Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Tokyo, Septidi 27 Nivose 217

    Tokyo, Septidi 27 Nivose 217

    Grand soleil sur Tokyo, 5 degres. Au moment ou le Japon etait sous la douche, avant de partir au travail, alors que la France se couchait, un Airbus s’est abime dans l’Hudson, a New-York, aux Etats Unis d’Amerique. Il semblerait qu’il n’y ait pas eu de morts. La nouvelle est passe aux informations ici. Visiblement un bel exploit du pilote qui est parvenu a faire “atterir” son appareil sur l’eau, “en douceur”, apres en avoir perdu le controle lors du decollage (des oiseaux seraient la cause de cette perte de controle). Bel exploit egalement des equipes de secours arrivees sur place immediatement. C’est le genre de nouvelle qui me laissent songeur… On a si souvent l’image de l’accident forcement mortel quand on parle d’accident d’avion qu’on en oublie completement que l’accident mortel est l’exception, que l’interet meme des compagnies et des constructeurs est de traquer la faute, meme minime, pour eviter la catastrophe, d’entrainer les personnels au maximum pour les aider a bien reagir s’il le faut. L’actualite rapporte les accidents mais ne rapporte pas les accidents evites de justesse.
    Je me souviens une fois, l’avion arrivait sur le danemark ou les Pas-bas, au retour de Tokyo, l’altitude etait tres elevee, la vitesse au maximum. On pouvait voir les avions au loin, avec leurs differentes altitudes, les plus hautes pour les long-courriers, plus basses pour les vols plus courts. Et puis d’un seul coup, alors que je regardais ce ballet elegant qui laisse de longs fils blancs dans le ciel, sans meme que je realise ce qui se passait, on en a une un qui est passe juste en dessous de nous : on a bien senti son passage, ca a un peu tangue. Un avion vert, si proche qu’on a eu a peine le temps de le voir… Les avions sont equipes de nos jours d’instruments precis qui donnent des instructions en matiere d’altitude pour eviter les collisions. J’ai quand meme ete pris d’une sorte de panique interieure, un micro traumatisme, “et si…”. Quand j’habitais Paris, j’avais un voisin steward a Air France : visiblement, collisions evitees de justesse, train d’atterissage qui ne repond pas, etc, sont des “pepins” frequents qui ne portent pas a consequence car le personnel reste vigilant. Apres tout, c’est un peu la meme chose en voiture, en restant attentif, on echappe au conducteur qui ouvre sa portiere sans prevenir, au coup de frein brutal et si on n’appuie pas sur le champignon pour un rien, a la collision au carrefour quand un abruti grille un feu qui vient de passer au rouge. L’avion, c’est un peu pareil, un gros poids lourd qui vole. En tout cas, bravo au capitaine…

    J’ai ressorti mes livres de japonais. Je parle a toute allure desormais, il semble que j’ai une intonation correcte et un accent correct aussi mais… j’ai perdu beaucoup de vocabulaire, je ne sais plus ecrire (enfin, c’est relatif, il doit bien me rester 500 kanjis). J’ai travaille dans une banque americaine un an, NOVA deux ans, bref, je n’ai pas pratique le japonais dans un registre “exigeant” une grande quantite de vocabulaire. Si je compte couramment, par exemple, j’eprouve toujours de la difficulte a traduire car dans les grande quantite il y a une differente de 1 pour 10, et quand on parle en milliards, je dois penser… Les japonais aussi, dans l’autre sens. Mais comme on est au Japon, ce n’est pas problematique. Pour moi, c’est carrement dramatique. Une cure intensive de lecture et d’ecriture devrait me remettre a niveau et meme plus (car j’ai quand meme appris pas mal de chose). Je compte passer le 日本語能力試験2級 cette annee : il y a une cession en juillet, desormais. J’ai regarde l’echelle des nouveaux niveaux qui seront appliques a partir de 2010 (5 niveaux au lieu de 4), je suis dans le nouveau niveau 3, qui correspond a un niveau intermediaire entre le 3 et le 2. Sans etudier, ce n’est pas si mal, finalement. 6 mois pour avoir un niveau qualifie de “business” ou “advanced”.
    Je vous laisse la, je vais me promener. Ce soir, Jun vient a la maison, le week-end commence. A part ca, il n’y a pas des masses de taf; j’ai envoye mon CV plusieurs fois, sans reponses aucune… Je vais vous en faire, des albums photos, a ce rythme…
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Tokyo, Sextidi 26 Nivose 207

    Tokyo, Sextidi 26 Nivose 207

    J’ai poste ce matin un plein album de photographies argentiques d’il y a quelques annees. Photographies de Paris, de Londres et meme de Tokyo. Je vous en avais deja parle -longues seances de scan-, il ne manquait plus qu’a realiser un album : c’est chose faite. Vous pouvez y acceder sur mon autre blog, en photo (lien mort, note recente) bien entendu (Promenade en argentique). Mais comme je suis gentil, vous pouvez egalement y acceder en grand format depuis Ma GalerieMobileMe. (lien mort, note recente)

    Ci-jointe dans ce post une photographie prise il y a 5 ans a Paris, place des Victoires. Quel privilegie j’etais, sans vraiment m’en rendre compte, d’habiter si pres de ce quartier. Je me souviens, pendant longtemps, quand je disais que j’habitais Strasbourg Saint Denis, on me regardait de travers. Moi, j’aimais bien ce quartier populaire, avec ses primeurs, ses passages et les boulevards. C’est vers 1992 que m’est venue, de facon presque automatique, la promenade “en face”. J’habitais sur le boulevard Bonne Nouvelle, cote dixieme, et j’ai alors pris l’habitude de traverser et silloner le deuxieme jusqu’au premier arrondissement. Je garde un souvenir gracieux de la recession des annees 92/93 grace a ces deambulations qui passaient toujours par le Centre-Ville, mon cafe d’election rue Montorgueil, bifurquaient par les Victoires, puis m’emmenaient jusqu’au Palais Royal, son Jardin, Büren, puis Le Louvres, les quais… Je pense alors avoir ete le rmiste le plus heureux de la terre, je me suis regenere au contact de ces facades, de ces rues qui la nuit devenaient etranges, et puis j’ai decide de retourner a la fac pour etudier le 18eme siecle, faire parler ces murs. Ma psy m’a donne l’energie de sortir de chez moi, de ne plus me prendre pour une victime, le centre de la capitale m’a redonne de l’appetit, de la curiosite. Bref, j’aime cette photo de XIV en ses victoires, nouvel Alexandre, nouvel Appolon, magnifique mariage baroque de l’histoire et de la mythologie au centre d’une ville, la mienne, l’une des plus belles du monde. A Tokyo, les facades me depriment et seules mes promenades dans l’est m’inspirent quelque chose. Mais Tokyo n’est pas, et cela definitivement, Paris.
    Il y a des photos de Paris, il y a des photos de Londres. Alain habitait alors vers Bermondsey, dans le Borough de Southwark. La rive Sud de Londres a ete l’autre coeur de la capitale. Les classes moyennes habitaient la City, les ouvriers et artisans Southwark. Si vous connaissez un peu Londres, le quartier le plus connu est Elephant and Castle (histoire populaire qui trouve son origine dans l’infante de Castille, the Infant of Castil), devaste par les bombardements nazis, avec aujourd’hui l’un des plus laids centre commerciaux que je connaisse, a degouter a vie de tout revival 70! Le reste du Borough est peu connu. Quand j’habitais Londres, j’aimais m’y promener. Donc quand Alain y a emmenage, cela a ete un reel plaisir de m’y promener. Ce quartier s’est boboise a tres grande vitesse dans les annees 2000. On y trouve de belles maisons georgiennes (mes preferees) des anciens immeubles populaires de 3 ou 4 etages, tout en brique rouge et recemment renoves. Bermondsey est presque devenu un quartier chic. Il faut avouer que c’est central (London Bridge a 10 minutes a pied), que c’est calme et que le patrimoine architectural est extremement interessant. Moi, ce qui me fascine, ce sont tous les tunnels de chemins de fer et les ponts qui tissent le paysage. C’est qu’a la difference de Paris, ou tout est bien ordonne avec nos gares en peripheries, en terre plein, Londres est traversee par beaucoup de lignes de trains sans que celles-ci ne semblent trouver un terminus quelque part. Vous me direz, et Waterloo ? Eh bien oui, Waterloo, justement. En chemin, si vous regardez bien, il y a des aiguillages, vers Charring-Cross, vers Paddington, vers King Cross, etc… Ce n’est pas etonnant qu’apres 20 annees de sous investissements thatcherien, il y ait eu autant d’accidents mortels, deraillements et collisions… Le reseau est tres complexe, enchevetre. La moindre erreur (due a la vetuste des systemes de regulation et a l’accroissement du traffic) pouvait etre fatale. Pour moi, ces promenades au milieux de ces tunnels revetaient quelque chose de magique. C’est en fait tres esthetique. J’aime beaucoup Londres, je m’y suis toujours senti tres bien, tranquille, a l’aise.
    C’est interessant, une exploration du passe et des endroits a travers des photos.

    Reviennent en memoire ce que l’on n’a pas photographier. Araki a recemment “decide” que la photo etait un objet mort qui ne representait que des cadavres. J’ai pendant un moment parfaitement compris cela. Le temps n’est plus, cela est parfois tres violent. Mais en fait en allant plus loin, je ne suis plus si d’accord, car restent des sensations de ce qui fut, et ces sensations sont la vie qui reste, meme dans ce qui n’est plus, dans ce qui est mort. Je prefere voir dans la photographie le support de nos nostalgie, cette sorte de balance entre la vie et la mort, le passe et le present, le bonheur et la tristesse. Etonnant comment une photo de ma chatte Siouxsie -elle a vecue 16 ans- provoque comme sentiments contradictoires. Elle est morte, mais je garde aussi intacte le souvenir qu’a ce moment precis, elle vivait, elle etait la. La photo n’a pas arrete le temps, elle atteste la verite d’un instant, pour (mon) eternite. J’ai bien entendu commence a scanner mes photographies prises a Londres quand j’y habitait.
    Nostalgie reelle, mais aussi sentiment de plenitude. J’y ai ete heureux, et ces photos en attestent: pourquoi serais-je triste, alors. Paradis perdu certe, mais j’y ai habite, et la photographie m’en rend sa part. Elle me rend l’oeil qui a vu et le touche qui a fait.

    Cette photo, par exemple, avec ce sexe deballe. Je me revois en train de la prendre… Il devait etre plus de minuit, un samedi soir, lors d’un de mes nombreux week-ends a Londres. J’avais certainement ete au Bar-Code (mon bar prefere en “before” car il ferme a une heure du matin : en basement, une salle de peut etre 100 m” a tout casser, au moins 200 mecs qui dansent, une tres bonne sono et de bons DJ. Ah, le Bar Code. Vers minuit, il y a quatre options. Premierement, se preparer a rentrer chez soi. Deuxiemement, aller en boite : Londres est la capitale des (vraies) boites gays, avec les meilleurs DJ house de la terre et/ou les meilleurs DJ de pop ringarde. Troisieme option, un bordel a backroom; mais comme il n’y a globalement plus que ca a Paris depuis que la mafia (et les Guettas) y controle le marche (le Queen n’est pas une boite gay MAIS appartient bien a la maffia), je n’y ait jamais mis les pieds. Reste, quatrieme solution, le CXR79 (pour 79 Charring Cross), mais se prononce sexer79). Un pub gay ringard et anodin en journee, le plus gigantesque boozer a partir de 23 heures. Eh oui, a Londres, ca ferme quasiment partout a 23 heures. Pour 3 pounds, vous pouvez rentrer au CXR79 jusqu’a 5 heures du matin. Bref, la clientele arrive alcoolisee, elle en ressort completement pintee. C’est un tres grand pub, avec un etage, et ca boit, ca boit, en causant, en matant (mais avec une efficacite tres relative vue la tres forte consommation de biere). J’ai toujours trouve cet endroit marrant. On n’a jamais eu ca, a Paris, un bar pour y boire comme des heteros ! Enfin, plus que des heteros puisqu’il n’y a pas bobonne pour nous dire que c’est fini… Peut-etre le COX le samedi vers 19 heures… Un piccoloir !
    Quand j’ai pris cette photo, je devais etre moi-meme assez cuite. Je suis monte a l’etage, le bas etait archi bonde. Mon appareil photo faisait sensation. Deux gars se sont embrasses pour que je les photographie, on me regardait, mi-curieux mi amuse. A deux heures de l’apres-midi, je pense qu’on m’aurait plutot degage… Et puis il y a une petit mec, peut-etre 25 ans, completement saoul, qui me montre ses fesses. Clic-clac… La photo est tres floue (il faut dire aussi que c’est un pub, bref, pas super clair). Et il me demande si je veux voir sa queue, la je ris, autours, tout le monde rit, il se retourne et baisse son pantalon. Vu le peu de lumiere et le cote instantanne, la photo est tres reussie… Cette photo, c’est plus qu’une photo, elle raconte ce bar. Le gars aurait pu se faire jete si un barman l’avait vu, car ce n’est pas le style maison… mais les pintes, ca decoince quand meme pas mal.
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Tokyo, Quintidi 25 Nivose 217

    Tokyo, Quintidi 25 Nivose 217

    Il y a vraiment un truc que je deteste plus que tout, dans la vie. Trop de mauvais souvenirs, trop de deceptions. Chercher du travail. En ce moment, je cherche du travail. Rien a rajouter sur le sujet, si ce n’est que nous sommes bel et bien dans la pire periode qui soit pour le faire. Je n’en suis pas surpris, j’attendais janvier avec inquietude, comme ici quand le Typhon arrive, sachant que celui qui vient est certainement le pire depuis longtemps. Il y a un moment ou il faut faire avec, et si l’on est en chemin quand tout se met a bouger, le vent a souffler, les arbres a plier et les rivieres a deborder, il n’y a a pas d’autres solutions qu’attendre que ca passe, en essayant de frayer son chemin dans cette apocalypse – qui sait, j’atteindrai peut-etre la maison a temps. On n’a pas le choix. L’hivers sera long, ai-je ecrit, et je sais qu’il le sera. Je suis pris dans le pire typhon de tous les temps, alors je courbe le dos, le vent glisse, j’ai deja compris que je n’atteindrai pas la maison sain et sauf, j’y laisserai quelques plumes au passage. Mais comme je savais depuis plus de 6 mois qu’on s’en preparait une mauvaise, comme je l’ecrivais fin septembre :

    “Et la crise ?
    Cette crise que nous traversons, si vous voulez mon opinion, va etre profonde mais ne va pas durer longtemps. De type, reprise en V (optimiste) ou en U (realiste). Mais en rien le L (stagnation) que ceux qui hier nous predisaient un avenir tout rose presagent aujourd’hui. Je continue de penser que les matieres premieres vont d’abord baisser (ca commence) avant de s’ecrouler l’an prochain, liberant du pouvoir d’achat et baissant les prix dans un environnement de concurrence exacerbe : les entreprises font de gros profits et rogneront ces profits pour accelerer la baisse des prix. Bref, apres une recession on aura une reprise tres forte et je pense meme que l’immobilier repartira a ce moment la. J’ai ecris en mars qu’on avait un gros ajustement a venir mais qu’il n’y aurait pas de grosse crise car les matieres premieres baisseront. Je persiste et signe, et ce n’est pas a la mode.
    Les prix des matieres premieres se sont ecroules, le baril de petrole est passe de pres de 150 dollars a une fourchette de 35 a 45 dollars, le prix des cereales a lui aussi fondu. Pour le coup, c’est vraiment le marche qui a corrige ce qui etait le fruit de la speculation. Le marche action et l’immobilier avaient atteind leur limite des la fin 2006 et ont amorce une pause voire un debut de baisse : la speculation s’est tournee vers les matieres premieres. Or, apres la crise du credit liee a la crise de la titrisation des credits hypothecaires aux USA, la faillite (plus ou voulue) de Lehman a precipite la chute des bourses; les perspectives de croissances se sont trouvees reduites et par la meme les prix “futures” esquisses par la speculation se sont averes aberrants (ils l’etaient deja, mais fin septembre, c’etait franchement une evidence). Pire, beaucoup de compagnies, Hedges Funds comme banques ou societes de credit, a cours de liquidites dans ce contexte de crise du credit, on du liquider leurs positions coute que coute, accelerant les baisses des matieres premieres et des marches boursiers. Si bien souvent, on fait porter le chapeau des crises au marche quand il s’agit de l’action des actionnaires (la bulle internet, par exemple), dans ce qui s’est passe en septembre octobre, c’est vraiment le marche, d’ou l’allure generale de debandade, de debacle incontrolee, de fin du monde. C’est a ce moment la que ceux qui avaient nie la realite d’une crise, visible dans le retrournement de tous les marches des le printemps 2007, parlant d’”atterissage en douceur” et de reprise des 2008, se sont mis a decreter que nous etions revenus a la grande depression. Et il est vrai que les resultats economiques actuels semblent leur donner raison. Tout comme les bons resultats des entreprises jusqu’a cet ete semblaient leur donner raison.
    En fait, je continue de penser que le pire est passe, que Janvier sera le pic mais qu’on y verra aussi les signes qu’on n’etait pas sur le Titanic. A la lecture des forums consacres a la bourse, beaucoup desormais preparent leurs billes, ils attendent encore un plongeon pour investir en masse. Les volume sont en effet tres faibles, comme si personne ne voulait se risquer. Cette crise est a comparer a la crise de 1907, la “panique des banquiers (lien vers wikipedia)“. Je reste convaincu que des Fevrier, on entendra non plus seulement des nouvelles catastrophiques, mais egalement les premiers redressement de la production industrielle. Le “plan Obama”, lui, redonnera envie aux Americains de consommer. Des avril, je reste persuade qu’on commencera a parler de reprise. Je suis piege dans l’oeil du cyclone, je sais qu’apres encore quelques vents violents, l’eclaircie sera a la mesure. J’ai le printemps en ligne de mire.
    Comme je l’ai ecrit recemment, ici, la crise prend une tournure politique. Aso n’a plus l’adhesion que de 18% de Japonais, record toute categorie. Le PLD est au bord de l’implosion, des deputes commencent a se mettre en reserve, voire quittent le parti. Jamais l’opposition, reunie autours du PDJ et reunissant les socialistes et le communistes ainsi que des independants, n’a ete autant en mesure de vaincre, offrant pour la premiere fois un front uni dans les attaques contre la majorite. Je ne suis pas fana d’Ozawa, un ancien du PLD reconverti au centrisme, mais je confesse que jusqu’ici, sa performance est un sans faute et que nous pourrions bien avoir un Japon de centre-gauche pour la fin de l’annee. Il faut dire que le parti au pouvoir a bati une economie portee par les exportation, comme un pays sous-developpe, avec une grande partie de la population sous-payee, voire precarisee, et que le decrochage des grandes economies est une catastrophe pour le Japon qui voit le volume de ses exportations s’effondrer sans pouvoir compter sur son marche interieur pour compenser. Ce ne sont pas les 12,000 yens que Aso veut donner a chaque Japonais qui relanceront la machine, ce ne sera que de la dette en plus dans le budget de l’Etat. L’opposition suggere que la dette serait mieux utilise dans des investissements pour les ecoles et les hopitaux, principalement en renforcement des structures (la plupart des ecoles ne sont pas aux normes anti-sysmiques…).
    Comme je vous l’ai dit, je cherche du travail, et ce n’est pas facile, surtout quand les factures continuent d’arriver.
    Ce soir, Jun vient a la maison : je dois aller acheter du pain. Je vais en effet preparer un gratin de pates. Ces derniers temps, je prepare des plats japonais simples, comme le sukiyaki (je suis desormais un expert), et des sortes de nabe de legumes. Mais ce soir, ce sera gratin.
    J’espere que la nouvelle allure de ce blog vous plait.
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Tokyo, Quartidi 24 Nivose 217

    Tokyo, Quartidi 24 Nivose 217

    Cela ne se voit peut-etre pas, mais le peu de changements que j’ai opere sur ce blog m’ont demande un certain temps. Pas que ce soit difficile, mais je ne suis pas un professionel du html or, pour personnaliser ces pages, il n’y a pas d’autres solutions que mettre les mains dans le cambouis, et corriger, rectifier, effacer, comparer jusqu’a avoir un resultat correct. Je suis desormais tres proche de ce que je cherche. TB m’avait invite a changer le fond et prendre un fond clair car ce serait plus lisible; voila qui est fait. J’hesite toutefois a adopter le tout blanc : ne serait-ce pas trop flashy ? J’ai change les polices, optant pour la tres classique Times pour les titres et ne conservant Trebuchet (!) qu’aux textes, la encore pour des raisons de lisibilite : Times, ca ne le fait pas. Et puis egalement, a mon grand regret, je vais banir la couleur de ce blog. Il n’y a rien a faire, ca ne fait pas propre. Ce blog n’est pas un livre d’image. Et puis peut-etre irez vous, comme Popol, regarder les photos que je poste dans mon “autre blog” (lien dans ce texte et a gauche). J’ai actualise les contenus et posterai de nouveaux albums dans les jours qui viennent. Ca aussi, ca demande un temps incroyable… Je reve a la suite iLife09 qui sort dans quelques jours; iMovie acheve sa revolution. En fait, je ne fais plus de videos a cause de iMovie08 ! Je vous assure que c’est vrai… iMovie06 etait un peu archaique, certe. Ca moulinait grave, des fois, et l’utilisation etait parfois fastidieuse car assez peu precise (a moins de prendre tout son temps). iMovie08 a ete en terme d’ergonomie un reel progres car l’interface est beaucoup plus precise et le travail est rapide. Seul point noir : la disparition de presque tous les effets speciaux, transitions et autres “gadgets” qui faisaient le charme de iMovie… Un logiciel de montage video, point barre. Je me suis mis a reporter mes projets, et puis je n’en ai plus fait. iMovie09 garde la nouvelle interface (a la Final Cut) mais integre de nouveaux tous les effets des anciennes versions, en en integrant de nouveaux dont un stabilisateur d’images. J’aimerais refaire des videos, ce logiciel m’en redonne l’envie. Et comme j’ai plein de points sur ma carte Yodobashi Camera, ca ne coutera quasiment rien. Et comme j’ai du temps devant moi, ca m’occupera…

    Pour les photos, j’ai scanne pas mal de films que je glisserai dans des albums sur mon “autre blog”, comme je viens de le faire pour des photos prises au Pere Lachaise il y a une dizaine d’annees a Paris (avec mon vieux Practica, mort entre temps…). La photographie argentique est ideale pour photographier la lumiere, comme vous pourrez le voir sur ces photos que je n’ai pas retouchees. La luminosite du ciel en ce moment m’invite a ressortir mon vieil Olympus OM1. C’est drole, ces appareils photos : mon Olympus date de 1973. Je l’ai paye 30 Euros il y a 6 ans. Les joints en mousse avaient “brule”. Je les ai remplaces par ceux du vieux Practica, tout simplement. Il est comme neuf. A Ginza, dans les boutiques specialisee, un OM1 vaut environ 40,000 yens… Oui, 320 euros ! Ca creve pas, ces vieilles betes. Alors que des Canon digitals ultra sophistiques sortis il y a 5 ou 6 ans, ca ne vaut plus que 20 ou 30,000 yens (quand ca en valait plus de 100,000). Ben oui, les pixels demodent vite, et l’electronique finit par rendre l’ame. J’adorait regarder les boitiers sur le boulevard Beaumarchais. Reitinette, Nikkormat et Leica, Ricoh et Pentax K1000… Et que dire de ces magnifiques boitiers moyens et grand formats dont les epreuves peuvent etre agrandis 100 fois, 1000 fois sans souffrir le flou… J’ai passe quelques heures dans ces petites boutiques entre Ginza et Shimbashi il y a quelques semaines, juste le plaisir de voir ces vieux appareils photos qui ne sont plus recherches desormais que par des amateurs eclaires et quelques photographes. Tout comme pour les platines disques, quelques marques se lancent dans le 24×36 et sortent des reflex a l’allure robuste mais qui ne rentreront jamais dans la legende. Mon OM1 est une legende a lui tout seul : il fut le premier 24×36 reflex grand public a proposer des accessoires de qualite professionelle; la gamme d’optique etait impressionante et les differents teleobjectifs valent aujourd’hui de petites fortunes; en effet, la marque utilisa tout son savoir fait acquis dans l’optique medicale (les microscopes) pour presenter un gamme de grande precision. Quand a l’appareil, il etait le plus compact de son epoque.
    J’aime mon OM1 (ca me rapelle une certaine video, dans Jacky Brown).
    Ici, il continue de faire dramatiquement froid. Duodi, Jun et moi sommes alles nous promener vers Matsudo puis Kogane, dans le departement de Chiba. Si le Parc / residence des Tokugawa a Matsudo s’avera terriblement decevant (je passe sur les 2 guides qui ont fait semblant de ne pas me voir, mais qui furent tres prevenant avec d’autres visiteurs de la “villa”), je ne peux que vous encourager a aller a Kita Kogane au Hondoji. La periode la plus favorable semble etre juin, car il y a des ajisai (rododindrons) partout : ce doit etre tres beau (photos en ligne demain sur mon “autre blog”. Hier, Tridi, c’etait ferie. Nous avons fait une rapide sortie vers Ueno/ Akihabara faire quelques courses, mais il faisait vraiment tres tres froid. Je me plains, avec nos 1 a 2 degres du matin… J’ai vu qu’en France, c’est carrement glacial.
    Allez, il est tres tard, nous voila deja Quintidi. Bon anniversaire a Tarikavalli, nee le 25 Nivose…
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Tokyo, Decadi 20 Nivose 217

    Tokyo, Decadi 20 Nivose 217

    Fin de la 11eme Decade de 217. De Primidi a Tridi, c’est conge.  En Gregorien, cela donne une “fin de semaine” plus un lundi ferie.

    Ce matin, il fait tres froid dehors, il pleut a peu pres partout, et il semblerait meme qu’il ait neige dans le coeur de la capitale : ce n’est qu’un passage, il devrait faire beau de nouveau toute la prochaine decade. J’occupe mes journees comme je le peux., bref ma maison est impeccablement soignee. Je regarde (j’avale) des series americaines, comme Nip/Tuck. Une vraie merde, Nip/ Tuck : apres une premiere saison correcte, l’histoire de deux chirurgiens esthetiques – un cynique play-boy et un “gentil” pere de famille-, on tombe dans le melo hetero pur jus, le play boy se revelant un gros salop et le gentil de plus en plus machiste et saupoudrant sa vie de violence domestique.
    Il faut avouer que sa femme vire progressivement a la vraie cruche qui passe son temps a dire pardon. Les maitresses, elles, se succedent, passant au plumard apres avoir perdu la graisse du bide et pris deux tailles de soutif sur le billard. Elles attrappent des gosses, aussi, et le VIH parfois. Bref, le vecu minable de deux heterosexuels blindes d’argent qui ont des problemes de classes moyennes, le public cible des scenaristes: la garde d’enfant dont je me soucis comme de l’an 40 (je reformule ma question, pourquoi doit on se moquer de l’an 40 ?), leurs divorces, leurs femmes entre poufiasses peroxydees, liposucees et gourdes de premiere categorie, leurs psy/profiler/inspectrices/etc/femmes de tetes (forcement) obsedees sexuelles qui, vengeresses, tranforment ces gros cons laches et machos salopard en pauvre victime incomprise qui a traverse une enfance malheureuse. A gerber.

    Avec Jun, nous louons Ugly Betty, c’est amusant, bien vu. Nous avons acheve Atsu Hime, j’ai verse ma petite larme. J’adore pleurer sur la vie des princesses, c’est peut-etre un reste de mes origines sociales, tiens, et de ma mere qui plaignait la “pauvre” Soraya, la femme du Shah d’Iran. J’avais ete vane en ecoutant la chanson de Marie-Paul Belle, Les larmes de Soraya…

    Ici, la crise economique tourne a la crise politique. En fait, depuis le depart de Koizumi, les Japonais ont le sentiment de ne plus etre gouvernes, ou plutot si, par des premiers ministres tous plus incompetents les uns que les autres. Il y a eu Abe, d’abord, l’ultra reactionnaire depressif qui a demissionne “pour raisons de sante”. Puis il y a eu Fukuda, le dynamique papy de 72 ans, choisi (a mon avis) pour son cote “modere” en matiere internationale, histoire de faire bonne figure pour le G8 de Hokkaido et les jeux de Pekin. Degage en Vendemiaire (septembre, en Gregorien) juste apres les JO par une fronde menee par le nationaliste (au sens annees 140 du terme -1930 en Gregorien-, je ne blague pas du tout) et tres catholique (je me demande si on ne devrait pas petitionner pour le faire excomunnier, tiens…) Aso. Son credeau, la relance economique. Manque de chance, il se revele le plus lamentable premier ministre ever, tombant en Frimaire a 21% de bonnes opinions. Grace a lui, l’opposition est quasi certaine de gagner les elections de Fructidore prochain (du 22 aout au 21 septembre en Gregorien). Ce type est vulgaire au vrai sens du terme, usant et abusant de vulgarites verbales qui ont fait sa “popularite” un temps, mais qui desormais le coulent a vitesse grand V : imaginez Bigard premier ministre.
    Le bonhomme a aussi fait parler de lui pour etre amateur de mangas : a Akihabara, il y a des tonnes de mascottes Aso. Aso, le premier des puceaux Akibakei. En fait, il est une tres mauvaise publicite pour tout ce qui touche au Japon de pres ou de loin, et le moment ne va pas tarder ou il va etre vraiment deteste (hormis chez les puceaux occidentaux fans de Maid, de mangas “lolitas” “trop cools” et qui delaissent leurs jeans de merde, leurs TShirts noirs delaves et leur allure de puceaux louches quand ils viennent au Japon pour s’habiller Visual… Imaginez une Australienne, ou Francaise, ou Americaine de 28 ans, avec ses 15 kilos de surcharge ponderale, son acnee, habillee comme Candy-Candy… Ca fait rire les Japonais : normal, c’est un trip d’adolescente de 15 ans, ici ! Les filles plus agees qui s’habillent comme ca, en fait, c’est leur travail. Entraineuses dans des bars a Geeks-neo-puceaux de 30 ans dans le quartier de Akihabara. La culture Aso…).
    A Kamakura, debut Nivose. Un (riche) mariage dans un (riche)  sanctuaire Shinto, des musiciens jouent du Gagaku (forme musicale importee de Chine vers le 8eme siecle). Je prenais de photos, quand  Jun me demande en riant si j’aime bien photographier de riches Japonais traditionalistes de droite. On a beaucoup ri…
    Les informations TV sont en ce moment pleines d’histoires d’interimaires licencies, de SDF et, nouveaute, d’employes fixes menaces de licenciements et conduits au chomage partiel. Toyota va fermer 11 jours en Pluviose et Ventose et Sony a licencie 8000 personnes, Canon 1500. C’est la crise… De mon cote, je cherche du travail mais je vous avoue ne pas foncer non plus : ce mois-ci, il n’y a rien du tout. Le pire est que c’est en ce moment partout pareil… Je ne fonce pas car je ne tiens pas a faire une depression nerveuse, quand il n’y a rien, il n’y a rien. Si vous avez des pistes…
    Debut Nivose, j’ai recu mon Decadaire mail-spam de Joost qui m’informait que desormais l’application Joost etait inutile et que desormais l’ensemble des programmes etait directement accessibles sur Joost. S’ensuivaient les programmes de Noel. J’ai fonce sur Ministry of Sound. Ca m’a fait tout drole de revoir tous ces video clip de Dance avec des filles (mais aussi des types) a moitie (aux 99/100eme) a poil… Ca m’a fait tout drole car j’ai compris en un eclair que je vivais dans un pays pudibon ou les acteurs font visiblement semblant de s’embrasser dans les doramas (cela n’a pas toujours ete le cas, ils y a 20 ans, ils s’embrassaient), ou les homosexuels sont totalement invisibles et ne se outent pas, ou les series americaines sont quasiment inexistantes (il faut les louer a Tsutaya, ce que font massivement les -pauvres- Japonais), que ce pays vivait reclus des grand courants “jeunes” du monde entier au point que les seuls artistes “etrangers” a la TV sont des artistes purement locaux, a l’image, dans les annees 180 de droite (annees 1970 en Gregorien),  de nos Dalida l’Italienne/Petula Clark l’Anglaise/Jane Manson l’Americaine/Nana Mouscouri la Grecque/ Rika Zarai l’Israelienne/ Enrico Macias l’Algerien/ Yvan Rebrof le Russe, etc… J’ai ressenti en un millioniemme de seconde le caractere quasi consangain de la “J-Pop”, le hold-up opere sur ce nom lui meme, cree il y a 15 ans pour des artistes “ouverts sur le monde” et participant de la musique mondiale comme Towa-Tei (ex DJ de Dee Lite, le groupe anglais), de Cornelius et Pizzicato Five, et qu’on aurait pu donner sans que ce soit vole a la (brillante) Togawa Jun mais aujourd’hui dispense a toute la variete “fermee” du Japon, toutes ces chansons qu’on a deja l’impression d’avoir entendu 1000 fois, avec toujours les memes voix, les memes sapes, ces especes de simili petites filles a la voix boudeuse, ces “Johnnies” habilles comme des cloches… Le plus insense, c’est le replacement dans le contexte. Pas un sein, pas une cuisse, mais des salles de jeu partout, des patchinkos et des bars a hotesse a foison, des filles et des hommes qui tapinent comme si c’etait normal, mais en cachette, avec la respectabilite qui se gagne a force de sacs Vuitton et de lunettes Chanel.
    Qu’on me permette de preferer la “decadence” : je ne supporte plus cette pudibonderie (hypocrite, avec ses ribambelles de pucelles professionnelles) japonaise, d’autant qu’elle n’est au Japon motivee par aucun motif religieux. Allez, speciale dedicace aux puceaux accrocs a la Jpop : quitte a ecouter de la merde… (pour ceux qui preferent la musique, il y a un lecteur sur le cote).
    Allez, je vous laisse.
    De Tokyo,

    Suppaiku

  • Tokyo, Octidi, 18 Nivose 217

    Amusant… Je poste mes voeux pour le nouvel an Romain Chretien, et j’ai 5 commentaires dans la foulee… Je devrais bidouiller le calendrier plus souvet ! Explications…

    Ici, au Japon, un etrange mixage s’est opere entre differents calendriers, aboutissant a un resultat etrange, que je crois seuls les Japonais sont capables de creer, a la limite de l’absurde et a l’image de l’obstination qui parfois les caracterise… Le Japon avec ses tremblements de terre, les typhons, les raz de maree, la moiteur de l’ete mais aussi la douceur de l’automne, la spendide luminosite baignee de vert tout au long de l’annee, est un pays terriblement marque par la force implacable de la nature, et cela se trouve au coeur de la religion “reelle” des Japonais, faite de superstitions, de craintes non-dites mais visibles au detours des chemins de campagne, un Jizo ici, un petit sanctuaire la, ailleurs un arbre sanctifie, et partout les montagnes et leurs forets desertees, livrees aux etres surnaturels et aux moines errants, autrefois aux Mikos, ces pretresses magiciennes operant le lien entre le ciel et la terre, pretresse venerees des sanctuaires anciens, avant que l’influence chinoise ne les remplace par des hommes. La Divinite la plus importante est feminine, c’est Amaterasu, le soleil. C’est rare et, comme le signale tres bien Beauvoir dans le 2eme sexe, a peu pres partout la devinite feminine du soleil a ete evincee au profit d’une divinite masculine du soleil, comme Appolon. Pas au Japon. Ces pratiques et ces cultes tres anciens, d’avant la Chine, portant la trace d’une veneration melee de crainte pour tous les phenomenes naturels, sont l’ame du Japon ancien et perdurent jusque dans le Japon d’aujourd’hui; si le Japon a beaucoup pris a la Chine – la “vraie”, comme la Chine “au prisme de la Coree”, il a su aussi interpreter ce qui etait commun pour exalter ce qui etait sa propre culture. Et le calendrier ancien, emprunte a la Chine, permettait bien cette fusion d’une modernite importee et la sensibilite du peuple japonais.
    L’annee commencait comme en Chine, vers fevrier. Le calendrier chinois est un calendrier qui colle a la nature. Au Japon, ainsi, on arretait le temps peu avant le nouvel an, et puis on ranimait les elements avec la nouvelle annee : le printemps pouvait commencer; on allait admirer les premieres fleurs d’abricotiers japonais (ume n’est pas une prune, mais une variete d’abricots, quel est le con qui a ose traduire prune !). Puis il y avait la fete des filles en mars (2eme mois), puis les cerisiers, puis les garcons… En fait, le calendrier importe collait aussi parfaitement au rythme agraire du riz, lui aussi importe. Ainsi, progressivement, le calendrier chinois impregna les gestes en collant a l’esprit des campagnes. De plus, ce calendrier n’ayant de reelle importance qu’a la cour, il ne contredisait pas les pratiques locales du Shinto. Au contraire, son aspect symbolique (les 5 elements, le zodiaque…) enrichirent la palette de divination deja presente dans les anciennes pratiques religieuses. Je m’arrete la, ce n’est pas ma specialite : je vous invite a lire G. Sieffert pour en savoir plus (Les religions anciennes du Japon).
    Et puis il y eu l’Occident, ses canons pointes sur la Baie d’Edo, le chantage a “l’ouverture”, bref, la traditionelle histoire de la colonisation, et puis la resistance japonaise qui deboucha sur la prise du pouvoir de quelques clans a travers la “restauration” de l’autorite imperiale. Meiji, 1868. A partir de la, il fallut “moderniser”. La hantise des Japonais fut alors de ne pas apparaitre etrangers a l’occident, mais au contraire y coller, lui ressembler le plus possible. Pourquoi ? Pour ne pas apparaitre comme des sauvages. L’occident Europeen etait raciste et ses velleites de progres cachaient les appetits des commercants et les envies de puissances. Fins observateurs, les Japonais avaient bien observe ce qui s’etait passe en Chine et avaient bien compris que derriere les traites commerciaux se cachaient la presence militaire, les deportations de populations au profits d’entreprises etrangeres et enfin les expropriations en masse. Si le remede qu’il convenait d’adopter differait entre partisans du Shogun (le pouvoir en place) et les partisans de Meiji (l’empereur), tous s’accordaient sur le constat. Le Shogun perit de son indecision et de sa strategie : gagner du temps. Les partisans de Meiji gagnerent grace a leur soif d’action, mais a une politique anti-etrangere qui leur valut le soutien de jeunes samurais exaltes, il s’orienterent a 100% dans une politique d’occidentalisation. On se coupa les cheveux, on porta le costume 3 pieces, les dames mirent le corset, on roula en caleche et on se fit construire des villa en pierre dans lesquelles on mangeait a table assis sur des chaises. Bien sur, ces changements valurent pour l’elite et affecterent peu la population sur le moment. La, ce fut une lente impregnation dont je peux vous assurer que le processus est toujours en cours…
    Il fut decide un certains nombres de “modernisations culturelles”. Tout d’abord, des universitaires furent charges de traduire le vocabulaire scientifique, philosophique et universitaire en japonais : d’horribles barbarismes virent alors le jour, au sens tres aleatoire et que les Japonais meme eduques ont parfois du mal a comprendre; ces universitaires utiliserent les kanjis (caracteres chinois) en fonction de leur sens en y plaquerent des lectures “a la chinoise”. Il est communement admis par beaucoup de Japonais que ces mots ne sont pas japonais, mais chinois puisque parfois il existait un mot japonais pour dire la meme chose. Mais je doute que les Chinois puissent comprendre ce vocabulaire “rebus”…
    Le calendrier fut aussi concerne par l’occidentalisation. On adopta donc le calendrier Gregorien (calendrier Romain dit Julien, reforme en 1582 pour suivre la course du soleil). On garda de l’ancien systeme le decompte des “eres” afin de bien marquer l’importance de l’Empereur. Ere Meiji (1868/1912), Ere Taisho (1912/ 1925), Ere Showa (1925/ 1989), ere Heisei (1989, ~). L’adoption du calendrier Gregorien eut bien entendu pour consequence de decaler le nouvel an de mi-fevrier au 1er janvier. Qu’a cela ne tienne, on decida de decaller toute l’ancienne symbolique avec. Si vous etes au japon en ce moment, vous verrez partout ce 初春/ litt. debut du printemps, qui est synonime de nouvelle annee… Au sanctuaire de Fushimi-Inari, le 4 janvier a lieu une ceremonie agraire en l’honneur d’Inari. On presente du riz afin de favoriser les recoltes et on fait une premiere plantation. Sous la neige, bien souvent… De l’ancien calendrier reste une fete secondaire pour les enfants : “鬼は外、福は内”/ litt. Les demons, dehors, la chance, dedans. On jette des bonbon et des graines au dehors en repetant cela 3 fois, les enfants arborent des masques. Ce qui est amusant est que beaucoup de gestes accomplis entre le 23 decembre et le 1er janvier ont la meme signification : le grand menage et les grosses ordures, la maison ouverte en grand, les 120 coups de cloches au temple… Bref, cette mini-fete de trois fois rien en fevrier est un peu comme notre premier avril. Une emprunte… La seule difference est que l’occident n’a pas change ses fetes. Le Japon a tout demenage avec.
    C’est tres japonais…
    Alors maintenant, revenons a notre calendrier. Un calendrier est une des formes visibles que revet le “vivre ensemble”. Il porte la marque de l’histoire mais il est aussi le projet que l’on se donne. Dire que nous vivons en 2009, c’est croire qu’au commencement il y a Jesus Christ et c’est avoir mis en place le compteur pour son retour.
    Le calendrier “Republicain” a un enorme avantage sur le calendrier Gregorien : il n’est pas Chretien. Il prend place dans un projet politique qui pratique l’inclusion de tous dans le projet Republicain. En Republique, on n’est ni Juif, ni Chretien, ni Musulman, ni Bouddhiste, ni Athee. On est citoyen : etre adulte doue de raison, maitre de son destin. Le corp des citoyens assembles represente la souverainete, la realite du pouvoir. C’est a la maison, parmi les siens, au Temple, dans des assemblees reunies librements, dans des evenements partages librements, qu’on est Juif, Chretien, Musulman, Bouddhiste ou Athee. Le calendrier Republicain retablit cette neutralite qui seule sied a une Republique qui decide d’etre autre chose que “ses racines Chretiennes”.
    On pourra objecter les horreurs de la Revolution Francaise. Je suis le premier a les reconnaitre et je vais meme souvent bien plus loin. Je suis intimement convaincu qu’il convient de rejuger le “citoyen Louis Capet” et “la veuve Capet, Marie-Antoinette dite l’Autrichienne” parce que je ne voit pas ou le Roi et la Reine se trouvent dans un tel acte d’accusation (formules au nom d’individus et non de Souverains), que le droit a toute defense leur a ete refusee, que les accusations les plus crapuleuses et malhonnetes ont ete formulees avec pression sur des “temoins” (Marie-Antoinette a ete accusee d’attouchements incestueux sur son fils), etc. La “Revolution”, ce non-evenement catastrophique qui a profondemment marque l’epoque contemporaine, a ete l’occasion de reglements de comptes divers, de crimes. Elle a pourtant egalement ete la premiere manifestation de la lente impregnation des Lumieres sur l’ensemble de la population francaise, la preuve dans les faits que les Francais etaient prets pour le changement que la monarchie n’a pas su leur apporter. L’Absolutisme avait fait son temps, tout simplement.
    Au vu de l’histoire qui a suivi : le Directoire, puis la neo-dictature du Consulat, puis la Tyrannie sanglante Napoleonienne, puis la Restauration Reactionnaire, puis la Monarchie Oligarchique et bourgeoise de Juillet, puis la Tyrannie conservatrice et bourgeoise de Napoleon III et enfin la boucherie bourgeoise anti-communarde (plus de 50.000 Parisiens executes par la milice Versaillaise en 1871), il devient clair qu’a quelques exceptions pres, il fallut attendre 1877 (victoire des republicains aux elections legislatives) pour que le niveau des libertes publiques depasse reellement ce qu’il etait sous Louis 16 (et atteigne le niveau pendant 100 ans inegales de 1792). Je ne sais pas pour vous, mais moi, les 2 Napoleons, la restauration et la Commune, ca me donne honte pour l’execution de Louis 16 (qui n’a rien reprime du tout…) et de Marie-Antoinette (qui n’en avait meme pas le pouvoir). Mais en revanche, ce souffle de liberte de la France de 1789/1792, cette envie de creer du “vivre ensemble” par le contrat, par la liberte, par l’association, par l’egalite, ce souffle democratique plus fort en fait que l’envie de Republique (et qui rendit possible un temps la monarchie parlementaire), je continue de penser que c’est un tres grand moment de notre histoire, un moment ou le peuple est debout. Juste avant que certains decident de se mettre a sa tete, “pour son bien” et se revelent bien pire que le Souverain dechu qu’ils s’empressent d’executer pour offrir un expiatoire a leur incapacites et masquer les complots qu’ils ourdissent les uns contre les autres. La Terreur est un moment terrible. On a souvent compare Robespierre et Staline. Non, Staline, ce fut Napoleon, le grand stabilisateur qui blanchit les anciennes elites apres qu’elles se soient inclinees. Robespierre, Danton, Saint-Just, Fouquier-Tinville, Baboeuf, Marat… des heros romantiques, des etres perdus dans les evenements qu’ils n’ont pas sucites mais qui les ont propulse au sommet, dans le vide beant laisse par la fin de la monarchie la plus puissante d’Europe. Des etres peu doues pour le pouvoir mais decides a tout pour le garder, au non du bien. Des etres tragiques, des heros de romans qui n’auraient jamais du rentrer dans le monde reel, au coeurs des intrigues poussees par des speculateurs, des intrigants, toute la clique qui prit les renes sous le directoire avant de faire ses salamaleques a Buonaparte/Napoleon le tyran. Qui abolit le calendrier Republicain.
    Et nous revenons au calendrier Republicain. Un calendrier raconte une societe et son vivre ensemble. Je reste persuade qu’en 1945, une occasion unique de forger un calendrier universel a ete manquee. Un calendrier qui s’enracine dans la Shoah pour que plus jamais il n’y ait d’extermination en raison de la religion ou de l’appartenance a un peuple en particulier. Un calendrier de maturite de notre espece. Un calendrier que la realite du genocide Juif conduit a reconnaitre le genocide dont les populations indiennes ont ete victimes. Un calendrier que la realite de l’extermination de 6 millions de Juifs, de plus d’un million de trisomiques, prostitue/e/s, tsiganes et “non aryens” conduit a reconnaitre le sort des populations deportees en fonction de leur religion ou de l’appartenance a un peuple en particulier, a commencer par les deportations massives d’Africains vers l’Amerique apres qu’on en eut extermine les habitants. Un calendrier de la reconnaissance des faits historiques et de leur commemoration.
    Y a t’il un “jour de la Shoah”, du “souvenir de la deportation” ? Je veux dire, une journee mondiale ? Qui s’impose a tous?
    Non, nous avons conserve notre bon vieux calendrier solaire et chretien, avec son Noel, sa Paques, son Ascension de la Vierge (le fameux 15 aout) et sa Pentecote, sa mi-careme, et ses Jean, Pierre, Andre, ces ribambelles de martyrs du Christianisme que nous ressentons comme des noms allant d’eux meme. Savez-vous qu’en France, ce n’est que grace a Robert Badinter, que l’on peut reellement appeler ses enfants comme on veut ? Que par exemple Pierre et Sylvie ne pouvaient pas appeler leur garcon “Idriss”, “Karim”, “Moshe” ou “Pivoine”… On a progresse a ce moment la. Mais alors, pourquoi nos calendriers portent-ils des noms qui excluent une partie de la population ? Une Republique ne devrait elle pas etre neutre ? Eh bien non, chaque annee, la television nous apprend chaque 1er novembre, “comme chaque anne, les Francais sont alles se recueillir sur la tombe de leurs morts”. Quid des juifs, des musulmans et des bouddhistes de nationalite francaise ?
    Je ne suis pas militant du calendrier Republicain. Mais en temps que Citoyen, l’abolition de la monarchie me concerne autrement plus que la synchronisation avec le cycle solaire : je ne suis pas cure et ne me sens en rien lie au comput Gregorien. En revanche, partager ma joie de vivre en citoyen libre dans un monde domine par l’argent et les dictatures theocratiques me semble autrement plus important.
    Bref, aujourd’hui, nous sommes Octidi, 18 Nivose 217
    De Tokyo,
    Suppaiku
  • Tokyo, Duodi 12 Nivose 217

    Pour la derniere fois dans ce blog, je vous souhaite une bonne annee “romaine”. Bonne annee 2009 a toutes et a tous.
    Je vous donne desormais rendez-vous chaque 1er Vendemiaire (“le” 22 septembre romain) pour la nouvelle annee.

    He he he…

    Suppaiku

  • En ces temps difficiles…

    J’ai regarde le film de Michael Moore, Sicko, hier soir. Je comprends parfaitement que le realisateur ait voulu faire la demonstration d’une Amerique sous-developpee medicalement et livree aux assurances privees. Les images et les interviews realises depassent ce que j’imaginais sur la question; non pas que je ne savais pas a quel niveau ce pouvait etre, mais etre place face a des exemples concrets rend tres precisemment les situations de desarroi qui sont la contrepartie dramatique de la course aux profit des entreprises privees. Refus de soins et d’actes chirurgicaux sont monnaie courantes et cette prise de conscience auquel le film nous invite n’est pas pour rien dans le lead democrate tout au long de la campagne electorale. On a eu beau dire que seule la crise financiere expliquait la victoire d’Obama, c’est oublier que toute la campagne s’est faite sur les themes du Parti Democrate ou la protection sociale a eu une place centrale. Un lead republicain aurait place au coeur la politique d’immigration car c’etait l’obsession de 2 candidats lors des primaires. Je continue toutefois de penser, et le film m’a conforte dans ce sens, qu’Hillary Clinton avait un bien meilleur projet que Barrack Obama, puisqu’elle entendait instituer une protection sociale d’Etat accessible a tous et concurrente des assurances privees, avec obligation de souscrire a l’un ou l’autre systeme bref, permettre a chacun d’avoir une protection sociale. Obama lui, propose l’acces a l’assurance privee de son choix pour tous et non l’assurance universelle de Clinton. Bien sur, je ne dis pas que le systeme Clinton etait excellent, mais en creant une couverture universelle d’Etat, bien qu’optionnelle, Clinton cassait le monopole des assureurs prives et offrait une chance aux cancereux, sideens, personnes agees, diabetiques, hypertendus, cardiaques, obeses, etc, d’etre soignes quand les assureurs prives trouvent toujours un pretexte pour les exclure. Des fois, je me suis demande si Obama n’etait pas soutenu dans certains milieux financiers essentiellement pour ca : laisser la main libre aux entreprises privees.
    Bref, ce film demonstration m’a toutefois enerve quand il s’est agi des exemples europeens, et parmi eux, francais. L’interview de Tony Benn, le vieux baron du Labour, de son aile “gauche”, qui n’hesitait pas a s’appuyer sur l’aile trotskyste pour maintenir son parti dans la mouvance du socialisme (les illetres du PS et du journalisme racontent souvent bien des betises a propos de la “modernisation” du Labour entreprise par Blair, car en fait de modernisation, Blair a ramene le Labour la ou il en etait dans les annees 30, un parti peu ideologique, pragmatique et aux revendications d’origine syndicales… ce n’est pas un hazard si la seule grande reforme du Blairisme est l’introduction d’un salaire minimum), en cela fidele au parti tel qu’il se redefini dans la guerre puis dans l’apres guerre, avec la medecine gratuite d’etat, le controle syndical dans les entreprises, une fiscalite hyper progressive et des nationalisations. Tony Benn est une personnalite comme il n’en existe pas en France, c’est l’anti-Thatcher. En fait, la variante francaise serait plutot Chevenement que Melanchon tant Chevenement est un homme politique particulier, et dont les idees s’enracinent profondemment dans l’histoire de la gauche francaise, avec toute la complexite et les contradictions que cela suppose : je n’aime pas du tout ses idees et pourtant, il y a quelque chose qui m’empeche de les detester. Sa politique d’immigration ne m’a pas du tout plu, et pourtant, il est le seul “haut” responsable politique a plaider pour une promotion volontariste d’une elite d’origine musulmane, africaine et asiatique dans les appareils politiques et administratifs. Son cote Marseillaise a l’ecole provoque de l’urticaire, pourtant sa volonte d’en faire apprendre les 7 couplets est un des plus puissants antidotes au Lepenisme qui soit (eh oui, la marseillaise est un chant international qui appelle les francais qui se sont liberes de la tyrannie a venir en aide aux autres peuples : le Palais d’Hivers a Moscou a ete envahit au chant de la Marseillaise, en Russe, et les independantistes algeriens avaient eux aussi une Marseillaise en arabe…). Bref, Tony Benn est un choix politique de la part de Moore. Pour l’Anglettere, c’est un peu comme si pour parler de la protection sociale on interviewait Laguiller en France. La personne est hautement respectee, on reconnait le symbole, mais c’est tres type ideologiquement. Toutefois, je dois dire que je me reconnais beaucoup plus dans ce socialisme “radical” anglais que dans le socialisme “radical” francais. Car en France, le socialisme n’a jamais ete populaire, cette base ayant ete captee par le Parci Communiste apres 1920. Et si le Parti Communiste n’a jamais ete petri de liberalisme politique et d’ideal democratique, le socialisme francais a toujours fait passer “le ventre” sur “la liberte” (l’opposition est de Anna Arendt) dans l’opposition, en oubliant les deux une fois au pouvoir. C’est etonnant comment Tony Benn exprime un socialisme petri de democratie et pour lequel c’est la democratie qui realise le socialisme par le pouvoir accorde au peuple : il conclu en imaginant un peuple qui se reveille et exprime sa propre volonte et ses propres interets par et pour la democratie. On peut trouver ca utopique, mais c’est pourtant cela, le socialisme, et dans ce cadre on n’a pas besoin d’y rajouter “democratique”. Le socialisme de Benn est un socialisme qui se confond dans la democratie et je suis a peu pres sur que les socialistes Americains sont dans la meme ideologie.
    On visite alors un hopital et un dispensaire. En Grande Bretagne, la sante est gratuite, ce qui epate Moore. Il eut toutefois ete honnete de presenter la decrepitude du NHS il y a une dizaine d’annees, quand 20 annees de pouvoir conservateur avaient pauperise l’ensemble de l’appareil en gelant les credits a leur niveau de 1981 et en stoppant tous les investissements. Les britanniques ont du etre tres reserves sur le film… L’apotheose de la malhonnetete est atteinte en France. On nous presente un systeme social gratuit qui paie les baby-sitters… Rien sur les forfaits, le ticket moderateur… C’est vrai que les affections graves sont en France remarquablement bien couvertes, que les hopitaux sont modernes, que les allocations familliales, handicapees, premier enfant sont veritablement des avancees sociales contre lesquels tout gouvernement butera sur un refus de les amenager tant ils s’inscrivent dans un consensus qui mele socialisme et democratie chretienne, ce creuset de durant la resistance, cimente par l’aura charismatique du General De Gaulle. Mais n’eut il pas ete honnete de rappeler que generallement, un tiers de la consultation est a la charge du patient, et que generalement il devra s’acquiter de deux tiers du traitement ? Que le salaire moyen est de 1500 euros et le plus petit studio parisien coute 600 euros ? Qu’avec 1500 euros, il faut deduire 300 euros d’impots (d’etat et locaux), bref, que le net a vivre est alors de 600 euros. Et qu’ainsi, sans mutuelle (bref, une assurance privee), une visite chez le medecin peut facilement revenir a 20 euros net. Ca peut paraitre peu, ces 3,20% du net a vivre, mais qu’on y rajoute les soins dentaires, les analyses -reste 30%-, les lunettes et on s’appercoit que notre securite sociale ne repose plus seulement sur le principe de solidarite puisqu’il faut y adjoindre des “complemetaires” dont 5 a 6 millions sont exclus. Le PS “barre a gauche” de la Aubry ne remet d’ailleurs pas du tout en cause ce grignottage puisque c’est lui qui l’a introduit des les annees 80 (premiers deremboursement et creation de la categorie “de confort” rembourses aujourd’hui a 30%) puis sacralisee avec la creation, par Martine Aubry, de la Couverture Medicalisee Universelle, branche privee de l’assurance maladie puisque geree par un organisme mutualiste ou ue assurance privee (le souscripteur recoit une liste et choisi qui il prefere… bravo, Martine, “a gauche toute!”). Ce sont helas les socialistes qui ont cree cette sorte de privatisation rampante qui ne dit pas son nom : autrefois, jusque 1983/84, la securite sociale remboursait tout au minimum 80% : medecin, medicaments, hopital. La gauche, qui aujourd’hui crie au scandale avec les forfaits de Sarkosy, a introduit d’abord le forfait hospitalier journalier non rembourse (laissant ce soin au mutuelles), puis a cree les trois categories de medicaments en baissant les taux : normal a 75%, de confort a 35%, “facultatifs” non rembourses; parmi eux l’aspirine et le paracetamol, les vitamines… La suite de l’histoire des socialistes et de la protection sociale est une longue histoire d’augmentation des forfaits hospitaliers, de baisse des taux de remboursement et de deremboursements. Pour le plus grand bonheur des mutuelles, instituees partenaires sociaux a part entiere par les socialistes. Martine Aubry, deux fois ministre chargee des affaires sociales est passee maitre dans l’art de realiser des budgets equilibres sur le dos des assures sociaux. Certains objecteront que la medecine coute de plus en plus cher. Comment font donc les anglais, les allemands, les canadiens, les suedois… ? Je suis pour la nationalisation de la medecine, comme en Grande Bretagne. Le NHS coute 2 fois moins cher que la securite sociale..
    Bref, Moore a volontairement souligne le contraste entre des societes basees sur la solidarite et une societe basee sur l’egoisme. Au prix d’omissions un peu malhonnetes. C’est la ou on touche a la limites des films de Moore : presentes comme des documentaires, ce sont des oeuvres de fiction, du cinema d’auteur, puisque Moore sait d’avance ce qu’il veut dire, comment le dire, et avec qui. La scene finale, ou des secouristes et pompiers du 11 septembre sont soignes a Cuba pour 3 fois rien quand le systeme americain les a exclu en est la triste expression, ramassant l’ensemble du film dans un melo larmoyant. Un documentaire aurait privilegie une comparaison, des interviews de Cubain. Il a choisi un derive de Tele Realite.

    Ici, le temps finit par se lever, il a plus hier et jusque ce matin. On prevoit desormais du beau temps, je vais en profiter pour me promener.

  • Et revoila une nouvelle semaine

    Et revoila une nouvelle semaine

    L’enseigne d’un restaurant de cuisine francaise a Kamakura, le restaurant “coin de rue” (prononcer ko-a-n’-do-rou/コアンドル), a Kamakura.
    J’ai beau desormais avoir compris que la situation economique ne va guere s’ameliorer du jour au lendemain, j’ai beau avoir integre que retrouver un travail ne va pas etre une mince affaire, je ne peux m’empecher de trouver le temps long du matin a la fin d’apres-midi puis, soudain, terriblement rapide quand je m’apercois que la nuit est tombee. C’est bien cela, le chomage, et c’est pour cela que je me suis progressivement enferme dans un etat depressif jusqu’a la mi-novembre. Je peux confirmer que je vais beaucoup mieux. Comme je vous l’ai dit, j’ai defini ma strategie, qui sera ciblee et originale, basee sur le principe simple de “rien a perdre”. Certains me diront, mais si, justement, tu as quelque chose a perdre, tu devrais faire attention, chercher du travail tous azimut, te surractiver, faire “un CV qui tue la mort” et bombarder tout autours. Comme mes ex-collegues Lehman Brothers, par exemple. 1500 CV qui ont litterralement bombarde le marche a Tokyo, que dis-je, 1500 candidats qui ont chacun envoye leur CV qui tuait la mort dans tous les cabinets de recrutement, dans toutes les banques, au moment ou chacune d’entre elles annoncaient leurs plans de licenciements. Et au passage, qui ont eu l’extreme politesse de ne pas se presenter aux entretiens qu’ils avaient pu eventuellement obtenir apres que NOMURA eut annonce qu’ils rachetaient Lehman. Allez envoyer votre CV apres ca, surtout un CV ou est inscrite la marque infame, “Lehman”.

    Mon option est “a situation critique, strategie critique” : il n’y a pas de travail ou tres peu, les agences recherchent des pointures. Je ne suis pas une pointure classique; j’appartiens a la categorie John Lobb, je suis sur mesure. Je me vendrai donc sur mesure, laissant aux candidats standards, notamment la categorie Weston, le privilege de leurs 3 largeurs et leurs demi-ponture. Ca ne se compare meme pas, je vous laisse le soin de vous forger une opinion par vous meme. En tout cas, je n’ai jamais reve de chaussures Weston. Mais les pausseries Lobb, la quinzaine de jours reservee a la fabrication sont des choses qui m’ont toujours fascine, sans compter que Lobb offre egalement, bien entendu, les trois largeurs et les demi-pointures pour ceux qui ne peuvent pas payer le sur mesure… Lobb, ce n’est pas une marque. C’est de l’artisanat. De luxe, mais de l’artisanat. Weston, c’est des pompes cheres avec le nom marque quelque part. Le Vuiton de la (P)ompe en quelque sorte.
    La semaine derniere, j’ai fait un grand menage sur mon ordinateur, j’ai continue aujourd’hui. J’ai reconfigure mon client de messagerie (Mail) et mes onglets de navigateur. Je suis desormais parfaitement nomade (IMAP en messagerie, Safari en navigateur). Apres tout, j’utilise le serveur MobileMe (Mac) qui offre des possibilites etendues de synchronisation. En mettant a jour mes onglets, j’en ai bien supprimes les 2 tiers. J’ai notamment supprime le tres long thread consacre a NOVA sur Let’s Japan. On a bien ete 2000 a avoir les yeux, puis notre imagination et enfin nos angoisses accroches a ce Forum. Ce devait etre comme ca, le Titanic. Tous les jours, tous les matins, je me levais (et mes collegues tout comme moi) pour y trouver quelque nouvelle information, quelque bruit de couloir, quelque rumeur. Nous pressentions le pire mais tout comme le chat est paralyse par un faisceau de lumiere, nous etions tetanises par ce qui semblaient bien etre le feuilleton d’une faillite annoncee puis la saga d’un naufrage collectif, avec des etudiants floues de millions de yens et des professeurs laches dans un pays dont pour la plupart ils ne parlaient pas la langue ou ils leurs faudrait entreprendre des demarches pour recevoir une compensation aux salaires impayes et eventuellement chercher un nouvel emploi. Quelle angoisse ce fut… Ce forum ou la plupart des messages etaient postes de 9 heure de matin (un traditionnel “je suis alle au ATM, toujours pas paye”) a 4 heures du matin (“il parait que les staffs ne recoivent plus leur salaire depuis trois mois”), avec des nuits qui n’etaient plus vraiment des nuits, mais juste une variante nocturne du temps qui passe. De mon cote, a ce qui m’apparait presque comme la recette ideale de la depression nerveuse, s’est vu adjoindre l’histoire de A la francaise, puis dans la foulee (marrant, ce jeu de mot), une entorse qui m’a privee de ma mobilite pour une bonne quinzaine de jours avant quinze autres jours de mobilite reduite. Il y eu Kyoto – j’avais reserve a mi-novembre et il etait hors de question de renoncer – et a mon retour je me cassai le petit doigt de pied. Et de nouveau ce fut la mobilite reduite. De l’hivers, je ne garde quasiment aucun souvenirs et meme pour Kyoto il me faut presque fouiller dans ma memoire. Non, en fait, en y pensant bien, j’en ai des souvenirs tres precis.
    J’aurais tant aimer y passer le nouvel an cette annee encore. Mais je ne veux pas rejouer le meme jeu dangereux que l’an dernier, avec mes cartes de credit. Je suis bien decide a ne pas y toucher et ne les reserver que pour une eventuelle “soudure”. Cette annee, je n’irai pas a Kyoto.
    Mais je sais que les Kamis de Kyoto me protegent. et m’aideront des le debut de l’an prochain. He he he…
    J’ai donc enfin efface cet onglet, et avec lui beaucoup d’autres qui n’avaient pas ou n’avaient plus de raison d’etre. Mon navigateur a retrouve son allure compacte. J’avais trie mes papiers (factures, certificats, etc) il y a deux semaines : ce travail de remise a jour continue. Au Japon, on fait ce travail la en fin d’annee. C’est bien involontairement que je me retrouve en train de le faire mais finalement, je trouve cela plutot agreable. Je me souviens, du temps de mon analyse, je voyais une obligation en toutes ces demarches, ces classements et ces mises a jours. J’aime desormais voir emerger derriere ce travail tres simple comme du renouveau, un effet de neuf, de propre. Un peu comme retourner la terre avant les semances : j’ai toujours aime les paysages a ce moment la a la campagne; les champs offrent alors le joli dessin d’une terre bien propre, prete a recevoir et a donner. Je crois bien que la vie est un peu comme cela aussi. Je ne crois pas qu’il y ait une obligation a “nettoyer ses onglets”, mais il faut avouer que c’est bien pratique, en surfant, de trouver tout de suite ce que l’on cherche. Et puis, comme MobileMe offre une reelle synchronisation, ce serait vraiment du gachis de ne pas en profiter. Me voila donc de retour a Safari dont je constate les indeniables progres en terme de compatibilite : je l’avais abandonne au profit de Firefox car Safari etait incapable d’ouvrir correctement la page de creation sous Blogger ou il manquait alors un certain nombre de fonctionnalites, ce qui est desormais resolu. Sa rapidite est un plus. Et enfin, la possibilite de synchroniser les preferences et les onglets avec MobileMe est vraiment un plus puisque j’ai deux ordinateurs dont un portable. Avantage ? Si je modifie quelque chose dans l’un, ca modifie immediatement dans l’autre et cela modifierait mon iPhone si j’en possedait un. De meme pour mon email, j’ai decide de revenir au protocole IMAP qui permet de ne pas effacer les emails sur le serveur. On peut donc consulter ses mails de partout et, la encore, les recevoir sur deux ordinateurs differents (POP efface le message sur le serveur apres reception, ce qui n’est pas pratique en situation de mobilite).
    Oui, je sais, ce n’est pas interessant. Mais en fait, dans ma situation, je tente de penser a tout ce qui augmente mes chances, mes opportunites bien decide a ne rien laisser passer. J’ai pense a cela, et l’ai immediatement fait. Ce n’est pas avec la synchronisation par MobileMe que je trouverai du travail, certe. Mais c’est avec un esprit ouvert a toute possibilite et pret a ouvrir toutes les portes que je trouverai. De cela, j’en suis certains. Parce que j’appartiens a la categorie Lobb, comme explique plus haut. Helas, Weston est incapable d’habiller les pieds deformes. Nul doute que les cordonniers britanniques sauront eux elegamment masquer l’infirmite.
    J’ai termine un dorama avec Kimura Takuya, Concerto (1997). Je suis toujours frappe par certains evenements dans les doramas. Imaginez un architecte de renom, qui dessine une bibliotheque prestigieuse et qui se voit retirer toute responsabilite sur l’ouvrage sur decision personnelle d’un entrepreneur. Le Japon ignorerait il les droits d’auteurs ? Les rapports sociaux seraient ils ignorant des legislations ? Ce qui est frappant dans les doramas est le degre d’acceptation. La police qui n’arrive qu’apres un carnage et n’arrete personne, les coupables qui attendrissent les policiers, les victimes prises a parti et suspectees de porter une part de responsabilite dans ce qui leur arrive… C’est un portrait sans complaisance (bien involontairement) sur les disfonctionnements de toute la societe que les doramas montrent a l’oeil de l’etranger. Une societe de lachete paree de bons sentiments suintants ou personne ne fait confiance a personne et ou les crimes des “dominants” s’amendent avec les annees et les regrets, au mepris total des victimes soumises. Il y a des fois, je me demande si les jeunes qui ne sortent pas de leur chambre (estimes entre 5 et 10%) ne sont pas les plus normaux. A l’ecole, l’intimidation commence tres tot. Brimades, bousculades, mepris : l’ijime (harcelement) est la norme dans une societe qui fait de la vie en groupe la base meme de l’identite des individus. Ce sort, reserve a la categorie des “tapettes” en France, touche ici indifferemment selon des criteres d’exclusion simple : nouvel eleve, trop petit, trop grand, trop jolie, trop bon eleve, etc… Il suffit de ne pas plaire a un des eleves charismatique d’un groupe d’eleve pour que la scolarite devienne un enfer. J’ai ete, enfant, victime d’une certaine forme de harcelement, mais on ne m’a jamais demande de mourir, on ne m’a jamais fait de mal en profondeur. Et j’avais suffisament d’humour pour laisser passer. De plus, je n’ai aucun souvenir de mepris, de haine. Et cela ne m’empechait pas d’avoir des camarades, ni d’etre delegue de classe (de la 6eme a la premiere!). Au Japon, un eleve victime d’ijime est ostracise. Kusai !, il pue… Shine !, creve… Vous imaginez, a sept ans, huit ans… Les informations regorgent de ces faits divers d’enfants assassines par d’autres enfants, d’enfants qui se suicident, parfois en groupe apres s’etre donne rendez vous sur un site internet… Les medias s’interrogent sur les moyens de proteger ces enfants, mais tres souvent l’ijime est vu comme une faiblesse de la part de celui qui en est victime, qui s’enferme alors encore plus dans sa honte. Un jour, il/elle ne peut plus aller a l’ecole, s’enferme a la maison dans une depression nerveuse d’adolescent (les pires), faisant porter le poids de la honte sur la famille entiere.
    Bien entendu, ce n’est pas une categorie dominante au Japon, mais c’est un phenomene typiquement Japonais. En Europe, l’ijime frappe avant tout les jeunes homosexuels et n’est pas, heureusement, aussi socialement admis qu’au Japon. L’ijime, ici, se continue ici sous des formes divers dans l’age adulte. Le groupe fait pression sur celles et ceux qui ne sont pas maries. On ostracise les meres celibataires et les divorces (qui finissent par demissioner de leur entreprise tant la pression est alors insupportable : travail degradant, surtravail, blames, exclusion des activites du groupe, etc) ainsi que leurs enfants quand la situation s’ebruite parmi cette force sociale de la conservation, les “meres” (certaines ecoles demandent au parent de retirer leurs enfants pour ne pas ternir l’image de l’etablissement). La encore, bien entendu, les exceptions existent, mais ce penchant de la societe et du groupe de s’immiscer dans la vie des individus est le plus fort, meme dans une ville comme Tokyo. Ainsi, il y a 15 ans, une manager japonaise a Paribas Tokyo a ete menacee d’etre renvoyee apres qu’elle eut divorcee car, d’apres le directeur, Japonais, elle salissait l’image de la maison. Elle a pu heureusement obtenir une mutation a Londres, elle s’est remarie et… elle a remplace celui qui voulait la renvoyer. Sa chance etait de travailler pour une grande entreprise internationale.
    La passivite des individus dans les doramas ne laisse de me surprendre. J’y vois un reflet, bien involontairement compose, d’une societe ou le plus fort domine le plus faible, ou le plus faible se sent responsable, voire coupable de sa situation et ou la masse intermediaire tente par tous les moyens de ne pas basculer dans le camps des plus faibles en acceptant les mariages arranges, les heures supplementaires non remunerees, les soirees karaoke avec le chef qui chante mal et le dernier metro manque, les enfants qu’on ne voit jamais parce que le chef veut qu’on aille aussi travailler le samedi, les ecoles de bachotage qui accueillent les eleves de 18 heures a 22 heures et coutent une fortune que les parents paient quand meme parce que si on ne le fait pas ni les voisins ni les camarades de classe ni les autres parents d’eleve ne les comprennent…
    Pour finir, un peu d’humour. Dans les supermarches, il y a des magnetos partout avec de petites musiques pour attirer l’attention du client sur un produit ou une promotion. Voici ma chanson preferee. Je l’ai appelee : la danse de la viande. “sukiyaki, shabu shabu…” (etc)  “mangeons de la viande, de la viande, mangeons de la viande, en mangeant de la viande, tout le monde est en pleine forme” etc.
    J’adore !