Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Nikkô en automne

    Nikkô en automne

     

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  • Écriture en liberté

    Écriture en liberté

    Je me remets de terribles maux de nez et de douloureux maux de tête : je fais des sinusites depuis des années, mais depuis deux et demi, la situation s’était comme installée. Démangeaisons, petits saignements… Le Japon est un pays où on fait des allergies, et quand on n’est pas victime des pollen, c’est à l’air conditionné, à son air sec et bourré de poussières et de bactéries que l’on a affaire. Pendant deux mois, je me suis pulvérisé le nez de ces sprays que l’on trouve partout dans le commerce, mais… L’othorino a regardé ça, et son diagnostique a été très simple, a parfaitement expliqué ce que je ressentais de plus en plus. Une obstruction du conduit nasal du à une déviation visiblement assez forte. À la moindre irritation (pollen), je fais une inflammation… Le traitement est très efficace, je recommence à bien respirer, j’avais presque oublié. La nuit, je dors très bien. Antibiotique, antiallergique, un truc pour liquéfier les sécrétions, et un spray high-tech! J’ai un autre rendez-vous dans une semaine. Le docteur est assez âgé, j’ai bien aimé son ton ferme, apprécié qu’il m’attrape le visage (ici, les docteurs ne touchent pas les patients) et ses efforts pour m’expliquer avec trois mots d’anglais (le vocabulaire médical, en japonais, c’est du costaud!). Il m’a prévenu que généralement, le seul moyen de vraiment résoudre ce problème, c’est l’opération. J’avoue, je suis pas très chaud…
    Depuis le temps que je n’avais pas écrit, bien du temps est passé, et avec beaucoup de belles promenades. La dernière en date, c’était dimanche. Avec Jun, nous avons visité Nikkô, pour la seconde fois. Autant la première visite il y a quatre ans m’avait très peu plu, autant celle-ci a vraiment été très belle, intéressante. À la pluie et à la fraicheur de ce mois d’août 2006 s’est substitué le grand beau soleil de novembre, la lumière forte du presqu’hiver. Peu d’érables autours du Tôshôgu, mais suffisamment toutefois pour mettre ici et là ces touches de rouge qui annoncent l’arrivée du froid, la proximité du shôgatsu que nous passerons, juste retour à la normale, à Kyôto. J’ai presque hâte. Je n’ai pas, cette année, ou en tout cas beaucoup moins, ma phobie de l’hiver, cette année. L’an dernier, il m’était impossible de concevoir l’hiver, j’étais immédiatement pris d’une sorte de boule dans le ventre, ma peur du chômage, cette expérience de deux hivers successifs. Je suis guéri.
    Je me sens plus libre, relax. Je n’écris pas beaucoup sur mon blog, mais j’écris. Et si je n’écris pas, je me nourri d’images, de sons et de récits glanés ici et là. Comment vivait on avant le net ?
    J’ai un nouveau vélo. J’ai des envies de sport, je ne suis pas encore assidu à la gym, mais j’y vais et, sur le tapis roulant, malgré mes envies d’arrêter au bout de 10 minutes, quand la sueur commence à sortir, je continue. Je tiens mes 40 minutes. Cela fait longtemps que je n’ai pas fait de sport alors courir peut être dangereux… À mon âge… Alors je me contente de marcher à 5,3 km/h sur une pente à 5,9%. Courir représenterait un effort équivalent, mais je ne cours pas, alors que je suis resté un bon marcheur, alors je grille mes 250 kcal de cette façon, et je peux dire que je constate un progrès, en trois semaines. L’impression de fatigue a disparu, juste un terrible sentiment d’inutilité sur cette machine, le même truc qu’au lit, en pleine baise, quand un mec me parle et me demande ce que j’aime.
    Il y en a qui n’aiment pas les capotes, moi, c’est qu’on me demande ce que j’aime, au lit. Automatiquement, je me mets à penser, je me vois dans le lit, je trouve la situation terriblement ridicule, pathétique. Je sais bien que ça peut être gentil, mais ce doit être mon côté japonais, je pense qu’il y a des choses qui n’ont pas besoin d’être dites, qui sont évidentes. Il y a ceux qui demandent d’abord ce qu’on veut puis qui demandent si on veut qu’ils nous baisent. Il y a ceux qui ensuite émettent un commentaire, c’est ça hein, t’as envie que je te baise, hein ? En générale, moi, ces trucs là, ça m’a toujours coupé l’envie. Une fois, j’ai même fait un peu trainer et puis cinq minutes après, j’ai feint la fatigue et je me suis rhabillé. Pas de ma faute, si on me pose une question, ben je réfléchis, et quand je réfléchis, j’ai du mal à m’arrêter. Le plus amusant, c’est que les trucs les plus fous que j’ai jamais fait avec des mecs, je les ai faits dans le feu de l’action, une chose en amène une autre, et puis voilà. Faire l’amour, c’est un mélange de relation de confiance et d’énergies, la façon dont ces énergies communiquent. En gros, une bonne baise entre hommes, c’est une sorte de symbiose où l’un peut se reposer sur l’autre. Et inversement. Ça n’a rien à voir avec ces histoires de qui pénètre et qui est pénétré comme c’est souvent raconté par de pauvres filles qui n’ont jamais eu les tétons handicapés pendant plusieurs jours.
    Il y a cette chanson de Ferré, Ton style. “Ton style, c’est ton cul, c’est ton cul, c’est ton cul, ton style, c’est ton droit quand je m’y plis, salope, c’est ce jeu de l’enfer, de face, et puis de pile, quand la nuit a livré ses dernières lueurs, ton style, c’est ton cœur”.
    Hé hé hé hé hé…
    Didier Lestrade m’a écrit il y a quelques semaines, inquisiteur à sa façon, c’est à dire extrêmement gentiment, me demandant d’écrire quelque chose pour Minorités. Parmi les sujets qu’il me suggérait, il y avait le SIDA. Didier est fatigué, je crois, par ce sujet. Il a tellement donné, tout ça pour arriver à ne plus être entendu car un troupeau de queutards a decidê de baiser sans capotes, de théoriser le machin, de vendre leur salade, et de rencontrer un écho favorable dans un gouvernement de droite et à la mairie de Paris péhess dirigée par la grande Tantouse puisque ça permet de ne pas parler de sexe (sujet tabou à droite et chez certains nouveaux électeurs péhess parisiens qui aiment bien le Maire de Paris, il est si gentil, et puis, il aime les arts, il connaissait Dalida) tout en contentant les amis des grands laboratoires pharmaceutiques trop contents d’écouler du médicament à plus de 1000 euros mensuels à une clientèle de nouveau en expansion grâce à la reprise de l’épidémie. Je comprends Didier, moi, j’ai quitté le péhess parce que j’en avais marre d’être une sorte de caution morale qu’on écoute en esquissant un sourire, cause toujours. Mais Didier ne lâche pas. Et il a raison de ne pas lâcher. Les têtards qui sont en charge du machin qui tient lieu de prévention finiront par être obligés de le reconnaitre, quand on dépassera les rythmes de contaminations des années 80, comme c’est déjà le cas à Londres. Alors il sème ici la mémoire, et là esquisse des pistes.
    Je ne voulais pas écrire sur le SIDA, j’ai déjà suffisamment à faire avec le miens. Et puis je ne suis pas spécialiste. Mais j’ai fini par écrire sur le SIDA. Ce sera en ligne, à priori, le week end prochain. Je l’ai écrit dix jours avant de l’envoyer, ce qui m’a permis de le laisser refroidir, et de conclure, mais aussi d’atteindre une certaine forme de neutralité dans l’écriture d’un sujet hautement polémique et où les responsabilités de la reprise des contaminations sont diffuses. Parmi les responsabilité peu énoncées, il y a l’oubli, l’oubli de ce qu’à été l’épidémie. Pour les séropositifs bien sûr. Mais aussi, ce qu’elle fut pour les séronégatifs, qui ont été, autrefois pour des raison évidentes liées à l’urgence, aujourd’hui pour des raisons incompréhensibles, les grands oubliés de l’histoire. Il est incroyable que dans une société si médiatisée, où consulter des archives vidéos datant du début du cinéma est devenu si facile et si commun, il soit à ce point impossible de transmettre la mémoire d’événements récents, d’en faire l’histoire en les placent dans leur contexte et en perspective. J’ai donc écrit à ma façon, en tachant de parler du SIDA sur un temps long, celui de l’histoire, dans le but d’aider ceux qui ne savent pas, qui n’ont pas connu, et qui n’ont que vingt ans, et je ne connais pas. Je me souviens à l’époque de Spont’Ex (Nicolas, les scan…), quand on me parlait des syndicats, je répondais que je ne les connaissais pas. Qu’ils étaient au 12eme étage, et que nous, nous étions étudiants. Je me moque des militants SIDA, des militants LGBT machin chose. Je veux dire, je peux respecter leur travail, mais ce n’est pas à eux, ce n’est pas pour eux que j’ai écrit, et je n’écrirai jamais pour eux, ni à eux. Ils sont enfermés dans un bocal, ils se parlent avec des mots codés qu’eux seuls comprennent, et mettent les autres dans les cases qu’ils ont préparées pour comprendre les autres et regarder le monde. Quoi que j’écrive sur le sujet, je sais que je serai rangé dans la case “avec Didier Lestrade”. C’est comme ça.
    Je me souviens en 1995, la campagne présidentielle. Je n’étais plus au PS. Un matin, je croisai un groupe de militants distribuant des tracts pour Lionel Jospin. L’un d’eux me tendit un tract, je refusai en souriant. Il me demanda pourquoi, et je commençai à vider mon sac. Gentiment, mais fermement. Il m’écouta, me répondit comme il pouvait. Je n’avais rien contre Jospin, mais le PS me sortait par les trous de nez. Cette suffisance, et cette facilité à “parler à gauche” quand le bilan du deuxième septennat méritait une réelle dérouillée. Il était très patient, sympa. Alors, je commis la faute de ma vie, je lui dis que j’avais milité dans sa section, et que peut être le matériel de formation qu’il avait eu entre les mains, c’était moi qui l’avait rédigé. À partie de là, une sorte de petit sourire “vas y cause toujours” ne le quitta plus. Pire, il commença à m’écouter distraitement. Je ne l’intéressais plus. Je n’étais pas un “citoyen”, comme écrit dans son tract, mais un emmerdeur. J’ai re-adhéré quelques mois plus tard, juste avant de créer la section Montesquieu. Et puis je l’ai recroisé quelques années plus tard. Il n’était plus au PS (moi non plus).
    Là, c’est moi qui l’ai planté, parce que ses gérémiades, j’en avais rien à faire. De toute façon, c’était un aubryste, la tendance légume du Péhess. Et moi même, de toute façon, j’avais aussi rendu les clefs, et cette fois, c’était définitif. En revanche, je continue parfois de penser à deux camarades du 18e qui avaient adhéré en 1987, et chez qui on avait préparé les plateaux repas pour la législative en 1988. Un gars et une fille bien, drôles, pas des légumes, mais deux intellos – je crois que le type était architecte-, militants, impliqués, et vraiment de gauche. Je veux dire soucieux d’un exercice effectif du pouvoir, d’un contrôle local, de mobilisation, et très critique vis à vis de cette gauche mitterrandienne qui voulait tout contrôler, avec toute l’efficacité que l’on sait.
    Ils se sont impliqué à fond, et puis, comme notre section était très active, que nous avions mis le député RPR en difficulté pour la première fois, l’appareil nous a parachuté Tony Dreyfus, un bourgeois vivant rue Saint-Dominique dans le septième, qui ne connaissait rien au 10e, un ami de Rocard, avocat. Il débarqua avec ses sbires, des énarques et des rats de cabinets de la tendance Valls / Bauer. Il putscha la section, installa ses types et se mît en ordre de bataille pour la municipale de 1989.
    En 88, nous avions fait plus de 30% au premier tour, du jamais vu, une consécration d’un vrai travail militant, et d’un candidat hors pair, Gilles Martinet. Au deuxième tour, on fit plus de 47%, et là, toute la fédération du PS n’en revint pas. En 89, Tony Dreyfus et ses sbire, eux, alliés aux gauchos LCR déguisés en écolos et au PCF patinèrent à 33% au deuxième tour. Et pourtant, la tronche à Dreyfus, elle fut déclinée en pin’s, en mascottes et en camion pub qui sillonnaient l’arrondissement. Il avait le robinet de Matignon! Des factures, je ne sais pas, mais comme il est avocat, ce devait être bien bordé… Moi, je n’étais plus au PS, et aux municipales, je n’ai pas voté pour cette mascarade. Les deux camarades du XVIIIeme avaient fait la campagne, en bon militants, mais j’ai appris qu’ils ont quitté après, dégoutés. Quand Dreyfus a gagné dans le 10e, en 95, je suis allé à la mairie. Les péhessueux faisaient la fête. Moi, j’étais content, malgré mon aversion pour le nouveau maire. Et puis j’avais été assesseur, toujours le même bureau de vote, et une fille du MDC, une Corse géniale, avait démasqué la fraude qui sévissait dans mon bureau qui, ainsi, pour la première fois, bascula à gauche. C’est moi qui avait alerté, j’étais très content du résultat. Dans la cohue, à la mairie, alors que je bavardais avec cette fille du MDC et une militante communiste avec qui je m’entendais bien, je les ai aperçus. Ils étaient là, sans vraiment être là… Et j’ai été méga triste, et j’ai pensé que les types comme Tony Dreyfus, ce sont des salopards. Dans ce parti, il y en a beaucoup. Mais pas seulement dans ce parti. Je les reconnais tout de suite, ils se ressemblent tous. Par exemple, chez les Verts, il y en a pas mal, vous voyez qui je veux dire ?
    Je pense qu’hélas, c’est le lot de toutes les organisations. Et c’est également comme cela dans la communauté SIDA, où les subventions ont coulé à flot, où la dépendance au pouvoir politique s’est accrue au fur et à mesure que, succès des trithérapies aidant, les rangs se sont désertés. Et exactement comme pour le Péhess, la préservation de la structure et des postes l’emporte sur tout engagement. Le travail de Martine Aubry est, comme le travail du président de AIDES : la préservation de la structure. Et c’est malheureusement, aussi le cas pour ACT UP dont le militantisme tient lieu et de moyen, et de but. Je dis malheureusement car l’association a, dans ma génération, une place particulière, et malgré la grande cacophonie qu’elle est devenue, malgré son caractère brouillon, terriblement brouillon, elle n’en continue pas moins de soulever des sujets qui fâchent et que peu d’autres soulèvent, lui valant de ma part une sorte de respect très particulier.
    ACT UP, c’est un peu pour moi comme LO. Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas moi. MAIS. Quand il ne reste rien d’autre, c’est un rappel de ce qu’est le message originel. LO est ma boussole politique, malgré le fait que je sois un socialiste totalement assumé, ne croyant pas à la révolution et, finalement même, ne la souhaitant pas : je n’aime ni Napoléon, ni Staline. Mais LO me rappelle à la réalité de la lutte de classe, à la réalité de la dépossession dont la grande majorité d’entre nous sommes victimes. Et je pense que le socialisme démocratique doit être refondé sur cette base. ACT UP, pour moi, c’est la même chose. Je les trouve ridicules, pathétiques. Mais il n’en demeure pas moins qu’ils sont les seuls à continuer de parler du SIDA chez les migrants, chez les sans papier, et à ne pas se satisfaire du consensus autours du relâchement des pratiques sexuelles. Et je pense que si de nouvelles associations pédés et SIDA devaient naitre, c’est sur cette base qu’elles devraient l’être.

    Je suis maintenant à l’école. J’ai écrit hier, j’ai continué aujourd’hui. Ça fait un peu beaucoup, mais en fait, comme je n’avais pas écrit ici depuis longtemps, cela fait très peu à l’arrivée.
    Dimanche, nous sommes allés à Nikko. Le temps était beau, ça a été une très très belle journée comme je n’en avais pas eu depuis longtemps, je veux dire, dans un endroit que je ne connaissais pas, avec du soleil, et un patrimoine qui me rappelle pourquoi je suis venu dans ce pays. Il a fallu se lever très tôt, prendre un train à sept heures du matin pour arriver vers neuf heures et quart alors que c’est en périphérie de la région du Kantô où se trouve Tôkyô… Mais cela valait la peine, nous avons pu regarder les premières feuilles d’érables et surtout admirer à quel point les couleurs du Tôshôgu, l’un des principaux sanctuaire de Nikkô, se marient admirablement bien avec le soleil.
    Le soir, j’ai bavardé avec mon ami Stephane pendant trois heures via FaceTime, sur l’ordinateur. Impression d’avoir vraiment passé du temps avec lui. Bavardage, échange. J’étais fatigué le lendemain matin, mais heureux.
    Bon, j’arrête ici, j’ai d’autres choses à écrire mais pour ce qui est de ce blog, je m’y sens au point.
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Cycles: un travail en construction

    Cycles: un travail en construction

    Sur ces Kondratieff, trouvés sur un site quelconque vendant de l’or,  je suis à peu près d’accord jusque vers les années 20; après, les cycles sont manipulés à des fins de propagande. Par exemple, pour prouver que le New Deal n’a servi à rien. Les cycles sont “tirés” à partir des années 30… Faut bien vendre de l’or!

    Alors que je suis dans le métro, direction Nihonbashi où je donne chaque lundi un cours particulier, j’ouvre cet iPad et tape quelques mots. Cela fait bien longtemps.
    J’ai terminé la migration de mes “cycles” de WordPress à mon site. Je vous invite à y faire un tour régulièrement, car il ne s’agit pour le moment que d’une esquisse de ce qui est sensé devenir une petite histoire culturelle du capitalisme à travers des cycles économiques basés sur le principe de base du marxisme, à savoir les cycles de profit. C’est mon joujou, une approche un peu originale puisque depuis trente ans, la théorie de Kondratief domine, celle-ci basée sur les prix et donc “classique” et conservatrice.

    Les Kondradieviens, très souvent inspirés par Milton Friedman et Heinrich Hayeck, dominent l’Internet et leurs sites sont légions. On peut y lire leur vision du monde sur des pages où abondent les publicités pour acheter de l’or. En effet, ceux-ci pensent que nous sommes au bord d’un écroulement de la pyramide de dettes. Leur solution est de tout laisser s’écrouler et de laisser le capitalisme se régénérer… Autant dire qu’ils sont anti-keynésien, et abhorrent Karl Marx ainsi que tout ce qui peut s’apparenter au socialisme. Depuis dix ans, ils se sont fondus avec l’ultra conservatisme et voient des complots partout. Les difficultés du monde sont dues, à leurs yeux, à des groupes occultes, et non à l’organisation sociale et politique qui rend ces groupes si puissants. Un de leurs gourous est Ron Paul, ils boursicotent, généralement, ils ont le “vrai” capitalisme dans la peau… Ils ont leurs sites où ils “démasquent” la vérité sur les manipulations des grandes banques, sur le 11 septembre, le nouvel ordre mondial et les sociétés secrètes, ils y dénoncent la gabegie keynésienne, l’assistanat et les impôts qui ruinent l’effort, les régulations qui freinent l’initiative
    À aucun moment ne pointe une réflexion sur ce qui donne tant de pouvoir au puissant… Sur un de ces sites friedmano-kondratieviste, l’auteur disait en 2009, en chantant avec la meute, que les indices allaient encore s’écrouler à des niveaux vraiment effrayants, et affirmait très tranquillement qu’il fallait attendre que ça dégueule bien pour commencer à “faire ses courses comme en 1932”. Jamais vous ne lirez une plainte sur le sort des hommes broyés par le capitalisme, la dépossession de leur destin par l’absurdité d’une organisation sociale qui les dépossède de toute décision quand par ailleurs elle en fait les vrais créateurs de la richesse des puissants et des oisifs actionnaires, petits ou grands. Non, ce sont des apprentis riches dégueulant leur fiel sur le dos de ceux dont ils envient le pouvoir, la richesse et la réussite. Mes cycles sont une déclaration de guerre. Les Kondratieviens s’arrachent les cheveux pour réconcilier leur théorie de cycles qui deviennent des élastiques durant de 30 à 60 ans, afin de coller avec les événements.
    Moi, marginal et non spécialiste, j’utilise très logiquement les profits, et ça marche très bien. J’avais écrit dans mon blog que le choc en 2008, très violent, ne durerait pas longtemps, c’est chose faite. Pas de grande dépression. J’avais écrit qu’on s’en sortirait en faisant encore plus de crédits dérivés, c’est chose faite : les banques centrales rachètent de la dette à tour de bras, mais leur remise sur le marché passe totalement inaperçu! Or, le rachat massif de crédits tend à faire baisser les taux longs. Résultat, si vous achetez aux banques centrales de la dette émise un an auparavant, vous gagnez la différence… Pas mal! J’avais écrit qu’on réviserait les taux de croissance à la hausse, sauf pour les USA, dès la fin 2009, et là encore, j’avais raison. Je ne suis pas un magicien ni un voyant. Mais contrairement à la légende, Marx, ça marche. Parce que Marx a donné une définition valable du capitalisme : la recherche du profit. Les monétaristes avec leur Friedman et leurs “placements or” ne sont finalement que des Poujade du capital, les petits qui voudraient devenir des grands. Le grand gourou Ron Paul a extrêmement bien travaillé, puisque les tea party et les dernières élections américaines consacrent ses combats. J’apprécie sa constance et son honnêteté, j’abhorre son idéologie car c’est l’idéologie des puissants, cette idéologie qui dépossède les hommes en leur faisant croire qu’ils sont maitres de leur destin. Actionnariat populaire et boursicotage, “choix”.
    Je ne me suis pas trompé car mes cycles, eux, collent très bien. Et plus je gratte, plus je constate la pertinence de mon observation. Un exemple ? Eh bien prenons 1929! En 1873, c’est à dire 56 ans avant, la même chose s’est produite! Différemment bien sûr, mais tout de même un baisse des valeurs qui a été suivie par dix à vingt ans de tendance à la dépression, après dix ans de baisse des profits, d’émergence de nouvelles puissances, de nouvelles technologies – le fer et l’acier bouleversent les industries traditionnelles- et de spéculation destinée à compenser la baisse des profits. 1929, donc, mettant fin à 15 ans de dégradation des profits – surproduction d’acier en France et en Angleterre, baisse des prix – compensée d’abord par la guerre, puis par une gigantesque bulle de crédit aux USA. Si en apparence les années vingt semblent prospères au point s’inspirer un “été” chez les Kondratieviens, c’est bel et bien d’un automne pourri qu’il s’agit car la pauvreté se répand dans les campagnes américaines où l’agriculture se restructure et s’industrialise par l’endettement et de massives expropriations pour satisfaire l’appétit des villes, lui même dopé à l’endettement et au boursicotage. Les profits des années 20 sont fictifs.
    De la même façon que vers 1890, le capitalisme sort régénéré de la longue crise qui l’a traversé et qu’il s’apprête dans une de ses villes coeur à accueillir la “belle époque”, le capitalisme, en tout cas le capitalisme américain, sort régénéré vers 1936/40, avant que le conflit ne le booste à partir de 1941.
    1873, 1929… 1980. On a oublié la profondeur de la récession qui a accompagné le remède de Cheval du tandem friedmanien conservateur Thatcher-Reagan. Presque trois ans de récession, en UK, près de 4 millions de chômeurs, des milliers d’entreprises faisant faillite, des taux d’intérêt à 30%… Et pour réactiver le malade, des baisses d’impôts pour les riches, des privatisations, la dérégulation financière et des coupes dans les budgets sociaux pour mettre fin à l’”assistanat socialiste”. Une rupture profonde à l’origine de délocalisations massives, notamment vers la Chine… Cette rupture n’a été rendue vivable que par le maintien d’outils keynésiens qui un peu partout sont en ce moment même en voie d’être démantelés pour “réduire le fardeau de la dette” et “remettre les gens au travail”. La prochaine sera extrêmement violente, du même ordre que 1929.
    Si je regarde le contexte qui sous tend ces ruptures, à chaque fois, le profit est en baisse et les investissements dans les nouvelles technologies, les nouveaux procédés, incroyablement coûteux. Les années 70 furent une vraie catastrophe économique, un lent déclin amorcé vers 1965/1967 quand un peu partout le chômage ET l’inflation se mirent à progresser ensemble. Un peu comme la crise de 29 recoud des contradictions que l’on voit apparaitre vers 1910/1913, surproduction et chute des prix (la guerre leur permit se s’envoler, avant de s’effondrer de nouveau dès 1919 et d’engendrer une récession jusque 1922/1923).
    Alors, 2008 offrait un profil radicalement différent. S’il y avait bien une gigantesque bulle adossée à un immobilier en folie, les pires bulles dans l’histoire, rendue possible par une titrisation débridée de toute la dette privée, les entreprises sont, elles profitables. Apple, Google, pour ne citer que ces deux là, ont battu tous leurs recors de dividendes alors qu’on entrait dans la récession. On ne trouve aucun équivalent en 1929, car même Ford ou RCA connurent une chute brutale de leur activité entre 1930 et 1934 et la production aux USA ne retrouva ses niveaux d’avant crise que vers 1938/39. L’Allemagne est déjà bien en route pour retrouver ses niveaux d’avant 2008 dès le premier semestre 2011. Alors…
    En revanche, il y eu un événement similaire en 1907, la “crise des banquiers”, un nom que l’on aurait pu appliquer à la débandade de 2008. Bref, mes cycles longs collent bien. Basés sur le profit, ils épousent aussi la géographie du capitalisme, ils suivent son “cœur”. Les Kondratieviens sont désespérément américano-centrés, ce qui est un peu logique puisqu’ils suivent les analyses d’un économiste de pays arriéré et l’idéologie du revanchard réactionnaire et ami de Pinochet, Milton Friedman.
    Mais pour mieux saisir les évolutions internes à ces cycles longs de hauts profits et de bas profits, je reconstitue des cycles courts Jugglar. Et là, c’est passionnant car ça colle à la mode, aux vêtements, à des évolutions culturelles… Ce qui est normal, les Jugglar sont des cycles correspondent au cycle des affaires : naissance d’un produit, maturité, crise du produit.
    Pour finir ma présentation, deux choses.
    D’abord, mes “cycles” ont une durée approximative de 50 ans : 25 ans d’une montée en puissance du capitalisme, des profits, correspondant à un moment où le capitalisme est “adapté”, a résolu des contradictions qui l’empêchait de s’épanouir; et puis 25 ans de difficultés, et où il lui est impossible de maintenir ses profits, à moins de parfaitement maitriser la technologie dominant le cycle. Car en fait, le capitalisme se renouvelle par ses contradictions, et génère des innovations lui permettant de perdurer. J’ai donc donné des noms à ces cycles de 25 ans, un nom lié à la technologie dominante : maitrise du fer, du pétrole, de l’électricité et de la chimie, de l’électronique, de l’informatique. Chaque cycle est localisé dans un cœur, on le voit passer de l’Europe aux USA et basculer vers le Pacifique, quand aujourd’hui il s’étire vers l’Océan Indien.
    J’ai un vocabulaire qui me permet de définir des moments, des ruptures.
    J’utilise le terme de “testamentaire” pour tout ce qui est porteur de ruptures à venir en même temps qu’il est porteur de son passé et de son temps. La collection 1913 de Paul Poiret est testamentaire car elle ébauche les ruptures à venir dans le domaine de la mode, en même temps qu’elle porte les espoirs et les représentations de son époque, au moment où un cycle économique long se termine, et juste à la veille de la guerre de 1914, ce conflit sensé les résoudre. Vous verrez donc cet adjectif dans une utilisation qui m’appartient mais qui correspond bien à ce qu’est un testament : un legs du passé au futur.
    L’âge d’or et l’âge testamentaire : ce sont les deux mêmes moments, mais l’un est à l’acmé d’un cycle long de profits (âge d’or : la mode de Poiret, le cubisme, le futurisme, le Titanic, la traversée de la Manche et les ballets Russes vers 1913 / la conquête spatiale, Courrège et Paco Rabanne, Vassarelli et Andy Warhol, les avions Jet, la télévision couleur et les premiers transistors vers 1960 / la 3D en ce moment… / âge testamentaire : les premiers films parlants, les premiers films couleur, la mini-jupe et le tailleur pantalon pour les femmes, les premières transmission de télévision, la production de masse d’automobile et d’électroménager vers 1928 / les premiers Macintosh, les musiques basées sur des technologies informatiques, les premiers téléphones portables, la dérégulation financière et le crédit, les premières voitures électriques “viables” et les débuts des programmes haute définition, les écrans LCD vers 1986).

    Enfin, j’aimerais qu’il soit clair que je ne suis pas particulièrement keynésien, mais je reconnais à Keynes une qualité : contrairement aux autres économistes classiques, Keynes accordait une place et des obligations à la société. Le socialisme doit lui reconnaitre cette place particulière sans s’illusionner sur la portée des politiques keynésiennes, généralement concédées pour offrir des débouches aux industries de l’âge électromécanique, sauf dans les social-démocraties du nord de l’Europe où il a été utilisé comme un outil de la “transition vers le socialisme” (Olof Palme), généralisant les politiques de redistribution des revenus et la socialisation de pans entiers de l’économie et de services aux personnes. D’où la haine que Keynes a inspiré aux conservateurs friedmaniens et à ses dérivés, Thatcher et Keith Joseph, Reagan, Ron Paul ou le site économicocomplotiste Zero Hedge aujourd’hui. Et d’où la nécessité pour le socialisme de revenir à Keynes, non pas pour refaire du Keynes, mais pour comprendre pourquoi tout le monde a fini par devenir keynésien après le krach de 1929, pourquoi la gauche s’en est emparé, et pourquoi l’extrême-gauche continue de réclamer, à contre courant mais sans même s’en rendre compte, des politiques keynésiennes.
    Et parce que quand la prochaine crise arrivera dans une quinzaine d’année, avec un éclatement de toutes les bulles et une chute des bourses supérieur à 80%, avec des centaines de millions de chômeurs, il faudra trouver des politiques de survie qui trouveront dans Keynes un certain nombre de réponses à travers l’obligation numéro un : un emploi pour tous. Peut être à ce moment là faudra t’il réviser notre conception de l’emploi, de l’argent ainsi que beaucoup de certitudes, mais ce sera au collectif de trouver les outils d’une stabilisation. Le socialisme devra être prêt à être l’alternative démocratique à la barbarie… J’écris ça, mais j’avoue que d’ici là, les risques de conflits armés sont extrêmement important. Il est plus facile de regarder le passé que prédire l’avenir… Mais je m’y essaie, et je vous expliquerais ma théorie du seuil maximum de croissance qui, à mon avis, va caractériser les années 2015-2025… Ça peut sembler ridicule, mais ça ne l’est pas plus que tous ces types qui vendent de l’or en disant depuis 4 ans que l’économie va s’écrouler d’ici trois mois…
    En tout cas, si nous échappons à une grande guerre (nous sommes dans une pénurie de pétrole et de matières premières, il y a un état, la Chine, ou la Russie “en trop”), la période 2020/2025 sera certainement très bien, creative. Mais très courte car le principal ingrédient de la croissance est déjà en voie de disparition : le pétrole… Bonne lecture et rappelez vous, c’est un travail en construction, donc il y aura des mises à jours. Je pense notamment prochainement mettre des séries statistiques longues où les ruptures dont je parle sont parfois très visibles.
    De Tokyo,
    Madjid

  • Les jours se suivent et se ressemblent un peu

    Les jours se suivent et se ressemblent un peu

    Mais l’automne est généralement ma saison. Je suis empli d’une énergie nouvelle, libéré de la crainte du chômage, peut être. Et puis samedi, j’ai reçu un courrier des liquidateurs de NOVA : nous allons recevoir de l’argent, une somme assez coquette qui, si je la reçois vraiment, va me permettre de liquider quelques dettes des jours noirs. Jun avait payé mon loyer, et puis je dois de l’argent à un ami dont c’est l’anniversaire aujourd’hui. J’ai toujours un peu la crainte que quelque chose aille mal à l’école, mais en fait, comme il y a deux écoles, et que si une école venait à fermer il concentrerait ses forces sur l’autre école, il aurait besoin de moi pour garder les élèves de français. Donc, je suis assez tranquille. Il a vu mon CV, et je crois qu’il a été impressionné, et qu’il suspecte les autres professeurs de mentir car leurs CV ne sont que des bouts de papier non certifié. Il fera tout pour me garder.
    À ce sujet, j’ai reçu un appel la semaine dernière pour travailler pour une banque. J’ai répondu à cet appel, le travail semble intéressant, mais je suis parfaitement conscient qu’à mon âge, mes chances sont très limitées. Et que si j’atteignais le stade de l’entretien, les yeux de mes interlocuteurs seraient de toute façon dés le départ biaisés par un préjugé. Un éventuel entretien devrait être un sans faute, ce que je sais faire quand je suis un peu relax et que je m’en fiche. Seulement dans ce cas je parviens à me décontracter, à mélanger le sérieux nécessaire et l’assurance réclamée pour ce type d’exercices. Mais parviendrais-je seulement à franchir le Cap de la présentation du CV? Je ne suis pas obsédé par cela. J’y pense, et éventuellement, je me prépare. Mon ami Mulgon sourirait s’il connaissait le type de poste et agréerait sur ma capacité à y travailler rapidement et de façon satisfaisante.

    Les jours se suivent et se ressemblent un peuLe week end s’est déroulé un peu comme tous les week ends. Nous sommes allés à Monzen Nakachô où il y avait une fête au sanctuaire Tomiyoka Hachimangu.
    Un bon odôri, défilé, mais visiblement très local, très peu populaire, et c’était tant mieux. Nous avons eu de la chance, le temps était avec nous. Après, nous sommes allés à Ueno car j’avais besoin de thé, et au marché Ameyoko, cet espèce de grand bazar me rappelant les marché de Belleville et de la Goutte d’Or, on trouve du Twinning pour 500 yens, bref, pour moins cher qu’à Paris. J’en ai profité pour faire deux trois courses pour le soir, et nous sommes allés à Yodobashi pour acheter une coque pour nos iPhone. J’ai opté pour le rouge, qui est ma couleur de l’hiver, non pas en dominante, mais par touche, avec des gris, du noir… On quittions Ueno et alors j’ai été attiré par le couché de soleil. Alors nous avons bifurqué par le parc, et c’est vrai que le ciel était beau. Sur le lac, les feuilles des lotus, immenses, l’absence de fleurs, tout pointait l’automne, ce que soulignait le chant des grillons. À Tôkyô, quand les grillons se taisent, on sait que l’hiver approche à grands pas. Sur la page météo de Yahoo! japan, la carte des érables a refait son apparition, un peu comme une sorte de compteur de l’inexorable arrivée du froid. Elle souligne ces zone où nous irons par millions nous extasier devant le spectacle tous les ans répété des feuilles rouges des momiji (érable japonais, à petites feuilles fines) et jaunes des ichô (ginkgo). J’ai appris à céder à ce conformisme bon enfant. C’est un des rares plaisir collectif qui soit offert à l’étranger résident au Japon. Alors moi aussi, et Jun avec moi, nous irons savourer ces feuilles rouges qui nous disent en silence que le froid est de retour. On commencera à parler de Noel, du nouvel an, comme pour se rassurer par avance que rien ne viendra interrompre ce cycle et que dés janvier, oui, dés janvier, les premières pousses de prunier, les premières fleurs sous le soleil glacial, annonceront le très timide réveil de la nature. Il sera grand temps, alors, de se protéger des pollens des cyprès (attendus très forts l’an prochain) en espérant survivre jusqu’aux fleurs de cerisiers. Nous aurons eu entre temps les camélias pour nous consoler durant les longues promenades d’hiver.
    Enfin, pas de précipitation, il fait encore très doux, et les premiers érables rougis ne sont encore que très au nord, ou dans les montagnes. Avec Jun, nous projetons de visiter Nikkô. Il parait que c’est le plus beau site du Kantô pour regarder les érables.
    Facebook me lasse depuis un certain temps. J’ai une phobie des bocaux. J’entends par bocal non pas une boîte (la boîte est fermée), mais un récipient transparent, avec une ouverture. Et Facebook est un bocal. On a l’impression de communiquer avec le monde quand, finalement, on est dans un espace fermé. Je n’ai rien contre, et je suis très heureux d’avoir rétabli le contact avec des amis et des amies perdus de vue, d’échanger des idées, des blagues avec des gens que je ne connais pas et que je découvre. Mais je suis également très las de l’aspect superficiel de l’utilisation du média par beaucoup d’utilisateurs. Les gens ne suivent pas les commentaires. Récemment, j’ai taché d’expliquer un truc, et dans le fil, à deux reprises, on m’a réduit à deux petites phrases. Bref, depuis cet été, je ralentis, et finalement, j’ai décidé de ne plus commenter les marketeurs, ceux qui utilisent FB comme un bocal, leur propre groupe. Ce évite les longs commentaires réduits à la petite phrase assortie de la phrase qui casse. Avec FB, finalement, chacun a ses 15 minutes d’Anne Sinclair, la réduction d’une conversation à un bavardage centralisé, à un monologue avec soi. J’aime les gens qui opposent, critiquent, s’enchantent, blaguent… Sur FB, on zappe, on balaie, on ne dialogue finalement pas. C’est une expression narcissique de l’égoïsme. “Je” me regarde avoir raison et j’expose “mon” moi (pour être plus juste, une expression publique sensée représenter mon “moi”). Bref, je me fais plus rare, et le monde redevient plus vaste, le net plus vibrant. Mais pourquoi devrait on “partager” quand pour tant de gens partager ne sert qu’à conclure.
    There is no fun in FB, there is no life in FB. Just boredom shared with the same “others” who number grows indefinitely in the bottle. A giant bottle without any message but “ME”.
    Sur Tokyo, nous sommes desormais bien en automne, bien que nous ayons eu quelques jours encore un peu chauds. Les tensions entre la Chine et le Japon ne se dissipent pas, au contraire. L’extrême droite organise des manifestations qui passent à la télévision chinoise, entrainant en retour des manifestations en Chine. Là bas, c’est le congres du PC et les luttes intestines déteignent toujours sur la politique étrangère. Il y a quelques années Taiwan, cette fois ci le Japon. C’est inquiétant car pour la prière fois, les USA sont inexistants dans la région. Les USA, en effet, sont gouvernés par un président en campagne, essayant de limiter la casse pour les prochaines élection, dans dix jours. Un ras de marée republicain. Pire, ultra conservateur, avec en son sein des gens d’extrême droite. Comme Sharon Angle ou Rand Paul, le fils de Ran Paul. Alors, la Chine et le Japon…
    Bon, la question est : est ce que je retourne à Konami. J’ai pas besoin de regime, non, mais de sport, ça devient urgent.
    De Tôkyô,

    Madjid

  • Avec un peu de retard…

    Avec un peu de retard…

    L’album photo, ensoleille, du dimanche 10 octobre 2010, a Shinjuku Gyoen.
    De Tokyo,
    Madjid

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  • Je suis très très très occupé…

    Je suis très très très occupé…

    Cela ne veut pas dire que je sois surchargé de travail, mais tout de même, partir de chez moi vers 10 heures trente et rentrer en générale vers 22 ou 23 heures, ça prend une bonne partie de mon temps. Tout cela pour n’enseigner que très peu, passer beaucoup de temps dans les transports. J’ai aussi beaucoup d’interclasses sans étudiants… Que j’ai beaucoup utilisé pour surfer et rechercher/ trouver des bêtises sur Internet. J’ai aéré mon esprit. Et je suis passé à autre chose. Cet été, j’étais très inquiet pour mon école, mais que Monsieur Kobayashi la reprenne en main m’a très fortement rassuré. C’est un homme qui a les épaules larges, qui est consciencieux, et qui s’implique vraiment. Pas un patron boss, mais un patron patron. Je pense qu’il a du parfois véritablement payer de sa poche. Il m’a versé mon mini bonus en septembre. Pas un vrai bonus comme au Japon, mais le total de mes heures supplémentaires des six derniers mois, avec une belle majoration. J’avais un problème avec septembre (NOVA, Lehman), il est désormais totalement dissipé. Je me suis senti léger, libéré de quelque chose, d’une sorte de risque qui planait.
    J’ai fait quelques changements ici et là, et cela va continuer. Je pense que le plus gros changement psychologique intervenu ces derniers mois concerne mon corps: j’accepte mes dix kilos de trop. Cela n’a l’air de rien, mais cela veut dire par exemple que je suis en train de me réconcilier avec les vêtements après m’être “habillé comme un gros” pendant pas mal de temps. Ce n’est pas que je renonce à perdre du poids, c’est plutôt que je veux vivre avec mon corps tel qu’il est et non pas attendre qu’il soit tel que je voudrais qu’il soit. Alors j’ai du ventre, je fais du 46. Mais pour le moins, c’est stable, la balance ne bouge pas. Je pèse 86 kilos depuis à peu près deux ans, et je mesure 1 mètre 77… Et je suis intimement persuadé d’être gros à cause des régimes que j’ai fait et qui m’ont véritablement bouffé la vie. J’ai donc acheté quelques vêtements, deux nouvelles casquettes.
    Avec beaucoup d’entrainement, je suis maintenant capable de bien développer les RAW, ces fichiers bruts de photo. Mon Sigma délivre des photographies magnifiques, un truc que je ne connaissais pas. Mais le DP1 est lent, très très très lent, et il a un objectif fixe. Enfin, sa faible ouverture focale – il ouvre à 4 au maximum – en limite l’utilisation dés la fin d’après-midi. Heureusement, le Japon est le pays de l’occasion. Après une très très longue hésitation, j’ai acheté un second appareil. Je dis bien second car je ne renonce pas au Sigma. Je voulais un appareil compact, car les gros reflex ne sont pas pratiques. Le problème des compacts est que leur cellule est minuscule, souvent environ 1/10e de la cellule du Sigma ou des reflex (le Sigma a une cellule de reflex, mais avec en plus ce système unique, le Fovéon, qui donne un coté film qu’aucun autre appareil ne parvient à obtenir puisque la cellule produit attribue trois pixels pour un point, quand les autres cellules attribuent un pixel par point…)… Bref, j’ai regardé du côté de ces nouveaux appareils micro-fourthird. Pour les non-geeks, le micro-fourthird est un nouveau standard proposé par Olympus et Panasonic concernant le design d’un appareil photo compact à objectifs interchangeables à grande cellule.Ces appareils on des cellules envrion 8 fois plus grandes que les compacts, ce qui veut dire que leurs pixels sont plus grands, qu’ils photographient mieux la lumière, qu’ils bruitent moins dans le noir, qu’ils ont une plus grande profondeur de champs. En théorie, ces appareils sont très proches des reflex numériques. Après maintes hésitations, et aussi après une forte considération financière, j’ai opté pour un appareil qui m’avait séduit quand j’avais acquis le Sigma. On trouve désormais des Pen ep1 Olympus à moitié prix. J’ai épluché les critiques et, hormis une question de vitesse auto-focus, la sortie d’un ep2 plus complet et d’un epl1 très “grand public”, dépourvu du design original du pen ep1/2, et la présence d’un Panasonic Lumix GF1 doté d’un objectif ouvrant à 1,7 d’êtres bonne qualité, j’ai opté pour le pen ep1. Deux objectifs dont un zoom, le viseur pour le grand angle. Côté qualité des photos, on s’habitue à la qualité du Sigma… J’ai perdu l’habitude de voir du grain, même du joli grain, et j’ai perdu l’habitude de voir de petites aberrations chromatiques dans les angles. Sur ce dernier point, le Sigma avait été comparé à un Leica qu’il dosait haut la main. Le capteur Foveon n’est pas seulement plus grand que beaucoup d’autres, il y a surtout que c’est le seul capteur qui fait les photos en couleur trois couches, une couche pour chaque primaire RVB. Tous les autres capteurs du marché sont en fait des capteurs transcrivant des informations monochromes en informations couleurs. Ainsi, même un appareil hyper cher, Nikon, Leica, fera de petites erreurs sur un papier peint à fines rayures oranges et vertes, par exemple, si ce papier est en fond de votre photo. Pas Foveon. Le seul handicap de ce capteur, c’est que jusque récemment, ses 14,1 millions de pixels réels (4,7 pour chaque couleur RVB) se réduisaient à des images de 4,7 millions de pixels seulement. Mais avec une qualité bluffante, je vous assure. Mes albums sont peu post processés et c’est du jpeg et non RAW, vous ne pouvez pas voir exactement, mais quand je m’amuse avec Lightroom, je peux vous assurer que c’est d’une richesse de détails inimaginables. Et avec cet appareil, j’ai dit adieu aux cieux brûlés qui caractérisent le numérique. Il ‘est arrivé de photographier des rues plutôt sombre et, à l’arrivée, malgré la longue exposition nécessaire, de pouvoir encore voir les nuages, leurs nuances dé gris notamment, ou bien le ciel bleu. Vous pourrez me parler du Nikon que vous voulez, mais la qualité Foveon, ça n’a rien à voir. Et c’est ainsi qu’il y a trois semaines a été présenté le premier Foveon à 45 millions de Pixels, soit trois fois 15 millions. Sigma fait là une très belle avancée. J’ai vu des photos sur le site de Carl Ritterfalk (en lien), c’est bluffant.
    Cependant, puisque j’ai acheté l’Olympus, j’aime sa très grande réactivité, la possibilité de faire du tout automatique ou du tout manuel (depuis le Sigma, j’ai redécouvert les joies de mon vieil OM1 et fait l’exposition en manuel, sur un seul point, à l’ancienne, et il m’arrive également de faire la mise au point en manuel également…), et puis je vais pouvoir y mettre mes objectifs d’OM1, avec un rapport d’agrandissement de un pour deux (la diagonale d’un film 24×36 est deux fois supérieure à celle du capteur MicroFourThird. J’avais lu des horreurs sur la vitesse auto-focus mais visiblement l’update du logiciel en avril a résolu le problème, il est très rapide. Enfin, il est pas trop gros, pas trop grand.
    L’appareil fait de très belles photos. J’en ai faites quelques unes à 1600 ISO, j’ai été dégouté par le bruit (je photographie en RAW sans aucune correction), et puis je me suis aperçu que c’était la première fois que je photographiais à ce niveau. Et pour tout dire, c’est bruité, mais c’est du bruit de luminance (de gros pixels granuleux), pas de chrominance (taches de couleurs), donc ça a un coté pellicule. À 800 ISO, c’est encore assez propre et le bruit se fait discret. 3200, j’en ai faite une, mais là, il vaut mieux convertir en noir et blanc, en couleur, ce n’est pas très joli; cependant, cela reste correct car les couleurs sont respectées. C’est juste ces gros pixels qui font que, bon…
    J’ai un regret, l’appareil ne descend pas à 50 ISO. Pour tout dire, avec le SIgma, je m’y était habitué. Sur le Sigma, je ne vous raconte pas le piqué. Sous le ciel bleu, avec des objets très lumineux (un chemin de sable, des rochers), quand vous zoomez dans les feuillages, vous pouvez compter les feuilles, et dans des ombres, vous pouvez suivre les irrégularités, voir les petits cailloux… J’ai lu partout que l’Olympus est optimal à 200 ISO. C’est un choix difficile qu’il faut faire car à 200 il y a (énormément) plus de bruit qu’à 100 (même sur un appareil super cher, même sur le Sigma, même sur un Leica). Mais c’est vrai que la même photo à 200 a un petit truc en plus dans la lumière. Donc, je shote la plupart du temps en 200. 100 ISO offre un méga piqué, 400 ISO reste très bien tout en permettant de travailler en fin d’après midi. Les couleurs sont très belles, extrêmement naturelles. Les logiciel fourni est, lui, une vraie merde.
    Je prépare un calendrier. Si vous en voulez un, je pense que ce sera un peu cher car je passerai par l’Apple Store, mais je vais voir si je peux trouver mieux ailleurs…
    Autre nouveauté, Jun m’a dit il y a deux semaines qu’il en avait assez de son téléphone tout pourri de chez AU. J’avais un peu le même sentiment, mais mon Sony aurait pu faire l’affaire encore un temps… Nous sommes donc passes tous les deux à l’iPhone. Ça me fait un peu bizarre, comme téléphone. Les keitai japonais sont des téléphones, l’iPhone fait un peu produit hybride. Ce n’était pas super nécessaire pour moi, il fait de moins belles photos que mon Sony, mais Jun peut gaver son nouveau joujou de vidéos et surfer sur le net au travail pendant la pause déjeuné, tout en pouvant prendre le même type de photo qu’avec son téléphone Casio. Comme les photos de l’iPhone sont bof bof, j’ai pris sur l’Apple Store des applications pour jouer avec. Et là, ça devient l’éclate. Mon dictionnaire Petit Royal marche aussi dans l’iPhone. Ne me parlez pas du prix, ça le revient au même prix qu’un keitai de merde japonais. Depuis deux ans, les téléphones coutent hyper cher. Mon Sony me coutait 2200 yens par mois sur 24 mois. L’iPhone est gratuit…
    Mon iPad et moi, on ne se quitte plus. Je m’en sers tous les jours. Quand je suis fatigué, dans le train, je fais des parties de Solitaire. Quand je suis une actualité particulière, je surfe au travail en interclasse, dans le métro où même chez moi. Je l’aime beaucoup pour écrire, en fait plus que mon ordinateur car il possède des accents. Je m’en sers avec les élèves, il me permet de montrer et je pense de plus en plus réaliser des sets de photos pour jouer à “qui c’est, il habite où, il fait quoi, vous aimez xxx, etc” ou à “combien de pièces il y a”… J’y ai rentré l’audio des livres que j’utilise en français et en anglais. Et puis bien sûr il y a Pages, qui est un traitement de texte finalement très puissant. Laurent Chambon m’a envoyé récemment une suggestion d’application de traitement de texte, extrêmement simple (je suspecte Laurent d’être un adepte de l’esthétique scandinave), mais il s’avère que cette application nécessite, pour être vraiment fonctionnelle, de souscrire à un abonnement à un service d’hébergement. C’est la grande tendance du net et, pour le coup, je préfère Pages, l’application maison, avec des fonction assez nombreuses, l’échange en PDF, en Word et en Pages, par mail ou via iTunes. Ça coûte cette 1200 yens (10 euros?), mais c’est gratuit par la suite… De plus, récemment, Pages pour MacOS permet l’exportation en ePub, le format de livre électronique. Alors bien sûr, il y a des logiciels qui font ça très bien, mais l’avoir intégré directement à Pages est intelligent.
    Mon vieil iBook, que j’ai ressuscité avec un nouveau disque dur au printemps vient lui de subir un downgrade système. Je lui ai installé Tiger OSX.4, et bien entendu, il bombe! Il est très pratique quand je me déplace et que je dois stocker les photos que je prends comme cet été à Kyoto (quand même 16Go de photos, le RAW prend beaucoup de place, environ 4 fois plus que le jpeg de haute qualité.
    C’est marrant, tous ces gadgets nouveaux car finalement, à part ça, je ne dépense rien, et il n’y a que l’appareil photo qui m’a vraiment couté quelque chose.
    Ce genre de billet de super Geek du Mac, je pense bien que c’est la première fois que ça m’arrive… Mais bon, il fallait bien que j’en parle… Mon iMac, du haut de ses 3 ans, tient lui de son côté terriblement bien la route. Je suis tombé hier sur un article qui parlait d’un MacEvent spécial la semaine prochaine, intitulé “Back to the Mac” et j’ai soudain été vaguement inquiet… C’est que je l’aime bien, mon iMac, et qu’Apple ai un peu délaissé le Mac ne va pas sans me plaire… En fait, les derniers MacBook blancs ont à peu de choses près les mêmes performances que mon iMac, ce qui veut dire que jusqu’ici, j’ai pu upgrader mes applications sans me faire trop de soucis. De plus, la bestiole reste toujours assez véloce, je n’ai eu qu’un seul problème logiciel, avec Aperture 3, taillé pour les bébêtes à 4 cœurs. Aperture… Un logiciel Apple, tiens… Ceci étant dit, comme beaucoup de Geek Mac, j’attends l’iMac Touch… À ce sujet, je suis tombé par hasard sur une publicité Mozilla, pour faire la promotion de leur concept phone. Un téléphone qui interagit avec son environnement…
    En regardant cette publicité (réalisée en différents formats de 3D), j’ai pensé que l’iPhone était non pas un début, mais la conclusion d’une longue évolution, un joujou multimédia. Ce que la Fondation Mozilla a en tête est autre chose. Ce n’est pas un téléphone, ce n’est pas un ordinateur, ce n’est pas une télévision. C’est un média. C’est LE média lui-même. Je trouve cela fascinant, et en regardant bien le monde tel qu’il est, les technologies telles qu’elles sont, je m’aperçois que le 21ème siècle tient bien ses promesses. Il y a juste qu’il me fallait sortir de ma tête d’homme Blanc Européen ne regardant le monde qu’à partir de l’épicentre qui l’a vu naitre, qui l’a vu grandir.

    Or, et c’est mon gros joujou en ce moment, celui qui va bouleverser l’écriture de mes “cycles” (qu’il me faut importer dans ce blog), le capitalisme continue sur sa lancée. Mais pour la première fois, nous avons les preuves tangibles que le capitalisme n’est pas un système national, mais bel et bien un système mondial car il s’appuie sur une caractéristique commune à toutes les civilisations urbaines, l’échange et le commerce, et qu’il se propulse grâce à un trait de caractère partagé par tous les êtres humains des civilisations urbaines, l’envie et le désir. Il y avait du commerce avant, il y avait des envieux avant. Mais ce qui est nouveau, c’est que le système de crédit, en se développant à partir du 14eme siècle dans la Florence d’après la peste, a permis d’anticiper les gains, et qu’il a donc ouvert la voie à l’enrichissement massif par l’argent lui même. Les Medicis ont bâti Florence et ils lui ont donné leur image avant de dominer la Papauté, pour enfin donner à la France pas moins de deux Reines. Dans la mains des marchants et des commerçants Anglais et Flamands, le crédit allait permettre des aventures et des ambitions mondiales. Le capitalisme reposerait désormais sur la société par action et sur la compagnie financière. On anticiperait les gains ou les pertes. On ouvrit des bourses, d’abord à Amsterdam, puis à Londres ou Paris où, dans les années 1718/1723 allait naitre, prospérer puis s’écrouler la première gigantesque bulle spéculative financière. Et le capitalisme continua sur sa lancée, prêtant pour faire du commerce et faisant du commerce pour emprunter plus… Si les USA viennent de connaitre un gros accroc et ont contaminé le reste du monde en vendant des produits dérivés reposant sur des crédit désormais peu “crédibles”, d’autres pays étaient prêts à profiter de l’occasion. Et pour la première fois, ce n’est pas du tout un pays occidental qui tire le monde. Même l’expansion japonaise des années 80 reposait en fait sur la consommation et la bonne santé des USA.
    Non, cette fois, une zone géographique non occidentale tire l’économie mondiale, et c’est l’Asie. Je lis les blogs et les journaux français ou américains, je suis très étonné du peu de cas qui est fait de l’Asie. L’Asie se suffit désormais à elle même. Le Japon des années 2010 ne survit que par l’acharnement de ses commerciaux à arracher des marchés dans la dynamique Chine et dans la prospère Corée du Sud. Mieux, alors que l’armée chinoise s’est récemment montrée agressive à l’égard du Japon suite à l’arraisonnement d’un bateau de pêche Chinois qui était rentré dans les eaux Japonaises dans une zone dont la souveraineté japonaise est contestée par la Chine, après trois semaines de tension, c’est le Japon qui s’est presque excusé quand c’est la Chine qui était en tort. La Chine est le plus gros client du monde, alors les pressions des milieux d’affaire ont eu raison de la justice japonaise qui voulait juger le commandant dudit bateau. La Chine, de par son gigantesque marché, impose sa centralisé à toute la région, ce dont elle a l’habitude depuis 3000 ans.
    Quand vous écrivez Chine avec des kanji cela donne le pays central, 中国 (中國 en caractères chinois traditionnels). C’est ainsi non pas de puissance économique dont il s’agit, mais d’une représentation du monde qui existe depuis longtemps et qui s’impose à toute la région. Même le Japon, qui a toujours jalousement veillé à son indépendance, a, pour se donner un nom, fait référence à sa situation géographique par rapport à la Chine, la racine du soleil, 日本. De façon très étonnante, ce pays presque Satellite de la Chine, la Corée, porte le doux nom de matin frais, 朝鮮, ne faisant pas référence au “centre”. Puissance commerçante depuis des millénaire, tout prédisposait la Chine à devenir une grande puissance capitaliste. Voilà qui est désormais chose faite. Les politiciens Européens, Américains ou Japonais protestent, mais les délocalisations ne sont pas le fait de la Chine, mais de leurs propres amis, les Arnaud / Bettencourt / Koch … Ainsi que des politiques de bas salaires qui font que les travailleurs occidentaux n’ont pas d’autre choix que celui d’acheter chinois. La chute d’activité économique et les politiques d’austérité qui se généralisent, loin de pénaliser la Chine, vont en accélérer la croissance. La Chine habille, lave, distrait et bientôt transportera les pauvres du monde entier. À l’opposé des politiques de vieilles puissances qui caractérisent nos pays sur le déclin, la Chine investit, recherche et s’oriente vers des augmentations de salaires pour pérenniser sa croissance. C’est en fait le moment clef, celui où vous allez commencer à comprendre ce qui se passe par ici. Vous commencerez à vous familiariser avec les marques chinoises et leurs produits de qualité, rodés sur le marché intérieur de classes moyennes de plus en plus exigeantes. Le capitalisme chinois sera au moins aussi puissant que le capitalisme américain, mais il sera menacé pas sa propre puissance : la Chine a historiquement un tropisme pour l’éclatement quand elle rencontre des difficultés. Un ralentissement de la croissance attisera donc certainement les rivalités politiques et les prétentions géographiques des différents états qui constituent ce gros machin disparate qui s’appelle le Centre, la Chine. Mais d’ici là, le capitalisme prospère dans cette région pour lequel il semble avec été conçu.
    Autours de la Chine, tout le monde sent l’attraction, de plus en plus forte. Ginza pleine de touristes Chinois aux mœurs rudes des nouveaux riches : des paysans en Hugo Boss avec des valises Vuitton. Qui le leur en voudrait… Mais qui se souvient encore qu’il y a 40 ans, c’était la révolution culturelle, les déportations de masse vers les campagnes et le costume bleu. Qu’il y a 21 ans, c’était la répression des démocrates que l’on résume aux événements de la place Tien An Men mais qui s’est étendu à tout le pays, conduit à l’arrestation de centaines de milliers et l’exécution de milliers, dans ce pays où on roulait à vélo et où on portait encore majoritairement le costume bleu. En 20 ans, le capitalisme a transformé le pays, remodelé les villes et les paysages, la culture et les représentations. On m’opposera les campagnes encore pauvres, mais j’en profiterai pour rappeler que le capitalisme n’est pas un bureau d’aide sociale et que le but de ses promoteurs est de gagner de l’argent en maximisant les opportunités d’investissements : entreprises, actions, dette. À cet égard, le capitalisme Chinois est encore très loin de sa maturité, mais la taille de son Ponzi est phénoménale. Quand la bulle se dégonflera, on le sentira passer, et la récession américaine reprendra alors sa juste place : un incident de parcours dans une onde longue de prospérité économique sans précédent dans l’histoire et dont l’épicentre, pour la première fois, n’est pas chez des “Proto-Européens” blancs mais entre Pacifique et Ocean Indien où une autre puissance, laborieuse, discrète et d’une très grande stabilité politique, elle, est en train de naitre dans une indifférence incroyable qui révèle à quel point l’homme blanc, même évolué, progressiste, est victimes de représentations racistes : l’Inde, dont le PIB croit à un rythme de 9%, qui investit dans la recherche pharmaceutique, les bio-carburants, maitrise la technologie spatiale, rempli l’espace de ses satellites de communication et dont les ingénieurs peuplent les départements informatiques des banques et des assurances de toute l’Asie mais aussi d’Europe et des Etats-Unis.

    Ma représentation du monde a progressivement changée. Je nous regarde comme des puissances anciennes, au message dépassé par la réalité comme par les événements, vieillissants et blasés, avec des classes moyennes à la ramasse, des intellectuels qui ne regardent pas le monde, mais la France, toujours la France, et le monde à travers les yeux de la France. Un petit pays dont personne n’a plus rien à faire puisque ce petit pays fait comme les autres pays, mais avec l’enrobage du mensonge, la réalité d’une pauvreté qui n’a rien à envier à celle de l’Inde, elle, en plein renouveau. Un pays vieux sans avenir et définitivement tourné, comme tous les pays occidentaux, vers ses gloires passées. Son mai 68 de vieux cons, son rock and roll de vieux cons, son De Gaulle de vieux cons, ses années 70 de vieux cons, ses années 80 de vieux cons, sa haute couture de vieux cons… Un pays bloqué sur son passé, incapable de créer quelque chose de neuf, comme d’autres pays autours de nous, les Pays-Bas tout recroquevillés sur le petit bout de terre qui ne résistera pas au réchauffement climatique, la Belgique en pleine schizophrénie, entre racisme, séparatisme et populisme fiscal, l’Italie et son parrain lifté et queutard, son séparatisme bourgeois du Nord et ses neo-fascistes thatchérisés… L’Allemagne fait figure de grande Dame, avec un avenir lui aussi central, au cœur d’une Europe morcelée et rabougrie sur son histoire et ses fastes anciens, une Allemagne qui échappe à la nostalgie du passé car ce passé récent n’est pas brillant, entre guerre, hitlérisme et occupation américano-soviétique, mais qui s’appuie sur ses entreprises modernes, innovantes et performantes grâce aux hauts salaires des salariés qui peuvent ainsi encore acheter allemand.
    L’Asie donne son rythme au monde du présent. Pour la première fois, nous sommes dans un monde post-Americain. Les équilibres du monde à venir émergeront douloureusement dans les décennies à venir, mais il est désormais clair que c’est en Asie que cela se joue en ce moment. Avec un glissement progressif du centre vers l’Inde dont la natalité, plus équilibrée, assurera une croissance plus régulière. La Chine va bientôt avoir à financer un fort contingent de retraités.
    Alors, débarrassé de mon tropisme occidental, je savoure les tubes populaires du capitalisme mondial, savourant le triomphe de Marx contre tous les populisme nationalistes. Oui, le capitalisme n’a pas de frontières, il est un mouvement inéluctable, mondial. Aujourd’hui, le capitalisme baragouine l’anglais, et il parle Chinois, Arabe. Peut-être un jour, ce petit tout au bout, après la Chine, loin après, après l’Inde, après la Russie, après Dubaï, au delà de la puissante Germanie, ce petit pays, “le dernier pays avant la mer” (François Mitterrand) se décidera à transmuer sa mémoire et ses nostalgies et, dans de fortes convulsions, se dotera à nouveau d’un avenir à sa hauteur, un avenir à portée universelle, qui fera briller les yeux des peuples du monde en leur donnant envie de briser leurs chaînes et se donner un avenir nouveau. La France sera belle quand son peuple la secouera pour que de nouveau elle se donne au monde sans avoir peur, sans regarder derrière elle, fière de sa course. La Marseillaise ainsi que l’Internationale sont, après tout, des chants de ce petit bout de terre à l’autre extrémité du vaste continent. Et on les chante dans le monde entier…
    Le geek, le monde, la France et le socialisme. Pas un film de Rohmer. Pas un film de Greenaway. Une flânerie de vendredi après midi et de vendredi soir sur Le Blog de Suppaiku.
    Amitiés, Solidarité
    De Tokyo,
    Madjid

  • Pulp, something changed. Bientôt… et il n’y a pas (si) longtemps…

    Pulp, something changed. Bientôt… et il n’y a pas (si) longtemps…

    Vendredi 17 septembre 2010
    Alors là, vous pourrez le dire, l’écrire, le crier sur tous les toits : oui, ça fait longtemps que je n’avais pas écrit sur ce blog… Un peu de paresse après les vacances, le travail, et puis ce sentiment que j’ai parfois de ne rien avoir à raconter… Je me suis donc contenté de poster quelques albums photos témoignant de la fin de l’époque des matsuri.
    Cette semaine, les températures qui avait si longtemps dépassé les 30°C ont chuté spectaculairement, les nuages sont apparus plus nombreux et il a plus abondamment. C’est l’automne.
    Dans quelques jours maintenant, cela fera quinze ans que j’aurai eu 30 ans.

    J’etais passe voir comment ca se passait a Tolbiac, fin octobre 1995, alors qu’une greve etudiante demarrait. On connait la suite…

    Cela fait un peu bizarre de l’écrire comme ça. Hier, je suis tombé sur une vidéo de Pulp sur Youtube, Something changed. Je me souviens bien de la première fois où j’ai entendu ce titre. J’avais bien écouté l’album plusieurs fois, mais je n’avais pas noté cette chanson. Et puis il y eu les grèves de décembre 1995, cet instant divin, où sur Paris le temps s’est arrêté et où les gens ont commencé à se parler. J’ai fait de belles promenades en stop, et puis j’ai aussi beaucoup marché. Je défie quiconque de trouver de mauvais souvenirs. Même les gens de droite que je connais, tout hostiles qu’ils étaient, en ont de bons souvenirs. Nous avons pris notre mal en patience pour les transports, et finalement, tout a été assez dépaysant… Ca a été pour moi comme l’ultime bilan du socialisme mitterrandien. Un fort esprit de solidarité dans une France apaisée bien que fortement conflictuelle. Tocqueville disait que les Francais ont l’esprit d’égalité, et jamais ce ne fut plus vrai. Nous avons partagé.
    Il faisait assez froid. J’habitais alors avec Julien à la Porte de Pantin. Cette grève m’a rapproché du centre dont je venais de m’éloigner. Je faisais de belles promenades qui très souvent se détournaient par le jardin des Buttes Chaumont. Un jour, alors qu’il faisait froid, donc, sous un gros manteau, et alors que ce dimanche il n’y avait pas de métro, j’ai traversé le parc. Il n’y avait personne, que quelques gays marchant ici ou là du coté de l’ancienne petite ceinture.
    J’aimais, et j’aime toujours la drague en plein air. Où la conversation a sa chance et où l’on goutte ces possibles coups de foudre d’une journée, d’un après-midi, d’un soir ou d’une nuit, avec les gestes et les mots d’une vie entières. Et les au revoir sourire, on ne se reverra certainement pas, mais on s’aime bien quand même… J’ai eu deux amants réguliers quand j’habitais par là bas. On se croisait, on bavardait et il nous arrivait de finir la journée ou la nuit ensembles.
    À cette époque, je veux dire entre mes 30 et mes 34 ans, j’ai émergé de ma longue dépression. Ce ne fut pas facile du tout, mon esprit abritait des contraires inconciliables et la vie que je m’étais faite au sortir de l’adolescence s’était progressivement refermée sur moi comme un piège redoutable. Mon analyse m’avait ranimé, mais j’avais encore beaucoup à reconstruire, et finalement aussi, beaucoup à construire, tout simplement. J’avais repris mes études en 1993, et en 1995, j’étais enfin à la Sorbonne… Je m’étais fait des amis, Lisa, Joel, Julien, Aurélie. Et Nicolas. Les Spont’Ex. Et autours pas mal de monde. La politique était revenue dans ma vie d’une façon incroyablement créative. Depuis l’été 93, j’avais appris à aimer le soleil que j’avais fui pendant tant d’années. J’avais passé mon été 95 à me promener à Tata Beach et à faire des siestes au bord de la Seine, juste pour le bruit de l’eau. Début 96, pour les obsèques de Mitterrand, j’avais recroisé Pascal Abel, et ça m’avait fait terriblement plaisir. Par la suite, nous nous étions revus et l’été qui suivrait, c’est en sa compagnie que j’irais, après une soirée chez lui et Bertrand, au bal du quai des Tournelles, que j’enchainerais par une promenade au jardin Sully, face à l’IMA, contemplant le levé de soleil au bord de l’eau, regardant les canards se réveiller, sortir leur tête les un apres les autres de sous leur plumage, et m’allongeant à même les pavés, m’assoupissant les oreilles toutes remplies du bruit des vagues de la Seine, la casquette sous le crâne, et puis, une main délicate dans mes cheveux, un sourire. Les canards…
    J’ai des souvenirs terriblement doux, cohérents, ensoleillés de mes 30 ans. Cet hiver la, le chocolat chaud le dimanche avec Freddie et son fils Lassina.

    Je n’oublie pas la Section Montesquieu. J’avais repris contact avec la Federation de Paris du Parti Socialiste. Et j’avais proposer de créer une section socialiste à la Sorbonne. Avec Nicolas, nous avions composé un tract en mode majeur, entièrement positif. Une invitation à faire de la politique, un monde meilleurs, cosmopolite, démocratique. Bâtir une société douce et moderne. Ça m’avait valu pas mal de railleries de la part de camarades. Il n’y avait qu’une militante d’extrême gauche, du SCALP qui avait regardé et avait dit “pourquoi pas”, en souriant. Je faisais ainsi connaissance de Luc et d’Éric, qui allèrent aussi devenir des amis. Céline, et puis Manuel. Montesquieu, c’est la plus incroyable section socialiste qui aie jamais existé, je pense. Une bande d’intellos, normalement, ça ne fait pas de politique, ou en tout cas, pas dans un parti. Et quand ça en fait, ça ne crée pas de section socialiste. Et ca ne diffuse pas de tracts. Nous? Si! Montesquieu occupe une grande place dans l’année de mes 30 ans. J’étais un rmiste illégal : je veux dire par là que j’étais rmiste, je faisais un CES (d’abord une compagnie théâtrale, puis un lycée d’art appliqué, rue Ganneron), et je faisais des études, ce qui est interdit. Le RMI n’est pas fait pour s’en sortir. Mais pour y rester. J’ai donc enfreint la loi pour m’en sortir… J’en suis très satisfait.
    Quand j’ai eu mes trente ans, donc, ça a été comme une nouvelle période de ma vie. Je passais beaucoup de temps en bibliothèque, je dévorais Balzac…
    Les grèves de décembre y sont inscrites en creux, avec mes promenades dans Paris, celles qui allaient se multiplier et me suggérer d’acheter un vrai vélo pour me promener. Avec les Buttes Chaumont et les promenades au Parc de La Villette, les matinées et les après midi France Culture. Et les fêtes avec Julien dont c’est l’anniversaire aujourd’hui et avec qui je groupais le miens. Pour mes 30 ans et ses 20 ans, on a fait connaissance avec LA voisine. Elle n’appréciait pas qu’on danse au dessus de chez elle. La pauvre…
    Je crois aussi que c’est à cette époque que j’ai commencé à ne plus penser à Jacques dont le fantôme m’a longtemps hanté.
    Oui, donc, il y a 15 ans et quelques jours, j’avais 30 ans. J’habitais à Paris. L’été qui suivrait, en vacance chez ma mère, je tomberais sur un programme de France Culture sur Tanizaki, alors que le Monde publierait un article sur Sartre au Japon. Le même jour, à la radio, un concert avec Emma Kirkby chantant Haendel. Je me souvient très bien. Tout cela, le même jour, à même pas une heure d’intervalle, c’était trop, pour moi. J’ai explosé, je ne pouvais plus arrêter mes larmes.
    Je crois que ça a été la première fois de ma vie que j’ai vraiment pensé que je pourrais être heureux.
    Je me revois, marchant dans le parc des Buttes-Chaumonts, les écouteurs sur les oreilles, et soudain, moi, dans le froid, au milieu des arbres, dans un Paris en grève, écoutant une chanson que j’avais jusqu’alors seulement entendu.
    I wrote this song
    2 hours before we met
    I did not know your name

    Les canards…
    De Tokyo
    Madjid