Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Ôsaka, sous le soleil

    Aujourd’hui nous allons à Ôsaka. Pour moi cela fait un certain temps, pour Jun, cela fait quasiment jamais. Je m’interroge un peu sur l’intérêt de visiter le chateau (reconstruit dans les années 50, en béton), mais d’un autre côté, faut bien que je vois à quoi ressemblait un chateau “féodal”… Je pense que ce sera pour ce matin et que dans l’après-midi on ira plus au sud vers Tennojo, la Tsutentaku et l’éternelle shôtengai de Namba.
    J’ai des coups de soleil assez forts aux bras et sur le nez. J’aime bien, mais je serai prudent aujourd’hui. Je suis dans la chambre de l’hôtel, il est 8 heures 50, Jun finit de se préparer. De dehors, j’entends les cigales, les grillons et toutes les petites bestioles aui font l’été japonais. Parfois le cris d’un sempiternel corbeau. Il fait vraiment très beau, très chaud : je travaille toute la journée dans une atmosphère climatisée, quel contraste. J’ai l’impression, plus qu’à NOVA encore, de ne plus du tout ressentir la nature. À Nova, mes horaires (après-midi et soirée), ainsi que le quartier (Ginza) me donnaient l’occasion de ressentir les saisons. Je rentre dans la Mori à peine sorti du métro et n’en sors que le soir. Je déteste le quartier de Roppongi, qu’y faire le midi ? Il m’est bien arrivé ces derniers temps de sortir et faire une sieste dans le jardin à côté de Asahi Terebi. Tiens, c’est marrant, mes collègues connaissent les noms de tout dans le quartier, moi, je les ignore superbement. Bref, je suis “tempéré” du matin au soir, à 20° bien comme il faut.
    Ici, le soleil est brûlant…
    J’ai écrit ça le matin. Je confirme, le chateau ne vaut le coup que de dehors… Dedans, c’est vraiment douteux.
    Je suis retourné dans un restaurant d’okonomiyaki que j’aime bien, et j’ai mangé les meilleurs okonomiyaki de toute ma vie !!!!
    Allez, il est tard, ici!

  • Deuxième jour à Kyôto

    Deuxième jour à Kyôto

    Ca faisait longtemps aue je n’avais pas posté de photos…A part ça, très beau temps et jolies promenades… Ici, à Kitano Tenmangu.
    Dimanche 10 Août 2008, Kyôto

    Je retrouve le plaisir de mettre des accents, d’utiliser un clavier français : mon bon vieux sympathique iBook m’accompagne et je profite de quelques minutes pour écrire. Nous sommes arrivés hier vers 9h30. Quelle chaleur… Le soleil a tardé à se montrer mais quand il est apparu, la chaleur est simplement devenue intenable. On y sera vite habitués je pense, mais j’ai finalement renoncé à ma promenade a Fushimi; on ira en fin de journée, vers 6 heures, quand la brise du soir se lève et que le soleil, devenu inoffensif, vire au rouge et dessine de longues ombres sur les trottoirs. On a fait une de ces promenades de soirée hier soir et c’est définitivement agréable. Malgré un orage en aprés-midi et un deuxième en soirée, de lourds nuages noirs sont arrivés très lentement, grossissant comme s’il ramassaient leurs copains au passage, et puis le tonnerre s’est fait plus précis. Quand il a commencé à pleuvoir, une bonne grosse pluie d’orage, épaisse, nous étions bien à l’abris dans un 100 yen shop de Teramachi, le grand shôtengai (rue commerçante généralement couverte) du quartier Shijô. Je voulais aller à Ôsaka, mais je me suis décidé un peu tard et la perspective d’une heure de train ne m’enchantait guère. On a fait de boutiques. Je me suis acheté des lunettes de soleil qui ressemblent à des lunettes de vue et me font une tête d’Allemand.

    C’est d’ailleurs un de mes projets de rentrée : je vais me faire faire des lunettes de vue car mon hypermétropie est désormais réelle. J’ai porté des lunettes à l’adolescence. Le docteur m’avait expliqué pour faire simple que je voyais trop bien. Je comprends désormais. Ma focale se fait sur le lointain où je l’avoue je perçois parfaitement les moindres détails. Mais de près, c’est maintenant que je m’en apperçois, j’ai toujours du fournir un effort; depuis peu, peut-être à cause de ces longues heures passées devant mon écran récemment, je ne parviens plus à fournir cet effort et pour voir clair, il me semble que je me ferais loucher. Bien sûr, j’y parviens, ce n’est pas encore handicapant mais ce serait beaucoup plus simple avec des lunettes.
    J’ai toujours rêvé de porter des lunettes. Enfin, disons depuis l’âge de 25 ans.
    Ce matin, petit déjeuner à l’hôtel, et puis quelques visites. Kyôto…

    Kitano Tenmangu, loin des foules du Nouvel An et sous le soleil. Le plaisir d’un guide passionné, aussi.
    Nijôjo, deuxième visite du Palais. Pour Jun la première.
  • Tokyo en ete

    Il fait chaud sur Tokyo, tres chaud, tres tres tres chaud. L’ete est arrive d’un coup, vers la fin du mois de Juin, quand les temperatures, malgre le Tsuyu, avoisinaient sans relacher les 28 C le jour et 24 C la nuit. Et puis, il y a deux trois semaines, quand le Tsuyu nous a quitte, tiens, c’etait a point pour les hana-bi, les temperatures ont depasse 30 C, il s’est mis a faire chaud, on a repris plaisir a se promener le soir malgre la peau moite et la sueur – au Japon, on transpire comme nul part. Avec Jun, nous sommes alles voir le Hana-bi de Yokohama – une foule… Et puis la semaine suivante, celui d’asakusa ou nous avons retrouve Yoshinobu en vacance depuis le 18 Juillet, et qui passait quelques jours a Tokyo. Moi, cette annee, je me suis achete un Yukata, mon premier, et des zori : comme m’a dit une vieille dame, je suis un vrai Japonais. Je n’ai pas pense a lui faire remarquer qu’avec son T-shirt et son jean, c’etait une vraie occidentale, c’eut ete deplace. En tout cas, je suis tres fier de ma facon de nouer le obi : je suis un expert ! Et je vous confesse aussi que le yukata, en ete, c’est fantastique : le vent remonte le long des manches et raffraichit les bras, le torse, les jambes sont a l’air, a l’aise. Je ne comprends pas pourquoi modernisation veut dire “costume cravatte”. En Europe, la vraie modernisation, ce serait adopter le yukata en ete, plutot…
    Au travail, les jours se suivent. Il m’arrive d’eprouver du plaisir dans ce que je fais, mais Lehman est quand meme une entreprise difficile ou regne une certaine improvisation et donc un certain stress. Et comme je continue de ne pas me faire a ce quartier de Roppongi, je reste reserve. Il y a quand meme quelque chose de positif : je suis vraiment dans l’equipe, je suis reconnu sur ce que je fais. J’ai meme un peu le sentiment d’etre le meilleurs. Mais ca c’est debile ! Je parle anglais en permanence, assez peu Japonais et quasiment pas francais. Le week end, je ne parle que japonais.
    J’ai traverse une periode assez inedite dans ma vie, marquee par votre absence et par mon effacement. Je me suis rempli de mon travail, de ses horaires, de ses ecrans et de son rythme. Je me suis glisse dans les metros du matin, bondes, les corps qui se frolent dans un silence inquietant, le train qui s’arrete pour reguler le traffic et puis la correspondance a Kayabacho, le wagon qui se vide comme quelqu’un qui vomit les 50 litres de biere avales d’un trait, ca sort dans tous les sens, quelqu’un tombe, bouscule, ca pousse quand meme, on sort la mine furieuse posee sur cet(te) imbecile qui en tombant nous gene. Oui, le Japonais sont sociaux partout SAUF dans le metro. Des fois, je nous fait l’impression d’etre un de ces boeufs transportes en wagon et qui sortent quoi qu’il arrive en meuglant et en se chevauchant sitot la porte ouverte. Moi, petit a petit, ca me fait du bien : ca me de-Houellebequise. Il faut dire que pendant un temps, les heures de pointe me sur-Houellebequisaient !
    Le soir, c’est tout le contraire. Ce peut etre plein mais on rit, les etudiants rient et les sarariiman au teint rougi par l’alcool affichent des mines d’adolescent hilares, meme et surtout s’ils s’endorment.
    Autant dire que durant cette longue periode, je sortait de chez moi a 8 heures et ne rentrais que vers 21 heures, 22 heures et parfois plus. Beaucoup plus. Je ne sais plus trop si c’est a moi que je prouvais quelque chose, ou a mes collegues. Mes activites intellectuelles se sont trouvees reduites a bien peu de chose. Mais je crois que c’etait necessaire, j’ai veritablement coupe avec la monotonie de l’epoque NOVA. Mes week ends sont de vrais moments de repos, nous sortons, allons au musee, faisons de belles promenades.
    Recemment, quand tout fut finalement bien installe dans ma tete, bien a sa place, j’ai eu une envie de Maruzen. Maruzen. Une grande librairie, celle de Nihonbashi ou celle de Otemachi. Des romans. Tout doucement je me remets a lire, depassant la fatigue dans les transports ou le soir, a la maison, je recommence a lire. Je vous en reparlerai plus tard. Le midi aussi, je reprends mon temps. Durant ce long passage, le midi, c’etait sur le pouce, devant l’ecran. Je recommence a sortir, hier j’ai fait une sieste au soleil. C’etait agreable. Je porte sur mes epaules la fatigue des trois derniers mois, mais c’est une fatigue saine que mes vacances a Kyoto, la semaine prochaine, effaceront.
    Kyoto. Rien a ajouter a ce sujet. Si, Kyoto, pendant 9 jours.
    Comme un peu partout dans le monde, ici aussi les prix ont monte. Le beurre est meme venu a manquer pendant deux mois et, quand il est reapparu, ce fut pour “un paquet par client” et 80% plus cher. Pour les Japonais ce n’est pas bien grave. Mais pour un Francais…
    C’est quoi, un Francais qui ne mange pas de beurre ?
    L’electricite, le gaz : tout a augmente. Mais c’est drole, dans l’alimentation, pas tant que ca pour le moment. iPhone est arrive ici, mais j’ai entendu dire que c’est quasiment impossible pour un etranger d’en acheter un (a moins de le payer les prix fort). A la television, des crimes horribles, chaque semaine, comme une preuve pour de vrai que la peine de mort ne reduit pas la criminalite. Des crimes vicieux, premedites, ressasses, par de veritables psychopathes, de vrais pervers qui valident la theorie Freudienne comme aucun expose ne pourra jamais le faire : tous les criminels sont des puceaux de 25/30 incapable de creer un relation avec les autres. Des graves, des otakus…
    Allez, je vais travailler.

  • Retrouver le gout, retrouver le sens

    Retrouver le gout, retrouver le sens

    Je n’ecris pas pour m’occuper. Je ne crois meme pas que cela me soit arrive ne serait-ce qu’une seule fois. J’ecris parce que j’aime ca et parce que, quoi que j’en dise, j’aime etre avec mes lecteurs.

    Une bien longue absence. Et croyez bien que je ne range pas mon dernier passage par ici ppur u moment serieux. Je n’y etais pas. J’aime franchir l’etape de l’oubli quand j’ecris, mais cela n’est possible que quand on ecrit tous les jours, et qu’on franchit les trentes minutes. Ce n’est pas une question d’ecriture automatique, c’est le moment ou les mots viennent tout seuls et s’accordent traquillement avec le rythme de la frappe. Rien ne vient distraire la pensee. C’est une sensation agreable. Je m’en prive depuis un certains temps.
    On appelle ca le travail. J’appelle ca le sens de la realite. A quoi cela sert-il d’ecrire si on n’y est pas. Ce n’est pas une question. C’est mon avis sur la question.
    Le temps est maintenant definitivement passe a l’ete. Cet apres-midi, alors que j’etais dans un bus hyper climatise, revenant de la mairie ou j’etais alle remplir quelques formalites, je regardais les arbres, verts, et le ciel, gris, des enfants jouaient, et j’ai pense voila, c’est l’ete. Au Japon, ete ne rime pas forcement avec ciel bleu. Mais il rime bien avec chaleur. En ce moment, comme c’est la saison des pluies, il fait chaud et il fait humide. Il m’arrive depuis trois jours exactement ce qui m’est arrive il y a deux ans et qui m’avait fait si peur. Vendredi, Jun et moi nous sommes retrouves a la gare de Tokyo, on a marche, on est rentre dans un restaurant de tempura, j’ai bu trois verres de biere.
    On s’est promene jusque vers Kayabacho dans ce quartier qui fleure bon l’Est parisien. Arrives vers Tsukishima, un terrain en pente, et la Sumida, je devale la pente a toute allure. Probleme, mes chaussures adherent peu et le terrain est glissant des dernieres pluies, je n’ai pas d’autres alternatives que m’arreter et tomber sur le beton en bas ou accelerer et sauter en bas. Je choisis la deuxieme solution, j’ai fait une reception d’une rigidite qui m’a surpris. Ca a reveille mon entorse et ma faiblesse au genoux gauche. Resultat, petite inflammation. Je fais une legere fievre depuis trois jours. Je dis legere, mais samedi je suis quand meme monte a 38… Le temps est tres eprouvant, le metro est parfois glace et il est deja tres difficile de s’y faire, alors avec une legere inflammation, c’est simplement impossible. Alors aujourd’hui j’ai decide de ne pas aller travailler. C’est que pour completer le tableau, il faut preciser que j’avoisine desormais les 50 heures par semaine… Je dors peu, je ne marche presque plus. Quelque chose ne tourne pas rond… Aujourd’hui donc, repos, histoire de faire passer mes petits bobos, me reposer. Et meme vous ecrire un peu. Ce soir ca va beaucoup mieux. C’etait necessaire. Et puis cela m’a permis d’aller faire deux trois babioles a la mairie. J’ai une tache autrement delicate qui m’attend, je vous en parlerais.
    La semaine passe tres vite, les week-ends aussi. J’essaie de convaincre Jun de passer au velo. Le metro me sort par tous les trous, c’est un gachis de temps quand arrive le week end, ces longues heures passees a etre assis a attendre d’etre transporte. Pour cela, Tokyo n’est pas la ville ideale. Trop grande. Et puis il va bien falloir que je demenage…
    Ce soir, je me couche de bonne heure.
  • Lundi 16 juin 2008

    Lundi 16 juin 2008

    Le temps passe trop vite. Des fois, j’aimerais l’attraper quelques instants pour pouvoir en partager un petit morceau avec vous, mais il y a bien longtemps que j’ai renonce a pareille illusion. Je garde le peu qu’il me reste, jalousement, pour le donner a Jun. Allez donc savoir pourquoi… Yann me comprend certainement. Gay et etranger au Japon, c’est un peu etre une meduse, a la merci des courants, sans attache. On fait comme on peut. Nous n’avons pas ce profil pathetique de certains etrangers, entiches de “leur” Japonaise autant que de leur reussite sociale a trois francs six sous. On ne sait pas faire. Nous avons la solitude en bandouliere. Autant s’en faire une alliee. Non pas que nous soyons seuls, non, mais ce bonheur que nous pouvons vivre est un bonheur precaire, non reconnu par la loi. Pas de mariage avec “la” Japonaise, le visa et le kimono. Nous sommes des etres gratuits, avec l’autre parce que nous desirons etre avec lui. A Jun je donne beaucoup, autant qu’il me donne. Le temps passe vite alors…
    Ce temps qui passe vite, c’est d’abord au travail que je le passe, et que je le perds. Je ne commente meme pas. C’est comme si un piege inevitable s’etait referme sur moi. Du matin au soir, parfois tres tard, la precarite encore, et le salaire qui ne suit pas. J’ecris, la, mais je me sens une ecriture videe, rarefiee, avare et inutile, bavarde. Fatiguee.
    J’aimerais vous raconter. Vous raconter quoi…
    Allez, je vous laisse, heureux de vous (m’) etre revenu, et de vous avoir offert quelques photos de mes week ends tranquilles et curieux. Pour le travail, j’essairai de trouver mieux un peu plus tard, mais disons que je commence a m’y faire…

  • 六本木ヒルズ30階 Vendredi 23 mai 2008

    Il y a bien longtemps. Est-ce dans une autre vie ? Sur une autre planete ?
    Je suis voyageur en absence. En absence de vous, en absence de moi. Je me suis fait travail. Je me suis fais occupe, depasse, stresse. Je me suis fait oublie(r) (remarquez la tres forte difference semantique qu’implique cette simple consonne, le “r”, ce transitif / intransitif : je fais de oublier un nom, etre un oublie / je garde le verbe, je me fais oublier… mais remarquez, je trouve le nom plus juste, etre un oublie : prenez une carte du monde, sortez de votre appartement et regardez ces SdF qui hantent vos quartiers, vos rues, vos metros, regardez tous ces lieux de souffrances anonymes, ne sont-ce pas la les “oublies”, oublies de notre quotidien au fond de leur desarroi lui-meme quotidien et presque banal, oublies qui nous nous rappelons a notre memoire le temps d’un marathon de la charite, le temps d’une campagne electorale…)
    Il fait beau aujourd’hui, mais voila le tsuyu qui pointe le nez… aloes il fait chaud, et il pleuvra desormais trois a quatre jours d’affilee, puis il fera beau et de plus en plus chaud pendant deux trois jours, et cela continuera ainsi jusque fin juin debut juillet… Voici la saison de pluies japonaise qui commence. Les pluies des prunes, 梅雨…
    Oui, c’etait dans un autre temps, une autre poque, je crois. En ce temps la j’ecrivais un blog et il me prenait parfois comme une pretention, comme une ambition d’ecriture. C’etait avant. Desormais ecrire est un luxe, ce sont des minutes que je dois trouver, voler, ici ou la…
    Mais je vais bien. Juste tres fatigue par un travail qui me prend plus de 11 heures chaque jour, dans une entreprise que je n’aime pas, entoure de gens qui me disent a peine bonjour. Je suis fatigue. Mais ca va.
    Allez, je vous reviendrai bientot avec des albums de photos, car heureusement, mes week-end sont desormais occupes de belles promenades dans et hors la ville.
    A bientot.

  • tout simplement, 葛西、20年4月25日

    Voici revenu le sentiment soleil. Soleil qui revient, tres timidement, certe, mais qui revient. Les temperature sont desormais douces et une sensation de printemps m’envahit chaque jour un peu plus. Le blanc et le rose des cerisier sont desormais affaire ancienne, la plupart des arbres sont desormais verts, verts, verts. Vert.
    Le vert est la couleur du Japon, et c’est certainement pour cela qu’on y idolatre la jeunesse, son energie, sa force vitale. On sait tres bien que cela n’est qu’ephemere, enfin, quand elle est derriere soi. Pour les jeunes, elle est le temps present, l’amorce du beau printemps et du magnifique ete.
    J’ai desormais devant moi mes moissons…
    Le sentiment soleil, c’est aussi la Golden week, cette semaine de conge. Cette annee, coupee en rondelle mais qui se plaindrait d’avoir 3 jours de conges… Donc ce sera d’abord mardi la semaine prochaine, et puis la semaine suivante lundi et mardi. Ca ne se refuse pas, et ce sera l’occasion de sortir un peu de Tokyo. La meteo s’annonce clemente. Hier soir, je suis alle faire quelques courses apres le travail, il pleuvait. En sortant du magasin, je me suis presque senti en ete, il faisait presque chaud. A partir de dimanche, c’est le soleil qui dominera, semble t’il.
    Le sentiment soleil, c’est la naissance de Julien, le petit d’homme qui viendra raviver la maison de Veronique, Stephane, Helena et Emilie.
    Le sentiment soleil, c’est aussi mon regime. Le fait de ne plus manger de viande. Et de voir, malgre ma liberte retrouvee dans l’alimentation, mon poids continuer a baisser tout tout tout doucement. J’ai desormais perdu 10 kilos par rapport a mon peak de fin Janvier. Je suis monte a 88.5 kilos. Je mesure 1,77 metres…Ce matin, je pesais 78,5 kilos… Et pourtant, je mange des cereales, des fruits et du yaourt le matin, je mange une pomme le matin et une l’apres midi. C’est vrai que le midi je suis plutot salade (avec sauce, mais sans viande, et une bonne poignee d’amandes, mais le soir, je mange du riz (un bol), des legumes (et notamment de l’avocat), des oeufs ou du poisson arrose de sauce soja. Hier soir, j’ai remange une pomme par dessus. Eh bien, depuis que j’ai “arrete” mon regime, j’ai encore perdu un kilo… Le week end dernier, j’ai mange un peu de pain pendant le repas (ben oui, avec Jun…), et meme un peu de confiture au petit dejeune; Jun et moi nous sommes partages 2 paquets de Petits LU en deux week-ends… Un paquet chacun, quoi! Mon corp semble finalement apprecier puisqu’il ne profite pas des quelques ecarts pour reconstituer des reserves (ce qui se passe avec les regimes vitesse, 7 kilos en trois semaine, reprise en un mois, avec les 2 kilos bonus, c’est que le corp est prevoyant, des fois qu’on lui refaisait le coup, he he he…). Le cholesterol est definitivement LA clef du metabolysme, et je trouve insense qu’on n’insiste pas pour que les gens qui ont des problemes de poids augmentent leur consommation d’acides gras insatures et reduisent autant que possible les acides gras satures (pour faire simple, la viande et les produits laitiers). Moi, je me mange 4 a 5 avocats (gras) par semaine, j’assaisonne a l’huile d’olive ou l’huile de sesame et mes oeufs frient dans de l’huile d’olive. Ca coupe la faim, les lipides! C’est vrai qu’en revanche ma consommation de Sucre, de glucide a baisse dramatiquement, mais je n’en ressens pas un besoin intense. Comme le dit Joelle (lien sur le cote, superficiel.org) dans un de ses posts, en fait, quand on ne mange pas de sucre, on n’en ressent pas le besoin. Mais garre si on en mange, meme un peu ! C’est pour cette raison que j’ai decide, cote sucre, de vraiment reduire aux fruits et aux sucres lents et de me faire vraiment plaisir quand j’en consomme, en mastiquant et en mangeant vraiment ce que j’aime le plus. Le wek-end dernier, la confiture de framboise fut un moment divin…
    Par contre, je devrais me forcer a aller au sport… je n’y vais plus !
    Le sentiment soleil, c’est mon travail dans sa vitesse de croisiere et la certitude que je vais trouver nettement mieux d’ici quelques mois. L’avenir ouvert est un une sensation que j’avais un peu perdu, et qui est revenue petit a petit. L’estime de soi, la saine ambition, voila ce qui me definirait le mieux aujourd’hui.
    Et donc des projets. Tout d’abord (l’antienne de l’Etranger au Japon), me remettre a l’etude de la langue. Je voudrais lire, et ca c’est nouveau. Je me sens analphabete. Je ne peux pas parler de mon travail, le vocabulaire me mange. Alors, j’ai commence a en grapiller a droite a gauche sur ma propre activite. Le simple fait de reecrire des kanjis a provoque une nostalgie… Cette langue trouve sa source dans la nature (grammaire faire de registres divers de ce que j’appelle “sensualite”, dans le sens que c’est le contact et le contexte qui definissent si la langue) ET l’ecrit (le vocabulaire s’est constitue dans une reinterpretation des sons des caracteres chinois et la creation d’un vocabulaire exclusivement japonais associe au sens que ceux-ci fournissent dans des jeux de combinaisons, parfois incroyables). Bref, la encore l’energie, maitrisee ou debridee, et le bricolage. On m’a souvent dit que le chinois est assez facile. Le japonais est redoutable. Il existe parfois des dizaines de combinaisons de “kanjis”, avec donc des lectures (sons) differentes pour dire la meme chose. Et ce sera dans le sens meme des kanjis qui les composent que d’infinies nuances semantiques apparaitront. Les kanjis sont au japonais ce que le latin est au francais, mais dans un pays qui n’a pas connu l’academie pour “simplifier”. Au contraire, sous Meiji, on en a remis une couche en creant un vocabulaire savant destine a traduire des concepts occidentaux. On a donc assemble des kanjis (et par voix de consequen des sons) pour leur sens a chacun, et on a construit des assemblages. A l’arrivee, des mots parfois de 3, 4 ou plus de kanjis, qui froment un mot nouveau. Autoroute, 高速道路 / kou-soku-dou-ro /grande – vitesse – chemin – voie. En “vrai” japonais, takai- hayai – michi – michi. Quand a avoir pourquoi on a choisi ces sons plutot que d’autres (c’est vrai, pourquoi dou-ro, et pas, par exemple, tsuu-ro… autres possibilite), ca c’est un mystere. Et donc, si vous ne maitrisez pas le japonais ecrit, vous paserez a cote de cette subtilite, ici, il y a deux fois l’idee de rue, quand meme! Traduisons, Voie reservee a grande vitesse. Une autoroute, quoi ! Plus recemment, toutefois, ils ne s’embarassent pas et utilisent le mot etranger, directement, ecrit en katakana. ハイウェイ / ha-i-we-i. Mais qui sait si, lors d’un raidissement nationaliste, on ne verra pas un jour, 高速道路 / saa-bu-we-i. Ils en seraient bien capable… Bon, en tout cas, ca s’est passe comme ca… Et ne pas lire couramment cette langue est un outrage a cette civilisation qui cache par la de veritables tresors. On veut visiter des jardins prives, on ne sait meme pas lire. Nous sommes des cretins. Je suis un cretin. Je dois donc m’y remettre…
    Ce matin, au infos sur la NHK, reportage sur le Kasatomaru / 笠戸丸, ce bateau qui en avril 1908 inaugura l’expedition de Japonais vers le Bresil. Pres d’un millions de Japonais qui ont ete ainsi, de 1908 a 1940, envoyes la bas et qui ne sont jamais revenus. Travaillant dans les plantations de café essentiellement, oublies, c’est une part honteuse de l’histoire du Japon qui refait surface depuis quelques annees, reconnue dans les larmes par  le premier ministre Koizumi il y a deux ans. Ils devaient trouver la-bas un bon travail, un bon climat et pourrait ainsi aider leur famille dans le beoins. Ils ont en fait ete une main d’oeuvre servile et n’ont servi qu’a enrichir de riches planteurs et les riches commercants qui les avaient envoyes la-bas. J’y ai repense quand j’ai entendu une emission sur l’Ile Maurice, dont la population Indienne a subit le meme sort. La plupart des descendants de Japonais ne sont pas riches, parfois pauvres, et les plus jeunes profitent de la possibilite de rependre leur nationalite japonaise. Bresiliens de fait, ils ne parlent pas japonais et fournissent desormais une main d’oeuvre non negligeable de l’industrie automobile (Toyota essentiellement), sous payee et precaire, quand ils ne travaillent pas dans les decheteries. Un eleve habitant Saitama m’avait dit que Saitama, c’etait ce qu’il y avait de pire en matiere d’ecole car les enfant y cotoient pakistanais et “japonais du Bresil”. Un racisme de fait, qui conduit les jeunes femmes a la prostitution ou aux travaux les plus ingrats, enrobe de bons sentiments nationalistes. Leur nationalite “japonaise” est le pretexte a fournir au Japon un sous proletariat que le vieillissement de la population rend plus rare. Or, le sous proletariat est vital a l’economie japonaise…
    J’ai beau regarder la NHK, je reste sidere par cette television capable de parler pendant des jours d’un accident de voiture qui a tue une fillette dans un coin paume, d’une jeune femme qui a fuit devant la police, chaque jour apportant un nouvel element –ici la camera de securite n’a pas pu la filmer car l’angle de vue ne le permettait pas –gros plan et image en boucle-, ce matin, elle s’est enfuit par tel escalier –gros plan et image en boucle-… et ignorer les scandales des travaux publics (normes anti-sysmiques non respectees), le deficit public collossal servant a graisser la patte aux… travaux publics, le scandale des heures supplementaires non payees obligatoires, la mafia / extreme droite qui regulierement empeche la liberte d’expression (dernier en date, un film chinois retire des salles car racontant l’histoire du sanctuaire Yasukuni…). Sur les chaines privees, en plus, les presentateurs mangent… Quand a ces musiques en fond qui consacrent le caractere de spectacle des informations… L’air imperturbable sur la NHK est ce qui m’epate le plus. Extremement japonais, maitrise. Rien ne depasse.
    La meteo joue du variable, le soleil est de plus en plus present au fur et a mesure que j’avance dans cette page, et ca me ravie. J’ai recu un mail de Jun, on ne se retrouve pas ce soir, mais demain : il y a des problemes informatiques et il devra travailler plus tard. Oh, nous allons beaucoup nous voir dans les deux prochaines semaines, alors… Pour l’Institut, demain, ce n’est pas possible… Complet (certainement une ceremonie de mariage… Tres “tendance”, faire ca au restaurant de l’Institut !). Ca ne nous privera pas de voir Jeanne, de Rivette.
    Je suis tres etonne de n’avoir de nouveau besoin de dormir que 5 a 6 heures par nuit, moi qui me laissait aller avec NOVA. Mais quel idiot, alors…Bon week end

  • Un lundi ordinaire, 葛西平成20年4月21日

    Un Lundi ordinaire a Tokyo.
    Le temps n’etait pas vraiment de la partie ce week end, et Jun et moi nous sommes boudes toute la soiree de samedi, pour une broutille. Je maitrise parfois mal le japonais, cela cree des malentendus, nous sommes boudeurs et entetes tous les deux, nous ne nous parlons plus et nous couchons en silence, dans ma tete passent des pensees lasses, definitives, qui fondent dans l’obscurite, quelle bande d’idiots nous sommes, je pense alors, quelle belle bande d’idiots, ces deux la, ils n’ont guere la possibilite de ne se voir que deux jours par semaine et les voila qui gachent ce peu de temps.
    Je me sens con, alors. Mais je refuse de porter seul le poids de cette situation, et ca pese alors encore plus lourd. Je ne sais ce qui se passe dans sa tete. Dimanche soir, il l’avait cachee sous la couverture quand je suis revenus de la salle de bains apres m’etre brosse les dents. En fait, je ne comprends pas qu’il ne se montre pas plus famillier avec moi. Des fois, il faut que je lui propose de prendre une douche, il serait capable de rester la a attendre. Ca fait deux ans qu’on se connait, et je ne comprends pas. Des fois, il me dit des “je pensais que tu…” qui me scient. Il ne m’a rien demande, il a suppose. Dimanche matin, il ne restait plus qu’un mauvais souvenir peut-etre, tres peu present finalement, et une bonne journee enfin. C’est donc cela, le couple… Ce n’est pas de la concession –je crois que justement nous en faisons assez peu et en tout cas aucune d’essentielle-, c’est du realisme. J’aurais honte de vous dire pourquoi nous nous sommes mures samedi soir. Insignifiant. Beaucoup de fatigue aussi. Je ressemble de plus en plus a mon pere, en fait, et je comprends mieux mes parents. Ma mere qui disait que mon pere “comprend tout de travers”. Ben oui, quand on est fatigue, on ne comprend rien a cette langue qui nous est etrangere, c’est comme ca… Jun l’oublie parfois, mais moi aussi. Mais c’est difficile car j’ai gagne en fluency, je peux parfois parler du tac au tac. Alors quand ca sort mal, ca sort vite, et ca sort mal. Le verbe savoir, 知る, peux ainsi s’averer un redoutable ennemi suivant comment on l’utilise –eh oui, le japonais n’a pas la precision du francais. Chez nous, je ne sais pas, ch’epa, je n’en sais rien, c’est la meme chose. En japonais, ca peut aussi vouloir dire “j’m’en fout”. C’est comme cette premiere lecon du 日本語で暮らそう (vivons en japonais), ce cours de la NHK. Une jeune fille fait un cadeau a un jeune homme, et le voici qui dit, 何ですか (qu’est ce que c’est?). En francais, en anglais, c’est gentil, surtout que le garcon sourit. Mais voila, nous sommes au Japon, et la jeune fille veut reprendre son cadeau, vexee. Il lui aurait fallu dire, どうすればいいですか (A quoi cela sert-il ?). Et cela n’est pas la formulation polie, mais juste “correct”. Combien de couple brises sur de telles incomprehensions…
    Nous sommes sortis samedi mais le temps, comme je l’ai dit, n’etait pas de la partie. Pluie et vent. Jun est alle voir une xposition de mode au musee de l’ecole de mode de Tokyo, a Shinjuku, je suis alle a l’Institut Francais rendre un livre et en emprunter plusieurs. Je vais lire la chronique d’Asakusa de Kawabata. Je ne l’ai jamais lu, celui la. Epoque fin Taisho/ debut Showa (les annees 20) garantie… J’ai aussi (re)pris un livre de cuisine familliale japonaise : cette semaine, j’ai fait pas mal d’experimentation, et j’ai meme mange du natto (soja fermente) : j’ai notamment concocte un natto-don, pas mauvais du tout. Je ne mange plus de viande.
    Histoire de poulet. J’ai fait un regime pendant un mois et demi, et j’ai perdu 8 kilos. Ne me voyez pas mince, j’avais grossi de 8 kilos en plus de mon embompoint de base… Je ne rentrais plus dans aucun de mes pantalon et les manches de mes chemises se faisaient courtes, le double menton menacait. J’ai fait un regime hyper-proteine et hypo-glucidique, riche en legumes, pauvre en fruits (seulement le matin), riche en calcium (yaourt) et en acide gras insatures (huile d’olives, amandes et noix a profusion). Je me suis gave d’avocat et de poulet. J’ai perdu du poids, mon appetit est regule et je pense avoir un cholesterol a faire rever. Vendredi dernier, je decide de cuisiner un poulet, c’est rare j’en ai trouve un entier (les Japonais n’achetent que des morceaux). Les pattes n’etaient pas attaches, la chaire etait rose, ca m’a fait l’impression de mettre un bebe au four. Une horreur, en fait. J’ai surmonte ma repulsion, mais la bestiole a fait des projections grasses qui ont rejete une odeur de graisse brulee qui a tenue 2 ou 3 jours… C’est pas de ma faute, j’ai un fond supersticieux. J’y ai vu comme une invitation a arreter de manger de la chair, de l’etre vivant. Je vous incite a couper le file qui tient les pattes d’un poulet et de les faires bouger. Je vous assure, on dirait un bebe… Bien sur, je sais bien que le QI d’une poule est proche du QI d’un bloc de ciment passe au congelateur, mais en meme temps… comme moi, elle n’a pas demande a venir, ni a etre la victime d’une pseudo loi de l’espece qui la depasse. Et alors, au moment ou on nous rabat les oreilles sur les penuries de cereales, savoir qu’il en faut 10 kilos pour produire un kilo de viande, et que ce dit kilo de viande, pour etre produit, va generer des gaz a effet de serre… En fait, la seule viande qui vaille d’etre mangee est, cela peut paraitre contradictoire, la charcuterie. Je ne parle pas de la charcuterie industrielle. Non, la charcuterie telle qu’elle etait avant : un mode de conservation du cochon qu’on tuait a Noel et qui allait durer toute l’annee. Saindoux, rillettes et pates, jambons, tripes… On est loin du steack de 250 grammes quotidien, servi apres la rillette, et du hamburger du soir… Je n’ai rien contre la viande, mais j’ai trouve ecoeurante comme cette odeur de graisse qui a flotte dans mon appartement, cette facilite avec laquelle nous disposons de la vie d’autrui pour de simples considerations d’ordre personnelles. Tu aimes la viande ? Oui ! Pourquoi ? Ben j’aime ca…
    A l’Institut, j’ai empreunte Un dimanche a la campagne, de Jean renoir. Jun voulait voir un film de Renoir. J’ai un peu regrette que le premier film qu’il voit soit celui la, mais la cruaute froide de Maupassant m’a bien plu. C’est amer, mais sans jugement ni morale, et de ce point de vu la, Renoir est extrement fidele a Maupassant. C’est seulement apres avoir vu ce film que l’ambiance s’est glacee. Avant, nous sommes alles manger un delicieux curry Indonesien, un des meilleurs plats que j’ai pu manger au restaurant ces derniers temps. L’Asie regorge de gatsronomies veritablement savoureuses…
    J’ai enfin arrete mon choix sur le cadeau d’anniversaire de Jun. Nous le passerons a l’Institut, avec dejeuner a la Brasserie puis 2 sceances de cinema : une retrospective Rivette et, comme d’un fait expres, Jeannes Les Batailles et Jeanne Les Prisons. Sandrine Bonnaire est a mon avis la meilleurs Jeanne d’Arc au cinema. Une fille simple dans une epoque troublee, une foi dans le Roy et dans la religion, la puissance de la conquete puis, le Sacre du Roy realise, l’implacable logique de la Raison d’Etat, Jeanne sacrifiee : le Roy ne pouvait sauver une simple paysanne, et de nouvelles guerres l’attendaient. J’aime cette jeune fille habitee par un destin qui la depasse et qui lui fait peur, et je reve du cineaste qui nous la livrera telle qu’elle etait vraiment : une fillette de 14 ans, entouree de jeunes garcons du meme age, avec leurs peurs mais aussi leur fougue et leur folie. Le deuxieme film est ainsi le plus attachant : Les Prisons nous montrent l’errance de cette armee, sa lente deliquescence, comme si d’avoir concouru victorieusement a la restitution du pouvoir du Roy les avait soudain vides de toute energie. Une Jeanne glauque, aux antipodes de l’heroine Lepenienne. Le film est genereux en salete, mauvaises herbes, boues… On est au moyen age, au pire moment, dans une epoque qui ressemble a ce que nous vivrons d’ici une petite centaine d’annee, quand nous serons a la recherche de nouveaux equilibres…
    Dimanche matin, nous nous sommes longuement regardes l’un l’autre, sans rien nous dire, et nous sommes restes au lit tres tard, jusque 10h30… Nous avons tranquillement dejeune et, certains que la meteo ne nous avait pas menti, nous sommes sortis regarder les derniers cerisiers en fleurs de l’annee. A 清澄庭園(Jardin de Kiyosumi, dans Koto-ku vers Monzen-Nakacho), puis a 新宿御園 (Parc de Shinjuku). Jolies promenades mais longs trajets en metro, etouffant : les pollens de cypres s’y sont accumules et il m’arrive d’y avoir une reelle envie de vomir et de sentir l’irritation dans mes poumon, ouf, il est temps de sortir… Au Parc de Shinjuku, que l’Empereur a visite la semaine derniere pour y admirer, lui aussi, les derniers cerisiers, nous avons croise Martin (son site/blog, sur le cote, Café-Martin). Ca fait plasir de le voir, c’est vraiment un garcon gentil. Petit bonjour a Irene, pendant que j’y pense. Ca me fait plaisir d’entendre sa voix quand elle me telephone. J’adore les gens gentils. C’est pour ca que j’aime Jun…
    La promenade a coincide avec une eclaircie que nous n’attendions plus, et nos derniers pas ont baignes dans la lumiere et ces tonalites de vert que j’aime dans la nature japonaise. C’est bel et bien le printemps, se dit on alors.
    Nicolas Bouvier est un de mes maitres, a jamais, pour tout ce qui touche au “recit du Japon” (entendre “du” comme origine, point de depart). Comme moi, il deteste/aime les Japonais avec une tendresse et une lucidite qui me laissent parfois pantois. Un amoureux transit du Japon est un cretin. Sans discussion. C’est un type qui se regarde beaucoup, qui s’ecoute enormement et qui laisse s’exprimer tout ce qu’il suppose du Japon et que ses relations japonaises entretiendront consciencieusement, “c’est vraiment japonais”, etc… Posez une question de litterature a un Japonais, une question d’histoire, une question sur le theatre, et soudain un silence beant se manifestera que, malgre tous ses efforts, la voix eraillee de Hamasaki Ayumi en fond sonore ne parviendra pas a combler. Parlez politique, parlez Yakuza, Sokagakkai (cette secte “pseudo bouddhique” qui avec ses 10 millions d’adeptes, ses entreprises et ses reseaux, son parti politique le Komeito, gangrene la societe), parlez de travail, de famille bref, essayez vous a la liberte de conversation francaise, et vous verrez alors des fosses de silence gigantesques s’ouvrir autours de vous. Les Japonais, en generale, ne comprennent pas bien qu’on s’interesse VRAIMENT au Japon. Qu’on aime les sushis, les mangas et les magasins a Ginza, qu’on se promene a Roppongi –specialement dedie a nos appetits d’etrangers-, qu’on s’extasie devant les pousse-pousse a sakusa, qu’on ait partout l’air embarasse, et les voila qui se mettent en quatre devant cet etranger previsible. Mais que nous nous hazardions sur d’autres terrains, voila qui les surprend vraiment et parfois meme les paralyse completement.
    Vous ne serez pas admis facilement dans ce cercle etrois. Bouvier a un regard lucide et sans complaisance. Et c’est seulement quand on regarde avec lucidite que des qualites jaillissent. Je me souviens la premiere fois ou je suis entre dans un magasin a Katsura, pres de Kyoto. Affolement au comptoir, sourire crispe, j’entends la pensee de cette brave femme, どうしよう? (que faire? Une phrase essentielle qu’on entend pour un rien dans les series TV). Et je me mets a parler (certainement tres mal) japonais. Je voudrais un gateau, et je demande s’il y a bien du the dans la crème de celui la, bien sur, vous etes en vacance ?, etc… Détente, la cliente qui s’y met. D’un embarras total, me voila transforme en evenement de la journee, une curiosite qui arrive sur son velo, dit bonjour et dit merci, repart sur son velo en grignottant un gateau, la camera sous l’epaule. Un Francais, un Parisien… Il est certainement venu admirer la villa, oui, bien sur… Il y a des fois, je me demande si finalement, cet agacement a l’egard des Japonais n’est pas la marque premiere de mon incersion… Je crois que les Japonais s’agacent les uns les autres. C’est pour ca que tout est cadre, et qu’il faut, comme ils disent, la politesse pour huiler les relations. Dans le metro, ce sont de veritables sauvages et les regards sont souvent assassins. Les series TV, les mangas et des tonnes de legendes racontent ces memes histoires de gens dont les plus mauvaises intentions se dissimulent derriere des masques de politesse, des sourires et la plus respectueuse courtoisie. Les Japonais pratiquent en fait la politesse aristocratique, une sorte d’etiquette qui dissimule tous les secrets.
    Nous, on s’envoie tout a la figure!
    Je prefere finalement la facon japonaise. C’est plus agreable au quotidien. Mais je sais tres bien ce que cela cache. Il ne sert a rien de chercher la gentillesse la ou elle n’est pas. La encore, les Japonais ont bien raison. Je ne suis l’ami de personne. Je ne suis le frere de personne. Que de mes amis. Que de mon frere. Et encore une fois, je me reconnais dans ce foudroyant contraste que l’alcool provoque sur eux. D’un seul coup les voila locaces, ils rient, ils chantent, ils se deshabillent, meme! Mais il y a un cadre, et c’est l’alcool qui cree ce cadre. Je suis tout a fait comme ca! Bref, je ne me sens gene nul part, sauf, bien entendu, quand la situation est genante. La semaine derniere, par exemple, j’ai achete une bouteille d’huile d’olive et, vous savez quoi, le sac m’a echappe des mains. Plof, juste devant une boutique, vers Sangenjaya. C’est malin. Jun me fait dans le “je ne te connais pas, plie de rire en train d’essuyer les 2 paquets de gateaux que j’avais egalement achete”, je rentre dans la boutique, excusez moi…, la fille regarde, appelle la baito (petit boulot), la fille regarde, verse un sceau d’eau et me dit “c’est bon, ca va”. En fait, elles s’en tamponne. Quand je vous dit que le Japon et la France se ressemblent… Mieux, une dame m’a gentilemnt donner un sac pour mettre les paquets de gateaux. Aucune politesse speciale constatee, juste une situation embarrassante de la vie quotidienne. Et une indifference… J’ai juste du rachete de l’huile…
    Non, les salamalecs, c’est entre eux, pour se faire des vacheries ou pour montrer qui est le chef. Je n’utilise pour ma part que les expressions de 敬語 (politesse) consacrees par l’usage. Je ne dis plus arigato au restaurant ni au magasin, mais je ne suis pas avare d’un famillier Doumou, extrement apprecie et que seuls les personnes agees pratiquent encore. Finis les gomen nasai ou les sumimasen dans le metro, je me content d’un shitsurei qui a le merite de partager (au niveau politesse) le derangement. J’essaie de calquer sur les vieux. J’aime leur politesse simple, souriante. Je le vois, comme ils sont confus quand je leur cede la place dans le metro. Qu’un etranger se leve alors que tous les autres font semblant de dormir…
    Mais cedaient ils la place, eux meme ? Ou bien finalement le secret de cette vitalite japonaise ne reisde t’elle pas dans cette attitude, naturelle au sens reel du terme, de n’accorder de valeur qu’a ce qui est jeune, et a laisser la vieillesse a son sort. Apres tout, l’Occident n’a jamais accouche d’oeuvres comme La ballade de Narayama… Le Japon connait plusieurs histoires de cette sorte. C’est normal, c’est une histoire de fantome. Et a l’epoque ou seul le travail de la terre nourrissait son homme, c’est sur qu’un fantome valait mieux qu’une bouche, inutile, a nourrir… Mais a y regarder de plus pres, cette histoire de vieux que l’on abandonne dans la montagne, c’est d’abord et avant tout une tres belle histoire d’amour entre une mere et son fils… Non ? Un drame Cornelien, en quelque sorte, ou la necessite s’oppose a l’amour. Une tres belle hisoire. Universelle.
    Voila, je m’egare encore sur les terres de la ressemblance en mettant le doigt sur mes exasperations… Le coeur des Japonais est tres gros. Mais il ne se trouve pas dans celui qu’ils offrent aux etrangers, qu’ils soient Japonais ou d’outre mer (comme ils disent, 海外). Et c’est peut etre parce que le temps du Bouddha est entre dans leur vie, faite d’inutilite et comme d’une attente demesuree de la mort -c’est qu’on vit vieux et tres seul, ici-, que ce sont les petites vieilles et les petits vieux qui sont les plus locaces pour peu qu’on parle leur langue. On aura alors droit a des histoires auquel on ne comprendra rien, dites a toute allure et ponctuees de “ですからね” que je vous inviterais a traduire par C’est que… hein!?!, le meme c’est que que nos petits vieux quand ils nous racontent leur jeunesse…
    J’aime bien me promener dans Tokyo avec Jun. Parce que finalement ni lui ni moi ne connaissons Tokyo. Et puis depuis quelques temps, il me pose des questions sur la France, sur Paris. Il a ete tres etonne qu’il n’y ait pas de lezards en France, et en tout cas pas dans le nord. Moi, j’ai ete tres etonne par son etonnement. Quand nous parlons de fleurs, il me demande comment on l’appelle en francais. Je sais maintenant ce qu’est un rododundron. Il me rapporte aussi toutes les nouvelles qu’il entend sur la France. Il a lu, par exemple que “Saint-Denis, c’est dangereux”. C’est sur que selon les criteres japonais, Saint-Denis, ca craint. J’ai cherche a relativiser sans nier qu’en dehors de Paris, il y a des endroit dangereux, au sens japonais. Mais quand meme, c’est pas le Bronx… Jun est un garcon doux, comme une tres grande majorite de Japonais. Il ne va pas au Patchinko, ni au Slot et ne boit pas. Non, les mondes interlopes, ce n’est pas lui. Bref, a Saint-Denis, il serait, a 10 heures du soir, une proie extremement facile. Son sac a dos est souvent a moitie ouvert. Et encore, il est tres prudent. Combien de Japonais se promenent ici avec le porte-feuille dans la poche arriere du pantalon… C’est fichtrement tranquille, Tokyo… On peut comprendre comment certaines images venant de l’etranger peuvent effrayer les Japonais. Ce serait tellement dommage de perdre ce sentiment de confiance. Les yakusas, finalement, on sait ou ils sont. Suffit de ne pas y aller, et la vie se fait tres douce. Il y a bien des emmerdeurs reels (bikers, entre autres), il suffit de baisser la tete, de ne pas les voir, et tout va bien.
    Ne comptez pas sur la police…
    Ah, le gout des sakura mochi, hier apres-midi… Hier soir, j’ai prepare des pattes, tout simplement. Et c’etait tres bon. Preparees en 15 mn, sauce comprise… On a fini les petits beurres LU (ceux de la bouteille d’hule d’olives) en buvant du the et en regardant Atashin’chi d’abord, puis Waitress, un vrai film du dimanche soir, vraiment tres bien, un peu un conte de fee mais dans la vraie vie, avec des femmes d’un certain age et leur vie de merde, le mari qui donne des coups… Le film a ete prime, la critique a bien recu le film. Eh bien moi aussi, et je vous le conseille pour les jours tristes. Depuis sa sortie, le net americain regorge de recettes de “pies”, car l’heroine est une genie des tartes de toutes sortes et se venge de son mari en imaginant de gateaux criminels, violents : ecraser des aliments deja ecrases dans des fruits, ca vaut bien massacre a la tronconneuse quand on est le temoin passif de cette violence dans le couple, ce vide d’amour, ces viols conjugaux, et le piege referme, pas d’argent, pas possible de quitter ce trou paume. Mais quelles quiches, chatoyantes, pimpantes, riches de fruits et de chocolats, quel bonheur dans les gateaux… Et puis il a bien fallu raccompagner Jun au metro… Ce matin, c’etait dur de se lever.
    J’aimerai bien qu’on m’apporte un de ces pies aux mures ecrases et au chocolat noir…

  • 葛西, mercredi 16 avril 2008

    Je me suis apercu hier, alors que j’etais dans le metro, sur le retour, que je n’habitais plus au Japon. J’ai senti que j’habitais la ou j’habitais, c’est tout. Ce ne fut pas une impression etrange, juste une reflexion qui passe et qui contraste avec ce que je ressentais avant. Ca ne veut pas dire que je ne me sens pas etranger, non. Au contraire, meme. Mais disons que tout ce qui m’entoure est routine, habitude, hors de toute surprise. Et finalement, meme ce qui me surprend parfois, chez des gens, dans un jardin, ne me surprends plus qu’a moitie. Ne me signale plus, comme avant, une difference avec autre chose, mais se distingue tout simplement du reste, de la monotonie, de l’habitude et de la routine. Mes yeux seuls restent etrangers, dans le sens de non-japonais.
    Les Japonais ne savent pas regarder. Dans la rue, ce ne sont que regards vides, indifferents et anonymes, surtout ne pas etre surpris en train de regarder, d’epier. Et pourtant, nul part plus qu’ici je ne sens aussi fort ce non-regard inquisiteur, cette indifference qui pointe du doigt. Un Japonais qui regarde est un Japonais qui ignore superbement. Le Francais est curieux de tout, pose des questions sur tout, afin d’elaborer ses theories sur tout et avoir tout compris. Le Japonais est curieux de ce qu’il connait et de ce qu’on l’a invite a connaitre (dans les magazines, a la television, au bureau…).
    Allez a Kamakura ou a Kyoto, ils se bousculent au memes temples, aux memes jardins. Bifurquez, il ne reste plus personne. Dites que vous avez bifurque, on vous ecoutera poliement, mais franchement, qu’est ce que vous etes alle faire dans ce temple et ne pas aller a Kyomizu dera… semblera vous dire ce sourire neutre et ces hochements de tete interesses a votre recit de “bifurcation”. Le rapport qui sera transmis a une autre sera sans appel : IL n’est pas alle a Kyomizu-dera, il s’est perdu avant d’y arrive, il a trouve un temple sur le chemin. C’est globalement ce qui est arrive a Jun l’an dernier, a son travail. Et alors, quand il leur a dit qu’il avait visite Kyoto a velo…
    Remarquez, depuis que les magazines, avides de tirage, suggerent des bifurcations (des promenades, chronometrees, kilometrees avec pause restaurant incluses et “photos a prendre”) et la location de velo, on croise des bifurcateurs professionels, conduits par Madame armee dudit magazine. Ces bifurcateurs s’arretent exactement la ou leur suggere de s’arreter le magazine et s’extasient, kirei… Il y a des fois, on se demande pourquoi c’est “beau”, mais bon, puisque c’est ecrit dans le magazine… Moi, en bon etranger curieux, je m’arrete avant, je bifurque dans la bifurcation si c’est possible, et c’est ainsi que nous nous retrouvons des fois seuls dans un sous bois devant de vieilles lanternes de pierre, des grottes habitees de divinites en ruines ignorees des touristes mais honorees des habitants qui continuent de leur apporter des fleurs… Ailleurs, on a envie de mettre une bombe sur ce parking qui a dechire l’entrée d’un temple ou d’un sanctuaire. Parfois, c’est une petite vieille qui retient mon attention, il y en a plein. Elles habitent le coin, pour elle, ce n’est pas “beau”, mais c’est leur quotidien habite des gestes et des habitudes du Japon d’avant. Elles ont vu les militaires dominer le pays, les bombes incendiaires, les americains puis le parking, les cars de touristes debarquer puis ces restaurant “gourmets” destines a contenter tout ce beau monde, mais pour elles le batiment reste habite des odeurs d’avant, et sa petite tete recourbee sur son dos voute reconstitue ici les souvenirs des visages oublies, les rires des enfants, le gout des dango au temps des matsuris, quand vient l’ete, et qu’il faisait chaud.
    Nous avons fait un petit tour dans l’ouest de Tokyo, un peu apres Sengenjaya, derriere Shibuya, et pris le petit train Tokyu. Atmosphere de province a deux pas de Shibuya, temples a profusion, petite maison. Ici, on enclôt la maison d’un mur, quand a l’est on entoure la maison de plantes vertes et d’arbres : pas de place pour le jardin… A l’ouest, on tente le jardin minuscule, mais surtout on le cache on se cache, on se mure. Dimanche, il pleuvait, nous ne sommes pas sortis et nous avons regarde des films… Sous le planche les vaches, sorti en 1999, s’est revele une tres heureuse surprise… Et Emma Brokovitch a ete une autre bonne surprise (dans un style hollywoodien, bien sur…). Bien sur, ce n’est pas le realisme anglais, mais ca n’en est pas moins bien.
    Recu un mail de Pierre, un de mes lecteurs habituel. Je suis tres embete pour lui, qui a de petits problemes pour rentrer au Japon. Ca s’est fichtrement durci, ces dernieres annees, partout. Il serait Chinois ou Togolais, patente par la mafia, il rentrerait sans probleme. Il “visite le Japon” trop frequemment, il ne peut plus rentrer… Les politiques d’immigration sont partout les memes. Restreindre l’entrée ne fait le bonheur que des mafias. Pour les autres, qui cherchent a travailler, creer, se poser ici avant d’aller se poser la, c’est le calvaire, l’incertitude. Je crois que c’est une boule qui ne m’a pas quitte durant mon voyage en France, etre empeche de retour. Car pour moi, le retour, ce n’est pas Paris. C’est Tokyo…
    Ca me fait tout drole, quand je vois Paris en photo, au cinema… Meme certaines musiques me ramenent a Paris, a mes promenades a velo, le walkman sur les oreilles. J’ai remis la main sur une chanson de DorianD, par exemple. A ton contact, un truc de 1996 environ. C’est les Invalides que je revois. Promenades du dimanche apres midi. Strasbourg Saint denis (mon chez moi depuis ma naissance), Reaumur, Victoires, Palais-Royal, Louvres, salut tonton, je t’aime quand meme, la Seine, on passe Rive gauche, on reviendra ici plus tard, on sait jamais, et puis l’Universite, saint Germain, l’Assemblee puis Saint Dominique et la Tour Eiffel… La Maison du Japon parfois, l’Ecole Militaire, Nicolas et l’Avenue du Maine, et puis Saint-Germain, l’Institut du Monde Arabe, la Mosquee, retour, Montorgueil, un café au Centre Ville, des gateaux chez Stohrer, vite, aller chez Stephane, Reaumur, Bretagne, Beaumarchais, Oberkampt, parfois une pause a la Bague de Kenza, gateau, pain Algerois, galette, Menilmontant, Pere-Lachaise, et puis la Porte de Bagnolet, souvenir de Jacques, toi aussi je t’aime et je pense a toi, ca fait 16 ans qu’on t’a dit au revoir mais je n’ai jamais pu m’empecher de penser a toi en face de cette petite eglise, la ou tu habitais, les fetes, le serpent de Nathalie la voisine, et puis ce couple super gentil don’t j’ai oublie les noms, architectes… Il y a longtemps, le 20eme n’etait pas ce qu’il est devenu… Je connais bien Paris, mais c’est etrange, ce n’est plus que souvenirs, odeurs, qui me reviennent avec une musique, une photo. Y etre, je ne sais pas.
    Je suis ici…
    Aujourd’hui, temps voile, la pluie arrive. Ce matin, j’ai allume la television, histoire d’entendre parler de ce qui m’entoure et je l’ai vue, cette enorme perturbation qui vient de la Chine! Elle n’est pas la seule, d’ailleurs, d’autres sont a venir. L’une d’elle est escortee d’une flamme et se part des couleurs de la paix, de l’harmonie entre les Nations, mais on raconte qu’en son sein regne l’arbitraire, que des etres disparaissent et qu’elle seme la mort et la misere. Je crois qu’elle est passee par chez vous aussi… En attendant, c’en est une plus classique, simplement chargee de gros nuages et qui met mon week end en peril. A part cela, fait divers (un jeune homme de 20 ans retrouve un an apres avoir commis le meurte d’une jeune fille), modification de la protection sociale des plus de 70 ans (presentee comme une avancee sociale par la Chaine d’Etat, la NHK, veritable voix de son maitre s’il en etait : j’ai croise il y a un mois une manifestation de personnes agees pas du tout d’accord, et leur discours correspondait bien a ce que j’avais compris du pamphlet que j’avais recu a mon domicile. Mais sur la NHK, tout est lisse, c’est propre et sans bavure. Une femme va a la mairie, actualise son livret et la voila “pikkuri” (surprise) car c’est moins cher. Ensuite, et je suis persuade que vous avez la meme chose en France, les prix qui augmentent. Le bol de ramen deshydrate (le quotidien des personnes agees qui vivent au Japon avec des pension de misere), plus de 10%, “et ce n’est pas fini”, commente la presentatrice. Le 21eme siecle, je crois que je vous en ai deja parle, ressemble a s’y meprendre au 14eme siecle. On en est encore qu’au dereglement des equilibres (le confort keynesien) precedents. Mais le retour des famines, des penuries alimentees par la generalisation d’outils financiers speculatifs sur les matieres premieres et la liberalisation integrale des activites economiques et du commerce, tout cela ne presage rien de bien rejouissant au moment ou les populations du nord vieillissent. J’ai lu un article, d’ailleurs, sur des systemes a ultra sons installes en Grande Bretagne destines a “eloigner les jeunes”. Quel avenir… J’ai recu ma facture d’electricite, j’aime beaucoup la “surtaxe provisoire” chargee de couvrir l’augmentation du cout des matieres premieres. Surtaxe, elle n’est pas dans l’indice des prix. Mais ca augmente chaque mois quand meme… Ma facture est 10% superieure a celle de l’an dernier a la meme periode. C’est pas mal, non…
    Grand voile gris sur Tokyo, donc… Le travail participe a ma routine. Guere allechant, pas interessant mais ca va. Ca paie le loyer, comme on dit. Mais guere plus.
    Mon ami Stephane va bientot etre papa… pour la troisieme fois, et ses filles Helena et Emilie s’appretent a accueillir un petit frere. Le dernier message indique que Veronique est a bout. Stephane esperait une naissance un peu en avance, comme les demoiselle. Un dur a cuir, il a decide de se faire attendre jusqu’au bout! Pauvre Vero… Vous voyez, ce n’est pas Paris qui me manque, c’est partager quelques petites choses avec mes proches, desormais si loin…
    Mon travail, encore. Sentiment parfois de ne pas avoir assez profite de mon temps a NOVA, mais etait-ce vraiment possible, quelle fatigue apres les cours, et quelle fatigue le lendemain, en me levant, et en sachant qu’il allait falloir remettre le couvert. Quelle fatigue, ce sourire en permanence, cette approbation des eleves, ces sourires faux obligatoires, c’est bien, parce qu’un Japonais, si on lui dit qu’il y a un probleme, il se bloque. Et un Japonais qui se bloque, c’est comme un dimanche a trois heures du matin perdu sur une autoroute vers Clermont Ferrand par temps de pluie en hivers, a cours d’essence en descente d’acide et une chanson de Sardou en fond sonore parce qu’en fait on faisait du stop apres s’etre fait vole sa voiture. Un Japonais qui bloque, et qui vous regarde, c’est quelque chose qu’on ne peut pas imaginer. C’est ingrat. C’est terrible. On cherche la clef pour remonter l’automate, mais il n’y a pas de clef livree avec le Japonais. Alors on fatigue, on redouble de sourire et on dit que c’est bien pour entretenir l’ambiance. C’est seulement quand une certaine confiance s’est installee, apres des mois generalement, que le contact avec l’etranger tellement redoute s’est banalise, qu’on peut commencer a faire la part des chose, la c’etait pas super, mais la c’etait vraiment bien. Avec certains eleves, j’ai vu des changements radicaux. Mon premier cours avec Chiemi. Ah, Chiemi… La machine a bloque pendant la “conversation”. C’est le pire en fait, parce que la lecon s’etait bien passee. Mais l’idee, suggeree, d’ouvrir la fenetre (un dessin sur le livre) et de decrire la place (une voiture a cote de l’arbre, un homme devant un restaurant, la maison a droite de …), je sais pas, c’est pas passe. Elle me regarde. Je souris, qu’est-ce que vous voyez ? Vuyez? La, je comprends que ca va bloquer, elle ne comprend plus je vois/vous voyez… 15 mn de ca, elle s’est mise a presque pleurer, mais pas un mot, rien, et quand j’ai suggere de faire autre chose, la, elle a hyper bloque. J’ai redoute la plainte… Eh bien non, je l’ai retrouve la semaine suivante et c’est drole, je l’ai senti plus tranquile. Par la suite, c’est devenu une tres bonne de nos eleves. En 6 mois, un bon niveau intermediaire, avec une tres bonne fluency. Entre temps, elle avait compris qu’on ne lui demandait pas d’etre serieuse, mais juste de parler. Combien comme elle… Mari, une femme d’une tres grande generosite, souriante et pourtant au fond d’elle certainement tres seule. Mais quelle energie, et quelle volonte de s’enrichir de ce qui vient de l’etranger. Ou bien Junko. Madame Kihara, je crois l’une de mes eleves preferees, une femme agee d’un entrain incroyable, une vie ascetique a la campagne, une socialiste japonaise, pacifiste et amoureuse de la France. C’est loin tout cela, et c’etait tres fatigant, car pour une eleve dont on pouvait comprendre la motivation, combien de gens vides qui venaient parce que NOVA, c’etait d’abord des etrangers, des vrais, qui sourient. L’exotisme pour 2000 yens les 40 mn… Quelle fatigue, mais aussi quels fous rires parmi nous, les lecons baclees, les arrivees en retard, les malentendus, une lecon sur les pronominaux et on n’y coupe pas, aujourd’hui mon mari m’a baisee (embrassee), ou bien chez les debutants, l’hesitation, j’ha… j’ha… bite… bite, oui bite… j’habite, ou alors une conversation entre nous, ben oui une grande main, ca veut dire une grosse bite, on se marre, on va en cours, je me retrouve avec un grand dadet et ses mains de camionneur, un nez au milieu de la figure et, ca ne s’invente pas, une casquette pour une marque de lubrifiants de voiture! A tous mes eleves, je demandais la date, quel jour on est, et generalement on me repondait, aujourd’hui. Tres souvent, je repondais non, hier. Seul un eleve a tilte et a rit. Les autres cherchaient la date… Et l’eleve en question, Hirokazu… tiens, lui, quelle gentillesse. Fallait se le taper en cours, mais quelle gentillesse…
    Le travail. Je suis dans un temple de classes moyennes, a Roppongi. Vue sur la ville, tour haute, beton. Et a 2 pas, l’ancien quartier, detestable. Des etrangers partout a vous refiler la xenophobie (j’en eprouve a chaque fois de terribles symptomes quand j’y passe). Des Americains d’un certain age, touristes ou residents, qui garderont de leur sejour ici le souvenir de ce quartier, entre une visite dans un quartier “typique” (a Asakusa, le Montmartre de Tokyo, et Ueno, son marche, son parc et ses clochard, si propres et si bien loges dans leurs belles tentes bleues, si dignes aussi, pas des mendiants, eux). De jeunes puceaux, Australiens, Americains, Neo-Zelandais, venus ici perdre leurs pucelage et exhiber leur acne dans leurs jeans slims, a la recherche d’un bon syphonage, leur ex-ancienne-future copine, 25 ans et un bon kilometrage, toujours friandes des nouveaux arrivages d’etrangers estampilles. C’est bien simple, il n’y a pas de difference dans les yeux d’un gay qui tourne dans le backroom du Depot et ceux d’un hetero a Roppongi. C’est vide, mais ca se retourne sur tout ce qui bouge. Sans compter les rabatteurs qui vous alpaguent pour aller dans un des bars, filles russes, thailandaises. Je gerbe ce quartier. Ca pue l’hetero de partout, des egouts aux poubelles. Mais comme c’est hetero, c’est dans la rue, et les heteros ne voient rien. Moi, ca m’agresse, et je pense que ca doit fichtrement mettre les femmes mal a l’aise aussi. Le quartier date des annees 70, donc en plus, c’est moche… Le plus etonnant, c’est que comme c’est le Japon, autours, ce sont des quartiers ultra chers, Azabu, Hiroo, Akasaka… En fait, Roppongi a emerge durant la Bulle. C’est le quartier d’un des plus puissant syndicat du crime du monde. En ce moment, on a droit a une camionette d’extreme droite bruyante tous les jours : les yaks viennent rappeler qu’ils prelevent leur dime sur ce quartier. Une fois payes, plus de camionette…
    Le travail… Jun… La vie quoi.
    Bonne chance, Pierre. On te manque, je le sais. Tu nous manques aussi. On est quand meme une sacree bande de frappes, non… ?