Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • En ecoutant William Sheller…

    En ecoutant William Sheller…

    Samedi, musee Nihon Minkaen vers Kawasaki. Deux artisans et un gardien. Au Japon, on travaille deja au dela de 65 ans…

    Je vous ai deja parle de William Sheller, et j’y reviens car la semaine derniere est sorti son dernier album, Avatar.
    C’est marrant, ce chanteur, il ecrit toujours LA meme chanson, mais elle se pare a chaque fois de couleurs differentes. Il est tres proche de Vivaldi en cela.
    J’aime SA chanson.
    J’ai donc commande Avatar sur Amazon et il est arrive extremement rapidement. Et comme toujours, il va me falloir des mois pour penetrer chaque texte et y trouver celui, ceux qui me parlent, car les textes de William Sheller parlent. Ce n’est pas de l’intime, c’est beaucoup plus profond que cela. Du quotidien. Une impression. Une pensee. Avec Sheller, c’est souvent moi meme que j’ai ressenti, retrouve. J’ai ecoute Epure 3 ans apres sa sortie, presque en boucle, parce qu’un jour une chanson m’a parle, et puis apres d’autres. Ils sont rares celles et ceux qui me font cela. Il y eu bien sur Barbara, et puis Dominique A y est parvenu, mais helas ses pauvres musiques m’ont vite fatigue et ses textes m’ont progressivement donne l’impression de tourner en rond. Non, je ne classe pas Ferre dans cette categorie. Ferre, c’est autre chose, et Ferre ne se compare pas. Ferre me donne envie de hurler.
    Sheller, lui, continue de faire dans le simple, avec des mots de post adolescent, du temps d’avant la maturite, du temps des reves et des ambitions intactes. Des constats froids mais reels, “tu fous tout par terre”. Cet album est rempli de bruits divers et de musiques sublimes et je crois qu’il est enfin parvenu a realiser ce qu’il voulait faire en matiere de depassement des styles. Ici, une tres belle unite domine et pourtant, une tres grande variete…
    Dur, ecrire avec de la musique en fond, et particulierement un disque que je ne connais pas, j’ai l’oreille a l’affut. Hop, stop!

    J’ai profite de commander ce disque sur Amazon pour commander des livres (et ainsi amortir les frais de port). J’ai commande ainsi une belle flampee d’enquetes de Nicolas Le Floch, cet inspecteur de l’ombre de la deuxieme moitie du 18eme siecle cree imagine par J. F. parot. J’en avait lu 3, j’en ai commande 4! J’y ai ajoute un roman de Claude Izner (il s’agit en fait du pseudo pour deux soeurs), en esperant retrouver ce que j’aimai dans Adele Blanc Sec quand je la decouvris, puisqu’il s’agit d’enquetes dans le Paris de la fin du 19eme siecle… Bref, j’ai commande des policiers historiques qui se lisent rapidement en se plongeant dans l’exotisme des epoques passees. Comme j’ai etudie le 18eme, mon cerveau y rajoute des images et, comme je connais bien Paris, j’espere que le roman d’Izner agira egalement…
    Cet apres-midi, je compte me rendre a Ebisu ou se trouve la bibliotheque de la Maison Franco-Japonaise. C’est la-bas que j’ai eu un entretien la semaine derniere, au 29eme etage de la tour Garden Place. Ce fut etonnant : 4 personnes differentes dont deux en conference call car elles etaient a Hong Kong. 15 minutes chacunes, on se sent devenir une machine qui raconte toujours la meme chose. Les trois premiers entretiens furent bon, le quatrieme un vautrage car j’essayai de varier le contenu. Crash en rase campagne… Une employee de mon agence de recrutement etait la. Je lui ai demande de me donner une note sur 10, elle a dit 7. J’aurais pas loupe le 4eme, j’avais bien 9… J’attends la reponse, ils prennent leur temps. Il s’agit d’interim, mais sur une tres longue duree, pour remplacer un depart en conge maternite.
    Ebisu, c’est loin de chez moi, mais c’est mille fois mieux que Roppongi. On peut s’y promener, faire un peu de shopping, on peut marcher jusque Shibuya a vingt minutes a pied… Le travail est pas tip-top, la tour affiche des tonalites cremes assez sombres mais l’impression que j’ai eu en arrivant sur le plateau a ete surtout “c’est propre”, et malgre un cote un peu sombre, tout paraissait net, a sa place. Ca m’a fait penser a BNPP a Paris. Avec une vue directe, comme toujours, sur la Tour de Tokyo.
    Au Japon, une pouf est VRAIMENT une pouf !

    J’avais eu un autre entretien la semaine precedente a Tokyo/ Otemachi. Depuis assez longtemps, je crois l’avoir deja dit, c’est la que je souhaite vraiment travailler. J’aime le quartier (et le fait de pouvoir y etre en 10 mn de metro…) et j’aime la societe en question. Du 43eme etage ou j’eu mon entretien, la vue etait magnifique, offrant tout Tokyo du regard, sa baie, des tours et son cafarnaum de rues, avenues, autoroutes… Au loin en hiver, je ne doute pas que le Fuji apparaisse dans toute sa grace. Ce jour la, le temps etait ensoleille et brumeux a la fois, comme Tokyo (et le Japon) sait si bien le faire…
    Par les temps qui courent, les entretiens dans la finance, c’est rare, alors…
    Nous avons eu un long week end de trois jours, ici. Nous avons fait de belles promenades : un musee en plein air vers Kawasaki (des maisons japonaises anciennes, parfois 2/300 ans) samedi, et puis dimanche de Kagurazaka jusque Shinjuku (en passant par l’Institut); nous voulions voir le nouveau Book First dans la toute nouvelle tour mais en fait la date d’ouverture est “debut novembre”… c’est flou et on etait donc vraissemblablement encore un peu trop au debut… Partout les illuminations de Noel font leur apparition. Et Lundi, ce fut enfin le matsuri “historique” de Tokyo, a Asakusa. C’est marrant, le defile s’arretait a la fin du 19eme siecle. Il est toujours impossible de parler du 20eme siecle. Mais bon, le defile nous a reserve de belles surprises amusantes… Jun et moi avons beaucoup ri quand est arrive O-Oku (le harem du Shogun) qui ressemblait plus a un defile de maratres qu’a un concours de beaute. On ne peut pas grand chose contre la demographie… et les jeunes preferent sans doute participer au Samba Matsuri qu’a ce defile “historique”… Comme toujours, nous avons continue l’apres-midi par une longue marche jusuqe Ueno d’abord puis Nihon bashi avant de prendre le metro pour le retour.

  • A day in America

    A day in America

    J’ai ecris ces quelques lignes a mes amis. Et puis j’ai telephone a Freddie. Il y a des jours ou on accueille le monde a plein poumons…
    “Pour vous le debut de la journee, et pour moi la fin. (…)
    Aujourd’hui, donc, des 9 heures trente, j’ai mis NBC et regarde la “soiree electorale” en direct.
    Joies du decallage horaire… Ma journee commencait, vous vous etiez de votre cote doucement enseveli dans votre couette et les americains s’appretaient a diner. Chez moi, c’etait deja le 5 et chez eux encore le 4…
    La premiere heure, j’etais tres inquiet, rien ne donnait le sentiment que ca allait dans le bon sens, au contraire. Mais il a fallut que 4 etats “massifs” soient du cote Obama pour que l’optimisme revienne.
    Et puis il y a eu la cote ouest… C’est alle tres vite, c’est monte a 260 delegues et quelques, et puis d’un seul coup, je ne sais pas trop comment, les presentateurs se sont tus apres avoir dit qu’Obama etait le 44 eme president des USA… La foule hurlait sur l’ecran, aucun commentaire, moi, je pleurais comme une madeleine, reminiscence de 1981 melee d’un sentiment plus profond, appelons le generosite pour tous les descendants d’esclaves que je voyais a l’ecran, desir d’y etre aussi, dans cette foule metissee, amour de l’Amerique peut etre egalement car elle produit ce genre d’evenement qui semble plus fort qu’une recession ou n’importe quelle guerre. Une ancienne collegue m’a appele, elle aussi regardait.
    J’ai desire tres fort que nous soyons ensemble le jour ou la France sera prete pour vivre quelque chose d’aussi fort. Parce que malgre la distance, je vous assure, avoir pleure avec une bonne centaine de million de gens, fallait vraiment que ce soit fort. Et je crois, comme le disent les journalistes americains, on n’a pas encore realise la porte.
    Une famille Afro-Americaine va habiter a Washington…
    De son cote, John McCain a ete tres bien, et ce n’est pas que du fair-play, son discours a ete courageux; la preuve, il a ete siffle par son public de petits blancs…
    L’Amerique est gouvernee par un type neuf qui n’est ni Kennedy, ni Roosevelt, ni Lincoln mais que l’on compare deja aux trois… Et il est noir. Et de gauche.
    On va mettre un moment a integrer ce que cela represente… L’Europe soudain voit ses exigences relever et ses insufisances encore plus criantes, notamment privee de toute constitution.
    Allez, je ne dis rien sur le PS… aujourd’hui, ne pensons qu’a Obama…
    Je vous embrasse et vous laisse savourer cette magnifique journee americaine.”
    Voila,
    Hier, j’ai revu Diva, de Benneix, et je m’apprete a ecouter le nouveau Sheller que je viens de recevoir grace a Amazon…

  • Ca va, ca va…

    Absent ? Panne d’inspiration. Inquiet ? Ben oui, et je suis du type a somatiser… Pas bien dynamique… Je me gave d’election americaine, et de plein de videos (Youtube) annees 20/30. En fait, de mon cote, la crise provovoque une inspiration creatrice absente depuis longtemps. J’avale. Rythmes, chansons…
    Je lis partout des avis divergeants sur Kondratieff. Pour certains, cette crise est la fin d’un cycle B, bref, bientot le “printemps”. Pour d’autres, c’est la fin d’un cycle A, bientot l’automne. Je reviendrais la dessus. Pour moi, on est toujours en A, et nous achevons un jugglar baissier. Bref, je continue de penser que meme si la recession sera assez forte, elle ne durera pas trop longtemps. Je vous expliquerai ca.
    J’ai aussi quelques isees recues a remettre a leur place en matiere d’histoire de la culture. Lieu communs comme “en periode de crise, l’ourlet rallonge” ou “les comedies musicales, c’est le new deal”, etc… On trouve sur Youtube des films couleur (oui!) et sonore de 1929 qui font penser a Singing in the rain… Moi, ca m’emeut a un point…
    Je vous laisse avec cette “revue”… Je file a la Gare de Tokyo. Ah oui, sinon, j’ai quand meme eu 2 interviews…

  • Pluie, pluie, pluie…

    Pluie, pluie, pluie…

    C’est bien ma veine, avoir tout ce temps pour moi et qu’il pleuve ainsi a verse… Ce matin, j’ai regarde la fin du debat McCain-Obama; il m’a semble que papy etait en forme, mais Obama etait lui comparativement terriblement a l’aise. J’attends un peu, je regarderai le podcast. C’est fantastique, internet, les podcasts, non ? On trouve tout, et ainsi je regarde les informations americaines sur CNN et MSNBC. Je suis epate par la tres grande liberte de ton des journalistes et animateurs americains : Keith Olbermann m’epate vraiment. Souvent, etre de gauche prend chez nous une allure severe, austere, serieuse… Si vous ne connaissez pas Olbermann, imaginez Decaune il y a vingt ans, et faites en un journaliste specialise en politique. Donnez lui des opinions politiques “liberal” (aux USA, ca veut presque dire socialiste), et vous aurez a l’arrivee 40 minutes d’Ajax a recurer la politique! Bien sur, je doute que l’Amerique profonde, ce truc entre San Francisco et New York, colore en rouge sur les cartes electorales depuis la fin des temps, je doute que dans ces territoires ou l’endoctrinement dieusard est tres fort, on y regarde ce type de programme. Mais en cette periode ou un vrai changement est possible avec un retour a une sorte de social-democratie a l’americaine, l’incisif Olbermann et tous ceux dans son genre doivent regonfler a bloc l’electorat progressiste en lui assurant cette “hegemonie culturelle” qui fait tant defaut en Europe. Plutot que passer son temps a critiquer les USA, la (vraie) gauche ferait bien de regarder a quel point la societe civile y est forte. Gagner, ce n’est pas seulement une question d’election, c’est d’abord une question culturelle (enonce tant par les Lumieres que par K.Marx) : le simple fait de “relever la tete”, se dire que “c’est possible” et penser qu’”ensemble”, “nous” sommes les plus forts est une audace ideologique qui necessite des annees de combat militant et intellectuel. Obama, c’est d’abord la victoire de toutes celles et ceux qui ont combattu la guerre en Iraq, bien sur, mais qui ont aussi pointe la ruine de l’Amerique profonde. Cette opposition radicale au “liberalisme” a mis du temps a porter mais, quand soudain l’economie revele sa vraie nature, voila cette alternative devenue evidence. Et soudain il n’est plus taboo de parler de Roosevelt, et du New Deal, et de l’intervention de l’Etat, et des bas salaires, et de la pauvrete. C’est Toqueville qui disait que l’oppression et le nivellement des conditions creent le sentiment d’egalite, et que c’est ce sentiment d’egalite qui est le ressort de la democratie. Or aujourd’hui, force est de constater que la grande majorite des Americains se sent terriblement egale devant les mensonges de la (couteuse) guerre et devant les risques de declassement et de pauperisation. La force d’une democratie est d’etre assez forte pour avoir deja prepare ce qui viendra apres, ideologiquement (il circule aux USA une petition “pour un nouveau New Deal” qui rencontre un echo de plus en plus important, a ce qu’elle associe des chercheurs et intellectuels longtemps exclus du debat public) et politiquement (Obama avait pose le socle d’un discours suffisament clair pour “accueillir” les envies de la societe civile) : les USA nous montrent qu’ils sont une veritable democratie, dans le sens ou c’est le peuple Americain qui en ce moment construit son changement et se revele plus fort que les lobbies, les multinationales et tous les reseaux d’interets coalises a Washingtons depuis des decennies. Ce qui se passe aux USA, ainsi que la debacle economique me confortent dans mes propres opinions politiques. Quand je lis que Sarkosy s’apprete a nationaliser les banques… Je n’en reclame pas tant, mais je me dis qu’alors ca valait pas bien le coup de les privatiser si c’etait pour en arriver la… La gauche francaise, elle, me desespere. Incapable de penser Europe. Il y a pourtant toujours le “plan Delors”, range dans un tiroir depuis 15 ans, avec ses 100 milliard d’euros d’investissement publics en infrastructure et en recherche. Mais pour nos socialos, 100 milliards, c’est “pas realiste”. On prefere envisager d’en donner 300 aux banquiers pour les renflouer et nationaliser leurs pertes… Lamentable.
    Vive la societe civile Americaine!
    A part ca, je constate que je m’enrichis tous les jours sans rien faire. Comment ? Un Euro valait 170 yens il y a un mois. Il n’en vaut plus que 137 ce matin… Mon pronostics ? Le Japon va etre moins touche par la crise car le rencherissement du yen va baisser le prix du petrole (qui au passage a baisse de 40% en trois mois) et des cereales (dont le prix baisse aussi fortement) ainsi que tous les biens importes et donc donner du pouvoir d’achat. Ca alimentera la consommation interieure. Ca compensera (partiellement) la recession internationale. Ce scenario s’appliquera d’aillers partout (comme je le prevoyais il y a plusieurs mois, en ce qui concerne le prix des matieres premieres) et devrait accelerer les baisses de prix.
    En fait, je me demande si la crise n’est pas deja finie… Apres tout, ca fait un an et demi qu’elle dure mais on n’en percoit les effets que depuis 2 ou trois mois. Ainsi, la chute des bourses, ce ne sont pas les subprimes, desormais. C’est tout simplement l’ajustement des cours face a des (perspectives de) profits en berne dans les mois qui viennent. Bon, on verra bien, et de toute facon, ca ne changera rien au fait qu’on la sentira passer… Mais quand ca repartira, je continue de penser que ce sera aussi soudain que quand ca s’est ecroule… Les profits restent confortables.
    Allez, je viens de telecharger le debat.
    Dehors, il pleut.

  • Et au final… encore plus simple

    Et au final… encore plus simple

    Je pense que je ne posterai plus qu’une photo a la fois. Avec un peu de patience, je trouverai bien le temps de vous offrir quelques albums… Cette photo a ete prise vers Meguro dans un tres beau petit parc comme je les adore. Le quartier, huppe, etait rempli de voitures europeennes. Les maisons, toutes en beton, aucun prefabrique. Un quartier riche, quoi…

  • Encore plus simple

    Encore plus simple

    J’espere que le fond sonore venu de la precedente grande depression economique vous plaira. J’ai tache de garder une certaine unite sonore, a savoir plutot de la musique de cabaret influencee par le jazz, cette vraie grande revolution des annees folles qui vit la musique populaire blanche se metisser avec les chants des planteurs de cotons deportes d’Afrique. J’ai donc volontairement ecarte le realisme, ces chansons sombres qui fleurirent des apres la guerre de 14, ou la mort, le mensonge s’allient pour pieger les plus fragiles, jeunes filles venues de province et ouvriers licencies. J’ai alterne des chansons amusantes et legeres, celles d’Arletty, Mistinguett ou Marlen Dietrich avec les couplets plus graves de l’Opera de quatr’sous (J’en ai inclus deux reprises en francais : ce n’est pas sombre ou noir, c’est simplement sans issue… Et bien sur, je n’ai pas resiste a la tentation de vous mettre Josephine Baker et Irvin Berlin : fermez les yeux. et c’est toute la “follie” des annees 20 qui revient… (lien inactif, 14 fevrier 2016)

    Retour sur ces derniers mois, puisque mon activite professionelle m’accaparait du matin au soir. J’ai delaisse ce blog au cours de ma premiere experience de totale immersion dans le quotidien de Tokyo, du metro plus que bonde le matin au wagon bruyant et ensommeille le soir, parfois tres tard. J’ai couru et transpire a Kayabacho pour ne pas rater ma correspondance avant de me retrouver frigorifie, le dos offert a une soufflerie glacee de climatiseur de la ligne Hibiya, coince entre plusieurs autres salaries qui, comme moi, passaient leur temps a s’eponger le frond et le cou. Entasse avec les autres dans la Tozai, une ligne qui vers 8 heures ressemble plus a un RER parisien un jour de greve observee a 80% qu’a un metro, j’ai enfin compris pourquoi les Japonais ne sont pas adeptes des sacs a dos ou meme en bandouliere : une fois rentre, apres avoir pousse le plus possible en etant pousse par toutes celles et tous ceux qui ne parviendront pas a rentrer malgre tous les efforts deployes pour y parvenir, il vaut mieux avoir “tombe le sac”, a savoir le porter a bout de main afin de lui trouver oute sa place au niveau des genoux, la partie du corp la moins compressee…
    J’ai decouvert Roppongi du midi, un quartier ou il n’y a rien a faire si ce n’est tourner en rond dans les quelques milliers de metres carres de centre commerciaux de luxe avec leurs Robuchons, Zara, Replay, Banana Republic… Le quartier est lui barre par une autoroute urbaine, une sortie de tunnel urbain et le boulevard lui-meme, donnant au tout un aspect de crasse indelebile. Quelques hotels chers pour touristes occidentaux desireux de se retrouver entre eux, des bars a filles et des Africains vous alpagant pour y rentrer : Pigalle. Bref, je me suis souvent contente de la cafeteria Benugo, pas trop chere, pas trop bonne avec ses emplyees Philippines qui passaient leur temps a dire bonjour et merci mecaniquement, le fond sonore de techno mondiale -indienne, arabe…-, la face “optimiste” (parait-il) de la mondialisation, cette espece de tartine moyenne pour classes moyennes qui “reussissent” et vont depenser leur argent dans des endroits “tendance” ou regne partout la meme musique, mais dans une variete incroyable de langues…
    Comme tout le monde, il m’est arrive de rentrer chez moi le soir vers 23 heures, epuise, vide. On appelle ca vivre.
    J’appelle ca payer son loyer.
    En fait, c’est la premiere fois depuis que je suis ici que je n’ai pas du tout eu le sentiment d’etre a l’etranger. Ou plutot si, tiens : je me suis senti “non Americain”. Tous les jours parler anglais, etre avec des Americains dans une societe americaine…
    Et puis il y a eu Kyoto cet ete, et nos week ends. C’est aussi ma premiere annee avec de vrais week ends, des samedis et des dimanches. Je l’ai deja ecrit, j’adore le Japon du dimanche. On y voit des familles, papas et mamans avec leurs enfants, descendant Ginza pietonne pour l’occasion. C’est un peu comme si le temps s’arretait. On s’assied a l’une des tables installee sur la chaussee et coiffee d’un parasol, on mange une glace ou une patisserie, on regarde les gens passer, le temps s’est arrete pour quelques instants et le quartier deborde d’une elegance tranquille un peu demodee. On y verra des dames en kimonos, des belles en beige avec leurs cheveux auburns ondules, de vieux beaux avec leurs veste en cuir ouverte sur une chemise deboutonnee dans le style de l’Italien Girolamo Panzetta (mannequin du magazine pour quarantenaires Leon), des enfants qui courent mais aussi de curieux attroupements autours d’un chiwawa ou d’un labrador elegament exhibe a une foule pressee de les prendre en photo…
    Le dernier evenement, a Ginza, c’etait l’ouverture du premier H&M. Une queue de pres de 500 metres, pendant des jours et des jours. J’ai suggere a Jun qu’ouvrir un magasin de si mauvaise qualite a Ginza etait une erreur car les Japonais(es) sont tres mauvaise langue, et Ginza est le quartier du Luxe. Jun etait sceptique. Apres que nous soyons parvenus a y rentrer (ce devait etre vers 20h45, juste avant la fermeture, la queue avait disparue, on s’est dit pourquoi pas…), il a pu constater de ses propres yeux a quel point je disais vrai, et j’avoue avoir moi-meme ete frappe par l’extreme mauvaise qualite des vetements. Et finalement pour un prix relativement eleve. Je ne pense pas qu’H&M ira tres loin au Japon. Dans les quartiers de Harajuku, de Shimokitazawa, les jeunes trouvent des vetements infiniment plus creatifs pour des prix comparables, et mieux finis. Les Japonais sont radins : ils n’aiment pas payer cher mais ce qu’ils ne supportent pas avant toute chose, c’est debourser de l’argent pour quelque chose qui n’en vaut pas la peine. Quand le temps du premier lavage sera venu, j’ai bien peur que les jours de H&M seront comptes. Ils auraient du patienter et ouvrir leur premier magasin a Shibuya, le quartier des vetements gadgets de mauvaise qualite pour les vingtenaires. J’ai bien peur que le seul gagnant de l’ouverture du H&M Ginza ne soit le Zara a une dizaine de metres, et qui ne desemplit plus : pour 2 fois le prix H&M, c’est mieux fini, il y a plus de choix. Enfin, on verra…
    A chaque foix que je vais a Ginza avec Jun, il y a une tres forte probabilite que nous finissions au Grill Swiss, un petit restaurant de fritures derriere l’Apple Store. Bien que ce soit Marutan qui m’y ait emmene la premiere fois, c’est toujours a Izachan que je pense; nous n’y sommes alles ensembles que 2 ou trois fois-dont peu de temps apres son depart-, elle y est allee tres souvent et elle me dit la derniere fois que ca lui faisait penser a moi… C’etait il y a un an et demi : comme le temps passe… Je suis heureux qu’elle soit heureuse de son travail. En tout cas, le katsu kare de swiss grill est un des meilleurs que je connaisse.
    Jun et moi, les week ends, visitons les musees et explorons des quartiers peu connus de Tokyo. Je l’ai converti a ces marches au hazard qui vont d’ici a la sans qu’on ne prete trop d’importance a la destination elle meme. Ainsi nous devenons de plus en plus experts dans l’est de la ville. Tokyo deborde de vieilles batisses, de temples vraiment anciens, arfois plus de 300 ans… Comment ont ils traverse la guerre, les tremblements de terre et surtout les incendies, je l’ignore, mais il y en a en tout cas bien plus que ce que l’on se dit generalement.
    Et puis l’est de Tokyo offre la complexite des vraies grande metropoles que je ne parviens pas a trouver a l’ouest, mais peut-etre suis-je encore ignorant et ai-je a explorer l’ouest comme je le fais a l’est. L’ouest est beaucoup plus residentiel, tranquille un peu comme une banlieue. Ainsi, tres souvent, si l’eki-mae (quartier de la gare) y est bien plus vivant, des qu’on s’en est eloigne on se retrouve entoure de clotures et de murs dans des rues etroites et desertes. A l’inverse, a l’est, les eki-mae sont plus calmes mais les quartiers avoisinant sont beaucoup plus vivant avec leurs plantes vertes qui debordent de partout, ces maisons qui donnent directement sur la rue… L’urbanisme a l’est est charge d’histoire, on s’y sent vraiment en ville. L’ouest ne me donne pas cette impression. Du coup, je ne raisonne pas trop Yamanote ou Chuo (les deux principales lignes de train a Tokyo, l’une encerclant le centre tel qu’il s’organisait dans les annees 50, l’autre reliant l’est et l’ouest avec crochet par la gare de Tokyo. Le Tokyo d’aujourd’hui ressemble plus a la carte que dessinent les lignes de metro “privees” (en fait, tout le reseau est prive) Toei. Les lignes Toei encerclent Tokyo en embrassant l’est genereusement de Morishita a Monzen et jusque Koiwa en le desenclavant: Tokyo metro, JR avaient tout simplement delaisses ces quartiers de la vieille ville… C’est par la que pousse le nouveau Tokyo, entre la prestigieuse nouvelle gare Tokyo et le nouveau quartier Otemachi (Toei Mita Sen) et le futur nouveau quartier Asakusa (Toei Asakusa Sen) ou pousse le Tokyo Sky Tree, la tour de telediffusion la plus haute du monde.
    J’ai un faible pour ces quartiers encombres de verdure, ou les vieux velos, les vieilles maisons meme, semblent reprendre un etat mineral et ou coulent cette riviere qui me fit rever etant enfant, la Sumida…
    Allez, assez cause : je vais me promener. C’est la crise, il n’y a pas de travail et personne ne sait ou on en sera dans 6 mois, ni vous, ni les specialistes, ni moi ! Raison de plus pour se promener !