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Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Une si longue absence… 葛西, lundi 7 avril 2008

    Une si longue absence… 葛西, lundi 7 avril 2008

    Ca y est, j’en ai une. Une vraie japonaise, qui lave a l’eau froide… mais qui seche!

    Temps brumeux. Ce matin, quand j’ai ouvert la fenetre, j’ai pu regarder les derniers rayons de soleil de la journee : il doit pleuvoir a partir de cet apres midi, jusque mercredi. Helas… Du trentieme etage, j’appercois une etrange lumiere, celle des rayons de soleil percant la brume sur la ville, c’est tres etrange. Une intensite lumineuse refletee par les facades des immeubles au lilieu de la morne grisaille… Ca violente les yeux, mais c’est tres agreable aussi car il m’arrive de sentir les soleil venir caresser la Tour Mori. J’aime bien…
    Je n’ai pas ecrit pendant un mois. Un peu au hasard, j’ai recu vos mails s’etonnant de ce silence. M’encourageant a ecrire. Esperant que tout aille bien. Me souhaitant du courage.
    Ca fait plaisir…
    Pour resumer, je vais bien. Je m’installe dans la vie banale d’un salarie, avec des week-ends regles comme du papier a musique, commencant le vendredi soir et s’achevant le lundi matin… Des week-end que je partage avec Jun, assez jalousement peut-etre, parfois avec un peu d’etouffement, mais aussi avec enormement de bonheur. Je vis au Japon, et je profite, enfin, du Japon. J’ai pu enfin, “comme tout le monde”, profiter des pruniers en fleurs annoncant l’arrivee prochaine du printemps.
    Promenades sous le vent a Shinjuku Gyoenmae ou dans le froid a Yushima Tenjin. Et puis il y a eu l’allergie au pollen pendant une semaine, avec ses maux de tete, la respiration lourde et les poumons douloureux, la gorge irritee, une envie de vomir qui ne passe pas, le masque, et puis le soulagement. J’ai porte un masque, “comme tout le monde”. Et puis le vent s’est fait parfoir violent, les temperatures ont joue du yoyo, on a parle d’un printemps tardif, j’ai rallume le chauffage. Mince, ma facture d’electricite a double en fevrier. Et vers le 15/20 mars, bien que les vents aient continue a faire leur guerre interminable, la lutte feroce des vents du nord contre les vents du sud, le climat s’est soudain radouci, le soleil s’est fait plus intense et plus chaud, et les cerisiers ont ainsi commence a eclore le jour du printemps quand on les attendait bien plus tard. Alors, Jun et moi avons participe, “comme tout le monde”, a la folie cerisiere.
    J’en ai ete prive pendant deux ans… NOVA, c’etait le travail le samedi, le travail le dimanche. “Comme tout le monde” se repose le week-end, la nonchalance des promeneurs de Ginza le dimanche, le son vrillant des flutes dans le Matsuri ou l’on tire un Mikoshi, les pique-niques improvises au bord de l’eau, les trains bondes de familles, tout cela n’etait pas pour moi, n’etait pas pour nous. Je l’ai deja ecrit, mon experience du travail le week-end m’a rendu hostile a toute forme de travail le dimanche.
    Quand Jacques Attalli publie son rapport sur la croissance, je trouve toute la gauche ridicule quand elle ne voit qu’un nouveau pave ultra liberal, pour la simple raison que la majorite des salaries vit deja dans l’ultra-liberalisme, dans l’ultra capitalisme. A mon avis, la vraie question n’est pas la. La vraie question, c’est quelle societe, quelle sociabilite voulons nous ? Pour creer demain quelques 20,000 emplois qui de toute facon seront detruits apres demain, sommes nous prets a sacrifier la tranquilite du week end, ce temps arrete ou les enfants retrouvent enfin leurs parents Je suis pour la societe du temps qui s’arrete un peu de temps en temps, ou les magasins sont fermes et ou le bonheur n’est pas dans le volume du caddy que l’on rempli mais dans le temps que l’on passe aupres des siens, amis et parents. Si c’est cela, aujourd’hui, le socialisme alors oui, je suis socialiste.
    Je decouvre donc les joies du dimanche, les jardins ou l’on peut s’assoir et contempler les fleurs. Je n’arrete pas de photographier les fleurs, et comme c’est joli, les fleurs, parfois leur parfum est ennivrant, et j’imagine que pour beaucoup d’insectes il doit etre difficile de resister a leur atrait. J’ai decouvert notamment matsumata, au parfum de miel capiteux, entetant, on en redemande. Et quelle jolie fleur…
    Si je vous parle de ces week-ends retrouves, je dois bien sur vous parler de ce qui en est l’origine, a savoir la semaine, et le travail. Nous dirons que je me fais une raison. Et que je me remette a ecrire au bureau comme je le faisais en France parfois, c’est que je suis desormais installe. Je travaille plutot bien, assez vite, j’ai deja eu des resultats. En fait, j’ai change d’equipe et je suis ici jusqu’en juin. Autant dire que je suis ici pour un bon moment encore. Par les temps qui courent, c’est plutot bien. Salaire minable toujours, mais j’ai tout de meme ete augmente. 80 yen de l’heure… C’est pas enorme, mais bon, sur un mois, ca fait tout de meme plus de 13,000 yens… Comme je rentre maintenant dans la Shakai Hoken (assurance sociale d’entreprise), ce n’est pas de trop puisque mon salaire va etre empute de cotisations… Ceci dit, je les payais deja, a plein regime, tout seul car NOVA ne payait rien que l’assurance chomage (et encore, il avait fallu un long proces), je devais payer l’assurance d’etat, la Kokumin Kenkou Hoken, normalement destinee aux artisans et travailleurs independants. Bref, je n’attends plus que ma nouvelle carte d’assure pour aller voir un medecin. Ca devrait aller vite.
    Il m’arrive de prendre des notes sur des trucs que je vois. Par exemple. Par exemple, les maladies de peau. La semaine derniere, nous etions dans le metro, il y avait un type qui mangeais des hamburgers dans le metro, par grosse bouchee. Ses mains, son cou etaient couverts d’ecsaema. Je n’ai pas trouve de hazard, mais juste la manifestation d’un stress a l’image de ces hamburgers devores en vitesse. Beaucoup de Japonais souffrent d’allergies et d’ecsaema, parfois de facon visible et a la limite ecoeurant, comme pour cet homme dont les mains portaient les traces de terribles demangeaisons. Les Japonais n’exteriorisent rien. Le plaisir, la souffrance, ici, tout est affaire personnelle, individuelle. Certains petent un cable, et ce sont alors des crimes sadiques atroces, corps decoupes et eparpilles dans la ville, meurtres anonymes commis par hazard. Un grand nombre se refugient dans des mangas obsenes ou le sang et le viol font bon menage. Mais pour beaucoup, ce sont ces maladies de peau qui permettent de “sortir”, d’exprimer le desarroi. Jun lui meme a parfois des plaques sur la peau, on dirait de la carapace… Recemment, cela aurait eu tendance a se dissiper. Je crois que mes deboires a NOVA avaient accompagne cette irruption. Jun ne dit jamais rien…
    Parfois, dans le metro, on croise des femmes fantome. Et il y en a beaucoup. Leur attitude expriment une violence sexuelle subie, pas forcement un viol, mais quelque chose qui de toute facon a mon avis en est tres proche. Ces femmes, ces jeunes filles parfois, cachent leur visage avec leurs cheveux, regardent continuellement le sol et, si vous les bousculez par inadvertance, semblent sursauter, regardent leur pieds et en une pirouette se retournent et passent leur chemin. Elles semblent cramponnees a leur sac, sur le point de crier, mais rien. Plus vieille, elles ont un visage ferme (lire un accent aigu), ramolli, et quand elles sont debouts dans le train, regardent la vitre, toujours la vitre, meme s’il y a de l’espace autours d’elles, comme si elles etaient au piquet. Dans ce groupe de “femmes fantomes”, il y a les “poupees”, des femmes de parfois 50 ans ans, avec un noeud dans les cheveux, des chaussettes et des chaussures plates.
    Meme si je pense que les propos tenus naguere par Segolene Royal sur les Mangas etaient simplistes et reducteurs, je pense neanmoins que la societe Japonaise telle qu’elle s’exprime a travers des pans entiers de sa culture populaire est une societe gravement malade et extremement violente, ou l’inhibition des tensions sociales s’exprime a travers un gout sadique pour la souffrance d’autrui (un grand nombre de Japonais vit avec des salaires insuffisants, malgre des heures supplementaires obligatoires mais non payees, experimente chaque jour des conditions de transports se rapprochant plus du transport de bestiaux que du deplacement d’etres humains, vit dans des logements que nous taxerions d’insalubre, froids en hivers, chauds en ete, sonores, dans de veritables cages a lapin qui n’ont rien a envier a La Courneuve, avec des equipements collectifs dignes des annees Giscard (je vous renvoie au film Serie Noire, d’A. Corneau avec Patrice Devaerre) et bien entendu situes a plus d’une heure du lieu de travail, avec des syndicats lamines par la repression des annees 60/70 et avec la complicite de la CIA et des Yakuzas reunis…).
    Ainsi, l’ex-chanteuse et star de television Wada Akiko, animatrice d’une emission basee sur… la laideur physique. Regardez cette pauvre femme, obese, les yeux trop “tires”, son double menton et sa mauvaise implantation de cheveux, les dents n’en parlons pas, vous souffrez ?, oui, depuis que je suis toute petite on se moque de moi, je me suis marie mais mon mari ne me respectait pas, j’ai eu un fils, je voudrais changer pour lui, tu aimes ta maman, oui, elle est belle, mais non, ne pleure pas, ta maman t’aime beaucoup, oui, mais a l’ecole ils disent qu’elle n’est pas belle, ne pleure pas, alors vous etes prete, oui, j’ai assez souffert, je voudrais mourir, je n’en peux plus, aidez-moi. Et maintenant, la voici sur notre plateau, devant vous, applaudissements, baaaahh des stars poupees en Chanel-Vuitton-Glamour-Sexy-brushing, la paaaauuuuuuuuuuuuuvre….., c’est horriiiiiiible…, c’est trriiiiiiiiiissste, mine de circonstance, on plaint cette femme, avec un physique pareil, normal qu’on se moque d’elle ou qu’on la plaigne, non? Mais nous, on ne se moque pas, nous la plaignons, parce que nous sommes des gentils sponsorises par Shiseido et Reve21, une clinique qui replante les cheveux. Eh oui, car cette emission, plutot qu’aider les gens a vivre leur physique, leur vie, et bien entendu condamner la veritable segregation dont ils sont victime, pousse au contraire le sadisme a son paroxysme. C’est la laideur qui est en cause, pas les comportements de autres. Et nous retrouvons soudain la meme femme trois mois plus tard et, apres que des cris de surprises aient ete coupes par une page de publicite, Shiseido, Reve 21, nous retrouvons une autre femme sous les rires admiratifs des poupees en Chanel-Vuitton-Glamour-Sexy-brushing : une nouvelle camarade d’un jour les rejoint. Le crapeau se fait princesse avec l’aide de la chirurgie esthetique, de la liposucion, du maquillage et des “marques”. Revoici notre mere de famille perchee sur talons aiguilles, les joues creusees, les yeux ouverts “enfin”, la taille affinee, plus de double menton, et surtout un sourire magnifique, le meme que les poupees en Chanel-Vuitton-Glamour-Sexy-brushing. Certainement la meme clinique. Le meme menton pointu, en plastique aussi, certainement. Le nez a ete rendu plus conforme aux (supposes) criteres de beaute occidentaux, bref un peu pointu et retrouve (une fois, un chirurgien exhibait la petite prothese de nez et de menton…). Reportage, alors, tu es content ? l’enfant pleure, oui, il est trop heureux, elle est belle maintenant ta maman, oui, elle est belle, et il pleure, et alors c’est le moment de verite, les retrouvailles avec la mere, une femme qui vit seule dans un de ces apaato, ces cages a lapins pour celibataires avec leurs rangees de 10 portes sur deux etages, en prefabrique, donnant sur terrain vague ici, et un autre apaato par la. La mere sort, la fille, mamaaaan, la mere, va t’eeeeen, mamaaaann, oh, ma fille, mais qu’est qui t’est arrivee, tu es belle maintenant, oh, mamaaan, oh, ma fille…
    Chaque semaine, trois cas. Une vielle de 70 ans a qui sa fille offre l’emission, je veux revoir ma mere jeune, des visages sortis du musee des horreurs exhibes devant un public qui peut ici exprimer publiquement des haines et des ressentimenst refoules. On ne peut pas dire a son chef qu’on le hait quand a 10 heures du soir, il vous “invite” au karaoke apres vous avoir impose une reunion a 6 heures et un rapport a retravailler a 7 heures. On ne peut pas dire a ses parents que malgre ses 27 ans on ne veut pas se marier avec le type dont ils vous ont montre la photo, un garcon bien, qui travaille dans une grande societe, et on les deteste de brader votre liberte pour le qu’en dira t’on, quoi, votre fille n’est pas mariee, mais depechez vous, a 28 ans, elles ne sont plus bonnes, et a 30 ans… Mais c’est une occasion en or, ce mari, votre fille a 32 ans, il n’en a que 38, il est calme comme tout, il passe son temps a reparer des ordinateurs, il la laissera tranquille…
    Les Japonaises ne font pas d’enfant.
    La saison d’hivers de Doramas est terminee. J’en ai finalement suivi deux : Bonbi otoko et un autre dont je ne me souviens pas le titre, avec Koyuki. J’hesite a m’abonner au cable, je me sens pret a devorer n’importe lequel serie americaine… L’indigeance de la television japonaise est affligeante et est un triste presage pour la television francaise, bien partie pour lui ressembler. Car quand il n’y aura plus de publicite sur France Television et que (ineluctable) France 3 aura ete privatisee, la television publique deviendra un sanctuaire du “bon gout” et de LA Culture, un peu comme au Japon. Je ne pense pas que nous irons jusqu’au cours de tricot comme sur la NHK, mais a mon avis, c’est la direction que nous prenons… On cite souvent la BBC, mais la BBC est une ORTF qui n’a pas ete demembree, gavee de publicite avant d’etre partiellement privatisee (TDF) et eclatee (INA, SFP, Radio-France).
    Elle est restee une unitee integree, ou des synergies ont commence a se mettre en place quand l’heure de l’ultra concurrence est arrivee. Nous nous orientons plutot donc vers une sorte de NHK, une television publique chargee de faire ce que les chaines privees ne tiennent pas a faire. On commence donc par en eliminer la publicite! Le pour quoi faire n’a guere d’importance, TF1 trouvera bien le travail a donner a France Television selon les desideratas des nouveaux annonceurs.
    Il nous reste internet.
    La seule chaine que je regarde est La Tele Libre.
    J’ai commence a regarder le Taiga Dorama produit pas la NHK, aussi. Atsu Hime, l’epouse du dernier Shogun. Un Oooku special pusique ce n’est un FujiTV qui le produit. Costumes somptueux comme toujours, mais cette fois-ci aussi, comme toujours avec le Taiga de la NHK, brochettes d’acteurs.
    J’ai eu mon frere au telephone, ma mere plusieurs fois, Tarikavalli aussi. Des nouvelles de Nicolas et Mulgon Melta grace a Skype. Yann de temps en temps aussi. Recu un long mail de Vincent, qui continue son installation aux USA..
    Mes promenades sont des promenades de reves encadrees de long temps de transport… C’est grand, Tokyo.
    Kamakura. J’y suis alle deux fois en un mois… Ca c’est du vrai luxe, et l’ancienne capitale est en train de remplacer Versailles dans mes habitudes dominicales. Ca met a peu pres autant de temps, et le depaysement y est encore plus radical car le contraste avec Tokyo est extreme. Je n’y vais plus avec un objectif precis, mais juste pour le plaisir de la promenade. Des endroits que je connais, d’autres que je ne connais pas. Je commence meme a aller vers les touristes perdus. Je fais parti des gens qui connaissent bien Kamakura, je veux dire, pour un etranger vivant a Tokyo. Les transports m’y sont familiers, Enoden, Bus ou JR, et nous nous y promenons sans carte. C’est mon petit Kyoto a moi. 40 minutes de train seulement… Nous avons admire les premiers signes du printemps le mois dernier, et hier c’est son triomphe eclatant que nous avons contemple : fleurs de cerisiers, fleurs de pechers, fleurs de pruniers tardifs rouges vifs, mais aussi azalees, pensees, feuilles d’erables japonais… La nature est en fete et les oiseaux, rossignols, merles, pies, faucons mais aussi les ecureuils et toutes les petites betes s’activent. Une promenade a Kamakura est un reconstituant unique. Prochainement, c’est a Enoshima que nous pousserons notre promenade. Une ile au large de Kamakura. Le printemps sera alors bien avance et tout sera tres vert. Dans trois semaines, pour la Golden week…

    Ca me fait penser a l’interim, ici. Au Japon, un jour de conge n’est pas paye, quand on est interimaire. On est paye pour le travail qu’on fait. Pas plus. Pas de prime. Les vacances ne sont pas payees, elles sont prises dans le cadre du contrat, apres 6 mois bref, si on a quelques jours entre deux contrats, on perd ses vacances… Le reve du MEDEF. J’ai donc decide de faire de l’overtime pour couvrir les frais de mon assurance sociale, me payer les jours feries soit environ 30 heures de travail en plus dans le mois. Mais pas plus. Au poste ou je suis j’y ai droit, donc j’en fait. Je m’ocrtoie aussi du temps d’ecriture, c’est toujours ca de fait pour le soir. Mais c’est aussi un veritable plaisir, partir a l’heure pile et de les voir encore travailler. Je ne suis qu’interimaire, precaire a souhait, avec un salaire derisoire compare au leur. Mon seul plaisir est de quitter plus tot si je le souhaite. Devant moi de belles promenades a Tokyo, des promenades de debut de soiree.
    Mon seul plaisir ? Non… J’ai aussi trouve une brulerie de café, Kaldi, dont le café n’est pas trop onereux et ou j’achete desormais mon café. J’ai repense a ma mere, quand j’etais enfant, avant que papa ne soit au chomage, ma mere allant acheter son café chez Meo. J’ai pense dernierement que ce petit plaisir, derisoire, qui a du disparaitre definitivement avec le chomage de papa, ca a du etre tres dur. C’est a des details comme cela que se mesure, pour moi, le poids de la pauvrete. Quand on renonce a un petit plaisir. Une pause café, avec un bon café. C’est pas du Vuitton, c’est juste une petite tasse de café… Mais cette privation de quelque chose qu’elle aimait, c’est le symbole de toutes les autres qui sont venues avec. Nous n’etions pas riches, nous sommes devenus pauvres. Et les menages qu’elle a faits alors, et papa les petits boulots qu’il a trouve ici ou la, alors, n’ont jamais rapporte ce petit moment ou le temps s’arrete dans l’arome leger d’un café de Colombie fraichement torrefie.
    Je suis tres content de boire du Colombie fraichement torrefie.
    Le café me fait penser a ma mere, les pensees (fleurs) aussi, mais c’est a mon frere qu’elles me rattachent. Ici, il y en a partout. Quand mon frere est ne, j’ai ete envoye chez mon oncle et ma tante deux ou trois jours. On m’a ainsi coupe de la joie familiale. Ben oui, papa devait travailler quand meme, personne n’aurait pu s’occuper de moi (papa partait a 6h30/7h00 et ne revenait pas avant 19h00…). Quand je suis revenu, avec mon oncle et ma tante, mes cousins, il y avait des fleurs dans des bacs, des pensees justement, et je crois que je n’ai jamais vu les fleurs aussi belles que ce jour la. C’etait le printemps, le mois de mai, une belle lumiere et un ciel bleu. Maman portait une jolie robe avec des motifs annees 50/60 couleur vin, elle etait rayonnante, elle portait mon frere et tout le monde portait leur attention vers eux. Et moi, je crois que je portais mon attention sur eux, car je ne sentais aucune attention portee sur moi, pour la premiere fois de ma vie. Depuis que je vis au Japon, je ressens enfin, a presque 40 ans de distance, la joie que je n’ai pu eprouver, partager ce jour la. Je ne peux plus la partager reellement, mais elle est la, presente. Et ca fait partie de ces moments, si j’avais a revivre ma vie, je me dis que je les revivrais desormais autrement, que mes yeux d’enfant ne pouvaient pas comprendre alors que le bonheur c’etait aussi savoir donner le bonheur aux autres at pas seulement l’attendre des autres. Mais que la vie a ete pour moi une fantastique lecon, et qu’elle l’est encore.
    Quand je pense que Veronique et Stephane vont accueillir un petit d’Homme dans quelques jours… Veronique aura elle aussi cet air rayonnant, Stephane les yeux d’un papa-gamin, et j’espere que les deux petites demoiselles trouveront de suite toute leur place a ses cotes. Je profite de ce poste pour leur envoyer toutes mes pensees…
    Kamakura, mais aussi beaucoup de jardins. Tokyo en est plein. Ils ne sont jamais bien grand, mais leur organisation permet d’y rester plus d’une heure dans une variete de paysages differents qui se recomposent au gre de la marche… Et puis hier, une promenade a la mode, LA promenade a la mode, de Roppongi, ou AsahiTV fete ses 50 ans, au nouveau batiment de la chaine TBS en passant pas le MidTown et son nouveau jardin, en traversant Akasaka. La promenade fut agreable, le temps radieux, presque chaud. Nous avons eu la chance de croiser un Matsuri, son Mikoshi et la foule nonchalante autours, peu nombreuse mais souriante. Et puis decouvrir donc le nouveau quartier autours de la chaine TBS.

    Beaucoup de monde et de gargottes TBS, et la visite d’une camionette d’extreme droite avec discours et enka nationaliste. La police a mesure son degre de nuisance puis a verbalise. L’extreme droite fait ce qu’elle veut au Japon, et la police est plus enclin a embeter les cyclistes que les yakuzas/ extreme droite. Normal, cette derniere a ete utilisee pour casser les greves il y a une quarantaine d’annees… La semaine derniere, un film chinois racontant ce que represente le sanctuaire Yasukuni a ete “auto-censure” par les cinemas qui le diffusaient, sous la pression des menaces de l’extreme-droite. Avec Jun, voir cette camionette qui pour une majorite de Japonais tient du folklore, represente quelque chose d’effrayant. Son grand-pere a ete ennuye car il etait “pacifiste” a l’epoque du nationalisme, son pere est ne en Mandchourie (des centaines de milliers de Japonais y ont ete envoyes en “peuplement”), et il a experimente le rachat de l’entreprise ou il travaillait par la secte Sokka Gakkai, qui participe au gouvermenent du Japon sous le nom de Komeito, qui gagrene l’economie et dont les Japonais ne parlent qu’a voix basse, comme ils le font des yakuzas…
    Mais bon, notre promenade n’a pas varie pour cela, nous avons visite le centre commercial au pied de la nouvelle tour, je ne me souviens plus son nom, et avons pousse jusqu’Omote Sando. Ou j’ai achete du café chez Kaldi…Voila, je suis chez moi, je vous ai fait une petite selection de photos. Je vous souhaite une bonne soiree. La pluie tombe… Jun m’envoie un mail, il parait qu’il y a 4000 policiers pour encadrer les manifestations de Tibetains a Paris. C’est un regime de honte.










  • 葛西, vendredi 29 fevrier 2008

    Mal de tete alternatif, respiration alourdie, nez qui gratte : bienvenue en Allergie.
    Je suis assez heureux d’avoir trouve le temps de vous ecrire, et encore plus d’avoir recu un mail gentil d’Agnes et un autre de TB, inquiet de ma “disparition”. Je pousuis mon chemin avec des hauts et des bas, en une journee, c’est incroyable ce que l’humeur peut changer… Comme je le disais hier, je n’ai pas de gout pour grand chose, mon energie n’est pas concentree, elle s’evapore. Je ne suis pas aide par mon Kafunsho / alergie au pollen. Ca mange les forces… c’est un peu comme un debut d’etat grippal qui dure… qui dure… qui dure. Mais ca va mieux car desormais ca ne perturbe plus mes nuits comme ca l’a fait en debut de semaine.
    Je suis rentre chez moi hier soir, et comme tous les jeudis, j’ai fait le menage et ma lessive : je suis pret pour le week end. Je vais retrouver Jun.
    Au travail, ben… l’autre interimaire va se faire un salaire superieur au miens de plus de 60%, je suis degoute. Lui, ca le fait rire. Je me sens seul.

    Je repense a ma collegue Odile… Ici, je n’ai personne avec qui parler, je ne connais personne, la langue (l’anglais) m’est etrangere. Je suis obsede par mes urgences financieres et mes envois de medicaments, il y a des fois, je me dis que tout cela ca fait un peu trop. Si j’y rajoute que je suis etranger dans ce pays, que ma ligne de metro est bondee comme a Paris un jour de greve suivie a 90%. Alors voir ce type incompetent rester jusqu’a 10 heures le soir et au final recevoir la mega paie… Alors, voir m’entendre dire par J. qu’il me manque la connaissance de certains produits (en termes feutres) pour etre pris dans son equipe et, ce matin, entendre qu’ils embauchent une personne experimentee mais… qui ne connait pas bien les produit, ca file le degout. Pas de la nausee. Du degout.
    A l’oppose, mes relations s’ameliorent nettement avec mon chef et je vais desormais faire un travail nettement plus interessant (proche de celui pour lequel je suis considere pas assez… mais quel cretin !). Bref, ca va plutot bien puisque je vais avoir l’occasion de montrer ma valeur. Il y a des fois, si j’en avais la possibilite, je refuserai les propositions de travail des gens qui n’ont pas voulu de moi avant. Ca, ca vient de mon pere. Proletaire, mais fier de moi. Un esclave, jamais.
    Avec Odile, nous bavardions de musique, d’architecture. Nous nous sommes aventures sur le terrain politique mais tres peu car nous savions que nous avancions en terrain mine (elle a toutefois ete etonnee que je vote Royal). Mais c’est une femme de beaucoup d’esprit, parfois amusante, un peu titileuse comme j’apprecie bref, je ne m’ennuyais pas et le travail se faisait tranquillement. J’ai beaucoup appris sur le travail lui-meme, sur la Finance.
    Je suis bien loin de cela, et meme si j’apprecie de manger seul, ne meme pas me voir proposer de partager le dejeuner, meme pour la forme, ca conforte mon isolement. Je me parle beaucoup a moi-meme et ce n’est pas ce qui est le mieux quand on traverse une passe comme celle que je traverse depuis des mois. Je prends du recul et me prends parfois a rever, a buller comme je le faisais a BNPP…
    Je suis bien loin de mes pauses the avec Mulgon…
    Cependant, qui dit travail plus interessant dit obligatoirement travail avec d’autres personnes… Odile me disait que je deriderais un mur… On va voir.
    Bon, je dois filer faire la cuisine. J’ai ecrit ce mail pendant ma pause dejeuner, je le reprends maintenant pour le poster.

  • 葛西, jeudi 28 fevrier 2008

    葛西, jeudi 28 fevrier 2008

    La vue du bureau est exceptionnelle. Le soir, la couleur du couchant est magnifique. Ici, le MidTown.

    Ca fait bien longtemps que je n’ai pas ecrit. Je n’en ai que plus de sympathie pour les soixantes et quelques lecteurs quotidiens qui visitent mon journal public et qui parfois en profitent pour visiter ici mon album photo, et la quelqu’ancien post. Cela fera 4 ans que je partage des pans entiers de ma vie. Avec le meme soucis que lors de la premiere journee. Etre honnete avec vous au sujet de ce que je ne raconte pas et au sujet de ce que je raconte, ne pas vous mentir, mais delimiter la delicate frontiere qui protege l’intimite de mes sentiments bref, ne pas rentrer entierement dans ma vie privee. Bref, me reserver le droit d’habiller pour rester dans le vrai. Contradictoire ? Je ne crois pas a l’auto-fiction, cette scorie pour middle classes des annees 90. Il y a plus de mensonges dans un deballage du moi que dans un roman de Madame de Scudery, ampoule, enrobe, invente. Car il y a ce que l’ecrivant n’ecrit pas, cache par le deballage du moi conquerant et envahissant. Des origines bourgeoises, par exemples, peuvent tres bien se retrouver maquillees dans le “cool” d’un moi debride et “sincere”. Du coup, le lecteur se retrouvera coince du cote des ringards s’il ose critiquer cette attitude cool et cette verite. Je me souviens de discussions au sujet de Dustan et Reimes, je me faisais traiter de reac, d’insensible a la douleur” -sic-(une fois, pas une espece d’intello post soixant’huitarde au discours d’assisatnce sociale…). Et au passage, il faut quand meme reconnaitre que les ecrivants en question, en matiere de
    qualite litteraire, de recit et de vecu… Faire d’un seropositif qui passe son temps a danser, bouffer de l’extasy et se goder le nouveau heros des temps modernes, je doute tres tres fort, mais quand en plus le tout est arrose d’une philosophie de bazard, in-di-geste. Et que le type a l’arrivee devienne directeur de collection… On appelle cela roman, et on appelle ceux la romanciers.
    Non, des ecrivants! Quand les classes moyennes n’ont plus rien a raconter, il leur reste le discours sur la forme, et l’aboutissement est cette exploration d’un faux soi. C’est comme la TV realite : on voit tout, mais en fait, chacun sait quand meme qu’il est observe.
    Ecrire tous les jours ou en tout cas le plus frequement possible, raconter dans un blog ce qu’autrefois j’ecrivais dans mon journal releve d’un autre exercice. Je ne cherche ni la performance, ni l’effet de mode, ni a plaire, ni a choquer bref, j’ecris d’abord pour moi, puis pour mes amis avec la tres difficile contrainte de savoir que je suis lu. Pas facile…

    Mes periodes de silence sont des periodes de fatigue. La fatigue d’ecrire est une terrible maladie quand on aime ecrire. Et figurez vous que ces derniers temps j’ai meme eprouve une fatigue d’ecouter de la musique… Je suis tres fatigue en dedans. Une fatigue qui revient de loin, je crois que c’est celle de ma mere. Je serais alors en ecrivant moi, Suppaiku, capable de liberer le pessimisme de cette femme qui a experimente les mauvais traitements infliges par ses parents puis la vie difficile d’une jeune campagnarde mariee a un Algerien (pas a cause de lui, mais de la societe) et enfin le chomage d’un mari victime des grandes restructurations des annees 70 avant que le dit mari ne developpe un cancer lie a sa profession (les delices de l’amiante). Ma mere. Mon pere. Il m’arrive de lire sur mon visage l’abattement de ma mere. Et c’est drole mais c’est quand je ris que je ressemble le plus a mon pere, son large front, la grande bouche du Kabyle… Les Kabyles me reconnaissent toujours.
    Bref, que je sois fatigue d’ecrire, autant vous dire aussi vite que c’est pas la grande forme. Je me souviens chez ma psy, c’etait ce que je resumais pas “entre deux”. Entre mon pere et ma mere.
    Il y a deux facons de considerer une situation intermediaire. En pensant “encore”, ou en pensant “deja” ce qui, au gre des situations, s’avere pour l’un ou l’autre ou positif ou negatif. Si je devais donner mon impression toutefois, je balance vraiment entre les deux et il n’y a pas que du mauvais car par moment non cote
    “pessimiste” m’invite a moderer mon impulsivite, a reflechir. Et mon cote “optimiste” m’aide a penser les solutions, les options.
    C’est que ce n’est pas facile, etre au chomage au Japon, et maintenant interimaire. Et toujours seropositif sous traitement. Qui s’apprete a rentrer dans le systeme japonais qui ne couvre pas, comme le fait le systeme francais, a 100%…
    Vous voulez savoir… je m’admire !


    De l’autre cote, le Fuji. Un plaisir, travailler dans un tel endroit. Le reste, ben… c’est du travail !

    Mais ne vous etonnez pas si ce que je vis en ce moment me fatigue, vous en avez l’explication. Si vous etes remonte dedans mon blog, vous deviez avoir compris que de toute facon, je me suis lance un sacre defi, en venant ici ! Ceux d’entre vous, lecteurs plus recents, vont donc decouvrir le tableau. Certain que je connais vont jaser, la nouvelle va certainement meme circuler, ou re-circuler. C’est ecrit depuis longtemps, bref, les jaseurs… Je suis fidele au petit garcon en moi, au post adolescent qui ecoutait du rock et militait : je batis ma vie, et ma vie est un choix. Mes heros d’enfance et de jeune adulte furent Leo Ferre, Sartre, Beauvoir, Louis XIV, Vivaldi autant vous dire, des individualites fortes, qui ont bati leur vie comme un choix, et meme comme une bagarre.
    Je ne suis pas une victime. Je l’ai deja ecrit, Beauvoir a sauve ma vie au detour d’un ete. Je n’allais pas bien dans ma tete, je devais avoir vingt ans, son journal m’a sauve. Elle m’a fait visiter le Bresil, le Candonble, les batailles de l’apres guerre. Plus tard, continuer la lecture de son journal, lire Les Mandarins, c’est elle qui m’a conduit a Sartre, que j’avais un peu lu, mais “comme tout le monde”.
    Je hais “tout le monde”
    J’ai decouvert chez Sartre une authentique honnetete : se decrire a travers le personnage de Mathieu – un salaud, un lache, un intellectuel bavard et inconsistant dans l’Europe de l’entre-deux guerre – releve d’une lucidite qui nourrit toute mon admiration, au dela meme de l’oeuvre litteraire, philosophique, politique du personnage. C’est l’experience et les choix qu’il fait qui font l’Homme/ la Femme, et non des “prises de positions”. C’est pour cela que justement, on peut changer, changer parce qu’on s’est trompe, et que justement, parfois, on doit changer, changer si l’on veut rester honnete avec ce que l’on pense etre soi-meme
    et la promesse que l’on s’est faite, “je suis libre de ma vie”. Sartre a change a plusieurs fois, mais il n’y a aucun reniement. Admirable.
    Leo Ferre est un double de moi, que je ne suis pas et que je ne serai jamais. Il dit les mots que je voudrais dire et il les dit comme je voudrais les dire. Que dire d’autre ?
    Vivaldi ? Sa musique exprime tout, je dis bien tout ce qu’il y a en moi. Tout. Mais pour apprecier Vivaldi et rentrer en moi il vous faudra des annees et des annees d’ecoute de ses milliers de concertos que l’on ne commence que depuis peu de temps a veritablement faire revivre. Vivaldi me raconte. Comme j’ecrivais a un ami il y a une semaine, “il m’ouvre le coeur tout grand”.
    Louis XIV… Un heros d’enfance qui m’a rendu amoureux de l’Histoire. Ceux qui me connaissent le savent, je lui dois beaucoup, a ce “Heros”, comme l’appellent les operas ecrits a sa gloire. La vie m’a amene a lui preferer Louis XV, mais… XIV! Pour XVI, absoluement rien! Oh, si, j’ai du liberer Marie-Antoinette des centaines de fois, dans mon enfance, mais bon… un truc de gosse, quoi ! Et vous ?

    On a les heros qu’on peut. Les miens sont un peu lies au hazard. Ma mere avait longtemps achete Historia. Bien sur, Historia, c’et nul mais moi, ca m’a fait rever. La decouverte de l’Amerique, Louis XIV, la Revolution, les guerres de religions… C’est a cette epoque que j’ai appris a ne pas aimer Napoleon. J’ai depuis confirme mon aversion, au point de lui contester jusqu’a l’existence d’un style propre puisque le plus gros de ce qui fait le “style empire” est apparu dans les annees 1780. Avec moins d’or, c’est vrai…
    Ferre… Que de souvenir en ecoutant Ferre. Avec des parents pauvres, en Seine Saint Denis, on ne respire pas beaucoup la culture. Les mots du poete me faisaient vraiment quelque chose. Et ses musiques… Quand a Vivaldi, il m’hebergeait quand j’etais seul en moi… Ca remonte a l’ecole primaire, on devait dessiner en ecoutant de la musique. C’etait les sempiternelles “saisons”. Je ne sais pas trop ce que j’ai dessine.

    Dehors, un grand soleil, un ciel bleu pale et un horizon plus pale encore, une temperature relativement douce mais un vent puissant. C’est le temps aujourd’hui a Tokyo. Je vois tout ca de la Tour, de mon bureau.
    Nous dominons la ville. J’ai repense au film Stupeur et Tremblement. La vue est differente, mais ca fait un peu le meme effet. Le soir, c’est vraiment extremement beau.
    Le contact avec la ville, entendez un centre, me manque de plus en plus. Je suis las de devoir prendre le metro 40 minutes pour venir au travail et donc ne pas pouvoir vite rentrer chez moi pour ressortir. Et si a Paris, habiter en bordure, a Gambetta ou Menilmontant, permet de profiter de Paris, a Tokyo, habiter l’arrondissement d’Edogawa donne vaguement l’impression d’habiter a Bobigny… ou Bondy. Je connais bien, par la bas…
    A Paris, ce que je goutais, c’etait les delices de la ville en velo. Les nuits d’ivresse, les jours de soleil, les dimanches apres-midi, aller ici ou aller la, bonjour Paris, me voila. En habitant aussi loin, j’ai un peu l’impression d’etre relegue. J’aime mon studio, pourtant, je m’y sens bien, en securite. C’est vraiment mon chez moi. Je donnerais beaucoup pour le demenager de quelques kilometres vers l’ouest, dans cette Shitamachi que j’aime visiter. Juste pour pouvoir, rentre chez moi, vite me changer et pouvoir si je le souhaite ressortir, prendre mon velo, et etre a moins d’une heure de tout… J’en suis encore bien loin, et mes espoirs du mois derniers se sont reveles etre ce que sont tous les espoirs : des illusions. J’ai tellement dechante, j’en ai tellement traverse, ces derniers mois, que comme chacun le fait en pareil cas, j’ai decolle quand j’ai senti le reel changer. Et c’est vrai que revenir a la finance, meme si cela n’est pas un reel choix, a represente ma seule sortie possible. Et la rapidite avec laquelle cela s’est fait m’a surpris. J’ai arrange ma situation, la banque m’a fait planer.
    Je reste pourtant dans une situation tout ce qu’il y a de plus precaire : interimaire. Et pour etre franc, interimaire au Japon, ce n’est pas etre interimaire en France. Pas de prime de fin de contrat ni de conges payes, meme pas la securite sociale payee par l’employeur les deux premiers mois. Tiens, d’ailleurs, c’est sur ce sujet que je commence a me demander si Clinton n’est pas finalement mieux qu’Obama, parce que l’optionnel et volontaire… je commence a bien connaitre.

    Qui dit allergie, dit masque ! Votre serviteur!

    J’ai du faire un vrai boulot de chiotte pendant trois semaines, pour un salaire ridicule, moins que NOVA. Cependant, celui qui m’encadre, commence maintenant a changer de comportement, car bien entendu, il a bien fallu que je fasse des choses qui n’etaient pas prevues au milieu de mon “boulot de chiotte”, et je les ai bien faites, et je les ai vite faites, et elles portent la marque d’un savoir faire evident, et elles m’ont permis au passage, en plaisantant, de dire que c’est du facile. Et c’est du mega facile. Comme il est deborde, ca l’aide. Pendant ce temps, une autre equipe a un interimaire pas sorti de la panade, et qui fait plein d’heures supplementaires, et donc il aura une super paie. Va comprendre… Il a raison, mais moi je taffe, et pas d’heures supplementaires.
    Le contrat s’arrete dans un mois. J’ai passe un CV, on verra. J’ai bien peur d’etre trop ceci et pas assez cela, voila mon probleme. Cela etant, je suis bien conscient de ma valeur, professionelle, s’entend. Et comme j’ai du l’ecrire, j’ai une fichue chance avec cet ex-BNPP Tokyo qui travaille juste a cote de moi… Mon reve, ce serait… demenager avant l’ete, entre Kiba et Kayabacho… Ca veut dire bien des choses, en termes professionels, non ?
    La musique me fatigue parfois, la lecture aussi, et meme les dorama.
    Pourtant, avec Jun, nous regardons pas mal de videos. Films d’auteurs francais ou “grands publics”, on y prend un certain plaisir. Remis d’attaque financierement, je pense retourner au cinema.

    Je refais un peu de japonais.
    Je dois un peu me forcer car au fond de moi, comme je l’ai dit, il y a une certaine fatigue, mais je retrouve aussi de l’energie.
    NOVA, ca tuait l’energie.
    Je retrouve le gout de faire des choses, cela revient par petites doses. Je regarde de nouveau les vetements en pensant que c’est aussi pour moi, j’ai envie d’ecouter de la musique que je ne connais pas. C’est une seve qui remonte et qui, pour tout vous dire, s’etait tarie avec NOVA. La fin de mon contrat arrive dans un mois, je ne vois qu’un changement a venir, mais il y a comme une dynamique qui se met en place. Je retourne a la gym… J’ai aussi recu les papiers pour les salaires impayes de l’an dernier…

  • 葛西, lundi 4 fevrier 2008

    葛西, lundi 4 fevrier 2008

    Ca y est, je l’ai fait.
    Profitant de mon temps libre -je n’ai rien a faire car il me manque deux applications principales-, je suis alle dans la grande salle opposee a mon poste de travail et je vous offre ce matin sur Tokyo avec le Fuji en Guest Star, etes vous heureux ?
    Moi, ca m’a fait plaisir, de le voir si bien. Et si vous regardez bien, le blanc sur les toits, c’est la neige d’hier qui a remarquablement bien tenu et s’est solidifiee dans la nuit. Voir le Fuji le matin, c’est etre assure d’une belle journee. Je n’ose imaginer de la lassitude devant le spectacle qu’offre cette montagne dont la forme et le relief epousent si bien la lumiere du soleil au point d’etre visible sous differentes couleurs… J’aime le Fuji et mon coeur palpite a chaque fois que je le vois. C’est comme ces vieilles maisons que je photographie, c’est ce que j’aime de ce pays, ce qui m’en a fait rever etant gamin. Et Tokyo est par moment une ville si grise, si monotone que voir ainsi surgir le Fuji, borde de ses montagnes, c’est fantastique. Cette ville cache ses charmes avec une adresse incroyable. Et ils sont nombreux pour qui sait les voir. Cela etant, a la tete que font les Tokyoites le matin, cela fait longtemps qu’ils les ont oublies, ces charmes…


    La neige a donc bien tenu, et j’ai eu un peu d’apprehension ce matin en sortant : les Japonais ne salent pas la chaussee. Pire, ils versent de l’eau chaude qui fait fondre la neige certe, mais transforme certains trottoirs en veritable patinoire…
    Cet apres-midi, je n’ai pas travaille : il me manque les deux applications principales… Je savoure…
    Je vous ai confectionne l’album photo de samedi et poste ces messages. Flemme d’ecrire plus, excusez-moi. Je termine Une fille d’Eve, de Balzac et beaucoup de passages decrivent notre societe, notre president avec une precision qui donnent le frisson quand on pense que cela a ete ecrit il y a plus de 150 ans…

  • 葛西, dimanche 3 fevrier 2008

    Neige, tempete de neige, Tokyo en blanc! Voici mon quartier sous la tempete de neige. Un phenomene rare a Tokyo, et encore plus rare est qu’elle ait tenu. C’etait joli. Et nous, on etait bien au chaud…
    Leves un peu tard encore.
    Hier soir, Jun et moi avons pas mal parle d’argent. Il m’a somme d’etre econome. Je me suis montre radin. Il m’a parle exactement comme ma mere l’a toujours fait, ne comprenant pas que je puisse vivre pour depenser, sans economiser.
    Ben oui, je sais…
    Je le sais depuis l’ete dernier, avant meme la fermeture de NOVA, je me suis mis alors a moins depenser, a avoir de l’argent d’avance (c’est a dire un solde positif en fin de mois), mais c’etait trop tard. Ce qui est acquis en revanche, c’est que desormais je vais moins depenser. Tout d’abord mon travail ici n’est que temporaire, ensuite je suis desormais a moins quelque chose, comme me le disait Jun en riant. C’est rare, qu’on puisse parler d’argent avec moi comme ca…
    Arthur est une film tres mignon, j’ai ete surpris, et ca collait parfaitement avec un dimanche de neige… Le soir, j’ai fait des gauffres, comme tous les dimanches. Je me suis resolu, la mort dans l’ame, a appeler ma mere pour qu’elle m’aide a passer le mois. Vraiment la mort dans l’ame. Pas d’autre solution…
    Et demain, c’est le travail… Photographirai-je le Fuji ?


  • 葛西, samedi 2 fevrier 2008

    葛西, samedi 2 fevrier 2008

    Vous connaissez le mochi, cette pate de riz obtenue par une cuisson de riz a la vapeur suivie d’un long petrissage a coup de ce qui ressemble a une enclume, destine a obtenir une texture elastique, extremement legere.
    On peut alors sucrer, fourrer de pate de haricot, de feve de soja, de marron ou, comme ici, de sesame noir, et confectionner des gateaux de mochi. Celui-ci, achete a la gare de Nishi-Kasai ou il y a en ce moment un stand d’une boutique de Kyoto, etait delicieux.
    On l’a mange en bordure de la Sumida.

    Un samedi sous le beau temps et dans le froid. Leves fort tard, nous sommes sortis fort tard. Objectif, une promenade dans l’arrondissement de Chuo, sur l’Ile de Tsukishima, ou les tours d’habitation extra hautes construites au debut des annees 90 contrastent avec des restes – nombreux- de la shitamachi portuaire. Ce que j’aime le plus dans cette ville, cette ambiance.
    Nous avons prolonge notre promenade jusque Toyosu ou nous avons visite Lalaport, un centre commercial qui rappelle les centres commerciaux du monde entier. A chaque fois, j’y pense a Stephane et Helena, a toutes les fois ou nous sommes alles faire des courses, a ces espaces faits pour les familles avec des enfants. Il y avait des familles avec des enfants. Un temps lent y regne, entre course et terrasses de restaurant.

    Le quartier de Toyosu est lui un quartier assorti a cet espace. Une sorte de ville nouvelle ou on a rase les anciennes usines et les anciennes maison pour construire ce havre de consommation et les tours de grand standing qui vont avec. Un espace deshumanise a souhait, froid, vide. Les restes de l’ancien Toyosu sont eux presque deplaces, sordides, comme coupes de tout. Mais heureusement, le tout se font rapidement dans l’entrelat des canaux de l’arrondissement de Koto.
    Le soir, je n’avais pas envie de faire la cuisine… Je voulais regarder Hakuchi avec Jun, mais je crains de l’avoir prete (a Martin ?). On a regarde Ring 0, et j’ai ete surpris d’y voir Nakama Yukie, que je ne connaissais pas encore a l’epoque ou j’ai vu le film (une soiree Canal plus pendant l’ete 2002). Je crois que c’est mon prefere des trois.
    On a emprunte des films a regarder ensemble dimanche. Volver, que Jun n’a pas vu, et Arthur et les Minimois. Il est prevu qu’il pleuve toute la journee, on a tout prevu!

  • 葛西, vendredi 1er fevrier 2008

    葛西, vendredi 1er fevrier 2008

    Vue sur Tokyo depuis la “canteen”. Il y a pire…

    Ma journee est terminee. J’ai enfin eu acces a ce qui me servira a travailler, un dossier Excel. C’est peu, mais c’est un debut. Je suis etonne de mon peu de fatigue : ca se passe bien. Pour la deuxieme fois ce midi, je suis alle manger a la “canteen”, une mini cafeteria pas tres chere : hier, j”ai mange le Bento marocain (un delicieux poulet parfume, du riz) et aujourd’hui un bento “chikin furai” vraiment delicieux, fraichement cuisine. Chaque fois 600 yens, ce qui est plus que raisonnable (disons 4 euros). L’endroit est ensoleille, oriente sud-est, on appercoit la baie de Tokyo, la Tour de Tokyo…
    L’apres-midi est passe tres vite. Hier soir, je suis parvenu a me coucher vers 23h30.
    Tout a l’heure, je retrouve Jun. J’ai fait ma lessive tres rapidement apres le travail, j’ai lance la cuisson d’une sauce pour des spagghettis. Je suis passe en express a la sortie du bureau a la boutique ou travail Nordine, un ancien Nova. Il fait des crepes, et je l’en envie presque…

  • 葛西, jeudi 31 janvier 2008

    Commencons par un message ecrit alors qu’a mon poste je n’avais rien a faire…
    “Comme ca faisait longtemps… Me voila assis a mon bureau, j’attends qu’on commence a m’expliquer mon travail, ce qui ne devrait plus tarder maintenant. Ecrire au travail, quelle chance. Hier soir, chat avec Mulgon Melta en pleine garderie. Un medecin n’a visiblement pas loupe son gamin… A ce sujet, je suis tombe sur les articles que Libe a publie ce mardi sur le film de Sandrine Bonnaire, Elle s’appelle Sabine. Le recit, l’”aventure” que sa soeur a vecu m’a revolte, m’a fait du mal. Tres profondemment. J’ai ressenti le maximum de revolte et de douleur quand dans l’article on evoque le refus de l’hopital psychiatrique ou Sabine est enfermee de la laisser sortir, quand celle-ci a ete internee a la demande de sa famille et que cette meme famille, constatant les degats, la degradation physique et morale de la jeune femme, après des mois de recherche, a trouve enfin une institution adequate ou l’envoyer enfin.
    Mais de quel droit, ai-je pense… Je hais la psychiatrie. Je sais bien que certaines personnes ont des comportements violents, soit envers eux soit envers les autres, mais cela justifie t-il l’enfermement, les menottes, les baillons et les doses massives de medicaments ? Quel est cet eugenisme honteux qui n’ose dire son nom et se contente de masquer sa realite – realiser une quasi-mort cerebrale- en exhibant le mensonge –un corp reduit a l’etat de plante verte vegetative, mais “vivant”. Ca ne me met pas en colere, cela m’indigne. Nos prisons et nos hospices, que ce soient ceux, infantilisants pour les personnes agees ou les asiles psychiatriques, sont des lieux d’un autre age, d’un age ou l’homme n’etait destine qu’a subir, obeir, ou la medicine a remplace en employant des moyens similaires (intimidation, menace, enfermement, negation de l’idee meme de liberte) l’eglise de l’inquisition. Ainsi ces medecins qui ont violente cette jeune femme souriante, l’ont detruite sous pretexte qu’elle etait violente (elle donnait des claques parfois, et crachait aussi parfois, elle se braquait et se fermait) sans meme avoir diagnostique l’autisme que d’autres medecins, plus patients, plus attentifs mais aussi surtout plus competents, ont par la suite diagnostique.
    La violence psychiatrique n’est elle pas une forme d’eugenisme qui n’a pas le courage de se dire clairement ? Le simple fait de reduire les troubles du comportement a une maladie, et a reduire les individus a des malades est en soit une monstruosite, un inhumanisme. Car s’il est bien malade, le “fou” est avant tout une personne, et toucher a sa folie est avant tout atteindre a sa personnalite, ce qui ne peut etre accompli sans son consentement. C’est en ce sens que la psychanalyse a constitue une avancee majeure dans l’histoire des troubles mentaux et comportementaux.. Accompagner une personne et non “traiter un malade” ni “corriger des comportements”. Si de nombreux psychologues et psychiatres ont intege cette approche en renouvelant leur approche, il n’en reste pas moins que l’institution n’a, elle, pas evolue. Et le recit que j’ai lu, avec son batiment d’enfermement total ou son lit a menottes magnetiques fait froid dans le dos, fait mal pour cette petite chose souffrante reduit a un corps qui se subit et qui s’appelle Sabine. Quiconque essaie de se mettre dans ce corp ne peut que ressentir la violence de l’institution. Une Sabine qui jouait autrefois du piano et qui aimait sourir, jeune, jolie, et qui resort cassee après 4 ans de ce traitement. Et quelle chance a t-elle eu que parmi ses soeurs figure Sandrine Bonnaire, dont la vie meme a permis d’envisager autre chose. Mais imaginez toutes les autres Sabine, les Sabine proletaires don’t les parents ne connaissent pas ”autre chose” et qui ecouteront sans critiquer le discours culpabilisateur du Saint-Psychiatre… Je ne pourrai pas voir ce film avant longtemps, mais si j’etais a votre place, en France, j’irai voir ce film qui raconte une jeune autiste cassee par l’obsession du resultat et le manque de moyens, des docteurs d’un autre age. Des cons, des salauds.
    Autours de moi, on parle anglais, parfois on parle japonais aussi. Le plateau est immense.”

    Ca sert, finalement, l’inactivite…
    L’apres-midi a ete plus actif, j’ai commence a regarder un collegue et, bien que je ne ferai pas tout a fait la meme chose que lui, ca m’a donne une premiere idee. Le plus difficile sera travailler entierement en anglais, mais le travail n’est pas en soi tres difficile. Un Break, ca reste toujours un break. Ce matin, je suis alle visite le cote ouest afin de dire bonjour au Fuji. La vue sur Tokyo est simplement magnifique, et vraiment, comme je le disais a Yann ce matin, on aurait presque envie d’attrapper la tour Docomo, tant elle ressemble a un jouet pose la… A vette hauteur, Tokyo est une ville jouet, vivante, magnifique. Et quelle lumiere le matin… On appercoit la Baie ici, on voit les montagnes la… Les autoroutes urbaines, quand a elles, traversent un paysage aleatoire mais assez bien dessine. A l’etage, justement, il y a une “Canteen”, en fait une sorte de cafeteria pas chere. Vue sur la baie, soleil radieux, que des indiens autours de moi, ou sont les Americains ? Quelques Japonais ici. Amusants, ces pros de l’informatique financiere aux salaires convenables mangeant le “bento” ou le sandwish fait a la maison. Ici, on ramene son repas, on fait un peu comme on veut, et moi je vais faire des economies aussi. Micro-onde, frigo sont la pour ca… Le cafe est gratuit, aussi… Ca me fait penser a Cortal, cette ambiance. Mais alors, qu’est ce que ca bosse. Tranquillement, mais ca bosse…
    Ce soir, je suis passe a Shibuya chez mon employeur faire remplir des papiers pour le chomage. Je vais recevoir 19 jours d’indemnite, et tenter aussi l’aide a la reprise d’emploi. On verra bien. Cela etant, je vais avoir besoin d’un dernier petit coup de main, je suis plus qu’a sec, et mes cartes de credit arrivent a leur limite. Il va bien me falloir 3 mois pour m’en remettre, en me serrant la ceinture comme maintenant.
    J’ai la forme. Et je suis content.

  • 葛西, mercredi 30 janvier 2008

    葛西, mercredi 30 janvier 2008

    サラリーマンになった。今朝東西線に乗ってみんなさんのように仕事へ行きパリのニコラさんの友達が夕方電話をしてくれたのにすごく眠かった.Et c’est ainsi que je me suis laisse bercer par la voix automatique du metro, entrecoupee de celle, endormie et repetitive du chef de train… J’ai eu de la chance, ce matin, la rame avancait a un rythme quasi-normal… J’ai goute avec effroi a cette atmosphere compresse du metro bonde au dela de toute raison, a cette sensation de corps compresses entraines et ballotes au gre des arrets intempestifs dus aux besoins de la regulation de cette ligne si complexe qui s’insere dans le reseau de chemin de fer a partir de Nakano. J’ai repense a la ligne A du RER vers 8 heures 10, aux Halles, en direction sud Luxembourg, Arcueil, c’est exactement la meme chose. Mais ici c’est le metro… La ligne Tozai doit bien etre une des lignes les plus chargees de Tokyo.
    Quand je suis arrive a Ropppongi, un grand soleil eclairait l’esplanade. C’est dans le “beau Roppongi” que je vais travailler. Dans ce quartier que je n’aime pas, il y a l’ebauche d’un autre quartier, moderne, presque avant gardiste, cher, elitiste. Apres le quartier mi-chic, mi-debauche de Ginza, me voici dans le quartier a etrangers et a Japonais fortunes. Je vais desorais travailler dans LA tour de cet autre visage de Tokyo, la tour Mori. Si on m’avait dit ca un jour…
    J’ai retrouve la commerciale de mon cabinet de recrutement. C’est etonnant comme cela me fait penser a Cortal, ce suivi quasiment personnalise… On a un peu bavarde, et puis il a fallu y aller.
    J’ai desormais mon badge, mon ordinateur a ecran plat et mon bureau en panneau de particule melamine imitation pin teinte. Je suis assez epate par la chaise veritablement ergonomique. Ce qui m’entoure depasse de loin ce que je m’imaginait : c’est un immense plateau open space. Je suis cote ouest, en rgardant par les grandes baies vitrees apparaissent ici Shinjuku, la le Fuji ou encore, je ne l’ai pas cherchee des yeux, la Tour de Tokyo. J’ai vu le Fuji en faisant un tour et cela m’a fait quelque chose… La cafeteria offre une grade variete de boissons gratuites, il y a tout ce qu’il faut pour rechauffer, conserver… Je vais etre bien. C’est un environnement qui m’est familier et, pour tout dire, je suis bien content d’etre la. Ce travail va me recaler et me redonner le sens de ma valeur : NOVA et toutes ces ecoles de langues sont des planques ou se tue l’ambition, la noble ambition de “se” reussir. On se contente, telle une plante verte, d’”etre” au Japon et l’on oublie de “devenir” au Japon. Bon, en tout cas, c’est un peu comme cela que je me percois, moi.
    Je ne pensais pas que je retravaillerais dans une banque, et m’y voila. Ce travail, je l’ai trouve tout seul, ca m’a psychologiquement tres cher et c’est un resultat de plusieurs annees.
    J’ai fait le bon choix. Je me suis revu, ce matin, alors que je roulais en velo vers la gare, sur mon velo, il y a 9 ans, les Pizzicato Five sur les oreilles, roulant vers Neuilly ou je travaillais alors pour Cortal, le Boost, comme j’appelais ca. Je ne sais pas bien si je booste, oh, peut-etre si, un petit peu quand meme… J’ai achete la semaine derniere quelques vetements, chemises, cravatte, pantalons, juste histoire de ressembler a un employer de middle office. Pour moi, c’est redevenu un jeu, et je crois que c’est ca, le boost.
    Je vais me donner les moyens de rester ici, d’y vivre bien. Et de me donner les moyens d’autres projets a moyen terme.
    Ca merite la cravatte !

    post scriptum narcissique : je suis encore bien conserve pour 43 ans, et j’assure quand meme mieux que Manuel Valls…