
… de fait, le parfum le plus pédé, euh, le plus gay. Le plus eighties, le plus Gay Tea Dance au Palace. Le plus Broad. Le plus Sept.
Un truc marrant que j’ai commencé à faire l’an dernier, et qui m’a peut être aidé à retrouver ma voie/x, c’est acheter des parfums vintage. Peut être vous ne le savez pas, mais la formule des parfums change régulièrement pour des raisons légales ou purement marketing.
Ainsi, les dernières grandes reformulations ont eu lieu entre 2004 et 2007, après l’interdiction d’un grand nombre d’essences et huiles (origine animale, comme le musk etc), au profit de leur « équivalent » synthétique.
Beaucoup de marques ont décidé de « réactualiser » leurs parfums voire en proposer de nouvelles versions.
Le résultat est quasiment tout le temps désastreux. On ne recrée pas un parfum sans le perdre.
Mon premier vintage a été Antaeus, de Chanel. Acheté une bouchée de pain dans une brocante. Ça a été le choc, car je porte Antaeus depuis longtemps, et en effet, depuis des années je ne reconnais plus vraiment le parfum. Le nouveau « sent » tout de suite, l’ancien mature et prend une bonne trentaine de minutes à prendre. Et puis il y a cette sensation chaude, capiteuse, qui n’existe pas dans la nouvelle formulation…
Mon second a été Philéas, de Nina Ricci. Ça a été « mon » premier vrai parfum, je veux dire par là que je l’ai choisi sans aucune influence extérieure, si ce n’est celle de la très gentille vendeuse de cette petite parfumerie disparue depuis près de 30 ans du boulevard Bonne Nouvelle. Là, aucune comparaison possible avec une reformulation, il a simplement disparu, ce qui est peut-être mieux, finalement. J’ai trouvé de petites bouteilles échantillons ainsi qu’une de 50ml. Je continue de chercher « la » 100ml. J’adore ce parfum…
J’ai trouvé une bouteille de Cabochard, un parfum de 1959. La formule originale. Avec sa boite et même son savon (et sa boite de savon). On me dira, comment des parfums aussi vieux peuvent ne pas avoir tourné. En fait, c’est simple: tous ces parfums n’ont pas été utilisés, et ils sont restés dans leur boite, à l’abris de la lumière. Et bien sûr, je vérifie la couleur sur les photos. Il y en a des tout rouge orangé, et ça, je n’achète pas… Cabochard ne m’a pas vraiment convaincu, mais le design de la boite, oui. Une bouchée de pain.
Ma mère aimait Fleur de Rocaille. J’en ai acheté un flacon (oui, le vrai parfum, sans l’alcool). Dans sa jolie boite avec le bouquet et tout! Hélas, là, pas de chance, le parfum est passé, ou alors le vendeur l’a trafiqué.
J’ai acheté Cabochard, il fallait que j’achète Aramis, composé par le même nez. Aramis, je connais bien, puisque j’en ai toujours une bouteille. Mais en effet, je n’éprouve plus le même plaisir à le porter qu’avant.
Alors là, ça a été un vrai choc! Le Aramis actuel (appelé « eau de toilette ») « sent » la même chose, mais c’est comme si tout avait été passé au mixer, il y a une odeur, et c’est tout. Le « vrai » Aramis (bouteille des années 70/80, appelé « Cologne ») se déploie, il est fruité plus que sucré, il enveloppe et n’a pas ce côté « alcool », « liquide » du nouveau. C’est la même odeur globale, mais il y a une complexité telle que je le sens toute la journée alors que le nouveau, je ne le sens plus après 20 minutes même si mes voisins, eux, continuent de le sentir… J’adore le Aramis original, c’est un parfum extrêmement réussi, complexe. Presque sexuel…
J’aimerais bien acheter un Bel Ami, de Hermès, original, mais ils sont hors de prix. Un parfum qui puait avec élégance et sophistication. Le nouveau pue, tout simplement.
Hier, j’ai acheté LE vrai parfum qui pue, le symbole de tous les parfums qui puent, l’ancêtre des eaux de Javel dégueulasses qui puent des années 90, genre CK One. Leur ancêtre, mais l’ancêtre élégant et sophistiqué. Une affirmation, et de fait, le parfum le plus pédé, euh, le plus gay. Le plus eighties, le plus Gay Tea Dance au Palace. Le plus Broad. Le plus Sept. La plus drôle private joker du film La cité de la peur, quand Gérard Darmon s’en asperge pendant au moins cinq minutes, ce qui est totalement impossible à moins de vouloir se suicider et assassiner ses amis par la même occasion.
J’en ai enfin trouvé une 50ml vintage originale pour un prix très correct. Elle arrive ce soir.
Il reste alors deux questions. Oserai-je en porter?
Et surtout, sauras-tu deviner de quel parfum il s’agit?
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