De la crise en general

D

Ce faisait un petit moment que je voulais parler de la crise, mettre par ecrit ce que j’en pense, tant pour moi qu’eventuellement pour vous.
(juste avant, un petit bonjour a Agnes C., dont j’ai vu sur son blog, Zuihitsu, qu’elle se prepare pour son prochain voyage au Japon…)
Tout d’abord, quelques definitions (pour moi tres utile, c’est mon auto-revision).
La deregulation de la finance remonte a 1971 : la guerre du Vietnam coutant de plus en plus cher aux Etats-Unis, les deficits se creusent et rencherissent les taux d’interet de la derniere monnaie garantie sur l’or : il n’y a plus d’autre solution que de mettre fin aux accords de Bretton Woods qui faisaient du Dollar une monnaie internationale de reference depuis 1944 (contre l’avis de Keynes qui proposait une monnaie fictive, “etalon” des autres monnaies). A partir de cette date, les monnaies commencerent a “flotter”, soumises aux aleas de l’offre et de la demande. Pour le Dollar, ce fut une lente depreciation qui dura jusque 1980, pour le Deutschmark une lente appreciation, le Franc basant sa politique sur la parite avec le Dollar, fidele a sa tradition de devaluation et a sa preference pour l’inflation. On connait les resultats, les patrons Francais aimaient ce franc faible qui leur evitait d’investir en empochant les profits tout en cedant aux revendications salariales exacerbees par une inflation toujours plus forte. Soumise a la concurrence de plus en plus forte avec l’etranger, le deficit commercial se creusait, la production nationale ne repondait plus aux politiques de relance successives des gouvernements Pompidou puis Chirac, le chomage s’envolait, les deficits se creusaient sous le double poids des allocations versees et des subventions aux entreprises qui generalement les reversaient directement a leurs actionnaires, cette faiblesse chronique entrainant une nouvelle depreciation de la monnaie, renforcant d’autant l’inflation sans doper pour autant les exportations car dans une telle economie de rente, l’innovation etait particulierement absente.
Ce sombre tableau etait en fait commun a la France, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis (proteges par leur monnaie encore utilisee comme monnaie de reserve dans le monde entier).
Dans une telle instabilite melant inflation et stagnation (stagflation), sorte de deflation rampante portee a bout de bras par les deficits publique, le fait que le dollar, dont la valeur se depreciait, serve encore pour le commerce international comme pour les reserves de change, accentuait l’instabilite de tout l’edifice car c’est a cette epoque que se developpait, parrallelement, les grands contrats sur plusieurs annees destines, justement, a se premunir contre l’inflation. Par exemple, acheter du ble pour dans cinq ans a un prix fixe a l’avance. La conclusion de tels contrats, en dollar, posait un reel probleme. Un rencherissement ou une forte depressiation du dollar changeait radicalement les termes du contrat.
Ce probleme entravait le developpement du commerce international. Or, il etait evident que le developpement dudit commerce etait une clef majeure de la sortie de la crise dans lequel le monde semblait s’enliser depuis la fin des annees 60, avec ses poussees d’inflation, sa chute des profits et une lente montee du nombre de chomeurs que les plans de relance si efficaces jusqu’au milieu des annees 60 ne parvenaient plus a remettre au travail. Au contraire, ces plans, de plus en plus couteux et inefficaces, semblaient concourir a augmenter les deficits et l’inflation et a terme le nombre de chomeurs.
Les Socialistes/Sociaux-Democrates/Travaillistes avaient depuis longtemps renonce a penser le systeme, l’economie ainsi que leur projet de societe. Ils avaient trouve dans Keynes l’alibi de leur demission ideologique (vous voyez, elle ne date pas de Jospin ni meme Mitterrand, mais plus lointain, des annees 40. Les politiques keynesiennes, avec leur etat providence, leurs droits sociaux et leurs plans de relance en cas de ralentissement economique etaient devenu le nouvel horizon de cette oligarchie qui ne demandait plus qu’a rejoindre l’establishment. La crise des annees 30, le nazisme avaient par ailleurs converti les nouvelles elites conservatrices aux vertues keynesiennes. En France, c’est le gaullisme qui se chargea de gerer cette social-democratie qui ne disait pas son nom. S’il est vrai que les gouvernements “de gauche” se montraient les plus genereux, la droite au pouvoir ne remettait pas en cause ce compromis social et y participait. Ainsi, les gouvernements conservateurs, Geoffrey Howe en Grande Bretagne ou Pompidou/Giscard en France, augmenterent les impots allegrement comme aujourd’hui aucun socialiste n’oserait le faire, ni meme y penser)
Pendant que la gauche et la droite y allaient de leurs inefficaces relances, seuls quelques ultras conservateurs avaient decide de penser le monde non plus en fonctions de criteres utiles mais en fonction de leurs propres valeurs. La Social-Democratie est morte de n’avoir pas su faire cette mue des la fin des annees 60. Les conservateurs surent le faire.

Leur socle ideologique etait pourtant minimal. La critique de Milton Friedman sur les “erreurs” de Keynes constituaient le ciment commun, les travaux de Hayek sur le caractere nuisible et socialiste des politiques keynesiennes fourniraient le baggage conceptuel. Aux etats-Unis s’y greffa un discours sur le retour aux valeurs, religieuses s’entend. L’ennemi etait le communisme et son soldat avance, le socialisme qui avait habitue les gens a ne plus entreprendre mais a etre assistes.

Vous me direz, quel rapport avec la crise actuelle. J’y viens. Mais disons que meconnaitre que l’absence d’analyse et de reinvention de la part des sociaux democrates dans les annees 60 a laisse le champs libre a la droite ultra conservatrice d’etre la seule force ayant une vision du monde quand il deviendrait patent que les politiques keynesiennes ne marchaient pas et qu’il faudrait bien finir par y renoncer, ou en tout cas les repenser.

C’est le Parti conservateur britannique qui a ouvert le bal. Un penseur de genie, Keith Joseph. Ses discours etaient extremes, mais il les rythmaient d’appel au bon sens. La chance des nouveaux conservateurs va etre sa foi en ses idees avant sa propre carriere : il decida de ne pas briguer la direction du parti apres la double defaite aux elections de 1974 (les travaillistes gagnerent de justesse en coalition avec des partis autonomistes et les “liberaux”, puis gagnerent plus franchement apres que de nouvelles elections furent organisees).
Le parti etait divise en factions rivales qui deciderent de porter a leur tete une ancienne ministre de l’education en attendant de se mettre d’accord sur un successeur digne de ce nom. Cette ancienne ministre s’etait depuis 1972/1973 rapprochee de Keith Joseph et la defaite de 1974 avait accelere sa conversion a une remise en cause totale du parti conservateur tel qu’il etait devenu depuis 1945. Elle resuma ce qu’elle pensait de la defaite en une conclusion tres simple : les conservateurs ont perdu parce qu’ils faisaient une politique socialiste. Cet argument tire de la frequention de Keith Joseph allait faire mouche lors du congres puis, de facon inattendue, contre les travaillistes eux meme quand leur plan de relance s’avererait un echec et necessiterait des mesures de rigueur. L’argument coula de source : vous renoncez a votre politique, c’est malhonnete vis-a-vis de vos electeurs mais c’est une bonne nouvelle pour la Grande-Bretagne; ca ne marchera pas car cela reste une politique socialiste.
J’ai toujours dit, toujours pense, toujours ecrit que ceux qui ont une reelle ideologie, une reelle vision du monde sont inattaquables et font passer ceux qui n’en ont pas pour de pietres ideologues et des menteurs, car cette force des conviction s’enonce clairement en de petites phrases simples qui font mouche. C’est en quelques phrases tres simples que Thatcher a tue le socialisme en GB. Ou plutot, revele a quel point il etait moribond. Elle l’a acheve.
Revenons a la crise, maintenant. Le deuxieme choc petrolier en 1979 ravive l’inflation, relance la montee du chomage dans des economies a peines remises du premier choc de 1973 et de la fin de l’etalon or/ Dollar de 1971. C’est cette annee la que Thatcher est elue. Elle doit sa victoire a la lassitude de l’opinion apres une greve qui a dure tout l’hivers : l’inflation rognait les salaires et alimentait les mecontentements, ruinant les espoirs de politique de moderation du gouvernement travailliste de Callaghan. Thatcher attaqua les menteurs et axa son discours sur le bon sens, le travail, le courage, l’initiative, seuls outils permettant au pays de s’en sortir et, au fond, reelles qualites du merveilleux peuple Britanique. De la belle pommade dont le Royaume gouta amerement des l’hivers suivant.
Pour que le printemps fleurisse dru, il faut couper toutes les vieilles branches et croiser les doigts pour que l’hivers soit bien rude. Le Royaume Uni fut le premier pays a gouter les delisses de la deregulation. Moneratiste, Thatcher choisit de defendre la parite de la Livre. Le choc petrolier, les revendications salariales poussaient l’inflation autours de 20 % (j’aime ceux qui disent que nos 3% actuels c’est beaucoup!) et il n’etait pas exclus qu’on atteigne 30 %… En France, on etait desormais autours de 14 %… Il y avait 1,4 millions de chomeurs en GB (autant en France). Thatcher surprit tout le monde quand on s’appercu qu’elle n’avait pas de politique pour les salaires et que son ministre cedait plus ou moins aux revendications. Et hop, plus 25% pour les fonctionnaires… Ce que personne ne voyait, c’etait que la Banque d’Angleterre, a l’epoque controlee par le gouvernement, montait progressivement ses taux aux alentours de 30 %. Seuls les proches de Thatcher savaient ce qui etait en train de se passer. A 30%, on ne peut pas investir, on ne peut pas s’endetter, on ne peut pas acheter sa maison, payer ses traites (au RU, on utilise des prets a taux variables…) : le but etait maitriser M3, cette obsessions des Thatcherites, la masse monetaire globale bref la quantite de monnaie en circulation, sensee prefigurer l’inflation et determiner la valeur reelle de la monnaie. Le remede fut radical, en 6 mois, l’economie anglaise s’assecha de ses liquidites et plongea dans une violente recession. Mines du nord, siderurgie, industrie automobile, tout le pays fut frappe par de violente fermetures d’entreprises qui jusqu’ici parvenaient a vivoter grace a la depressiation de la monnaie et au maintient de la demande par les politiques de relance. Il y eu 4 million de chomeurs tres rapidement. Londres etait sinistree, le Nord, Liverpool, Manchester devastes. La Livre, elle, se rencherissait et etait redevenue une monnaie forte, les capitaux venaient se placer dans cette devise qui les remunerait si genereusement. Pour de nombreuses entreprises, l’inadaptation des produits a la concurrence due a l’absence d’investissement, leur non competitivite causa leur mort quand la Livre atteignit les sommets de l’hivers 81/82. Vous connaissez, les voitures British Leyland ? Elles perirent durant l’hivers en laissant sur le carreau plus de 100,000 travailleurs. Bientot, ce serait au tour des charbonnages, devenus trop couteux (une monnaie forte reduit les prix des biens importes) face a la concurrence : la fermeture prevue des 1984 entraina une greve de plus d’un an et demi qui cassa definitivement la combatitivite des syndicats car Thatcher ne conceda rien.
Si vous doutez qu’il y ait un lien entre ce qui s’est passe recemment et cette epoque, vous vous trompez : pour la premiere fois depuis les annees 20, on a confie aux taux d’interet le role de regulateur de l’economie. Car le keynesianisme confiait cette fonction a la demande que l’on pouvait accroitre ou moderer grace aux impots, aux salaires, a la redistribution… Or, justement, depuis 1980, ce sont les taux qui concourent plus ou moins a piloter l’economie. Et confier aux taux d’interet seuls le pilotage de l’economie, cela revient a confier les clefs de la maison… aux banquiers.
Autre caracteristique, le desinteret du gouvernement pour les taux de salaire et pour le demande globale qui est une rupture avec les politiques keynesiennes. Desormais, c’est la societe qui s’organisera a sa facon, le gouvernement ne s’occupera de rien. Nous avons dans cette attitude les bases de toutes les deregulations a venir.
Car en fait ce type de politique, que les Etats-Unis de Reagan vont suivre egalement, entrainant en 1982 le monde entier (sauf la France, en pleine relance) dans la recession a leur suite, en confiant aux institutions financiere une telle importance – financer les massifs deficits publics a des taux prohibitif pour des monnaies dont les cours atteignent desormais des sommets – va concourir a accelerer l’innovation jusqu’ici balbultiante. La crise des subprimes se joue aux alentours de 1980 (bien que l’instrument financier qui l’a vehicule ne fut invente qu’en 2002), mais quand vous aurez compris comment ca marche, vous comprendrez que cette crise n’est pas une grosse crise, bien que violente, et que celle(s) a venir sera/ont autrement devastatrices.

C’est vers 1980 que sont conclus les premiers SWAPS. Qu’est-ce qu’un swap ? C’est, pour deux parties, la conclusions de 2 prets pour des montants identiques a des conditions differentes : un taux fixe contre un taux flottant. Je vous prete 1 million a 5 %/an, vous me pretez 1 million EONIA (c’est un taux base sur les taux d’interet de la banque centrale qui varie chaque jour au gre de la politique monetaire et de la demande). On n’echangera rien au debut puisque 1 million de chaque cote. En revanche, tous les trois mois, on calculera l’interet du et la difference des deux; l’une des deux partie aura a payer cette difference. Vous me direz, a quoi ca sert ?
Imaginez. Vous avez achete votre maison 1 million, a 5 % annuel. Et puis recemment, les taux ont baisse, vous aimeriez beneficier de cette baisse, mais aussi beneficier des baisses a venir. Pas evident de renegocier un pret, qui de plus est parfois une procedure couteuse, longue, sans compter qu’il faut trouver une banque qui accepte, etc. Vous pouvez a la place conclure un SWAP avec une banque. Vous vendez votre pret a 5 % et vous achetez un pret a taux variable. Ainsi, chaque trimestre, la banque paiera 5 % (ca annule le cout de votre credit) et vous lui payez le flottant. Vous etes desendettes d’autant.
Voila ce qu’est un swap et quel est son interet. Bien sur, cela ne concerne pas les credits individuels, mais les entreprises, les etats, les banques elles-memes. Cela peut etre un moyen de se desendetter, mais aussi un moyen de gagner de l’argent, de faire de la tresorerie sans toucher a des fond inutilises en vue d’un investissement, etc. A partir de 1985, les taux d’interet se sont mis a baisser fortement, le dollar qui avait atteint des sommet a commence a baisser. Les etats, les entreprises ont pu conclure des swaps pour reduire la facture des emprunts des annees 80/83. Ce mouvement a cree de la richesse qui est allee s’investir… en bourse. La periode 1984/1989 est l’age des golden boys, a Londres et New-York d’abord, puis a Tokyo et Paris ensuite. Car a la periode de vache maigre monetariste de 1979/1983 succede la periode liberale proprement dite. Les privatisations se succedent a grande vitesse, creant la nouvelle masse monetaire de la nouvelle consommation. Les taux baissant et l’inflation n’etant plus qu’un lointain souvenir, les banques vont devenir les vehicules du nouvel Eldorado pour les survivants de la grande purge. Si Manchester, Leeds et Liverpool s’enfoncent encore plus dans la crise, une frenesie s’empare du Kent et de Londres. On achete des maisons (dont les prix ont chute pendant la recession) et on boursicote. Chaque nouvelle introduction en bourse est un succes qui enrichit ces nouvelles classes moyennes. Certains economistes pointent le caractere artificiel de la nouvelle croissance qui, finalement, ne repose que sur la financiarisation de l’economie, les reserves de petrole de la mer du Nord (ou du Texas) et les importations massives de biens etrangers ; ils sont balayes d’un revers (ideologique) de la main comme etant des socialistes nostalgiques et que c’est precisemment cette nouvelle prosperite qui creera les richesses, les emplois et les entreprises de demain. Et c’est vrai que le chomage recule. Thatcher a decide de geler les budgets sociaux qui entretiennent l’assistance (sic); les millions de chomeurs sont obliges de vivre avec les allocations dont la valeur n’a pas change depuis 1980, or l’inflation a encore sevit pendant un a deux ans bref, les chomeurs vivent dans une tres grande pauvrete. Des 1983/84, a la faveur de la reprise, ils accepterent ce qu’on leur proposait, dans un pays qui alors ne connaissait pas de salaire minimum. Londres en 1987, c’etait l’opulente City et des armadas de livreurs de pizzas, de cireurs de chaussures, de chauffeurs de taxis “libres”, de laveurs de carreaux payes a la piece… Il faut reconnaitre que ca n’a guere change… Londres pue la bouffe. A l’heure actuelle, toutes ces echoppes doivent etre les premieres a fermer.
Face a une economie qui boursicote, Thatcher innove encore une fois et encourage le mouvement : c’est le Big-bang. Un jour de 1986, ces morceaux de papiers que l’on appelait des actions disparaissent, remplacees par un code et des transmissions electroniques. L’avantage d’un tel systeme est evident : totale fluidite, achat-vente instantanne possible, vente a decouvert (sans encore avoir achete le titre) et surtout, la vraie revolution, negociation 24 heures sur 24. En France, c’est Pierre Beregovoy qui conduira le Big Bang, modestement appele “la demat'” (pour dematerialisation), vers 1989.
Car de la meme facon que l’echec ideologique de la droite la conduisit a accompagner les politiques social-democrates de 1945 a 1975, la defaite totale des politiques keynesiennes conduisit les socialistes a appliquer la feuille de route du liberalisme economique. C’est tres peu rapporte, mais Blair a eu maintes fois l’occasion de dire que son modele etait les socialistes francais d’apres 1983…
Et nos swaps, alors… A la fin des annees 80, les swaps se sont developpes et eux aussi, deviennent des transactions electroniques : il y en a de trop. Et puis, une nouvelle categorie fait son apparition, le swap exotique. Entendez, il y a une particularite qui necessite un traitement special. En effet, a la simplicite des premiers swaps, on passe a des swaps entre deux monnaies (cross-currency swap, par exemple yen contre dollar, chacun sur un taux flottant), des swaps “option” (swaption, par exemple, j’achete en payant une prime aujourd’hui, le droit de commencer un swap dans 5 ans a des conditions fixees aujourd’hui), des swaps avec un maximum (cap, si le taux flottant monte au dela d’un certain seuil, cela active soit un gel du taux), un minimum (floor), un cap et un floor (corridor), un cap et/ou un floor variable avec des possibilites de taux particuliers en cas de franchissement du seuil et une redefinition dans le temps avec option exercable annuellement (straddle), un amortissement annuel (amortizing), un recalcul avant chaque paiement trimestriel du montant initial dans une monnaie par rapport a l’autre monnaie pour tenir compte des fluctuation des taux de change (marked-to-market), etc.
Aujourd’hui encore, on en invente de nouveaux. Moi, si vous voulez mon avis, je trouve cela absoluement fantastique et c’est une preuve du genie de l’esprit humain car tous ces swaps sont de veritables inventations, de petits chefs d’oeuvre d’architecture.
Vers la fin des annees 80, un certains nombre de ces swaps n’avaient pas encore vu le jour, d’autre commencaient leur carriere, au compte goutte, en donnant bien du travail a ceux qui les voyaient pour la premiere fois. Surtout ne rien omettre…
Parallelement se developpait le commerce international avec de fortes pressions pour sa liberalisation. Celle-ci triompherait vers 1993 avec les premiers accord du Gatt (Urugay round). C’est a cette epoque que commencerent a se developper les premiers contrats futurs sur le petrole, le cafe, etc. Comprenez, pas seulement acheter a un certain prix pour dans cinq ans; mais la creation d’un titre negociable comme une action adossee au contrat (option d’achat) a 5 ans. Que la perspective de prix soit a la hausse et le titre adossee voit sa valeur monter sous l’effet de la demande. Imaginez aujourd’hui si je vous proposait un contrat futur expiration lundi prochain avec le baril de petrole a 15 Dollars (ca doit trainer, des trucs emis il y a dix ans…), combien seriez vous pret a le payer ? C’est vite et mal resume, mais en gros, les futurs, c’est ca, et ca s’est mis en place progressivement avec la liberalisation du commerce. Il faut egalement signaler les contrats futurs sur les devises qui minaient regulierement le franc et la lire en les prevoyant a la baisse.
Maintenant, synthetisons. Nous avons les actions pour speculer, les futurs pour etre prevoyant en se reservant la possibilite de speculer, nous avons bien entendu les “obligations” (part d’un emprunt qui peut s’echanger comme une action), nous avons les swaps pour annuler certains effets dus a des fluctuations, etc. En quelques annees, la finance a etoffe ses outils et peut desormais remplir pleinement le role que lui reservaient les thatcherites : etre la force issue de la societe a meme de reguler le marche. Adieu l’etat, vivent les banques. Privatisees, au passage.
L’eclatement de la bulle immobiliere des 1989, l’inflation qui conduisit a relever les taux (ca y etait, ce serait aux banques centrales de “refroidir l’economie) et conduisit a la chute des bourses -notamment aux Japon-, ne remirent en rien en cause ces nouveaux instruments. Au contraire, la periode de “refinancement” qui commenca vers 1991 quand, en pleine recession il fut question de baisser les taux, allait voir leur generalisation et meme mieux, leur imbrication.
L’age d’or des Credits Derivatifs allait commencer. Et l’eclatement de la bulle Japonaise fournissait un argument de taille : les banques avaient pretes sans compter et devaient assumer seules la totalite du risque.
La finance liberee, pourvue de tous ces instruments, serait desormais une finance de la “couverture”, des produits “structures”. Bref, on allait utiliser tous ces instruments afin d’en creer de nouveaux. Utiliser des actions pour garantir des prets qui seraient adosses a des swaps, le tout permettant de generer de nouveaux titres emis sur le marche. La encore, je fais un tres vilain resume, mais c’est juste pour vous donner une idee. Je me souviens la premiere fois que j’ai vu un swap a 0% d’un cote, 7% de l’autre. Quel interet, ai-je dit ! Ma collegue Odile m’a repondu que ce qui comptait etait le titre adosse a ce swap. Et c’est vrai qu’en y reflechissant. Je vous fait un credit extremement risque, donc a 11%. Normalement, j’aurais du vous consentir du 4%. Je gage ce credit sur la valeur d’un bien immobilise (je monte dessus la condition du swap 0%/7%, et je monte encore un truc de cote la pour me couvrir). Tant que vous me remboursez, finalement, le taux est de 11-7 = 4%. Mais qu’advienne un defaut de paiement, une clause particuliere dans le swap invalide le swap (clause d’option au vendeur), je peux saisir le bien et compter le pret initial a 11% comme du, bref, en cas de faillite, je recupererai des interets a 11% (peut-etre). Mon exemple est bancal, je sais : je ne suis pas “structureur”, mais cela donne une idee de comment ont ete utilises ces differents instruments a partir des annees 90. Ainsi, adosse a des actions/obligations/ Futur, un swap est devenu Equity swap. On a meme commence a imbriquer Futures et swaps pour, par exemple, la definition du taux flottant.
Comme me le disait Odile, “tout est possible, on peut tout faire”.
Pour reguler toute cette innovation dont le but est, in fine, assurer la liquidite d’un marche financier, une Association, ISDA, se reunit chaque jour et actualise les definitions des termes techniques et des conditions de negociations entre les parties. On evite ainsi que chaque contrat soit une masse volumineuse de paperasse (quand on sait qu’il doit y avoir des dixaines de milliers de swaps negocies chaque jour, chacun avec son propre contrat…), la simple sitation de l’ISDA reduit le document a l’essentiel puisque chacun des termes utilise est “admis”. Si je dis “EONIA trois mois”, je n’ai pas besoin de reproduire d’equation, de citer la Banque centrale, etc.
Dans une economie liberale comme celle ou nous sommes maintenant, les ecarts de salaires sont de plus en plus importants. Une partie des classes moyennes investit dans l’immobilier comme on pourrait le faire a la bourse, poussant les prix a la hausse et privant l’autre partie des classes moyennes et la classe en dessous de toute possibilite d’acheter sa maison, son appartement. L’ideologie liberale a en effet fait de l’acquisition de son bien immobilie la piece maitresse de sa politique. Etre chez soi. Et surtout, reduire encore plus les budgets sociaux (HLM) pour baisser les impots des classes moyennes superieures et au dessus. Gains immediatement investis en bourse et dans l’immobilie dont les prix montent encore.
Les banques ont donc decide de faire le travail qu’on attendait d’elles. Puisque desormais les politiques publiques etaient prises en charge par le secteur financier, le secteur financier procurerait des logements en abondance meme aux plus pauvres. Car bien entendu, la politique liberale avait precarise une partie de la population. On compte un tiers d’Americains vivant sous le seuil de pauvrete. Livrer des pizzas, travailler a mi-temps a wall mart ne nourrit pas une famille. En France, de plus en plus de salaries frequentent les restaurants du coeur ou/et la banque alimentaire.
Inimaginable dans la societe de regulation keynesienne comme le furent le Royaume Unis des annees 50, la Suede, et les USA de Roosevelt ou vaincre la pauvrete fut l’objectif prioritaire, a tout prix.
C’est donc ainsi qu’on en vint a la CDS, le Credit Default Swap et son pendant le CDO, Collateral Debt Obligation. La CDS est un swap entre deux parties adosse a un credit conclu entre une de ces deux parties et une partie tierse. En cas de defaut de remboursement, l’une des deux parties verse une prime a l’autre partie. La CDS etant adosse a un credit, il a ete imagine qu’on pouvait titriser le credit, puisque, globalement, tous les credits sont generalement rembourses, et qu’en plus en cas de probleme, une prime versee viendrait reduire le coup de la perte. Enfin, comme aux USA le credit est hypothecaire, il y avait a l’arrivee peu de risque de perte, mais au contraire, de belles perspectives de gains (theorique) : en effet, si le risque de faillite augmente, la possibilite de recevoir la prime PLUS le produit de la vente du bien, et enfin les taux prohibitifs lies aux CDS, ont fait de ces instruments des instruments tres juteux. Ce duo de choc crees en 2002 (CDS) et 2004 (CDO) ont fait gagner des fortunes aux traders, aux banques. D’un bon rapport, celles-ci se sont empressees de vendre des CDO aux fonds de pension, aux mairies, et meme aux entreprises pour faire fructifier leur tresorerie, comme des produits extremement surs et d’un bon rendement (6, 7 parfois 8 %) et tres liquides (on pouvait les revendre comme des actions, parfois avec une plus value).
Pendant ce temps, nos swaps ont continue a ce multiplies et les activites sur “futures” se sont etendues a toutes les matieres premieres.
Bien entendu, a partir de 2005/2006, un plateau etait atteind commencant a provoquer de l’inflation, notamment dans l’immobilier (20, 30% par an). Les banques centrales ont donc commence a remonter leurs taux d’interets. Il est vrai qu’apres la fin de la bulle internet puis le 11 septembre, tout le monde avait profite de taux ridiculement bas, encourageant l’usage du credit. Acheter sa maison a 3%, j’ai beau etre socialiste, je trouve ce taux ridiculement bas. Car a ce taux, tout le monde (bref, les 60% de ceux qui vivent bien) veut acheter, et cela cree les hausse de prix que l’on a constate, ces 15, 20, 30% annuels. La plus-value pour ceux qui ont achete a 3% en 2002 a ainsi ete de l’ordre de 50% en 3 ans (Paris). Finance a 3%, ca vaut le coup. Bref, je suis contre des taux aussi bas, inferieur meme au livret d’epargne !
L’augmentation des taux a ete reel fin 2006 et la bourse qui avait pas mal monte sous cet effet de richesse a cesse de monter. Ce fut l’age d’or du CDS car les risques de defaut etaient optimum. Et donc du CDO refourgues de banques en banques, remelanges a d’autres produits dans des fonds, etc. Les speculateurs ont retire leur bille de Wall Street a partir de 2007 et se sont portes sur les Futurs, les matieres premieres. C’etait le bon moment : des incendies en Australie allaient priver le monde d’un de ses premiers fournisseurs de bleds et laitages. On l’a bien senti, au Japon, a partir de Janvier 2008, le beurre a tout simplement disparu et le prix du pain s’est envole.
Tous les prix ont alors commence a s’envoler car c’etait desormais l’alimentation qui etait le nouveau “truc”. Et pour calmer ces hausses de prix, les banques centrales ont encore augmente leurs taux. Ce n’est pas un hazard si un office independant vient de backdate le debut de la recession a decembre 2007. Les Americains ont traverse 2007 comme une mauvaise annee avec les premieres expropriations de maisons dues a l’impossibilite de payer, les debuts de la chute des prix dans l’immobilier et l’augmentation du prix de tout. Ils l’ont bien senti, qu’ils se pauperisaient. D’autant que la baisse de l’immobilier n’etait pas prevue.
Nos CDO et CDS reposaient globalement sur l’idee que la valeur gagee garantissait le pret. Que parfois, souvent meme, quand le bien gage avait pris de la valeur, la banque proposait une rallonge de pret. Avec la chute des prix amorcee dans certains etats des fin 2006, c’est le scenario inverse qui se met en place. Les prets, a taux variables, reposent entre autre sur une equation qui tient compte de la valeur du bien, les taux d’interets et le montant restant a rembourser. Si la valeur baisse, le poids du pret s’allourdit et le taux monte, renforce par le mouvement a la hausse des taux de la Federal Reserve. De plus en plus de menages ont ete dans l’impossibilite de payer, ont ete expropries, renforcant la pression a la baisse de l’immobilie par exces de demande. Les prix continuant de baisser, de nouveaux menages ont vu leurs taux monter, etc A cela s’ajoutait le rencherissement de la vie. La recession a bien commence l’an dernier, la crise actuelle en est le resultat, et certainement pas la cause.

Car maintenant revenons a nos swaps, nos CDS et CDO. L’augmentation du nombre de faillites personnelles, la chute des cours de l’immobilier a ouvert les yeux. BNP Paribas a ete la premiere banque a reconnaitre qu’elle avait un probleme de valorisation avec 3 portefeuilles. Pas parce que BNP Paribas c’est super top machin… Non, parce que mes anciens collegues travaillent bien, et que “nous” avons mis en place de bonnes procedures de controle en se posant les bonnes questions, de celles auxquelles j’ai contribue moi-meme en remontant parfois des interrogations qui deplaisaient a mes superieurs mais qui s’averaient pertinentes. Je n’ai jamais cru a l’explication “ca va, c’est interne, il n’y a pas de probleme, c’est qu’une ecriture”. A mon modeste niveau, je suis souvent parvenu a demontrer le contraire. Je n’etais pas seul et je pense que c’est ce soucis des controle qui a conduit BNPP a s’interroger sur ces fond jusqu’a non seulement l’annoncer mais egalement les suspendre. Je prefere ne pas imaginer les saloperies qu’il y avait la dedans. Certainement des saloperies notees AAA par Moody’s, Standart and Poor et autres… sans savoir ce qu’il y avait dedans ni a quels prets, quels clients, quels risques correspondaient reellement ces titres. Les agences de notations sont une plaie. Vous avez l’explication pourquoi BNPP a continue a gagner de l’argent quand tant d’autres s’ecroulaient sous les pertes des montagnes de CDS et CDO.
A partir du moment ou les faillites ont commence a se multiplier, un certain nombre de contreparties dans le cadre de CDS ont eu des problemes pour payer les primes liees au Default. Dans les banques, on a commence a comprendre la problematique. Comme je l’ai ecrit, BNPP a avoue etre incapable de valoriser 3 fonds en aout 2007. Les autres ont annonce que tout allait bien, au contraire, certaines ont rachete les CDS et les CDO dont on ne voulait plus, pariant sur un retournement du marche immobilie des 2008. C’est comme ca que Goldman Sachs s’est debarrasse de toutes ses CDS et CDO et a engrange de large profits.
Mais le vers etait dans le fruit. Tout le monde savait que tout le monde avait plein de ces saloperies. Les banques commencaient a faire des couvertures, a prevoir de mettre de cote pour couvrir des pertes. A annoncer des pertes, puis a avoir recours au marche bancaire pour refinancer telle ou telle branche. 2008 a vu le marche interbancaire de plus en plus tendu car personne sur la place ne connaissait l’etendue du desastre. Or, je vous l’ai dit, pour faire un swap, il faut etre deux.
A la TV, on vous parle de “l’argent que les banques se pretent”. Ce ne sont pas que des prets, ce sont souvent des swaps. Ces swaps procurent des liquidites sans toucher a la structure de la banque, sa ses fonds propres. X a trop de yen non investis aujourd’hui, mais a un leger trou en Dollar, Y a trop de Dollar mais a besoin de Yen, hop, un swap.
L’ennui, si personne ne se fait confiance, est que cela fait monter les taux. Et que quand survient une faillite (Bear Sterns), alors tout le monde sur la place comprend que desormais, c’est chacun pour soi. Et les taux montent. La bourse et l’immobilier descendent, eux, augmentant en proportion les taux d’endettement et donc les taux de remboursement. Le petrole, la nourriture atteignent des sommets et aux USA, le chomage commence a monter. Fideles a leur conception du monde, nos chefs d’etats admettent que l’atterissage de l’economie americaine est plus brutal que prevu, mais que les fondamentaux sont sains, et que le probleme numero un est l’inflation : 3,5% c’est beaucoup trop (je vous rappelle les 25% anglais ou les 14% francais vers 1980 pour mettre de l’objectivite).
La suite, vous la connaissez, c’est le moment ou la television a commence a en parler. Les pertes des banques de plus en plus lourdes, une mefiance generalisee, les faillites des caisses regionales aux USA, l’arret de l’immobilier en Angleterre et en Espagne, les volumes d’echange, en generale a la vente, de plus en plus important en bourse, et puis la faillite de Lehman, moitie a cause de son exposition aux CDS, moitie par vengeance de Wall Street envers cet intrus (le secretaire au tresor Pawlson est un ancien Goldman Sachs et GS detestait LB…), le meme week end ou Merrill Lynch est rachete par Bank of America. La semaine qui suit est une beresina totale, le marche interbancaire est gele, les trader ne tradent plus, plus personne n’a confiance, apres Lehman, a qui le tour. Depuis le debut de l’annee, les volumes des transactions baissaient, cette fois, c’est l’arret. Ce manque de liquidite sur le marche conduit des societes a vendre leurs actions, amplifiant la baisse. A partir de la, les gouvernements decident d’aider la finance, plans de sauvetage voire nationalisations se succedent.

Le marche financier se ranime maintenant, lentement mais surement. Le sauvetage recent de Citibank evite LA faillite que je redoutais par dessus tout. Restent les consequences d’une annee d’assechement de ce qui fait le coeur de la croissance depuis 20 ans. Le gel du credit a stoppe la consommation, deja atone. Le gel du credit rencherit le cout de tresorerie des entreprises. Le gel du credit a fait chuter l’acces au credit. L’immobilier, l’automobile plongent. La crise financiere est terminee. Il y aura certainement des rechutes a la bourse, mais desormais, les banques se refont des swaps, se refinancent les unes les autres. En revanche l’hivers s’annonce long, tres long et menacant pour ce qu’on appelle l'”economie reelle”, cette grande oubliee des 20 dernieres annees, toutes ces entreprises placee de fait a la merci de la finance.
Qu’on ne me fasse toutefois pas dire ce que je ne pense pas. Je ne pense pas que la Finance soit responsable de la crise. La finance est une activite economique comme une autre. La “rupture conceptuelle Thatcherienne” a offert des opportunites de business. Apres tout, c’est la “rupture conceptuelle Keynesienne” qui a entraine le boom de l’industrie. Dans une economie de marche, les hommes repondent aux opportunites qui se presentent. Les etats ont encourages la pression salariale, ont arrete de financer le logement social. Pour autants, la population voulait continuer a se loger, a avoir un chez soi. Les banques ont cree des instruments qui leur permettraient de realiser ce reve en essayant de se proteger, donc en demandant des taux plus eleves et en structurant le plus possible.
S’il y a une responsabilite, elle est politique. On a accepte un consensus social fait de bas salaire et de baisse d’impots. On a l’economie qui va avec. Et la societe qui va avec cette economie.
Maintenant, j’ai beaucoup entendu les socialistes gesticuler sur une victoire de leurs idees dans cette crise. Si j’ecris ce post, c’est parce que je ne suis pas d’accord. Il ne peut y avoir de victoire des idees socialistes dans cette histoire parce que tout d’abord ils n’avaient jamais fait le constat de cette situation (j’accorde un credit a P. Larrouturou qui a tente depuis 3 ans de faire debattre sur cette question, soutenu en cela par Michel Rocard qui avait alors declare tres justement que les socialistes n’echapperaient pas a un debat sur ce qu’est reellement le marche, a moins de vouloir assister impuissant a la desagregation de la bulle financiere…), qu’ensuite ils ont accompagne le mouvement (en France, ils ont libere les prix, privatise, promu le franc fort, dematerialise la bourse, promu la restructuration de la dette (des swaps) et son effacement pour les pays du tiers monde (mention special pour Mitterrand qui en a fait effacer une partie). Qu’enfin, j’aimerais qu’on me dise quelles idees ont gagne. Et c’est la desormais ou je veux en venir.

Le fameux retour de l’Etat. Oui, l’Etat eponge est de retour. L’etat qui en France subventionnait la siderurgie pour que la siderurgie puisse verser un dividende aux actionnaires. Si c’est ca, le retour de l’etat qui fait tant plaisir aux socialistes, je le leur laisse.
Car en fait, nul part, pas meme aux Etats-Unis, on ne se tourne vers la cause reelle de cette crise. Une vision du monde basee sur la demission des ambitions collectives et la promotion de l’ambition individuels. Cette crise, c’est le resultat de 30 ans de baisse des salaires. C’est l’abandon des ambitions sociales fondatrices d’egalite : medecine gratuite, education gratuite, secteur immobilier mixte (public et prive), salaires eleves et prestations de qualites. Si l’economie ne sert pas a vivre en societe, j’aimerais qu’on m’explique a quoi sert de vivre en societe. Je ne promeux pas le retour aux politiques des annees 60. Je reviens juste a la base du socialisme, avant Keynes, une ambition collective qui permette la realisation pleine de chaque individu bref, un authentique projet democratique qui pose la question du pouvoir, de qui l’exerce et comment il l’exerce. Un authentique socialiste ne peut qu’etre anti-bolchevique, ce systeme qui nie l’individu et rejette la democratie au nom d’un ideal superieur n’appelant aucune concession (c’est a peu pres ce qu’exigeaient les 21 conditions adressees par Lenine aux socialistes du monde entier et qui value la scission entre socialisme et communisme). Mais un authentique socialiste ne peut que nourir d’un meme rejet une societe tout autant anti-democratique, ou toute ambition collective se trouve limitee, contredite voire anihilee par “le marche”, en fait le petit groupe d’individus suffisamment riche pour controler la propriete. Qu’ont fait les travailleurs chez Ford pour meriter peut-etre bientot de perdre leur emploi ? Sont-ils responsable du gel du credit, des CDS, des CDO ? Des mauvais choix de leurs dirigeants, des megas bonus qu’ils ont empoches pendant des annees ? Non, ils ont assemble tranquillement les voitures qu’ont leur demandait d’assembler. Avec la chute de la bourse, leur retraite par fond de pension vient de partir en fumee et un eventuel licenciement mettra fin a leur assurance maladie privee. Ils ont souvent quitte leur region pour venir travailler a Detroit. Si Ford fait faillite, ils ne trouveront pas de travail dans cette ville dediee a la voiture.
Que deviendra leur vie ? C’est cela, la democratie ? Etre victimes de decisions que l’on n’a pas prise, mieux, etre victime de decisions que l’on n’a pas prise parce que les repressions anti-syndicales et anti-socialistes des annees 1880, 90, 1900, 1910, 1920… etc, ont elimine toute possibilite d’entendre la democratie comme un pouvoir, aussi, de l’activite economique par celle et ceux qui la font vivre, limitant le champs de revendication au seul champs qui interesse lesdites entreprises : le “pouvoir d’achat” (donc les debouches). “Les distinctions sociales ne peuvent se justifier que sur l’utilite commune” dit la declaration des droits de l’homme. Les travailleurs ne sont donc pas utiles ? Et les dirigeants corrompus sont plus a meme de prendre des decisions dont ils ne sont redevables que devant eux ? Voila de belles violations des droits de l’homme et par voix de consequence, a notre constitution.
Alors, en ecoutant des dirigeants de gauche dire que ce sont leurs idees qui gagnent, cela m’attriste et me revolte autant que cela me fait sourire. Ils n’ont pas d’idees. Et de toute facon, ils ne savent meme pas comment fonctionnent l’economie liberale qu’ils gerent avec empressement.
Et les plans de sauvetage ne sont pas socialistes. Comment le pourrait-ils quand il s’agit d’eviter la barbarie d’une disparition de la finance (avec Super Hitler et ses micro-onde geants). Il faut sauver la finance pour sauver egalement la possibilite de la sociabiliser un jour. Enfin, la je blague un peu…
Au contraire. Une fois la bourasque passee, on va faire encore plus de swaps, encore plus de derives. Car tout l’environnement financier a change, en trois mois. Des institutions qui ont fusionne, des taux d’interet qui ont fondu, des etats qui vont avoir besoin de liquidites, et des millions de personnes qui vont profiter de renegociations de leurs taux… Ca fait beaucoup de travail pour la finance. Je pense que je secteur va se reveiller vraiment dans le courant de l’hivers et tournera a plein regine des la fin de l’annee prochaine. Je pense egalement que pour tres violente et profonde qu’elle sera, la recession sera de courte duree et que la reprise economique sera assez forte. En V. Ca ne veut pas dire que cette crise ne laissera pas de trace. Mais je ne pense pas que ce soit une grosse crise durable. Il y a deja en place beaucoup d’elements qui plaident pour une embellie rapide. J’ai vu les premieres etiquette “prix en baisse, remontee du yen”, et bientot la taxe sur les carburants appliquee par les compagnies aeriennes ne sera plus qu’un lointain souvenir. L’alimentation sera en baisse tres rapidement.
Toutefois, comme je l’ai ecrit, le fond des politiques n’a pas change. Et on preparera la prochaine crise. Et l’economie ne sera pas toujours en mesure d’encaisser une telle violence. Pour cette fois-ci, parce que nous sommes toujours dans une phase longue de croissance, que la plupart des secteurs economiques font des profits (rognes en ce moment, mais il en reste) et on beaucoup investi, je reste persuade que la reprise sera plus rapide que prevue (je l’avais ecrit je crois en Janvier en prevoyant en meme temps une correction brutale quand tout le monde ne voyait rien venir) et que suivront plusieurs annees de forte croissance ou nos gouvernements utiliseront l’argument de l’intervention publique actuelle pour faire encore plus de coupes sur les budgets sociaux.
Allez, c’est fini pour aujourd’hui.

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

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  • Je te remercie, Joelle. Ca fait un mois, deux mois que je voulais ecrire a ce sujet, y pensant et construisant progressivement la trame.
    Je l’ai ecrit d’une traite, bref, c’est plein de fautes de frappe, de redites et de fautes d’orthographe… Il meriterait peut-etre d’etre corrige de fond en comble, mais je crois que la trame est fidele a ma pensee, a ce a quoi je voulais en venir. Je l’ai vite relu sans le retouche, ca a ete mon impression.
    Merci de l’avoir lu et d’avoir poste un commentaire. Je te dois de bon moments sur Youtube a regarder des films anciens des annees trentes. Cette crise a ca de bien qu’on redecouvre toute une epoque un peu comme si on la revivait.
    Mais ne t’inquiete pas. On va la sentir passer mais ce n’est pas la grande depression. Pour le coup, je souhaite vraiment ne pas me tromper quand je dis qu’on devrait sentir l’embellie des l’ete prochain…
    Je t’embrasse,
    S-

  • Critique minime : Après l’étape : CDS / CDO, il aurait été bon de parler des SPV (Special purpose vehicule). Je pense que c’est vraiment cette étape qui a fait flancher le système : panier de titre avec une très notation dont personne ne sait ce qu’il y a vraiment dedans. A ce propos, la présentation de Rue 89 était très clair pour les non spécialistes :
    Le B.A-BA de la crise des Subprimes

  • L’appel de Pierre Larrouturou à un sursaut des socialistes européens commence à être entendu :
    Une soirée-débat intitulée “Crise financière et économique : comprendre pour agir” aura lieu à Bruxelles le jeudi 11 décembre de 19h30 à 21h30 à l’ULB (salle Dupréel, avenue Jeanne 44), en présence d’Elio Di Rupo (président du PS belge francophone), Poul Nyrup Rasmussen (président du Parti Socialiste Européen et député européen) et Pierre Larrouturou (économiste et auteur de l’ouvrage “Le livre noir du libéralisme“).

    Entrée gratuite

    Si vous ne pouvez pas vous rendre en Belgique, sachez que le débat sera diffusé en direct sur http://nouvellegauche.fr

    Faites circuler l’info !

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