Tokyo, Duodi 2 Pluviose 217

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On ne peut pas sortir tous les jours… surtout quand un nouveau president vient d’etre intronise aux Etats-Unis, que ce nouveau president est noir, jeune, et semble representer une rupture significative avec son predecesseur. J’ai charge les podcasts de MSNBC et j’ai pu regarder ces moments importants en me disant que finalement, toute l’importance reside d’abord dans une mise en scene, un plan media elabore a la seconde pres et que le reste, ce n’est que dans notre tete que ca se passe. Obama est d’abord un miroir de nos desirs qu’il a su reveiller et incarner. En ce sens, il est deja un grand president puisqu’il a tourne l’abattement en espoir et en force de mobilisation. Je ne parle meme pas de la crise et de son plan de relance. Non. Ca s’est passe avant. Pour moi, l’enchantement est venu de son discours a Chicago il y a un an et demi alors que la Clinton etait donnee favorite.
C’etait la premiere fois que je voyais un democrate, noir de surcroit, parler de penibilite du travail et de bas salaires, de la guerre comme un moyen de faire peur et de la democratie comme une exigence qui s’impose a tous et restaure leur dignite aux etres humains. On peut en effet entendre l’ideologie americaine de trois facons. L’une est la version si chere aux conservateurs francais, cet hymne au self-made man. C’est une version imparfaite qui ne recouvre pas la realite des ideaux americains. La seconde est une lecture gauchiste, ne voyant que de la collaboration de classe dans ces invocations aux Peuple, au Peuple uni. Car c’est oublie qu’une tres grande majorite de ce peuple est loin d’etre riche bien qu’attache a sa liberte, sa propriete. En fait, l’ideal americain est d’abord un ideal profondemment democratique, profondemment liberal et confiant dans les capacites des individus, pourvus qu’ils soient pleinement citoyens, d’organiser leur vie en societe.
C’est sur ce ressort qu’Obama a organise sa campagne. En confiant a celles et ceux qui avaient des espoirs de changements et pour qui le desespoir etait devenu une des variantes de leur militantisme, le soin de faire la campagne, a leur facon, avec leurs moyens. Obama s’est laisse remplir par une force militante venue de la gauche de la societe. Il n’a pas seulement donne de l’espoir, il a laisse le soin a ceux qui etaient prets a esperer le soin de batir cet espoir. Ce n’est pas un hazard si pour la premiere fois tant de noirs des quartiers desherites ont vote pour la premiere fois. Ce n’est pas un hazard si des ouvriers blancs aient delaisse leur reticences envers les noirs se soient laisse entrainer a voter quand meme pour Obama : Obama, et avec lui toute cette force militante en mouvement, leur ont parle. Leurs salaires, leurs peurs des delocalisations, des expropriations, du chomage, leur (fragile) couverture sociale, la facilite a se retrouver sans rien, l’absence totale d’avenir pour eux et pour leurs enfants, d’autres sujets encore, pour la premiere fois depuis des decennies ont trouve leur place dans une campagne electorale. La victoire ecrasante des democrates est d’abord une victoire de la democratie, d’une democratie retrouvee, vivante. Alors, qu’Obama fasse ce qu’il a dit, qu’il mene la politique esperee n’est finalement pas pour le moment la question la plus importante. Moi, j’y voit d’abord et avant tout qu’il est toujours possible de mobiliser un peuple sur ses propres interets et non les interets de ses elites.
Et le fait qu’il soit noir est la petite touche de magie supplementaire. J’ai d’abord craque pour lui a cause de son discours en rupture avec les discours de gauche habituels. Mais la couleur de sa peau a ajoute une poesie supplementaire. L’inauguration, avec ses rappels historiques de ce que fut les combats du peuple afro-americain, et meme Beyonce, et Aretha Franklin. Quelle fierte pour les noirs d’Amerique. Quelle beaute…
Je repense au 4/5 Novembre, Irene qui me telephone en larme, “tu as vu… excuse moi je pleure…”. Et ces mails de Nicolas, boulverse par un couple sublime marchant vers son destin et celui de tout un peuple quand il y a seulement 50 ans ils n’auraient meme pas ete autorise a monter dans le meme autobus que des blancs…
Quel bonheur…
De Tokyo,
Suppaiku

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