A Tokyo, après le week end

A

Inutile de vous préciser que depuis un an déjà, j’adore photographier les fleurs… Passer à côté du plaisir de regarder les fleurs au Japon, c’est un peu comme passer à côté de la gastronomie lors d’un long sejour en France, c’est manquer les musées à Florence, ignorer la Lagune à Venise et les pubs à Londres… Le Japon est un pays où les hommes cultivent les saisons. On retient souvent les fleurs de cerisiers, véritable marqueur de l’arrivée du printemps, mais en fait, c’est toute l’année. On a avant admiré les fleurs de pruniers (ume) et tout l’hivers, les fleurs de camélias (tsubaki). En février, c’est mitsumata (en français ?). Et après les cerisiers (sakura), ce sont les bougainvilliers (fuji) et les éphémères azalées (tsutsuji) avant que ne fleurissent fin mai les multitudes de variétés de rhododendrons (ajisai) bleus, mauves, rouges, roses ou blancs, à petites fleurs ou à gigantesque pelotes comme celles que je vous ai offertes dans le dernier album. A la même saison, en juin, les iris (shôbu) et les premières fleurs de lotus (hasu). Et nous voilà dans la chaleurs impitoyable de l’été. Tout est vert, lumineusement vert, incroyablement vert. Quand nos champs Européens jaunissent, au Japon, ils resplendissent: le riz ne brunit qu’en septembre, avec l’automne.

Je suis resté ignorant du nom des fleurs jusqu’à ce que je sois venu vivre au Japon. J’en connais mieux désormais le nom en Japonais et je suis parfois obligé de prendre mon dictionnaire pour connaitre leur nom en français car je l’ignore superbement.

Quand je parle de culture du Japon, de littérature, il peut m’arriver d’être un peu con-con tant il est vrai qu’une simple traversée de Kamakura confirme mon affection pour ce pays. L’histoire y est en fait très présente dès que l’on quitte la capitale que les seïsmes et la guerre ont anéantie (quoi qu’il y ait pourtant ici et là quelques restes inattendus), et les paysages eux-même en portent la marque.

Mais que j’en vienne à parler de la politique ici, et c’est immédiatement un rejet, tant elle infiltre les esprits jusqu’à atteindre la plus crasse connerie. Je pense qu’il n’y a qu’au Japon que des jeunes se vanteront presque de ne pas savoir parler anglais, en en riant, avant de retourner écouter cette pop “consanguine” qui ne copule qu’avec elle même au point de se répéter à l’infini… Vu dans le métro, un très bon exemple de la presse de droite où se véhiculent les clichés les plus crétins sur le monde et la supériorité du Japon. Ici, la Chine et “100 raisons de ne pas lui faire confiance”. Hormi la photo de Mao, une liste de bétises qui confine la Chine au rang de pays sous développé où on ne fait que du frelaté. L’élite Japonaise n’est qu’un ramassis de vieux crétins qui enferment ce pays dans l’arriération et la bétise. Pas étonnant que les jeunes aujourd’hui ne veulent ni voyager, ni parler une langue étrangère: le Japon, c’est tellement bien… Par contre, pour les (nombreux) Japonais normaux, c’est vraiment pas très amusant, voir les jeunes libres à l’étranger, sur internet, et ce pays verouillé.
Au Japon, il n’y a pas de glaces Miko (Walls/ Danone) ou Gervais (Nestlé). Les glaces Japonaises valent les saloperies qu’on mangeait dans les années 50, à l’eau et toujours les trois/quatre même parfum. Il y a Haagen Das, chères bien entendu.
Au Japon, les machines à laver, en plastique, lavent à l’eau froide : les Européens lavent à l’eau chaude car il y a des puces et des poux en Europe (sic, entendu de nombreuses fois).

Au Japon, on ne mange que du riz Japonais. Pas de riz Thai, pas de riz Basmati. Ils ne sont pas bons et le riz Japonais est le meilleurs du monde (sic, entendu de nombreuses fois).
Au Japon, les chaussures anglaises sont fabriquées au Japon car les Japonais ont des pieds différents, de 27 cm de long (42,5) au maximum (sic, plusieurs vendeurs).
Je crois que les élites Japonaises n’ont pas compris qu’avec sa dette de 220% et de telles restrictions au commerce au profit des seules multinationales Japonaises, le monde n’a plus besoin du Japon… Surtout avec la Chine, ses surplus, sa croissance et son commerce mondialisé…

Boutique Chanel, sur Omotesandô. Je ne comprends pas bien la référence constructiviste de cette vitrine, son côté soviétique : “Madame” Chanel est en effet plutôt réputée pour avoir été outrée par la grève de ses employées en 1936 et pour avoir retrouvé une seconde jeunesse entre 1940 et 1944. Bref, en 1944, plutôt que s’attarder sur de pauv’ filles qui avaient couché avec des Allemands (après tout, il y en avait de très mignon, et les histoires de fesses, ce n’est pas très politique…), c’est “Madame” Chanel, qu’il aurait fallu tondre et rouler dans du goudron et des plumes de poulet avant d’exhiber sa photo en page de l’Officiel, de Vogue et de Haarpers. Qu’on continue de vouer un culte à cette Pétainiste notoire est un mystère qui n’a d’égal que le culte voué au Nazi encarté Herbert Van Karajan, qui n’a même pas été épuré.

La culture des nouveaux riches, ce sont des marques et une résonnance “culturelle” mêlés. Acheter un sac Vuitton, c’est rentrer dans le cercle privilégié de celles et ceux qui, moyennant 7000 à 10000 euros, appartiennent à la jetset des cartes de crédit et des artistes contemporains décallés, comme Murakami Takashi. Bref, c’est non-bourgeois, et presque jetable.
Je crois que c’est un phénomène mondial et aujourd’hui, aux informations, j’ai vu un jeune Iranien manifester sa colère. Il portait un Tee-shirt Dolce & Gabanna. Je me suis demandé alors, un peu à la manière de Tocqueville, s’il ne manifestait pas pour pouvoir s’acheter le jean qui va avec, et la montre Bulgari assortie…
J’espère finalement que ce système absurde s’écroulera suffisament tôt pour qu’il nous reste encore des fleurs à regarder quand nous n’aurons plus d’argent.
Madjid

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

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