Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Séjour à Kyôto, premier jour

    Séjour à Kyôto, premier jour

    Départ le matin à 7 heures 30 en Shinkansen, arrivée à 9 heures 51 à la gare de Kyôto.
    Jun et moi nous sommes promenés entre Tôfuku-ji et Fushimi Inari Taisha avant de rejoindre l’hôtel dans l’après-midi. Il s’est alors mis à pleuvoir et à violemment souffler : nous avons été très contents d’y avoir échappé. Le soir, on a marché de l’hôtel, situé dans le quartier de Marutamachi, près de Gosho (l’ancienne résidence impériale) jusqu’à Teramachi, la rue commerçante entre Sanjô et Shijô et avons acheté des sandwish à Shizuya. Le midi, nous nous sommes régalés de soba tempura dans notre restaurant habituel près du Tôfuku-ji. Même restaurant, même boulangerie, même hôtel, mêmes visites. Je suis un indécrottable conservateur, en matière de tourisme ! d’ailleurs, je ne suis pas vraiment un touriste, à Kyôto. En additionnant, je dois bien cumuler 5 à 6 mois de résidence, ici. Blasé ! Non, je rigole…
    Premier album.
    De Kyôto,
    Madjid

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  • Aujourd’hui était férié et il faisait beau…

    Aujourd’hui était férié et il faisait beau…

    Jeudi 23 decembre, de Sankeien à Yamate. Mes deux Sigma DP1 et SD15, developpes dans SPP 4.2 sans retouche histoire de vous les montrer de suite.

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  • Le métro, le soir, la ligne Hanzomon…

    Le métro, le soir, la ligne Hanzomon…

    Sigma DP1, cet apres-midi. Tama Plaza Terrasse.

    L’approche des congés d’hiver, les changements de temps quotidiens, un jour doux, un jour glacé, un jour ensoleillé, un jour pluvieux… Fatigue.

    La semaine a été une semaine vraiment mauvaise. D’abord l’appartement. Ensuite, dimanche, en sortant mon appareil photo (l’Olympus, celui que j’avais acheté en septembre), j’ai découvert que l’écran arrière était cassé… J’étais avec Jun, nous étions à Ueno, à Ameyoko, le marché, où j’achète mon thé, juste avant de continuer la promenade vers Yanaka. Ça m’a un peu cassé même si, par je ne sais trop quel hasard, j’avais pris, avant de partir, mon Sigma. Grace à lui, j’ai pu prendre des photos. Hier, j’ai reçu un email d’un cabinet de recrutement dont je vous livre la réponse après un entretien (nom des sociétés joints, je ne censure rien).
    ” Dear Madjid,
    I hope you are well.
    I received feedback from Murex and unfortunately you were rejected for a second interview because they felt that you are too focused on work-life balance and would not be committed to Murex or able to cope with the pace of the industry. I apologise that I am not bringing better news but hopefully this feeback will be useful for you in future interviews. ”
    L’entretien avait eu lieu au téléphone, en anglais, à 8 heures du soir. Il s’agissait d’un travail auprès de Murex. Je connais bien l’application car j’ai travaillé dessus pendant 5 ans, j’ai connu la bascule de l’ancien au nouveau Murex, la migration, les plantages et, quand je travaillais au MO à Louis Legrand, les heures supplémentaires pour essayer de trouver une solution ou bien, plus généralement, stopper les opérations et ressaisir à la main 10, 20, 30 ou plus encore de contrats. J’ai corrigé à la main des confirmations, ces documents légaux validant les contrats de swaps avec lesquels mes collègues s’arrachaient les cheveux car Murex ne communiquait pas bien avec d’autres applications. Je me souviens avoir été le seul à travailler un 24 décembre après midi ou bien un 31 parce qu’il fallait finir. Pour ceux qui connaissent, des Straddles, des Amortizing, stoppé des primes car Murex les doublait, une dans chaque sens, pendant qu’on y est… J’ai été deux fois au chômage au Japon, j’ai toujours retravaillé. J’ai deux heures de transport par jour et je travaille pour des clopinettes dans une école avec des élèves paresseux. Bref, le côté “vous êtes un paresseux” est une vraie insulte et un commentaire de salopard. Après 2 minutes d’entretien, je savais que le poste ne cadrait pas avec moi. Le type me pressait sur des questions d’informatique, ma maitrise. Je suis poli, je ne lui ai pas dit que je ne comprenais pas pourquoi il me bousillait mon mercredi soir après m’avoir pris deux jours à penser à cet entretien s’il n’avait pas été capable de lire mon CV.
    Alors oui. J’enseigne le français et même l’anglais qui n’est pas ma langue. Pour des clopinettes. Le reste du temps, j’écris. Je fais de la photo et je peux écrire sans mentir que je me débrouille avec Lightroom ou SPP et même CameraRaw. Je lis certainement plus d’information financière que tous les types dans son bureau. Parce que la contrepartie de ce salaire de misère, c’est avoir du temps. Je mange chez moi pour pouvoir payer les à côtés, jongler avec les cartes de crédit. Je suis en interruption de traitement parce qu’au Japon ça coûte cher et que je ne fais que me relever du chômage de la fin 2008, quand je me suis retrouvé sans rien. Heureusement, encore, que je profite de ma “work Life balance”. J’en ai longtemps profité en attendant de trouver autre chose. Parce que je refuse de devenir un de ces vieux chnocks qui pleurnichent en attendant de trouver quelque chose. Alors là, trop, c’est trop! Et je pense que c’était un Français…
    Je viens de me censurer! Inutile.
    Voilà pour l’entretien. Mais en fait, pourquoi ai-je accepté cet entretien… C’était le midi, il faisais beau. Je visitais l’appartement à Asakusa. J’avais traversé la ville à vélo, j’avais vu le Fuji en traversant le fleuve… Je n’ai eu ni l’un, ni l’autre. Et comme par une sorte de hasard diabolique, j’ai photographié l’appartement d’Asakusa avec l’Olympus.
    Traversant Yanaka, j’ai compris mon erreur. Je n’aurais pas été heureux dans cette partie de Asakusa. Mon quartier est définitivement Yanaka, que je visite une fois par mois. Et ce travail n’était, de toute façon pour moi.
    Hasard ultime, donc, j’avais emmené mon Sigma DP1 dont je continue à apprécier l’infinie qualité. L’Olympus me plaisait bien pour ses objectifs et le capteur plus grand. Mais quand on a gouté la propreté, le moelleux Sigma…
    Pour me consoler, donc, j’ai acheté un Sigma SD15. Et ne me dites pas que 5mpix (en fait 3 x 5mpix), c’est peu pour le prix. C’est MON joujou à moi.
    Le capteur Sigma a quelque chose de magique, je veux dire, quand c’est net, c’est vraiment net, les pixels sont invisibles, même dans les noirs, et les contours sont précis, on voit les petites saletés, la poussière ou la rouille dans les recoins. La première fois où j’ai vu ces appareils, j’ai su que c’était pour moi. J’ai fini par acheter le DP1 d’occasion, en janvier et, après avoir souffert pendant 15 jours sur LR et SPP, après m’être bagarré à essayer d’utiliser le bébé en full manuel, j’ai commencé à l’aimer et à me sentir photographe. Le DP1 est un truc unique. En fait, les critiques photo ne testent même plus les appareils Sigma qui leur semblent dépassés. Ainsi, mon Olympus était jugé meilleurs que le DP1 : deux et demi fois plus de pixels, objectifs interchangeables, meilleurs “contrôle du bruit”… Quand j’ai eu fait mes premières photos sur l’Olympus, je n’ai pas eu ce sentiment de “meilleur”. Plutôt un sentiment d’avoir régressé tout en ayant des photos plus grande. Pourtant, le capteur de l’Olympus était généreux, la moitié d’un plein format, ce qui est beaucoup, et presque dix fois plus que sur les compacts. Mais il y avait quelque chose de pas propre dans le fini. En fait, les autres appareils font du digital, quand Sigma fait presque de l’argentique et même, je l’ai lu plusieurs fois et je suis d’accord, des fois, on dirait de la diapositive. C’est incroyablement propre. Ce qui fait la force de Nikon, ce sont ses optiques incroyablement précises, mais pour avoir vu des RAW Nikon plein format, je dois avouer qu’il y a un truc spécial dans le rendu Sigma qui me le fait préférer. Le prochain Sigma, le SD1, a 15 millions de pixel, ce qui veut dire 3 x 15 millions. Sigma produit les seuls capteurs RVB. Les autres font du noir et blanc et recalculent les couleurs. Quand il y a de fines rayures oranges et vertes, ou rouges et jaunes, les meilleurs capteurs commettent des erreurs. Pas le Foveon de Sigma.
    Oui, je sais, je suis un vrai geek de Sigma…
    Bref, mon DP1 m’a énormément plu. Ce n’est pas comme les autres, il faut apprendre à s’en servir. Et puis à ma grande surprise, il n’a pas peur de la lumière. J’ai re-aimé faire de la photo avec lui, comme avec un argentique. C’est ainsi qu’en septembre, j’ai pensé qu’il était temps d’acheter un truc sérieux dans mes prix. J’ai donc acheté l’Olympus Pen 1, d’occasion, avec ses deux objectifs. Un bon prix. Plein de gadgets, mais que je n’ai jamais utilisé. Je l’ai généralement utilisé en mode manuel. J’ai été content de retrouver un zoom, mais en revanche, j’ai eu l’impression de retourner dans le digital. Des photos détaillées, mais avec ce truc du digital, je ne sais pas… Qu’il casse, dimanche, m’a mi-abattu, mi-libéré, car comme j’avais emporté mon Sigma, j’ai retrouvé le plaisir de m’amuser avec. Jouer avec la lumière, la profondeur (pourtant pas top car il descend à 4 seulement), les cadrages. Je n’ai jamais éprouvé ce côté ludique avec le Pen, pourtant possiblement super facile à utiliser, surtout quand on compare avec le Sigma.
    J’ai en revanche de nouveau éprouvé les limitations du DP1, ce qui m’avait poussé à acheter l’Olympus. L’objectif fixe, 28mm, d’abord. Pour photographier des détails, ce n’est pas idéal. Et puis cette focale limitée à 4, c’est faible, surtout au Japon où, passées 16 heures, il fait presque nuit. Enfin, sa terrible lenteur à faire la mise au point, puis, une fois la photo prise, à la rentrer en mémoire. Compter 6 à 7 secondes, avec écran figé. Le moyen âge, quoi. Mais ces photos…
    En fait, quand on est à ce point amoureux d’une technologie car on en apprécie les effets, on a tort de s’en séparer. Je ne retournerai pour rien au monde à Windows. Je n’aurais pas du renoncer au Foveon pour aller vers Micro4/3. Ce que je voulais, c’était un appareil comme le Sigma, mais avec des optiques interchangeables et plus de réactivité. En septembre, j’ai joué au radin. Cette fois ci, j’ai donc acheté le SD15 car il a tout ce que j’attendais d’un appareil photo. J’ai mitraillé hier, aujourd’hui, et ma période d’adaptation va être assez longue. Tout d’abord, pas de LiveView, vous savez, la mise au point sur l’écran… Retour au bon vieux viseur… Je n’avais pas calculé ça et, sur le coup, ça m’a refroidi, et puis… Joie de retrouver ce côté tactile, physique de la mise au point. Les écrans sont, en générale, totalement faux. Ce que j’aimais dans le viseur, c’était, muni de toutes les informations, le sentiment de sentir ce qui se passe. Totalement absent dans le LiveView où on regarde la photo comme à la télé. Cela étant, je m’y était fait et j’avais appris à pondérer les informations de l’écran.
    Ensuite, la lourdeur. C’est un truc de plus de un kilo, avec son objectif ! Là encore, retour aux sensation argentiques. Pour le reste, c’est trop tôt. Tout comme mes premières photos avec le DP1, mes photos avec le SD15 sont bof bof. Je veux dire par là, je dois réapprendre à ne pas avoir peur de la lumière car Olympus n’aimait pas vraiment la lumière (à relativiser car il se débrouillait quand même très bien, mais…).
    Un gros joujou avec lequel je peux dors et déjà m’amuser et qui, le week end prochain, subira son premier baptême du feu, avant de prendre son envol, je l’espère, durant ma semaine de vacance à Kyôto.
    J’ai renoncé à déménager, en tout cas pour le moment, et certainement pour un certain temps. À moins qu’une opportunité, un endroit qui me fasse quelque chose… Dans Yanaka. Je veux vivre au pays des chats, entre quelques un de ces temples qui donnent ce charme ancien à ce quartier vallonné en bordure du parc de Ueno, moins touché par les bombardements et le grand tremblement de terre de 1923, où règne une atmosphère particulière. Presque provinciale.

    Je vais en revanche faire des changements chez moi, parmi lesquels figure l’achat d’un bureau, car je ne peux plus faire sans. Je vais également installer ma chambre “en haut”.
    Je vais arrêter mon abonnement sur LinkedIn, et je pense que la page est tournée, et mon profil LinkedIn va évoluer très nettement. Des changements par touche. Et cet appareil photo, qui me coûte cher, évolutif, résolument le point de départ d’une décision que j’aurais du prendre il y a un moment. Je ne travaillerai plus dans une banque, puisque je suis trop porté sur mon “work life balance”. Avec mon bureau, avec mon iPad, avec mon appareil photo, je travaille désormais pour moi. L’école, ce n’est pas mon travail, c’est pour manger.
    J’espère que vous aimez la nouvelle apparence de ce blog, elle est partie pour durer.
    De Tokyo,
    Madjid

  • Un impublié de la semaine dernière

    Un impublié de la semaine dernière

    Le métro, vers 13 heures quarante.
    Ce n’est jamais facile de revenir à son blog après une longue absence. Je regarde l’écran quasiment vide de mon iPad, et une très grande lassitude m’envahit. Non pas que je n’ai rien à écrire, mais simplement, ça ne vient pas. J’aurais presque envie de dire “ça” ne vient pas.
    Freud avait raison dans sa réponse à Rilke, au sujet de l’analyse. Rilke avait trouvé dans l’écriture un moyen de s’exprimer et d’exprimer ce qu’il avait au fond de lui, pourquoi alors aller y chercher ce qui, finalement, parvenait à trouver une certaine harmonie ? Quand je vous écrit que “ça” ne vient pas, c’est exactement cela dont je parle. La feuille blanche, la peur qu’elle inspire, c’est l’expression de la disharmonie en soi. Dans mon cas, cette disharmonie, c’est d’avoir perdu de vue ce blog, mon lien avec tous ces curieux que vous êtes, que je vous connaissent ou pas. De qui j’exige de passer leur chemin s’il n’apprécient pas ce que j’écris, mais dont pourtant j’apprécie la lecture, même quand ils m’écrivent qu’ils ne m’apprécient pas. Étrange non, la relation que l’on peut entretenir avec un blog. Je n’y raconte pas tout, juste ce qui me passe par la tête et, finalement, je me censure très peu. Et la peur de la feuille blanche c’est, si l’écriture se libère, cette peur de l’inconnue où elle nous mène, car comme je l’ai maintes fois écrit, ce blog n’est pas qu’un blog, il est un journal. Ce que j’y écris est le reflet de ma pensée à un moment donné, rien n’y est gravé dans le marbre car la pensée est un matériaux terriblement volatil et changeant, elle se nourrit de l’autre, de la curiosité, de la réflexion et des sentiments. Elle entretient avec “ça” une relation complexe, car la pensée est également le produit d’une histoire individuelle dont les contours parfois très nets, peuvent par moment s’avérer très flou, du côté d’où “ça” peut faire mal. Et personne n’aime se faire mal.
    Celui qui écrit doit être prêt à avoir mal, et il doit aimer cela. J’aime la douleur que je ressens parfois en écrivant, en fait, elle alimente mon travail : la douleur est une force. On la sent à l’oeuvre partout où existent des émotions. C’est, au delà de la qualité elle même des œuvres, l’absence totale de douleur qui fait la différence entre Rondo Venezziano et Vivaldi, malgré tous les efforts des premiers pour ressembler au second. Vivaldi avait mal, au fond, tout au fond, très très profondément, mais il aimait la vie, c’était un jouisseur enfermé dans la vie cléricale. Sa musique oscille, très souvent, sur le fil du rasoir, son âme s’entr’ouvre sur des abîmes sombres où jamais le soleil n’entra, à moins que par le hasard d’une harmonie, il ne l’y invita, très brièvement, et regorge l’auditeur d’un très court moment d’espoir, et puis voilà, on referme, c’est fini, le violon repart. Aucun apitoiement, chez Vivaldi. Juste un rappel ici et là de notre profonde imperfection, de notre très grande fragilité de nous, les humains, de notre solitude et de sa marque indélébile, maman, maman, pourquoi ne me nourris-tu pas encore, il fait nuit, j’ai peur, donne moi encore un peu de ton lait, au creux de ton épaule si chaude, je n’ai pas faim, je veux juste encore un peu sentir ta chaleur, maman, pourquoi ne viens-tu pas, et le bébé pleure, et il pleure encore, et cette fois, hélas ou tant mieux, maman ne viendra pas, maman n’obéira pas, et il faudra alors que le nourrisson accepte de vivre sa vie, telle qu’elle est, dans un monde dont il n’est ni le centre, ni même un élément essentiel. La solitude. C’est un sentiment que j’ai toujours ressenti dans la musique de Vivaldi. Aux commentaires et aux emails que je reçois parfois, il me semble que c’est un sentiment que je parviens à partager avec certains d’entre vous. Pas la solitude du geignard qui se plaint toujours d’être seul. Non. Celle qui est là, quand on ne s’y attend pas, et qui vous force à allumer la télévision. Celle dont vous ne parlez à personne parce que vous savez que c’est comme ça, il faut vivre avec. C’est comme “ça”, il faut vivre avec.

    Comme vous le voyez, ouvrir sa boite de Pandore brise la glace, soudain l’écriture se libère. Je n’ai pas raconté grand chose, mais désormais l’écran n’est plus tout blanc, et vous avez compris que je suis tout en introspection. Pour être plus clair, je me réinvente.
    J’aime bien, l’idée de réinvention de soi. Parce que cela veut dire que l’on recrée du même, tout en apportant de petites corrections ici et là. Et puis, se réinventer, irait avoir une certaine idée de ce que l’on aime chez soi, en soi, et puis aussi le réalisme nécessaire concernant ce qui ne changera jamais. J’ai 45 ans, et cela, ça ne changera jamais, si ce n’est pour aller vers 46. J’ai longtemps vécu en décalage avec mon âge. J’ai pleinement envie de vivre dans mon âge pour, disons, une bonne dizaine d’années. À partir de 55 ans, en revanche, il faudra revoir la copie, opérer de très nets renoncements, et préparer ma vieillesse. Ce sera peut être le moment où je lirai “La vieillesse”, de Beauvoir, le seul que je n’ai pas encore lu. Imaginez, un essai sociologique, philosophique et anthropologique sur la vieillesse, écrit en 1961… Qui veut lire ce truc… ? Il fut pourtant, à son époque, un OVNI car il coïncide avec l’année de sortie du livre qui allait précipiter Edgard Morin sur le devant de la scène, consacré aux baby-boomers et à un concept promis à un bel avenir dans cet âge d’or du keynesianisme, “la jeunesse”. Écrire sur la vieillesse avait quelque chose d’incroyable, surtout quand l’auteur se proposa de le faire pour casser l’image du vieux et développer l’idée d’une vieillesse qui soit, aussi, une nouvelle de la vie, et non ce placard à mourir dont il est, encore aujourd’hui, synonyme.

    Je reprends ici l’écriture car il m’a fallu travailler. Me réinventer passait par un déménagement. J’avais visité quelques appartements. J’en avais trouvé un de bien, à Asakusa. Propre, clair. J’ai reçu cet après-midi un mail de refus. Pas d’étrangers. C’est la deuxième fois. Toujours, quand je demande un endroit propre, clair, on me dit que “hélas quelqu’un vient de le réserver”, ou bien que “c’est neuf, ce n’est pas possible pour les étrangers” ou alors aujourd’hui “la société de gestion préférerait, comme vous êtes étranger, que ce soit votre société qui loue cet appartement, autrement ce ne sera pas possible”. En revanche, on m’a montré plusieurs offres, des trucs pas refaits, exposition nord, à tatamis toujours, au deuxième étage souvent, et l’un avait même cet charmant commentaire, “animaux admis, colocation d’étrangers acceptées”. Par principe, je n’ai même pas voulu visiter. J’ai eu droit au racisme en France, mais encore est ce une question d’individus. Il y a des propriétaires cons, et il y a les autres, une grande majorité. Dans le cas du Japon, je l’avais souvent lu. Il y a même une commission gouvernementale sur le sujet, et il y a une rencontre des professionnels de l’immobilier en juin, à ce sujet. Car en fait, le Japon se taille une réputation affligeante auprès des entreprises étrangères à ce sujet là, et Singapour offre, outre des coûts moins élevés, une relative relation de confiance envers les étrangers. Ici, c’est simple, on est considérés comme sales et causeurs d’ennuis. Aux étrangers les taudis. Maintenant, il faut avouer que les Japonais ne sont pas toujours mieux traités. Mais là, ce sera un triage social. Si un Japonais peut payer, il habite où il veut. Pas un étranger.
    Il y a d’ailleurs tout un business autours de cela. Des propriétaires, des agences spécialisées dans les étrangers. Qui louent à des prix incroyables. Ou bien qui louent des chambres dans des guesthouses soit disant pas chères, mais où bien souvent le loyer de l’un est le prix de l’appartement ou de la maison elle même. Où j’ai habité à Kagurazaka, ma chambre de 6 tatamis me coûtait 85000 yen. Il y avait 6 étrangers dans cette maison de deux étages. Soit deux appartements en colocation. En fait, un piaule comme ça, ça vaut 20000 yens à tout casser… Et encore, Jun, en riant, m’a dit que ce serait même le prix pour la maison entière…
    Donc, voilà…

    Tellement énervé par cette histoire que je n’ai ni terminé ni publié le blog. Longue conversation avec Yann ce matin. Comment un pays ayant tant d’abords plaisants peut il a se point se révéler haïssable ? Méprisable ? Et petit, mesquin ? Je dis cela en ayant conscience que les habitants ne se font pas, eux non plus, de cadeaux. Un pays archaïque, où le maire de la capitale, machin chose Ishihara, a encore récemment fustigé les homosexuels, et où son discours passe, finalement, comme une lettre à la poste…

    J’ai vu des images de Paris et, pour tout dire, je n’en reviens pas, je ne pense pas avoir jamais vu autant de neige. Peut être si, durant l’hiver 1987…

    (message non terminé)