Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Tokyo, Sextidi 6 Pluviose 217

    Tokyo, Sextidi 6 Pluviose 217

    Sextidi… Autant hier le ciel etait couvert, autant aujourd’hui a brille un soleil qui donnait envie de se promener. Jun et moi avons toutefois pris notre temps ce matin et avons dejeune vers 10 heures. Je suis alle chercher le pain a la boulangerie Celeb vers la gare de Nishi Kasai. Le pain y est tres simple mais delicieux. Visiblement une bonne farine. On peut l’acheter le soir, il est toujours tres bien le matin. Jun avait envie d’aller voir une exposition consacree a l’art japonais du Maki-e (la laque avec incrustation de dessin) dans l’art occidental, avec un point d’orgue sur le 18eme siecle (presentation d’objets ayant appartenu a Mme de Pompadour et Marie-Antoinette). J’etais un peu reserve, mais je suis heureux de m’etre laisse tenter. Simplement magnifique. Les premieres salles etaient sublimes, avec de nombreux objets des epoques Heian a Momoyama. Il n’y avait finalement pas trop de monde pour cette exposition au musee Suntori MidTown (eh oui, encore MidTown) dont nous avions vu la promotion l’ete dernier au Musee d’art de Kyoto ou elle passait.
    Ce soir, j’ai prepare de la cuisine japonaise, simplement delicieuse. Et nous avons regarde 3 episodes de Sex and the city avant de nous separer. Un tres agreable week end…
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Tokyo, Quintidi 5 Pluviose 217

    Tokyo, Quintidi 5 Pluviose 217

    Leves un peu tard, Jun et moi avons mis le nez dehors vers 13 heures et quelques. J’ai suggere que nous sortions a Otemachi et que nous marchions jusque Tokyo Midtown : je voulais aller a la galerie FujiFilms ou il y a divers expositions de photographies dont l’une est consacree a des sites historiques peu connus. Pour cela, nous devions traverser Kokyo, les jardins du Palais Imperial, que nous connaissons par coeur. Cela ne devait donc pas prendre trop de temps.
    Detrompez-vous, ce que je pensais etre une simple traversee s’est revele une promenade pleine de surprise. J’ai en effet proposer de “tourner par la”. Depuis trois ans que j’habite a Tokyo, nous avons traverse le parc une bonne vingtaine de fois, mais nous n’avions jamais “tourne par la”. Une sorte de foret miniature : je m’appretais a photographier le grand endormissement de la nature, les arbres denudes. Or, a peine avions nous marche 5 minutes que nous appercevions un jardin a la japonaise : un jardin que nous n’avions jamais vu auparavant. Un lac, une chute d’eau, des pins sculptes, une maison de the, des ponts de pierre, le contraste saisissant des arbres denudes et des arbres encore verts. Et au detours, les premiers ume (abricotiers japonais, souvent appeles par erreur pruniers) en fleurs. Fleurs blanches, fleurs roses. La force et L’energie de la nature au milieu de la desolation. Moi traversant la crise economique, les yeux rives sur l’inevitable renaissance ? Quel optimisme et pourtant quelle verite. La nature est une lecon de vie. Car c’est vraie que la desolation de l’hivers, et la pluie, et le froid, et le vent, que rien n’empeche ce moment si plein d’epreuves d’etre egalement la source du renouveau et un moment d’un incroyable ressourcement, d’une redecouverte de soi et de la force de vie qui est enfouie au plus profond. Les premieres fleurs de ume sont le signe que cette energie est bel et bien la : bientot, a leur place, les premieres feuilles apparaitront. Ce sera alors le tour des cerisiers. Comme eux, je porte en moi l’energie de ma propre renaissance au coeur de ce long hivers ou l’economie capitaliste semble nous entrainer vers son propre neant.
    La promenade dans le parc a bien dure une heure et demi. Nous avons continue ensuite vers Hanzomon, Kojimachi puis traverse Akasaka et sommes arrives a MidTown avant 17 heures. Nous avons au passage visite un jinja, nous nous sommes attardes ici et la, avons retrouve le siege de TBS ou nous etions alles l’an dernier lors de son inauguration. Je deviens vraiment expert a Tokyo, je ne me perd quasiment plus…
    Apres avoir mange des pains achetes a Asanoya, nous avons visite les expositions – j’ai oublie mes lunettes a cote d’une lunette a vision en relief dans le petit musee rempli de vieux appareils photos… Comme je ne voulais pas du tout faire la cuisine (Jun en est strictement incapable), nous sommes alles manger des ramen a Ginza. On est rentre vers 21 heures et nous avons regarde Sex and the City. Je m’en veux d’etre passe a cote de cette serie car elle est vraiment tres bien vue!
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Tokyo, Quartidi 4 Pluviose 217

    Tokyo, Quartidi 4 Pluviose 217

    Ce matin, j’ai envoye des CV et repondu a des annonces. Mon CV est tres bon, maintenant. Mais sur le site internet que j’ai l’habitude de consulter pour trouver des propositions d’emploi, je vois le nombre d’offres se reduire presque a vue d’oeil. Ca s’annonce pas tres bien… Angoisse ? Pas tant que ca. Le sentiment general est que je n’ai plus rien a perdre et que je suis pret a tout, je dis bien tout, pour trouver un travail. J’ai une idee qui commence a germer.
    Vers 12h30, coup de fil de Jean Baptiste. Je n’avais pas eu de ses nouvelles depuis longtemps. Nous nous sommes retrouves vers Kayabacho et avons passe l’apres-midi a echanger nos nouvelles, projets et autre. J’aime bien chez lui son debordement d’energie, son cote pas effraye par la marge, son caractere fonceur qui voit apres. Il ne cerebralise pas, il explore. Il compte partir quelques temps a Singapour avec sa femme, s’installer la-bas.
    C’est marrant, ce point commun chez tous ceux qui passent par la case Japon : personne n’envisage la suite comme un retour en France…
    Journee surchargee commence ce matin a 7 heures. Jun qui arrive tout a l’heure : je prepare un gratin de pates. Mercredi, j’avais fait un hachis Parmentier et gateau a la banane, ce soir, il n’y aura pas de dessert: pas eu le temps. Apres avoir quitte Jean Baptiste, j’ai fait quelques courses, et l’espace d’un instant je me suis senti un mercredi, avec une envie de flaner dans Tokyo en soiree. Je pouvais voir le sommet des tours de Tokyo et je me prenais a rever…
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Tokyo, Tridi 3 Pluviose 217

    Tokyo, Tridi 3 Pluviose 217

    Je suis reste a la maison : IL FAIT MEGA FROID !!!!!!
    J’ai mis de l’ordre sur mon ordinateur. Je ne sais pas si c’est l’effet Obama, mais j’ai eu terriblement envie de revoir Jacky Brown. A moins que ce ne soit Nicolas qui me manque: ce film m’a toujours fait penser a lui car je crois que nous partageons le meme point de vue sur Pam Gryer, simplement superbe. Le long traveling du debut et ses yeux dans nos yeux dans le generique de fin font parti de ces scenes qui me font craquer. C’est un tres bon thriller… Et je me suis appercu que sous son visage frippe, on pouvait appercevoir le visage de jeune homme de Robert Forster… Tarentino a decidemment bien choisi son acteur, petit garcon au regard tendre rattrappe par son age et intimide par cette superbe femme qui debarque dans sa vie.
    Ma connection internet a plante deux ou trois heures… C’est incroyable comme on depend de ces choses la…
    La crise est partout ici, et pas mal d’operations immobilieres gelees laissent la place a des parking… Hallucinant.
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Tokyo, Duodi 2 Pluviose 217

    Tokyo, Duodi 2 Pluviose 217

    On ne peut pas sortir tous les jours… surtout quand un nouveau president vient d’etre intronise aux Etats-Unis, que ce nouveau president est noir, jeune, et semble representer une rupture significative avec son predecesseur. J’ai charge les podcasts de MSNBC et j’ai pu regarder ces moments importants en me disant que finalement, toute l’importance reside d’abord dans une mise en scene, un plan media elabore a la seconde pres et que le reste, ce n’est que dans notre tete que ca se passe. Obama est d’abord un miroir de nos desirs qu’il a su reveiller et incarner. En ce sens, il est deja un grand president puisqu’il a tourne l’abattement en espoir et en force de mobilisation. Je ne parle meme pas de la crise et de son plan de relance. Non. Ca s’est passe avant. Pour moi, l’enchantement est venu de son discours a Chicago il y a un an et demi alors que la Clinton etait donnee favorite.
    C’etait la premiere fois que je voyais un democrate, noir de surcroit, parler de penibilite du travail et de bas salaires, de la guerre comme un moyen de faire peur et de la democratie comme une exigence qui s’impose a tous et restaure leur dignite aux etres humains. On peut en effet entendre l’ideologie americaine de trois facons. L’une est la version si chere aux conservateurs francais, cet hymne au self-made man. C’est une version imparfaite qui ne recouvre pas la realite des ideaux americains. La seconde est une lecture gauchiste, ne voyant que de la collaboration de classe dans ces invocations aux Peuple, au Peuple uni. Car c’est oublie qu’une tres grande majorite de ce peuple est loin d’etre riche bien qu’attache a sa liberte, sa propriete. En fait, l’ideal americain est d’abord un ideal profondemment democratique, profondemment liberal et confiant dans les capacites des individus, pourvus qu’ils soient pleinement citoyens, d’organiser leur vie en societe.
    C’est sur ce ressort qu’Obama a organise sa campagne. En confiant a celles et ceux qui avaient des espoirs de changements et pour qui le desespoir etait devenu une des variantes de leur militantisme, le soin de faire la campagne, a leur facon, avec leurs moyens. Obama s’est laisse remplir par une force militante venue de la gauche de la societe. Il n’a pas seulement donne de l’espoir, il a laisse le soin a ceux qui etaient prets a esperer le soin de batir cet espoir. Ce n’est pas un hazard si pour la premiere fois tant de noirs des quartiers desherites ont vote pour la premiere fois. Ce n’est pas un hazard si des ouvriers blancs aient delaisse leur reticences envers les noirs se soient laisse entrainer a voter quand meme pour Obama : Obama, et avec lui toute cette force militante en mouvement, leur ont parle. Leurs salaires, leurs peurs des delocalisations, des expropriations, du chomage, leur (fragile) couverture sociale, la facilite a se retrouver sans rien, l’absence totale d’avenir pour eux et pour leurs enfants, d’autres sujets encore, pour la premiere fois depuis des decennies ont trouve leur place dans une campagne electorale. La victoire ecrasante des democrates est d’abord une victoire de la democratie, d’une democratie retrouvee, vivante. Alors, qu’Obama fasse ce qu’il a dit, qu’il mene la politique esperee n’est finalement pas pour le moment la question la plus importante. Moi, j’y voit d’abord et avant tout qu’il est toujours possible de mobiliser un peuple sur ses propres interets et non les interets de ses elites.
    Et le fait qu’il soit noir est la petite touche de magie supplementaire. J’ai d’abord craque pour lui a cause de son discours en rupture avec les discours de gauche habituels. Mais la couleur de sa peau a ajoute une poesie supplementaire. L’inauguration, avec ses rappels historiques de ce que fut les combats du peuple afro-americain, et meme Beyonce, et Aretha Franklin. Quelle fierte pour les noirs d’Amerique. Quelle beaute…
    Je repense au 4/5 Novembre, Irene qui me telephone en larme, “tu as vu… excuse moi je pleure…”. Et ces mails de Nicolas, boulverse par un couple sublime marchant vers son destin et celui de tout un peuple quand il y a seulement 50 ans ils n’auraient meme pas ete autorise a monter dans le meme autobus que des blancs…
    Quel bonheur…
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Tokyo, Primidi 1er Pluviose 217

    Tokyo, Primidi 1er Pluviose 217

    Et nous voila en Pluviose…
    Aujourd’hui, j’ai retrouve une ancienne eleve de Nova Ginza, Marie. Elle lit mon blog et apprecie particulierement mes photos des quartiers est de la capitale : elle m’a propose que nous nous retrouvions et nous promenions dans un quartier de mon choix. J’ai propose Kayabachou pour le rendez-vous, et de la nous avons marche vers la Sumida puis sommes remontes vers Ningyouchou ou nous avons dejeune/goute d’un senzai (quelques mochis frais et mochis grilles, 1 marron dans une sauce de haricots rouges azuki sucree, la photo) en buvant du the dans une petite boutique de the qui parfume le quartier des douces effluves grillees du houji-cha maison… Ce type de magasin est au the ce que la brulerie de cafe est au cafe : on ne peut pas y resister…
    Nous avons continue la promenade, plus vers l’ouest jusque vers Ueno. Ce sont des quartiers ou elle ne va jamais. Elle etait ravie, et nous avons dors et deja prevu une autre promenade.
    Nous nous sommes depeches d’aller a Shibuya ou nous avions prevu de voir le film PARIS, de Cedric Klapish, mais la sceance etait complete. Nous nous sommes replie au cafe des Deux Magots a Bunkamura. Le croque monsieur est moins que moyen : mediocre. L’expresso est delicieux.
    Nous avons enormement bavarde. J’ai exprime mes points de vue avec beaucoup de franchise et Marie m’est apparue comme une personne qui souhaite que le pays s’ouvre plus, echange au vrai sens du terme (prendre et recevoir pour (se) transformer et (s’) enchirir reciproquement. Si parfois je m’exprime de maniere violente quand a ce que je vois et entend ici, je sais aussi ne pas tomber dans le piege du systematisme. Je sais pertinament que ce pays est partage de points de vue contradictoires et qu’une forte minorite aimerait reprendre la direction d’une plus grande ouverture avec le sentiment d’avoir aussi quelque chose a y gagner. De mon cote, en exprimant parfois mes agacements, je ne peux que mieux ressentir aussi a quel point il est difficile quand on est un “blanc occidental” d’etre traite comme un negre Africain dans un pays “developpe”. On hurle au genie quand on voit Obama, mais notre suprematie, notre suffisance, nous ne voulons la conceder pour rien au monde et ne concevons l’egalite que comme une elevation des autres a notre niveau, jamais comme une remise en cause dudit niveau. Apres tout, tout bien pese, mon niveau reel de japonais n’est-il pas equivalent du niveau de francais d’une femme de menage portugaise des annees 70 ? De quel droit pourrais-je pretendre a faire une carriere valorisante au Japon avec un niveau s’apparantant a de l’illetrisme ? Et encore, je fais partie de ceux qui peuvent lire un peu (avec 7/800 kanjis), ecrire soi-meme ses formulaires administratifs, avoir des conversation simple meme sur des sujets compliques… Intermediaire, quoi. La seule difference avec la femme de menage portugaise est que mon niveau dans ma propre langue est un niveau superieur, avec un bon maniment de certains concepts et une connaissance suffisante de mon ignorance totale concernant certains champs de la connaissance… ca evite le cafe du commerce). Mais “intermediaire”, ce n’est qu’”intermediaire”.
    Et encore fais-je parti du “haut du panier”, ceux qui se debrouillent quand meme. La grande majorite des etrangers occidentaux, ici, ne font aucun effort et voudraient etre traites “en egaux”. C’est ca, la suffisance occidentale. Dans un pays comme le Japon, ca ne prend pas. Car le Japon est un pays developpe: on n’a pas besoin de nous.
    Et c’est la que je peux reprendre mes critiques et ou Marie manifeste les siennes. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas besoins d’etrangers qu’il n’en faut pas. La France n’a pas besoin d’etrangers (version utilitariste, Le Pen), or, les etrangers apportent de la culture, un regard different, une sensibilite, de la gastronomie, des enthousiasmes, des savoirs faire. Une alterite bienfaisante. Je l’ai toujours pense pour la France, je le pense pour le Japon. En limitant sa politique d’immigration au stricte minimum, le Japon se prive de beaucoup de richesse pour lui-meme. Car si ce pays admet les etrangers “utiles” (et a qui personne ne demande de parler japonais), tout se omplique pour les etrangers qui parlent japonais et qui sont ici par passions. Il y aura toujours quelqu’un pour vous faire remarquer que parfois, on ne vous comprend pas, que votre niveau est excellent, mais… bref, on vous fera remarquer que vous n’etes pas Japonais.
    Comme si on ne le savait pas… Comme si on allait voler quelque chose…
    Marie fait partie de celles et ceux qui aimeraient voir ce pays accueillir plus, echanger plus. C’est terriblement rassurant. J’ai donc passe une tres bonne journee de Primidi, entre promenade et conversations. Je suis rentre heureux a la maison, le coeur gonfle de courage.
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Tokyo, Decadi 30 Nivose 217

    Tokyo, Decadi 30 Nivose 217

    Starbuck a Ginza. J’avoue, j’ ai totalement perdu l’habitude du clavier français… Ce matin, je voulais sortir vers 8 heures et demi, un peu comme si je partais au travail. Objectif reporté : je me suis levé à cette heure là ! Hier soir, après que Jun soit parti, j’ai surfé et cela m’a conduit jusque deux heures du matin. Bon, se lever à huit heures et demi quand on ne travaille pas, ce n’est trop grave, d’autant que j’étais prêt à 10 heures… Putain, le clavier français, qu’est-ce que c’est difficile!
    Plutôt que partir sur le champ, j’ai préparé mon ordinateur portable, j’y ai mis des documents utiles, comme des cours de japonais ou des C.V. Puis j’ai consulté le site de Tokyo-Metro pour les différentes options de laisser-passer. J’ai en effet fait une connerie monumentale quand j’ai perdu mon emploi: je n’ai pas acheté de pass, du coup, j’ai installé une sorte de barrière entre moi et la ville. Pour certains, cela ne prêterait pas à conséquence, pour moi, cela a accru mon malaise sur la fin de l’année dernière. J’ai donc décidé la semaine dernière de revenir sur cette erreur et, quoi que cela ne soit coûteux, j’ai acheté tout à l’heure un abonnement au métro jusqu’à Otemachi. Ainsi, je peux me déplacer sans avoir à débourser un centime pendant un mois, jusque dans le centre de la ville, sur les bords du Palais Impérial. Je déconseille à quiconque de renoncer à sa carte orange. Je le savais mais ce doit être un souvenir de l’an dernier, de mon entorse. Sale souvenir. Verre à demi plein, j’ai perdu deux mois en me cloîtrant chez moi. A demi plein, j’ai un pass de un mois désormais.
    Il ne s’agit pas de résolution, plutôt d’une envie de promenade, de voir des visages, des lieux. D’écrire aussi; là, les souvenirs a la vue d’anciennes photos ne sont pas étrangères à ce désir qui monte. J’ai traversé autrefois une période autrement plus difficile et douloureuse et ne m’en suis sorti qu’en sortant de chez moi.
    Pourquoi n’en serait-il pas de même à Tôkyô? En fait, depuis que je suis arrivé ici, je n’ai pas eu le temps de choisir quelle vie je voulais au Japon pour que ça vaille le coup d’avoir déménagé si loin. En savais je seulement quelque chose? Peut-être vers le mois de juin, l’an dernier, alors que tout commençait à aller bien côté travail -on avait évoqué mon embauche-, et bien que ni l’entreprise ni le travail ne me plussent, j’étais ravi à l’idée d’avoir suffisamment pour envisager des week-ends en province, des congés à Kyoto et des vacances en France. Ce ne sont peut-être pas des objectifs transcendants, mais ce fut la première fois depuis que je suis au Japon que je me suis senti ici comme chez moi dans la durée. Avec Jun, nous nous promenions beaucoup et nous atterrissions souvent à Ginza, visitant Zara en rêvant de refaire toute notre garde-robe… On devient crétin quand on a un travail, penserez vous, mais en fait, mon salaire a NOVA ne me permettait pas grand chose.
    Pour beaucoup de professeurs, il était suffisant. ceux qui mangent des bento à 600 yens qu’ils achètent à Orijin-bento, habitent dans une gaijin-house où pour 60,000 yens, ils ont une pièce et pas de charges (moi, j’ai un loyer de 80,000 plus électricité, gaz, internet, etc. Si on rajoute la Sécu que NOVA ne payait pas, et les impôts locaux (très chers, beaucoup d’étrangers essaient de les esquiver), ça fait des dépenses fixes assez importantes). Moi, je fais la cuisine, je ne peux pas vivre de friture; il me faut mes légumes,mes fruits et pour la viande, je ne mange pas américain. Au Japon, il y a du boeuf aux hormones. Je mange peu de viande (je suis en fait très oeufs aux plats, cuits presque frits dans de l’huile d’olive, le blanc saisi croustillant et le jaune qui dégouline), mais quand j’en mange, ce n’est pas pour tomber malade (dans compter la bestiole a qui on a donné des antibiotiques pour calmer les effets des hormones sans bien entendu tenir compte de la souffrance que ce type de traitement inflige…). Ce choix a un prix, la viande japonaise est plus chère. Bref, j’en mange encore moins. Mais mon budget nourriture est assez important. Et c’est seulement à partir de juin que cela n’a plus été problématique, d’autant que quand on travaille, on dépense peu…
    Bon, aujourd’hui, ce n’était pas très matinal ni très actif, mais je suis enfin sorti de chez moi sans raison particulière. Demain, j’ai rendez-vous avec une ancienne élève et nous allons nous promener : elle m’a proposé de choisir, j’ai opté pour Chûô Ku, entre Kayabacho, Ningyôcho, et peut-être jusque vers Asakusa-bashi. Une promenade en bordure mais à distance de la Sumida, dans ce qui fut une partie du centre économique de l’ancienne capitale, avec ses traditions d’artisans et de commerçants, la ville basse (ou plus justement de nos jours, les quartiers populaires, en opposition aux quartiers du centre -le palais impérial- et de l’ouest, propriété des Daimyô -l’aristocratie de souche militaire dominant à l’époque shogunale.
    Il fait très beau, on annonce des températures avoisinant les 16 degrés… Demain, j’attaque de bonne heure.
    De Tôkyô,
    Suppaiku

  • Tokyo, Nonidi 29 Nivose 217

    Tokyo, Nonidi 29 Nivose 217

    Il est generalement admis que le Japon est un pays absoluement calme, ou l’on ignore le sentiment d’insecrurite. Ou chacun cede sa place au plus age. Ou les rues sont d’une incroyable proprete… La realite est un peu plus nuancee, heureusement. Nous avons nos 2 crimes hebdomadaires minimum que la television se fait un plaisir de nous rappeler a coup de reportages en direct, sans aucune information reelle a apporter, comme si le fait de nous repeter que la victime a ete fauchee a plus de 100 a l’heure, que la petite fille a d’abord ete torturee, que le voisin etait le criminel et qu’il avait ete interviewe comme temoin la veille (image en boucle)… Nous avons nos incendies dans des maisons qui ressemblent a des taudis, nos scandales alimentaires (un par semaine, en alternance avec les crimes), et des mariages de vedettes… Dans le metros, aux heures de pointe, les Japonais font passer les Parisiens pour des chefs d’oeuvre de politesse…

    Heureusement, finalement. Le Japon est un pays comme les autres, ni plus ni moins, ni mieux ni pire. Disons qu’il fait ce que les autres font… a sa facon.
    Vers Harajuku, graffities et tags rappellent que la jeunesse est ici, avant d’etre japonaise, terriblement jeune, et moi, je trouve ca tres rassurant…
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Tokyo, Octidi 28 Nivose 217

    Tokyo, Octidi 28 Nivose 217

    チリがみ/ chiri gami

    Pour tout vous dire, J’ai beaucoup ri quamd j’ai lu ce petit panneu a l’entree des toilettes a la station Kudanshita, au dessus d’un distributeur automatique…
    CHIRI : les fesses, le derriere
    KAMI : papier
    Bref, du papier toilette, mais sans l’encombrement de politesses inutiles,  sans salamaleks… Du papier pour les fesses… du papier cul, quoi ! Du PQ !
    Jun m’a quand meme dit que ca fait un peu ancien… Ce doit etre mon cote 昭和, mais j’aime bien…
    昭和/ showa, nom de l’ancien empereur, mort en 1989.
    De Tokyo,
    Suppaiku