rythme. C’est peu, mais cela transforme l’entreprise en promenade. Je me suis acheté un vélo de ville pas cher cet hiver, mais heureusement, je n’ai pas jeté mon vélo acheté chez MUJI : je vais le customiser. Il en a besoin : la chaîne est rouillée et les pneus sont morts. Mais un vélo « sport », c’est bien plus confortable sur de longs trajets ; et puis, avec Jun, nous allons pouvoir nous balader à deux.

    Professionnellement, on verra bien, mais en tout cas, c’est vrai que je suis fauché, que la distance me tue : je rentre chez moi à onze heures, je mange vers onze heures trente et je dors donc en général vers une heure – deux heures. Je suis un « du matin » qui déborde sur la nuit. J’aime me lever à 6 heures et demie, mais me coucher également dans la nuit ne me fait pas peur. Mon rythme professionnel bouscule ce rythme naturel : plus de une heure de train le soir tard et un dîné par-dessus, ça lessive…J’aime en effet dîner vers 7 heures. Comme ça, après, je peux « voir » ce que je vais faire. C’est râpé d’avance.

    Londres, 2000. Mais ou donc ? Cliquez pour agrandir.

    Je ne sais pas trop par quel bout attaquer. Le vélo, c’est pas mal. Un régime et des exercices, ce serait idéal (j’ai beaucoup grossi quand j’étais au chômage). Lire et écrire, voir des films « chiants », c’est vital (tiens, ça me fait penser, j’ai vu Harvey Milk – pas chiant- et The Time of Harvey Milk, le documentaire… étonnant, ce type d’histoire d’avant le SIDA…)
    Mais je crois quand meme tenir le bon bout…

    Je vous laisse avec quelques photos “argentiques”, la suite de mes scans.

    Madjid




  • Suite, divers et varié

    Dans le métro. Ici, la station Monzen Nakachô. Temps couvert sur Tôkyô, plutôt humide ; décidemment, le typhon de cette semaine était très particulier. Non seulement les températures ont chuté, mais surtout le temps est resté couvert :en général, ce que j’aime dans les typhons est qu’ils nettoient le ciel et qu’ils sont suivis par un grand beau temps, au moins jusqu’au prochain. Cette fois-ci, rien de tout cela, ça s’est même vaguement dégradé à mon avis. Lundi, le temps était simplement glacial.
    Je suis vaguement remis de ma purge hier. Je n’arrive toutefois pas à comprendre… On m’avait qu’il lui arrivait de faire des fixations et qu’il avait ses travers : je viens d’y goûter. En revanche, il a entièrement remis en cause une décision : celle de tenter de rester dans l’éducation et de progressivement y faire ma place. Je ne sais pas si cette révision sera suivie d’effet, mais à partir de maintenant, et je ne sais trop jusqu’à quand, je considère que mon travail est subi, et non choisi. J’ai suffisamment fait le point sur mes ambitions et sur ce que je peux faire, ce que je désire faire, ce que je vaux aussi, pour subir une espèce de purge comme on en fait parfois subir aux enfants quand on a les nerfs à vifs. Bien sûr, je peux reconnaître que certaines remarques étaient justifiées, mais cela ne méritait absolument pas ce coup de pression.
    Ce matin, je suis allé donner ma leçon hebdomadaire à Hiromi, hier c’était Mari et mardi Yûko. Trois cours particuliers, à chaque fois un niveau différent, chacune une étudiante que j’apprécie. Mari est bien sûr la plus intéressante car elle s’exprime plutôt bien. Je la fais travailler en B1, ce qui est un niveau déjà assez avancé : c’est un niveau « intermédiaire » selon le cadre européen de référence. Comme elle le faisait dans le passé, elle a d’ores et déjà épluché les premier chapitre. Pour elle, j’axerai sur la rédaction (à la maison), et des questions de compréhension (à l’oral). Pas besoin de « voir le vocabulaire », elle fait ça très bien toute seule et je peux donc directement me concentrer sur sa mise en contexte. Pour Yûko, le mécanisme d’auto-aquisition n’est pas en place : elle doit utiliser un dictionnaire et n’arrive pas à comprendre en contexte, notamment dans le cas où une même situation est expliquée deux fois en des termes différents. Hiromi est une débutante studieuse à qui je peux donner pas mal de devoirs. Elle essayait de forcer un peu son niveau au début car elle avait appris durant quatre mois en France, mais elle s’est vite aperçue,je pense, que ce qu’elle avait appris méritait d’être revu. En revanche, elle s’applique à mobiliser ce qu’elle a appris dès que cela est possible, et elle s’en sert assez bien. Les progrès de Hiromi, mais également ceux de mes élèves à l’école m’encouragent et me confirment dans ma certitude d’être un bon pédagogue.
    Ce soir, ce sont trois classes de français, la dernière étant la plus avancée, du niveau de Mari. Je les aime bien, ils ont vécu en Europe et sont assez relax.
    Je donne mes cours dans un café à Kyôbashi, près de Tôkyô. Un établissement ayant la double qualité d’être abordable et d’être calme. Le café y est bon, et c’est le « plus ». Parfais pour enseigner. Cette semaine, à côté de chez moi, un « café de Belle Époque » a ouvert. Je n’y suis pas encore allé, mais ce pourrait être un cadre idéal pour travailler, le matin, de temps en temps. Ce café est en fait la cafétéria de l’école-centre de formation situé au-dessus : les étudiants doivent y être nombreux. Ce peut être amusant, une ambiance étudiante dans ce voisinage autrement essentiellement réservé aux femmes aux foyers et aux « mères ». Comme je l’ai déjà écrit, malgré un certain calme « banlieusard », j’aime bien mon quartier. Il est très pratique, bien desservi et, bien qu’excentré, on gagne le centre en moins de 10 minutes en métro.
    Le nouveau gouvernement, ce sera le 16 septembre. Comme je regarde essentiellement AsahiTV (centre gauche), j’ai eu droit ce matin aux gossips concernant le nouveau Premier Ministre, ou plutôt sa femme, la « first lady », comme les journalistes l’appellent. Je crois qu’elle va être la première à devenir à ce point public. Koizumi était divorcé, Fukuda était avec une vielle genre Madame Barre. Cette fois, c’est une femme élégante, montrable. Nul doute que le marketing utilisera cette aubaine quand la popularité vacillera… Les débats ici rappellent ceux de la France de 1981 : il y en a qui veulent déjà modérer un programme jugé trop radical… Avec l’expérience Mitterrand en tête, je ne saurais que trop conseiller d’appliquer le maximum de choses de suite,quitte à réviser ensuite et faire un plan de rigueur (en augmentant les impôts de plus riches, comme le fit Mitterrand et comme s’apprête à le faire Obama et comme l’a dors et déjà fait Gordon Brown). Si Mitterrand n’avait pas augmenté les minimas, le SMIC, fait la 5ème semaine, l’abolition de la peine de mort ou le remboursement de l’IVG (entre autres), non seulement il n’aurait pas tenu 5 ans, mais en plus la gauche se serait discrédité pour au moins 20 ans… C’est parce qu’il y a eu ces avancées sans désastre économique que les gens ont revoté Mitterrand en 88 : on pouvait dire à l’arrivée que la gauche, c’était quand même moins pire (ce sera d’ailleurs la même chose avec Sarkosy !). Bref, j’espère que le Parti Démocrate foncera tête baissée dans son programme, quitte à se planter : les électeurs lui sauront gré d’avoir essayé de bouger. Faute de quoi, ils seront regardés comme les autres et dans ce cas, les gens préfèrent généralement l’original à la copie.
    Je suis en fait dans le métro, dans l’autre sens. Les cours se sont bien passés. L’orage est passé. Comme je n’ai pas publié mon post d’hier, je pourrais très bien ne le publier, mais comme j’ai choisi une certaine forme d’honnêteté avec moi-même et avec vous dans ce blog, je le publie donc. Soyez juste informés que l’incident était clos. Et aussi que j’avais compris également que je devais trouver autre chose…J’ai mon correcteur de grammaire activé, je me demande si je devrais pas désactiver ce machin, il me propose parfois des corrections avec lesquelles je ne suis pas d’accord (synonymes, écrémage de mes utilisations « limites » de la langue française… Un dictionnaire ignore l’intentionnalité d’une faute de grammaire, le double sens créé, le faux-sens utilisé, le contraste des termes associés. Un petit grand. Ah, tiens, là, il ne me suggère rien…Je n’ai pas choisi ; en fait il s’est installé lors de ma réinstallation du système sur mon iBook. Des fois, il me fait des propositions vraiment très connes. (là,il m’a rappelé que « des fois » est une locution parlée, comme si je ne le savais pas, moi, ou alors il me refuse « là » et me conseille « cette fois » et « alors »… Quel crétin !).
    Demain, je ne travaille que 1 heure et quarante minutes. Avec plus de deux heures de transports, ça tient presque du gâchis…
    Conversation avec mes étudiants avancés du soir au sujet des élections. Je confirme, la droite japonaise est sonnée et les arguments utilisés sont les mêmes arguments de losers qu’en France en 1981. Un étudiant a invoqué : la faute aux médias (alors que les médias sont tenus par la droite). Les journalistes voulaient du sensationnel. Le pays va à la ruine. Les Démocrates n’ont aucune expérience. Ce n’est pas avec ça que la droite va revenir
    Un autre étudiant a lui tout à fait approuvé quand j’ai dit que le Japon devait bouger et s’ouvrir car il ressemblait à une cocotte-minute. Il a justifié son vote pour la DPJ car il faut « améliorer la vie quotidienne des Japonais ». Je commence vraiment à penser que ce vote traduit un bouleversement extrêmement profond, et que la comparaison avec la France de 1981 est vraiment pertinente. Je suis heureux d’être dans le Japon de ce possible.
    J’ai lu un article crétin dans le Financial Times au sujet du Japon, un truc écrit par un type qui connaît le Japon des guides touristiques fortunés et qui n’en a perçu que la vitrine (ah, le tatemae, ce talent des Japonais à ne paraître que ce qu’ils veulent paraître pour cacher ce qu’ils sont vraiment, un des thèmes de la littérature Kwaidan, ces histoires qui font peur, avec leurs êtres à deux visages, leurs femmes des neiges, leurs fantômes…). Le Japon est pour ce crétin un pays riche, ultramoderne , créatif et ouvert au design et à la gastronomie raffinée. Ils me font rire, ces crétins. Ils n’ont jamais mis les pieds dans Kôtô-ku, Edogawa-ku…Et encore, je ne parle que de Tôkyô. Qu’ils aillent donc admirer Saitama ou Gunma admirer ces poches de sous développements aux bordures de la capitale. Qu’ils les voient une fois, ces vieux avec leurs béquilles en bambou, comme dans le tiers-monde. Ces régions entières faites d’ennui, de misère, peuplées de vieillards dans leurs baraques en tôles ondulées rouillées. Tôkyô et le désert Japonais. (à suivre)
    Madjid

  • Embrouille

    Train, vers 21 h 45. J’ai pas mal de chance, de pouvoir être assis tout le long du trajet, tous les jours : dans Tôkyô, les trains sont tellement bondés… Et dans la direction opposée, de Tôkyô à cette gigantesque banlieue-dortoir de l’Ouest … Mais comment peut-on aimer l’ouest de Tôkyô vers Kanagawa. Quand on a des enfants, je comprends, mais un célibataire, là, je ne comprends pas.
    Je me suis fait passer un savon par le directeur, le genre de coup de pression dont je suis assez peu familier. La dernière fois, c’était il y a environ 5 ans, à BNPP. J’avais mené une investigation de mon propre chef, sur un incident récurant qui n’intéressait personne sauf moi car je devais reporter un coût qui augmentait chaque mois un peu plus pour une activité sensée ne rien coûter (je parle de coûts liés à des incidents). Un méga-big chef avait fini par s’intéresser à ce problème car il avait été associé à la mise en place de la procédure (Swapclear pour les connaisseurs). Qu’un légume vienne interroger un intérimaire avait mis hors d’elle la responsable du département (au demeurant quelqu’un avec qui je m’entendais par ailleurs bien et qui avait été avec moi particulièrement réglo, par ailleurs). Il s’avéra pourtant par la suite que mon analyse était judicieuse et que toute la procédure était fausse, « forcément ». Je me souviens en avoir éprouvé un sentiment d’injustice très vif. Mon chef m’a reproché des trucs insignifiants que normalement on note quand ils se présentent, comme avoir oublié une signature ici ou tiré la porte coulissante là… Ce genre de comportement me met hors de moi. En général, je fais remarquer les « problèmes » quand ils se présentent. Là, j’ai trouvé ça très violent, d’un coup, avec les reproches qui s’additionnent au fur et à mesure. Il n’a pas dû apprécier que je dise, hier, en discutant avec un collègue, que les Japonais ne savaient pas travailler (ben oui, les employés de bureau passent leurs après-midi au café…). Des reproches à la noix pour son école de merde. C’est ce que j’ai pensé. Je dis ça, mais je ne sais pas pourquoi il m’a allumé comme ça. En tout cas, je travaille dans une école de merde. Ça, j’en suis sûr.
    J’ai eu de la chance, l’an dernier, finalement, à Lehman… Pareil pour BNPP (malgré cette histoire qui m’a un peu cassé je dois avouer). Un salaire de chiotte pour se faire purger comme ça sans crier gare, pour un travail sans aucun réel challenge (les écoles de langues ne sont pas faites pour enseigner, c’est un business). Bon, c’est sûr, maintenant que l’orage est passé, ce n’est pas bien grave, mais ça remet la situation en perspective. Y. a raison, on vaut mieux que ça. L’an dernier, je m’amusais bien, moi, à Lehman. Pas que je m’entendais bien avec tout le monde, non. Mais les métiers de la finance ont l’énorme qualité d’être mondiaux, très rapides et, parce qu’on y créé toujours de nouveaux outils qui créent de nouvelles difficultés (je ne suis pas trader mais un simple spécialiste en opérations -la gestion des contrats après qu’ils aient été passés), on doit y penser très vite et il n’est pas rare que vous finissiez par avoir une meilleurs expertise que ceux qui vous encadrent. Bref, ça bouge, ça change. On peut y rencontrer des gens intéressant car la finance emploie beaucoup de monde. Enfin, ça forge un regard sur le monde réel. On n’a pas la même vision du monde après avoir vu une salle de marché pour la première fois. Parce que tous ces écrans, ces types et ces filles qui crient, bougent et s’excitent devant leurs 5 écrans d’ordinateurs, sous des écrans télévisés diffusant Bloomberg, CNN, BBC World et LCI ou i-TV, c’est la pulsation du monde, sa vraie pulsation. Une pulsation planétaire. C’est de la que coule l’argent qui inonde les marchés, votre banque, et qui créé ou détruit votre avenir. Rien ne se décide dans une salle de marché : on y crée la valeur de toute chose, et on la détruit avec encore plus de rapidité que tout. Je n’y ai pas beaucoup travaillé, mais ça marque. Moi, ça a toujours été les plateaux, plus ou moins grands – le plus grand étant celui de Lehman, avec ses plus de 200 personnes…J’en ai gardé l’habitude de saluer à travers la salle… (à suivre)

    Madjid

  • Un mardi ordinaire

    Un mardi ordinaire

    Canary Wharf a Londres, vu du Parc de Greenwish, en 1999. Il y a 10 ans, une seule tour a Canary Wharf. De nos jours, un peu comme La Defense…

    Mardi. C’est reparti jusqu’à samedi… Le Japon n’a pas changé depuis dimanche, mais il a en profondeur profondément changé : ce n’est plus le même pays. Je n’attends rien de particulier du nouveau gouvernement, d’autant que les étrangers sont totalement absents du débat national, et en tant que personne, et en tant que sujet de société. Tout au plus peut-on noter ici et là des expressions japonéo-centrées renvoyant les étrangers à une masse indéfinie, sans nationalité, ni origine ni culture. Les étrangers sont globalement « américains » ou « asiatiques » sans autre distinction. Dans un cas, pour certains, vous êtes visiblement une sorte de bête curieuse analphabète qui ne comprend rien à rien et à qui il faut sourire et dire « sankyû » ou « ixiouzmi » en n’en pensant pas moins. Et dans l’autre cas, une sorte de barbare sous-développé venu tout droit de sa campagne. Je me demande si ce n’est pas la raison pour laquelle le film de Y-L Bertrand, « Terre » n’a pas été distribué ici, malgré le très grand succès de ses albums de photographie « la terre vue du ciel », produit pas Luc Besson, autre géant au Japon. Jun a été véritablement vanné quand il a vu les images de la Chine. Ici, la Chine, ce sont des gyôza frelatés, des campagnes de crèvent la faim qui travaillent dans des usines pour 1 yen de l’heure.

    Big Ben, Londres, 1999

    Or, le film nous montre ce qui est en passe de devenir la première économie du monde : Tôkyô, à côté de Pékin, Shangai ou Shangsen, c’est une petite ville de province. La classe politique de droite parle ici toujours du « futur », mais c’est un futur globalement mis en scène par le dessinateur Tezuka dans les années 50. À la vue du film, on comprend vite que le futur appartient à la Chine, et que le futur, c’est déjà le présent. Le nouveau gouvernement parviendra-t-il à changer cette représentation erronée ?
    Bref, les étrangers, généralement victimes de préjugés hérités de l’histoire, ne font pas l’objet de réflexion particulière. Présents, ils sont absents de toutes les représentations que le Japon se donne de lui-même : le « parti unique au pouvoir » a bâti, avec l’aide d’intellectuels nationalistes acquis à sa cause, la légende du Japon, pays « homogène » peuplé par une race particulière…
    Mensonge, bien entendu, comme le prouve l’interdiction de faire des fouilles dans les tombeaux des anciens empereurs : on y découvrirait en effet certainement les preuves matérielles –objets, vêtements, correspondances, etc.- des origines Chinoises et Coréennes de la dynastie…Le nationalisme se nourrit toujours des mêmes mythes…
    londres035CXR79, Londres, 1999

    Le plus intéressant, c’est dans les séries TV qu’on le trouve : aucun étranger ! Les seuls étrangers visibles sont une sorte de décor. Ils demandent une adresse, toujours en anglais ou avec un accent à couper au couteau. Ils sont chefs, serveurs. Ils remplissent la foule des inaugurations ou des mariages chics. Une sorte de bruit de fond avec lequel on a, finalement, bien peu à voir. Je n’ai jamais vu, dans un seul feuilleton, un étranger « ami » ou « petit ami ». Parfois, il leur arrive de parler japonais ; l’effet désiré est un effet de surprise, un effet comique. Le seul feuilleton qui ait abordé une relation « mixte », Tôkyô wenkei. Et encore… En fait d’étranger, un Coréen de 2ème génération, né et scolarisé au Japon et une Japonaise, le tout présenté sous l’angle de « ce douloureux problème ».

    Londres, 1999

    Le Japon a un réel travail à faire sur lui-même, sur son idée de lui-même et sur sa représentation du monde. Le plus étonnant est que cette fermeture totale aux autres se double d’une boulimie d’écoles de langues étrangères, qui sont un des business les plus florissant de l’archipel. Je pense que tout cela est prêt à changer, mais cela se fera à la Japonaise, d’un coup. On verra la TV dans 5 ans. En tout cas, si vraiment le Japon veut s’en sortir, il est clair qu’il lui faudra regarder ses voisins comme des voisins, et non pas comme des sauvages.
    Je viens d’arriver à l’école…
    Hier, ce midi aussi, j’ai scanné des pellicules. C’est incroyable le nombre de pellicules que je peux avoir de Londres. C’est la première fois que je les vois en grand, car jusqu’ici, je n’avais que les planches contact. Ma première réaction est une très grande déception. Mon ancien appareil n’avait pas une super optique (un Praktica assez vieux acheté d’occasion, pour ceux qui connaissent) et de plus je faisais pas mal de photos de nuit, sans pied, en vitesse très lente : très flou. Je vais pourtant en mettre en ligne. Elles racontent mes promenades, la nuit dans une ville qui me manque parfois pour la très grande nonchalance qu’on y éprouve. Londres, c’est électrique et cool. En même temps.
    Dans le train, vers 21 heures 50. Voilà une nouvelle journée de passée : comme le temps passe vite…Aujourd’hui, nous avons eu un temps remarquablement chaud, plus de 30 degrés, mais déjà la pluie revient et la température a baissé. Hier, un typhon est passé, mais nous avons eu des températures incroyablement fraîches. Il a énormément plu, le vent a soufflé assez fort, mais rien de bien dramatique finalement. Ce rafraîchissement était lui très inhabituel. C’est le pendant météo de la victoire du centre gauche, en quelque sorte.
    londres034(cliquer pour agrandir) Big Ben, Londres, 1999
    Ce matin, c’était ma leçon avec Yûko Y., vers Tôkyô, comme toujours. Mon planning de leçons privées a été assez bouleversé ces derniers temps ; normalement, je ne travaille pas le lundi matin, mais le typhon a tout décalé. Seule Mari K., a qui je commence à donner une leçon hebdomadaire à partir de demain, a « réservé » sur un mois complet, ça donne de la visibilité. Jeudi, c’est Hiromi N.
    Sinon, Youtube, c’est de plus en plus « fermé ». On ne peut plus y télécharger la plupart des vidéos… La prochaine crise du capitalisme, ce ne sera pas à la bourse. Ce sera quand on nous proposera de payer pour des services gratuits aujourd’hui :ce sera le signe que nous sommes bel et bien entrés dans une phase de baisse du taux de profit. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Vous verrez par exemple apparaître Youtube (gratuit) : vidéos de promotions des maisons de disques et des majors du cinéma, recherche Google intégrée et vidéos amateurs d’une durée de 5 mn maximum. Youtube « club », Youtube comme aujourd’hui, avec de la pub en début de vidéo « pour seulement 5 euros par mois ». « My Youtube », Youtube avec la possibilité de créer sa webradio, sa chaîne vidéo, uploader ses propres vidéos, Youtube comme aujourd’hui et une option « full upload » de 1 heure, 2 heures, etc, illimité… On en est encore loin : c’est pas la crise et on n’est pas encore assez à croc. Bref , moi, comme beaucoup, je profite de cet âge d’or de vidéos gratuites. De toute façon, je ne les aurais pas achetées : où est le « vol » ?Compton’s, Soho, Londres, 1999
    Et puis ils n’ont qu’à faire des concerts!
    Madjid
  • Vous l’avez fait! Bravo!

    Vous l’avez fait! Bravo!

    Le PLD, sorte de parti unique Japonais vient de se faire renvoyer sans appel aux élections après plus de 50 années de domination. Le Japon a enfin son 10 mai 1981.

    Le vainqueur est le DPJ, Parti Démocrate, de centre-gauche, allie aux socialistes (réduit ade groupuscule, mais très présent sur les questions des femmes seules et de la précarité ainsi que sur le pacifisme), quelques dissidents de droite et une certain l’etat ne bienveillance critique des communistes (en pointe sur les questions des retraites).
    Je vous laisse avec un des clips de campagne du DPJ, honneur aux vainqueurs ! Au passage, le vrai vainqueur est Ozawa, une sorte de Mitterrand venu de la droite, leader de ce parti de 2006 au printemps de cette année. C’est lui qui a ouvert le DPJ aux partis de gauche, rendant possible des candidatures uniques. Il a été victime d’une campagne de la droite (bref, tous les médias) et a du laisser la place a son fidèle dauphin, Hatoyama, que vous verrez sur la video. Ce sera vraisemblablement le prochain premier ministre, même si chacun sait que Ozawa sera derrière lui.
    A priori, une allocation familiale sera créé très prochainement (environ 25,000 yens par mois par enfant soit environ 180 euros) et le système de sécurité sociale sera remis a plat. Le tout devrait être finance par la fin des grands chantiers clientélistes destines a arroser l’industrie du bâtiment depuis 15 ans. A titre d’exemple, un aéroport a été récemment inaugure a Ibaraki. Aucun avion ne s’y pose ni n’y décolle. Normal, c’est en pleine campagne…
    Allez, un clip de campagne du DPJ. Ca fait du bien, se réveiller dans “un pays de gauche”…
    マジッド
  • Week-end en vue!

    Week-end en vue!

    Gare de Tama-Plaza, cet après-midi. Le candidat du Parti Démocrate, en très grande forme. Ses militants, heureux. Plus loin, le candidat de droite PLD, faisait triste mine. c’est bien fait… Parfum de 1981 au pays du Soleil Levant…
    Bonne chance!

    École, samedi matin. Autour de moi le bruit du week-end, qui me rappelle NOVA. Heureux de trouver les commentaires de n., hier soir. La réalité de l’enseignement du français est assez malheureuse. En fait, et cela fera la réelle différence avec l’enseignement de l’anglais où on peut cumuler les heures ici et là avec un salaire correct à l’arrivée, quand on enseigne le français, on a plutôt intérêt à avoir un réel intérêt dans le pays sous peine de réelle dépression nerveuse… n. a une certaine chance : il habite le Kansai, vers Kyôto. À Tôkyô, c’est plus difficile à certains égards, mais cela a aussi des avantages : il y a du travail, et la ville a tout de même certains aspects véritablement fascinants.
    Aujourd’hui, grand beau temps mais cela ne va pas durer car non seulement nous avons une perturbation qui arrive cet après-midi,mais aussi le typhon numéro 11, et nous fonce droit dessus. Les charmes du Japon.
    Mon ex-camarade de section Montesquieu et ami Manuel, qui habite depuis plusieurs années à Dublin en Irlande, prépare activement son premier séjour au Japon. Il a compris ce que peu de gens veulent comprendre : il ne faut pas sacrifier Kyôto. Il visitera également la région de Nagano, les Alpes Japonaises, et visitera donc le Château de Matsumoto. Il restera 3 jours à Kyôto, ce qui est peu mais très correct quand même. Il a raccourci son séjour à Tôkyô à 5 jours… 12 jours, ça passe très vite… Il compte faire une halte à Nagoya :ça, je n’aurais pas fait car Nagoya ne m’intéresse pas (je vais lui écrire à ce sujet). Nagoya, c’est d’abord la ville de Toyota… Je trouve amusant qu’il visite le Japon. Ça fait longtemps que je n’ai pas revu quelqu’un que je connais…


    Ce soir, avec Jun, nous sommes allés manger des soba (nouilles de sarrasin) vers Ochanomizu. Ici, soba no yu, l’eau des soba, que l’on verse dans la sauce avant de la boire. Délicieux.
    J’ai installé Snow Leopard. Oui, on sent la différence. On sent qu’il « réagit ». Ce n’est pas psychologique. Il s’allume plus rapidement, s’éteint quasi instantanément. Mail surtout s’ouvre de suite malgré les 400 mails stockés et les 5 messageries synchronisées. IPhoto, malgré plus de 45000 photos stockées sur un disque externe, s’ouvre plus rapidement ; je n’ai toutefois pas essayé les retouches, mais la vitesse –et surtout d’abord la réactivité- semble avoir vraiment été amélioré. Bref, je suis content. Et avec mes points, il ne m’a coûté que 1800 Yens, soit environ 14 Euros. Avec la mémoire que je lui ai rajouté dimanche dernier, je suis tranquille pour un moment.
    Je suis à l’école, c’est l’après-midi. C’est intéressant, écrire à mon bureau en attendant mes étudiants. Dehors, il fait très chaud. Je suis sorti quelques minutes m’acheter des sushi au conbini en bas, la chaleur était éprouvante car il y a du soleil. On ne dirait pas qu’un typhon arrive…
    J’ai appelé Jun tout à l’heure. Je le retrouve à Tôkyô (bref, la gare, devant Daimaru). J’espère que nous pourrons nous promener un peu car demain, je ne sais pas si nous le pourrons.
    Train, maintenant. J’en ai pour une trentaine de minutes. La chaleur a baissé assez nettement. Avec le dernier étudiant, conversation sur les élections, le système électoral, les partis politiques…Je trouve cet événement de plus en plus intéressant. Il semble que la participation soit particulièrement élevée et que la victoire du PDJ soit proportionnellement élevée. Ce midi, au conbini, le vendeur m’a dit « thank you » avec un grand sourire. Un voisin de l’école, un type d’une trentaine d’année à l’allure vaguement patibulaire, genre Gokusen, m’a souri alors qu’il fumait sa clope. J’ai trouvé ça sympa, moi, je mangeais tranquillement. En Europe, on a l’habitude de faire la fête désormais, lors des élections. Y aura-t’il une fête ? Mon dernier étudiant, lui, m’a dit qu’il ne le souhaitait pas : les élections, c’est le début du travail, bref, on ne fait pas la fête. L’idée se tient. À la TV, les pétasses décolorées en décolleté plongeant qui mangent des sobas en disant que c’est bon (oishii) vont elles toutes retourner le bout de tissus imprimé qui leur sert de robe et passer « à gauche » ? Les Japonais sont tellement conformistes que ce serait bien possible. En tout cas, beaucoup de Japonais regrettent Koizumi. Plus que sa politique, il me semble que c’est le leadership qui leur manque. Le sentiment d’être gouverné et non pas, comme c’est visiblement le cas, le sentiment d’être laissé à l’abandon par une caste qui n’a rien à faire d’eux. Ce que peu voient est que le but de Koizumi était la privatisation de la poste. Sitôt menée à bien, il est parti…
    Crevé, je vais faire la sieste jusque ma correspondance.
    Madjid

  • Le jour du Geek est arrivé!

    Le jour du Geek est arrivé!

    Kanon, 8 ans. Un petit groupes de trois diablesses que j’aime beaucoup. Vivantes, amusantes.

    Je suis à l’école. J’ai eu du temps pour écrire, mais j’ai préféré surfer. C’est un choix … Ce matin, après avoir fait quelques courses et un peu de ménage, je suis allé à Akihabara, à Yodobashi Kamera pour acheter Snow Leopard, comme prévu. Ce soir, installation prévue ! Bref, j’ai cherché sur le net des informations susceptibles de m’intéresser. Un vrai geek, je vous dis…
    Au Japon, quand on entend les chants des (grillons ?), le soir, en été, c’est que c’est déjà l’automne.
    C’est l’automne.
    Depuis quelques jours, malgré la chaleur, le soir, je ne mets plus la climatisation : l’humidité a disparu et on s’en passe très bien. La vie de tous les jours recommence, avec mon train du soir, ses salariman à moitié saouls et complètement claqués, ses office-ladies en costumes noirs et chaussures bas de gammes, les sourcils sur épilés. (En fait, et cela mériterait en soi tout un article, les Japonaises et les Japonais se coupent-taillent-rasent les sourcils ; c’est une pratique courante et certains dépassent les limites et cela donne des regards parfois effrayants, souvent grotesques et, comme la plupart le font mal ou pas assez souvent, pas très propres. Les hommes comme les femmes ont recours à ce procédé, les femmes n’hésitant pas à redessiner par-dessus. Enfin, les programmes insipides à la télévision regorgent de conseils et, s’il y a 4/5 ans, Hard Gay était l’icône du mauvais goût, c’est désormais Iko, maquilleur travesti, qui officie sur les plateaux.)
    Dans le train, c’est le soir, maintenant. Dimanche, ce sont les élections. Vont-ils le faire ? Les gouvernements du Japon sont tellement mauvais, pour tout dire, de plus en plus mauvais… Depuis que je suis là, j’ai connu Koizumi le nationaliste bushiste, le suppositoire bourgeois néo-balladurien Abe, le papi à sa mamie Fukuda et maintenant Aso, un incapable de lire le Japonais qui a déclaré récemment que quand on était pauvre, on ne se mariait pas, après s’être demandé publiquement pourquoi on devait payer pour les vieux… Ça donne le niveau…
    Bref, que cette bande de schtars s’en aille, ça ne peut que faire du bien. Mais ce que je demande à voir, ce sont les Japonais du lendemain. Il semblerait qu’on se dirige vers la raclée du siècle, or, cette raclée va être infligée électoralement, démocratiquement. Je pense que c’est une véritable onde de choc, un peuple qui dans le secret se détache des chefs qui s’étaient imposés à lui. Je n’attends rien de l’élection elle-même, j’espère juste que certains retiendront l’idée que « c’est possible ». Je suis content de vivre ce moment ; seront-ils souriants, lundi. Ressentiront-ils en eux la joie de la vengeance assouvie, cela libèrera t’il un peu de cette violence que l’on sent contenue, corsetée, dans cette société où chacun essaie de se donner le visage impassible de l’anonymat, au risque de souffrir de maladies de peau comme on n’en rencontre nulle part ailleurs sur terre certainement. Les Japonais ignorent le bonheur et en général le bienheureux est banni par le groupe : on va te le faire payer. Tôkyô est une ville aux rapports sociaux extrêmement violents où l’égoïsme prime.
    Je suis sur la Tôzai. Le train est bondé, mais j’ai vraiment de la chance, je change à Kudanshita et le métro y est vide encore. Je me rapproche de la maison, ouf.
    En fait, si pas mal d’étrangers, comme moi ressentent un malaise, le sentiment d’être ignoré, c’est d’abord parce que ce jeu existe déjà dans la société japonaise, entre Japonais. Il commence à l’école avec le bullying, qui atteint ici la proportion d’un phénomène de société. Le Japon met au ban nombre de ses enfants. L’étranger reçoit donc sa dose. Pas une méchanceté particulière, non, la méchanceté ambiante. Dans le métro, on me signale quotidiennement que je suis étranger : il n’est pas rare que les sièges à côté de moi restent vides alors que les autres sont pleins et que les personnes debout soient nombreuses. Une étudiante m’avait dit que c’était par politesse. Je lui ai répondu que c’est de la discrimination. Cette conne m’a regardé avec le sourire, sans répondre. Cause toujours, devait-elle penser. La même, une fois, a été outrée quand j’ai dit que l’ijime (bullying) conduisait beaucoup d’enfants à ne plus vouloir sortir de chez eux –otaku- se réfugiant dans des mondes virtuels. Certains ne sortent même plus de leurs chambres et leurs parents eux-mêmes en ont peur. J’ai conclu que les parents étaient responsables car ils n’en parlaient à personne, ni à leurs voisin, ni à un docteur. Et que la société japonaise dans son ensemble était responsable de cette souffrance liée à une maltraitance à l’école et au déni de la société à son égard. Elle m’a répondu que c’est l’enfant qui était malade. J’ai dit que non, et que l’enfant était le révélateur de la violence de la société car, si cela n’était pas le cas, les parents pourraient exprimer leur situation et demander de l’aide autours d’eux plutôt que devenir le cadre d’un drame en vase clos, avec une mère devenant progressivement dépressive, un père refusant de se mêler de quoi que ce soit. Ce sont environ 40,000 familles qui vivent ainsi au dire de certains psychiatres et sociologues. Ça fait beaucoup, tout ce silence douloureux. Et cette conne qui me répondait que la famille ne devait pas se plaindre car ça ne se faisait pas, mais qu’il fallait juste enfermer l’enfant dans un hôpital.
    Elle, elle votera Aso, dimanche.

    Ce soir, mon programme est très simple : Snow Leopard.
    Et puis dodo. Demain, je suis à l’école à 10 heures, ce qui veut dire claquer la porte à 8 heures 30… Mais je ne me plains pas, le samedi, ça passe vraiment très vite.
    J’ai vu que le CAC 40 était désormais à 3700 ! Je suis les débats sur pas mal de forums. Les amis de Ron Paul, l’ultra-droite républicaine monétariste, a le dessus mais la vigueur du cycle long d’expansion est plus forte. Cette crise est déjà finie (on me dira « et le chômage ? », je répondrais que le capitalisme n’est pas fait pour rendre heureux mais pour faire des profits, et c’est pour cela que je suis socialiste). En revanche, on a tiré toutes les cartouches dont on aura besoin d’ici 10 à 15 ans…J’ai beaucoup douté, mais en même temps, au fond de moi j’étais sûr que nous n’étions pas au bord d’un écroulement type 1929. En revanche, comme cette fois-ci on s’en sort pas trop mal (vu qu’on est dans une onde longue de prospérité, entendre, de profits en progrès) cet « accroc » sera considéré comme acquis, et on remettra ça. Je reste persuadé que la prochaine crise, qui commencera sans qu’on s’en rende compte d’ici environ 5 à 10 ans (pic de l’onde longue dans 5 ans), sera d’une grande violence tout en ressemblant à un soufflé qui tombe, en douceur, car elle cumulera pic de pétrole, réchauffement climatique, surendettement des états, vieillissement de la population en Occident mais aussi en Chine et en Inde, raréfaction de certaines denrées vitales, comme l’eau et les terres cultivables, limitation de l’efficacité des antibiotiques contre certaines maladies dont la tuberculose… ça fait en fait quelques années que je fais le parallèle entre le 21ème siècle et le 14ème siècle, parce que les 20ème et 13ème se ressemblent beaucoup trop et livrent beaucoup trop de déséquilibres « illogiques » aux siècles qui les suivent.
    Ça peut paraître délirant, mais en tout cas, les faits donnent raisons à mes arguments. Il fallait du courage, à l’automne dernier, pour écrire que même si « on la sentirait passer », on en sortirait plus vite que prévu. Aujourd’hui, même si c’est pas folichon, on sent bien que ce n’est pas 29…
    On verra bien.
    Mon iMac vient de faire un « piinnnnn » de rallumage… Le fond gris du début à l’air plus gris. Vite! Je ne veut pas louper le « générique ».
    Madjid

  • Le quotidien

    Et re-métro. Ce matin, levé assez tard, 9 heures. Je ne parviens pas à me lever de bonne heure car je ne me couche pas de bonne heure non plus… Pourtant, je suis bien rentré avant 21 heures et j’ai ainsi dîné vers 21h00… J’ai mangé des pâtes froides avec une volumineuse salade de légumes ainsi que des œufs. J’ai surfé sur le net, je recherche des babioles pour ce blog, des animations Flash pour les photos, etc. de liens en liens, j’ai pu visiter des sites de « photographes » et je suis assez halluciné par ce que je peux voir appelé tel. Pas que je sois exigeant, non, mais ce doit être mon caractère homo : pour moi, un photographe est d’abord un artiste. Qu’il ne soit qu’un type qui possède un appareil photo et en vive me semble être le comble de la supercherie. Eh bien pourtant, ils sont légions, ces « photographes professionnels ». Pour la première fois de ma vie, j’ai osé penser qu’avec mon téléphone portable, je fais mieux ; peut-être parce que pour moi c’est un jeu. Mais vraiment, j’ai été surpris par l’absence de personnalité, la banalité des sujets et de leur traitement, par l’absence d’œil, tout simplement. J’ai vu aussi des sites magnifiques qui m’incitent à beaucoup de modestie. Mais bien souvent, la perfection technique, le doigté Photoshop qui tue, me faisait l’impression d’un cache misère : ce n’est pas Photoshop qui fait l’artiste. Bref, on peut être photographe sans être artiste. On n’a pas besoin de se réclamer de la photographie quand on est artiste. Martin me signalait dernièrement la première édition d’un magazine de Français aux Japon. Avec des photos. Il me suggérait de contacter ladite association. Je ne me sens pas « photographe ». Bref, je n’ai pas contacté. C’est comme quand autrefois on me demandait mon niveau d’anglais. Je disais « correcte », ayant une idée très haute de « courant ». Pourtant, en fait, je parle anglais couramment, mon accent n’est pas trop mauvais (pour ne pas dire qu’il est plutôt bon), je lis la presse et regarde les films sans sous-titre, je peux résumer instantanément ce que je viens de lire, traduire en instantané… Travailler à Lehman a été une révélation : devais expliquer mes problèmes, mes objectifs, écrire, téléphoner, tout en anglais ! Et ça ne me posait pas le moindre problème… L’anglais est plus que ma seconde langue. Quand je le parle, je ne pense qu’en anglais, je ne réfléchis pas, ça sort, tout simplement ! Je n’ai de difficultés qu’avec l’humour car je deviens là d’une lenteur redoutable. L’humour anglais, le vrai, est truffé de sous entendus que seul un natif sera en mesure de comprendre.
    Je fais des photos, et je m’amuse bien avec. Je ne suis pas photographe, j’utilise la photographie comme j’utilise ce clavier ou, autrefois, mon stylo et mon gros cahier de 400 pages à petit carreaux, relié, à bord carrés, que j’achetais chez Joseph Gibert et qui me durait environ une année. J’ai apporté mes journaux au Japon, ils me sont très précieux. J’y écrivais d’une écriture minuscule ma vie, mon analyse, mes souvenirs, des recettes de cuisine, la visite de tel ou tel musée…Le blog est arrivé au bon moment : Joseph Gibert a cessé de fabriquer ces gros cahiers : visiblement, les clients préfèrent les spirales. Pas moi. J’aurais pu me rabattre sur le grand format 21×29,7, 400 pages petits carreaux relié à bords carrés comme je l’ai fait vers 1996/97, mais ce cahier, qui m’a duré une année et demi, m’a fait comme l’impression de ne jamais se terminer, et puis, je n’aimais pas qu’il se prolonge au delà des vacances d’été. Il m’a comme désynchronisé. Je suis un enfant de septembre qui aimait l’école. Pour moi, la nouvelle année, c’est en septembre. Le tableau est tout propre, le pot de colle n’a pas encore séché et sent bon les madeleines, les cahiers sont neufs, remplis d’espoirs de progrès et de promesses de futur. Ce cahier a duré longtemps, longtemps… Il contient le suicide de Philippe, la maladie de ma chatte Siouxsie, des photos, la campagne de Jospin en 1997 et la section Montesquieu, mon opération du ménisque et mon déménagement à Asnières. Là, j’ai commencé un nouveau journal. L’espace d’une minute, après avoir vu une photo de la table de travail de Goethe, je me suis pris à regarder ma propre table comme une réplique de celle du philosophe. J’y écrivais avec plaisir, mon dictionnaire à porté de la main, ma bibliothèque à côté de moi. Asnières… J’ai quitté ma table quand je suis parti vivre à Londres, et je n’ai plus jamais réussi à écrire comme avant.
    Demain, vendredi, tous les Geeks de mon espèce vont courir les magasins pour faire leur achat de l’année : Snow Leopard, le nouvel opus de la saga Mac OS-X ; la version 10.6.0. J’en ferai partie. J’ai d’ailleurs d’ores et déjà down gradé mon iBook, puisque de tout façon,il ne pourra pas accueillir désormais les mêmes logiciels. Le voilà de retour à Tiger (10.4.11). Quand il s’agit de mon mac, je suis un vrai crétin. Mais mon iMac est un des meilleurs investissements que j’ai faits ces dernières années, et mon iBook continue de m’apporter bien du plaisir…Il fonctionne très bien. Incapable de traiter les photos rapidement, il est en revanche un très bon traitement de texte ainsi qu’un très bon outil pour le net (avec pas mal de limitations pour la vidéo Flash…). Je compte bien le garder. Et pour mon iMac, je lui ai ajouté de la mémoire. Les nouveaux sont plus rapides, mais j’avoue qu’il me suffit amplement. Il me fait office d’ordinateur, de lecteur DVD, de télévision, de chaîne stéréo…Son écran 20’ est idéal pour faire tout ça.
    Je suis un Geek une fois tous les deux ans, à chaque fois qu’un nouveau système sort… Je me souviens mon premier mac en 2003, et le précieux coup de main de Mulgon Melta. À cette époque, les Freewares n’étaient pas nombreux pour mac, je me sentais un peu perdu. Les temps ont bien changés, aujourd’hui, les logiciels pullulent !
    Je suis dans à l’école et mes deux élèves viennent d’arriver. Fin de la première partie.

    Vers 22h00. Ce soir, je serai à la maison vers 23h… Je suis dans le train. Par ici, en fait, c’est le train, À partir de Shibuya, c’est le métro.
    Ce matin, appel de Yann. Il y a une question que tout expatrié dans ce pays doit se poser à un moment ou à un autre : qu’est-ce que je fais ici, ça me mène où. Yann est en plein dedans, et le problème est que ça fait un moment que ça dure… Je crois avoir clarifié de mon côté. Et c’est marrant, accepter d’être ici a ouvert une gigantesque porte pour mes nostalgies et mes manques, comme si finalement je m’apercevais maintenant seulement que ce n’étais pas du jeu mais que je vivais bel et bien au Japon. Ça m’a également rappelé à moi-même, à des ambitions anciennes ou plus récentes. Je me souviens Mulgon, « partir, ça ne change rien », et c’est incroyablement vrai. En fait, on n’a beau changer de pays, on reste le même. Je trouve cela extraordinaire en fait. Et je suis bien content d’être le même qu’en France. Ca m’ouvre des horizons infinis, bien plus intéressant que le seul truc de « vivre au Japon ». J’ai mis 4 ans à comprendre ça… Vivre au Japon, c’est d’un banal, en fait… Ce n’est qu’un changement d’adresse. Mais être moi, Suppaiku, enfin, Madjid…
    Discussion donc ce matin avec Yann au téléphone. Doutes quand à ce qu’il convient de faire. Le Japon traverse une crise économique très grave et il est très difficile de bouger professionnellement. Il travaille comme serveur malgré de réelles qualifications. Il parle, lit, écrit le japonais. Depuis un certain temps, il se pose la question que pas mal d’étrangers occidentaux se posent en ce moment au Japon : est-ce que ce ne serait pas le moment de rentrer ? Le Japon, peut-être plus que tout autre pays d’expatriation, ne supporte pas que l’on n’y ait pas de but, de concret. Car on peut y végéter des années, comme tous ces types mariés avec des enfants, piégés dans des écoles de langues minables, avec leurs costumes minables et leur mine à manger des bentô plus que ce qui est recommandé ; j’en vois dans le métro. Comme on le disait avec Yann, est-ce que ça vaut le coup tant que ça ? Il se pose la question depuis assez longtemps. Moi, j’y ai donc apporté une réponse inspirée par ce que m’a dit Mulgon avant mon départ : ce qui compte, c’est ce qu’on fait, où qu’on soit. Ainsi Martin. Sa carrière d’illustrateur décolle ici, mais son talent l’aurait de toute façon révélée en France ou n’importe où ailleurs. Tout au plus, si on est vraiment brillant avant le départ, vivre à l’étranger offre quelque opportunité dont la curiosité que l’on peut susciter n’est pas la moindre. Bref, un crétin restera un crétin. Pour le reste, comme ailleurs, une ambition personnelle, de la confiance en soi…Pour ma part, je ne souhaite pas rentrer en France. Que fera Yann ? J’ai pour ma part déplacé le problème suffisamment. Je suis bien, ici.
    Madjid