Je vous ai prepare un album avec quelques photos. Grand beau temps, Jun et moi sommes partis de bonne heure pour en profiter pleinement. Grand plaisir de gouter a cet air frais et tonifiant, de revoir ces temples et ces jardins pourtant familliers mais changes par la saison. Au Japon, il y a des arbres verts toute l’annee; ici, on compose les paysages comme on compose les jardins. Ces erables rouges, ces ginko jaunes, tout porte la marque de l’homme et cette nature si pregnante n’est en fait pas la nature mais un travail minutieux accompli il y a parfois plus de 5 siecles. Les Japonais d’autrefois avaient plutot peur de la vraie nature, peuplee de fantomes, de divinites et d’esprits errants et de Tengu. Seuls des moines bouddhistes, des pretresses tombees dans la sorcellerie s’aventuraient dans les forets et les montagnes. Vous avez vu Momonoke ? Le resultat est une conservation remarquable des grandes forets dans certaines regions. Mais partout ou l’homme affirmait sa presence en nombre, il tendait a grignoter le paysage et a le recomposer selon sa volonte, faisant de la nature non plus un objet de crainte mais de contemplation. Ainsi, les forets limitrophes des villes, comme Kyoto, ou des temples comme a Kamakura, offrent au gre des saisons des couleurs differentes et des plaisirs renouveles. Le paysage n’est jamais domine par le gris comme en France. Ici, le vert domine toujours, mais en hivers c’est un vert eteint, un peu sombre et bien peu lumineux en comparaison du vert qui explose litteralement en ete et vous brule les yeux avec autant de force que le soleil.
Les jardiniers japonais sont de veritables maitres dans l’art d’utiliser les differentes essences, les differentes especes de fleurs. Et ce reel genie va jusqu’a cet amour pour les lickens, les mousses, et j’ose encore revenir dessus, cette acceptation de la rouille et de la ruine comme une variante du vegetal et du mineral. Ce en quoi je les admire veritablement car il y a quelque chose de juste la dedans. Une vielle bicyclette rouillee, esquintee, gagnee par les ronces offre en definitive bien plus de plaisir visuel que nos pots de fleurs briques et lustree dans lesquelles nos plantes vertes semblent etouffer. Ici, la nature foisonne, deborde d’energie, et la vieille bicyclette s’habille de la nostalgie que notre imagination se charge de lui donner. Une vielle chanson d’Yves Montant, il y a bien longtemps…
Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô
Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …
Par un beau dimanche, promenade a Kamakura

紅葉, ou les feuilles d’automne
Dernieres promenades avant l’hivers… D’abord a Hamarikyu, puis a Koichikawa korakuen. Les erables sont rouges et perdront bientot leurs feuilles. Demain, nous allons a Kamakura, je vous posterai des photos en soiree.
Recits du week end lundi. Bonne promenade.












Pensees eparses avant le week end
Mercredi, apres que je sois alle a Hello Work, un sentiment de liberte est monte en moi tranquilement, et j’ai marche quelques heures en me laissant bercer. J’ai eprouve un plaisir dans la marche comme cela faisait bien longtemps. Je ne me sentais redevable de rien, exigeant rien, n’attendant rien, l’esprit ouvert a tous les possibles qui privent alors les formes des rues, du grand parc de Kiba, des feuilles jaunes, rouges et encore vertes, du soleil qui declinait jusqu’a nuit noire, le ciel avec la Lune, Jupiter et Venus en un trio inedit, mysterieux comme une promesse d’un avenir deja bien avance. Bien sur, j’attendais qu’on modifie mon allocation, mais je ne crois pas que ce ne soit que ca. On a modifie mon allocation, c’est pas autant que j’attendais, mais c’est deja plus qu’apres NOVA. J’aurais tres bien pu fixer mon attention sur la duree derisoire, 90 jours. Non. Quand je vous disais que j’allais beaucoup mieux, c’est vrai. Je ne m’oblige pas a me lever a 7 heures; j’ai juste laisse la fenetre du loft comme elle est pour etre reveille par la lumiere du jour. Quand on ne travaille pas, ou est le probleme a se lever a 8 heures / 8 heures et demi. On m’opposera que je dois chercher du travail a toute vitesse, je repondrai qu’il n’y a pas de travail car il n’y a plus de budgets. Je suis persuade qu’il y aura une tenue fenetre de tir prochainement, je me repose, enfin, en attendant. Il va me falloir en effet avoir une collection de 10 CV dont au moins un en japonais, et un outil tres peu utilise par les demandeurs d’emploi mais que je suis bien decide a utilise car je n’ai rien a perdre. De la meme facon que j’ai partage avec vous quelques posts sur des sujets qui me passaient par la tete auparavant, je vais devoir m’atteler a cette tache, ce qui necessite certaines clarifications avec moi-meme : un CV doit porter une part d’interpretation personnelle pour se differencier des autres CV, et je reflechis a cet aspect des choses, le plus difficile. Par ailleurs, l’outil auquel je pense doit etre manie a la perfection, j’ai donc a y penser avant de me lancer. Tout sera pret d’ici une quinzaine. Tout devra etre pret.
J’aime, ce ne sera une revelation pour personne, l’arrondissement de Koto-ku. En sortant de l’agence, un immeuble recent et quelques brochures a l’entree : il y reste quelques studios pour un prix relativement correct. La vue sur le parc doit y etre simplement magnifique, et je me suis pris a imaginer habiter la, ne pas avoir de rideaux car il n’y a pas de vis-a-vis, et les pic-nics au printemps, et les belles promenades dans ce quartier rempli de vieilles maisons. Kiba est un quartier ideal, une sorte de vingtieme arrondissement portant profondemment les marques de la culture populaire de la ville et ce, depuis plusieurs siecles. Autrefois, par ici, non loin des marecages de la baie, on pechait, on cultivait le riz et on vendait le tout aux marchants de Monzen Nakacho qui approvisionnaient Edo. Du parc Kiba, Ginza est a 20 minutes en velo…
Je suis rentre tranquilement vers 20/21 heures… Oblige de rien, libre de tout. J’etait affame car je n’avais pas mange le matin. Je me cuisinais du poulet et des pates remplies d’ail.
Si je vous raconte cela, c’est parce que ca faisait longtemps que je n’avais pas eu le gout d’une deambulation au hazard. Bien sur, c’est un arrondissement que je connais bien, mais au Japon plus qu’ailleurs, par la grace des jardiniers, les couleurs des saisons sont bien plus marquees qu’en France ou le morne gris s’installe pour 3 mois quand vient la mi-novembre…
Hier, j’ai passe un certain temps a ecrire mon post; il necessiterait une serieuse relecture et une correction drastique des fautes de frappes, d’orthographes et, pire, des fautes d’accords et d’infinitifs/participes passes. Pas ma faute… Cela n’arrive pas quand j’ecris avec un stylo, mais avec le clavier, je pense plus vite que je n’ecris et sans m’en rendre compte j’accorde un verbe avec le sujet auquel je pense et non avec son propre sujet. Les fautes de participes sont a mon avis les pires fautes qui soient car elle tendent a montrer qu’on ne sait pas de qui/quoi on parle… Mon post hier en est gave. D’un autre cote, ce n’est qu’un blog, un instantanne “honnete” et revenir dessus me semble un peu etrange.
Peut-etre un jour faudra t’il en revanche, que j’extraies une sorte de compilation, et que je passe un certains temps a corriger. Corriger un texte papier est interessant car il reste la trace de la correction. Corriger un blog, c’est faire disparaitre l’instantanne a tout jamais. Je trouve le procede a la limite de la malhonnetete. En tout cas, en ce qui concerne ce blog que je ne relis ni ne corrige. Je l’ai dela ecrit, ce n’est qu’un journal.





De la crise en general
Ce faisait un petit moment que je voulais parler de la crise, mettre par ecrit ce que j’en pense, tant pour moi qu’eventuellement pour vous.
(juste avant, un petit bonjour a Agnes C., dont j’ai vu sur son blog, Zuihitsu, qu’elle se prepare pour son prochain voyage au Japon…)
Tout d’abord, quelques definitions (pour moi tres utile, c’est mon auto-revision).
La deregulation de la finance remonte a 1971 : la guerre du Vietnam coutant de plus en plus cher aux Etats-Unis, les deficits se creusent et rencherissent les taux d’interet de la derniere monnaie garantie sur l’or : il n’y a plus d’autre solution que de mettre fin aux accords de Bretton Woods qui faisaient du Dollar une monnaie internationale de reference depuis 1944 (contre l’avis de Keynes qui proposait une monnaie fictive, “etalon” des autres monnaies). A partir de cette date, les monnaies commencerent a “flotter”, soumises aux aleas de l’offre et de la demande. Pour le Dollar, ce fut une lente depreciation qui dura jusque 1980, pour le Deutschmark une lente appreciation, le Franc basant sa politique sur la parite avec le Dollar, fidele a sa tradition de devaluation et a sa preference pour l’inflation. On connait les resultats, les patrons Francais aimaient ce franc faible qui leur evitait d’investir en empochant les profits tout en cedant aux revendications salariales exacerbees par une inflation toujours plus forte. Soumise a la concurrence de plus en plus forte avec l’etranger, le deficit commercial se creusait, la production nationale ne repondait plus aux politiques de relance successives des gouvernements Pompidou puis Chirac, le chomage s’envolait, les deficits se creusaient sous le double poids des allocations versees et des subventions aux entreprises qui generalement les reversaient directement a leurs actionnaires, cette faiblesse chronique entrainant une nouvelle depreciation de la monnaie, renforcant d’autant l’inflation sans doper pour autant les exportations car dans une telle economie de rente, l’innovation etait particulierement absente.
Ce sombre tableau etait en fait commun a la France, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis (proteges par leur monnaie encore utilisee comme monnaie de reserve dans le monde entier).
Dans une telle instabilite melant inflation et stagnation (stagflation), sorte de deflation rampante portee a bout de bras par les deficits publique, le fait que le dollar, dont la valeur se depreciait, serve encore pour le commerce international comme pour les reserves de change, accentuait l’instabilite de tout l’edifice car c’est a cette epoque que se developpait, parrallelement, les grands contrats sur plusieurs annees destines, justement, a se premunir contre l’inflation. Par exemple, acheter du ble pour dans cinq ans a un prix fixe a l’avance. La conclusion de tels contrats, en dollar, posait un reel probleme. Un rencherissement ou une forte depressiation du dollar changeait radicalement les termes du contrat.
Ce probleme entravait le developpement du commerce international. Or, il etait evident que le developpement dudit commerce etait une clef majeure de la sortie de la crise dans lequel le monde semblait s’enliser depuis la fin des annees 60, avec ses poussees d’inflation, sa chute des profits et une lente montee du nombre de chomeurs que les plans de relance si efficaces jusqu’au milieu des annees 60 ne parvenaient plus a remettre au travail. Au contraire, ces plans, de plus en plus couteux et inefficaces, semblaient concourir a augmenter les deficits et l’inflation et a terme le nombre de chomeurs.
Les Socialistes/Sociaux-Democrates/Travaillistes avaient depuis longtemps renonce a penser le systeme, l’economie ainsi que leur projet de societe. Ils avaient trouve dans Keynes l’alibi de leur demission ideologique (vous voyez, elle ne date pas de Jospin ni meme Mitterrand, mais plus lointain, des annees 40. Les politiques keynesiennes, avec leur etat providence, leurs droits sociaux et leurs plans de relance en cas de ralentissement economique etaient devenu le nouvel horizon de cette oligarchie qui ne demandait plus qu’a rejoindre l’establishment. La crise des annees 30, le nazisme avaient par ailleurs converti les nouvelles elites conservatrices aux vertues keynesiennes. En France, c’est le gaullisme qui se chargea de gerer cette social-democratie qui ne disait pas son nom. S’il est vrai que les gouvernements “de gauche” se montraient les plus genereux, la droite au pouvoir ne remettait pas en cause ce compromis social et y participait. Ainsi, les gouvernements conservateurs, Geoffrey Howe en Grande Bretagne ou Pompidou/Giscard en France, augmenterent les impots allegrement comme aujourd’hui aucun socialiste n’oserait le faire, ni meme y penser)
Pendant que la gauche et la droite y allaient de leurs inefficaces relances, seuls quelques ultras conservateurs avaient decide de penser le monde non plus en fonctions de criteres utiles mais en fonction de leurs propres valeurs. La Social-Democratie est morte de n’avoir pas su faire cette mue des la fin des annees 60. Les conservateurs surent le faire.Leur socle ideologique etait pourtant minimal. La critique de Milton Friedman sur les “erreurs” de Keynes constituaient le ciment commun, les travaux de Hayek sur le caractere nuisible et socialiste des politiques keynesiennes fourniraient le baggage conceptuel. Aux etats-Unis s’y greffa un discours sur le retour aux valeurs, religieuses s’entend. L’ennemi etait le communisme et son soldat avance, le socialisme qui avait habitue les gens a ne plus entreprendre mais a etre assistes.
Vous me direz, quel rapport avec la crise actuelle. J’y viens. Mais disons que meconnaitre que l’absence d’analyse et de reinvention de la part des sociaux democrates dans les annees 60 a laisse le champs libre a la droite ultra conservatrice d’etre la seule force ayant une vision du monde quand il deviendrait patent que les politiques keynesiennes ne marchaient pas et qu’il faudrait bien finir par y renoncer, ou en tout cas les repenser.
C’est le Parti conservateur britannique qui a ouvert le bal. Un penseur de genie, Keith Joseph. Ses discours etaient extremes, mais il les rythmaient d’appel au bon sens. La chance des nouveaux conservateurs va etre sa foi en ses idees avant sa propre carriere : il decida de ne pas briguer la direction du parti apres la double defaite aux elections de 1974 (les travaillistes gagnerent de justesse en coalition avec des partis autonomistes et les “liberaux”, puis gagnerent plus franchement apres que de nouvelles elections furent organisees).
Le parti etait divise en factions rivales qui deciderent de porter a leur tete une ancienne ministre de l’education en attendant de se mettre d’accord sur un successeur digne de ce nom. Cette ancienne ministre s’etait depuis 1972/1973 rapprochee de Keith Joseph et la defaite de 1974 avait accelere sa conversion a une remise en cause totale du parti conservateur tel qu’il etait devenu depuis 1945. Elle resuma ce qu’elle pensait de la defaite en une conclusion tres simple : les conservateurs ont perdu parce qu’ils faisaient une politique socialiste. Cet argument tire de la frequention de Keith Joseph allait faire mouche lors du congres puis, de facon inattendue, contre les travaillistes eux meme quand leur plan de relance s’avererait un echec et necessiterait des mesures de rigueur. L’argument coula de source : vous renoncez a votre politique, c’est malhonnete vis-a-vis de vos electeurs mais c’est une bonne nouvelle pour la Grande-Bretagne; ca ne marchera pas car cela reste une politique socialiste.
J’ai toujours dit, toujours pense, toujours ecrit que ceux qui ont une reelle ideologie, une reelle vision du monde sont inattaquables et font passer ceux qui n’en ont pas pour de pietres ideologues et des menteurs, car cette force des conviction s’enonce clairement en de petites phrases simples qui font mouche. C’est en quelques phrases tres simples que Thatcher a tue le socialisme en GB. Ou plutot, revele a quel point il etait moribond. Elle l’a acheve.
Revenons a la crise, maintenant. Le deuxieme choc petrolier en 1979 ravive l’inflation, relance la montee du chomage dans des economies a peines remises du premier choc de 1973 et de la fin de l’etalon or/ Dollar de 1971. C’est cette annee la que Thatcher est elue. Elle doit sa victoire a la lassitude de l’opinion apres une greve qui a dure tout l’hivers : l’inflation rognait les salaires et alimentait les mecontentements, ruinant les espoirs de politique de moderation du gouvernement travailliste de Callaghan. Thatcher attaqua les menteurs et axa son discours sur le bon sens, le travail, le courage, l’initiative, seuls outils permettant au pays de s’en sortir et, au fond, reelles qualites du merveilleux peuple Britanique. De la belle pommade dont le Royaume gouta amerement des l’hivers suivant.
Pour que le printemps fleurisse dru, il faut couper toutes les vieilles branches et croiser les doigts pour que l’hivers soit bien rude. Le Royaume Uni fut le premier pays a gouter les delisses de la deregulation. Moneratiste, Thatcher choisit de defendre la parite de la Livre. Le choc petrolier, les revendications salariales poussaient l’inflation autours de 20 % (j’aime ceux qui disent que nos 3% actuels c’est beaucoup!) et il n’etait pas exclus qu’on atteigne 30 %… En France, on etait desormais autours de 14 %… Il y avait 1,4 millions de chomeurs en GB (autant en France). Thatcher surprit tout le monde quand on s’appercu qu’elle n’avait pas de politique pour les salaires et que son ministre cedait plus ou moins aux revendications. Et hop, plus 25% pour les fonctionnaires… Ce que personne ne voyait, c’etait que la Banque d’Angleterre, a l’epoque controlee par le gouvernement, montait progressivement ses taux aux alentours de 30 %. Seuls les proches de Thatcher savaient ce qui etait en train de se passer. A 30%, on ne peut pas investir, on ne peut pas s’endetter, on ne peut pas acheter sa maison, payer ses traites (au RU, on utilise des prets a taux variables…) : le but etait maitriser M3, cette obsessions des Thatcherites, la masse monetaire globale bref la quantite de monnaie en circulation, sensee prefigurer l’inflation et determiner la valeur reelle de la monnaie. Le remede fut radical, en 6 mois, l’economie anglaise s’assecha de ses liquidites et plongea dans une violente recession. Mines du nord, siderurgie, industrie automobile, tout le pays fut frappe par de violente fermetures d’entreprises qui jusqu’ici parvenaient a vivoter grace a la depressiation de la monnaie et au maintient de la demande par les politiques de relance. Il y eu 4 million de chomeurs tres rapidement. Londres etait sinistree, le Nord, Liverpool, Manchester devastes. La Livre, elle, se rencherissait et etait redevenue une monnaie forte, les capitaux venaient se placer dans cette devise qui les remunerait si genereusement. Pour de nombreuses entreprises, l’inadaptation des produits a la concurrence due a l’absence d’investissement, leur non competitivite causa leur mort quand la Livre atteignit les sommets de l’hivers 81/82. Vous connaissez, les voitures British Leyland ? Elles perirent durant l’hivers en laissant sur le carreau plus de 100,000 travailleurs. Bientot, ce serait au tour des charbonnages, devenus trop couteux (une monnaie forte reduit les prix des biens importes) face a la concurrence : la fermeture prevue des 1984 entraina une greve de plus d’un an et demi qui cassa definitivement la combatitivite des syndicats car Thatcher ne conceda rien.
Si vous doutez qu’il y ait un lien entre ce qui s’est passe recemment et cette epoque, vous vous trompez : pour la premiere fois depuis les annees 20, on a confie aux taux d’interet le role de regulateur de l’economie. Car le keynesianisme confiait cette fonction a la demande que l’on pouvait accroitre ou moderer grace aux impots, aux salaires, a la redistribution… Or, justement, depuis 1980, ce sont les taux qui concourent plus ou moins a piloter l’economie. Et confier aux taux d’interet seuls le pilotage de l’economie, cela revient a confier les clefs de la maison… aux banquiers.
Autre caracteristique, le desinteret du gouvernement pour les taux de salaire et pour le demande globale qui est une rupture avec les politiques keynesiennes. Desormais, c’est la societe qui s’organisera a sa facon, le gouvernement ne s’occupera de rien. Nous avons dans cette attitude les bases de toutes les deregulations a venir.
Car en fait ce type de politique, que les Etats-Unis de Reagan vont suivre egalement, entrainant en 1982 le monde entier (sauf la France, en pleine relance) dans la recession a leur suite, en confiant aux institutions financiere une telle importance – financer les massifs deficits publics a des taux prohibitif pour des monnaies dont les cours atteignent desormais des sommets – va concourir a accelerer l’innovation jusqu’ici balbultiante. La crise des subprimes se joue aux alentours de 1980 (bien que l’instrument financier qui l’a vehicule ne fut invente qu’en 2002), mais quand vous aurez compris comment ca marche, vous comprendrez que cette crise n’est pas une grosse crise, bien que violente, et que celle(s) a venir sera/ont autrement devastatrices.C’est vers 1980 que sont conclus les premiers SWAPS. Qu’est-ce qu’un swap ? C’est, pour deux parties, la conclusions de 2 prets pour des montants identiques a des conditions differentes : un taux fixe contre un taux flottant. Je vous prete 1 million a 5 %/an, vous me pretez 1 million EONIA (c’est un taux base sur les taux d’interet de la banque centrale qui varie chaque jour au gre de la politique monetaire et de la demande). On n’echangera rien au debut puisque 1 million de chaque cote. En revanche, tous les trois mois, on calculera l’interet du et la difference des deux; l’une des deux partie aura a payer cette difference. Vous me direz, a quoi ca sert ?
Imaginez. Vous avez achete votre maison 1 million, a 5 % annuel. Et puis recemment, les taux ont baisse, vous aimeriez beneficier de cette baisse, mais aussi beneficier des baisses a venir. Pas evident de renegocier un pret, qui de plus est parfois une procedure couteuse, longue, sans compter qu’il faut trouver une banque qui accepte, etc. Vous pouvez a la place conclure un SWAP avec une banque. Vous vendez votre pret a 5 % et vous achetez un pret a taux variable. Ainsi, chaque trimestre, la banque paiera 5 % (ca annule le cout de votre credit) et vous lui payez le flottant. Vous etes desendettes d’autant.
Voila ce qu’est un swap et quel est son interet. Bien sur, cela ne concerne pas les credits individuels, mais les entreprises, les etats, les banques elles-memes. Cela peut etre un moyen de se desendetter, mais aussi un moyen de gagner de l’argent, de faire de la tresorerie sans toucher a des fond inutilises en vue d’un investissement, etc. A partir de 1985, les taux d’interet se sont mis a baisser fortement, le dollar qui avait atteint des sommet a commence a baisser. Les etats, les entreprises ont pu conclure des swaps pour reduire la facture des emprunts des annees 80/83. Ce mouvement a cree de la richesse qui est allee s’investir… en bourse. La periode 1984/1989 est l’age des golden boys, a Londres et New-York d’abord, puis a Tokyo et Paris ensuite. Car a la periode de vache maigre monetariste de 1979/1983 succede la periode liberale proprement dite. Les privatisations se succedent a grande vitesse, creant la nouvelle masse monetaire de la nouvelle consommation. Les taux baissant et l’inflation n’etant plus qu’un lointain souvenir, les banques vont devenir les vehicules du nouvel Eldorado pour les survivants de la grande purge. Si Manchester, Leeds et Liverpool s’enfoncent encore plus dans la crise, une frenesie s’empare du Kent et de Londres. On achete des maisons (dont les prix ont chute pendant la recession) et on boursicote. Chaque nouvelle introduction en bourse est un succes qui enrichit ces nouvelles classes moyennes. Certains economistes pointent le caractere artificiel de la nouvelle croissance qui, finalement, ne repose que sur la financiarisation de l’economie, les reserves de petrole de la mer du Nord (ou du Texas) et les importations massives de biens etrangers ; ils sont balayes d’un revers (ideologique) de la main comme etant des socialistes nostalgiques et que c’est precisemment cette nouvelle prosperite qui creera les richesses, les emplois et les entreprises de demain. Et c’est vrai que le chomage recule. Thatcher a decide de geler les budgets sociaux qui entretiennent l’assistance (sic); les millions de chomeurs sont obliges de vivre avec les allocations dont la valeur n’a pas change depuis 1980, or l’inflation a encore sevit pendant un a deux ans bref, les chomeurs vivent dans une tres grande pauvrete. Des 1983/84, a la faveur de la reprise, ils accepterent ce qu’on leur proposait, dans un pays qui alors ne connaissait pas de salaire minimum. Londres en 1987, c’etait l’opulente City et des armadas de livreurs de pizzas, de cireurs de chaussures, de chauffeurs de taxis “libres”, de laveurs de carreaux payes a la piece… Il faut reconnaitre que ca n’a guere change… Londres pue la bouffe. A l’heure actuelle, toutes ces echoppes doivent etre les premieres a fermer.
Face a une economie qui boursicote, Thatcher innove encore une fois et encourage le mouvement : c’est le Big-bang. Un jour de 1986, ces morceaux de papiers que l’on appelait des actions disparaissent, remplacees par un code et des transmissions electroniques. L’avantage d’un tel systeme est evident : totale fluidite, achat-vente instantanne possible, vente a decouvert (sans encore avoir achete le titre) et surtout, la vraie revolution, negociation 24 heures sur 24. En France, c’est Pierre Beregovoy qui conduira le Big Bang, modestement appele “la demat’” (pour dematerialisation), vers 1989.
Car de la meme facon que l’echec ideologique de la droite la conduisit a accompagner les politiques social-democrates de 1945 a 1975, la defaite totale des politiques keynesiennes conduisit les socialistes a appliquer la feuille de route du liberalisme economique. C’est tres peu rapporte, mais Blair a eu maintes fois l’occasion de dire que son modele etait les socialistes francais d’apres 1983…
Et nos swaps, alors… A la fin des annees 80, les swaps se sont developpes et eux aussi, deviennent des transactions electroniques : il y en a de trop. Et puis, une nouvelle categorie fait son apparition, le swap exotique. Entendez, il y a une particularite qui necessite un traitement special. En effet, a la simplicite des premiers swaps, on passe a des swaps entre deux monnaies (cross-currency swap, par exemple yen contre dollar, chacun sur un taux flottant), des swaps “option” (swaption, par exemple, j’achete en payant une prime aujourd’hui, le droit de commencer un swap dans 5 ans a des conditions fixees aujourd’hui), des swaps avec un maximum (cap, si le taux flottant monte au dela d’un certain seuil, cela active soit un gel du taux), un minimum (floor), un cap et un floor (corridor), un cap et/ou un floor variable avec des possibilites de taux particuliers en cas de franchissement du seuil et une redefinition dans le temps avec option exercable annuellement (straddle), un amortissement annuel (amortizing), un recalcul avant chaque paiement trimestriel du montant initial dans une monnaie par rapport a l’autre monnaie pour tenir compte des fluctuation des taux de change (marked-to-market), etc.
Aujourd’hui encore, on en invente de nouveaux. Moi, si vous voulez mon avis, je trouve cela absoluement fantastique et c’est une preuve du genie de l’esprit humain car tous ces swaps sont de veritables inventations, de petits chefs d’oeuvre d’architecture.
Vers la fin des annees 80, un certains nombre de ces swaps n’avaient pas encore vu le jour, d’autre commencaient leur carriere, au compte goutte, en donnant bien du travail a ceux qui les voyaient pour la premiere fois. Surtout ne rien omettre…
Parallelement se developpait le commerce international avec de fortes pressions pour sa liberalisation. Celle-ci triompherait vers 1993 avec les premiers accord du Gatt (Urugay round). C’est a cette epoque que commencerent a se developper les premiers contrats futurs sur le petrole, le cafe, etc. Comprenez, pas seulement acheter a un certain prix pour dans cinq ans; mais la creation d’un titre negociable comme une action adossee au contrat (option d’achat) a 5 ans. Que la perspective de prix soit a la hausse et le titre adossee voit sa valeur monter sous l’effet de la demande. Imaginez aujourd’hui si je vous proposait un contrat futur expiration lundi prochain avec le baril de petrole a 15 Dollars (ca doit trainer, des trucs emis il y a dix ans…), combien seriez vous pret a le payer ? C’est vite et mal resume, mais en gros, les futurs, c’est ca, et ca s’est mis en place progressivement avec la liberalisation du commerce. Il faut egalement signaler les contrats futurs sur les devises qui minaient regulierement le franc et la lire en les prevoyant a la baisse.
Maintenant, synthetisons. Nous avons les actions pour speculer, les futurs pour etre prevoyant en se reservant la possibilite de speculer, nous avons bien entendu les “obligations” (part d’un emprunt qui peut s’echanger comme une action), nous avons les swaps pour annuler certains effets dus a des fluctuations, etc. En quelques annees, la finance a etoffe ses outils et peut desormais remplir pleinement le role que lui reservaient les thatcherites : etre la force issue de la societe a meme de reguler le marche. Adieu l’etat, vivent les banques. Privatisees, au passage.
L’eclatement de la bulle immobiliere des 1989, l’inflation qui conduisit a relever les taux (ca y etait, ce serait aux banques centrales de “refroidir l’economie) et conduisit a la chute des bourses -notamment aux Japon-, ne remirent en rien en cause ces nouveaux instruments. Au contraire, la periode de “refinancement” qui commenca vers 1991 quand, en pleine recession il fut question de baisser les taux, allait voir leur generalisation et meme mieux, leur imbrication.
L’age d’or des Credits Derivatifs allait commencer. Et l’eclatement de la bulle Japonaise fournissait un argument de taille : les banques avaient pretes sans compter et devaient assumer seules la totalite du risque.
La finance liberee, pourvue de tous ces instruments, serait desormais une finance de la “couverture”, des produits “structures”. Bref, on allait utiliser tous ces instruments afin d’en creer de nouveaux. Utiliser des actions pour garantir des prets qui seraient adosses a des swaps, le tout permettant de generer de nouveaux titres emis sur le marche. La encore, je fais un tres vilain resume, mais c’est juste pour vous donner une idee. Je me souviens la premiere fois que j’ai vu un swap a 0% d’un cote, 7% de l’autre. Quel interet, ai-je dit ! Ma collegue Odile m’a repondu que ce qui comptait etait le titre adosse a ce swap. Et c’est vrai qu’en y reflechissant. Je vous fait un credit extremement risque, donc a 11%. Normalement, j’aurais du vous consentir du 4%. Je gage ce credit sur la valeur d’un bien immobilise (je monte dessus la condition du swap 0%/7%, et je monte encore un truc de cote la pour me couvrir). Tant que vous me remboursez, finalement, le taux est de 11-7 = 4%. Mais qu’advienne un defaut de paiement, une clause particuliere dans le swap invalide le swap (clause d’option au vendeur), je peux saisir le bien et compter le pret initial a 11% comme du, bref, en cas de faillite, je recupererai des interets a 11% (peut-etre). Mon exemple est bancal, je sais : je ne suis pas “structureur”, mais cela donne une idee de comment ont ete utilises ces differents instruments a partir des annees 90. Ainsi, adosse a des actions/obligations/ Futur, un swap est devenu Equity swap. On a meme commence a imbriquer Futures et swaps pour, par exemple, la definition du taux flottant.
Comme me le disait Odile, “tout est possible, on peut tout faire”.
Pour reguler toute cette innovation dont le but est, in fine, assurer la liquidite d’un marche financier, une Association, ISDA, se reunit chaque jour et actualise les definitions des termes techniques et des conditions de negociations entre les parties. On evite ainsi que chaque contrat soit une masse volumineuse de paperasse (quand on sait qu’il doit y avoir des dixaines de milliers de swaps negocies chaque jour, chacun avec son propre contrat…), la simple sitation de l’ISDA reduit le document a l’essentiel puisque chacun des termes utilise est “admis”. Si je dis “EONIA trois mois”, je n’ai pas besoin de reproduire d’equation, de citer la Banque centrale, etc.
Dans une economie liberale comme celle ou nous sommes maintenant, les ecarts de salaires sont de plus en plus importants. Une partie des classes moyennes investit dans l’immobilier comme on pourrait le faire a la bourse, poussant les prix a la hausse et privant l’autre partie des classes moyennes et la classe en dessous de toute possibilite d’acheter sa maison, son appartement. L’ideologie liberale a en effet fait de l’acquisition de son bien immobilie la piece maitresse de sa politique. Etre chez soi. Et surtout, reduire encore plus les budgets sociaux (HLM) pour baisser les impots des classes moyennes superieures et au dessus. Gains immediatement investis en bourse et dans l’immobilie dont les prix montent encore.
Les banques ont donc decide de faire le travail qu’on attendait d’elles. Puisque desormais les politiques publiques etaient prises en charge par le secteur financier, le secteur financier procurerait des logements en abondance meme aux plus pauvres. Car bien entendu, la politique liberale avait precarise une partie de la population. On compte un tiers d’Americains vivant sous le seuil de pauvrete. Livrer des pizzas, travailler a mi-temps a wall mart ne nourrit pas une famille. En France, de plus en plus de salaries frequentent les restaurants du coeur ou/et la banque alimentaire.
Inimaginable dans la societe de regulation keynesienne comme le furent le Royaume Unis des annees 50, la Suede, et les USA de Roosevelt ou vaincre la pauvrete fut l’objectif prioritaire, a tout prix.
C’est donc ainsi qu’on en vint a la CDS, le Credit Default Swap et son pendant le CDO, Collateral Debt Obligation. La CDS est un swap entre deux parties adosse a un credit conclu entre une de ces deux parties et une partie tierse. En cas de defaut de remboursement, l’une des deux parties verse une prime a l’autre partie. La CDS etant adosse a un credit, il a ete imagine qu’on pouvait titriser le credit, puisque, globalement, tous les credits sont generalement rembourses, et qu’en plus en cas de probleme, une prime versee viendrait reduire le coup de la perte. Enfin, comme aux USA le credit est hypothecaire, il y avait a l’arrivee peu de risque de perte, mais au contraire, de belles perspectives de gains (theorique) : en effet, si le risque de faillite augmente, la possibilite de recevoir la prime PLUS le produit de la vente du bien, et enfin les taux prohibitifs lies aux CDS, ont fait de ces instruments des instruments tres juteux. Ce duo de choc crees en 2002 (CDS) et 2004 (CDO) ont fait gagner des fortunes aux traders, aux banques. D’un bon rapport, celles-ci se sont empressees de vendre des CDO aux fonds de pension, aux mairies, et meme aux entreprises pour faire fructifier leur tresorerie, comme des produits extremement surs et d’un bon rendement (6, 7 parfois 8 %) et tres liquides (on pouvait les revendre comme des actions, parfois avec une plus value).
Pendant ce temps, nos swaps ont continue a ce multiplies et les activites sur “futures” se sont etendues a toutes les matieres premieres.
Bien entendu, a partir de 2005/2006, un plateau etait atteind commencant a provoquer de l’inflation, notamment dans l’immobilier (20, 30% par an). Les banques centrales ont donc commence a remonter leurs taux d’interets. Il est vrai qu’apres la fin de la bulle internet puis le 11 septembre, tout le monde avait profite de taux ridiculement bas, encourageant l’usage du credit. Acheter sa maison a 3%, j’ai beau etre socialiste, je trouve ce taux ridiculement bas. Car a ce taux, tout le monde (bref, les 60% de ceux qui vivent bien) veut acheter, et cela cree les hausse de prix que l’on a constate, ces 15, 20, 30% annuels. La plus-value pour ceux qui ont achete a 3% en 2002 a ainsi ete de l’ordre de 50% en 3 ans (Paris). Finance a 3%, ca vaut le coup. Bref, je suis contre des taux aussi bas, inferieur meme au livret d’epargne !
L’augmentation des taux a ete reel fin 2006 et la bourse qui avait pas mal monte sous cet effet de richesse a cesse de monter. Ce fut l’age d’or du CDS car les risques de defaut etaient optimum. Et donc du CDO refourgues de banques en banques, remelanges a d’autres produits dans des fonds, etc. Les speculateurs ont retire leur bille de Wall Street a partir de 2007 et se sont portes sur les Futurs, les matieres premieres. C’etait le bon moment : des incendies en Australie allaient priver le monde d’un de ses premiers fournisseurs de bleds et laitages. On l’a bien senti, au Japon, a partir de Janvier 2008, le beurre a tout simplement disparu et le prix du pain s’est envole.
Tous les prix ont alors commence a s’envoler car c’etait desormais l’alimentation qui etait le nouveau “truc”. Et pour calmer ces hausses de prix, les banques centrales ont encore augmente leurs taux. Ce n’est pas un hazard si un office independant vient de backdate le debut de la recession a decembre 2007. Les Americains ont traverse 2007 comme une mauvaise annee avec les premieres expropriations de maisons dues a l’impossibilite de payer, les debuts de la chute des prix dans l’immobilier et l’augmentation du prix de tout. Ils l’ont bien senti, qu’ils se pauperisaient. D’autant que la baisse de l’immobilier n’etait pas prevue.
Nos CDO et CDS reposaient globalement sur l’idee que la valeur gagee garantissait le pret. Que parfois, souvent meme, quand le bien gage avait pris de la valeur, la banque proposait une rallonge de pret. Avec la chute des prix amorcee dans certains etats des fin 2006, c’est le scenario inverse qui se met en place. Les prets, a taux variables, reposent entre autre sur une equation qui tient compte de la valeur du bien, les taux d’interets et le montant restant a rembourser. Si la valeur baisse, le poids du pret s’allourdit et le taux monte, renforce par le mouvement a la hausse des taux de la Federal Reserve. De plus en plus de menages ont ete dans l’impossibilite de payer, ont ete expropries, renforcant la pression a la baisse de l’immobilie par exces de demande. Les prix continuant de baisser, de nouveaux menages ont vu leurs taux monter, etc A cela s’ajoutait le rencherissement de la vie. La recession a bien commence l’an dernier, la crise actuelle en est le resultat, et certainement pas la cause.Car maintenant revenons a nos swaps, nos CDS et CDO. L’augmentation du nombre de faillites personnelles, la chute des cours de l’immobilier a ouvert les yeux. BNP Paribas a ete la premiere banque a reconnaitre qu’elle avait un probleme de valorisation avec 3 portefeuilles. Pas parce que BNP Paribas c’est super top machin… Non, parce que mes anciens collegues travaillent bien, et que “nous” avons mis en place de bonnes procedures de controle en se posant les bonnes questions, de celles auxquelles j’ai contribue moi-meme en remontant parfois des interrogations qui deplaisaient a mes superieurs mais qui s’averaient pertinentes. Je n’ai jamais cru a l’explication “ca va, c’est interne, il n’y a pas de probleme, c’est qu’une ecriture”. A mon modeste niveau, je suis souvent parvenu a demontrer le contraire. Je n’etais pas seul et je pense que c’est ce soucis des controle qui a conduit BNPP a s’interroger sur ces fond jusqu’a non seulement l’annoncer mais egalement les suspendre. Je prefere ne pas imaginer les saloperies qu’il y avait la dedans. Certainement des saloperies notees AAA par Moody’s, Standart and Poor et autres… sans savoir ce qu’il y avait dedans ni a quels prets, quels clients, quels risques correspondaient reellement ces titres. Les agences de notations sont une plaie. Vous avez l’explication pourquoi BNPP a continue a gagner de l’argent quand tant d’autres s’ecroulaient sous les pertes des montagnes de CDS et CDO.
A partir du moment ou les faillites ont commence a se multiplier, un certain nombre de contreparties dans le cadre de CDS ont eu des problemes pour payer les primes liees au Default. Dans les banques, on a commence a comprendre la problematique. Comme je l’ai ecrit, BNPP a avoue etre incapable de valoriser 3 fonds en aout 2007. Les autres ont annonce que tout allait bien, au contraire, certaines ont rachete les CDS et les CDO dont on ne voulait plus, pariant sur un retournement du marche immobilie des 2008. C’est comme ca que Goldman Sachs s’est debarrasse de toutes ses CDS et CDO et a engrange de large profits.
Mais le vers etait dans le fruit. Tout le monde savait que tout le monde avait plein de ces saloperies. Les banques commencaient a faire des couvertures, a prevoir de mettre de cote pour couvrir des pertes. A annoncer des pertes, puis a avoir recours au marche bancaire pour refinancer telle ou telle branche. 2008 a vu le marche interbancaire de plus en plus tendu car personne sur la place ne connaissait l’etendue du desastre. Or, je vous l’ai dit, pour faire un swap, il faut etre deux.
A la TV, on vous parle de “l’argent que les banques se pretent”. Ce ne sont pas que des prets, ce sont souvent des swaps. Ces swaps procurent des liquidites sans toucher a la structure de la banque, sa ses fonds propres. X a trop de yen non investis aujourd’hui, mais a un leger trou en Dollar, Y a trop de Dollar mais a besoin de Yen, hop, un swap.
L’ennui, si personne ne se fait confiance, est que cela fait monter les taux. Et que quand survient une faillite (Bear Sterns), alors tout le monde sur la place comprend que desormais, c’est chacun pour soi. Et les taux montent. La bourse et l’immobilier descendent, eux, augmentant en proportion les taux d’endettement et donc les taux de remboursement. Le petrole, la nourriture atteignent des sommets et aux USA, le chomage commence a monter. Fideles a leur conception du monde, nos chefs d’etats admettent que l’atterissage de l’economie americaine est plus brutal que prevu, mais que les fondamentaux sont sains, et que le probleme numero un est l’inflation : 3,5% c’est beaucoup trop (je vous rappelle les 25% anglais ou les 14% francais vers 1980 pour mettre de l’objectivite).
La suite, vous la connaissez, c’est le moment ou la television a commence a en parler. Les pertes des banques de plus en plus lourdes, une mefiance generalisee, les faillites des caisses regionales aux USA, l’arret de l’immobilier en Angleterre et en Espagne, les volumes d’echange, en generale a la vente, de plus en plus important en bourse, et puis la faillite de Lehman, moitie a cause de son exposition aux CDS, moitie par vengeance de Wall Street envers cet intrus (le secretaire au tresor Pawlson est un ancien Goldman Sachs et GS detestait LB…), le meme week end ou Merrill Lynch est rachete par Bank of America. La semaine qui suit est une beresina totale, le marche interbancaire est gele, les trader ne tradent plus, plus personne n’a confiance, apres Lehman, a qui le tour. Depuis le debut de l’annee, les volumes des transactions baissaient, cette fois, c’est l’arret. Ce manque de liquidite sur le marche conduit des societes a vendre leurs actions, amplifiant la baisse. A partir de la, les gouvernements decident d’aider la finance, plans de sauvetage voire nationalisations se succedent.Le marche financier se ranime maintenant, lentement mais surement. Le sauvetage recent de Citibank evite LA faillite que je redoutais par dessus tout. Restent les consequences d’une annee d’assechement de ce qui fait le coeur de la croissance depuis 20 ans. Le gel du credit a stoppe la consommation, deja atone. Le gel du credit rencherit le cout de tresorerie des entreprises. Le gel du credit a fait chuter l’acces au credit. L’immobilier, l’automobile plongent. La crise financiere est terminee. Il y aura certainement des rechutes a la bourse, mais desormais, les banques se refont des swaps, se refinancent les unes les autres. En revanche l’hivers s’annonce long, tres long et menacant pour ce qu’on appelle l’”economie reelle”, cette grande oubliee des 20 dernieres annees, toutes ces entreprises placee de fait a la merci de la finance.
Qu’on ne me fasse toutefois pas dire ce que je ne pense pas. Je ne pense pas que la Finance soit responsable de la crise. La finance est une activite economique comme une autre. La “rupture conceptuelle Thatcherienne” a offert des opportunites de business. Apres tout, c’est la “rupture conceptuelle Keynesienne” qui a entraine le boom de l’industrie. Dans une economie de marche, les hommes repondent aux opportunites qui se presentent. Les etats ont encourages la pression salariale, ont arrete de financer le logement social. Pour autants, la population voulait continuer a se loger, a avoir un chez soi. Les banques ont cree des instruments qui leur permettraient de realiser ce reve en essayant de se proteger, donc en demandant des taux plus eleves et en structurant le plus possible.
S’il y a une responsabilite, elle est politique. On a accepte un consensus social fait de bas salaire et de baisse d’impots. On a l’economie qui va avec. Et la societe qui va avec cette economie.
Maintenant, j’ai beaucoup entendu les socialistes gesticuler sur une victoire de leurs idees dans cette crise. Si j’ecris ce post, c’est parce que je ne suis pas d’accord. Il ne peut y avoir de victoire des idees socialistes dans cette histoire parce que tout d’abord ils n’avaient jamais fait le constat de cette situation (j’accorde un credit a P. Larrouturou qui a tente depuis 3 ans de faire debattre sur cette question, soutenu en cela par Michel Rocard qui avait alors declare tres justement que les socialistes n’echapperaient pas a un debat sur ce qu’est reellement le marche, a moins de vouloir assister impuissant a la desagregation de la bulle financiere…), qu’ensuite ils ont accompagne le mouvement (en France, ils ont libere les prix, privatise, promu le franc fort, dematerialise la bourse, promu la restructuration de la dette (des swaps) et son effacement pour les pays du tiers monde (mention special pour Mitterrand qui en a fait effacer une partie). Qu’enfin, j’aimerais qu’on me dise quelles idees ont gagne. Et c’est la desormais ou je veux en venir.Le fameux retour de l’Etat. Oui, l’Etat eponge est de retour. L’etat qui en France subventionnait la siderurgie pour que la siderurgie puisse verser un dividende aux actionnaires. Si c’est ca, le retour de l’etat qui fait tant plaisir aux socialistes, je le leur laisse.
Car en fait, nul part, pas meme aux Etats-Unis, on ne se tourne vers la cause reelle de cette crise. Une vision du monde basee sur la demission des ambitions collectives et la promotion de l’ambition individuels. Cette crise, c’est le resultat de 30 ans de baisse des salaires. C’est l’abandon des ambitions sociales fondatrices d’egalite : medecine gratuite, education gratuite, secteur immobilier mixte (public et prive), salaires eleves et prestations de qualites. Si l’economie ne sert pas a vivre en societe, j’aimerais qu’on m’explique a quoi sert de vivre en societe. Je ne promeux pas le retour aux politiques des annees 60. Je reviens juste a la base du socialisme, avant Keynes, une ambition collective qui permette la realisation pleine de chaque individu bref, un authentique projet democratique qui pose la question du pouvoir, de qui l’exerce et comment il l’exerce. Un authentique socialiste ne peut qu’etre anti-bolchevique, ce systeme qui nie l’individu et rejette la democratie au nom d’un ideal superieur n’appelant aucune concession (c’est a peu pres ce qu’exigeaient les 21 conditions adressees par Lenine aux socialistes du monde entier et qui value la scission entre socialisme et communisme). Mais un authentique socialiste ne peut que nourir d’un meme rejet une societe tout autant anti-democratique, ou toute ambition collective se trouve limitee, contredite voire anihilee par “le marche”, en fait le petit groupe d’individus suffisamment riche pour controler la propriete. Qu’ont fait les travailleurs chez Ford pour meriter peut-etre bientot de perdre leur emploi ? Sont-ils responsable du gel du credit, des CDS, des CDO ? Des mauvais choix de leurs dirigeants, des megas bonus qu’ils ont empoches pendant des annees ? Non, ils ont assemble tranquillement les voitures qu’ont leur demandait d’assembler. Avec la chute de la bourse, leur retraite par fond de pension vient de partir en fumee et un eventuel licenciement mettra fin a leur assurance maladie privee. Ils ont souvent quitte leur region pour venir travailler a Detroit. Si Ford fait faillite, ils ne trouveront pas de travail dans cette ville dediee a la voiture.
Que deviendra leur vie ? C’est cela, la democratie ? Etre victimes de decisions que l’on n’a pas prise, mieux, etre victime de decisions que l’on n’a pas prise parce que les repressions anti-syndicales et anti-socialistes des annees 1880, 90, 1900, 1910, 1920… etc, ont elimine toute possibilite d’entendre la democratie comme un pouvoir, aussi, de l’activite economique par celle et ceux qui la font vivre, limitant le champs de revendication au seul champs qui interesse lesdites entreprises : le “pouvoir d’achat” (donc les debouches). “Les distinctions sociales ne peuvent se justifier que sur l’utilite commune” dit la declaration des droits de l’homme. Les travailleurs ne sont donc pas utiles ? Et les dirigeants corrompus sont plus a meme de prendre des decisions dont ils ne sont redevables que devant eux ? Voila de belles violations des droits de l’homme et par voix de consequence, a notre constitution.
Alors, en ecoutant des dirigeants de gauche dire que ce sont leurs idees qui gagnent, cela m’attriste et me revolte autant que cela me fait sourire. Ils n’ont pas d’idees. Et de toute facon, ils ne savent meme pas comment fonctionnent l’economie liberale qu’ils gerent avec empressement.
Et les plans de sauvetage ne sont pas socialistes. Comment le pourrait-ils quand il s’agit d’eviter la barbarie d’une disparition de la finance (avec Super Hitler et ses micro-onde geants). Il faut sauver la finance pour sauver egalement la possibilite de la sociabiliser un jour. Enfin, la je blague un peu…
Au contraire. Une fois la bourasque passee, on va faire encore plus de swaps, encore plus de derives. Car tout l’environnement financier a change, en trois mois. Des institutions qui ont fusionne, des taux d’interet qui ont fondu, des etats qui vont avoir besoin de liquidites, et des millions de personnes qui vont profiter de renegociations de leurs taux… Ca fait beaucoup de travail pour la finance. Je pense que je secteur va se reveiller vraiment dans le courant de l’hivers et tournera a plein regine des la fin de l’annee prochaine. Je pense egalement que pour tres violente et profonde qu’elle sera, la recession sera de courte duree et que la reprise economique sera assez forte. En V. Ca ne veut pas dire que cette crise ne laissera pas de trace. Mais je ne pense pas que ce soit une grosse crise durable. Il y a deja en place beaucoup d’elements qui plaident pour une embellie rapide. J’ai vu les premieres etiquette “prix en baisse, remontee du yen”, et bientot la taxe sur les carburants appliquee par les compagnies aeriennes ne sera plus qu’un lointain souvenir. L’alimentation sera en baisse tres rapidement.
Toutefois, comme je l’ai ecrit, le fond des politiques n’a pas change. Et on preparera la prochaine crise. Et l’economie ne sera pas toujours en mesure d’encaisser une telle violence. Pour cette fois-ci, parce que nous sommes toujours dans une phase longue de croissance, que la plupart des secteurs economiques font des profits (rognes en ce moment, mais il en reste) et on beaucoup investi, je reste persuade que la reprise sera plus rapide que prevue (je l’avais ecrit je crois en Janvier en prevoyant en meme temps une correction brutale quand tout le monde ne voyait rien venir) et que suivront plusieurs annees de forte croissance ou nos gouvernements utiliseront l’argument de l’intervention publique actuelle pour faire encore plus de coupes sur les budgets sociaux.
Allez, c’est fini pour aujourd’hui.Passent les week-ends…
Et de nouveau lundi. Ce week end avec Jun, la visite de l’exposition Vermeer au Musee National, a Ueno. Pour le coup, une exposition magnifique, et cela faisait tres longtemps que je n’avais pas eprouve une telle joie a regarder de la peinture. J’aime enormement la peinture des Flandres au 17eme siecle et ce qui etait present dans cette exposition etait tout simplement somptueux. Pas moins de 7 ou 8 toiles de Vermeer, cela deja etait exceptionnel. Mais ce qui accompagnait ces toiles, des oeuvres de l’ecole de Delf, comme par exemple De Hoocht, tous ces interieurs ou regne une intimite nouvelle baignee d’une lumiere si caracteristique, ces femmes qui vaquent a leur occupation quotidienne, vetues de ces vetements simples et propres de la prospere bourgeoisie urbaine des villes du Nord. Absoluement magnifique. Je n’ai pu m’empecher d’etre historien, de rechercher les outils, la vaisselle, evaluer leur qualite et tenter de percer a travers ces simples tableaux les mysteres d’un quotidien. Un grand plaisir malgre une foule enorme, des queues pour chaque tableau, des reflexions stupides faites de prejuges entendus je ne sais ou mais dont finalement je n’ai pas grand chose a faire : j’ai souvent entendu de reelles betises dans les expositions de la MCJP et peut-etre moi-meme en ai-je saupoudre mes propres commentaires. La richesse de l’exposition m’a plonge dans un etat de bien etre, a allege bien de mes soucis. Et vous savez comme j’en ai.
On ne le repetera jamais assez, tokyo est une grande ville pour l’art : les foules se bousculent aux expositions et sont pretes a payer a peu pres le double de ce qu’elles valent en France. Le resultat, les grandes expositions americaines et europeennes passent par Tokyo. Pour voir toutes les expositions que je peux voir ici, il me faudrait voyager et silloner l’Europe entiere. Ici, ce sont elles qui viennent a moi, compensant la tres grande pauvrete des fonds nationaux ainsi que le manque d’initiative general qui caracterise la vie culturelle au Japon. L’art contemporain est un parent pauvre de cette megapole de 30 millions d’habitants dans laquelle on s’attendrait a trouver plus d’audace et de vitalite. Il faut croire que les elites ont les moyens d’aller a new-York, Bilbao, londres, Paris ou Kohn frequemment…
Notre visite a bien duree 3 heures. Et j’ai achete des cartes, ce qui s’etait fait rare ces derniers temps. Je crois devoir preciser que les cartes ne sont jamais (sauf au Mori Bijutsukan) les cartes originales de chaque musee, mais un tirage local specialement edite pour l’occasion. Le resultat est une pietre qualite des couleurs, de la lumiere. Cela a le don de m’exasperer au plus haut point. Quand on pense a l’extreme qualite des tirages/cartes postales des Musees Nationaux, de la Tate ou de la national Gallery, et meme ici des differents musees nationaux, ces impressions “sponsorisees par Epson” font tache.
Nul.
Enfin, cela ne gache pas mon plaisir et n’est finalement qu’anecdotique.
On a mange tres rapidememnt puis nous sommes alles jusqu’au jardin du Palais Imperial a pied. L’hivers desormais s’installe, avec son ciel bleu et son air pur presque transparent. Le froid l’accompagne : la nuit les temperatures descendent autours de 8/9 degres et nous devrions atteindre 5 ou 6 degres vers la fin de cette semaine. J’ai remis le chauffage depuis une petite quinzaine. Je connais cela assez bien maintenant : le basculement s’opere subreptissement sans que personne ne s’en appercoivent. Un jour, on s’appercoit qu’il fait vraiment froid. Generalement, c’est synchronise avec la chute des feuilles d’erables, a la mi-descembre (Tokyo).
Dimanche, nous voulions aller a Gyoenmae. N’y allez pas. C’est inutile. Il y a plein de monde. Trop de monde.
On a pousse jusqu’Omotesando, puis on a pris le metro. Je me suis achete un croissant chez “Jean-Francois” dans la mini-galerie “Marche de Metro” : il etait parfait. Symplement parfait. Craquant, plein de miettes mais tendre dedans avec un bon gout de beurre, mais pas de beurre concentre, du beurre frais. A Paris, quand j’habitais strasbourg Saint Denis, il me fallait marcher au moins 15 minutes jusque Montorgueil pour avoir quelque chose d’avoisinant, mais moins croustillant. En parlant de Montorgueil, le “marche de metro” est une espece de rue Montorgueil, pavee, avec des terrasses, des reverberes et une plaque de rue “rue de marche de metro”. Pour le reste ce ne sont que cafes et restaurant ainsi que la boulangerie “jean-Francois”. Mais c’est pas trop kitsch, finalement. En tout cas, ca inspire bien plus Paris que l’ecole de langue dont je vous parlais l’autre jour.
Jun et moi partageons desormais les frais quand je fais la cuisine. On a eu un petit passage a vide la semaine derniere. Quand je suis alle a Hello Work mercredi dernier, il m’ont annonce un montant derisoire pour l’indemnisation. Ca m’a casse et cela a resume de facon parfaite mon etat d’esprit. La veille, j’etais alle retrouver Yann a son travail, un restaurant, et je m’etais etonne d’avoir fait si aisement le tour de la question, de me liberer si facilement. Le resultat fut un diner morose avec Jun le mercredi soir ou il se mit a faire la tete puis prefera partir de bonne heure. On a echange quelques mails, il m’a accuse de ne pas lui faciliter la tache en ne faisant que ruminer ma situation. Il m’a assure qu’il pouvait m’aider, m’avancer de l’argent jusqu’a ce que je trouve un travail. Cette explication a eu ca de bon que ce week end s’est finalement bien passe, qu’on a pu meme parler travail. Moi-meme finalement, je pense que ce soudain acces de lucidite en milieu de semaine dernier a mis fin a l’episode depressif dans lequel, finalement, je me complaisait. Que je recommence a ecrire est finalement la trace la plus palpable d’un seuil franchi apres mon retour a la lecture en mi-novembre. J’admets ne pas avoir de travail, je ne me considere pas coince au Japon, ce qui m’arrive n’est pas de ma faute, la meme situation pourrait me toucher en France egalement. En attendant, je suis ici, je l’ai choisi, j’ai un copain, un appartement correct, des amis qui ne me laisseront pas tomber. Je suis intelligent et je m’accorde une certaine valeur, des capacites. C’est pour cela que je bouscule les limites sur ce blog, car c’est ma liberte qui fera la difference sur un marche du travail terrifiant. C’est ma desinvolture, mon independance d’esprit et mon audace qui m’ouvriront des portes. Pour cela je ne dois plus avoir peur de moi et encore moins de votre jugement. Qui m’aime me suive. Je gage qu’ils seront nombreux.
Ce midi, j’ai dejeune avec Junko, Noriko et Martin, dans un restaurant francais de Kagurazaka, sans facon. La cuisine etait delicieuse et j’ai ete etonne par les prix terriblement raisonnables. Je confirme que cette histoire de prix exorbitant a Tokyo est vraiment un truc d’expat’. Le menu le moins cher, entree/plat/dessert et cafe, corbeille de pain (rare a Tokyo) est a 1,850 yens (soit environ 15,50 Eur… eh oui, le yen a fortement monte). Y a t-il encore a Paris de bons petits restaurants a ce prix la ? On a bavarde de pas mal de choses, Junko et Noriko sont intelligentes, cultivees. J’etais heureux de retrouver Martin pour qui l’avenir sourit : il travaille beaucoup, ce qui, pour un illustrateur, est le signe indeniable de la reussite.
Je suis rentre apres cela, mais j’ai du ressortir car j’avais perdu mon echarpe il y a quelques jours : je suis alle jusque Ueno aux objets trouves. La, vraiment incroyable, un immence cimetiere de parapluies, et des sacs de tout, dates, estamplilles. Mon echarpe etait la, dans un sac a echarpes. Je l’ai reconnue de suite au milieux des autres. L’etiquette portait bien et le jour, et l’heure et le lieu, l’agent du metro ne pouvait douter que ce fusse bien la mienne. J’en ai profite pour aller chez Kaldi acheter du cafe, des spaghettis et des boites de tomates. La hausse du yen commence a se repercuter sur les prix des denrees importees, en baisse sensible parfois. J’achete mon Colombie chez Kaldi car il n’y est pas trop cher : 450 yens les 200 grammes. Je prefererais aller dans un supermarche mais le cafe, au Japon, est proprement degueulasse. Origine incertaine, mixage de robusta et arabicas dans des proportions aleatoires, prix souvent, finalement, exhorbitant. 300, 400 ou plus pour ce genre de qualite. Les marques sont des sortes de monopole japonais, comme UCC, certainement tenus par de riches planteurs Japonais du Bresil. Mais je vous confesse que quand je lis, au sujet de l’origine, ” Bresil, Colombie, Vietnam, Indonesie, autres”, ca ne me donne pas trop envie. Je n’ai rien contre l’Indonesie, le Vietnam ou “Autres” (!) mais ce ne sont pas des origines qui me sont familieres et le resultat jusqu’ici ne m’a guere convaincu. Ca m’evoque beaucoup plus de ces Japonais du Bresil ayant achete des terres et produisant a bas cout dans ces pays d’Asie qu’une origine de qualite.
Kaldi est une chaine hollandaise presente un peu partout dans le monde. Au Japon, c’est une sorte de paradis des produits importes. Le cafe est moulu sur place, les origines nombreuses, les blends parfois tres raffines pour cette gamme de prix, somme toute raisonnable. Sans Kaldi, je ne sais pas comment je ferais. Je peux me passer de beaucoup de choses, mais le cafe…
J’ai marche jusqu’Akihabara ou je me suis attarde au stand Softbank pour regarder le Samsung Omnia, ce simili iPhone meilleurs que l’original. Eh bien, le Omnia japonais a ete customise pour le Japon. Il ne fait pas wifi et les outils multi-medias ont ete limites. Internet a ete bride. Bref, c’est un telephone lecteur de musique equipe d’un appareil photo 5 Mpix.
De l’art de proteger l’industie locale. Je doute que ce telephone connaisse ici le succes qu’il rencontre en Europe.
Carte postales, cafe, telephones. Ce pays est vraiment refugie derrieres des barrieres. Ca ne l’empeche pourtant pas de recevoir la bourrasque financiere en pleine figure. Avec l’actuel premier ministres dont beaucoup se demandent deja comment le renvoyer a ses mangas, ca risque d’etre encore pire que prevu. Je continue de parier que comme il verrouille tout a son profit, les proches de Koizumi mais aussi les proches de Fukuda (qui doit etre encore en train de digerer son eviction) n’auront d’autre solution que d’aider -clandestinement- la coalition de centre gauche reunie autours du DPJ qui, si elle gagnait, permettrait aux “koizumi children” de prendre le controle du LDP (droite). Ce ne serait pas un mauvais pari car on peut douter de la viabilite de la coalition de centre gauche reunissant le Parti Democrate (centre), le Parti Socialiste (tres a gauche), le Parti Communiste (anti militariste, a gauche), le Nouveau Parti du Peuple (centre droit, transfuges du LDP) et il est fort probable que l’aventure ne durerait pas longtemps. Mais le TSA, Tout Sauf Aso se profile a l’horizon. Il ne rassemble deja plus que 29% de bonne opinion. Apres avoir convaincu son camps que seul lui pouvait prendre des mesures pour l’economie il y a 3 mois, degageant Fukuda (le modere homme qui marche), il se caracterise par son populisme extreme, des conneries toutes plus grosses que lui (la derniere en date, dire qu’il en avait marre de payer pour des gens qui ne font rien, en reference aux personnes agees) et surtout son incroyable inaction. On dirait que l’election d’Obama a tetanise l’ultra nationaliste pro-americain. Ce n’est pas prevu par son logiciel. Le resultat, une bourse atone et un doute qui gagne le Japon au moment ou les Americains, vaille que vaille, reprennent une certaine confiance en l’avenir.
Je suis rentre apres cette petite visite. Ce qui est etonnant, c’est le monde dans ce quartier a une telle heure de la soiree.
Detente en attendant l’hivers
Le logo est le meme… En fait, j’adore ces restes des annees 60/70. C’est cracra a l’interieur mais dans la vie cela cree une certaine chaleur qui manque definitivement aux endroits recents tout en vitre.
Quelques photos prises au hazard… C’est bientot l’hivers et le ciel est de plus en plus souvent bleu, l’air clair presque transparent.
J’allais a Hello work, l’ANPE japonaise. Lui aussi. J’ai aime le “chat ruine”.
Ces chaussures, c’est le mystere de l’hivers. A ces especes de bouts de plastique recycles thermomoule de l’ete succedent ces bout de plastiques recycles d’apparence textile et de style mongole. Une horreur qui envahit les rues. J’ecris recycle: j’espere. C’est ring’ avant meme d’exister. Je ne peux pas imaginer un gay avec ca aux pieds, et pourtant je suis sur qu’il y en a.
C’est la saison des erables rouges. Les parcs sont envahis, on se fait photographier a qui mieux mieux. Ici, le calme parc du palais imperial. Dimanche a Meiji Gyoenmae, c’etait simplement l’horreur. On se serait cru a la fete de l’Huma : boissons, fritures, grillades… des milliers de visiteurs…tout ca pour admirer les feuilles de Ichou/ Ginko jaunes.
Vu la Villa d’Este vers Takadanobaba. J’aime cet envahissement par le vegetal. L’homme conquiert l’espace au Japon avec une radicalite inconnue en France. Pourtant l’espace est tout aussi radicalement reconquis par la nature. Rouille, deformation, distorsion, vegetation sont les ineffacables marques du temps. Jusqu’a ce que l’homme, de nouveau, ne reprenne sa lutte. Peut etre ici, bientot, une tour. Qui sait…Avec le recul, grand bien m’en fit !
Ca ne vous dérange pas, si j’antidate ? On est aujourd’hui lundi mais en fait je désirais écrire au plus vite samedi, ce que la présence de Jun (pour mon plus grand plaisir au demeurant), ne permit pas. Ce qui va suivre me trotte dans la tête depuis vendredi. Je termine l’année en toute beauté, allégeant mon esprit des poids qui lui pèsent. J’ai trituré dans tous les sens, fond blanc, photos noir et blanc, etc, mais rien de tout cela ne me satisfaisait. Ce n’est pas de nouveau dont j’ai besoin. C’est de profondeur, c’est reprendre le chemin tel que je l’ai trace il y a bien longtemps dans mes cahiers, c’est raconter ce qui me passe par la tete comme ca vient. Suppaiku et non tel ou tel sujet qui, en forme de diversion, me conduisent par force diversion a m’eloigner de ce blog qui finalement ne me ressemble plus. Ecrire ne me sert a rien si je n’y trouve pas le plaisir que la liberte me procure. Il y a quelques sujets que vous devrez helas subir, que je n’ai pas traverse helas durant ces longs mois d’absence – comme si durant tout ce temps ce blog ne m’avait plus appartenu. Je vous promets en revanche, si vous l’aimez et le lisez, de nouveaux plaisirs de lecteurs car … vous verrez. Si Cecile Balladino me lit aujourd’hui, qu’elle soit assuree que je pense a elle.
Mise en bouche…
Mon pere est arrive en France en 1947. Il est reparti quelques annees plus tard puis, de nouveau, est venu en France pour y rester jusqu’a sa mort en 1989. Il est mort d’une leucemie attrapee au contact de l’amiante, comme beaucoup d’ouvriers de sa generation, apres avoir passe les 10 dernieres annees de sa vie au chomage, comme beaucoup des ouvriers de sa generation et juste au moment ou il pouvait enfin profiter de sa retraite, comme beaucoup d’ouvriers et encore plus d’immigres. Cet echec social qui est le lot de tant d’ouvriers declasses par les vagues de restructurations successives de l’industries depuis les annees 70, j’ai mis bien du temps a le depasser pour retrouver le pere d’abord, puis l’homme ensuite. Le pere aimant qui me promenait durant mon enfance, le dimanche, et m’emmenait voir les derniers trains a vapeur avant de m’acheter quelque bonbon ou quelque jouet, mettant ma mere hors d’elle, je n’avais parfois pas ete tres sage durant la semaine. J’aimais tirer les sonnettes… De terribles bronchites, d’horribles rhino-pharyngites me clouaient au lit pour des semaines, la sante fracassee par les tonnes d'(inutiles) antibiotiques qui me ruinaient la digestion, aides par les tonnes de lait-yaourt que ma mere me forcait a ingurgiter pour le calcium… J’ai souvenir de nuits de cauchemards, de fievres atroces, douloureuses, et d’une peur informulee mais intuitive… Eh bien malgre cela j’etais un enfant souriant, bavard (une pipelette, on disait), qui aimait courir, faire des farces. Et qui aimait les grandes promenades avec son papa. J’aimais la vie, et j’etais vivant. Je me souviens ces histoires que mon pere me racontait, des histoires avec des chacals. L’Afrique du nord regorge de ces histoires ou l’animal ruse l’homme, comme le renard en Europe. Il y avait le desert, des montagnes. Des histoires Berberes venues du fond des ages et transmises par les meres a leurs enfants mais que mon pere me fit l’immense privilege de me raconter. Je me souviens ce frisson qui me parcourait dans ces moments la, un frisson de plaisir. J’ai ete un petit garcon aime par ses parents. Et qu’importe si ces parents ne savaient pas s’y prendre et se sont montres parfois terriblement violents. J’ai appris a faire la part des choses et j’ai panse (pense) ces douleurs. Deux parents venant de la campagne, la Kabylie, le Maine, ou l’on elevait des enfants comme de petits adultes a qui on ne pardonne rien, a coup de claques, de pied, de fessees, de balais, de mots blessants (quand ma mere a dit a sa mere qu’elle avait mal au ventre et qu’elle perdait du sang, elle s’est pris une paire de claque) : comment pouvait-ils devenir des parents patients, comprehensifs… Je leur sais gre, pourtant, d’avoir au moins essaye.
Certains me plaindront en lisant ces lignes. Je les inviterai a un peu plus de lucidite : la violence domestique, les enfants battus, c’est bien un quart des foyers francais. Ca commence avec une claque. Apres, le pas est franchi. Sur les enfants, c’est le plus facile car il n’y a pas de violence en retour et c’est une violence socialement admise. Je la regarde comme une maladie, une maladie terrible que le parent, sans meme s’en appercevoir, transmet a son enfant. A moins qu’a travers des mots degradants, il ne corrompe sa force. Ma mere, ainsi, passe son temps a dire qu’elle n’a jamais ete bonne a rien. Qui le lui a si bien mis dans le crane ? Pourtant, et c’est mon pere qui me le disait peu de temps avant de mourir, c’est elle qui a tenu notre famille quand, papa licencie, il a fallu jongler. Papa ne retrouvait pas de travail, s’entendait dire parfois qu’il n’avait qu’a retourner dans son pays. De 1979 a 1981, nous avons vecu avec l’allocation de chomage degressive, avec environ 1000 francs par mois, 300 francs d’allocation familliales et une allocation logement directement appliquee au loyer dont il restait environ 500 francs a payer. Maman a recommence a faire des menages comme quand elle etait jeune, et mes deux parents ramassaient fruits et legumes sur les marches pour nous donner a manger. Je revois ma mere et mon pere, le caddie rempli. Ils etaient souriant parfois car ils avaient trouve beaucoup de pommes, des fraises, parfois des fromages… Nous mangions des abats que ma mere cuisinait en pates. C’est seulement avec le recul que je mesure la terrible monotonie de nos repas. Nous ne recevions presque plus. Ma mere s’est confiee a une tante qui en a parle a la famille. Je sais que cette annonce a profondemment blesse ma mere. Apres, on a arrete de recevoir totalement. Au fond d’eux cette situation devait les meurtir profondemment. Il y a de quoi, ramasser fruits et legumes sur les marches… Mon pere cherchait desesperemment du travail, mais on fait quoi, a 50 ans, quand on a ete ouvrier toute sa vie, dans une epoque ou toute l’industrie periclitait et licenciait.
Ce pere la a altere l’image que je pouvais avoir de l’homme qu’il etait. J’avais un pere Algerien, au chomage. Il y avait bien ce syndicaliste qu’il avait ete, il y avait bien cette guerre d’independance auquelle il avait pris part, mais cela finalement ne composait pas un portrait complet. Je butais desesperemment sur le travailleur immigre Algerien licencie par “une societe degueulasse”. Mon pere avait rejoint une categorie du politique chez l’adolescent contestataire que j’etais.
Il m’a fallu travailler longtemps apres sa mort pour ne plus regarder mon pere comme un Francais de gauche regarde l’exemple de l’exploitation de l’homme par l’homme. Il m’a fallu longtemps pour reconnaitre la valeur de ma mere et regarder la femme qu’elle etait, une femme qui certe a fait son devoir d’epouse la plus traditionnelle, mais l’a fait sans rien en communiquer des sacrifices qui furent pourtant si douloureux. J’ai eu des parents admirables, et ma mere n’a jamais ete une bonne a rien car sa vie prouve au contraire une tres grande force et un incroyable courage. Mon pere a lui progressivement revele sa profondeur, me laissant de ses derniers jours comme une enigme qu’il m’a fallu bien du temps a resoudre.
Comment pouvais-je comprendre apres avoir grandi dans l’ombre de ce spectacle de l’echouage d’une famille dont le chef n’etait qu’un immigre Algerien comme tant d’autres? Les indices pourtant ne manquaient pas de reveler une personnalite plus complexe qu’il n’y paraissait, mais ma mere avait decide d’appliquer a son entourage la terrible sanction que ses propres parents avait portee sur elle : “votre pere est bon a rien”. Et c’est vrai que papa n’etait pas doue pour le bricolage… Vers 74, papa avait commence des cours pour apprendre le francais qu’il ne savait ni lire ni ecrire. Il a arrete apres 15 jours, il y a eu une scene entre papa et maman a ce sujet. Plus tard, j’ai vu le livre et je comprends… Des histoires de Ali, Mamadou, des toune-vis, une usine et une pedagogie a deux balles.
Papa n’etait pas analphabete. Il avait etudie dans une madressa, une ecole Coranique traditionnelle. Mon pere, que dis-je, nous appartenons a une lignee qui remonte au 14eme siecle, quand un lointain ancetre s’est installe sur ce flan de montagne de Kabylie, s’est marie et a converti ses habitants chretiens “paianises”. Nous avons progressivement, avec quelques autres, organises cette region, son administration. Notre influence s’est etendue puis a lentement decline avec la colonisation. Malgre cela, nous avons continue a garder l’influence morale que conferait notre connaissance de la religion. Je suis d’une lignee de Marabouts, ces sages que l’on appelait pour eviter une bagarre entre deux clans ou pour y mettre fin et celler une alliance par devant Dieu. Nous detenions des secrets anciens, la poesie et la connaissance des sciences. Nous frequentions les voyageurs qui nous rapportaient les nouveautes, les livres qui faisaient avancer les connaissances et la science. La proximite de la puissante Andalousie faisait de nous une elite cultivee quand toute l’Afrique du nord commencait a se decomposer. Les luttes politiques faisaient rage dans le monde arabe et la puissance turque se precisait. Il fallut bientot faire avec quand la Turquie envahit Alger et mit fin a la domination arabe sur la Maghreb. Deja, auparavant, l’Espagne avait pousse son influence jusqu’a Oran. Ma famille fut une des familles qui representa les tribus Kabyles aupres de la Grande Porte. Plus tard, quand la France a decide de s’installer au Maghreb, ce sont les memes familles qui ont conduit l’assaut contre le nouvel occupant et ne se sont rendu que fort tard, quelques vingts ans apres le debut de la colonisation. Mon pere me l’avait raconte. Fort National. Les Kabyles ne se sont pas rendus, ils ont ete defaits. Il en tirait une tres grande fierte. Et les militaires Francais eux memes respecterent ces tribus Kabyles qui se battirent courageusement mais qui aussi surent reconnaitre la superiorite de l’armee francaise apres la defaite.
Mon pere etait riche d’une histoire familliale qu’il connaissait. Cela s’appelle l’aristocratie… Une aristocratie sans argent, sans pouvoir politique mais dotee d’un pouvoir d’influence sur les populations qui les respectaient. Malgre le declin amorce il y a des siecles. Malgre les mariages consangains destines a garder la lignee intacte. C’est arme de cette culture de base, la culture arable du classicisme, les philosophes grecs Platons et Aristote qu’il avait lus a travers des traites anciens arabes, les poetes et bien entendu le Coran, qu’il a decide de quitter l’Algerie et une arrieration qu’il detestait. Il n’aimait pas la Kabylie et ses traditions : le mariage force, le drap tache de sang, les guerisseurs et les superstitions, la langue Kabyle elle meme. Kabyle, il se pensait Arabe. D’une lointaine civilisation. Et Republicain.
Je suspecte chez mon pere, bien qu’il ne l’ai jamais dit comme tel, une admiration enorme pour la republique, pour l’instruction publique, pour la culture de liberte. Bref, pour la France telle qu’elle se reve. Sitot arrive en France, il a vite compris que le destin des Francais etait difficile, ce qui l’a tres vite amene a des idees communistes puisque le PCF etait le seul a ne pas accorder d’importance a l’origine. Mon pere revait pour l’Algerie d’une Republique realisee. Il n’a pas failli a la tradition familiale et est tres tot rentre au FLN en meme temps qu’il prenait ses distances avec les idees communistes. Plus tard, c’est de la meme facon qu’il a quitte la CGT pour rejoindre la CFDT, entrainant avec lui de nombreux collegues qui ne comprenaient pas vraiment mais lui faisaient confiance. Le licenciement l’a abbatu. Pourtant, c’est a cette epoque qu’il a appris a lire le francais -et l’ecrire- tout seul. Avec Le Monde. Mamadou et ses tournevis ne l’interessait definitivement pas.
La revolution islamique iranienne et la guerre sovietique en Afghanistan l’inquietaient terriblement. Frequentant la mosquee de Barbes, il les voyait, les barbus, recruter des jeunes a tour de bras et les envoyer en Afghanistan. Il a confie a maman a cette epoque que des choses terribles arriveraient car la tradition de l’Islam ancien avait ete cassee dans de nombreux pays, dont l’Algerie, et qu’on remplacait les sages par des imams qui ne savaient pas lire les textes et les interpreter. Il etait contre le voile des femmes et pour leur emancipation par les etudes et le travail – en pensant toutefois, comme tout “religieux” qu’elles devaient interrompre toute activite pour s’occuper de ses enfants. Je suis heureux qu’il soit mort avant le derapage en Algerie, ca l’aurait mine.
Quand il parlait d’Israel, il etait parfois extremement violent. Je l’ai entendu dire des fois de horreurs sur les Juifs, sur Israel. Ce n’etait pas de l’antisemitisme. C’etait une blessure profonde, comme de l’amour apres la trahison et le separation. Je me souviens d’une collegue Juive Tunisienne. Des fois, quand elle parlait des Arabes, c’etait la meme chose. Une fois, elle s’est emportee, elle est allee jusqu’a la bombe atomique. Mon pere aussi etait alle jusque la. Mais pour les deux, ce n’etait pas pour exterminer l’autre : ils ont utilise les meme mots, “pour leur faire comprendre”. Je m’etais dispute avec mon pere, j’ai laisse parle ma collegue. Elle avait une tete d’Arabe, avait un accent Tunisien, avait une nostalgie pas possible du soleil et elle etait capable de dire des choses extremement gentilles sur les Arabes, aussi.
Un jour, a la maison, je ne sais pas pourquoi, j’ai voulu faire mon interessant, j’ai ressorti un truc que j’avais entendu a l’ecole. J’ai dit a mon frere qu’il mangeait “en juif”. Je me suis recu une baffe… Mon pere avait une tete hallucinee, comme si je l’avais deshonore. J’ai eu honte pour ce que j’ai dit. Mon pere a efface pour toujours toute eventuelle tentation pour l’antisemitisme. En fait, a la maison, il n’y avait que lui qui pouvait dire du mal des Juifs, comme si venant de lui, c’etait sous controle. Je regrette qu’il ne soit plus la pour lui dire, au moins une fois, de la fermer, qu’il se deshonorait lui-meme pour de tels propos. Mais je crois que le fond de l’affaire n’etait pas les Juifs, c’est le fait que les USA utilisaient Israel pour diviser le monde Arabe et qu’Israel en profitait. Car en meme temps, il allait acheter de la viande a la boucherie juive et qu’il y discutait religion. Il me citait les enfants du boucher en exemple car ils travaillaient bien a l’ecole. Je n’ai jamais entendu dire que les Juifs etaient riches ou qu’ils complotaient. Au contraire, mon pere mettaient en exergue que les prophetes dans le Corans etaient tous juifs, sauf le dernier… Un jour, sur ARTE, il y avait une emission sur le conflit au Proche Orient. Un historien Israelien disait qu’il fallait se depecher de faire la paix car la generation des Palestinien “historique” allait s’eteindre. Des militants qui, bien que parfois extremistes, connaissaient les Juifs, connaissaient la Shoah. Il redoutait la jeune generation dont les seules references etaient la violence et une ignorance totale des Juifs, de leur histoire et une negation de plus en plus admise de la Shoah. Mon pere n’a jamais nie la Shoah. Au contraire, il ne comprenait pas bien cette reconciliation avec l’Occident qui les avait massacres.
Ca m’amuse de penser que mon pere etait parfois un vieux con. J’y mets beaucoup de gentillesse meme s’il en tenait une sacree couche, des fois. Mais quand j’y pense, ce petit bohnomme de 1 metre 67, ouvrier puis chomeur qui faisait les marches, comme on dit, et qui lisait Le Monde de temps en temps, et qui connaissait Aristote, qui maitrisait parfaitement la langue arabe (qui n’etait pas sa langue maternelle, mais une langue etrangere) et la calligraphiait, qui pouvait reciter le Coran, qui avait milite, parfois au peril de sa vie et qui meme sur le Proche Orient, avait une vision complexe. Cela force mon respect et je me dis que finalement je suis bien son fils et que ma vie ne doit pas grand chose au hazard.Ou je voulais en venir…
Je ne veux pas dire que si je vous raconte mon pere, c’est comme si je me racontais moi-meme. En revanche, vous pouvez tres aisement comprendre d’ou me viennent certaines reactions. Je suis certainement culturellement plus “abouti” que lui -quoi que-, mais c’est a son travail que je le dois (les etudes) et a son esprit et son caractere. Il etait un esprit independant. Je suis un esprit libre et c’est a lui que je le dois. Ma mere, elle, m’a donne le gout pour la lecture -mon pere lisait finalement assez peu jusqu’a ce qu’il soit au chomage- et une curiosite pour la culture francaise et l’histoire de France. Elle n’avait aucune reelle culture et beaucoup de prejuges – Picasso, c’est pas bien parce que ca ne ressemble pas – mais pour elle les Musees et les livres, c’etait bien. Elle aimait Chopin et Luis Mariano. L’ecole m’a fait decaper tout ca mais la curioite qu’elle m’avait inculque (elle est curieuse et pouvait prendre un livre a la bibliotheque juste parce qu’on lui avait dit que c’etait bien… il lui arrivait d’etre decue, et ni Sartre, ni Vian ou Sagan ne parvinrent a casser son education de jeune fille de la Sarthe… mais elle s’y essaya), cette curiosite m’a emmene sur les terres du Baroque apres des perigrinations au pays des musiques industrielles… J’ai une culture de petit bourgeois cultive : c’est une serieux progres…
Vendredi, je surfais sur le web, j’ai voulu verifier un truc, j’ai toujours des intuitions qui me viennent comme ca, et je ne me trompe jamais. Ce doit etre un reste de marabout en moi… Je plaisante ! Je suis alle sur le site de l’ecole ou j’ai travaille trois semaines l’an dernier. Je suis au chomage de nouveau et c’est logique que je me retrouve a penser a l’an dernier. Bref, j’ai visite le site de A la Francaise. Vous noterez que c’est la premiere fois que j’ecris le nom reel, mais comme le chantais si bien Barbara, moi, j’m’en balance… Cette visite sera le pretexte a en parler une bonne fois pour toute. Vous ferez le lien entre tout ce qui precede et ce que j’ai vecu dans cette histoire comme vous le voudrez.
Tout d’abord, quand on arrive sur la page d’accueil, il y a la voix d’une enseignante. L’an dernier, quand j’ai travaille a l’ecole, elle s’appretait a quitter le Japon car elle voulait passer a autre chose puis, au bout d’une semaine, elle a fondu en larme face au directeur car elle ne savait pas trop si elle voulait partir car elle venait de rencontrer un Australien et que ca se passait bien. Le directeur lui repondit qu’il devait faire vite pour recruter de nouveaux professeurs car bientot, ils seraient tous partis (sic). NOVA venait de faire faillite et beaucoup de mes ex-collegues n’avaient pas un centime. Je l’ai encore entendu pleurer une fois quand Berenice est arrive la premiere fois. Je me souviens d’avoir bavarde avec elle deux fois en allant au metro a Ebisu. Elle pensait que la France craint a cause de ce qui se passe dans pas mal de quartiers. Les filles sont obligees de mettre le voile, elle ne sont pas respectees. Je lui repliquais que c’etait quand meme pas a ce point la. Elle me disait que je ne pouvais pas comprendre (sic), que ces types etaient violents et qu’elle se sentait plus libre au Japon. Ses objections a mes reserves tendaient a dire que j’etais un privilegie qui ne vivait pas dans le monde reel (Paris), et qu’il y avait d’autres choses encore, “enfin bon” (sic). J’en tirais une impression etrange, mais je suis une personne liberale ne prejugeant pas les sentiments des autres. Elle n’a visiblement pas quitte le Japon et travaille toujours A la Francaise, sa voix accueille les visiteurs du site.
C’est Maruchan qui m’avait donne les coordonnees de l’ecole. Je n’ai plus de nouvelles de lui, je me demande si mon aventure, les recits, je ne sais, ont conduit a ce silence. Entre la fin du contrat, mon entorse, le chomage, j’avais le moral a zero, n’ai meme pas pense a lui ecrire en particulier et je pense que mes recits alambiques ne devaient guere donner l’image de cette histoire. Il y avait comme une honte, un truc profond avec une sorte d’intuition qui me bloquait. Il y a des choses qu’on ne peut pas dire.
Je suis alle la premiere fois a l’ecole pour l’entretien. Un petit immeuble propret de deux ou trois etages construits dans les annees 70, avec des fleurs devant et un panneau A la Francaise dans une typo “Word/Word Art” Microsoft, jaune et rose. Une porte en bois. Je sonnais, le directeur vint m’ouvrir. On dit souvent que les homosexuels “se reconnaissent entre eux” (cette phrase m’a toujours tres discretement fait rire), et je confirme que la premiere vision de cet homme grand et tres mince d’environ 35 ans, aux cheveux ras mais visiblement chatains, au teint pale, aux oreilles un peu decollees, au nez proeminent au milieu d’un visage long un peu maigre, habille d’un sweet pastels et d’un jean achetes chez Uniqlo, attestaient d’une heterosexualite de pure origine, sentiment que la musique d’accordeon venait presque certifier. Il me tendit la main, arborant un grand sourire. Il faisait tres chaud. L’ecole etait plutot sombre pour 4 heures de l’apres-midi. De premier abord, je pensais que je n’aimerais pas travailler dans un tel endroit, avec cette chaleur et des neons allumes en permanence. Il m’invita a le suivre, nous passames dans une des salles de classe, tres grande. Il m’expliqua comment fonctionnait l’ecole. Il venait de se separer d’un professeur. En fait j’appris par la suite que plusieurs professeurs s’etaient succedes, mais j’avoue que je n’arrive pas tres bien a reconstituer. Une ancienne eleve de NOVA Ginza connait au moins deux anciens professeurs de A la Francaise et dont la fin du contrat s’est passee un peu de la meme facon. Il m’expliqua qu’il me serait interdit de travailler dans une autre ecole, de donner des cours en dehors de l’ecole et que cela serait une clause de cessation de contrat. Il me dit egalement que normalement il payait bien ses professeurs mais qu’il changeait cette regle pour les deux premiers mois (ou le salaire etait inferieur d’un tiers). Comme je lui demandais de combien d’heures je disposerais pour commencer, il me dit 8 a 10 heures, puis qu’on verrait. Je faisais les calculs dans ma tete, ca ne faisait pas beaucoup mais cela etait cumulable avec le chomage. En le quittant, je ne savais pas trop mais n’avais pas, non plus, totalement le choix. Il me telephona tres vite, j’acceptai.
Ainsi commenca ma semaine -non payee- de formation. Je fis connaissance de sa femme, tres jolie, souriante et qui faisait preuve de competence pour assurer l’accueil, regler les questions administratives tout en restant calme et accueillante avec les eleves. L’accordeon souvent, Cherie FM parfois donnaient le La a l’entree. Dans les salles, les affiches de l’Office du Tourisme avec leurs plateaux de fromages, les alpages et les paturages reconstituaient la France eternelle. Une decoration meridionale (sic) completait le tout dans une atmosphere resoluement familliale. Il s’agissait en fait d’un appartement de 4 pieces plus une cuisine totalement equipee qui servait de salle des professeurs. Durant ma “formation” et meme par la suite, j’ai passe beaucoup de temps a travailler dans cette cuisine. Mais a mon grand etonnement, personne n’y sejournait longtemps quand j’y etais et n’ai jamais recu de quiquonque le moindre conseil pour batir une lecon. Berenice a ressenti la meme chose et j’ai meme constate que le directeur appelait le collegue qui se serait trouve dans la “salle des professeurs” en meme temps que moi. Ce n’est pas moi qui etait vise, c’est une methode de controle pour eviter les groupes. Le tutoiement me fut impose, les conversations etaient familieres et decontractees. La formation consistait a assister a une semaine de lecons. Je n’eu aucun debriefing, je dus juste digerer une semaine de cours construits sur des livres que je ne connaissais pas, souvent en plein milieu de la lecon. Les enseignant parlaient enormement en Japonais pour donner des explications. Les lecons a NOVA etaient construites, tant bien que mal sur les principes de FLE : on donnait en gros 5 mots ou une structure, que l’on expliquait, on creait des exercices mecaniques de repetition, on faisait un exercice qui allait mobiliser les acquis et la nouveaute, une ecoute avec une question ou deux et enfin 15 minutes de situation / jeu / pratique. Tout ca en 40 minutes. On ne devait pas apporter de nouveaux elements apres la phase de mecas, et surtout pas durant la pratique (conversation) afin de laisser l’eleve parler suivant ses propres moyens. A A la francaise, tout cela etait chamboule par un apport non maitrise de vocabulaire a la demande des etudiants, mais aussi par un flux continu d’explications en japonais ou de questions en japonais formulees par les etudiants. J’ai vu les etudiants prendre des notes meme pendant la phase de soi-disant conversation car le tableau se couvrait aussi d’explications. Ca m’a parfois plus fait l’impression d’un bourrage de crane. Et le resultat etait assorti: les etudiants de NOVA avaient une meilleurs fluidite dans l’elocution, plus de spontaneite. De l’autonomie. C’est ce qui me frappait le plus et me desarconnait dans cet ecole. Car au passage, je ne comprenais pas tres bien comment fonctionnait le manuel. Ni les objectifs pedagogiques. Pour preuve, les “avances” utilisaient le manuel de conversation d’un celebre manuel… niveau debutant. Et la premiere lecon etait la boulangerie. J’ai assiste a une lecon pour des avances qui ressemblait a s’y meprendre a ma lecon phare pour les grand debutants NOVA, la boulangerie “vous avez des choux a la creme ? Oui, j’ai des choux a la cremes / Je voudrais deux choux a la creme / Ce sera tout ? / Non, je voudrais deux tartes / Quelles tartes vous voulez/ Je voudrais une tarte au chocolat et une tarte au citron / Vous voulez autre chose / Oui, je voudrais de croissants / Combien de croissants vous voulez ? / Je voudrais 4 croissants / Ce sera tout ? / Oui. C’est combien ? C’est 15 Euros / Voila / Merci ! Voila ! Merci, au revoir / Au revoir !”. J’aimais bien car je construisais la trame avec eux. Objectif pedagogique, un/des/combien de/un-deux…/c’est combien. On faisait la conversation dans les deux sens, le boulanger puis le client. Je n’ai jamais pointe d’erreurs sur un/une/des/le/la/les avec les etudiants que j’ai eu.
Ca m’a fait drole, des avances avec un livre pour debutants. Mais le manuel de l’ecole fournissait la reponse a lui tout seul.
Cette ecole utilise son propre manuel. Des textes ecrits par le directeur. Quelques fautes de francais, des fautes d’orthographes que les professeurs successifs signalaient pour correction. J’en ai trouve au moins 5, plus des fautes de francais dont on m’expliqua que “ca se dit”. En tout cas, a Paris, nous ne parlons pas comme ca, pensais-je… Ce livret avait deja plus de deux ans.
Des textes et aucun manuel ni didactitiel pour guider. Il fallait donc deduire les points grammaticaux, le vocabulaire (qu’on donnait directement en japonais aux etudiants s’ils ne comprenaient pas) puis construire des mecas, des exercices, des exemples, puis proceder a une ecoute, poser au moins trentes questions, puis aux etudiants de se reposer trentes questions, puis encore une fois, puis jouer la scene puis encore une fois puis une conversation sur un sujet extrapole a partir du texte. Un enorme travail de preparation m’attendait.
Un changement de taille egalement, je reprendrais toutes les classes d’un des professeurs licencie, reputees difficiles. Les cours avaient lieu le matin, puis de nouveau en fin d’apres midi jusque 22 heures. L’ecole est a Ebisu, je rentrais chez moi a 23 heures. Je pouvais esperer pour tout cela entre 180,000 et 200,000 yen. A Nova, je gagnais 250,000 yens… Il y avait aussi des cours particuliers en apres-midi. La premiere semaine, j’en ai manque un : on ne me l’avait pas dit, ce que je fis remarquer : le directeur m’objecta que j’aurais du regarder le tableau. On ne me l’avait pas dit non plus, et ca, c’est sa femme qui le signala. L’affaire fut “oubliee”, il consentit a ne pas me deduire le cours de mon salaire (sic). C’etait la premiere semaine. Le samedi etait une journee non stop, sans pause, de 10 heures a 19 heures. Une pause me fut accordee la troisieme semaine car il y avait un autres nouveau professeur. Les cours particuliers, eux, etaient donc hors schedules et on etait informe pour ceux ci du jour au lendemain; ils prenaient place entre 12 heures trente et 17 heures.
Ma formation n’ayant consiste qu’a regarder des classes, et devant prendre ces memes classes en plein milieu de lecons commencees, je debordais de questions divers. Et c’est la que je constatais a quel point la cuisine-salle des professeurs etait bel et bien une cuisine mais pas une salle des professeurs. Comme je l’ai ecrit, pas une idee, pas un conseil. Je devais construire des cours par moi-meme pour plus de 20 heures de cours, avec des niveaux differents, avec des textes sans objectifs pedagogiques deja determines, sans conseils. De plus, les livrets pour avances me furent fournis a la derniere minute, tout comme le manuel anote du precedent professeur -ca aurait pu m’aider. Je me jetais pourtant dans le bain, confiant en moi et me donnant un mois pour connaitre les manuels. Mais la pression etait tres forte et du cote du directeur, et du cote des eleves. Je me suis mis a faire des cauchemards, a mal dormir. Je posais des questions au directeur, est-ce qu’on peut faire ca, etc… Il m’a mis “en garde de ne pas faire comme” l’ancien professeur (que je ne connais pas…). Tres rapidement, il s’est mis a me comparer a l’autre, me nommant meme deux fois comme lui (lapsus). Il ecoutait les lecons a travers les parois. Puis, il en a ecoute une, puis une autre. Je pense que sa decision etait dors et deja prise, mais il lui fallait un pretexte. Le pretexte fut un mail extremement long de trois etudiantes, qui suivit quelques reserves de 1 etudiante.
Je ne pretendrais jamais avoir fait des cours remarquables dans ce contexte ou rien ne me fut facilite. J’ai fais des erreurs. J’ai meme enseigne une faute de francais que j’ai inventee. Oui, quand on travail avec un manuel qui en regorge, un manuel mal ecrit, le stress aidant, on epluche ledit manuel comme un automate, sans trop penser. Parce qu’on a cours le matin de 10 heures a 13 heures et qu’on rattaque a 17 heures, que le soir on rentre a 23 heures et qu’on n’a pas le temps de travailler ses lecons, qu’on en a 20 a preparer pour la semaine. Alors oui, j’ai cree une faute de francais comme si c’etait du bon francais. La phrase etait “avant manger, on fait ca”. J’ai donc cree la structure “avant/apres + verbe infinitif”. C’etait pour des debutant avances (7A a NOVA). Tout d’abord, je ne vois pas l’interet de “avant manger” pour des debutant c’est une structure peu utilisee (on lui prefere “avant de” que l’on abordait justement en 7A a NOVA, beaucoup plus frequente et utilisable avec tous les verbes; elle permet ensuite les premieres declinaisons du PC, avant de manger, j’ai…). Comme les fautes de francais etaient nombreuses et qu’il m’a ete repondu que “on dit comme ca”, le stress aidant, j’ai donc cree une structure fausse en me disant que ca doit se dire quelque part en province. C’etait la lecon qu’il ecoutait, pas de chance. J’ai beaucoup ri par la suite en y repensant. A NOVA, on y a tous reve sans oser le faire. Je l’ai fait, et serieusement. Avant manger/avant dormir, … avant lire,… j’ai fait un meca avec et les etudiantes etaient parfaites. Ma faute est une faute grave, mais elle trouve son origine dans un manuel mal construit, mal ecrit, aux objectifs finalement assez peu clairs.
Le long mail de plainte a selle mon destin. Un jour ou mes lecons s’etaient bien passees et ou j’avais eu les premiers sourires. La vieille egalement, d’ailleurs, j’avais eu un bon climat et etait parvenu a “tenir” des etudiantes qu’on m’avait annoncees difficiles. Ainsi va la vie. Mais je suis egalement certain que la decision avait ete prise auparavant. L’ecole s’acheminait vers le sureffectif puisque celle qui s’appretait a partir ne partait finalement peut etre plus. Il y avait deux autres nouveaux professeurs desormais. Il y avait de la marge. Une abondance relative de professeurs sur le marche pret a accepter moins de 200,000 yens pendant deux mois pour 24 heures de travail hebdomadaire, sans protection sociale, sans meme cotiser au chomage.
Parfois, dans cette ecole, on discutait de choses et d’autres. Mon prenom, lors de ma presentation aux eleves fut detourne en une sorte de jeu de mot. Pour information, mon prenom est un prenom musulman qui est un des 99 noms de Dieu. Magnanime. Ma mere a refuse que j’en soit le serviteur. Donc, mon prenon n’est pas precede d’Abdel (serviteur de). Non, ma mere n’aurait pas de fils appele Abdel quelque chose… Mon pere a cede. C’est amusant car mon pere etait appele par tout le monde du prenom que sa mere lui avait donne, un vrai prenom Kabyle. Akli. Mais ce n’etait pas le prenom de mon pere… Du pouvoir des meres… En parlant de Kabyle, justement, bien entendu, j’etais Kabyle et pas Arabe (sic).
C’est la premiere fois de ma vie ou, pour resumer (de memoire), que je ne peux pas vraiment comprendre certaines choses sur ce qu’il se passe vraiment en France, qu’on insiste fortement sur le fait que je ne sais pas parler correctement francais, que je suis, bien entendu Kabyle et pas Arabe, c’est la premiere fois qu’il y a une telle serie de plaintes pour un seul prefesseur (sic) en si peu de temps (sic) et qu’il doit bien y avaoir une raison (sic) mais qu’on ne peut pas courir de risque (sic) et que je suis donc suspendu. Le directeur m’informa qu’il demanderaient aux eleves ce qu’ils pensaient de moi : ca, c’etait lache.
Il informa la semaine suivante qu’il n’avait pas eu d’elements suffisants pour me garder. Deux jours plus tard, je recevais “N’ayant pas recu de reponse de ta part a mon mail de lundi, je me permets de t’ecrire a nouveau pour te dire qu’il faudra que tu rapportes les 5 livres le 13 decembre au plus tard, car les salaires seront payes le 14 puisque le 15 decembre tombe un samedi). Dans le cas contraire, je serai oblige de retenir le montant des manuels sur ton salaire, et ca aussi ca serait tres dommage. Merci d’avance pour ta comprehension.” Bref, j’etais vire et je me faisais presque traiter de voleur… a moins qu’on ne me parla comme a un gosse qui a fait une grosse betise et qui va etre puni.
C’est la premiere fois que je me sens victime de racisme, je veux dire pour de vrai, du racisme crasse. Ca m’a pris un an a pouvoir le dire, l’ecrire et vous voyez tout le temps qu’il me faut pour l’ecrire. Pas le racisme frontal, sale Arabe, completement depasse dans la jeune generation qui a cotoye des Arabes. Pas le racisme haineux, pas le racisme bete et mechant. Un racisme bien plus banal. Comme celui de Cortal ou j’ai travaille. Mon collegue Abdel devenait “Abel”, ca passe mieux chez les clients. C’est pas du racisme comme avant, celui la est peut-etre pire car c’est un truc invisible. Vous pourrez me prendre pour un allume, c’est de toute facon toujours ce qui se dit dans ces cas la. Mais en regardant le blog sur le site de ladite ecole, je suis tombe sur la synthese d’une sorte de Voice sur les greves en France, pourquoi y a t’il des greves en France ? Reponses. Tout d’abord, en France il y a beaucoup de communistes qui organisent des greves, qu’il faut se souvenir que les communistes ont tue beaucoup de gens mais qu’ils sont encore puissants en France (je resume). De plus en France il y a beaucoup de fonctionnaires : ce sont des privilegies qui se mettent toujours en greve. Les Francais n’approuvent pas ces greves qui causent beaucoup de desordre, mais qui sont encoragees par les communistes et les syndicats. Pour les etudiants, c’est la meme chose, les syndicats empechent les etudiants d’etudier. Etc, etc…
Rajouter de l’accordeon a l’entree.
Je ne dis pas que le directeur est fondamentalement raciste (je pense que quelqu’un d’autre l’est, en revanche). Je pense que des etudiants ont du se poser des questions sur mon nom, mon origine, dans une ecole qui vehicule l’image d’une France qui n’a jamais existe (ideale), en proie a l’agitation sociale et a l’insecurite montante dans les Banlieue. Je pense que ces etudiants ont du avoir des doutes sur les capacites d’un enfant d’immigre Algerien a leur enseigner la langue francaise. Je pense que le directeur de cette ecole a tres rapidement compris la situation et son “erreur” : il y avait quelqu’un qui alterait “l’image” de l’etablissement. Ce ne sont pas des impressions, c’est aussi ce qui m’a ete rapporte depuis de plusieurs sources dont deux sont extremement fiables. C’est triste mais c’est comme ca. Moi, je viens de vider mon sac.
Et je benis le moment ou j’ai lu le blog aux arguments tellement provinciaux, ringards, ecules, tellement FN. Vieille France. Celle qui preparait 1940 et si bien decrite par Roger Martin du Gars.
Ma place n’y etait pas et je l’ai su des que j’ai vu le panneau dans la rue, la porte en bois et cet incroyable manque de lumiere, ces affiches plateau a fromage et cette explication tant de fois repetee : “je fais un business, le francais, la litterature, je m’en fous. Mes etudiants paient cher et au mois, je ne peux pas me permettre de prendre de risque”.
Dont acte.
Heureusement qu’ils ont le Japon, on se demande ce qu’ils feraient de leur vie sans lui. Je me suis laisse dire qu’une enseignante a l’Institut pense comme moi a ce sujet. C’est une juive pied noir. Oh, comme je la comprends!
Ouf…
La nouvelle ecole de design et d’architecture a Shinjuku. Ca fait un peu penser au “suppositoire”, a Londres. En sous sol, Book1st, la grande librairie.
Ca va mieux en le disant, comme on dit… C’est toujours interessant de constater a quel point il y a toujours un decallage entre ce que l’on ressent et le moment ou l’on peut l’esprimer… Depuis quelques semaines, des phrases se bousculaient en moi et, pire, ou mieux, ceratins endroits, certianes images reveillaient en moi des sentiments et donnaient naissance a une narration interieure parfois d’une rare intensite. J’ai profite de la crise pour me replonger dans les annees 20, les annees 30 et j’ai fini par revisiter jusqu’aux annees 60 : Youtube est un outil extraordinaire. J’ai profite d’une visite au nouveau Book1st a Shinjuku pour, tranquilement assis, me plonger dans des livres de desing. Mon cerveau criait famine. A l’heure ou j’ecris ces lignes, des formes et des phrases circulent dans ma tete et irriguent mon esprit, en lutte contre la depression. Ca va bien, et je me suis donne un travail qui va m’occuper un certain temps. C’est mur.
Ce midi, j’ai commence le truc que l’on n’a jamais le temps de faire en temps normal : j’ai libere 60 Go de place sur mon disque dur, puis j’ai fait une optimisation integrale. J’ai plus de 70 Go disponible, c’est pas mal. Surtout si l’on songe aux dizaines de gigas de photos, de musiques et de clips videos…
Je me sens nostalgique de bien des choses, et meme de choses que je ne connais finalement pas, comme les annees 20, par exemple. Si je devait donner un sens a cette crise economique, ce serait celui-la : la fin reelle du 20eme siecle et l’entree dans le 21eme. Un fantastique telescopage de signes connus se bousculent et se presentent comme nous ne les attendons pas. En plein revival annees 80, voici une recession qui evoque celle des annees 30. Le president elu Barack Obama, aux USA, se presente comme le nouveau Kennedy qui retablira l’Amerique a la maniere de Roosevelt. Les fleurons de l’automobile se voient desormais, au bord de la faillite, sommer de faire des voitures propres, ecologiques, electriques. Des images de Mars nous revelent la presence de glaciers a des latitudes ou les scientifiques n’en attendaient pas, et dans de grande quantite qui permettront aux futurs cosmonautes de rester un certains temps. Le terrorisme frappe Mumbai, que plus personne n’appelle desormais Bombay, et les journalistes presentent la ville comme “une des principales capitales financieres”. Un peu partout de grands restaurants, des magasins ferment faute de clients, tous victimes de la crise, New York est sinistree. A Tokyo, le quartier de Roppongi est desormais sinistre, les banquiers n’auront pas de bonus. La culture des nouveaux riches “hype” est desormais derriere nous. Il parait qu’a New York, les costumes sont sombres, les chemises blanches et les cravates sobres et discretes.
Les periodes de crise sont interessantes a etudier, passionnantes. Si vous avez mon age, vous rappelez vous quand les epaules ont arrete d’etre carrees pour les femmes et surtout a partir de quand vous avez regarde celles qui portaient encore des epaulettes comme des ringardes ? Ces changements interviennent dans une crise (entre 1990 et 1992) pour les epaulettes et on ne s’en appercoit meme pas. Seulement apres coup, en regardant une serie tele, on rigole.
J’ai des nostalgies donc, des nostalgies d’avant dans le temps, des nostalgies d’avant dans l’espace. Jun et moi avons regarde la serie Queer as Folk, les 5 saisons. Nostalgie de la vie gay, de Paris, le COX le dimanche en fin d’apres midi, une pinte, deux pintes, trois, quatre, bavarder, rentrer en velo un sourire jusqu’aux oreilles, et puis Londres, Le Bar Code dans Soho (sorte de COX mais avec un club hyper sympa en sous-sol… ouah, s’il y avait un incendie la-dedans, ai-je souvent pense, mais la musique et l’ambiance valent vraiment de… ne pas y penser), et puis le Comptons, et meme le CXR (prononcer sexer…), ce pub ouvert jusque pas d’heure sur Charing Cross Street ou des typres suralcoolises, beaux, pas beaux, jeunes, moins jeunes, viennent finir la soiree a la recherche de la derniere chance (ou, desabuses, du dernier verre)… et que dire de Heaven, Fridge et de l’absolutly ringard… mince, je ne me souviens pas ! Meme a cote de chez moi, a Lewisham, il y avait des pubs gay!
A Tokyo, il n’y a pas de vie gay, il n’y a pas de communaute gay. Un grand nombre de gays se marient et vivent leur sexualite en cachette en allant dans les saunas gays et les sex clubs ou regnent une promiscuite silencieuse, anonyme. Les bars gays ne sont pas des bars gays, mais des bars a la japonaise ou 3, 4 ou 5 clients s’assieds au comptoir et bavardent avec mama-san, chantent au karaoke. Ni-Chome, repute quartier gay, est un endroit sinistre et triste a mourir avec des entraineurs qui alpaguent dans la rue et un faux bar gay a terrasse, le Advocates, nul!
Je suis intimement persuade que c’est du milieu gay que nous est venu notre courage de revendiquer des droits, affronter gouvernements et milieux medicaux quand le SIDA est arrive. Parce que ce “milieu” nous donne la certitude que nous ne sommes pas seuls, comme tentent toujours de nous le demontrer nos ennemis, les heteros, ceux qui nous disignent comme homos et, ici parents, la professeur, ou encore psychanalystes, ou cure/imam/rabbin/bonze nous jugent meme sans nous connaitre. Cette masse hetero qui, incarnee par tout le corp social et la morale qui les habite, trouve toute sa force dans notre isolement “naturel”, ici le fils, la fille, le collegue, la voisine, le cousin. C’est seul que nous nous construisons malgre eux. Malgre vous.
Nos bars, nos discotheques, nos journaux, nos bordels, notre humour, tout ce qui insupporte tant Finkelkraut, c’est ce qui nous donne de la force, c’est ce qui nous fait comprendre le mensonge hetero. Et la gay pride, bien que spectacle d’une affligeante nullite, c’est ce qui nous permet d’exposer leur propre mensonge a la figure des heteros. On est pas seul, nous sommes nombreux.
Les discours anti-communautaristes sont les discours faciles de la nouvelle reaction. Moi, qui suis gay, qui suis metis algerien, je suis profondement individualiste. C’est une option philosophique : je suis democrate et je considere chaque “autre” egal a moi. Je ne connais aucune difference entre les individus. Le fait d’avoir un long nez, des petits pieds, la peau brune, blanche ou noire (j’adore ces “nouveaux blancs” cools, genre Aubry, qui vont rajouter le vert et le jaune pour bien demontrer qu’ils ne sont pas, mais alors, pas du tout, racistes), d’aimer ou un homme, ou une femme, ou les deux, de ne pas concevoir le vide et croire en dieu, d’avoir une intelligence vive, synthetique, abstraite, lente, portee sur les images, ou les sons, ou le touche, toutes ces possibilites venues d’un assemblage de mollecules et creant toute cette palette, toute cette richesse d’individus ne justifie en rien que l’on etablisse des hierarchies et des differences en droit. Il est donc evident que je ne peux etre pour la designation de communautes puisqu’a mes yeux le role de la politique est de permettre a l’homme de choisir son propre destin independamment de son origine, des convictions de ses parents, et selon ses qualites propres.
Mais comment faire si c’est la societe qui definit la communaute. Je n’ai pas choisi ma sexualite, et j’ai encore moins choisi qu’on la designe, qu’on la repertorie et qu’on la discrimine. Que faudra-il faire pour que nous ayons le mariage, l’adoption bref, une egalite totale de traitement, de consideration, d’avenir et d’esperence ? Ici, la societe nous oppose “l’institution du mariage” comme “l’union d’un homme et d’une femme dans le but de fonder une famille”. Quid de la contraception, des divorces, du viol conjugal et des violences domestiques ? La, on nous oppose le caractere “sacre” du mariage. Est-ce a dire que l’homosexualite est sale ? On peut ainsi continuer a demonter les arguments, il en ressortira toujours que l’heterosexualite est le groupe communautaire le plus puissant et qu’il exerce sa domination avec un zele tres actif au detriment des individus. C’est le groupe heterosexuel (male, de surcroit) qui s’opposait au divorce, a l’avortement, au droit des femmes a disposer de leur propre corp et a conduire leur vie. La communaute heterosexuelle a ete une communaute extrement rigide avec ses propres membres et il a fallu beaucoup de luttes pour qu’un grand nombre d’heterosexuels affirment enfin leur liberte d’individu, leur droit au bonheur et a l’echec. Nous, homosexuels avons egalement beaucoup accompli et le premier pas fut justement de nous batir en groupe: cette construction peut paraitre choquante mais elle etait necessaire pour exister en tant qu’individus. A cette egard, l’absence de communaute au Japon produit la vie qui va avec. Une vie de merde, solitaire, ou apres 30 ans etre gay passe pour une tare (la plupart des bars sont interdits aux plus de 30 ans), ou etre gay est reduit a une question de sexe.
On obtiendra le mariage. On finira pas faire dire aux livres d’histoire ce qu’ils cachent de Shakespeare, Mozart, Da Vinci ou le tres a la mode en ce moment, Keynes. Blanche Neige et Cendrillon feront une infidelite a leurs princes et partiront vivre au pays de La Belle au Bois Dormant ou elles se mariront et adopteront les freres et soeurs du Petit Poucet qui n’auront plus a avoir peur d’etre abandonnes (par leur parents biologiques).
Ca me manque, ici, cette communaute. Cette presence des “copines”. C’est pas pour draguer, c’est autre chose.
Le Japon est un paradis pour heteros. C’est ce que dit mon ami Yan et c’est ce que nous pensons tous, nous, les homos. Regardez-les, ces montagnes de puceaux blanc-bec de France ou d’ailleurs. Ca debarque ici, ca couche/ca couche, un jour ils rencontrent “leur” Japonaise, ils se marient, visa permanent donnant le droit de faire le travail qu’ils souhaitent, etre travailleur independant ou ouvrir leur propre entreprise (tout cela interdit aux autres), generalement cautionnes par leur belle famille. Pour les homos, c’est cuit. Il y aura bien des heteros qui me trouveront injuste, partisan, malhonnete comme les blancs trouvent parfois les noirs un peu trop extremistes quand ils soulevent la question du recrutement a diplome egal…
Nous avons pour nous d’etre une tres grande famille et ce sont nos ancetres qui, en habillant vos grand-meres, en leur creant des parfums, en les peignant, en les coiffant et en leur ecrivant chansons et musiques, ont fait bander vos grands-peres.
Je ne crois pas a l’heterosexualite ni a l’homosexualite, mais je connais l’histoire de notre oppression. Je sais aussi qu’heureusement, produit de luttes pour l’emancipation individuelle, une masse grandissante d’heterosexuels ne se pensent plus heterosexuels et ne nous voient plus comme homosexuels. Parmi eux se trouvent mes amis en Europe. Oui, je suis un homosexuel radical dont la tres grande majorite des amis sont heterosexuels.
C’est marrant, je voulais juste dire que j’avais vu Queer as Folk enfin (je n’en avais vu que 2 saisons sur Pink TV), et voila une longue presentation radicalement tarlouze !
Je vous avoue etre particulierement honteux de la pauvre ecriture qu’il me reste apres avoir passe tant de temps sans ecrire. Mais comme je vous l’ai explique plus haut, j’ai un travail a terminer et je dois donc travailler, travailler, travailler.
Ben oui, je n’ai pas de travail, alors je n’ai plus qu’un truc a faire… Travailler.
Fatigue morale, lassitude : vers le grand ressourcement ?
Samedi dernier, un clochard vers Takadanobaba. Tokyo n’a rien a envier à Paris, les clochards y sont nombreux, ignorés et isolés, force de travail bon marché pour la mafia qui les recrute pour les faire homme-sandwish (au profit des bars à putes, des patchinkos et salles de jeux, des bars-manga).
Je ne vous referai ni le coup du Japon (j’aime ça, j’aime pas ça…), ni le coup du nouveau départ sur ce blog (me revoilà, ça me manquait, etc), ni tous ces trucs dont je me moque finalement comme de l’an 40 (il faudra m’expliquer pourquoi on doit se moquer de l’an 40…). J’ai de nouveau envie d’écrire et j’espère que mon incursion par ici ne vous dérangera pas. De toute façon, vous avez toujours la possibilité de vous désabonner du flux rss si ce que j’écris ne vous plaît pas. Vraiment désolé de ne pouvoir vous aider. J’ai de nouveau besoin de moi, vous comprenez…
Qu’est-il à comprendre. Tout d’abord, je suis fatigué dans ma tête, très fatigué. Mon indicateur habituel, cette envie de mourir, de disparaître, d’en finir, s’est rallumée pour me rappeler que j’étais de nouveaux dans les terres insondables de ma dépression. C’est un bon indicateur car pour tout vous dire, je n’ai ni envie de mourir, ni envie de disparaître, ni d’en finir. Je suis d’un naturel vivant, souriant, et celles et ceux qui me connaissent savent à quel point je peux être différent d’une personne introvertie qui encaisse sans broncher jusqu’à la dernière limite humainement possible. Cette tendance suicidaire chez moi vient de ma mère et s’est manifestée pour de vrai il y a une bonne quinzaine d’années, sans que je ne m’en aperçoive (c’est le propre des pulsions suicidaires, cette propension à s’insinuer dans la vie en toute discrétion, adoptant l’apparence la plus improbable, drogue, alcoolisme, violence contre les autres, automutilation, etc bref tout ce qui progressivement enferme et rend tout nouveau progrès de la maladie inéluctable, l’échéance fatale, inévitable, en tout cas dans l’esprit de qui elle frappe). J’en suis revenu paré de la certitude qu’il n’y a pas de difficulté dans la vie qui ne puisse être surmontée pourvu qu’on la regarde avec la plus grande honnêteté vis à vie de soi. Cette honnêteté, c’est d’ailleurs ce que l’on perd en premier dans ces circonstances car pour être honnête vis-à-vis de soi, il faut être prêt à encaisser l’échec, la défaite, la honte et par conséquent avoir une estime de soi, un amour de soi, une ambition de soi, bref des sentiments à son propre égard suffisamment forts pour continuer à se faire confiance et pouvoir ainsi se relever, s’amender et continuer. Se suicider, c’est avoir perdu l’amour de soi et la confiance en soi. J’ai eu un ami qui s’est suicidé il y a une dizaine d’années. L’alcool était devenu sa dernière bouée, mais il devait y avoir au fond de lui bien peu de confiance et plus aucune estime de soi, juste la nostalgie trop floue de ce qu’il fut. Sa mort – il s’est pendu, seul, la nuit-, n’a pas seulement marqué un vide. J’ai ressenti le poids de sa tristesse, de la solitude de son “moi” perdu au fond d’un corps et dans une vie qui lui étaient devenus étrangers. Un moi que rien ni personne n’avaient été en mesure de lui rappeler que c’était son corps, que c’était sa vie et qu’il lui était encore possible d’agir et d’être le plus fort, donc, le plus beau. Un profond mépris de soi devait en fait l’habiter et seule la mort pouvait l’en délivrer. Mort, on ne souffre plus de soi.
Philippe était un garçon extrêmement gentil, honnête.
Souvent, la révolte me prend quand j’entends des hommes/femmes politiques parler de la pauvreté, de l’exclusion comme ils disent. Martine Aubry, par exemple, la reine des mains qu’il faut tendre (j’aime cette expression car sémantiquement elle a deux sens : tendre, verbe et tendre, adjectif bref cette main qu’il faut tendre mais qui est dure, rêche, sèche). Je dit Aubry puisqu’elle est la nouvelle technocrate que l’appareil sosse s’est choisi pour “être de gauche”.
La révolte me prend car leur langage reflète leur ignorance ou pire, leur complicité. Je me souviens un soir, à gare de l’est, direction Orléans. Nous attendions le métro. En face, quelques exclus (vocabulaire aubriste), bref des clochards, entre 40 et 60 ans, anesthésiés par l’alcool (tiens, eux aussi, l’alcool…). Un peu à l’écart, une femme d’environ 60 ans. C’était l’hiver et le métro est le seul endroit chaud de la capitale. Voilà qu’un homme se lève, va vers la femme, la déculotte, elle bronche, et il la saute. Ca a duré 10 secondes. 10 secondes de honte. Par pour cette femme, même pas pour cet homme, non. Pour nous. Très bien décrite par Agnès Varda dans Sans toit ni loi quand Danièle Evenoux, après avoir laissée la jeune fille sur le bord de la route et l’avoir vue s’éloigner dans la campagne, aperçoit un homme qui marche et se demande qui est cet homme qui rôde, ce qui peut se passer, quand sa simple question est le reflet de ce qu’elle sait déjà et de sa propre lâcheté.
Tous les discours sur “l’exclusion” sont des mensonges et de la complicité. Les clochards rôdent la nuit dans la capitale, mangeant les restes de MacDo avariés jetés dans les bennes sur les boulevards. Il mangent les produits périmés. Les femmes se font violer, sont battues, prostituées et les jeunes garçons aussi. Une loi du plus fort règne parmi ces humains que la société accepte de voir réduits à l’état de sous homme. Ce n’est pas de RMI, de réinsersion, de “recherche active d’un emploi” dont ils ont besoin. C’est de la ré-émergence au fond d’eux de l’envie de redevenir des humains, comprendre après l’avoir verbalisé que manger dans les poubelles, s’anesthésier au gros rouge, accepter l’inacceptable, tout cela aura été leur plus beau courage pour continuer à vivre, qu’il devienne temps enfin d’y mettre un terme : ils méritent tellement mieux, eux aussi.
Vous vous réveilleriez dans cette vie un matin, et puis le surlendemain, tout serait terminé, auriez vous encore envie de vivre ? Ne vous mépriseriez vous pas pour cette journée rendue à l’état de semi-poubelle, violé(e), battu(e), humilié(e) ?
Une vraie politique de lutte contre la pauvreté est aussi une politique de reconstruction de la personne. Ca coûte extrêmement cher, ça prend du temps, ça ne peut réussir qu’avec le consentement de l’individu.
C’est plus fort que moi, depuis mon analyse, je ne peux m’empêcher de me voir en chaque “sdf” que je vois, moi aussi, piégé dans un corps, piégé dans une vie qui n’est pas la mienne parce que je ne me rappelle plus comment j’en suis arrivé là, que je ne veux pas y penser et que j’ai oublié pourquoi vivre peut valoir le coup.
Il faut rompre avec la propagandes des puceaux qui aiment le Japon : il y a ici énormément de pauvres, de vrais clochards, seuls, isolés, qui sentent mauvais et que la société ignore quand elle ne les méprise pas. On dirait bien que finalement on attend qu’ils meurent, qu’ils se suicident, inutiles qu’ils sont pour cette société où même les vieux font semblant de travailler pour montrer qu’ils sont toujours dans le coup. La France est un pays catholique; nous plaignons les pauvres et veillons à ce qu’ils meurent loin du regard des caméras.
Comme vous le voyez, je suis dans ma période “lucide”, crue. La crise m’y incite, ma situation personnelle, le chômage, réveille de vieilles angoisses, de vieilles craintes.
À partir de mi-novembre, les feuilles d’érables rougissent. C’est l’occasion de belles promenades comme ici à Mogusaen / 百草園.Mais pour ceux qui m’aiment, je les rassure, je vais bien et n’ai nullement l’intention de mettre fin à mes jours. Dans le pire des cas, je rentrerai en France. Le Japon n’est pas ma prison. Et puis, bien que cette situation soit très difficile, et que le moral en prend un coup, je l’ai choisie. Je n’ai rien raté, aucun échec ne vient ternir l’estime de moi. Tout au plus ai-je progressivement, pendant un bon mois, oublié un peu tout ça en ne voulant pas trop regarder où j’en étais ni où j’allais, aboutissant, oui, à ces symptômes de dépression, sentiment de tourner en rond, de ne plus pouvoir avancer, me terrant (de terreur?) dans mon lit le matin, souffrant à l’idée de me séparer de Jun, passant ma journée à regarder des programmes américains sur l’élection présidentielle (et puis, après le 5 novembre, le vide qui s’installe, la vraie dépression…). Je dois à William Sheller de m’avoir sorti de cet état de torpeur qui fait de la vie une mort aménagée, une salle d’attente (mais où l’on attend quoi…). Non pas au CD lui-même, je l’ai peu écouté (Sheller est un auteur aux mots trop précis pour être écouté tout de go et être aimé, chaque chanson a besoin de son contexte pour qu’un jour…), mais à l’ensemble du colis que j’ai commandé sur Amazon. Les frais de port son proportionnellement inverse aux quantités. J’ai donc acheté quelques livres. Rien de difficile, du léger, les enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire de police au Châtelet de 1761 à … (l’auteur n’a pas encore décidé…). Des enquêtes à rebondissement en soi peu intéressantes mais une reconstitution très minutieuse de Paris, de ses odeurs, de son architecture, de la trame historique et de la société de cour. L’auteur, ambassadeur, est d’abord historien et par conséquent son travail est très précis et juste sur le plan historique. C’était exactement ce dont j’avais besoin. J’ai passé des jours entiers à lire, retrouvant au passage un plaisir presque oublié (NOVA me vidait, Lehman ne me laissait pas de temps). Et je ne vous apprendrai rien si je vous dit que le plaisir est le début de tout.
Hier, je suis allé à Hello Work, l’ANPE/ASSEDIC japonais. Je suis indemnisé à partir de la semaine prochaine mais j’ai cru que j’allais éclater de rire quand j’ai vu le montant. Un truc ridicule, en gros le RMI… En fait, ils n’ont pas terminé le calcul du montant car il leur manque des infirmations. Ils m’ont mis au minimum. J’avoue qu’à ses conditions, je n’aurais pas trop le choix… Mais je fais confiance à l’explication qui m’a été donnée. J’ai en outre du subir, avec environ 50 autres personnes, moyenne d’âge 45 ans, pas mal de femmes) la vidéo de 40 mn expliquant le système pour trouver rapidement un emploi. La société japonaise a environ 10 ans d’avance sur la France (plus de luttes sociales depuis les années 70). Le résultat, une majorité de chômeurs ont, comme moi, droit à 3 mois d’allocation. Ils peuvent cumuler avec un “baito”, petit boulot, les jours de travail étant déduits du montant indemnisé, prolongeant d’autant la durée d’indemnisation. Ces baitos n’offrent aucune couverture sociale, aucune assurance chômage: ce sont des emplois dits “à l’heure”. On peut y être licencié a tout moment. À l’origine travails (je maintiens qu’on peut mettre un s à travail et non aux dans ce cas car des travaux a sémantiquement un sens différent de des travails /usage perdu à la fin du 17ème siècle, mais qui correspond bien à la réalité contemporaine) d’appoints pour les étudiants ou les retraités (les pensions sont parfois très minces), ils sont aujourd’hui le lot d’un nombre grandissant de chômeurs et femmes décidées à retourner dans la vie active (notamment pour payer les études des enfants, véritablement hors de prix).
Vous imaginez bien que dans mon cas, je n’ai pas le droit à ces petit boulot. Mes possibilités de trouver un travail sont extrêmement réduites dans le marché actuel. Avec une allocation “correcte”, j’ai trois mois. Ca mérite d’être tenté. Avec ce que j’ai vu sur ma fiche hier, mon aventure ici revêt quelque chose d’absurde.
En fait, je récolte aujourd’hui le fruit de choix que j’ai opérés. Les mauvais (le chômage) et les bons (Jun). Je ne peux pas dire que je suis victime de quoi que ce soit, j’ai décidé de venir ici. Tout était volontaire, je ne peux rien reprocher à quiconque, pas même à moi. Je dois désormais prendre de nouvelles décisions. Parmi celles-ci : si je ne vois rien venir fin janvier, je devrai envisager de quitter le Japon. Ce n’est pas de gaité de coeur mais je ne vois pas trop quelle autre possibilité s’offrira à moi à ce moment là. C’est juste faire preuve de maturité. J’ai donc deux mois devant moi pour débloquer ma situation, trouver quelque chose. Je ne suis pas si pessimiste, j’ai toujours eu une certaine chance.
Et puis aussi, maintenant que j’ai du temps, je peux travailler un peu pour moi, me promener, écrire. Me préparer au pire dans la tranquillité en préparant le meilleurs aussi. On verra où penche la balance. Je n’ai jamais été meilleurs qu’en suivant mes intuitions…
Allez, je vous abandonne sur ces considérations variées. J’ai écrit sur mon iBook, j’ai totalement oublié comment écrire avec un clavier français. Mais je ne suis pas mécontent de réutiliser accents et cédilles…


























