Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • La décision

    Le métro le matin. Un peu de fatigue, je suis levé depuis sept heures. Le samedi, je travaille le matin. J’ai toutefois un peu de chance aujourd’hui, je finis à trois heures. Je suis fatigué… J’ai adopté le masque et l’allergie a disparue, je respire de nouveau très bien, et je dors très bien aussi… Pour tout dire, j’ai toujours souffert d’allergies respiratoires. Pas les pollens, mais la poussière, et cela depuis l’enfance où, comme de nombreux enfants, je faisais des bronchites asthmatiques que j’alternais avec des rhino-pharyngites, entrecoupées de crises de foie dues aux doses de médicaments et autres antibiotiques ainsi que des quantités astronomiques de lait et laitages que ma mère me forçait à consommer pour compenser une faible calcification : mes premières dents de lait étaient noires, ma mère avait du suivre un traitement à la pénicilline durant la grossesse. Un jour, quand j’ai eu dix ans et que je faisais une de mes bronchites asthmatique, violentes toux interminables et douloureuses dans les poumon, fièvre qui monte pendant un moment avant de redescendre et évolution sur plusieurs jours par crises, le docteur a envisagé de nous débarrasser de notre chatte, Négrita. Je n’ai plus jamais refait de bronchite depuis lors et même l’automne dernier, quand j’ai cru que j’allais en faire une, ce n’a été qu’un vilain rhume qui est passé sitôt que j’ai commencé à prendre un expectorant prescrit par mon médecin.
    Avec toute cette expérience remontant à l’enfance, je crois pouvoir affirmer que je connais bien mon corps, ses sensations profondes. Mieux, mon analyse m’a appris la relation que j’ai établi avec lui. Car comme chacun, je suis mon corps, mais je suis également dans mon corps et je compose avec lui. C’est une relation complexe. C’est parce que j’ai appris ce qui me lie à mon corps, indépendamment du fait que JE est partie de mon corps, que ces deux dernières années, j’ai laissé mon poids s’installer. Je ne veux pas m’imposer cela, même si j’ai terriblement envie de faire un régime. Mon corps me fait comprendre que ce n’est pas le moment.
    Je connais bien mon corps et je sais parfaitement que ces allergies que je fais au point qu’elles sont devenues un peu comme une seconde nature ne sont pas normales, je sais qu’il s’agit d’un langage, d’une limite que j’ai dépassée, et que désormais, je dois reprendre un traitement. Il n’y a rien de dramatique, il y a juste que c’est le moment. J’ai interrompu mon traitement, un traitement très efficace, en juin 2008, pensant vite y revenir avant de devenir une victime collatérale de la grande lessive financière du mois de septembre. Après la faillite de mon employeur en 2007, j’avais très rapidement décidé de prendre n’importe quel travail, même en finance et c’est comme cela que je m’étais retrouvé intérimaire chez Lehman Brothers. Une société que j’exécrais tant j’avais eu à gérer de problèmes venant de chez eux quand je travaillais à BNPP, mais dont j’avais appris à apprécier plusieurs collègues, parfaitement conscients que quelque chose ne tournait pas rond dans la façon de travailler. On m’avait confié un travail intéressant très rapidement, je n’avais donc plus cherché de travail. Ce n’était pas bien payé, l’intérim paie peu au Japon, mais c’était très largement suffisant pour moi. On m’avait parlé d’embauche. J’ai été siphonné par le blast en septembre. Autant dire que la nouvelle période de chômage n’a pas été propice pour revenir à une trithérapie… Depuis, j’ai retrouvé un travail, mais mal payé, et ma protection sociale est à ma charge.
    Le système de sécurité sociale japonais est assez simple et complètement injuste, inégalitaire. Pour l’assurance maladie, je paie environ 7% de mon salaire, c’est très similaire à la France. Quand je suis malade, je vais à l’hôpital, je peux aussi aller voir un médecin indépendant, et je ne paie que 30%. Là encore, c’est très similaire à la France. Quand j’achète des médicaments, je ne paie également que 30%, et là, c’est mieux que la France. Toutefois, il faut souligner que la relation patient-médecin n’a rien à voir avec ce que nous connaissons en France. Au Japon, le médecin est un “sensei”, on lui doit respect et obéissance. Si en France la loi sur le droit des malades a souligné l’importance des pratiques de “négociation”, de discussion, au Japon, ce genre d’idée n’est toujours pas arrivée. Pire, le rapport hiérarchique est patent dans la relation et place le malade en position d’enfant obéissant. J’ai un élève, un vieux monsieur de 73 ans, qui souffre du même type d’allergies que moi. Son médecin ne lui prescrit aucun traitement et lui fait juste un nettoyage du conduit nasale par semaine depuis plusieurs mois. Il ne vient pas à l’idée du papy qu’il pourrait critiquer son médecin, contester le traitement et exiger autre chose. Quand je lui ai dit que pour moi, un traitement anti-allergique ainsi que des antibiotiques pour supprimer l’infection (je me suis retrouvé avec une sinusite) avaient été radicaux, il m’a répondu qu’il irait voir un autre médecin. Au Japon, on ne conteste pas son médecin, on va en voir un autre. Quand je me souviens de mes conversations avec mon médecin à Tarnier, de mes critiques auxquelles il répondait, me laissant visiblement le temps de me faire mon idée sur la question. Même si bien entendu évident qu’il était bien décidé à me mettre en trithérapie, il m’a laissé deux ans durant lesquelles il m’a écouté. Ce type de relation est impossible au Japon, et je ne sais pas bien si vous, en France, vous vous rendez bien compte du trésor que cela représente, avoir une relation avec son médecin, basée sur la confiance et le respect, un certain sentiment d’égalité. Quand mes résultats de tests ont persisté dans la dégradation, c’est moi qui ai pris la décision du traitement. Tout ce temps, il m’avait tenu la main afin de m’aider à accepter quelque chose que visiblement je ne parvenais pas à accepter. Ma séropositivité.
    J’ai raconté dans ce blog comment j’ai appris ma conversion, comment il a fallu que j’aille me faire retester dans un centre croix rouge à Palais Royal parce que ma médecin de ville ne m’avait pas donné les résultats “papier” et m’avait laissé en plan sans être capable de me renseigner sur la suite des opération. Rien que le test a été une histoire de fou étalée sur une semaine. Je revois la tête des infirmières quand je leur ai demandé de me tester car j’étais séropositif mais que mon médecin ne m’avait pas donné le résultat, et que je ne savais pas quoi faire, mais que JE VOULAIS LE FAIRE. J’ai eu de la chance, comme toujours, et non seulement j’ai eu une conversation amusant avec la médecin du centre, une dame d’un certain âge, avec l’humour de Claude Gauvard mon professeur de médiévale à Paris I, ce qui me changeait de cette idiote de médecin de ville qui m’a tenu un discours geignard sur “les chances de survie” d’une maladie que je connaissais visiblement mieux qu’elle. Et puis surtout, cette lettre de recommandation à Tarnier, un hôpital pour les riches… Et enfin, le privilège, absurde, d’être testé et re-testé en une seule fois. Les infirmières hallucinaient quand j’ai raconté mon histoire, “si si, je vous assure, je suis séropositif, mais je n’ai pas le papier…”. On en a profité pour faire l’hépatite par la même occasion. Ce qui fut minant, ce fut que, malgré ma connaissance du résultat, je ne pus m’empêcher d’espérer. Ce fut très éprouvant. Mon médecin fut donc important pour m’aider à accepter, à décompresser. À enfin prendre mon temps, le miens. Cette relation est impossible au Japon. j’ai l’habitude de penser et de dire que les débuts annoncent la suite, dans mon cas, j’ai très bien géré une situation qui s’annonçait mal. Mieux, j’en suis sorti par le haut, avec un excellent suivi et une envie de maitriser la chose pour maitriser ma vie. Quand en 2005, j’ai enfin accepté la réalité, je l’ai accepté comme un gage accordé à mes projets, mon envie de vivre et de continuer à bâtir ma vie. J’ai lu que chez certains le VIH avait bouleversé la vie en lui donnant un sens. Ce n’est pas mon cas. Moi, la situation m’a révolté. Je me suis senti piégé, attrapé, destiné à subir pour le reste de ma vie ma dépendance aux autres à travers ma dépendance à un traitement. Mon blog ne s’appelle pas “journal d’un solitaire sociable” pour rien. Je suis d’abord et avant tout indépendant, et jaloux de cette indépendance. Je n’ai de maitres que ceux que je me suis choisi, et qui ne sont pas de maitres, mais mes boussoles, mes modèles. Au premier rang desquels Beauvoir dont l’intelligence m’impressionne et dont je sens une proximité dans le caractère. Dont j’admire la trajectoire, voulue et maitrisée depuis “le contrat” avec Sartre (si vous ne comprenez pas, lisez Mémoires d’une jeune fille rangée, La force de l’âge et La force des choses). Être dépendant, ne fut ce qu’à de simples gélules a été dés le début le plus difficile à admettre. D’autant que j’avais toujours été très prudent, avoir été surpris dans mon inattention (due à l’alcool, certainement, et il y aurait beaucoup à raconter là dessus…), je me trouvais impardonnable, inexcusable VIS A VIS DE MOI-MEME. Je n’ai pas condamné une seule seconde l’”autre”. C’est à moi que j’en ai voulu, car je considérais que je n’avais pas le droit. Pas avoir traversé ces années là. Pas le droit vis-à-vis de Jacques dont le décès a fini par casser le très fragile équilibre qui restait encore en moi et qui allait révéler des sentiments suicidaires, extrêmement salutaires car ce sont ceux-là même qui allaient me conduire à l’analyse.
    Mon médecin a été le passeur essentiel dans ce qui était une reconstruction nécessaire. Avoir été analysé m’a fourni les clefs nécessaires pour me faire re-dépister, accepter l’inacceptable en continuant à vivre, à surmonter ma révolte intérieur et finalement accepter la situation avec pragmatisme. D’autres apprennent à mon âge qu’ils ont un cancer. D’autres, avec des enfants, décident de divorcer ou subissent un divorce. La mort, très étrangement, ne m’a à aucun moment effrayé. J’ai juste compris en un instant qu’en revanche, ce sont mes amis, celles et ceux que j’aime et qui m’aiment, qui allaient avoir à vivre la peur de ma mort, et ça m’a fait de la peine, mais je n’ai pas flanché, ce qui est dit est dit, même si c’est une mauvaise nouvelle…
    En 2005, la tri-thérapie m’a rendu un futur qui auparavant était très flou. J’hésitais fort sur le sens à lui donner. Il y avait Londres, où vivait Alain et où j’avais habité. Les bars de Soho me faisaient revivre lors de mes longs week-end, je m’y saoulais, j’y dansais, même. J’aimais m’enivrer de l’ambiance de l’UnderBar ou de Compton’s. Je me souviens en ce début de juillet 2005, après les attentats, une longue promenade au soleil vers la Serpentine. Le matin, j’avais avalé mes cachets, ceux que je prenais depuis deux semaines déjà, et je m’étais senti finalement très bien. En août, il y a eu Kyôto, mes quarante ans, mes courses pas croyables pour prendre mes cachets à l’heure, et qui me faisaient rire parce que j’avais retrouvé une énergie de gamin! Osaka, le Love Hotel parce que plus de train un soir, la veille de mon anniversaire, j’étais saoul, les photos à poil devant le miroir, le petit matin, retour à Kyôto, prendre les cachets avec moi, une douche, et on repart, Tokyo à 10 heures, une journée à aller ici et là, et puis le soir, les bars de 2 chôme, un ex de Paris qui ne se souvenait pas que, et puis il m’emmène au 24KK, là, j’hallucine…
    Paris en octobre, je relance Nova, et j’envisage BNPP Londres, mais plus, plus Paris.
    La suite est dans ce blog, c’est allé très vite. J’ai vécu deux ans, comme beaucoup, en important mes médicaments.
    Désormais, je ne peux plus attraper un bobo sans penser qu’il me faut reprendre. L’été dernier, avec mon zona, j’ai eu une batterie d’analyses. Ça va. Mais mes allergies m’enseignent que mon corps est désormais en mode panique. Et j’aime mon corps car je n’ai que lui pour exister… Je n’ai aucune confiance dans ces médecins autistes qui ne vous touchent pas, vous auscultent en regardant leur ordinateur et en vous posant des questions. Par ailleurs, comme je ne l’ai pas encore dit, les soins au Japon sont plafonnés à un maximum mensuel. Qui correspond en gros à la moitié d’un traitement. Pour le reste, on avance les frais et ensuite, une fois par mois, on va à la mairie pour demander une subvention qui couvre environ 50% du reste. On doit sortir pas mal de sa poche, sans compter que les examens sont compris dans le plafond. Être malade, cancer, VIH ou autre, au Japon, coûte une fortune. C’est une sorte de paradis pour madame Parisot : les patients ont besoin des médicaments, des opérations, ils trouvent le moyen de payer ce qui manquent. Ils hypothèquent leurs biens, font des crédits…
    J’ai choisi de venir au Japon. Je refuse de rentrer pour cette raison. C’est peut être moi, à Londres, quand fatigué par mon travail, j’ai baissé les bras et n’ai pas insisté, n’ai pas cherché à faire autre chose. Ce n’est pas moi maintenant. J’ai choisi de venir, je me tiens à mon choix. Je dois trouver une solution.
    J’ai écumé le net. J’ai soudain eu une sorte de révélation, je n’y avais même pas pensé avant.
    Comment font donc les Américains qui ne reçoivent pas d’aide fédérale ? Ils ne peuvent pas crever comme ça ? De forum en forums, j’ai découvert la réalité glauque du rêve américain. Des types qui prennent un traitement deux mois, subvention coupée, il arrêtent, et puis subvention, ils reprennent. Et puis la solution : importer ses médicaments de l’étranger. Et de fil en aiguille, s’apercevoir que les traitements génériques sont disponibles sur le net. Ma décision a été automatique. De lecture en fiches descriptives en fiches d’autorisation de mise sur le marché, j’ai choisi lequel importer. Quand j’ai eu fini ma commande, hier soir, ça m’a fait tout drôle. Rock and roll. Sentiment s’appartenir à un groupe précaire. Sentiment d’avoir attendu longtemps alors que la solution était évidente. Ce qui est hallucinant, c’est le prix. Extrêmement abordable.
    La suite, je ne sais pas. Je raconte tout cela car je pense que je vais avoir envie, besoin de raconter comment les choses se passent. Visiblement, à ce que j’ai cru comprendre, je vais avoir beaucoup de choses à raconter.
    À part ça, on est samedi, je suis dans le métro, maintenant, dans le trajet du retour. J’ai été très content de parler avec Thomas hier soir. Vraiment, le nouveau Skype, c’est vraiment très bien.
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Les petits moments de bonheur

    Il y a des fois, un simple truc vous rempli de joie, de ces mini moments de bonheurs qui vous font du bien simplement parce que vous ne les attendiez pas. Depuis trois quatre jours, ils se succèdent et donnent une petite note de bonheur à cette rentrée de janvier 2011. Le plus adorable moment de bonheur, c’était cet après midi. Une petite fille de 4 ans, qui a vécu trois ans en Belgique, et à qui je vais enseigner le français, oh, juste un peu, à partir de la semaine prochaine. J’appréhendais un peu car quatre ans, c’est vraiment de petits bouts de choux. Et puis en fait j’ai laissé aller. On a chanté Frère Jacques, Le Pont d’Avignon, elle a dessiné. C’est décousu, elle a visiblement perdu énormément de vocabulaire depuis son retour il y a un mois car elle butait sur des mots comme ça m’arrive, cette sensation d’être à l’aise, de parler et puis le blanc, le mur. Alors, elle m’agrippait la main, et me montrait, mimait. Elle est très amusante et, quand ce fut le moment de partir, elle était toute triste, elle voulait revenir demain. J’aurai donc, à partir de vendredi la semaine prochaine, un petit îlot de bonheur en début d’après-midi. Ce sera fatiguant, je connais les classes pour enfants, mais les moments de bonheurs sont d’une qualité rare qui lave toutes les fatigues, les jeux ratés, les humeurs maussades dont les enfants ont parfois le secret. Ça me fait énormément plaisir.
    Autre moment de joie, lui-aussi inattendu, ce mardi. Comme je l’avais posté, le nouveau skype pour iPhone fait la vidéo. Je n’ai pas pu m’empêcher d’appeler quelqu’un, et ce fut Stéphane. Ah, Stéphane. Que j’aime voir sa bouille slave, avec ses yeux plissés rieurs, et ses expressions qui passent du sérieux attentif au regard malicieux. Je n’ai pas pu, au milieu de discussions personnelles, m’empêcher d’évoquer les sorties récentes de Manuel-on-en-est-là-Valls, la belle gueule de la troïka (comme on les appelait il y a 20 ans quand ils étaient Grand Maître du Grand Orient / Apparatchik pistonné chez Séguéla / Parachuté à Évry) La tête-la com’-la belle gueule (Alain Bauer-Stéphane Fouks-Manuel Valls). Celui qui veut être le Tony Blair français (en plus d’être de droite, ça pue le ringard ninetees et Cameron vient s’effacer 13 ans de Blair en un seul collectif budgétaire, ne gardant que les trucs de droite comme les frais universitaires mirobolants inaugurés à l’époque du tandem Blair-Brown, mais bon, pour lui, c’est jeune et gauche moderne), a fait des sorties de droites dans un parti qui n’est plus de gauche, disant tout fort ce que la fille à son papa qui s’est fait parachuter dans le nord entend faire avec son “care”, à savoir le social personnalisé. Pour celle qui a introduit les assurances privées dans la sécurité sociale par le biais de la CMU, finir par faire “flotter” (sa loi débile sur) les 35 heures n’aurait rien d’étonnant, puisqu’elle n’y croyait pas (en tout cas jusqu’en 1995 comme l’attestent différentes interviews), mais il ne faut pas le dire avant les élections. Il faudra les faire après, avec la mine résignée de circonstance, on ne peut pas faire autrement. Anyway… J’étais content de bavarder et voir Stéphane. Si vous ne connaissez pas Stéphane, vous manquez quelque chose.
    Le bonheur, ce fut hier soir quand, après deux jours de bagarre, je suis enfin parvenu à faire fonctionner mon vieux iBook de 2005 et à en sortir les fichiers RAW de mes photos de Kyôto. Ça a mis du temps, mais voilà, c’est fait. Et de les revoir toutes, de les mettre dans l’iPad et de les montrer à mes étudiants m’a procuré une vraie joie, réelle. Mon séjour à Kyôto, bien que traversé par mon allergie, a été rempli de moments agréables, de traversées d’endroits réellement beaux. Et de repas délicieux. J’ai été avec Jun une semaine et cela aussi était bien. J’ai fait de jolis portraits de lui.
    Le bonheur, c’est aussi tous les messages que Hélène Hazéra a posté sur mon mur Facebook. Quelle culture, et quel éclectisme. Et parfois aussi, quel caractère… Nous avions commencé avant mes vacances un long échange sur la chanson, les traditions populaires. Vivant au Japon, ce symbole formolisé du nationalisme ambiant qu’est devenu l’enka a fini par m’insupporter au plus haut point. Avec ses kimonos aux couleurs pâles, ses chanteuses en chignons venus tout droits des Soap opera américains des années 60, ses chansons toujours les mêmes, des cordes toute droit venues de chez Bontempi… Putain, qu’est ce que c’est réac, l’enka… Eh bien, en quelques échanges, je me suis passé ma soirée de Noël à regarder de l’enka sur YouTube. Pas des trucs nouveaux,ces machins formatés, les cerisiers au printemps, les feuilles d’érables en automne, mais des trucs plus anciens, et puis des chansons japonaises des années trente, produites en Chine, où on perçoit bien comment la chanson japonaise s’est alors frotté à l’occident par le biais de la variété de Shangai. J’ai passé de très bons moments, et pour le coup, Facebook se révèle un truc sympa, un vrai coin de comptoirs, une table au fond du café où on retrouve les copains. Hélène est une femme pleine de saveur, capable de mêler la grossièreté à bon escient, bien sentie, pas vulgaire, et une culture incroyable. Jusqu’à une situation de Omar Kahayam passant comme ça, dans un commentaire. Je dois maintenant éplucher les derniers messages, les dernières vidéos et reprendre un long fil de conversation. C’est simple, le bonheur. Non ?
    Le bonheur, ce sont les portraits de Jun avec mon nouvel appareil. Ce sont les photos magnifiques de la journée enneigée que j’ai commencé hier soir à retravailler pour les rendre vraiment belles. Développer des photos, c’est vraiment du travail, mais au final. Et, fidèle à ce que j’en attendais, mon nouvel appareil aime la lumière. Il ne brûle rien, il illumine. Sur ce point, le Pen me laissait un peu sur ma faim. Et puis aussi, la richesse de couleurs…
    Bon, ce soir, je poste ce message, et puis je poste les deux albums de Kyôto, le deux et le trois janvier. Je les posterai de mon bureau de mon chez moi qui a pas mal changé. Avec le temps qu’il fait, la lumière est magnifique et je n’ai même pas besoin de chauffer car le soleil tape sur mon balcon dés 9 heures trente.
    Je suis d’une humeur terriblement quotidienne. Je réserve des récits, des écrits plus sérieux pour mon autre site ou pour Minorités. J’ai un énorme travail devant moi, et c’est très excitant.
    De Tôkyô,
    Suppaiku

  • C’est la rentrée…

    Me revoici dans le métro, comme si ces deux semaines n’avaient jamais existé… Et puis en même temps sentiment d’inhabituel. Oui, ces deux semaines ont bien été une petite rupture, un “break”. À Tôkyô, contrairement à Kyôto, très grand beau temps, ciel bleu, air sec. Cela fait un an que j’hydrate ma peau en hiver et cela fait une très sérieuse différence. Ma peau avait en effet tendance à faire mal, tirer, des boutons apparaissaient sans jamais vraiment cicatriser sur mes épaules, sur mes flancs, par moment, de terribles démangeaisons aussi, aux mollets. Incroyable, la sécheresse de l’air en hiver, ici. Je soupçonne également l’eau d’être un peu dure aussi. Il suffit d’hydrater et tout redevient normal, très rapidement. À savoir si vous passez par Tôkyô en hiver.
    Le retour du quotidien, après une petite semaine de congés, a toujours quelque chose de frustrant. On a une certaine nostalgie pour les choses que l’on n’a pas faites, et une sorte d’appréhension pour celles qui nous attendent. Le travail, les gens… Je n’ai pas déménagé puisqu’on n’a pas voulu de moi. J’ai renoncé, on verra plus tard. J’ai en revanche utilisé ma carte de crédit pour faire des changements chez moi. Ce matin, j’ai sorti le sofa lit que j’avais acheté il y a un peu plus de quatre ans à Ikea. Mon nouveau lit, installé dans la mezzanine est un vrai plaisir. Un vrai lit, de chez vrai de vrai, avec les ressorts, et le vrai matelas au dessus… Le monter a été un vrai calvaire. Le seul sommier pèse environ 35 kilos, et j’ai vraiment cru que n’allait exploser mon plancher et le plafond de mon voisin du dessous si je le lâchais… J’ai passé ma soirée du mercredi 22 à essayer de le monter tout seul, c’était impossible et je ne détaillerai pas, vous me prendriez pour un malade mental doublé d’un obstiné. Jun m’a aidé le 23 après notre grande promenade de l’après-midi dans Kanagawa, à Sankeien et Yamate. Ça a pris trois minutes. Le problème n’était en effet pas le poids, mais la surface qui rendait impossible le contrôle à une seule personne. Mercredi soir, j’avais cru que je n’en viendrais jamais à bout, que je défoncerais tous les murs et les planchers sans grand résultat… Et voila que jeudi soir, c’était fait sans grand effort. Vendredi, j’ai reçu mes deux gros poufs Muji. Il ne me restait plus qu’à me débarrasse du sofa. Je ne sais pas à Paris, mais à Tôkyô, les encombrants, c’est vraiment très bien organisé. Vous appelez un numéro vert ou vous vous connectez sur le site de votre arrondissement, et vous prenez rendez-vous. C’est tout. Vous achetez des timbres de collecte dans un commerce près de chez vous et le jour où vous sortez vos objets, vous les y collez. Dans mon cas, ça a quand même été compliqué par l’arrivée des vacances, période propice, ici, au grand ménage et donc aux encombrants, avec en plus la période de vacances qui courait du 29 au 3 janvier. J’ai donc pris rendez-vous pour le 4! J’ai sorti le sofa ce matin, j’ai été étonné par son poids, finalement relativement léger.
    Je me retrouve maintenant avec un appartement à réaménager car tout est un peu encore en plan. J’ai aussi acheté des étagères et une imprimante car mon ancienne n’imprimait plus. Sans le sofa, toutefois, j’ai aperçu mon nouveau chez moi, et ça me plait bien. Ce matin, la lumière était magnifique. Et puis j’ai un bureau maintenant, je vais pouvoir bien mieux travailler.
    Du travail, justement. J’ai déchargé mes photos d’hier ce matin, j’ai exporté les jpeg. Puis, j’ai voulu sortir les photos des autres jours de mon vieil iBook que j’avais emmené pour les mettre dans iMac. Et là, la catastrophe. Mon iBook ne veut pas booter. Comme le disque dur est neuf, ce n’est pas lui le responsable et cela veut donc dire qu’il est peut être possible de récupérer les 900 photos qui s’y trouvent. Je vais essayer divers trucs, on verra bien, et au final il restera l’extraction du disque dur pour le monter ailleurs ou autrement… Je pars du principe que la bestiole est morte, mais il me reste à la vider… J’ai toujours les jpeg que j’avais mis sur Filkr, mais quand même, cela me fait perdre la journée de dimanche, d’autres photos encore et surtout les originaux en RAW que je pouvais travailler. Les photos sous la neige, par exemple, méritent un travail sur l’exposition car elles sont en majorité un peu sous exposées… Enfin. On verra bien.
    Le métro arrive à Futako Tamagawa, me revoilà dans ma banlieue. J’aimerais bien retravailler dans le centre…
    Allez, j’arrête ici.
    On verra plus tard si j’écris encore un peu. Au fait, savez vous que le nouveau skype pour iPhone fait la video ?
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Pour tout vous dire, sentiment bizarre…

    Pour tout vous dire, sentiment bizarre…

    … au moment où j’écris ces lignes. Nous sommes le matin, c’est lundi 3, et je poste ces images du samedi 1er janvier… Comme ça passe vite. J’ai le sentiment de ne pas avoir vu le temps passer, mais qu’il a passé un peu sans moi. J’ai de nouveau eu cette vilaine inflammation de la colonne nasale qui m’a gêné comme si j’avais eu une crève pendant des jours, et puis on a coupé la climatisation de la chambre il y a deux jours, et voilà que ça va mieux. C’est bête, non… Mais j’ai tout de même de beaux souvenirs, mêlés à ce nez qui coulait violemment parfois, qui éternuait et m’échauffait la tête avant de se calmer après m’être vaporisé les narines d’un spray anti-allergique… Mes vacances ont démarré il y a deux semaines et j’ai passé mon temps à courir pour acheter ceci et cela, installer mon lit, alors ce nez, ça a un peu gâché le repos tant attendu.
    Mais bon, j’ai adoré la neige à Kyôto, les jardin tout blancs, les arbres effacés dont ne subsistait ici ou là que quelques traces noires, cette brume qui donnait au paysage des allures de peinture sumi-e. Je me suis souvenu de mon professeur d’art Japonais, quand elle disait que l’art occidental n’a développé qu’un aspect de la perspective, la perspective mathématique, mais qu’il existait une autre perspective, celle de la lumière, où la forme s’efface à mesure qu’elle s’éloigne. Et dans la neige, c’est incroyablement juste, et le sumi-e le révèle avec justesse.
    Je garde un souvenir mitigé de mes trajets en bus. Nous sommes allés à Arashiyama hier, visiter des temples que nous n’avions pas encore visités. Nous y sommes allés en bus et, hormis la longueur et la monotonie du trajet, le retour s’est avéré tortueux : il faisait froid, nous avons pris le premier bus. Je prévoyais un changement mais n’arrivais pas à bien lire les caractères sur la carte, j’ai confié la carte à Jun, qui ne sait absolument pas lire une carte. Il a regardé la destination, le numéro de notre bus, c’était bon, sans s’attarder sur le trajet, à savoir le tour de la ville, au delà du terminus. Interminablement long. Je me suis souvenu d’une mésaventure qui lui était arrivé en France, pour aller à Fontainebleau. Il s’était trompé de train. C’est pourtant facile, Fontainebleau, mais Jun ne sait pas lire les cartes… Très souvent, c’est moi qui aie sauvé des situations difficiles dans les transports car visiblement il ne porte pas son attention sur le trajet, uniquement sur le but. Mais bon, ce n’est pas grave, nous sommes arrivés et nous avons mangé une dernière fois dans notre restaurant de soba, celui qui a été notre cantine pendant une semaine. Simple, bon.
    Je vous laisse avec les photos du premier, je vous posterai celles du 2 et d’aujourd’hui plus tard, ce soir, de retour à Tôkyô. Dehors, un magnifique soleil sur la ville.
    De Kyôto,
    Madjid

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  • Un 31 tout de blanc vêtu…

    Un 31 tout de blanc vêtu…

    C’est tout blanc ! Voilà ce qu’a été ma première pensée en regardant les photos hier soir. Oui, c’est tout blanc, comme la neige qui est tombée un peu par surprise hier matin et a recouvert la ville de blanc pour le dernier jour de l’année. Jun et moi, à la lecture de la page météo, la veille, nous attendions à un peu de pluie, puis à un temps gris avec quelques éclaircies avant la neige pour la nuit. Au matin, ce fut donc une très grande surprise de voir ces gros flocons tomber. In y est donc allé mollo-mollo, ne sachant trop si ça allait durer ou pas. Nous avons fait une croix sur une éventuelle visite lointaine. Va pour le Ninna-Ji (仁和寺) dont Jun et moi avions apprécié le jardin en été.
    Le transport en bus a été très folklorique : les Japonais ne salent pas les rues et là, pour le coup, c’est vraiment crétin ! Le temple, les jardins étaient magnifiques, comme tirés de ces dessins à l’encre de style chinois sumi-e. Nous avions du temps, alors nous sommes allés revoir le Kinkaku-ji, ce temple rendu célèbre à la suite d’un incendie que romança Mishima, Le pavillon d’or. On peut dire que je suis gentil : je ne photographie pas les foules, ni même les gens. Je ne sais plus trop si c’est parce que je n’aime pas cela ou si c’est parce que je ne sais pas faire ça. Je vous épargne donc les bennes de touristes du monde entier venus s’y déverser et vous pourrez ainsi continuer de goûter l’illusion d’un Japon zen et serein. Je peux vous l’avouer au passage, toutes mes photos sont fausses, il me faut des heures et des astuces inimaginables pour vous éviter ces foules de touristes qui envahissent les jardins, les parcs et les temples que je visite. Et ne garder que la forme abstraite de cette architecture morte, venue du passée, souvent rongée par des mousses et des lickens savamment entretenus par les vrais génies du Japon, ses jardiniers, et que les hordes barbares armées du dernier Nikon ou du dernier Panasonic, ignoreront superbement. Comme toujours, bien entendu, j’ai ma conversation avec un papy photographe, armé de son zoom de 50 cm de long, traquant un oiseau ici (j’ai un élève comme cela) ou une fleur par là. Je les aime bien, mes papys, ils me parlent à toute vitesse, j’ai souvent un peu de mal à suivre, mais j’ai appris à dire oui et à m’étonner au bon moment, comme un vrai Japonais… Le Kinkakuji était donc magnifique, sa couleur or étant finalement la seule touche de couleur dans ce paysage ravagé par l’hiver.
    Le bus au retour était une autre manche. Un trajet sans fin jusqu’à Gion où nous sommes allés manger des sobas.
    On est rentré à l’hôtel. J’ai vaguement attrapé la crêve… On s’est couché vers 22 heures trente. Et ce matin, on était en 2011…

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  • Bonne année / Happy new year / 新年明けましておめでとうございます

    Bonne année / Happy new year / 新年明けましておめでとうございます

    Et nous voici dans les années 10 pour de vrai, en attendant les années 20…
    Je vous souhaite la bonne année de ce blog car à minuit, je serai en train de dormir… Merci aux billets programmés à l’avance.
    Très bonne et très belle année à vous toutes et à vous tous. Je vous embrasse dans un gros nuage de neige avec quelques poussières d’or au dedans…
    De Kyôto,
    Madjid

  • Jeudi 30 décembre 2010

    Jeudi 30 décembre 2010

    Températures en chute libre, mais bien belle promenade encore une fois…

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  • Deuxième jour à Kyôto, entre nuages et éclaircies

    Deuxième jour à Kyôto, entre nuages et éclaircies

    Temps variable mais encore très agréable en ce mercredi 29 décembre… Très belle promenade. Second album photo, développé en automatique avec SPP. J’y reviendrai plus tard pour corriger les couleurs, souvent un peu exagérées.
    De Kyôto,
    Madjid

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  • Séjour à Kyôto, premier jour

    Séjour à Kyôto, premier jour

    Départ le matin à 7 heures 30 en Shinkansen, arrivée à 9 heures 51 à la gare de Kyôto.
    Jun et moi nous sommes promenés entre Tôfuku-ji et Fushimi Inari Taisha avant de rejoindre l’hôtel dans l’après-midi. Il s’est alors mis à pleuvoir et à violemment souffler : nous avons été très contents d’y avoir échappé. Le soir, on a marché de l’hôtel, situé dans le quartier de Marutamachi, près de Gosho (l’ancienne résidence impériale) jusqu’à Teramachi, la rue commerçante entre Sanjô et Shijô et avons acheté des sandwish à Shizuya. Le midi, nous nous sommes régalés de soba tempura dans notre restaurant habituel près du Tôfuku-ji. Même restaurant, même boulangerie, même hôtel, mêmes visites. Je suis un indécrottable conservateur, en matière de tourisme ! d’ailleurs, je ne suis pas vraiment un touriste, à Kyôto. En additionnant, je dois bien cumuler 5 à 6 mois de résidence, ici. Blasé ! Non, je rigole…
    Premier album.
    De Kyôto,
    Madjid

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