Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Il etait une fois…

    Et me revoici. En forme, au travail, bien (trop) en chair, survivant de je ne sais plus trop quel marasme economique qui est arrive avec la force d’un tsunami. Travailler a Lehman Brothers, et a Tokyo, par dessus le marche, non mais, on n’a pas idee… Je vous en donnerais, moi, des bons plan boulot!
    J’enseigne le francais et l’anglais. Chaque jour, entre trois et 5 heures, un peu plus le samedi. J’ai quelques vacances, les memes qu’ont les Japonais, et meme un petit peu plus. Je suis libre de mon enseignement en francais, un peu moins en anglais, meme si a terme j’aimerais aussi enseigner de la meme facon dans les deux langues. C’est super loin, a une heure de chez moi. Un peu comme travailler a Cergy Pontoise quand on habite Porte de Bagnolet. Je m’y fais tres bien finalement, car je ne travaille qu’en fin d’apres-midi et en soiree Mon salaire horaire est meilleurs qu’a Lehman bref, en travaillant environ 20 heures par semaine, j’atteinds un salaire de subsistance tres proche de celui de NOVA. Je ne me plains pas, et je suis meme assez content. L’ecole est sympathique, l’ambiance est decontractee.
    Mes weeks end ressemblent de nouveau a des week-ends, meme s’ils sont desormais tronques du samedi jusque vers 17 heures. Et le vendredi soir, une idiote de mere a decide d’envoyer sa fille a l’ecole de 20h30 a 21h30 deux fois par mois. La gamine etait lessivee vendredi dernier, elle passait son temps a regarder l’heure. Ca sert a rien, ces trucs la… Au Japon, il y a beaucoup de trucs qui ne servent a rien, mais que l’on fait comme ca, par habitude ou parce que ca se fait. “Ma fille ne peut pas venir ce soir, elle a son cours de francais”, ca doit faire bien au cours de ces cessions de bavardages auquelles ces armees de femmes au foyer s’adonnent avec ennui et soumission a la sortie des supermarches. Pas une pour quitter l’autre. Des fois, elles me font l’impression de n’etre que des masses gluantes interchangeables brassant du vide et de l’inutilite… Le soir, on les voit faire la queue au magasin de bento ou de tempura, on les voit acheter des fritures au supermarche. Rien a faire de le journee, meme pas la cuisine. Elles bavardent… Leurs enfants racontent pour elles et vivent leur vie, faisant du piano, de l’anglais, courant de cours du soir en cours du soir. La vie d’un petit Japonais est une une lente preparation a l’obeissance et aux heures supplementaires, a l’oppose de certaine meres qui profitent de leur mariage pour enfin se reposer et ne plus rien faire, si ce n’est bavarder avec d’autres comeres comme elles… Mon eleve du vendredi soir, la seule, celle qui me fait rentrer chez moi a 11 heures du soir pour une seule heure de cours, va a l’ecole du lundi au dimanche, dimanche inclus. La mere doit etre une grosse faineante, elle a la paix a la maison.
    Pauvre gamine…
    J’ai eu echos de l’affaire “Zapattero”. Meme si Segolene s’est fendue d’excuses inutiles, je trouve etonnant que ce soit desormais elle au centre du debat! Aux USA, en Grande Bretagne ou en Espagne, et jusqu’au Japon, ce n’est pas de Segolene que l’on parle, mais bien de Sarkosy que l’on accuse de suffisance, d’arrogance et de se livrer a des jeux de politique interne sur le dos des chefs d’etats etrangers. Suggerer qu’Obama n’a pas de reelles competences, couper la parole a Gordon Brown lors du G20 (les Britanniques ne lui pardonneront jamais car cela a ete vu comme un particulier manque de politesse et de connaissance des usages…), suggerer que Merkel a fini par se rallier a ses positions car elle n’y connaissait rien… Je passe sur l’inintelligence de Zappatero dont on voit vite que c’est une allusion a ses desirs de se faire reelire en 2012… Je ne fais pas dans l’anti-Sarkosy primaire, ce n’est pas mon genre, mais non, vraiment, on ne peut pas se permettre sa reelection (meme si globalement, c’est deja cuit…).
    Ce mec est un nul, tout simplement.
    Un gros nul. Un gros nul avec une pouf jet’setteuse. Michele Obama a du se faire chier, quand elles se sont rencontrer, car Michele Obama n’est pas une petite fille riche, mais une femme qui a fait sa vie elle meme, grace au travail de ses parents et a ses propres efforts. Une femme tres intelligente aux dires de pas mal de journalistes Americains. Une pouf des beaux quartiers, grateuse de guitare, simili-Anne Sylvestre pour lecteurs de Telerama, version feminine de Vincent Delerm, avec ses textes creux, sa vie ininteressante parce que tout autours d’elle, elle l’a achete, et qu’elle ne connait pas le prix de l’argent, ca doit etre lourd des la deuxieme minute, quand on s’appelle Michele Obama… Disons que Michele a du s’adonner a un peu de frivolite durant la premiere minute, des pensees du style, “People told me France was THE country for fashion, I just can not believe it can be true! She is just wearing an expensive silk dress I can buy anywhere else… “. C’est que Michele Obama est non seulement une femme intelligente, mais elle se paie le luxe d’etre habillee parfois par de jeunes et peu connus stylistes americains, de porter des couleurs extremement voyante (la robe rouge et noire du 4 novembre, par exemple) mais en plus de montrer ses bras (la photo “officilelle” a choque les puritains). Michele est une femme de son temps. Carla est une grande bourgeoise de son temps, cool, en jean, avec plein d’amants avant et un mari president maintenant, des bagues a 30,000 euros et des idees de gauche.
    J’ai ete surpris aussi par le nouveau defenseur de Nicolas Sarkosy, Jack Lang. C’est le president qui vanne, mais c’est a Segolene de s’excuser… Decidemment, il ferait mieux d’aller se faire lifter. On peut lui savoir gre de n’avoir jamais eu les dents qui raient le parquet, mais desormais, ce sont ses joues qui epoussierent les pupitres de ses conferences de presse. Pauvre fille, va… Avoir soutenu la reforme constitutionnelle et participer a une commission ne lui suffisait donc pas, il lui faut donc donner des gages pour la suite des evenements… La presidence du Conseil Constitutionnel ? Pour un ancien ministre de la culture, on ne peut pas lui reprocher, il cultive bien ses relations…
    Kouchner, Besson, aucun commentaire a faire.
    De toute cette bande, mon prefere reste Sarkosy, finallement. Il s’est fait elire, il les achete tous et il a eu la fille et des vacances en yaght en prime !
    Il est nul, c’est entendu. Super De-Droite, c’est evident. Mais je l’aime bien. C’est un personnage. Et comme tous les personnages, il sait jouer avec la mediocrite de ses contemporains. Et il y en a, des mediocres, des qui veulent des places, de l’argent, du pouvoir et un peu de gloire pour effacer leurs rides, leurs fesses devenues flasques et leur compte en banque vorace. Sarkosy a deja gagne 2012 parce qu’ils viennent tous manger dans son assiette. Et qu’importe si la colere gronde, si les gens vont mal, ils donnent le spectacle de leur compromission en degainant les grands mots, la “grandeur de la France”, la “honte” pour defendre leur maitre Nicolas.
    Il doit bien se marrer.
    J’espere aussi qu’il est deja pret pour les desertions, le vent qui tourne quand la gamelle est vide. Besson tirera t’il le premier, vers 2013/14, en rejoignant Bayrou en qui il trouvera une fibre “plus Sociale”? Ou bien cela sera t’il Kouchner, vers 2014, qui claquera la porte sur le premier pretexte qui passera par la ? Quand il n’y aura plus que Carla et ses 50 ans, sa menaupose et ses seins qui commencent a tomber, pour l’aider a finir un deuxieme mandat qui sera, n’en doutons pas, le plus lamentable de toute la 5eme Republique… Ca va puer la trahison car ca a commence par la trahison. Et la fin est souvent le reflet du debut…
    Oups! Faut que je file…
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Paresse…

    Paresse…

    Il y a queques jours, sur Omotesando. Vitrine de la boutique Celine. Je regarde, je passe, et puis je dis a Jun “attend!”, et je prends cette jupe en photo. Le chemisier fait memere, et je vous ai epargne les chaussures, des ecrases merde a plate-forme qui ne manquent jamais de revenir en periode de crise (entre 1940 et 1946, entre 1971 et 1976, entre 1991 et 1994, et puis depuis 2007… ceux qui disent que la mode ne “parle” pas…). J’ai simplement trouve cette jupe tres bien dessinee et l’imprime vraiment somptueux. J’aime beaucoup la ceramique et particulierement les motifs “degoulines”. Ici, c’est simplement tres reussi. Si j’etais une fille qui a les moyens d’aller chez Celine, je la porterais avec un chemisier sans manche, de coupe droite, a col rond et ras-du-cou, en soie noire ou blanche, en assortissant le tout d’un collier a grosse pierres “bleu Klein” puisque la jupe tire sur cette teinte… Le visuel global serait “cool 20’s”. Des collants finement brodes, noirs et des balletines plates en toile a bout rond, un immense chapeau a large bord blanc en toile et d’immenses lunettes noires pourraient completer l’ensemble. Au passage, dans cette combinaison, il n’y a que la jupe qui soit chere, le reste, on le trouve partout pour 3 fois rien… Mais vraiment, j’aime beaucoup cet imprime et le dessin.

    Tout vient a point a qui sait attendre sans perdre son temps. J’ai signe mon contrat hier soir. Je vous avoue, la fin de mon oisivete me rend triste… On y prend gout, a ne rien faire. A regarder de vieux Chapeaux melons et bottes de cuir, de vieux 5 dernieres minutes ou de vieux Thriller (pas un genre, mais la serie qui est passee sur La 5 vers 1986/87… J’adorais les jupes godet et les coiffures au vent, les chaussures compensees en liege, les papier-peints psychedelique, toute cette elegance keynesienne des classes moyennes anglaises des annees 70, je trouvais ca kitsch! Mais depuis que tout cela a ete reedite, le charme est passe… Un revival reedite la forme, mais pas l’esprit… Or, on ne reeditera pas avant 4 ou 500 ans, l’elegance nonchalante de la confiance en la croissance, le progres, le Tergal et la polyamide, la television “en couleur” et les microssillons “longue duree”, la “residence secondaire” et sa decoration “rustique” opposee au “F3” dans une residence et sa decoration “contemporaine” assortie de quelques “antiquites”, les vols en jets supersoniques inter-continentaux (Concorde)…).
    J’ai desormais de nouveau le “minimum vital”. Et pour finalement assez peu de travail. Et voila l’ete qui arrive, et en ete il y a Obon en aout, et je vais avoir pres de 15 jours de vacances a ce moment la ! Payees!
    C’est hallucinant comme les professeurs d’anglais ont mauvaise reputation. Beaucoup signent un contrat, viennent 3 jours et puis arretent. Des ecoles, il y en a partout, et elles cherchent toutes des professeurs. Ce turn over est incessant. Cela a cree pour moi une opportunite en or! Reste que j’ai pas mal de travail pour me familiariser avec des manuels. En Francais, j’ai vite change de manuel, et les etudiants ont apprecie. Je leur copie la lecon, et la photocopie est conservee soigneusement, ainsi que mes notes. En anglais, je ne sais comment cela se passera. Ce que je peux dire en revanche, c’est que j’aime bien ce contact avec des etudiants. Et puis je peux parler japonais, ici. Avec le directeur, ce n’est qu’en japonais, d’ailleurs. Hier soir, mes derniers etudiants et moi avons parle de la France durant une heure apres la lecon. En japonais. Je ne pense pas etre d’un niveau avance mais je suis un bon intermediaire. Et ce qui m’etonne est que je parle parfois tres vite. Mon ecoute est moins bonne, et cela est lie a la structure du japonais. Si je loupe, je peux perdre toute une phrase. Cela ne m’arrive pas en anglais ou le reste de la phrase et le contexte comblent la lacune (comme on le fait en francais). Je suis etonne par mon niveau de japonais, parfois, car je n’etudie pas du tout!
    Je suis un paresseux…
    Bien, il est 12:30. Je commence a 16:30…
    De Tokyo, sous le grand soleil,
    Suppaiku

  • Memoire(s)

    Alors que la saison des cerisiers bat son plein au Japon, que le temps est de plus en plus doux, ensoleille, que chaque semaine je travaille un peu plus et que je me prepare a travailler encore plus, alors que je viens de refuser du travail deux fois parce que j’en ai assez qu’on me prenne pour un esclave dans un pays ou on n’hesite pas a bafouer le droit du travail, alors que Jun et moi faisons de magnifiques promenades comme ce dimanche a Kamakura, mes longs transports en metro vers l’ecole sont l’occasion de remettre des ecouteurs sur les oreilles et de re-ecouter quelques vielleries que j’avais longtemps oubliees.
    Une crise economique devrait etre un moment de retour a soi, de retour a nous. Un appel de nos racines. Pas celles de la pretendue race. Non, celles du “moi”. Celles qui constituent la memoire profonde, tactile, gustative, visuelle, auditive, olfactive… Tout ce reseau de sensations qui en interaction les unes avec les autres ont participe a creer notre individualite. Une crise economique devrait etre un moment privilegie pour revenir a ces fondamentaux et peut-etre l’occasion unique de les interroger. Les traders qui perdent leur travail en sont le meilleur exemple. “mais qu’est-ce que j’ai fait de tout cet argent?”, “mais est ce que c’etait vraiment ca que je voulais?”, quand ai-je fait le choix de cette vie de dingue?”, “qu’est ce qui m’est arrive?”, etc… Ces questions sont les seules qui vaillent et qui permettront le deuil et la reconstruction de soi.
    C’est valable pour chacun, c’est valable pour la societe.
    Je ne crois pas aux revolutions, encore moins a “LA” revolution. Parce que les ruptures ne sont qu’apparentes. Parce que meme la revolution la plus radicale doit composer avec … les hommes. Ce qu’ils sont, ou ils ont grandi, ce qui a fait leurs vies, leurs peurs, leurs espoirs, leurs sens, leur ignorance… Eventuellement, je veux bien croire a une revolution qui rouvre le chemin de l’evolution quand tout semble bloque. Une dictature, par exemple…
    Notre societe devrait profiter de ce temps de crise pour penser a elle. Apres tout, la seule chose que l’humain cherche est calmer sa peur, se nourrir et boire, avoir un endroit chauffe en hivers et etre assure qu’il en est de meme pour sa descendance. Et c’est dans ce but que nous vivons en groupe et formons ladite societe. Voila la base du contrat.
    Tout le reste sont des constructions souvent subies car notre histoire se deroule un peu comme en vitesse automatique et le groupe, ses leader pour le moins, decident de faire ceci ou cela pour garder la cohesion. Une crise devrait etre un moment de “repos” societal, l’age d’or de la democratie, le temps de remises a plat : qui sait, nous n’avons peut-etre pas besoins de toutes ces voitures, de toutes ces fringues fabriquees a bas pris a l’autre bout du monde par des gosses qui ne peuvent pas les porter, etc…
    La demission democratique nous prive de cette appropriation de notre present et de notre avenir, et ce sont ceux la meme qui aujourd’hui nous ruinent -licenciements massifs, baisses des salaires, rechauffement climatique, pollutions diverses- qui sont charges d’apporter des remedes. J’ai appris hier que l’ancien PDG de Lehman vient de trouver un poste de Consultant. On croit rever… C’est notre realite.
    Je vous l’ai dit, je ne crois pas que cette crise soit “THE” crise. Nous sommes dans un cycle long de profitabilite ⓒ (le concept est de moi, il faudra que je vous explique…), au contraire de 1929 ou nous etions dans un cycle long de non-profitabilite ⓒ. Nous sommes dans une crise grave comme celle de 1907 (en plein cycle de profitabilite) qui a motive la creation de la FED (un regulateur, celui de la monnaie) aux USA. En revanche, comme il y a peu de chance que le systeme ne change vraiment, nous pouvons nous representer ce que sera la prochaine crise financiere, dans une periode de non-profitabilite, comme en 1929… Pour information, la crise de 1907 a provoque une chute de plus de 50% du marche actions, et elle a pourtant ete oubliee en deux ans. 1929 laisse de profondes traces…

    MA memoire. De mon cote, le chomage a provoque d’abord la depression (je l’ai deja dit, quand on a visite une fois, on finit toujours par y retourner… Ca me fait sourire, l’idee de “guerir d’une depression”. Je prefere l’idee “d’en revenir”, qui suggere que l’on peut y retourner a tout moment, et qu’on peut meme finir par “y rester”). Puis une sorte de remission deprimante. La depression, c’est la perte du statut, l’elan brise, les ailes coupees. La remission deprimante, c’est le retour a la realite (remission) dans l’inactivite (deprimante). Ca ressemble a de la depression, mais c’est plutot un profond ennui lie au manque d’argent (adieu restau, sorties, sandwish et cafe…) qui voit chaque jour succeder au precedent, identique. J’avais l’habitude de consulter un site internet specialise dans le recrutement “bilingue” au Japon. En finance, en 6 mois, on est passe de plus de 900 annonce a moins de 500. Les cabinets de recrutements et les RH appliquent leurs criteres A LA CON pour recruter : il vaut mieux avoir bosser chez ENRON (a la direction financiere, charge du controle), puis MADOFF (charge du controle en “compliance” -le legal-, ensuite BEAR STERN au management sur risque lie aux credits High Yield (des subprimes), puis etre passe chez Lehman en Product Control sur High Yield : la, vous avez toutes les chances d’etre pris, surtout si vous avez manage! Dans une societe bien faite, il y aurait au minimum inculpation pour faux en ecritures puisque les valorisations sensees etre controlees etaient toutes bidonnees. Un expert comptable irait en prison pour moins que ca. Un financier trouve un nouveau poste ou il se marrera avec ses collegues des “milliards” perdus ici ou la, le sourire effacant ici ou la chaque ride gagnee quand il aura du serrer les fesses au detours d’une faillite.
    Ils n’en menaient pas large, les Lehman, au moment de la faillite. On venait me parler, des avec qui je n’avais jamais cause. Il fallait que je les plaigne : Lehman payait leur loyer, qu’allaient-ils devenir ? Ils avaient achete leur appartement, comment paieraient ils le credit ? La trouille se lisait sur leurs visages (pas a tous, heureusement !) Et puis NOMURA a rachete. Et la, de nouveau je n’ai plus existe. J’ai ecrit un mail quand je suis parti, pour dire “au revoir”. J’ai recu 5 reponses… Celles et ceux qui m’ont ecrit, cela ne m’a pas etonne. Mais les autres avec leurs credits, rien. Aucun ne m’a demande “et toi, comment tu vas faire?”. Pour sur, eux, ils vont en trouver, de bonnes places. Moi, je n’etais qu’un interimaire mal paye, je ne suis pas du clan. Moi, j’interrogeais chaque ligne “mal debouclee”, et ca ne leur plaisait pas puisque “ca se deboucle ailleurs”. Et j’avais le tort de demander ou etait “ailleurs”. J’en ai fait chier plus d’un… surtout quand je demandais des extraits comptables de “ailleurs” et que je ne trouvais toujours pas trace du debouclage… Ma satsifaction, ca a ete de gagner la confiance de quelques autres a l’esprit plus curieux qui sont venus me voir comment je trouvais tout ca. Mais l’esprit general n’etait pas a la curiosite, ou plutot si : les feuilles Excel etait le sesame. Plus elle etait complexe, gavee de macro, plus grosse etait la bite de celui qui l’avait creee. Des Jeff Striker de la feuille Excel, voila la competence a Lehman. Mais ce que contenait la feuille Excel en question… Dans mon equipe, seuls deux personnes etaient capable d’interroger une feuille Excel. L’une, un fichu caractere, mais capable de dire “je me suis trompee”. Une pro, quoi. Et puis un Francais, un type disponible, drole. De droite, mais vraiment competent (ouaf ouaf ouaf…). Un type bien qui a quitte Nomura-Lehman et travaille desormais a Singapour. Il nous arrivait de faire des bras de fer autours d’une ecriture: il argumentait. Chez Lehman, c’etait tres rare. Il y avait ceux qui passaient une ecriture sans reflechir, il y avait ceux qui renvoyaient le mail avec pour commentaire unique “tu as tort”. Des faces de merde a tete de chiasse, quoi… Et apres on s’etonne que personne ne soit capable de valoriser correctement les portefeuilles… J’ai vu des choses a Lehman que je ne pensais pas possibles. Surtout apres avoir travaille a BNPP ou tout est controle, recontrole, supervise.

    MA memoire. L’idee que c’etait bien fini, pour moi, est montee comme par vagues, successives, mais toujours plus proches. Fin fevrier, je me suis apercu que j’etais dors et deja dans un autre moment de ma vie. Lehman, c’etait le passe, et moi j’etais la, au present, a Tokyo. C’est a ce moment la que j’ai trouve l’ecole ou je travaille. Quelques heures par semaine qui ont remodele mon quotidien. C’est loin. C’est peu, mais cela m’a permis de passer a autre chose. De penser que peut-etre, etre Francais au Japon, cela peut etre une chance dans l’economie actuelle. Qui sait… En tout cas, je vois mon nombre d’heures travaillees augmenter. Il me faudrait le double, certe, mais bon… (je viens de recevoir un mail a l’instant: mon ecole me propose un nouveau contrat, cette fois un contrat “mi-plein-temps” (ca c’est le Japon…) pour enseigner le francais ET l’anglais).
    Je me sens de plus en plus libere du chomage, ce n’est qu’une question de temps avant d’etre sorti d’affaire.
    Et le temps ne me parait plus aussi pesant, charge de culpabilite, des reproches que je m’adresse (ah, l’inconscient, les souvenirs de l’enfance…). Se liberera t’il lui aussi ? Dans le metro, mon casque sur les oreilles, je fais reemerger le temps, le temps passe, le temps vecu, le temps de ma vie revolue mais a qui les miracles des technologies numeriques donnent une incroyable fraicheur… Et voila que me vient le desir de raconter et partager des souvenirs et des images… Ca fait lontemps, je me laisse bien distraire, mais ce desir reste la, intact…

    MA memoire. On n’est jamais tout a fait le meme avant et apres une situation, un evenement important, dit-on. Je ne le pense pas. Je crois plutot que c’est le contraire. On change le plus quand rien ne change dans sa vie et que s’installe la routine du quotidien. On prend du poids, on arrete de baiser, on achete de plus en plus de produits de marque et on remplit son caddie les yeux fermes mais la Carte Bleu bien ouverte. On ecoute de plus en plus les memes chanteurs, les memes musiques et on finit par acheter les livres qui passent a la television. Le syndicaliste virulent, titularise et permanentise devient un specialiste de la contestation de 9 heures a 17 heures et en soiree, entre amis, apres le gateau et entre deux joints. L’artiste flamboyant et derangeant fabrique du derangement en boite cote au marche de l’art entre deux voyages hypra-cool au Laos et en Birmanie.
    On devrait souhaiter des crises plus frequentes comme autant d’occasion de se confronter a soi, a ses desirs et de corriger le tir. Pour moi, cette crise fait un bien profond car je suis en train de renoncer au travail… (entendre a LE travail). C’est tout bete, mais commencons par regarder l’allure de ce site et ses fonctionnalites. Je ne dis pas que c’est un truc profond, mais il y a 6 mois, je ne me serait pas senti capable de tout cela. Les photos s’ouvrent grace a une ligne de code et un lien exterieur vers un fichier java, j’ai mis de la publicite et je sais modifier certaines lignes de code d’un template pas evident et tres complexe. Il delire, Suppaiku… Non, il a appris ! Jusqu’au nom de domaine. Je suis proprietaire de moi-meme. Et en fait, en grattant un peu, vous pouvez meme trouver mon identite reelle puisque je n’ai aucune raison de me cacher!

    MA memoire. Bien sur, je continue a rever secretement a un travail bien douillet dans une banque… Je n’ai jamais ete bien paye -je suis specialise dans les operations et les controle, eh bien malgre le role essentiel de ces fonctions, ce n’est pas bien paye. Par exemple, a Lehman, pour environ 50 heures par semaine, je gagnais environ 300,000 net par mois (environ 2,200 euros). Ca peut paraitre beaucoup, mais au Japon, ce n’est pas mirobolant, c’est juste correct. Un loyer de 80,000 pour un studio, 8,000 de transports, 16,000 d’impots locaux, pour vous donner une idee. Si j’avais ete embauche, je serais monte a 400,000 avec des bonus en plus. Pour comparer, un poste en middle office, c’est tout de suite 600,000 au minimum. Un cadre, c’est a partir de 800,000…
    Moi, mes 300,000, ca me suffisait largement. J’ai pu rembourser mes cartes de credit mises a mal par le chomage apres la faillite de NOVA (je ne vous raconte pas dans quel etat elles sont de nouveau…) et rembourser Jun a qui j’avais aussi emprunte. Je me suis achete des vetements, ce qui ne m’etait pas vraiment arrive depuis que j’etais arrive au Japon. Et puis une semaine et deux jours a Kyoto en aout. Je commencais a faire des economies (ce qui montre que je ne suis pas super depensier et que ca me suffit reellement).
    Alors vous imaginez, il y a comme une certaine nostalgie. 50 heures d’esclavage devant 2 ecrans qui me flinguent les yeux, des collegues reveches a vous donner un ulcere d’estomac… mais au bout une certaine forme de stabilite confortable necessaire au confort bourgeois et a la suffisance de soi.
    Hop! Fini! Evapore! J’apprends a vivre sans cela. Et je me souviens alors que pour moi, travailler en banque ne fut pas un choix, mais une necessite. Ca commenca en 1998. Marre des petits boulots, de la deche, de “la vie d’artiste”, surtout l’artiste endette.
    A l’instant ou j’ecris ces lignes, deuxieme mail de mon ecole. On me propose un nouveau contrat, 200,000 yen/mois pour 504 heures en 6 mois, chaque heure en plus a 3,500 yen… Avec la golden week, obon et la fin d’annee. Professeur d’anglais et de francais.
    La transition continue, et j’aime assez la direction qu’elle prend. Plus de temps pour explorer ma memoire et vous la partager avec vous. Par ecrit. Sur ce blog.

    Ma memoire.

    De Tokyo,
    Suppaiku (qui n’est plus au chomage, et vous l’avez suivi en direct)

    (a suivre)

  • Et revoici des photos…

    Promenade ce week-end a Koishikawa Korakuen (小石川後楽園) et a Kyosumi teien (清澄庭園). C’est le debut de la saison des cerisiers. Cette annee, ils prennent leur temps… Le “peak” devrait etre entre le 1er et le week end…
    A Ueno, les baches bleues commencent deja a recouvrir le bitume pour les “traditionnels” pic-nics auquel sont parfois contraints les salaries. Je detesterais la saison des cerisiers, si j’etais un de ces salaryman… Mais bon, moi, je ne fais que me promener et, au detours d’un regard, je m’amuse de petits riens… (cliquer sur les photos)
    L’usage des langues etrangeres est ici omni-present. Non par pour echanger, mais pour “etre”, “incarner”. Cela conduit bien entendu a des aberrations ou des malentendus.
    Je ne sais pas, vous, mais moi, la premiere photo me fait penser a Rocco Sifredi… La seconde parle d’elle meme…
    Je rajoute la troisieme pour vous informer que Matsuya a decide de faire une exposition consacree a la marque francaise TATI et a demande a la celebre societe de presenter ses mailleurs modeles. On reconnait bien le style TATI, les charmes indemodables de l’acrylique, des couleurs flashy et des faux plis. Il semblerait que TATI ait decide ici, de se vendre sous forme de griffe chez MATSUYA pour concurrencer directement H&M (lien cassé)
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Et revoici le printemps…

    Je vous l’avais dit, tout au long de ce tres long hivers, j’ai garde les yeux fixes sur le printemps a venir. Et voila que nous y sommes. Et comme tout ne vient jamais seul, voila que les economistes commencent a constater des signes contradictoires, parfois meme d’exceptionnelles surprises. Du coup, les bourses ont partout grimpe… C’etait inimaginable il y a encore un mois… Et cela valide mon analyse de cette crise dont j’ecrivais il y a plus d’un an qu’elle serait severe mais courte. D’ou ma comparaison cet hiver avec un typhon. Alertes preliminaires des 2007, premiere faillite en janvier 2008 (on a deja oublie Bear Sterns…), puis l’arrivee de cette masse bien chargee de CDO et CDS, le typhon en plein entre septembre et novembre, et puis l’oeil en decembre, comme un grand calme, et puis de nouveau cette intense activite a partir de fin janvier, ou on a vu les bourses revenir a leurs niveaux d’il y a 10 ans, avec tout ce que cela suppose en terme de destruction de richesse et d’augmentation proportionnelle des ratios d’endettements… Et puis voila que des fin fevriers des indicateurs montrent que c’est moins pire que prevu dans l’economie “reelle”. Et en mars voila meme des statistiques plutot bonnes aux USA… Le typhon est passe, et tout ce que nous vivons desormais en est la consequence. Les destructions sont massives, mais il n’y en aura pas d’autres a venir…
    Les etats, eux, vont desormais etre contraints de s’endetter a des niveaux exceptionnellement eleves. Et contrairement a une idee a la mode qui veut qu’on arrete les derives, on va rentrer dans l’age d’or des derives ! Car le seul moyen de limiter l’endettement sera de sur-adosser ce qui l’est deja ! On va faire des CDO de CDO !
    La reprise ? Je continue de penser qu’elle sera rapide et brutale, mais je crois aussi qu’elle se fera en deux temps. D’abord une “correction”, la premiere reprise, ou on retrouvera des niveau anterieurs, limitant d’autant la recession. J’ai lu des -6% pour l’Allemagne, je n’y crois absoluement pas, ce n’est pas rationnel : cela voudrait dire que nous serions revenus en 1930, avant les etats providence. Il y aura donc une “reprise” qui sera essentiellement une “correction”. Elle sera suivi d’une sorte de stagnation, le temps que les mesures de “relance” regonfle la demande. Et alors il y aura une reprise, certainement tres dynamique, et l’an prochain devrait etre une annee de forte croissance dans pas mal de pays. Si c’est le cas, les etats auront interet a penser a se desendetter avec les rentrees fiscales supplementaires.
    Je l’ai ecrit deja : ce n’est pas cette crise qui me fait peur, mais la prochaine, dans une quinzaine d’annee. Les entreprises aujourd’hui sont rentables, la preuve, la plupart n’annoncent que des “reductions d’objectifs” de profits. En 1929, la bourse a chute car elles perdaient de l’argent! De plus, la structure des prix est de nos jours nettement inflationniste (moderement, avec du 2/3% manipule, et du 4/5% reel) alors qu’elle etait deja deflationniste tout au long des annees 20… Or, cette configuration n’est pas eternelle. Nous aurons de nouveau une phase de baisse du profit lie a une surproduction, mondiale cette fois. Le rencherissement des matieres premieres lie a leur epuisement, l’augmentation des couts divers (securite des transports -piraterie, guerres civiles; pollution; normes environnementales…) rendra la concurrence encore plus violente et tendanciellement destructrice. Le premier choc financier sera fatal comme il le fut en 1929. Car je ne crois pas que de la crise actuelle sortira une vraie regulation. Mais il en sortira des montagnes de dettes auquel ne pourront pas s’ajouter de nouvelles de dettes…
    Notre seul risque a court terme est en effet du cote de la dette et je pense que c’est cela qui provoqura la stagnation apres la “correction cette annee”. Le yield resultant de la difference interet/interet pratique atteind desormais des taux record proche des 4%. En fait, le marche des taux est en situation d’asphixye. Je vous rappelle qu’un taux de 0,5 a 1,5% est la situation normale… Mais il faut bien se representer que non seulement les banques doutent de la solidite des entreprises donc se couvrent en augmentant les taux, mais en plus les etats jouent desormais le role d’aspirateur a capitaux en augmentant leur dette. Naissent egalement des “paniques” sur la solidite des etats ainsi que des craintes d’un retour a l’inflation qui annulerait l’interet (ben oui, si vous etes remuneres 5% et que l’inflation atteind 6%, vous perdez 1%…).
    Mais en meme temps, ce qui est nouveau c’est que malgre la violence du choc financier, en un mois, les discussions portent sur la sortie de la crise et les caracteristiques de la reprise. Psychologiquement, c’est un changement notoire qui pousse egalement a une sortie rapide.
    En W.
    Voila, c’est ma petite note d’optimisme printannier, dopee par les fleurs de cerisiers que nous nous empressons d’aller admirer.
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Mariage a la japonaise

    Mariage a la japonaise

    Dans le jardin sur les hauteurs, kimonos, bonnes manieres.

    Sur les hauteurs, les salles de mariage de style japonais, avec vue sur un Jardin, bordure de bonzai, puis le parc. Pour classe moyenne superieure.

    Jun et moi nous sommes promenes samedi dernier dans le quartier de Shirogane, dans le sud ouest de la capitale (un peu avant Meguro). C’est un quartier a la mode parait-il, et c’est vrai que les mansion ne manquent pas. J’avoue toutefois ne pas ceder a la vague et j’ai trouve ce quartier absoluement quelquonque, anonyme.
    Tout ca pour arriver un un grand jardin datant de Meiji. Tres beau jardin a la japonaise, une enclave de verdure dans cet environnement fait de tours d’habitations que ni ne depayseraient pas les habitants de Sarcelles ou Velisy (je dis ca un peu au hazard, je ne connais ni Sarcelles, ni Velizy… et n’y voyez pas du parisiannisme, mais en fait, comme tout francilien, je ne connais que mon coin, bref, Bondy/Noisy-le-Sec/Bobigny ou j’ai habite de 8 a 18 ans, et (tout) Paris ou je suis ne et ou je suis revenu passes mes 18 ans. On pourrait rajouter Asnieres ou j’ai habite deux ans, du temps des annees Boost et du Petit Poucet).

    Pour entrer dans ce parc, il faut franchir une porte, en fait un grand porche a la japonaise, en tachant de se frayer un chemin au milieu d’un ballet incessant de voitures qui vont et viennent. De grandes et elegantes voitures noires. Passe le porche, on n’est pas en reste car c’est alors un rond point, avec quelques taxis qui attendent, nos voitures noires, et puis ici ou la, une jeune fille en kimono qui coure d’un endroit a un autre. Bienvenue dans un haut lieu du mariage pour classes moyennes, une sorte de Club Med’ specialise dans le paraitre qui sied aux unions legitimes. Qu’importe si dans deux ans on fera lit separe, si aucun enfant ne viendra egayer le foyer, si monsieur rentrera tous les jours un peu plus tard en s’oubliant dans les decolletes genereux des robes a pailletes bon marche de quelquonque hotesses de bar : le mariage aura obeit aux regles strictes d’un bonheur de facade immortalise par un photographiseur sans talent : robe, costume, discours interminables durant une reception elle meme interminable, jardin “romantique” et cloches de l’eglise.

    Mariage a la japonaisePres du lac, une sorte de terre plein pour la photo. Deja, d’autres attendent leur tour.

    Le mariage japonais est une obligation, et c’est avant tout une illusion. Que l’on ne fasse que se promener en ce lieu et soudain, devenu simple spectateur, c’est tout l’artifice qui apparait : un immeuble de beton, environ 5 etages, abritant une dizaine de grandes salles de receptions -pleines en ce samedi-, avec de grandes baies vitrees par lesquelles on voit une reproduction des memes gestes, des memes costumes, a l’identique. Mariages “bon marches”. Autours du parc sont construits d’autres batiments, cette fois dans un style plus “japonais”, dont un alignement de trois sur les hauteurs, avec des serveuses en kimono, un grand parc ou pins, cerisiers et muriers, dessinant un paysage que bordent des bonzais en bordure de l’allee du parc, annonce des mariages plus couteux. Jun et moi nous sommes trouves encercles par une bonne quinzaine de mariages… A un moment de la promenade, de la “Chapelle” est sorti le son d’une cloche -enregistree bien entendu. Elle a du sonner 15 bonnes minutes. Comme je l’expliquais a Jun, en France, cela voudrait dire qu’une guerre vient d’etre declaree. Ou pour le Japon, qu’un tremblement de terre est imminent. Non, ce n’est ici qu’un mariage en boite.

    Mariage a la japonaiseIl faut reconnaitre que si l’on sait s’abstraire de la specificite matrimoniaire, ce parc est vraiment tres beau, plaisant.

    Un etang borde d’erable repose tranquile au fond de ce qui ressemble a une valle. Ce parc est vraiment joli, bien fait. Nous pouvons y voir les couple et leurs invites se succeder ou faire la queue pour faire LA photo de mariage. Je constate que la plupart des hommes revetent un de ces costumes mal tailles qu’ils portent pour aller au travail en semaine, masse noir quasi-interchangeable. Les mariees portent a peu pres toute la meme robe blanche a volant de princesse et sont coiffees du meme chignon a anglaises. Parfois une mariee en kimono, aux motifs riches mais imprimes… Les hommes sont eux souvent habilles en blanc dans un costume mal coupe certainement achete chez Aoyama. Seuls les parents, en particulier les femmes, semblent avoir sorti LE beau kimono pour l’occasion.

    La “Chapelle”… Les Japonais ont decide qu’un mariage se celebrait dans une eglise. Par par foi, mais parce que c’est comme ca. Il y a donc au Japon des eglises a mariage, avec des pretres (etrangers, bien entendu) recrutes specialement pour ca (tiens, voila une piste de travail…). Les haut-parleurs de celle-ci ont “sonne” pendant 15/20 minutes…

    Une usine a mariage dans un parc magnifique. Voila une bien interessante curiosite…
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Premier changement

    Premier changement

    Vers Shirogane. Parfois des restes interessants, comme cet escalier 20eme siecle.

    Une mutation est un changement. Dans le silence assourdissant qui m’environne (pensez-donc, je ne recois quasiment aucun mails…), je realise que ces quelques mois me separant de Lehman Brothers ont agi comme une coupure. Apres NOVA, il n’y eu pas de coupure, mais un tres lent glissement dans la depression qui ne prit fin que quelques mois apres avoir commence a travailer a Lehman. C’est que cette histoire de salaires impayes qui commenca des le mois d’aout (pour les staffs Japonais) jusque la fin en octobre (pour tout le monde) nous plongea tous dans un etat etrange, nos yeaus rives en permanence sur un forum tres actifs ou circulaient les dernieres rumeurs et des menaces fantasmatiques sur nos visas, notre status, nos droits. C’etait assez effrayant, et nous n’avions que nous, anciens professeurs, pour nous epancher. Quand j’ai commence a travailler, je me suis fait l’impression d’etre un rescape d’une tempete et je me suis accroche a mon radeau -ce travail- avec toute la force du desespoir. Ce n’est que tres progressivement que mon attitude a change, et ou je me suis, enfin, permis de donner des ordres a certains collegues, a en envoyer ballader d’autres – croyez-moi, de vrais incapables comme Lehman en etait rempli. Curieusement, mon equipe etait assez ouverte a mes reactions et la confiance s’installa progressivement. Mais une autre equipe avec laquelle je devais travailler tres souvent, ne parvint jamais a accepter mes analyses qu’apres que quelqu’un se soit finalement penche une deuxieme fois sur le probleme et se soit appercu que je voyais juste. Ce type de bras de fer, quoi que fort fatiguant, me conforterent dans la valeur de mon travail et me permirent d’oublier NOVA. L’ete a ete extremement leger malgre les heures supplementaires et j’avoue meme avoir commence a prendre du plaisir a me debattre a Lehman.

    Entre Shirogane et Meguro, ce tres beau temple construit dans la premiere moitie du 17eme siecle.

    C’est sur que la fin ne fut pas la meilleurs experience que j’ai pu vivre, mais d’un autre cote, la page NOVA etait tournee. Enfin, c’est ce que je pensais car la suite fut un peu plus compliquee que cela, comme vous avez pu le suivre sur ce journal. Car ma situation est un echo d’une situation globale, l’echouage sublime de la montagne de credits derives batie au long de la decennie 2000. Avec tous ces phantasmes de recession, de deflation que les journalistes Americains ont fini par nous faire rentrer dans nos esprits. Ca n’aide pas, entendre partout que l’on est en 1930, quand on vient de perdre son travail. Parce qu’on se dit au fond de soi qu’on va mettre 10 ans a retrouver quelque chose… On a l’air con.
    Je commence a travailler une dizaine d’heures par semaine dans une ecole de langue a partir de demain. Ce n’est pas enorme, mais c’est deja suffisant pour payer le loyer et mes factures. L’ecole est loin de chez moi, il me faut une heure de transport. Le contrat est un contrat a l’heure et non au mois. Voila pour l’aspect negatif. L’aspect positif, je n’ai qu’un changement, c’est correctement paye, et l’ecole est dans un batiment moderne. Enfin, c’est de la conversation, comme NOVA bref, cela ne demande pas une montagne de travail. Je dois desormais trouver une autre ecole qui me permettra de completer mes revenus afin de pouvoir aussi acheter de quoi manger… Voila qui va me permettre d’attendre une amelioration sur d’autre fronts.
    Ce qui est etonnant, c’est a quel point je me suis senti a l’aise en entrant dans cette ecole. Une sorte de mini NOVA… C’est clair, tres clair. Il n’y a pas de dress code, les professeurs sont souriant. J’ai du faire une lecon de demonstration, embauche de suite ! On verra pour la suite, si ca se passe bien.
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Le temps des parkings sous le ciel gris

    La bulle immobiliere s’est degonflee au Japon comme ailleurs. Le Japon avait mis du temps, pourtant, a s’y mettre : il avait fallu reparer les degats causes par la precedente, encore appelee “LA” bulle, バブル. Et puis vers 2005/06, en fait quand je suis arrive, ca s’est mis a construire partout, et en hauteur, et en verre, et en mansion avec vue sur Tokyo. De magnifiques immeubles rompant avec la tristesse de ces immeubles de la precedente bulle, marrons/gris. La gare de Tokyo est desormais entouree de tours magnifiques construites en moins de 5 ans. Je les ai vues sortir de rien, et j’ai meme connu avant, il y a 6 ans, lors de mon premier voyage. C’est incroyable comme c’est alle vite. Le meprisable Roppongi a vu jaillir le tres “elegant/おしゃれ” Midtown et le nouveau musee metroplitain, au design tout en rondeur et transparence. Vers Toyosu a pousse tout un quartier neuf avec ses tours d’habitations pour jeunes cadres superieurs et “poupees Ginza” et son “Lalaport”, grand centre commercial avec vue sur la baie. Odaiba, enfin, est sorti de ses friches. Partout, l’immobilier s’est soudain reveille, a grande vitesse, et Tokyo s’est remis a changer.

    Et puis flop ! Crise du credit. Les faillites desormais se succedent. Que va t’on faire de tous ces bureaux dans les quartiers centraux avec leurs gigantesques centres cmmerciaux a peine ripolines ? Yoshinoya, Ten’ya et Donki Hote rempliront-ils les espaces que les Gucci/Chanel et autres Ralf Lauren devaient occuper ? Les etages superieurs resteront ils deseperement vides comme cela commence a se faire ? Dans mon quartier, un immeuble de 6 etages, fini il y a pres de 3 mois : rien, personne.

    Ce qui commence a prosperer, ce sont les parkings. C’est qu’on en a demolis, des immeubles, l’an dernier, dans l’espoir de contruire un de ces attire-pouffiasses (les centre-commerciaux remplis de tiffany’s, de boulangeries francaises et de sac Vuitton) et/ou de ces boite-a-jeune-couple de 35 etages avec cuisine a l’americaine en inox et imitation bois, salon avec baie-vitree, parquet et eclairage variable. Remises dans les placards des promoteurs desormais au bord de la faillite, ils sont replaces par ces especes de parking qui poussent comme des champignons, comme c’est le cas vers Kyobashi ou ils sont desormais vastes et nombreux. Dans certains quartiers, ils sont occupes, dans d’autres, il restent desesperement deserts, appelant desesperement la reprise economique qui cacherait ce qui ressemble a une plaie urbaine.

    Ce matin, j’avais mon dernier rendez-vous a ハーロワーク/Hello Work , les Assedics japonaises. Je recois ma derniere allocation dans quelques jours. Apres, ben… vogue la galere.
    Temps plus que pourri sur Tokyo: vers chez moi, le metro est aerien. On franchit un tres grand pont qui surplomble la 荒川/la riviere Ara d’ou on peut voir la baie de Tokyo et parfois meme au loin, vers Chiba ou quelque ile… Ce matin, la brume etait si epaisse qu’on ne voyait rien qu’une sorte de masse blanche flottant sur la riviere. Dehors, la bruine que pulverisait un vent frais donnait une sensation glaciale tout le long du corp : j’ai renonce a me promener. Je suis alle a Iidabashi rendre un livre a l’Institut : je n’aime guere cet endroit, sorte d’Ilot francais perdu au milieu de nulle part, mais aujourd’hui, avec ce temps et le nouveau parking sur le cote, c’etait particulierement lugubre. J’ai pu voir au passage ce fameux projet d’exposition dont j’avais entendu parle lors d’une visite a la MFJ il y a quelques mois. Le travail artistique est interessant, la photgraphe realisant un travail plastique -des installations en site naturel- qui parlent et racontent des haikus. Que j’aimerais etre un artiste subventionne, bien a l’abris de la recession…
    Jun ne va pas tarder.
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • French Institute, Tokyo, February25 2009

    French Institute, Tokyo, February25 2009

    This is an installation for an exhibition held at the French Institute in Tokyo. Nobody goes there except the very few Japanese who appreciate french culture and some expatriates house-wives forgeting their depression in reading fashion magazines while their chilfren can read comic books at the library.

    La France, on ne sait pas pourquoi.
    Ben, le Japon non plus.