Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Sommes nous encore reellement dans le Tsuyu ?

    Sommes nous encore reellement dans le Tsuyu ?

    C’est la question qui se pose… Il fait encore tres chaud, et meme encore plus chaud, mais le vent se fait plus sec quand il souffle, et on a un peu moins l’impression de mijoter dans une cocotte-minute. C’est plus sec ? Ou est-ce juste une impression ?
    Promenade dominicale sous la chaleur, le soleil, apres que nous nous soyons reveilles a … 11 heures du matin! De Kagurazaka (ca faisait longtemps) au Parc du Palais Imperial.
    En vrac!












  • Riko-chan


    J’enseigne a des enfants depuis pres de 2 mois maintenant. Groupes de 3 en generale, mais aussi deux fois par semaine dans un cours particulier. Hazusa le jeudi, et Riko le vendredi.

    Riko a 7 ans et, comme son pere a ete mute a Singapour, elle doit se mettre d’urgence a l’anglais. Le depart est pour la fin du mois, et des le mois prochain elle sera mise dans une ecole internationale.
    Vendredi dernier, nous avons parle des animaux et je lui ai appris “dessiner” et “lire”. En anglais, bien sur…
    Sur le tableau, c’est moi qui ai ecrit, mais c’est elle qui a dessine. Craquant!
    Aujourd’hui, samedi, grande chaleur mais beaucoup moins d’humidite enfin. Non stop a l’ecole de 10 heures a 17 heures, enfin si, une heure de pose de 15 heures a 16 heures. J’ai retrouve Jun a la maison, vers 18 heures 30. Je deviens un pro de la sauce tomate, que je parviens a griller sans bruler, pour la rallonger ensuite… Gout delicieux de tomates sechees… Et froid, c’est encore meilleurs, d’autant que j’y ajoute ail et olives en abondance… Jun se regale.

  • De menus plaisir…

    De menus plaisir…

    Lundi, vers 18h00, de retour de la 日仏会館図書館(la bibliotheque de la Maison Franco-Japonaise). Le style “bobo” japonais, c’etait tres souvent des “ruines” tres soignees. Ici, il y a deux restaurants bars…
    J’avais oublie le plaisir que procure la lecture d’un livre d’histoire. Et puis volia que cherchant un livre a lire dans une librairie, je m’arrete sur le livre de C. Frazer sur Marie-Antoinette. Je n’ai jamais specialement aime ces grosses biographies, particulierement celles concernant des femmes, en particulier celles concernant Marie-Antoinette. On tombe vite dans l’eau de rose, dans le roman de gare sur “la pauvre reine” et les “mechants revolutionnaires”. Pourtant, ce qui distingue cet ouvrage, c’est qu’il a inspire le film de Sofia Copola, et que j’ai aime le film, que je l’ai trouve tres subtil et intelligent, pas manicheen.

    Pourquoi une biographie ? Pourquoi celle la ? Pour etre franc, et cela m’attriste plus que cela ne me fait honte car cela ne regarde que moi, je ne lisais plus du tout, tout comme d’ailleurs je n’ecrivais plus du tout, ceci etant lie a cela, certainement… Pour moi, ne plus ecrire, ne plus lire, c’est un peu comme une noyade dans un puit sans fond ou je n’ai aucun espoir de trouver quelque fond, ou plutot si, celui que je voudrai bien decider pour me redresser et remonter, enfin. Mais c’est quelque chose qui est en moi depuis longtemps et que je connais, un manque de gout, une perte d’appetit pour la vie. Je suis, de ce cote, bien Japonais… L’hivers a ete de ce point de vue particulierement destructeur. Toutefois, comme je vous l’ai dit, dans ces etats, j’ai l’habitude d’avaler des images et des sons, de me remplir de ce que je peux capter du monde. Il se trouve que j’ai trouve quelques documentaires sur la fin de l’ancien regime. Et voila comment de fil en aiguille, j’ai achete cette biographie. J’ai enchaine avec la premiere partie du dictionnaire de la revolution francaise de Francois Furet et Mona Ozouf (une historienne que j’aime beaucoup), consacree aux evenements. J’ai achete la deuxieme partie, les acteurs, mais me suis decide a faire un petit detours par un rafraichissement de memoire.

    J’aime le quartier d’浅草/Asakusa, et c’est toujours un plaisir d’y passer un peu de temps, comme ce dimanche ou, apres une promenade au 明治神宮御苑/parc de Meiji Jingu, nous avons decide d’aller manger des sobas dans un restaurant vers Asakusa. Ici, la grande porte et la 五重塔/padgode a 5 etage du 戦争時/Senso-ji

    C’est amusant, lire le manuel universitaire de Joel Cornette, a mon age, au Japon. Tout d’abord parce qu’il fut le professeur qui enseignait en amphi quand je repris mes etudes en 1993, et qu’il fur le bon professeur au bon moment. Un homme passionnant qui partage “son” Louis XIV” et qui donne vie a l’histoire, aux hommes, aux enjeux, et a la pensee, aux representations. Il est un des grands noms du renouveau de l’histoire politique, non plus une histoire politique rythmee par des dates, mais une histoire politique frottee et eclairee par les sciences sociales. Son absolutisme ne fait pas de la grandeur comme celui des vieux livres: il pense la grandeur et il se pense a travers elle, il redevient une construction revelatrice d’enjeux sociaux complexes, et ou tout est bon pour faire triompher cette representation : guerre et force, bien sur, mais egalement peinture, architecture et jusqu’aux recoins des jardins du chateau de Versailles. A cet egard, Louis XIV apparait comme un souverain utilisant au service du pouvoir politique les memes procedes que l’eglise tridentine pour affirmer sa superiorite sur l’eglise “reformee”. J’ai adore les cours de Joel Cornette. Ma deuxieme revelation fut Claude Gauvard, une grande historienne doublee d’un “personnage”. Imaginez cette femme qui n’a rien publie de vraiment passionnant pendant 20 ans, certainement toute occupee a murir des intuitions. Puis, apres avoir soutenue sa these, publiant a n’en plus finir… Elle aussi, une des aventurieres du renouveau de l’histoire politique, qu’elle aborda sous l’angle de la violence et de l’insecurite (entre le 14 et 15eme siecle). On n’y pense pas, mais c’est vrai qu’avant d’etre une realite, peut-etre l’etat etait il d’abord la rencontre d’une ambition (du cote des rois) et d’une demande (de la part des peuples). Et que cette demande a pu croitre au fur et a mesure que s’affirme l’individu, la propriete, le commerce, et que les representations changent… Avec Bernard Guenee et quelques autres, Claude Gauvard a renouvele la lecture des edits royaux replaces non plus du cote de la monarchie, mais dans le contexte d’une societe violente ou les definitions meme de la violence changent, ou la criminalite change de nature et ou les crimes d’honneur, autrefois regardes avec respect, commencent a rencontrer la desapprobation des “bonnes villes” et de leurs “bons citoyens”. Je me reserve un retour a Gauvard pour dans quelques temps…

    Ininterressante, la photo… Si ce n’est que c’etait la premiere fois que je voyais ces distributeurs…

    Je suis donc de retour dans l’ancien regime, dans un tres rudimentaire manuel, dont je connais les noms, ou le vocabulaire specialise ressurgit et reprend son sens (c’est fou comme on peut se souvenir de tout ce que l’on croyait oublie…). Le manuel de Cornette a cela de bien qu’il eclaire les enjeux plus qu’il n’avance chronologiquement ou thematiquement. Il est une invitation a interroger ce que l’on croit connaitre, a le recouper avec d’autres phenomenes afin de retrouver la dynamique des groupes sociaux, des grands acteurs, des conflits et guerres, des bouleversements des cadres et des representations. Mes longs trajets se peuplent depuis quelques semaines de personnages que j’avais oublies. Et depuis quelques jours, je me souviens du seminaire d’historiographie et de recherche, au dernier etage de la Sorbonne avec Michel Fontenay, Joel Cornette et Françoise Hildersheimer (une chartiste, tres lesbienne).
    Le contact avec l’histoire me revivifie. Et tant pis si pour le mement je me contente d’un manuel. C’est un choix delibere pour me rafraîchir la memoire, et ca marche.
    Tiens, au fait, timidement, je me remets a etudier le japonais… Il serait temps! Mon niveau stagne, et si je peux avoir une comprehension globale assez bonne, quand il s’agit de parler, mon niveau n’a pas vraiment evolue depuis 1 ou deux ans, malgre une tres grande flency (je peux parler tres vite). C’est peut-etre le premier avantage de ne travailler que l’apres-midi. J’ai pas mal de temps pour m’occuper.
    Madjid
    PS cher Popol, envoie-moi un email quand tu es a Tokyo!

  • Revenons a l’economie…

    Revenons a l’economie…

    Revenons a l'economie...Au midi, le soleil au zenith, quand il sort de derriere les nuages, est simplement brulant. Beaucoup de femmes, et meme des hommes, s’en protegent avec leur parapluie. Ici, a Shibuya, mardi vers 13 heures.

    Aujourd’hui, il devrait faire tres chaud, vers 30 degres. La meteo sur Yahoo! est etrange car on dirait bien que nous allons vers le soleil d’ici une semaine: serait-ce donc la fin du Tsuyu?
    Je viens de traverser ma premiere periode Facebook: amusant! Le plus est de voir les messages de ses amis. Le moins ressemble a une sorte de temps court ou la vie se resume a des messages instantannes qui ne m’encouragent guere a passer a Twitter et m’incitent meme a lever le pied sur Facebook. En revanche, Facebook me reconduit a ce journal ou, malgre un travail instantanne, se definit quelque chose qui peut ressembler a du temps long. Cela fera 5 ans que je blogge dans quelques semaines. Je pense faire parti du groupe de vrais bloggeurs qui ont depasse le stade des 3 posts: j’y reviens toujours malgre de longues absences qui sont elles-meme un message non ecrit. Par exemple, ne pas ecrire a ete, recemment, un peu comme une readaptation, un retour a des fondamentaux. Il y a les hyper-actifs quand ils vont mal. Moi, je somatise et j’ai besoin de devorer des images. Comme si ce travail de predateur de formes et de mots allait me redefinir, me reformuler, Enfin, plutot comme si, apres cette sorte de latence boulimique (j’ai d’ailleurs repris du poids…), je pourrais etre pret pour le neuf. Et, en l’occurence ici, je pense que tel est bien le cas. Apres NOVA, je m’etais laisse aller. Une vrai depression. Cette fois-ci, je me suis resigne a mon sort et j’ai surfe. Je suis de tres pret le developpement de la crise financiere. Je dis bien developpement car nous entrons dans la deuxieme vague et, a certains egarts, le pire est a venir (contrairement aux commentaires lenifiants sur la sortie de crise).

    Vous vous souvenez, des “spreads” dont je vous ai deja parle. Nous oscillons autours de 3,5% de spread pour le AAA (je vous avais ecrit que 2%, ca faisait beaucoup il y a quelques mois…) et environ 5,5% pour les corporates (entreprises) AAA. Les “boiteux” (poliment appeles High Yield) sont autours de 11,5% (mes sources, Bloomberg). Ca veut dire que lever du capital coute tres cher. Un economiste parle d’une reprise en forme de b minuscule “cursif” : vous savez, apres la boucle, c’est plat… Soros parle d’une reprise en forme de racine carree “inversee” : ca ressemble a un W, mais apres la rechute, ca reste plat… Il faut croire que du cote d’Obama (ne me parlez plus de lui, je peux plus le voir), on est inquiet car la rumeur d’un deuxieme plan de relance commence a circuler…
    Meme si je reste persuade que nous sommes dans un trend long en expansion (la Chine et l’Inde mais aussi le Bresil s’en sortent plutot tres bien…), le foutoir genere par les banques et leur refus de nettoyer les bilans pour de vrai, en creant des “bad bank” par exemple, bloque toujours le credit. Pire, les sommes injectees dans le systeme, plutot que d’aider l’economie, sont investies en speculation (petrole, sucre, etc). Ce systeme prouve son immoralite profonde au quotidien.

    Alternance de pluie et de soleil dans la meme journee, temps different d’un quartier a l’autre. Mais toujours la meme chaleur moite… Sortez vos parapluies et vos mouchoirs!

    Oui, vous avez bien lu, je ne peux plus encaisser Obama. Hormis que son administration ait decide de maintenir les legislations homophobes en cours (notamment don’t ask, don’t tell, mais aussi en reaffirmant le caractere immoral de l’homosexualite et son lien avec la pedophilie… si si, il y a eu un texte tel emis par le secretariat a la Justice…), les liens du presidents avec les representants de la finance la plus pourrie sont patents. Ainsi la banque Goldman Sachs (qui n’a declare que 1% de ses revenus l’an dernier aux USA et le reste aux Ile Caiman) trouve en Timothy Geitner (ex president de la New York FED, et ancien lobbyste Goldman Sachs, en tant promoteur de la deregulation), l’actuel minitre de l’economie, un defenseur de choix. La loi en preparation chargee de reguler les marches est ainsi le gag du siecle! Car en donnant a la FED l’autorite de regulation des derives et autres produits et credits, elle donne aux plus grosses banques ce dit pouvoir puisque la FED est une societe privee dont le capital n’est autre que celui des grandes banques.

    Une heure plus tard, meme endroit que la precedente. Sortez vos parapluies, je vous dit!

    La logique et les respect de l’esprit des institutions auraient voulu que l’on crea une autorite independante. Les banquiers ont gagne! Et comme l’a ecrit Michel Rocard cette semaine dans le Monde, le maintien des pratiques ainsi que l’endettement massif consecutif a ce mess nous rendent extremement vulnerable pour le prochain krach financier.
    Bref, je maintiens ce que j’ecris depuis 1 an et demi, on va s’en sortir sans grande depression (je ne crois meme pas a cette reprise en racine carree renversee), certains pays beneficieront meme de ce brassage des cartes de la richesse. Mais la prochaine crise sera fatale car elle interviendra dans un trend long de deflation, que s’y grefferont les premiers effets du rechauffement et du pic du petrole ainsi que ceux du pic de vieillissement. La reprise qui s’esquisse ressemblera a un chant du cygne…
    Allez, le meilleurs pour la fin. La FED ne parvient pas a pister 9 TRILLIARDS de dollards (9,000,000,000,000 USD). Ca commence a faire des vagues aux USA. Voici une audition au Congres a ce sujet.

    On peut critiquer les USA. Mais leurs institutions sont fantastiques, je n’imagine pas une telle audition en France.

    Madjid

  • TSUYU / 梅雨

    Promenade dominicale le week end dernier, dans le quartier de Yotsuya.
    Cela faisait des semaines que nous ne pouvions vraiment sortir le dimanche pour cause de temps pourri. Car cette année, le Tsuyu est particulierement humide, changeant et imprévisible, et de plus en plus chaud. Progressivement, je sens mon corps qui fatigue tous les jours un peu plus, surtout le matin au réveil. Il faut dire, c’est un peu ma faute, je me suis refuse jusque cette semaine a utiliser la climatisation… si ce n’est de façon ponctuelle. Depuis lundi, je l’éteins épisodiquement… Cette nuit, j’ai ainsi pu bien dormir, sans me réveiller, moite, enroule dans mes draps et plein de courbatures. Cette humidité est vraiment très difficile a supporter. Vous passez sous la douche, vous sortez, vous essuyez, et vous voila de nouveau dégoulinant. Vous parvenez a sécher, il est l’heure de sortir. Dehors, c’est une sorte d’étuve, on dirait que la sueur vient de dehors de vous. Vous marchez, et c’est comme deux origines distinctes: une sueur interne, et une autre externe, générée par le caractère cocotte-minute du soleil qui parvient a passer au travers des nuages qui, pour leur part, parviennent a émettre une sorte de pulvérisation très fine, mais redoutablement efficace. Et puis cela pourra alterner avec une vraie pluie, un orage, un grand coup de vent, et retour a la case départ après être passe par une heure de cagnace faite de soleil et d’humidité de sources multiples… Le Tsuyu n’est pas une saison des pluie, c’est un état d’humidité. Avec des moments ou il pleut vraiment. Le dimanche, de préférence…
    Il y a le métro. Pas les stations qui, gros contraste avec mon premier voyage ici, sont désormais peu climatisées. Non, les wagons. Parfois véritablement frigorifiques. Les autres années, je ne goûtais guère mais je vous avoue que cette année, j’en suis grand amateur. On y sèche en 5 minutes, on en ramène un raclement dans la gorge qui dure jusque septembre.
    Malgré cela, j’éprouve un bonheur incommunicable. J’adore ce temps, en fait. C’est a la limite du supportable, mais il faut croire que mes molécules d’eau apprécient cette compagnie. Et puis au gré des températures qui montent, on prend tranquillement le temps de se faire a la grande chaleur de l’été. Cette année, c’est un peu comme si le tsuyu voulait nous avertir, faire passer une information de première importance : il va faire très très chaud…
    En faisant les courses vers Ebisu après être passe a la bibliothèque de la maison Franco-Japonaise a Ebisu, j’ai acheté de la (vraie) feta (pas du Danemark, mais de Grèce). Grande salade de tomate en perspective. Si je pouvais, en ce moment, je ne mangerais que des soba-tempura, de l’anguille grillée et des salades de tomates… Mais les bons tempuras, c’est un peu cher, et l’anguille, c’est carrément plus cher. A moins d’en manger de la chinoise, mais la… il faut être un peu volontaire car nous avons régulièrement des scandales touchant des produits alimentaires importes de Chine (les gyoza d’il y a deux ans en sont a cet égards devenus le symbole… imaginez, des viandes avariées et des traces de médicaments dans des raviolis de viande).
    Allez, a la douche, et au lit. Air conditionne a 26, pour ne pas être gelé. Ca m’est arrivé l’an dernier…
    Madjid

    (désolé, je n’ai ajoute les accents qu’avec l’aide du dictionnaire automatique, bref, il en manque encore pas mal… QUERTY oblige…)

  • A Tokyo, après le week end

    A Tokyo, après le week end

    Inutile de vous préciser que depuis un an déjà, j’adore photographier les fleurs… Passer à côté du plaisir de regarder les fleurs au Japon, c’est un peu comme passer à côté de la gastronomie lors d’un long sejour en France, c’est manquer les musées à Florence, ignorer la Lagune à Venise et les pubs à Londres… Le Japon est un pays où les hommes cultivent les saisons. On retient souvent les fleurs de cerisiers, véritable marqueur de l’arrivée du printemps, mais en fait, c’est toute l’année. On a avant admiré les fleurs de pruniers (ume) et tout l’hivers, les fleurs de camélias (tsubaki). En février, c’est mitsumata (en français ?). Et après les cerisiers (sakura), ce sont les bougainvilliers (fuji) et les éphémères azalées (tsutsuji) avant que ne fleurissent fin mai les multitudes de variétés de rhododendrons (ajisai) bleus, mauves, rouges, roses ou blancs, à petites fleurs ou à gigantesque pelotes comme celles que je vous ai offertes dans le dernier album. A la même saison, en juin, les iris (shôbu) et les premières fleurs de lotus (hasu). Et nous voilà dans la chaleurs impitoyable de l’été. Tout est vert, lumineusement vert, incroyablement vert. Quand nos champs Européens jaunissent, au Japon, ils resplendissent: le riz ne brunit qu’en septembre, avec l’automne.

    Je suis resté ignorant du nom des fleurs jusqu’à ce que je sois venu vivre au Japon. J’en connais mieux désormais le nom en Japonais et je suis parfois obligé de prendre mon dictionnaire pour connaitre leur nom en français car je l’ignore superbement.

    Quand je parle de culture du Japon, de littérature, il peut m’arriver d’être un peu con-con tant il est vrai qu’une simple traversée de Kamakura confirme mon affection pour ce pays. L’histoire y est en fait très présente dès que l’on quitte la capitale que les seïsmes et la guerre ont anéantie (quoi qu’il y ait pourtant ici et là quelques restes inattendus), et les paysages eux-même en portent la marque.

    Mais que j’en vienne à parler de la politique ici, et c’est immédiatement un rejet, tant elle infiltre les esprits jusqu’à atteindre la plus crasse connerie. Je pense qu’il n’y a qu’au Japon que des jeunes se vanteront presque de ne pas savoir parler anglais, en en riant, avant de retourner écouter cette pop “consanguine” qui ne copule qu’avec elle même au point de se répéter à l’infini… Vu dans le métro, un très bon exemple de la presse de droite où se véhiculent les clichés les plus crétins sur le monde et la supériorité du Japon. Ici, la Chine et “100 raisons de ne pas lui faire confiance”. Hormi la photo de Mao, une liste de bétises qui confine la Chine au rang de pays sous développé où on ne fait que du frelaté. L’élite Japonaise n’est qu’un ramassis de vieux crétins qui enferment ce pays dans l’arriération et la bétise. Pas étonnant que les jeunes aujourd’hui ne veulent ni voyager, ni parler une langue étrangère: le Japon, c’est tellement bien… Par contre, pour les (nombreux) Japonais normaux, c’est vraiment pas très amusant, voir les jeunes libres à l’étranger, sur internet, et ce pays verouillé.
    Au Japon, il n’y a pas de glaces Miko (Walls/ Danone) ou Gervais (Nestlé). Les glaces Japonaises valent les saloperies qu’on mangeait dans les années 50, à l’eau et toujours les trois/quatre même parfum. Il y a Haagen Das, chères bien entendu.
    Au Japon, les machines à laver, en plastique, lavent à l’eau froide : les Européens lavent à l’eau chaude car il y a des puces et des poux en Europe (sic, entendu de nombreuses fois).

    Au Japon, on ne mange que du riz Japonais. Pas de riz Thai, pas de riz Basmati. Ils ne sont pas bons et le riz Japonais est le meilleurs du monde (sic, entendu de nombreuses fois).
    Au Japon, les chaussures anglaises sont fabriquées au Japon car les Japonais ont des pieds différents, de 27 cm de long (42,5) au maximum (sic, plusieurs vendeurs).
    Je crois que les élites Japonaises n’ont pas compris qu’avec sa dette de 220% et de telles restrictions au commerce au profit des seules multinationales Japonaises, le monde n’a plus besoin du Japon… Surtout avec la Chine, ses surplus, sa croissance et son commerce mondialisé…

    Boutique Chanel, sur Omotesandô. Je ne comprends pas bien la référence constructiviste de cette vitrine, son côté soviétique : “Madame” Chanel est en effet plutôt réputée pour avoir été outrée par la grève de ses employées en 1936 et pour avoir retrouvé une seconde jeunesse entre 1940 et 1944. Bref, en 1944, plutôt que s’attarder sur de pauv’ filles qui avaient couché avec des Allemands (après tout, il y en avait de très mignon, et les histoires de fesses, ce n’est pas très politique…), c’est “Madame” Chanel, qu’il aurait fallu tondre et rouler dans du goudron et des plumes de poulet avant d’exhiber sa photo en page de l’Officiel, de Vogue et de Haarpers. Qu’on continue de vouer un culte à cette Pétainiste notoire est un mystère qui n’a d’égal que le culte voué au Nazi encarté Herbert Van Karajan, qui n’a même pas été épuré.

    La culture des nouveaux riches, ce sont des marques et une résonnance “culturelle” mêlés. Acheter un sac Vuitton, c’est rentrer dans le cercle privilégié de celles et ceux qui, moyennant 7000 à 10000 euros, appartiennent à la jetset des cartes de crédit et des artistes contemporains décallés, comme Murakami Takashi. Bref, c’est non-bourgeois, et presque jetable.
    Je crois que c’est un phénomène mondial et aujourd’hui, aux informations, j’ai vu un jeune Iranien manifester sa colère. Il portait un Tee-shirt Dolce & Gabanna. Je me suis demandé alors, un peu à la manière de Tocqueville, s’il ne manifestait pas pour pouvoir s’acheter le jean qui va avec, et la montre Bulgari assortie…
    J’espère finalement que ce système absurde s’écroulera suffisament tôt pour qu’il nous reste encore des fleurs à regarder quand nous n’aurons plus d’argent.
    Madjid

  • Il fait beau, profitons-en!

    Il fait beau, profitons-en!

    En route, 1994

    On avait presque oublié le soleil. Ces derniers jours, alors que la grisaille domine et que les températures montent, nous avons appris que ça y était, nous étions entrés dans le Tsuyu. Le Tsuyu n’est pas une saison des pluies à proprement parler, ce sont plutôt des remontées diverses et variables venant alternativement du sud (et alors il se met à faire chaud, mouate, sans qu’il ne pleuve forcément sous le ciel gris) et de l’est (et là la température et plus fraîche, et en générale il pleut). Bref, un mois d’humidité plus où moins forte au milieu de températures de plus en plus chaude puisque quoi qu’il arrive, ce sont les vents du sud qui l’emportent. Ce sont eux qui nous amènent, plus tard dans l’été, ce rafraichisseur naturel appelé Taifû, le typhon!
    J’ai raffraichi le “layout” de mon site. Ce changement a été salué par “n”. Eh oui, c’est selon l’humeur, et une pause de plus d’un mois est une bonne occasion pour changer l’apparence de ce site. Je suis assez satisfait. Après plusieurs essais ces derniers jours, je pense être parvenu à un certain équilibre entre structure et ouverture.
    Je suis à l’école. Ce vendredi, c’est pas très amusant, je travaille depuis trois heures trentes jusqu’à 9 heures trente. Mais je n’ai que trois heures de cours bref, trois heures de trou aussi. Une opportunité pour ce blog.
    (je n’ai pas continué à écrire, mais allez bon! je publie quand même…)

    Madjid

  • De mes identités multiples

    De mes identités multiples

    De vous a moi, 1993

    Je viens de relire, O que j’aime ce desordre de l’ecriture et de la pensee… Je suis à l’école. Premier post en plus d’un mois et demi. Dehors, le ciel gris de l’été qui arrive.

    J’ai pensé reprendre l’écriture maintes fois, j’ai tellement à vous dire, tant à partager
    Je suis un être aux identités multiples et brassées, recomposées.
    Par exemple, Suppaiku a milité au parti socialiste, il a aussi quitté ce parti, puis il y est revenu enrichi, fertilisé par une aventure “gauchiste” régénérante. Il a alors créé sa propre section socialiste qu’il a imprégné d’une personnalité particulière sans vraiment savoir alors que c’était d’abord la sienne. Et puis il a re-quitté pour ne plus revenir. Suppaiku/Madjid passant à la télévision, deux fois, sur Canal Plus. Comment n’a t’il pas, comment n’ai-je pas compris que JE suis une partie de la vraie rénovation dont le socialisme a besoin… Je souffre de mon identité socialiste. Je souffre d’une bousouflure mitterrandienne qui enfle a proportion que la médiocrité des socialistes enfle. Qu’ils n’aiment pas Ségolène, certe. Qu’ils préfèrent disparaître plutôt que lui donner le parti est un crime qui justifira encore plus d’abstention. Je les rêve vaincus, tous ces barons de Région bousouflés par leurs notes de frais, satisfaits de leurs travaux publics et du pli impeccable du caleçon acheté par madame.
    Par exemple. Suppaiku rêvait d’être couturier. Pas styliste, non, couturier. Faire des vêtements, d’abord. Pour en faire ce qu’il voudrait. Je rêve toujours de restructurer, et je suis arrivé très récemment à des conclusions surprenantes sur ce sujet. J’en garde un goût pour certaines époques, leur allure, et il m’arrive de communiquer avec des êtres morts en regardant ce qu’ils nous ont légués. Je me souviens une fois, au Musée Carnavalet, de chaussures datant de la fin du XVIIIème siècle, réparées maintes fois, bref, portées par des pieds différents peut-être une bonne vingtaine d’années. Marianne ou Éloïse, Fanchon ou anonyme porteuse d’eau à la Samaritaine, fille du quartier Saint-Denis.
    Par exemple, Suppaiku/ Madjid garde pour l’histoire de l’ancien régime une passion intacte. En ce moment, je lis le premier tome du dictionnaire de la Révolution Française de Mona Ozouf et François Furet. Cette bordure de l’ancienne France est passionnante.
    J’y trouve d’ailleurs la musique que j’aime, et qu’on interprête désormais de manière magnifique, entre violence et passion, aux lisières de l’agonie, de la folie, du bonheur et de l’extase, et de la sage tempérance quand passe la main d’un compositeur Français. Suppaiku a fait de la flûte traversière durant sept ans : il adorait Vivaldi. Vivaldi, le fil conducteur de toute une vie de déjà 43 ans…

    arnantulfe
    Arnantulfe Blazor, 1994

    Et puis il y a le père, et il y a la mère. L’Algérie, la Kabylie d’abord, la culture Arabe. Très peu, finalement, mais quelque chose quand même. Il faut visiter l’Alhambra pour comprendre la puissance de cette civilisation il y a un millénaire. On y lisait déjà Aristote quand on brûlait ses lecteurs en Occident. Cruel retournement… Très peu, mais quelque chose du côté de la culture Berbère. Que mon père, le Kabyle, excécrait et auquel il préférait l’Arabe. Le son d’une langue pourtant… Et puis l’ouest de la France comme de solides racines. Oui, mes racines de l’ouest, fermes et profondes. Le goût du beurre, la crême fraîche, les pommes et les rillettes. On ne refait pas les goûts de l’enfance, ils nous font pour toute notre vie.
    En moi la délimitation, si longtemps conflictuelle, entre la part Algérienne et la part Française, s’est résolue dans le fantastique bouillon de culture Parisien, se muant de part en apport. Et si l’apport du Maghreb est léger en comparaison à l’apport Européen, j’ai appris à le cultiver et à y trouver un réel plaisir. Et comme mon père, mais bien mieux que lui, je suis en mesure d’apprécier la culture arabe et sa très grande richesse. La Berbérie, loin du mythe, s’est enlisée dans les terres ancienne de l’Antiquité en refusant de se transmuer, de devenir autre. Sur Youtube, les musiques populaires Kabyles me font penser aux chansons qui me faisaient rire autrefois pendant les soirées familiales Eurovision: Malte, Yougoslavie, les ringards éternels…

    De mes identités multiplesBarzandrille, 1994

    Un fils de pauvre, je l’ai déjà raconté. Mon père en fin de droit, et puis mes parents qui ramassent les fruits à la fin des marchés, et puis les vêtements récupérés. Et puis moi qui va à l’Université. Suppaiku manquait alors cruellement de culture et n’avait de la liberté qu’une idée égoïste, enfantine. Je dois à cet épisode gauchiste entre 1993 et 1994 un réel changement que le début de mon analyse avait rendu possible. Car désormais, bien qu’imparfaitement, je savais vivre avec les autres. Les tiraillements des origines et de la pauvreté, de la culture et de ma “liberté” avaient cédé la place à des possibles. Je ne me suis jamais autant enrichi qu’avec Spont’Ex, avec LES Spont’Ex. Nous avons été un OVNI politique au détours d’un hivers où le désespoir pointait, prenant alors le visage de Balladur. Spont’Ex, bien sûr, c’était moi, Arnantulfe Blazor, mais ce moi ne fut possible que parce que j’étais prêt à recevoir des autres. Un télescopage.

    Il y a le fil Vivaldi qui me raconte très bien. Mais il y a mon moment Beauvoir, et mon temps Sartre. Beauvoir, ce fut l’été 88 alors que je frisais, déjà, sans même le savoir, le suicide. Beauvoir m’a raconté le Brésil (la force des choses) et a réveillé mon envie de vivre, au moins pour un temps. C’est avec mon analyse que j’ai commencé à comprendre pourquoi. Alors le temps Sartre a commencé. Avec un mal de ventre qui a duré une semaine après ma lecture de La nausée. Les Chemins de la Liberté m’ont réveillé, j’ai pu découvrir Dos Passos (en fait, j’adore l’écriture du 2ème tome des Chemins, certainement repris de Manhattan Transfert ou Farenheit 431 que Sartre avait lus, en gros consommateur de littérature américaine qu’il était). Et grace à Sartre, je suis revenu à Beauvoir qui reste mon personnage du 20ème siècle préféré : elle est ma mère en culture. Je lui dois d’avoir lu Faulkner, Gide (presque tout), Fitzgerald, Hemmingway, Dos Passos (ben oui, les mémoires…), Kafka, Balzac, Flaubert, plein de romans policiers, Genet (je suis très fier de ne pas avoir lu l’homosexuel, mais l’écrivain), etc… Les mémoires de Beauvoir, ça donne envie de remplir sa vie. Je suis au Japon grace à Beauvoir.
    J’ai parlé de Genet. Bien sûr, j’ai mon identité Homosexuelle. C’est extrèmement solide. Je suis homosexuel, tante, pédale, tarlouze, tafiole, PD, pédé, gay. Je ne suis pas queer, ce produit “Tendance”, version “fashion” de l’âge internet. Pour moi, une vraie révélation de l’ordinaire, ce fut ce reportage TV sur ce type brûlé/battu dans le nord de la France. Il apparait, défiguré, aux côtés de son compagnon -un peu folle. Il parle. Je suis PD, ce qu’il dit, je connais, et mon oeil commence à balayer l’écran. Un napperon en dentelle sur la télé, une majorette. Des beaufs. Du “upper prolétariat”. Des homos de pavillon de banlieue en vêtements Carrefour. De l’anti-queer. Le surgissement du réel, loin de la nouvelle petite bourgeoisie des grands centres urbains, là où c’est facile d’être pédé. Là où ça ne mange pas de pain de faire son “coming out”. Quitte à prendre un pseudonyme pour les médias. Je ne suis pas Queer. Du tout. Je suis un homosexuel. Ca, au moins, les homophobes, ils comprennent, et ça leur donne envie de protéger leur derrière. Queer, ça leur fait penser, “tu sais, comme l’autre, à la télé, qui bouffe des extas” “ah, ouais, il était dans l’émission avec Cathie Guetta, putain, elle est bonne pour ses 45 ans, ça l’air grosse pipeuse” etc.
    J’ai comme tous les gays été imprégné par la culture du SIDA en temps que séronégatif “conscient”. Pour le coup, le SIDA a été un élément déterminent dans mon état suicidaire dès 1984/85. Nous avons été un certains nombres à ne pas savoir gérer ça. Être séronégatif… J’ai même adhéré à ACT-UP. C’était naturel, pour moi, le militant. Je suis un ex-seronegatif.
    Arnantule ou Barzador, Suppaiku ou MBC, derrière mes signatures mutiples se cachent des moments et différentes facettes d’une personnalité que j’ai mis beaucoup de temps à construire, et enfin à rassembler.
    Je vous souhaite de nouveau, comme au premier jour, bienvenue. Car malgré tout ce que j’ai pu écrire, j’écris pour vous, parce que je ne vaux que par vous (vous ne valez d’ailleurs que par moi) et je ne vaux, finalement, que pour vous (vous ne valez d’ailleurs que pour moi).

    Bienvenue sur le blog de Madjid.