Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Fatigue morale, lassitude : vers le grand ressourcement ?

    Fatigue morale, lassitude : vers le grand ressourcement ?

    Samedi dernier, un clochard vers Takadanobaba. Tokyo n’a rien a envier à Paris, les clochards y sont nombreux, ignorés et isolés, force de travail bon marché pour la mafia qui les recrute pour les faire homme-sandwish (au profit des bars à putes, des patchinkos et salles de jeux, des bars-manga).

    Je ne vous referai ni le coup du Japon (j’aime ça, j’aime pas ça…), ni le coup du nouveau départ sur ce blog (me revoilà, ça me manquait, etc), ni tous ces trucs dont je me moque finalement comme de l’an 40 (il faudra m’expliquer pourquoi on doit se moquer de l’an 40…). J’ai de nouveau envie d’écrire et j’espère que mon incursion par ici ne vous dérangera pas. De toute façon, vous avez toujours la possibilité de vous désabonner du flux rss si ce que j’écris ne vous plaît pas. Vraiment désolé de ne pouvoir vous aider. J’ai de nouveau besoin de moi, vous comprenez…
    Qu’est-il à comprendre. Tout d’abord, je suis fatigué dans ma tête, très fatigué. Mon indicateur habituel, cette envie de mourir, de disparaître, d’en finir, s’est rallumée pour me rappeler que j’étais de nouveaux dans les terres insondables de ma dépression. C’est un bon indicateur car pour tout vous dire, je n’ai ni envie de mourir, ni envie de disparaître, ni d’en finir. Je suis d’un naturel vivant, souriant, et celles et ceux qui me connaissent savent à quel point je peux être différent d’une personne introvertie qui encaisse sans broncher jusqu’à la dernière limite humainement possible. Cette tendance suicidaire chez moi vient de ma mère et s’est manifestée pour de vrai il y a une bonne quinzaine d’années, sans que je ne m’en aperçoive (c’est le propre des pulsions suicidaires, cette propension à s’insinuer dans la vie en toute discrétion, adoptant l’apparence la plus improbable, drogue, alcoolisme, violence contre les autres, automutilation, etc bref tout ce qui progressivement enferme et rend tout nouveau progrès de la maladie inéluctable, l’échéance fatale, inévitable, en tout cas dans l’esprit de qui elle frappe). J’en suis revenu paré de la certitude qu’il n’y a pas de difficulté dans la vie qui ne puisse être surmontée pourvu qu’on la regarde avec la plus grande honnêteté vis à vie de soi. Cette honnêteté, c’est d’ailleurs ce que l’on perd en premier dans ces circonstances car pour être honnête vis-à-vis de soi, il faut être prêt à encaisser l’échec, la défaite, la honte et par conséquent avoir une estime de soi, un amour de soi, une ambition de soi, bref des sentiments à son propre égard suffisamment forts pour continuer à se faire confiance et pouvoir ainsi se relever, s’amender et continuer. Se suicider, c’est avoir perdu l’amour de soi et la confiance en soi. J’ai eu un ami qui s’est suicidé il y a une dizaine d’années. L’alcool était devenu sa dernière bouée, mais il devait y avoir au fond de lui bien peu de confiance et plus aucune estime de soi, juste la nostalgie trop floue de ce qu’il fut. Sa mort – il s’est pendu, seul, la nuit-, n’a pas seulement marqué un vide. J’ai ressenti le poids de sa tristesse, de la solitude de son “moi” perdu au fond d’un corps et dans une vie qui lui étaient devenus étrangers. Un moi que rien ni personne n’avaient été en mesure de lui rappeler que c’était son corps, que c’était sa vie et qu’il lui était encore possible d’agir et d’être le plus fort, donc, le plus beau. Un profond mépris de soi devait en fait l’habiter et seule la mort pouvait l’en délivrer. Mort, on ne souffre plus de soi.
    Philippe était un garçon extrêmement gentil, honnête.
    Souvent, la révolte me prend quand j’entends des hommes/femmes politiques parler de la pauvreté, de l’exclusion comme ils disent. Martine Aubry, par exemple, la reine des mains qu’il faut tendre (j’aime cette expression car sémantiquement elle a deux sens : tendre, verbe et tendre, adjectif bref cette main qu’il faut tendre mais qui est dure, rêche, sèche). Je dit Aubry puisqu’elle est la nouvelle technocrate que l’appareil sosse s’est choisi pour “être de gauche”.
    La révolte me prend car leur langage reflète leur ignorance ou pire, leur complicité. Je me souviens un soir, à gare de l’est, direction Orléans. Nous attendions le métro. En face, quelques exclus (vocabulaire aubriste), bref des clochards, entre 40 et 60 ans, anesthésiés par l’alcool (tiens, eux aussi, l’alcool…). Un peu à l’écart, une femme d’environ 60 ans. C’était l’hiver et le métro est le seul endroit chaud de la capitale. Voilà qu’un homme se lève, va vers la femme, la déculotte, elle bronche, et il la saute. Ca a duré 10 secondes. 10 secondes de honte. Par pour cette femme, même pas pour cet homme, non. Pour nous. Très bien décrite par Agnès Varda dans Sans toit ni loi quand Danièle Evenoux, après avoir laissée la jeune fille sur le bord de la route et l’avoir vue s’éloigner dans la campagne, aperçoit un homme qui marche et se demande qui est cet homme qui rôde, ce qui peut se passer, quand sa simple question est le reflet de ce qu’elle sait déjà et de sa propre lâcheté.
    Tous les discours sur “l’exclusion” sont des mensonges et de la complicité. Les clochards rôdent la nuit dans la capitale, mangeant les restes de MacDo avariés jetés dans les bennes sur les boulevards. Il mangent les produits périmés. Les femmes se font violer, sont battues, prostituées et les jeunes garçons aussi. Une loi du plus fort règne parmi ces humains que la société accepte de voir réduits à l’état de sous homme. Ce n’est pas de RMI, de réinsersion, de “recherche active d’un emploi” dont ils ont besoin. C’est de la ré-émergence au fond d’eux de l’envie de redevenir des humains, comprendre après l’avoir verbalisé que manger dans les poubelles, s’anesthésier au gros rouge, accepter l’inacceptable, tout cela aura été leur plus beau courage pour continuer à vivre, qu’il devienne temps enfin d’y mettre un terme : ils méritent tellement mieux, eux aussi.
    Vous vous réveilleriez dans cette vie un matin, et puis le surlendemain, tout serait terminé, auriez vous encore envie de vivre ? Ne vous mépriseriez vous pas pour cette journée rendue à l’état de semi-poubelle, violé(e), battu(e), humilié(e) ?
    Une vraie politique de lutte contre la pauvreté est aussi une politique de reconstruction de la personne. Ca coûte extrêmement cher, ça prend du temps, ça ne peut réussir qu’avec le consentement de l’individu.
    C’est plus fort que moi, depuis mon analyse, je ne peux m’empêcher de me voir en chaque “sdf” que je vois, moi aussi, piégé dans un corps, piégé dans une vie qui n’est pas la mienne parce que je ne me rappelle plus comment j’en suis arrivé là, que je ne veux pas y penser et que j’ai oublié pourquoi vivre peut valoir le coup.
    Il faut rompre avec la propagandes des puceaux qui aiment le Japon : il y a ici énormément de pauvres, de vrais clochards, seuls, isolés, qui sentent mauvais et que la société ignore quand elle ne les méprise pas. On dirait bien que finalement on attend qu’ils meurent, qu’ils se suicident, inutiles qu’ils sont pour cette société où même les vieux font semblant de travailler pour montrer qu’ils sont toujours dans le coup. La France est un pays catholique; nous plaignons les pauvres et veillons à ce qu’ils meurent loin du regard des caméras.
    Comme vous le voyez, je suis dans ma période “lucide”, crue. La crise m’y incite, ma situation personnelle, le chômage, réveille de vieilles angoisses, de vieilles craintes.


    À partir de mi-novembre, les feuilles d’érables rougissent. C’est l’occasion de belles promenades comme ici à Mogusaen / 百草園.

    Mais pour ceux qui m’aiment, je les rassure, je vais bien et n’ai nullement l’intention de mettre fin à mes jours. Dans le pire des cas, je rentrerai en France. Le Japon n’est pas ma prison. Et puis, bien que cette situation soit très difficile, et que le moral en prend un coup, je l’ai choisie. Je n’ai rien raté, aucun échec ne vient ternir l’estime de moi. Tout au plus ai-je progressivement, pendant un bon mois, oublié un peu tout ça en ne voulant pas trop regarder où j’en étais ni où j’allais, aboutissant, oui, à ces symptômes de dépression, sentiment de tourner en rond, de ne plus pouvoir avancer, me terrant (de terreur?) dans mon lit le matin, souffrant à l’idée de me séparer de Jun, passant ma journée à regarder des programmes américains sur l’élection présidentielle (et puis, après le 5 novembre, le vide qui s’installe, la vraie dépression…). Je dois à William Sheller de m’avoir sorti de cet état de torpeur qui fait de la vie une mort aménagée, une salle d’attente (mais où l’on attend quoi…). Non pas au CD lui-même, je l’ai peu écouté (Sheller est un auteur aux mots trop précis pour être écouté tout de go et être aimé, chaque chanson a besoin de son contexte pour qu’un jour…), mais à l’ensemble du colis que j’ai commandé sur Amazon. Les frais de port son proportionnellement inverse aux quantités. J’ai donc acheté quelques livres. Rien de difficile, du léger, les enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire de police au Châtelet de 1761 à … (l’auteur n’a pas encore décidé…). Des enquêtes à rebondissement en soi peu intéressantes mais une reconstitution très minutieuse de Paris, de ses odeurs, de son architecture, de la trame historique et de la société de cour. L’auteur, ambassadeur, est d’abord historien et par conséquent son travail est très précis et juste sur le plan historique. C’était exactement ce dont j’avais besoin. J’ai passé des jours entiers à lire, retrouvant au passage un plaisir presque oublié (NOVA me vidait, Lehman ne me laissait pas de temps). Et je ne vous apprendrai rien si je vous dit que le plaisir est le début de tout.
    Hier, je suis allé à Hello Work, l’ANPE/ASSEDIC japonais. Je suis indemnisé à partir de la semaine prochaine mais j’ai cru que j’allais éclater de rire quand j’ai vu le montant. Un truc ridicule, en gros le RMI… En fait, ils n’ont pas terminé le calcul du montant car il leur manque des infirmations. Ils m’ont mis au minimum. J’avoue qu’à ses conditions, je n’aurais pas trop le choix… Mais je fais confiance à l’explication qui m’a été donnée. J’ai en outre du subir, avec environ 50 autres personnes, moyenne d’âge 45 ans, pas mal de femmes) la vidéo de 40 mn expliquant le système pour trouver rapidement un emploi. La société japonaise a environ 10 ans d’avance sur la France (plus de luttes sociales depuis les années 70). Le résultat, une majorité de chômeurs ont, comme moi, droit à 3 mois d’allocation. Ils peuvent cumuler avec un “baito”, petit boulot, les jours de travail étant déduits du montant indemnisé, prolongeant d’autant la durée d’indemnisation. Ces baitos n’offrent aucune couverture sociale, aucune assurance chômage: ce sont des emplois dits “à l’heure”. On peut y être licencié a tout moment. À l’origine travails (je maintiens qu’on peut mettre un s à travail et non aux dans ce cas car des travaux a sémantiquement un sens différent de des travails /usage perdu à la fin du 17ème siècle, mais qui correspond bien à la réalité contemporaine) d’appoints pour les étudiants ou les retraités (les pensions sont parfois très minces), ils sont aujourd’hui le lot d’un nombre grandissant de chômeurs et femmes décidées à retourner dans la vie active (notamment pour payer les études des enfants, véritablement hors de prix).
    Vous imaginez bien que dans mon cas, je n’ai pas le droit à ces petit boulot. Mes possibilités de trouver un travail sont extrêmement réduites dans le marché actuel. Avec une allocation “correcte”, j’ai trois mois. Ca mérite d’être tenté. Avec ce que j’ai vu sur ma fiche hier, mon aventure ici revêt quelque chose d’absurde.
    En fait, je récolte aujourd’hui le fruit de choix que j’ai opérés. Les mauvais (le chômage) et les bons (Jun). Je ne peux pas dire que je suis victime de quoi que ce soit, j’ai décidé de venir ici. Tout était volontaire, je ne peux rien reprocher à quiconque, pas même à moi. Je dois désormais prendre de nouvelles décisions. Parmi celles-ci : si je ne vois rien venir fin janvier, je devrai envisager de quitter le Japon. Ce n’est pas de gaité de coeur mais je ne vois pas trop quelle autre possibilité s’offrira à moi à ce moment là. C’est juste faire preuve de maturité. J’ai donc deux mois devant moi pour débloquer ma situation, trouver quelque chose. Je ne suis pas si pessimiste, j’ai toujours eu une certaine chance.
    Et puis aussi, maintenant que j’ai du temps, je peux travailler un peu pour moi, me promener, écrire. Me préparer au pire dans la tranquillité en préparant le meilleurs aussi. On verra où penche la balance. Je n’ai jamais été meilleurs qu’en suivant mes intuitions…
    Allez, je vous abandonne sur ces considérations variées. J’ai écrit sur mon iBook, j’ai totalement oublié comment écrire avec un clavier français. Mais je ne suis pas mécontent de réutiliser accents et cédilles…

  • En ecoutant William Sheller…

    En ecoutant William Sheller…

    Samedi, musee Nihon Minkaen vers Kawasaki. Deux artisans et un gardien. Au Japon, on travaille deja au dela de 65 ans…

    Je vous ai deja parle de William Sheller, et j’y reviens car la semaine derniere est sorti son dernier album, Avatar.
    C’est marrant, ce chanteur, il ecrit toujours LA meme chanson, mais elle se pare a chaque fois de couleurs differentes. Il est tres proche de Vivaldi en cela.
    J’aime SA chanson.
    J’ai donc commande Avatar sur Amazon et il est arrive extremement rapidement. Et comme toujours, il va me falloir des mois pour penetrer chaque texte et y trouver celui, ceux qui me parlent, car les textes de William Sheller parlent. Ce n’est pas de l’intime, c’est beaucoup plus profond que cela. Du quotidien. Une impression. Une pensee. Avec Sheller, c’est souvent moi meme que j’ai ressenti, retrouve. J’ai ecoute Epure 3 ans apres sa sortie, presque en boucle, parce qu’un jour une chanson m’a parle, et puis apres d’autres. Ils sont rares celles et ceux qui me font cela. Il y eu bien sur Barbara, et puis Dominique A y est parvenu, mais helas ses pauvres musiques m’ont vite fatigue et ses textes m’ont progressivement donne l’impression de tourner en rond. Non, je ne classe pas Ferre dans cette categorie. Ferre, c’est autre chose, et Ferre ne se compare pas. Ferre me donne envie de hurler.
    Sheller, lui, continue de faire dans le simple, avec des mots de post adolescent, du temps d’avant la maturite, du temps des reves et des ambitions intactes. Des constats froids mais reels, “tu fous tout par terre”. Cet album est rempli de bruits divers et de musiques sublimes et je crois qu’il est enfin parvenu a realiser ce qu’il voulait faire en matiere de depassement des styles. Ici, une tres belle unite domine et pourtant, une tres grande variete…
    Dur, ecrire avec de la musique en fond, et particulierement un disque que je ne connais pas, j’ai l’oreille a l’affut. Hop, stop!

    J’ai profite de commander ce disque sur Amazon pour commander des livres (et ainsi amortir les frais de port). J’ai commande ainsi une belle flampee d’enquetes de Nicolas Le Floch, cet inspecteur de l’ombre de la deuxieme moitie du 18eme siecle cree imagine par J. F. parot. J’en avait lu 3, j’en ai commande 4! J’y ai ajoute un roman de Claude Izner (il s’agit en fait du pseudo pour deux soeurs), en esperant retrouver ce que j’aimai dans Adele Blanc Sec quand je la decouvris, puisqu’il s’agit d’enquetes dans le Paris de la fin du 19eme siecle… Bref, j’ai commande des policiers historiques qui se lisent rapidement en se plongeant dans l’exotisme des epoques passees. Comme j’ai etudie le 18eme, mon cerveau y rajoute des images et, comme je connais bien Paris, j’espere que le roman d’Izner agira egalement…
    Cet apres-midi, je compte me rendre a Ebisu ou se trouve la bibliotheque de la Maison Franco-Japonaise. C’est la-bas que j’ai eu un entretien la semaine derniere, au 29eme etage de la tour Garden Place. Ce fut etonnant : 4 personnes differentes dont deux en conference call car elles etaient a Hong Kong. 15 minutes chacunes, on se sent devenir une machine qui raconte toujours la meme chose. Les trois premiers entretiens furent bon, le quatrieme un vautrage car j’essayai de varier le contenu. Crash en rase campagne… Une employee de mon agence de recrutement etait la. Je lui ai demande de me donner une note sur 10, elle a dit 7. J’aurais pas loupe le 4eme, j’avais bien 9… J’attends la reponse, ils prennent leur temps. Il s’agit d’interim, mais sur une tres longue duree, pour remplacer un depart en conge maternite.
    Ebisu, c’est loin de chez moi, mais c’est mille fois mieux que Roppongi. On peut s’y promener, faire un peu de shopping, on peut marcher jusque Shibuya a vingt minutes a pied… Le travail est pas tip-top, la tour affiche des tonalites cremes assez sombres mais l’impression que j’ai eu en arrivant sur le plateau a ete surtout “c’est propre”, et malgre un cote un peu sombre, tout paraissait net, a sa place. Ca m’a fait penser a BNPP a Paris. Avec une vue directe, comme toujours, sur la Tour de Tokyo.
    Au Japon, une pouf est VRAIMENT une pouf !

    J’avais eu un autre entretien la semaine precedente a Tokyo/ Otemachi. Depuis assez longtemps, je crois l’avoir deja dit, c’est la que je souhaite vraiment travailler. J’aime le quartier (et le fait de pouvoir y etre en 10 mn de metro…) et j’aime la societe en question. Du 43eme etage ou j’eu mon entretien, la vue etait magnifique, offrant tout Tokyo du regard, sa baie, des tours et son cafarnaum de rues, avenues, autoroutes… Au loin en hiver, je ne doute pas que le Fuji apparaisse dans toute sa grace. Ce jour la, le temps etait ensoleille et brumeux a la fois, comme Tokyo (et le Japon) sait si bien le faire…
    Par les temps qui courent, les entretiens dans la finance, c’est rare, alors…
    Nous avons eu un long week end de trois jours, ici. Nous avons fait de belles promenades : un musee en plein air vers Kawasaki (des maisons japonaises anciennes, parfois 2/300 ans) samedi, et puis dimanche de Kagurazaka jusque Shinjuku (en passant par l’Institut); nous voulions voir le nouveau Book First dans la toute nouvelle tour mais en fait la date d’ouverture est “debut novembre”… c’est flou et on etait donc vraissemblablement encore un peu trop au debut… Partout les illuminations de Noel font leur apparition. Et Lundi, ce fut enfin le matsuri “historique” de Tokyo, a Asakusa. C’est marrant, le defile s’arretait a la fin du 19eme siecle. Il est toujours impossible de parler du 20eme siecle. Mais bon, le defile nous a reserve de belles surprises amusantes… Jun et moi avons beaucoup ri quand est arrive O-Oku (le harem du Shogun) qui ressemblait plus a un defile de maratres qu’a un concours de beaute. On ne peut pas grand chose contre la demographie… et les jeunes preferent sans doute participer au Samba Matsuri qu’a ce defile “historique”… Comme toujours, nous avons continue l’apres-midi par une longue marche jusuqe Ueno d’abord puis Nihon bashi avant de prendre le metro pour le retour.

  • A day in America

    A day in America

    J’ai ecris ces quelques lignes a mes amis. Et puis j’ai telephone a Freddie. Il y a des jours ou on accueille le monde a plein poumons…
    “Pour vous le debut de la journee, et pour moi la fin. (…)
    Aujourd’hui, donc, des 9 heures trente, j’ai mis NBC et regarde la “soiree electorale” en direct.
    Joies du decallage horaire… Ma journee commencait, vous vous etiez de votre cote doucement enseveli dans votre couette et les americains s’appretaient a diner. Chez moi, c’etait deja le 5 et chez eux encore le 4…
    La premiere heure, j’etais tres inquiet, rien ne donnait le sentiment que ca allait dans le bon sens, au contraire. Mais il a fallut que 4 etats “massifs” soient du cote Obama pour que l’optimisme revienne.
    Et puis il y a eu la cote ouest… C’est alle tres vite, c’est monte a 260 delegues et quelques, et puis d’un seul coup, je ne sais pas trop comment, les presentateurs se sont tus apres avoir dit qu’Obama etait le 44 eme president des USA… La foule hurlait sur l’ecran, aucun commentaire, moi, je pleurais comme une madeleine, reminiscence de 1981 melee d’un sentiment plus profond, appelons le generosite pour tous les descendants d’esclaves que je voyais a l’ecran, desir d’y etre aussi, dans cette foule metissee, amour de l’Amerique peut etre egalement car elle produit ce genre d’evenement qui semble plus fort qu’une recession ou n’importe quelle guerre. Une ancienne collegue m’a appele, elle aussi regardait.
    J’ai desire tres fort que nous soyons ensemble le jour ou la France sera prete pour vivre quelque chose d’aussi fort. Parce que malgre la distance, je vous assure, avoir pleure avec une bonne centaine de million de gens, fallait vraiment que ce soit fort. Et je crois, comme le disent les journalistes americains, on n’a pas encore realise la porte.
    Une famille Afro-Americaine va habiter a Washington…
    De son cote, John McCain a ete tres bien, et ce n’est pas que du fair-play, son discours a ete courageux; la preuve, il a ete siffle par son public de petits blancs…
    L’Amerique est gouvernee par un type neuf qui n’est ni Kennedy, ni Roosevelt, ni Lincoln mais que l’on compare deja aux trois… Et il est noir. Et de gauche.
    On va mettre un moment a integrer ce que cela represente… L’Europe soudain voit ses exigences relever et ses insufisances encore plus criantes, notamment privee de toute constitution.
    Allez, je ne dis rien sur le PS… aujourd’hui, ne pensons qu’a Obama…
    Je vous embrasse et vous laisse savourer cette magnifique journee americaine.”
    Voila,
    Hier, j’ai revu Diva, de Benneix, et je m’apprete a ecouter le nouveau Sheller que je viens de recevoir grace a Amazon…

  • Ca va, ca va…

    Absent ? Panne d’inspiration. Inquiet ? Ben oui, et je suis du type a somatiser… Pas bien dynamique… Je me gave d’election americaine, et de plein de videos (Youtube) annees 20/30. En fait, de mon cote, la crise provovoque une inspiration creatrice absente depuis longtemps. J’avale. Rythmes, chansons…
    Je lis partout des avis divergeants sur Kondratieff. Pour certains, cette crise est la fin d’un cycle B, bref, bientot le “printemps”. Pour d’autres, c’est la fin d’un cycle A, bientot l’automne. Je reviendrais la dessus. Pour moi, on est toujours en A, et nous achevons un jugglar baissier. Bref, je continue de penser que meme si la recession sera assez forte, elle ne durera pas trop longtemps. Je vous expliquerai ca.
    J’ai aussi quelques isees recues a remettre a leur place en matiere d’histoire de la culture. Lieu communs comme “en periode de crise, l’ourlet rallonge” ou “les comedies musicales, c’est le new deal”, etc… On trouve sur Youtube des films couleur (oui!) et sonore de 1929 qui font penser a Singing in the rain… Moi, ca m’emeut a un point…
    Je vous laisse avec cette “revue”… Je file a la Gare de Tokyo. Ah oui, sinon, j’ai quand meme eu 2 interviews…

  • Pluie, pluie, pluie…

    Pluie, pluie, pluie…

    C’est bien ma veine, avoir tout ce temps pour moi et qu’il pleuve ainsi a verse… Ce matin, j’ai regarde la fin du debat McCain-Obama; il m’a semble que papy etait en forme, mais Obama etait lui comparativement terriblement a l’aise. J’attends un peu, je regarderai le podcast. C’est fantastique, internet, les podcasts, non ? On trouve tout, et ainsi je regarde les informations americaines sur CNN et MSNBC. Je suis epate par la tres grande liberte de ton des journalistes et animateurs americains : Keith Olbermann m’epate vraiment. Souvent, etre de gauche prend chez nous une allure severe, austere, serieuse… Si vous ne connaissez pas Olbermann, imaginez Decaune il y a vingt ans, et faites en un journaliste specialise en politique. Donnez lui des opinions politiques “liberal” (aux USA, ca veut presque dire socialiste), et vous aurez a l’arrivee 40 minutes d’Ajax a recurer la politique! Bien sur, je doute que l’Amerique profonde, ce truc entre San Francisco et New York, colore en rouge sur les cartes electorales depuis la fin des temps, je doute que dans ces territoires ou l’endoctrinement dieusard est tres fort, on y regarde ce type de programme. Mais en cette periode ou un vrai changement est possible avec un retour a une sorte de social-democratie a l’americaine, l’incisif Olbermann et tous ceux dans son genre doivent regonfler a bloc l’electorat progressiste en lui assurant cette “hegemonie culturelle” qui fait tant defaut en Europe. Plutot que passer son temps a critiquer les USA, la (vraie) gauche ferait bien de regarder a quel point la societe civile y est forte. Gagner, ce n’est pas seulement une question d’election, c’est d’abord une question culturelle (enonce tant par les Lumieres que par K.Marx) : le simple fait de “relever la tete”, se dire que “c’est possible” et penser qu’”ensemble”, “nous” sommes les plus forts est une audace ideologique qui necessite des annees de combat militant et intellectuel. Obama, c’est d’abord la victoire de toutes celles et ceux qui ont combattu la guerre en Iraq, bien sur, mais qui ont aussi pointe la ruine de l’Amerique profonde. Cette opposition radicale au “liberalisme” a mis du temps a porter mais, quand soudain l’economie revele sa vraie nature, voila cette alternative devenue evidence. Et soudain il n’est plus taboo de parler de Roosevelt, et du New Deal, et de l’intervention de l’Etat, et des bas salaires, et de la pauvrete. C’est Toqueville qui disait que l’oppression et le nivellement des conditions creent le sentiment d’egalite, et que c’est ce sentiment d’egalite qui est le ressort de la democratie. Or aujourd’hui, force est de constater que la grande majorite des Americains se sent terriblement egale devant les mensonges de la (couteuse) guerre et devant les risques de declassement et de pauperisation. La force d’une democratie est d’etre assez forte pour avoir deja prepare ce qui viendra apres, ideologiquement (il circule aux USA une petition “pour un nouveau New Deal” qui rencontre un echo de plus en plus important, a ce qu’elle associe des chercheurs et intellectuels longtemps exclus du debat public) et politiquement (Obama avait pose le socle d’un discours suffisament clair pour “accueillir” les envies de la societe civile) : les USA nous montrent qu’ils sont une veritable democratie, dans le sens ou c’est le peuple Americain qui en ce moment construit son changement et se revele plus fort que les lobbies, les multinationales et tous les reseaux d’interets coalises a Washingtons depuis des decennies. Ce qui se passe aux USA, ainsi que la debacle economique me confortent dans mes propres opinions politiques. Quand je lis que Sarkosy s’apprete a nationaliser les banques… Je n’en reclame pas tant, mais je me dis qu’alors ca valait pas bien le coup de les privatiser si c’etait pour en arriver la… La gauche francaise, elle, me desespere. Incapable de penser Europe. Il y a pourtant toujours le “plan Delors”, range dans un tiroir depuis 15 ans, avec ses 100 milliard d’euros d’investissement publics en infrastructure et en recherche. Mais pour nos socialos, 100 milliards, c’est “pas realiste”. On prefere envisager d’en donner 300 aux banquiers pour les renflouer et nationaliser leurs pertes… Lamentable.
    Vive la societe civile Americaine!
    A part ca, je constate que je m’enrichis tous les jours sans rien faire. Comment ? Un Euro valait 170 yens il y a un mois. Il n’en vaut plus que 137 ce matin… Mon pronostics ? Le Japon va etre moins touche par la crise car le rencherissement du yen va baisser le prix du petrole (qui au passage a baisse de 40% en trois mois) et des cereales (dont le prix baisse aussi fortement) ainsi que tous les biens importes et donc donner du pouvoir d’achat. Ca alimentera la consommation interieure. Ca compensera (partiellement) la recession internationale. Ce scenario s’appliquera d’aillers partout (comme je le prevoyais il y a plusieurs mois, en ce qui concerne le prix des matieres premieres) et devrait accelerer les baisses de prix.
    En fait, je me demande si la crise n’est pas deja finie… Apres tout, ca fait un an et demi qu’elle dure mais on n’en percoit les effets que depuis 2 ou trois mois. Ainsi, la chute des bourses, ce ne sont pas les subprimes, desormais. C’est tout simplement l’ajustement des cours face a des (perspectives de) profits en berne dans les mois qui viennent. Bon, on verra bien, et de toute facon, ca ne changera rien au fait qu’on la sentira passer… Mais quand ca repartira, je continue de penser que ce sera aussi soudain que quand ca s’est ecroule… Les profits restent confortables.
    Allez, je viens de telecharger le debat.
    Dehors, il pleut.

  • Et au final… encore plus simple

    Et au final… encore plus simple

    Je pense que je ne posterai plus qu’une photo a la fois. Avec un peu de patience, je trouverai bien le temps de vous offrir quelques albums… Cette photo a ete prise vers Meguro dans un tres beau petit parc comme je les adore. Le quartier, huppe, etait rempli de voitures europeennes. Les maisons, toutes en beton, aucun prefabrique. Un quartier riche, quoi…