Un mardi ordinaire

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Canary Wharf a Londres, vu du Parc de Greenwish, en 1999. Il y a 10 ans, une seule tour a Canary Wharf. De nos jours, un peu comme La Defense…

Mardi. C’est reparti jusqu’à samedi… Le Japon n’a pas changé depuis dimanche, mais il a en profondeur profondément changé : ce n’est plus le même pays. Je n’attends rien de particulier du nouveau gouvernement, d’autant que les étrangers sont totalement absents du débat national, et en tant que personne, et en tant que sujet de société. Tout au plus peut-on noter ici et là des expressions japonéo-centrées renvoyant les étrangers à une masse indéfinie, sans nationalité, ni origine ni culture. Les étrangers sont globalement « américains » ou « asiatiques » sans autre distinction. Dans un cas, pour certains, vous êtes visiblement une sorte de bête curieuse analphabète qui ne comprend rien à rien et à qui il faut sourire et dire « sankyû » ou « ixiouzmi » en n’en pensant pas moins. Et dans l’autre cas, une sorte de barbare sous-développé venu tout droit de sa campagne. Je me demande si ce n’est pas la raison pour laquelle le film de Y-L Bertrand, « Terre » n’a pas été distribué ici, malgré le très grand succès de ses albums de photographie « la terre vue du ciel », produit pas Luc Besson, autre géant au Japon. Jun a été véritablement vanné quand il a vu les images de la Chine. Ici, la Chine, ce sont des gyôza frelatés, des campagnes de crèvent la faim qui travaillent dans des usines pour 1 yen de l’heure.

Big Ben, Londres, 1999

Or, le film nous montre ce qui est en passe de devenir la première économie du monde : Tôkyô, à côté de Pékin, Shangai ou Shangsen, c’est une petite ville de province. La classe politique de droite parle ici toujours du « futur », mais c’est un futur globalement mis en scène par le dessinateur Tezuka dans les années 50. À la vue du film, on comprend vite que le futur appartient à la Chine, et que le futur, c’est déjà le présent. Le nouveau gouvernement parviendra-t-il à changer cette représentation erronée ?
Bref, les étrangers, généralement victimes de préjugés hérités de l’histoire, ne font pas l’objet de réflexion particulière. Présents, ils sont absents de toutes les représentations que le Japon se donne de lui-même : le « parti unique au pouvoir » a bâti, avec l’aide d’intellectuels nationalistes acquis à sa cause, la légende du Japon, pays « homogène » peuplé par une race particulière…
Mensonge, bien entendu, comme le prouve l’interdiction de faire des fouilles dans les tombeaux des anciens empereurs : on y découvrirait en effet certainement les preuves matérielles –objets, vêtements, correspondances, etc.- des origines Chinoises et Coréennes de la dynastie…Le nationalisme se nourrit toujours des mêmes mythes…
londres035CXR79, Londres, 1999

Le plus intéressant, c’est dans les séries TV qu’on le trouve : aucun étranger ! Les seuls étrangers visibles sont une sorte de décor. Ils demandent une adresse, toujours en anglais ou avec un accent à couper au couteau. Ils sont chefs, serveurs. Ils remplissent la foule des inaugurations ou des mariages chics. Une sorte de bruit de fond avec lequel on a, finalement, bien peu à voir. Je n’ai jamais vu, dans un seul feuilleton, un étranger « ami » ou « petit ami ». Parfois, il leur arrive de parler japonais ; l’effet désiré est un effet de surprise, un effet comique. Le seul feuilleton qui ait abordé une relation « mixte », Tôkyô wenkei. Et encore… En fait d’étranger, un Coréen de 2ème génération, né et scolarisé au Japon et une Japonaise, le tout présenté sous l’angle de « ce douloureux problème ».

Londres, 1999

Le Japon a un réel travail à faire sur lui-même, sur son idée de lui-même et sur sa représentation du monde. Le plus étonnant est que cette fermeture totale aux autres se double d’une boulimie d’écoles de langues étrangères, qui sont un des business les plus florissant de l’archipel. Je pense que tout cela est prêt à changer, mais cela se fera à la Japonaise, d’un coup. On verra la TV dans 5 ans. En tout cas, si vraiment le Japon veut s’en sortir, il est clair qu’il lui faudra regarder ses voisins comme des voisins, et non pas comme des sauvages.
Je viens d’arriver à l’école…
Hier, ce midi aussi, j’ai scanné des pellicules. C’est incroyable le nombre de pellicules que je peux avoir de Londres. C’est la première fois que je les vois en grand, car jusqu’ici, je n’avais que les planches contact. Ma première réaction est une très grande déception. Mon ancien appareil n’avait pas une super optique (un Praktica assez vieux acheté d’occasion, pour ceux qui connaissent) et de plus je faisais pas mal de photos de nuit, sans pied, en vitesse très lente : très flou. Je vais pourtant en mettre en ligne. Elles racontent mes promenades, la nuit dans une ville qui me manque parfois pour la très grande nonchalance qu’on y éprouve. Londres, c’est électrique et cool. En même temps.
Dans le train, vers 21 heures 50. Voilà une nouvelle journée de passée : comme le temps passe vite…Aujourd’hui, nous avons eu un temps remarquablement chaud, plus de 30 degrés, mais déjà la pluie revient et la température a baissé. Hier, un typhon est passé, mais nous avons eu des températures incroyablement fraîches. Il a énormément plu, le vent a soufflé assez fort, mais rien de bien dramatique finalement. Ce rafraîchissement était lui très inhabituel. C’est le pendant météo de la victoire du centre gauche, en quelque sorte.
londres034(cliquer pour agrandir) Big Ben, Londres, 1999
Ce matin, c’était ma leçon avec Yûko Y., vers Tôkyô, comme toujours. Mon planning de leçons privées a été assez bouleversé ces derniers temps ; normalement, je ne travaille pas le lundi matin, mais le typhon a tout décalé. Seule Mari K., a qui je commence à donner une leçon hebdomadaire à partir de demain, a « réservé » sur un mois complet, ça donne de la visibilité. Jeudi, c’est Hiromi N.
Sinon, Youtube, c’est de plus en plus « fermé ». On ne peut plus y télécharger la plupart des vidéos… La prochaine crise du capitalisme, ce ne sera pas à la bourse. Ce sera quand on nous proposera de payer pour des services gratuits aujourd’hui :ce sera le signe que nous sommes bel et bien entrés dans une phase de baisse du taux de profit. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Vous verrez par exemple apparaître Youtube (gratuit) : vidéos de promotions des maisons de disques et des majors du cinéma, recherche Google intégrée et vidéos amateurs d’une durée de 5 mn maximum. Youtube « club », Youtube comme aujourd’hui, avec de la pub en début de vidéo « pour seulement 5 euros par mois ». « My Youtube », Youtube avec la possibilité de créer sa webradio, sa chaîne vidéo, uploader ses propres vidéos, Youtube comme aujourd’hui et une option « full upload » de 1 heure, 2 heures, etc, illimité… On en est encore loin : c’est pas la crise et on n’est pas encore assez à croc. Bref , moi, comme beaucoup, je profite de cet âge d’or de vidéos gratuites. De toute façon, je ne les aurais pas achetées : où est le « vol » ?Compton’s, Soho, Londres, 1999
Et puis ils n’ont qu’à faire des concerts!
Madjid

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