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Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Minorités 56 | La démission

    Minorités 56 | La démission

    Paru dans la revue Minorites.org vendredi 12 novembre 2010
    Trente ans. L’année prochaine, cela fera trente ans que, pour la première fois, le grand public entendait parler d’une maladie inconnue, frappant essentiellement les homosexuels américains de sexe masculin âgés de trente ans, fréquentant les clubs de nuit et multipliant les rencontres, consommant du poppers. Que de chemin parcouru depuis le « cancer gay »… L’espoir de voir un jour un vaccin a disparu, mais le succès indéniable des traitements a totalement changé la donne. Le VIH est désormais regardé comme un mal incurable, mais pour laquelle il existe des médicaments le rendant gérable, vivable, bien plus que le diabète ou les troubles thyroïdiens.

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    Depuis le début, les homosexuels ont dû faire face à leurs responsabilités. Responsabilité individuelle, d’abord, en évitant de se faire contaminer et de contaminer. Responsabilité collective ensuite, en tachant de faire front contre le risque d’une offensive anti-homosexuelle, leur liberté n’étant que très récente encore. On a ainsi oublié, en France, que l’homosexualité était considéré comme un crime jusqu’en 1981.

    Sur ces deux fronts, NOUS sûmes faire face en créant des associations, en militant, en alertant, ainsi qu’en modifiant nos comportements.

    L’arrivée des trithérapies a changé la situation en éloignant le spectre de la mort qui avait hanté les années 80 et une bonne partie des années 90. Et c’est ainsi que progressivement, les taux de contaminations, réduits à presque 0% durant le pic de l’épidémie, ont commencé à remonter. De façon très modérée d’abord, puis, depuis quelques années de façon plus importante, jusqu’à attendre des niveaux inconnus depuis les années 80.

    Les discours, les politiques, loin de s’alarmer, constatent la situation et tentent de s’y adapter. Bien que cela ne soit pas exprimé en ces termes, le traitement est désormais considéré comme la pièce maitresse, pouvant même être dispensé à titre « préventif ». Ce qui avait soudé des individus au point d’en faire un groupe fort, influent politiquement et — une communauté — s’est dissous dans une logique nouvelle où les associations tentent d’accompagner des attitudes individualistes, et où le groupe se réduit à une mascarade exhibée une fois par an lors de la Gay Pride inc.

    Il y a ceux qui se contentent de ce statu-quo, considérant peut être que quelques cachets, c’est un prix dérisoire à payer après tant d’années de souffrances, et que l’Etat, comme les associations, doit œuvrer à ce que les vannes des traitements continuent de couler pour que perdure le sexe libéré et la sexualité « choisie », le nocapote librement consenti.

    Et puis il y a ceux, ils ne sont pas légion, qui refusent ce qu’ils considèrent comme un laisser aller, comme un asservissement de ce que fut une communauté à la seule logique des laboratoires et au bon vouloir des gouvernements à maintenir ouvert le robinet à médicaments. Ceux qui refusent cette politique qui cache, sous les titres ronflants de TASP, de RDR et autres « serosorting », une véritable démission des pouvoirs publics (ce qui en soit n’est pas très grave car on y était habitué) et de la plupart des directions des associations gays et sida.

    Le sida a une histoire : les années 80, ou le crépuscule de l’innocence.

    Dans ma génération, chacun, chacune se souvient de la première fois où il ou elle en a entendu parler. Pour la plupart d’entre nous, ce furent ces images parues dans Paris Match vers 1982, exhibant des visages émaciés, des corps amaigris dans des proportions rappelant l’univers concentrationnaire, et relatant ces récits de corps pourrissant en livrant les malades à des souffrances incroyables et des fièvres sans limite, le désarroi des proches et l’impuissance des médecins devant ce mal nouveau que l’article appelait le « cancer gay ». Personne ne savait au juste de quoi il s’agissait, mais on savait que c’était là. Je me souviens d’un ex, paniqué, et de notre conversation dans l’escalier menant au vestiaire du Broad. Il était à moitié en larmes et son argument était simple, il ne voulait pas « mourir comme ça ». Ma réponse fut la réponse classique à cette époque, qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter, que visiblement ces malades étaient avant tout de grands consommateurs de poppers, et que visiblement, c’était un coup de Reagan contre les homos. C’était comme ça qu’on pensait, à cette époque. Mais au fond de moi, j’avais à peine 17 ans, j’étais inquiet. La presse gay était soit silencieuse sur le sujet, soit très sceptique. On savait juste qu’en effet, il y avait une sale maladie. Et puis c’était tout.

    Beaucoup de gays à cette époque goûtaient en France une liberté toute nouvelle. Après des années de luttes, du FAHR au CUARH, la gauche arrivée au pouvoir en 1981 avait dépénalisé l’homosexualité et rabaissé l’âge du consentement au niveau des hétérosexuels, soit 15 ans. Les clubs, les bars qui avaient commencé à se développer dans les années 75/80 connurent un nouvel essor. On y draguait, on y baisait aussi. Beaucoup, parfois. Et puis, que ce soit en avril 1981, en juin 1982 ou 1983, les marches homosexuelles furent des succès importants, rassemblant chaque fois plus de 10.000 personnes, ce qui était très nouveau. On draguait désormais ouvertement en bordure de Seine et le ministre de l’intérieur Gaston Deferre avait demandé à ses Préfets une plus grande ouverture vis-à-vis de la drague nocturne. C’est dans ce contexte que le VIH arriva.

    Quand le virus fut isolé en 1983, les gays Américains commencèrent à utiliser le préservatif. Mais pour des raisons obscures, la presse gay française, Samourai ou bien Gai Pied, ne menèrent aucune campagne à ce sujet.

    Un tournant important date de 1984. Politiquement, d’abord, aux USA, le populiste LaRouche proposa ni plus ni moins que de créer des centres pour parquer les groupes à risques, ce qui fut repris en France par Jean Marie le Pen et ses sidatoriums. Ce dernier agita au passage le risque de transmission par les piqures d’insectes. Et médiatiquement, avec les premiers décès médiatiques. Jean-Paul Aron, Rock Hudson. Pour la première fois, des personnalités voyaient leur sexualité étalée au grand jour en même temps que la raison de leur décès. Le sida. Didier Lestrade écrivait récemment au sujet de l’abstinence. C’est à cette époque que l’on a commencé à mettre un frein. Me concernant, j’ai traversé la période 1985/86 en n’ayant quasiment aucune relation sexuelle. Ça m’a pris un matin, j’avais rencontré un type, on s’est mis au lit, je l’ai trouvé maigre.

    Et j’ai eu peur pour la première fois.

    A cette époque, l’information était inexistante. J’avais entendu parler des premiers tests, mais où aller ? J’ai essayé le don du sang, mais on m’y a refusé. J’appartenais à un groupe à risque. Ça a accru encore plus mon inquiétude. Nous avons été très nombreux dans ce cas. Ne pas savoir quoi faire. J’avais 19 ans. 20 ans.

    D’autres, touchés de près par la maladie, ont commencé à faire des choses, à improviser comme ils pouvaient. L’accueil des malades, leur prise en charge à domicile, leur accompagnement dans la mort. Ce furent AIDES, et puis Arcat, APPARTS. Les Médecins Gais. Et puis beaucoup d’autres dans leur sillage. Dans ce début de ce qui fut une prise en charge de la communauté par elle-même, il y eu finalement très peu de place pour la prévention. Le message sur le préservatif ne commença à circuler qu’en 1986. Et encore, c’était très timide, dans les messages télévisés, le mot n’était même pas prononcé.

    Les associations se débattaient, leurs membres apprenaient les uns après les autres qu’ils étaient eux-mêmes contaminés. J’étais trop jeune encore pour être entouré de malades, mais le premier décès qui m’ait été rapporté date de cette époque. Un camarade du PS. Tout le monde a du gérer avec les moyens du bord. Les backrooms avaient quasiment toutes fermé dés 1984 (Le BH est toutefois resté très populaire (NDLR). Les bars se sont désemplis un temps. Il y a eu un grand changement dans les établissements fréquentés. La presse gay était elle aussi en pleine évolution. Seul Gai Pied rapportait l’épidémie. Sur Fréquence Gaie, David Girard niait la menace. Avant de nous quitter. Thierry Le Luron disparut après son « mariage » avec Coluche.

    En 1987, le préservatif commençait enfin à rentrer dans les mœurs. Les associations faisaient de leur mieux pour véhiculer le message. Mais la communauté était désormais dans sa torpeur. Une des phrases que l’on entendait alors le plus souvent lors des grandes occasions communautaires, comme le Tea Dance du Palace du Premier de l’An était « Tu ne savais pas? », en parlant de tel ou tel qu’on n’avait pas vu depuis un certain temps. On parlait alors assez peu de « son » sida, mais on pouvait constater les effets sur les autres. Et puis sur soi aussi, séropositif ou non. Toute notre belle légèreté, notre jeunesse, notre insouciance avaient volé en éclat. Ou plutôt non, elles avaient implosé. Vers 1988, le sida avait soudé une communauté dans une sorte de deuil non dit, le virus l’avait comme tétanisée. Les bars à sexe rouvraient discrètement, comme tel sauna à moitié clandestin du 11e ou tel bordel chic vers les Champs. Si les bars ne désemplissaient désormais pas, personne n’en parlait vraiment, mais c’était là, très présent.

    Que pouvait on faire, que faisait-on ? Tout d’abord, on a tous recommencé à baiser. Ce fut notre première victoire, en tant que communauté. Vers 88/89, on connaissait le mode de transmission. L’obsession fut donc été de recommencer à vivre notre sexualité, sans exclure personne. C’est un sujet très peu abordé, et pourtant, c’est un élément fort de cette époque, les séronégatifs ont accepté de « ne pas savoir ». Il y a eu beaucoup d’encre sur l’impossibilité pour les séropositifs à construire une vie sentimentale normale, et tout ce qui a été écrit est juste, pertinent. On devrait pourtant se pencher sur la mémoire de ceux qui ont traversé cette époque sans être contaminés. Leur acceptation d’un autre qui pouvait être porteur du virus, leur acceptation du silence. Je ne parle pas du silence social. Je parle ici du silence de l’intimité, celui qui donne le temps à un séropositif de dire, et la liberté de ne pas dire. Nous avons tous accepté ce choix. C’est une vraie victoire du groupe sur les peurs individuelles.

    On peut dater la fin d’un premier temps dans l’épidémie aux années 88/89. Nous avons collectivement été irréprochables, dans la mesure où on pouvait l’être face à un choc pareil, à une épidémie qui commençait à nous priver d’êtres chers qui continuent de nous hanter et que nous appelons par leurs prénoms, parfois les petits noms qu’on leur donnait, et leurs visages jeunes à tout jamais. Ils avaient 20, ils avaient 25, ils avaient 30 ans. Et puis, il fallait gérer ceux qui étaient encore là, attendant la suite, et puis gérer les mauvaises nouvelles, parmi lesquelles le meilleur ami qui venait d’apprendre, l’ami d’enfance qui faisait sa première infection grave, et puis soi-même aussi, la boule dans le ventre en allant chercher des résultats. Et puis sa propre séropositivité. Alors, au milieu de ce moment où les rires dans les bars cachaient tant de tragédies privées, il y a eu Act Up.

    Le sida a une histoire : se révolter, se dresser ou périr

    Enfin, pourrait-on dire. Je n’ai jamais vu un groupe politique susciter à ce point la polémique, emmagasiner autant d’énergie, être haï, incompris ou adulé à ce point là. Act Up parlait du sida, rompait le silence social (et par là aidait peut être certains à rompre leur silence intime). C’est avec Act Up que nous sommes rentrés dans l’air de la capote. Avant, nous nous y résignions. Désormais, nous la revendiquions. Avec Act Up, l’épidémie est entrée dans une nouvelle phase. D’un côté, le nombre de contaminés recensés montait en flèche et l’association martelait que Paris était sinistrée. De l’autre, cette communication politique instillait sans en avoir l’air un « comportement correct » qui se manifestait par le port automatique de la capote. À cette époque, cette dernière remplissait sans se cacher les poches zippées des bras des bombers et sommeillait tranquillement dans les commodes à côté des lits attendant gentiment leur utilisation.

    C’est l’époque des contaminations, de la faute à pas de chance. Car à une époque où l’on avait vécu en ne sachant pas, ou en tout cas pas vraiment, succédait l’époque de ces petits drames individuels qui donnaient un caractère tragique à l’épidémie. Une capote qui lâche. Un fist non protégé. Être contaminé à cette époque, quand on avait pris l’habitude de faire tellement attention, avait quelque chose d’injuste, et les associations commencèrent à s’intéresser aux groupes de parole, au suivi psychologique, aux lignes d’écoute anonyme qui permettaient à quelqu’un pensant avoir pris un risque d’assumer ce risque et d’aller se faire dépister.

    Les désaccords entre les associations étaient patents, mais en passant son temps à taper sur la fourmilière, en dénonçant un gouvernement socialiste qui, sur ce sujet, révélait une sorte d’autisme impardonnable (je m’excuse auprés des autistes), Act Up parvint à créer un front à l’extérieur, celui qui ferait dans quelques années de la France un pays modèle dans l’accès aux soins et aux trithérapies, et un front à l’intérieur en faisant de la prévention, du préservatif, un geste politique représentant à la fois le respect de soi, le respect de l’autre et celui de la communauté. Enfin, Act Up donnait à celles et ceux qui voulaient faire quelque chose, et au minimum hurler leur désespoir un moyen de le faire par le haut.

    Il faut comprendre la polémique qui surgit au sujet d’Hervé Guibert dans ce contexte. L’écrivain adoptait une attitude contemplative devant sa maladie, individuelle, et offrait le visage traditionnel du malade résigné à sa maladie que l’on plaint et sur lequel on s’apitoie. Tout au plus trouvait-il dans la création littéraire, et son réel talent d’écrivain, un moyen d’expression à sa souffrance, ce qui n’est hélas pas permis à tous. Act Up prenait le contrepied de cette attitude et faisait du sida un sujet politique, donc sur lequel il était possible d’avoir prise. Et opposait au discours sirupeux et misérabiliste sur les pauvres sidéens un discours combattant, politique. Act Up ne demandait pas des larmes, mais des actes.

    Dans la communauté, l’association fut un véritable électrochoc, salutaire et dramatique à la fois. Le côté le plus positif fut qu’on se mit à parler du sida, des préservatifs, et de sexe aussi. On discutait ses prises de position, on la critiquait. Pour finalement, comme ce fut le cas pour moi, suivre, car ce qu’avaient compris ses créateurs dès le début, c’est qu’il n’y avait pas d’autre choix. Act Up n’était pas radical. Act Up était révolutionnaire : intransigeante, sans compromis possible. Mais Act Up était également un « produit », au marketing savamment travaillé, chaque action frappant juste car elle avait été pensée pour faire parler d’elle. L’association était également communautaire, car c’était bien la communauté homosexuelle qui était décimée, mais elle savait également ouvrir la question du sida aux autres groupes, aux autres minorités.

    Car le sida frappait d’abord celles et ceux dont la société ne voulait pas parler, travailleurs migrants, sans papiers, prostituées et prostitués, transsexuelles et transsexuels, toxicomanes. Le sida était un révélateur de ce qui restait, de ce qui reste, à changer. Le fait que l’association soit l’étendard d’une communauté soudée, au comportement exemplaire dans sa propre prise en charge de l’épidémie par elle-même donnait du poids, de la force à ses prises de position, et celles-ci dépassaient ainsi le simple cadre de la communauté homosexuelle.

    En 1991, alors que l’association s’était jointe aux cortèges contre la guerre en Iraq, elle occupa la place centrale et dans la communauté sida, et dans la communauté homosexuelle. La marche gay de juin 1991, cet événement délaissé depuis des années jusqu’à ne plus rassembler que quelques centaines de personnes, revêtit les couleurs d’Act Up dont les pom pom girls ouvraient le défilé. On s’étonna de dépasser les 3000 personnes. Cette possibilité de mettre de l’humour au cœur de l’épidémie, ce constant retour au fondamental homosexuel NOUS permit de traverser ce qui fut un long hiver glauque peuplé de décès, et d’être plus révoltés, intransigeants. Cette année-là, Act Up ajouta à ses zaps, des actions d’éclat très médiatiques, une solidarité avec le personnel soignant des hôpitaux, les infirmières en particulier, dont la grève dura plus de deux ans.

    Les autres associations adoptaient désormais l’intransigeance actupienne, portées par l’énergie militante d’une nouvelle génération, jeune, motivée, décidée. Si certains voient dans le Sidaction de mars 1994 le point d’orgue de cette période, je garde pour ma part en mémoire les centaines de milliers de participants à la Gay Pride de juin 1994. Du jamais vu. Toute cette énergie emmagasinée pendant ces 4/5 dernières années trouvaient enfin leur aboutissement. Il ne manquait plus que…

    Le sida a une histoire : la Renaissance et l’espoir

    Je me souviendrai toujours du long article du Monde que je lisais dans le bus qui me conduisait à la bibliothèque Picpus en ce weekend électoral de mai 1995. Cette année-là, les garçons portaient des T-shirts oranges et France Inter avait sa chronique du garçon en chandail. Paris était une capitale house, on y écoutait de l’easy listening, Lionel Jospin réclamait un « devoir d’inventaire » sur la période Mitterrand devant un fond bleu turquoise conceptualisé par son vieil ami Bertrand Delanoė et Jacques Chirac, poussé par sa vieille copine Line Renaud, semblait ouvrir la porte d’un éventuel droit aux couples homosexuels, au diapason de quelques socialistes « audacieux » qui poussaient le projet depuis une dizaine d’années.

    Les luttes récentes avaient permis de nombreuses avancées. On commençait à parler de droit des malades. Une nouvelle époque semblait s’ouvrir, et sur le front du sida, on s’était désormais habitué à l’idée qu’il faudrait attendre encore. Les malades avalaient tout ce que les laboratoires expérimentaient. On en était à essayer de gagner du temps. Chez les homosexuels, les contaminations étaient proches de zéro, ce qui accroissait le caractère responsable de la communauté dans son ensemble.

    Je lisais cet article qui faisait le point sur le bilan très positif des nouveaux traitements, combinaisons de plusieurs médicaments quand jusqu’alors on avait cherché de nouvelles molécules prises individuellement. Les trithérapies semblaient offrir un réel espoir. L’article parlait également du nouvel état d’esprit de la communauté gay de San Francisco où les homosexuels avaient retrouvé leur habitudes sexuelles d’avant l’épidémie. Je ne me souviens plus très bien de tout l’article, mais je me souviens avoir éprouvé un malaise. J’ai pensé, « merde…! »

    En 1995, l’épidémie prenait un nouveau cours et en fait, il n’y a pas eu grand monde pour en mesurer la portée. Les trithérapies ont rendu les séropositifs et les malades à la vie, elles leur ont rendu un avenir dont ils avaient été privés. Elles allaient permettre de décupler les énergies militantes afin de demander l’accès aux nouveaux traitements, mais également réclamer de façon plus forte encore le besoin d’égalité dont les homosexuels étaient privés. La révolte était désormais teintée d’espoir. Et toute cette énergie investie dans le sida se décuplait dans les revendications homosexuelles. C’est qu’en déverrouillant le tabou de la maladie, en soudant le « moi » d’une communauté unie dans le malheur et en lui donnant une dignité débarrassée de tout apitoiement, le militantisme sida a fait de la deuxième moitié des années 90 des années homo-friendly comme jamais personne n’aurait osé l’imaginer…

    Et c’est ainsi que s’est opérée, dans une sorte d’apothéose de la cause « gay », la disparition progressive de la problématique sida. Cette époque, poussée par des Gay Pride approchant le million de participants, avec le vote du PACS en France et de ses équivalents un peu partout en Europe, a vu progressivement naître une sorte de consensus cool homophile, avec ses homosexuels médiatiques, sa série télévisée Queer as Folk et ses héros gays « cools », ses publicités, ses maires de grandes villes outés, ainsi que l’hétérosexuel moderne « métrosexuel ».

    Le sida est devenu un sujet qui fâche, et, comme, dans ce consensus protogay l’homophobie est devenu un comportement majoritairement réprouvé — qui s’en plaindrait — le discours dominant s’est focalisé sur l’homophobie et a déserté le sujet qui fâche.

    Le sida est redevenu un sujet tabou. Qui casse l’ambiance.

    D’abord, les associations SIDA ont commencé à être désertées, dès 1996. Act Up est devenu un groupe de la gauche « radicale », une sorte d’annexe de la LCR. Aides et SIS ont commencé à enregistrer les désertions, et il a fallu commencer à trouver de nouvelles sources de financement, restructurer, licencier, permanentiser pour faire durer les structures dans un environnement nouveau fait d’un côté d’homosexuels ayant envie d’oublier et de s’amuser, et des pouvoirs publics soucieux de faire des économies.

    C’est dans ce contexte qu’en 1997 est sorti Dans ma chambre, le premier livre de « Guillaume Dustan ». Le récit quasi-autobiographique (auto-fiction, comme « on » a dit alors) d’un gay Parisien trentenaire et séropositif, ses médicaments, son gode, ses plans culs, la réalité des bars du Marais à l’époque des T-shirts oranges. Et le sida. L’histoire d’un type de la génération de « pas de chance ». Ce premier livre a circulé dans le Paris du Marais et a fait beaucoup causer. Il faut lui reconnaitre que si la première qualité d’une œuvre littéraire est de savoir interroger, raconter son époque, alors « Guillaume Dustan » a écrit là une œuvre importante. Le premier roman français de l’âge des trithérapies, un livre totalement pédé, donc dans cet air du temps de l’époque, et un livre où le VIH est un compagnon du quotidien.

    Les associations auraient du discuter de cette nouvelle époque, remettre tout à plat. Car il ne fallait pas être un grand génie pour comprendre que désormais, les pratiques sexuelles allaient se relâcher. Ce n’est pas de la méchanceté, c’est humain. Et Guillaume Dustan, en disant que la capote, c’était chiant, énonçait une vérité de base.

    Il y a juste qu’il n’y a pas eu grand monde pour répondre sous un angle politique : à savoir que le fait que la capote soit chiante n’était pas la question. Après tout, aller à l’école ou se lever le matin pour aller travailler, c’est chiant aussi. Il y eu les affiches d’Act Up, dénonçant ce « relapse » (relâchement des pratiques), et avec la sortie de Je sors ce soir puis de l’exécrable et soporifique tentative de roman Nicolas Pagès, il y eu la polémique avec Didier Lestrade.

    Pour tout dire, je n’ai jamais compris cette situation, ce face-à-face. « Guillaume Dustan » était un magistrat, d’une famille aisée et qui, suite à la dépression nerveuse qui a suivi sa séroconversion, a commencé à se raconter, à écrire. Ce qui l’a entrainé, par l’entremise de quelques relations que l’on noue quand on appartient à ce milieu social, à publier son premier livre. Pour le troisième, il s’était vu proposer la direction d’une collection « gay » par un éditeur, un coup de chance qui arrive généralement quand on appartient à son milieu social, mais qui est aussi du à un certain talent, celui d’avoir, dans ses deux premiers livres, raconté l’air du temps homosexuel.

    Les 2 premiers livres sont en soi peu « coupables » et donnent une bonne idée de ce qu’a été l’entrée dans l’âge des trithérapies. Mais ils ne sont que des œuvres littéraires, et rien d’autre. Le problème est qu’un certain nombre de journalistes gays, de critiques littéraires, ont senti le filon, le papier facile sur un type qui raconte son gode, la drogue, et comment des fois il a envie de retirer sa capote. Ces personnalités ont fait d’un écrivain un leader politique. Un rôle dans lequel l’intéressé s’est laisseé enfermer dans ce qui devait être un roman et qui n’est qu’une longue, très longue, incroyablement longue, désespérément longue, théorisation/ justification de rôle que d’autres lui avaient donné, le tout entrecoupé de séquences qui ressemblent à Je sors ce soir. Si Diderot avait reproché à la Nouvelle Eloise d’être un peu trop long d’une centaine de pages, il pouvait toutefois s’estimer heureux de ne pas avoir eu à se farcir le dernier quart de Nicolas Pages après avoir du ramer sur les trois premiers…

    Le premier livre autobiographique de Didier Lestrade est paru à la même époque, on y goutait une écriture simple et terriblement rafraîchissante. Mais c’est sûr, pour la pédale en salon parisien, il n’y avait rien de scandaleux, pas de gode, pas de drogue, pas de bar du Marais. Et des vacances en Grèce, ça ne provoque pas le petit frisson d’une capote qu’on retire. « On » se mît donc du côté de « Guillaume Dustan », la nouvelle icône du sexe libre, du queer assumé et fier de l’être qui écrivait avec un pseudo, et on lui opposa Didier Lestrade. Balzac raconte ça très bien dans les Illusions perdues. Le petit monde de l’édition aime les frissons, surtout ceux qu’il orchestre lui-même.

    Pendant que la télévisions, la radio et la presse gays transformaient Didier Lestrade en Père Fouettard réactionnaire et « Guillaume Dustan » en symbole incompris de la nouvelle branchitude, les associations, délaissées, étaient embarrassées, silencieuses. Quelle attitude fallait il apporter ? Aucune. Telle fut la conclusion.

    Peur de se couper des homosexuels qui, pourtant, dans leur très grande majorité, continuait à se protéger. Peur de prendre une position qui les aurait privées de certains financements. « Guillaume Dustan » faisait du « Dustan » à la télévision, en perruque queer. Eric Rémes passait du relapse au bareback assumé au non du plaisir de jouir. Et il n’y eu finalement que Didier Lestrade pour demander de faire une pause, de discuter. Mais « pour ne pas se couper de la base », à savoir de la nouvelle branchitude gay estampillée, les associations choisirent tacitement l’écrivain contre le militant.

    Mieux, il s’en trouva qui firent de l’écrivain un militant. L’écrivain s’y perdit en justifications, assumant ce qu’il n’avait jamais écrit, et accepta de devenir une sorte de Jean Marie Le Pen du bareback, celui qui dirait tout haut ce que 500 pédés du Marais sensés représenter toute la communauté faisaient tout bas, ou en tout cas étaient sensés faire. Comme au temps d’Act Up, il y eu beaucoup d’engueulades ici et là, et un sujet de conversation à la mode comme les pédés les affectionnent.

    « Guillaume Dustan ». Qu’on ne s’y trompe pas. Le plus grand reproche que je formule, je ne le lui adresse pas. Un écrivain écrit ce qu’il veut, et c’est éventuellement à l’intellectuel, au militant, de savoir interpréter ce qu’une œuvre littéraire traduit. Céline n’est pas responsable de la montée du nazisme, ni du triomphe de la « vieille France ». Il en est le témoin, et la lecture de son œuvre donne des clefs pour comprendre l’époque et comment les choses se dénouèrent en 1940 dans les cercles d’une certaine France. « Guillaume Dustan » mérite le même traitement. Ses deux premiers livres racontent une époque, et il était salutaire que quelqu’un raconta cette époque, et il le fit avec talent, avec humour. Dix ans après Guibert, on pouvait rire du sida.

    On peut critiquer le récit de certaines pensées, de certains comportements (d’ailleurs, c’est beaucoup plus net chez Rémès que chez « Dustan » qui, dans ses deux premiers livres, restait finalement beaucoup plus du côté du relapse que du côté du bareback). Mais on aurait du ne voir que des œuvres littéraires et les interroger comme telles. Mais qui a eu l’honnêteté de dire, au sujet de Nicolas Pages, de dire comme je viens de le faire, qu’il s’agissait d’une merde ? Personne. Nulle part, je ne l’ai lu. Car quand l’ouvrage est sorti, « Guillaume Dustan » était devenu une icône, un symbole. On parlait beaucoup de lui, du plaisir, du caractère chiant du préservatif, d’une responsabilité partagée qui ressemblait de plus en plus à un dédouanement… Le tout sans débat réel.

    Remettons « Dustan » à sa place. Reconnaissons-lui le talent d’avoir su raconter son époque, son cercle d’amis dont il racontait également la vie à l’âge des premières trithérapies.

    Et oublions Nicolas Pagès.

    Fin de la première partie

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    En fait, la vraie question n’était pas là. La vraie question, elle, elle reste en suspens. Avec les trithérapies, la lassitude à utiliser un préservatif devait se manifester tôt ou tard. C’est humain. Avec les trithérapies, la tentation d’utiliser d’autres possibilités devenaient tentantes. C’est humain. Avec les trithérapies, les associations allaient se vider de leurs adhérents et les marches du 1er décembre allaient se transformer en une sorte de premier mai du sida, avec ses cortèges traditionnels, le die-in d’Act Up et les cornes de brune, les boites à sous dans les bars et tout plein de préservatifs gratuits partout, même au Dépôt. C’était évident. Avec les trithérapies, certains seraient tentés de « jauger » la situation et de caler leur comportement sexuel sur le jugement qu’ils porteraient sur l’autre. C’est humain. Tout cela était évident.

    Voilà des questions qui apparurent ici et là, essentiellement dans la presse anglo-saxonne d’abord et dans Têtu, mais ce fut comme si l’air du temps était au constat et non plus à l’action.

    Sur les ruines du message clair, net et précis, bati sur une attitude communautaire politique et responsable, « utilisez un préservatif pour tous vos rapports sexuels et pratiquez le sexe sans risque, consultez un docteur au moindre doute, etc. », s’est progressivement installé un discours vague. Je me rappelle ma surprise en lisant vers 2002 une brochure du Terrence Higgins Trust, à Londres, qui après avoir expliqué ce qu’était le sida (et là, je dois dire, ils le faisaient vraiment bien, c’était une belle brochure, format de poche, beau design, beaux mecs, dessins, etc), développaient des stratégies alternatives au cas où, par exemple, on n’avait pas de préservatif sur soi.

    En 1990, on aurait dit de ne pas avoir de rapport anal, d’être prudent avec la fellation, et on aurait souligné l’importance des zones érogènes permettant d’avoir un réel rapport sexuel non contaminant, du type de ceux qui ont permis à des dizaines de milliers d’entre nous de baiser avec des types dont nous ignorions le statut sérologique sans être contaminés, ce qu’on appelait le SSR, le Sexe Sans Risque.

    Là, non. La brochure expliquait qu’il fallait éviter les rapports anaux, mais que, au cas où, il était préférable de mettre du gel et surtout de ne pas éjaculer dans son partenaire. Un an plus tard, un groupe départemental de AIDES du sud de la France confectionna une affiche avec le même type de message. Cela fit un tollé, mais les condamnations furent finalement très feutrées, et l’affaire fut oubliée.

    Face à ce qui fut ressenti comme un relâchement des pratiques (relapse), ce qui aurait du ressouder les troupes les divisa, car pour la première fois, des acteurs de la prévention réclamaient de tempérer. Didier Lestrade fut traité de réactionnaire quand il refusait de négocier le préservatif. Tout le petit monde de la prevention n’en eut plus que pour la « responsabilité partagée », détournant au passage la signification réelle de l’idée de responsabilité. On opposa « Dustan » à Lestrade, celui qui s’assume face au militant du passé. Ce qui aurait dû n’être qu’un moment littéraire incarnant la sortie de notre communauté d’une longue période de deuil et de combat, et également une occasion de s’interroger sur ce moment, devint un révélateur de toutes les divisions, du bal des égos et également du vieillissement des « têtes pensantes ». Car malgré le choc que représentaient les livres de « Guillaume Dustan », l’homosexuel Lambda continuait de se protéger. Les chiffres montrent à cette époque une grande stabilité des contaminations. Tout au plus une poussées des IST indiquait-elle que les backrooms banalisaient les partenaires multiples, ce qui aurait du être discuté. Mais là encore, il fallut attendre plusieurs années pour que lesdites backrooms soient enfin visitées.

    Nous en sommes toujours au même point. Le même flou continue de guider les principales associations, de plus en plus sous la pression de groupes remettant ouvertement en cause l’usage du préservatif et encourageant l’expérimentation, la prise de risque mesurée et des mesures de prévention alternatives. Cette cacophonie dans le message s’accompagne, et accompagne, une généralisation des pratiques à risque avec pour résultat des taux de contamination en forme de revival 80’s. Ces taux véritablement effrayants, quand on pense qu’il suffit d’un simple préservatif pour les éviter, ne provoquent aucun cri d’alarme, aucun questionnement. Au contraire, ils sont utilisés pour aller plus loin dans l’expérimentation de pratiques alternatives, au rang de laquelle figure le traitement comme moyen de prévention, le tout sous les auspices du ministère de la santé et, dans l’ombre, de l’industrie pharmaceutique.

    Le traitement comme moyen de prévention est une des nombreuses stratégies alternatives. On trouve également le choix sérologique : sous condition de se faire dépister  régulièrement, vous choisissez vos partenaires en fonction de votre statut. Partouze séronégative, party bareback séropositive, etc… C’est au choix, vous le décidez en « toute responsabilité ». Il s’agit de la création d’un véritable apartheid sexuel, les séronégatifs excluant de fait les séropositifs, à l’opposé de toute la logique communautaire (rester ensemble, respecter le silence intime) qui a fait notre force dans l’épidémie. Mais cet aspect des choses semble ne pas interpeler les associations. Sans compter qu’on ne peut exclure des contaminations dans les soirées seronégatives…

    Il y a ensuite le suivi sérologique lié au traitement. Et il est vrai qu’un séropositif observant parfaitement son traitement, avec une charge virale indétectable pendant plusieurs années, est très peu contaminant. Certains vont donc jusqu’à dire qu’après un certain délai d’observance, le préservatif n’est peut être plus obligatoire. Et que, de toute façon, en dernière instance, il restera le traitement pour celle ou celui qui aura été contaminé.

    Ce qui est frappant dans ces nouvelles approches, c’est à quel point tout est centré autour du séropositif, de son confort (ou en tout cas une certaine idée que certain s’en font), à quel point la séronégativité est presque considérée comme un fait anecdotique, et finalement comment la responsabilité se retrouve vidée de toute signification individuelle et collective.

    En y regardant de près, la prévention VIH reprend désormais le schéma machiste en place dans la prévention des grossesses. De la même façon que le poids de la contraception repose entièrement sur les femmes, la prévention du risque VIH est entièrement à la charge des séronégatifs.

    Un homme et une femme. L’homme n’a pas de préservatif, mais il veut, il insiste. La fille aussi a envie, mais… Elle ne prend pas la pilule. Il insiste, elle accepte, mais lui demande de se retenir et de se retirer. Il la pénètre, et puis il jouit, il ne se retire pas. La fille garde sa honte pour elle, le type s’excuse, se rhabille. Elle n’a peut être pas joui car elle avait un peu la trouille, mais elle ne dit rien, ce sont des choses qui ne se disent pas. Un mois plus tard, elle appelle l’homme et l’informe qu’elle a un retard, lui demande conseil. Et lui, il lui dit que ça ne le regarde pas vraiment, et puis qu’elle avait envie aussi, qu’elle n’a qu’à se faire avorter, ou alors, elle n’avait qu’à prendre la pilule. Une histoire classique, on l’a tous une fois entendue, cette histoire. L’histoire du mâle dominant, et dominé par son érection.

    Dans la nouvelle approche de la prévention, il y a un peu de ça. S’il n’y a pas de préservatif, on n’a qu’à ne pas jouir dedans et mettre beaucoup de gel. Et puis, après tout, si l’un contamine l’autre, celui qui est contaminé n’avait qu’à mieux choisir son partenaire (sélection du statut sérologique du partenaire, ou sérosorting), ou bien à prendre un traitement comme prévention, ou TASP). Est-ce vraiment cela, que nous voulions, il y a vingt ans, quand nous hurlions notre colère devant la démission des gouvernants?
    « Guillaume Dustan » a bon dos. Ce sont tous ceux qui se sont abrités derrière lui qui sont responsables des milliers de contaminations annuelles, et de leur augmentation d’une année sur l’autre. Toutes les données disponibles le montrent, là où ces « nouvelles stratégies » ont été mises en œuvre, le résultat au final a été exactement l’inverse du résultat recherché, à savoir une « maitrise négociée » de l’épidémie.

    Le sida a un avenir : la purge ou le réveil

    Les personnes en charge de la prévention ont une vision du monde qui se limite au bout de leur prépuce pour certains, à leur propre vécu parfois désabusé, à la contrainte budgétaire de plus en plus dramatique, à leur crainte de heurter les homos comme Act Up a su le faire en son temps, et plus généralement, à une acceptation des faits tels qu’ils sont, dans un monde sensé ne pas changer, un monde où le robinet à médicaments gratuits sera toujours ouvert. Un monde où la toxicité des molécules, l’adaptation et la mutation du virus, l’obligation à dépendre d’un traitement à vie pour pouvoir survivre ne font pas débat. Une liberté asservie au bon vouloir de la collectivité et aux découvertes des laboratoires. Ainsi qu’une sorte de thatcherisme du sexe, où chacun gère sa contamination, tant pis pour les perdants, les laboratoires s’en chargeront. Une curieuse définition du partage…

    Pourtant, les sociétés évoluent, les enjeux changent, les idées bougent, les générations se succèdent. Seul le virus, lui, restera là, compagnon à vie de ceux qui l’auront croisé sur leur chemin.

    Parler des enjeux et de l’urgence d’une remise à plat de la prévention, c’est d’abord avoir enfin le courage de déplacer le focus, et de s’intéresser à la séronégativité, en la mettant au centre des dispositifs de prévention. Je ne veux choquer personne, mais la norme, c’est être séronégatif, et le vrai bonheur, c’est de le rester. Un séronégatif est un être libre qui ne dépend de personne, ni de son médecin, ni d’un laboratoire. C’est l’état que l’on doit souhaiter à chacun, tout comme on ne souhaite à personne d’avoir un jour un cancer. Nous devons donc avoir à l’esprit les séronégatifs, leur information, et promouvoir le preservatif comme la seule et unique attitude responsable pour garder cette tranquillité et ce bonheur de ne pas risquer, demain, d’être malade. Nous devons les inciter à se faire dépister régulièrement, afin de garder le réflexe du préservatif, mais également afin d’assurer leur suivi concernant les IST.

    Le retour en avant du préservatif devrait être l’occasion, avec une information complète sur le VIH ciblée sur les séronégatifs, d’une dédramatisation raisonnée du risque de contamination. On peut désormais affirmer sans se tromper, qu’un couple sérodiscordant, respectant le sexe sans risque, et où le séropositif est suivi, adhère à son traitement, ne court aucun risque de contaminer son partenaire négatif. C’était vrai avant, et ça l’est encore plus maintenant que l’on connait mieux le virus, que les traitements permettent de le contrôler, de le rendre « indétectable ». Car en fait, plutôt qu’utiliser cette « victoire » pour promouvoir des rapports possiblement contaminants (TASP, serosorting, gel…), on devrait l’utiliser pour promouvoir une intégration réelle, amoureuse, affective des séropositifs, la possibilité réelle de reposseder pleinement leur avenir.

    Il faut donc réaffirmer la place du préservatif comme d’une arme liant la tranquillité individuelle et la responsabilité collective, politique, des individus par rapport à leur propre groupe et par rapport à la société. Car il faut avouer que si la séronégativité est la grande absente, l’autre absente est bel et bien la société. Or, de ce coté-là, les choses bougent, très rapidement. Et pas forcément pour le mieux.

    C’est le grand tabou, le coût d’un traitement. Pourtant, il faut aborder cette question. Qu’est ce qu’être libre quand on dépend du bon vouloir de la société ? Un traitement coûte entre 1000 et 2500 euros mensuels, soit entre 12.000 euros et 30.000 par an. Pour rappel, le niveau moyen des pensions de retraite est d’environ 900 euros mensuels.

    La société, les contribuables, n’acceptent de payer une telle somme que parce que le VIH est considéré comme une sorte de fatalité qui a fauché une génération, au même titre que la société accepte de payer pour les cancers ou la tuberculose. Cette acceptation du coût est liée également à l’énorme effort, à la responsabilité de notre communauté qui a eu un très fort impact sur l’opinion. Or, désormais, partout, les gourvernements cherchent à réaliser des économies. Et depuis deux ou trois ans revient l’idée d’une remise en cause du 100% pour les affections de longue durée. Le rapport Attali, remis récemment au gouvernement propose cette mesure. On s’oriente donc vers une prise en charge personnalisée. Or, même 10% à la charge du malade, cela reste quand même incroyablement cher.

    Certains objecteront que la « communauté », ce truc qu’ils laissent se déliter en accompagnant des comportements irresponsables, mais qui justifie leurs postes, leurs salaires, leur statut, se dressera, et se mobilisera. Le contribuable acceptera-t-il les arguments quand TF1 leur proposera des reportages sur les backrooms où on ne se protège pas, avec lecture d’extraits de livres d’Eric Rémès, gros plan sur les sites de rencontre « BBK », « NoKpot » et présentation de brochures et affiches aux contenus ambigus. Or, partout dans le monde, Tea Party aux USA, extrême-droite aux Pays Bas, la question fiscale, la question des « assistés » passe au devant de la scène dans des sociétés traversées par le doute et l’égoïsme idéologique. Par ailleurs, comment ne pas voir dans le sérosorting la mise en place d’une exclusion théorisée de la ségrégation des séropositifs ?

    Notre communauté a été pourchassée, mise au bûcher, interdite pendant des centaines d’années. Le préjugé à notre égard est encore très fort malgré le bel emballage « cool » homophile en ce moment.

    Nous avons l’obligation d’être responsables collectivement. Et le retour du préservatif au centre des politiques de prévention est la pierre angulaire de cette responsabilité. Nous avons encore le temps, nous avons encore la possibilité de refermer une parenthèse, un moment de relâchement, finalement peut-être nécessaire pour nous reconstruire collectivement après l’épidémie.

    Si nous ne la refermons pas, nous ne tarderons pas à être montrés du doigt pour notre irresponsabilité. Nous n’aurons rien à opposer. Et alors, peut-être le pire arrivera, les séropositifs seront mis au ban de ce qui restera de la communauté, juste suite logique du serosorting et de l’embourgeoisement de certains homos.

    Nous avons l’obligation morale de faire de ces dix années un « moment » dans l’histoire de notre communauté sur la longue marche de son émancipation, en permettant aux plus jeunes, ces gamins qui débarquent dans nos bars, nos boites, de retrouver le sourire et l’innocence que notre génération a perdu en se prenant l’épidémie en pleine poire, dans la force de sa jeunesse.

    Nous sommes comptables de leur avenir, de cela, oui, nous sommes RESPONSABLES.

    Fin

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    L’autre partie est accessible sur l’onglet en tête.

  • Nikkô en automne

    Nikkô en automne

     

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  • Écriture en liberté

    Écriture en liberté

    Je me remets de terribles maux de nez et de douloureux maux de tête : je fais des sinusites depuis des années, mais depuis deux et demi, la situation s’était comme installée. Démangeaisons, petits saignements… Le Japon est un pays où on fait des allergies, et quand on n’est pas victime des pollen, c’est à l’air conditionné, à son air sec et bourré de poussières et de bactéries que l’on a affaire. Pendant deux mois, je me suis pulvérisé le nez de ces sprays que l’on trouve partout dans le commerce, mais… L’othorino a regardé ça, et son diagnostique a été très simple, a parfaitement expliqué ce que je ressentais de plus en plus. Une obstruction du conduit nasal du à une déviation visiblement assez forte. À la moindre irritation (pollen), je fais une inflammation… Le traitement est très efficace, je recommence à bien respirer, j’avais presque oublié. La nuit, je dors très bien. Antibiotique, antiallergique, un truc pour liquéfier les sécrétions, et un spray high-tech! J’ai un autre rendez-vous dans une semaine. Le docteur est assez âgé, j’ai bien aimé son ton ferme, apprécié qu’il m’attrape le visage (ici, les docteurs ne touchent pas les patients) et ses efforts pour m’expliquer avec trois mots d’anglais (le vocabulaire médical, en japonais, c’est du costaud!). Il m’a prévenu que généralement, le seul moyen de vraiment résoudre ce problème, c’est l’opération. J’avoue, je suis pas très chaud…
    Depuis le temps que je n’avais pas écrit, bien du temps est passé, et avec beaucoup de belles promenades. La dernière en date, c’était dimanche. Avec Jun, nous avons visité Nikkô, pour la seconde fois. Autant la première visite il y a quatre ans m’avait très peu plu, autant celle-ci a vraiment été très belle, intéressante. À la pluie et à la fraicheur de ce mois d’août 2006 s’est substitué le grand beau soleil de novembre, la lumière forte du presqu’hiver. Peu d’érables autours du Tôshôgu, mais suffisamment toutefois pour mettre ici et là ces touches de rouge qui annoncent l’arrivée du froid, la proximité du shôgatsu que nous passerons, juste retour à la normale, à Kyôto. J’ai presque hâte. Je n’ai pas, cette année, ou en tout cas beaucoup moins, ma phobie de l’hiver, cette année. L’an dernier, il m’était impossible de concevoir l’hiver, j’étais immédiatement pris d’une sorte de boule dans le ventre, ma peur du chômage, cette expérience de deux hivers successifs. Je suis guéri.
    Je me sens plus libre, relax. Je n’écris pas beaucoup sur mon blog, mais j’écris. Et si je n’écris pas, je me nourri d’images, de sons et de récits glanés ici et là. Comment vivait on avant le net ?
    J’ai un nouveau vélo. J’ai des envies de sport, je ne suis pas encore assidu à la gym, mais j’y vais et, sur le tapis roulant, malgré mes envies d’arrêter au bout de 10 minutes, quand la sueur commence à sortir, je continue. Je tiens mes 40 minutes. Cela fait longtemps que je n’ai pas fait de sport alors courir peut être dangereux… À mon âge… Alors je me contente de marcher à 5,3 km/h sur une pente à 5,9%. Courir représenterait un effort équivalent, mais je ne cours pas, alors que je suis resté un bon marcheur, alors je grille mes 250 kcal de cette façon, et je peux dire que je constate un progrès, en trois semaines. L’impression de fatigue a disparu, juste un terrible sentiment d’inutilité sur cette machine, le même truc qu’au lit, en pleine baise, quand un mec me parle et me demande ce que j’aime.
    Il y en a qui n’aiment pas les capotes, moi, c’est qu’on me demande ce que j’aime, au lit. Automatiquement, je me mets à penser, je me vois dans le lit, je trouve la situation terriblement ridicule, pathétique. Je sais bien que ça peut être gentil, mais ce doit être mon côté japonais, je pense qu’il y a des choses qui n’ont pas besoin d’être dites, qui sont évidentes. Il y a ceux qui demandent d’abord ce qu’on veut puis qui demandent si on veut qu’ils nous baisent. Il y a ceux qui ensuite émettent un commentaire, c’est ça hein, t’as envie que je te baise, hein ? En générale, moi, ces trucs là, ça m’a toujours coupé l’envie. Une fois, j’ai même fait un peu trainer et puis cinq minutes après, j’ai feint la fatigue et je me suis rhabillé. Pas de ma faute, si on me pose une question, ben je réfléchis, et quand je réfléchis, j’ai du mal à m’arrêter. Le plus amusant, c’est que les trucs les plus fous que j’ai jamais fait avec des mecs, je les ai faits dans le feu de l’action, une chose en amène une autre, et puis voilà. Faire l’amour, c’est un mélange de relation de confiance et d’énergies, la façon dont ces énergies communiquent. En gros, une bonne baise entre hommes, c’est une sorte de symbiose où l’un peut se reposer sur l’autre. Et inversement. Ça n’a rien à voir avec ces histoires de qui pénètre et qui est pénétré comme c’est souvent raconté par de pauvres filles qui n’ont jamais eu les tétons handicapés pendant plusieurs jours.
    Il y a cette chanson de Ferré, Ton style. “Ton style, c’est ton cul, c’est ton cul, c’est ton cul, ton style, c’est ton droit quand je m’y plis, salope, c’est ce jeu de l’enfer, de face, et puis de pile, quand la nuit a livré ses dernières lueurs, ton style, c’est ton cœur”.
    Hé hé hé hé hé…
    Didier Lestrade m’a écrit il y a quelques semaines, inquisiteur à sa façon, c’est à dire extrêmement gentiment, me demandant d’écrire quelque chose pour Minorités. Parmi les sujets qu’il me suggérait, il y avait le SIDA. Didier est fatigué, je crois, par ce sujet. Il a tellement donné, tout ça pour arriver à ne plus être entendu car un troupeau de queutards a decidê de baiser sans capotes, de théoriser le machin, de vendre leur salade, et de rencontrer un écho favorable dans un gouvernement de droite et à la mairie de Paris péhess dirigée par la grande Tantouse puisque ça permet de ne pas parler de sexe (sujet tabou à droite et chez certains nouveaux électeurs péhess parisiens qui aiment bien le Maire de Paris, il est si gentil, et puis, il aime les arts, il connaissait Dalida) tout en contentant les amis des grands laboratoires pharmaceutiques trop contents d’écouler du médicament à plus de 1000 euros mensuels à une clientèle de nouveau en expansion grâce à la reprise de l’épidémie. Je comprends Didier, moi, j’ai quitté le péhess parce que j’en avais marre d’être une sorte de caution morale qu’on écoute en esquissant un sourire, cause toujours. Mais Didier ne lâche pas. Et il a raison de ne pas lâcher. Les têtards qui sont en charge du machin qui tient lieu de prévention finiront par être obligés de le reconnaitre, quand on dépassera les rythmes de contaminations des années 80, comme c’est déjà le cas à Londres. Alors il sème ici la mémoire, et là esquisse des pistes.
    Je ne voulais pas écrire sur le SIDA, j’ai déjà suffisamment à faire avec le miens. Et puis je ne suis pas spécialiste. Mais j’ai fini par écrire sur le SIDA. Ce sera en ligne, à priori, le week end prochain. Je l’ai écrit dix jours avant de l’envoyer, ce qui m’a permis de le laisser refroidir, et de conclure, mais aussi d’atteindre une certaine forme de neutralité dans l’écriture d’un sujet hautement polémique et où les responsabilités de la reprise des contaminations sont diffuses. Parmi les responsabilité peu énoncées, il y a l’oubli, l’oubli de ce qu’à été l’épidémie. Pour les séropositifs bien sûr. Mais aussi, ce qu’elle fut pour les séronégatifs, qui ont été, autrefois pour des raison évidentes liées à l’urgence, aujourd’hui pour des raisons incompréhensibles, les grands oubliés de l’histoire. Il est incroyable que dans une société si médiatisée, où consulter des archives vidéos datant du début du cinéma est devenu si facile et si commun, il soit à ce point impossible de transmettre la mémoire d’événements récents, d’en faire l’histoire en les placent dans leur contexte et en perspective. J’ai donc écrit à ma façon, en tachant de parler du SIDA sur un temps long, celui de l’histoire, dans le but d’aider ceux qui ne savent pas, qui n’ont pas connu, et qui n’ont que vingt ans, et je ne connais pas. Je me souviens à l’époque de Spont’Ex (Nicolas, les scan…), quand on me parlait des syndicats, je répondais que je ne les connaissais pas. Qu’ils étaient au 12eme étage, et que nous, nous étions étudiants. Je me moque des militants SIDA, des militants LGBT machin chose. Je veux dire, je peux respecter leur travail, mais ce n’est pas à eux, ce n’est pas pour eux que j’ai écrit, et je n’écrirai jamais pour eux, ni à eux. Ils sont enfermés dans un bocal, ils se parlent avec des mots codés qu’eux seuls comprennent, et mettent les autres dans les cases qu’ils ont préparées pour comprendre les autres et regarder le monde. Quoi que j’écrive sur le sujet, je sais que je serai rangé dans la case “avec Didier Lestrade”. C’est comme ça.
    Je me souviens en 1995, la campagne présidentielle. Je n’étais plus au PS. Un matin, je croisai un groupe de militants distribuant des tracts pour Lionel Jospin. L’un d’eux me tendit un tract, je refusai en souriant. Il me demanda pourquoi, et je commençai à vider mon sac. Gentiment, mais fermement. Il m’écouta, me répondit comme il pouvait. Je n’avais rien contre Jospin, mais le PS me sortait par les trous de nez. Cette suffisance, et cette facilité à “parler à gauche” quand le bilan du deuxième septennat méritait une réelle dérouillée. Il était très patient, sympa. Alors, je commis la faute de ma vie, je lui dis que j’avais milité dans sa section, et que peut être le matériel de formation qu’il avait eu entre les mains, c’était moi qui l’avait rédigé. À partie de là, une sorte de petit sourire “vas y cause toujours” ne le quitta plus. Pire, il commença à m’écouter distraitement. Je ne l’intéressais plus. Je n’étais pas un “citoyen”, comme écrit dans son tract, mais un emmerdeur. J’ai re-adhéré quelques mois plus tard, juste avant de créer la section Montesquieu. Et puis je l’ai recroisé quelques années plus tard. Il n’était plus au PS (moi non plus).
    Là, c’est moi qui l’ai planté, parce que ses gérémiades, j’en avais rien à faire. De toute façon, c’était un aubryste, la tendance légume du Péhess. Et moi même, de toute façon, j’avais aussi rendu les clefs, et cette fois, c’était définitif. En revanche, je continue parfois de penser à deux camarades du 18e qui avaient adhéré en 1987, et chez qui on avait préparé les plateaux repas pour la législative en 1988. Un gars et une fille bien, drôles, pas des légumes, mais deux intellos – je crois que le type était architecte-, militants, impliqués, et vraiment de gauche. Je veux dire soucieux d’un exercice effectif du pouvoir, d’un contrôle local, de mobilisation, et très critique vis à vis de cette gauche mitterrandienne qui voulait tout contrôler, avec toute l’efficacité que l’on sait.
    Ils se sont impliqué à fond, et puis, comme notre section était très active, que nous avions mis le député RPR en difficulté pour la première fois, l’appareil nous a parachuté Tony Dreyfus, un bourgeois vivant rue Saint-Dominique dans le septième, qui ne connaissait rien au 10e, un ami de Rocard, avocat. Il débarqua avec ses sbires, des énarques et des rats de cabinets de la tendance Valls / Bauer. Il putscha la section, installa ses types et se mît en ordre de bataille pour la municipale de 1989.
    En 88, nous avions fait plus de 30% au premier tour, du jamais vu, une consécration d’un vrai travail militant, et d’un candidat hors pair, Gilles Martinet. Au deuxième tour, on fit plus de 47%, et là, toute la fédération du PS n’en revint pas. En 89, Tony Dreyfus et ses sbire, eux, alliés aux gauchos LCR déguisés en écolos et au PCF patinèrent à 33% au deuxième tour. Et pourtant, la tronche à Dreyfus, elle fut déclinée en pin’s, en mascottes et en camion pub qui sillonnaient l’arrondissement. Il avait le robinet de Matignon! Des factures, je ne sais pas, mais comme il est avocat, ce devait être bien bordé… Moi, je n’étais plus au PS, et aux municipales, je n’ai pas voté pour cette mascarade. Les deux camarades du XVIIIeme avaient fait la campagne, en bon militants, mais j’ai appris qu’ils ont quitté après, dégoutés. Quand Dreyfus a gagné dans le 10e, en 95, je suis allé à la mairie. Les péhessueux faisaient la fête. Moi, j’étais content, malgré mon aversion pour le nouveau maire. Et puis j’avais été assesseur, toujours le même bureau de vote, et une fille du MDC, une Corse géniale, avait démasqué la fraude qui sévissait dans mon bureau qui, ainsi, pour la première fois, bascula à gauche. C’est moi qui avait alerté, j’étais très content du résultat. Dans la cohue, à la mairie, alors que je bavardais avec cette fille du MDC et une militante communiste avec qui je m’entendais bien, je les ai aperçus. Ils étaient là, sans vraiment être là… Et j’ai été méga triste, et j’ai pensé que les types comme Tony Dreyfus, ce sont des salopards. Dans ce parti, il y en a beaucoup. Mais pas seulement dans ce parti. Je les reconnais tout de suite, ils se ressemblent tous. Par exemple, chez les Verts, il y en a pas mal, vous voyez qui je veux dire ?
    Je pense qu’hélas, c’est le lot de toutes les organisations. Et c’est également comme cela dans la communauté SIDA, où les subventions ont coulé à flot, où la dépendance au pouvoir politique s’est accrue au fur et à mesure que, succès des trithérapies aidant, les rangs se sont désertés. Et exactement comme pour le Péhess, la préservation de la structure et des postes l’emporte sur tout engagement. Le travail de Martine Aubry est, comme le travail du président de AIDES : la préservation de la structure. Et c’est malheureusement, aussi le cas pour ACT UP dont le militantisme tient lieu et de moyen, et de but. Je dis malheureusement car l’association a, dans ma génération, une place particulière, et malgré la grande cacophonie qu’elle est devenue, malgré son caractère brouillon, terriblement brouillon, elle n’en continue pas moins de soulever des sujets qui fâchent et que peu d’autres soulèvent, lui valant de ma part une sorte de respect très particulier.
    ACT UP, c’est un peu pour moi comme LO. Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas moi. MAIS. Quand il ne reste rien d’autre, c’est un rappel de ce qu’est le message originel. LO est ma boussole politique, malgré le fait que je sois un socialiste totalement assumé, ne croyant pas à la révolution et, finalement même, ne la souhaitant pas : je n’aime ni Napoléon, ni Staline. Mais LO me rappelle à la réalité de la lutte de classe, à la réalité de la dépossession dont la grande majorité d’entre nous sommes victimes. Et je pense que le socialisme démocratique doit être refondé sur cette base. ACT UP, pour moi, c’est la même chose. Je les trouve ridicules, pathétiques. Mais il n’en demeure pas moins qu’ils sont les seuls à continuer de parler du SIDA chez les migrants, chez les sans papier, et à ne pas se satisfaire du consensus autours du relâchement des pratiques sexuelles. Et je pense que si de nouvelles associations pédés et SIDA devaient naitre, c’est sur cette base qu’elles devraient l’être.

    Je suis maintenant à l’école. J’ai écrit hier, j’ai continué aujourd’hui. Ça fait un peu beaucoup, mais en fait, comme je n’avais pas écrit ici depuis longtemps, cela fait très peu à l’arrivée.
    Dimanche, nous sommes allés à Nikko. Le temps était beau, ça a été une très très belle journée comme je n’en avais pas eu depuis longtemps, je veux dire, dans un endroit que je ne connaissais pas, avec du soleil, et un patrimoine qui me rappelle pourquoi je suis venu dans ce pays. Il a fallu se lever très tôt, prendre un train à sept heures du matin pour arriver vers neuf heures et quart alors que c’est en périphérie de la région du Kantô où se trouve Tôkyô… Mais cela valait la peine, nous avons pu regarder les premières feuilles d’érables et surtout admirer à quel point les couleurs du Tôshôgu, l’un des principaux sanctuaire de Nikkô, se marient admirablement bien avec le soleil.
    Le soir, j’ai bavardé avec mon ami Stephane pendant trois heures via FaceTime, sur l’ordinateur. Impression d’avoir vraiment passé du temps avec lui. Bavardage, échange. J’étais fatigué le lendemain matin, mais heureux.
    Bon, j’arrête ici, j’ai d’autres choses à écrire mais pour ce qui est de ce blog, je m’y sens au point.
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Cycles: un travail en construction

    Cycles: un travail en construction

    Sur ces Kondratieff, trouvés sur un site quelconque vendant de l’or,  je suis à peu près d’accord jusque vers les années 20; après, les cycles sont manipulés à des fins de propagande. Par exemple, pour prouver que le New Deal n’a servi à rien. Les cycles sont “tirés” à partir des années 30… Faut bien vendre de l’or!

    Alors que je suis dans le métro, direction Nihonbashi où je donne chaque lundi un cours particulier, j’ouvre cet iPad et tape quelques mots. Cela fait bien longtemps.
    J’ai terminé la migration de mes “cycles” de WordPress à mon site. Je vous invite à y faire un tour régulièrement, car il ne s’agit pour le moment que d’une esquisse de ce qui est sensé devenir une petite histoire culturelle du capitalisme à travers des cycles économiques basés sur le principe de base du marxisme, à savoir les cycles de profit. C’est mon joujou, une approche un peu originale puisque depuis trente ans, la théorie de Kondratief domine, celle-ci basée sur les prix et donc “classique” et conservatrice.

    Les Kondradieviens, très souvent inspirés par Milton Friedman et Heinrich Hayeck, dominent l’Internet et leurs sites sont légions. On peut y lire leur vision du monde sur des pages où abondent les publicités pour acheter de l’or. En effet, ceux-ci pensent que nous sommes au bord d’un écroulement de la pyramide de dettes. Leur solution est de tout laisser s’écrouler et de laisser le capitalisme se régénérer… Autant dire qu’ils sont anti-keynésien, et abhorrent Karl Marx ainsi que tout ce qui peut s’apparenter au socialisme. Depuis dix ans, ils se sont fondus avec l’ultra conservatisme et voient des complots partout. Les difficultés du monde sont dues, à leurs yeux, à des groupes occultes, et non à l’organisation sociale et politique qui rend ces groupes si puissants. Un de leurs gourous est Ron Paul, ils boursicotent, généralement, ils ont le “vrai” capitalisme dans la peau… Ils ont leurs sites où ils “démasquent” la vérité sur les manipulations des grandes banques, sur le 11 septembre, le nouvel ordre mondial et les sociétés secrètes, ils y dénoncent la gabegie keynésienne, l’assistanat et les impôts qui ruinent l’effort, les régulations qui freinent l’initiative…
    À aucun moment ne pointe une réflexion sur ce qui donne tant de pouvoir au puissant… Sur un de ces sites friedmano-kondratieviste, l’auteur disait en 2009, en chantant avec la meute, que les indices allaient encore s’écrouler à des niveaux vraiment effrayants, et affirmait très tranquillement qu’il fallait attendre que ça dégueule bien pour commencer à “faire ses courses comme en 1932”. Jamais vous ne lirez une plainte sur le sort des hommes broyés par le capitalisme, la dépossession de leur destin par l’absurdité d’une organisation sociale qui les dépossède de toute décision quand par ailleurs elle en fait les vrais créateurs de la richesse des puissants et des oisifs actionnaires, petits ou grands. Non, ce sont des apprentis riches dégueulant leur fiel sur le dos de ceux dont ils envient le pouvoir, la richesse et la réussite. Mes cycles sont une déclaration de guerre. Les Kondratieviens s’arrachent les cheveux pour réconcilier leur théorie de cycles qui deviennent des élastiques durant de 30 à 60 ans, afin de coller avec les événements.
    Moi, marginal et non spécialiste, j’utilise très logiquement les profits, et ça marche très bien. J’avais écrit dans mon blog que le choc en 2008, très violent, ne durerait pas longtemps, c’est chose faite. Pas de grande dépression. J’avais écrit qu’on s’en sortirait en faisant encore plus de crédits dérivés, c’est chose faite : les banques centrales rachètent de la dette à tour de bras, mais leur remise sur le marché passe totalement inaperçu! Or, le rachat massif de crédits tend à faire baisser les taux longs. Résultat, si vous achetez aux banques centrales de la dette émise un an auparavant, vous gagnez la différence… Pas mal! J’avais écrit qu’on réviserait les taux de croissance à la hausse, sauf pour les USA, dès la fin 2009, et là encore, j’avais raison. Je ne suis pas un magicien ni un voyant. Mais contrairement à la légende, Marx, ça marche. Parce que Marx a donné une définition valable du capitalisme : la recherche du profit. Les monétaristes avec leur Friedman et leurs “placements or” ne sont finalement que des Poujade du capital, les petits qui voudraient devenir des grands. Le grand gourou Ron Paul a extrêmement bien travaillé, puisque les tea party et les dernières élections américaines consacrent ses combats. J’apprécie sa constance et son honnêteté, j’abhorre son idéologie car c’est l’idéologie des puissants, cette idéologie qui dépossède les hommes en leur faisant croire qu’ils sont maitres de leur destin. Actionnariat populaire et boursicotage, “choix”.
    Je ne me suis pas trompé car mes cycles, eux, collent très bien. Et plus je gratte, plus je constate la pertinence de mon observation. Un exemple ? Eh bien prenons 1929! En 1873, c’est à dire 56 ans avant, la même chose s’est produite! Différemment bien sûr, mais tout de même un baisse des valeurs qui a été suivie par dix à vingt ans de tendance à la dépression, après dix ans de baisse des profits, d’émergence de nouvelles puissances, de nouvelles technologies – le fer et l’acier bouleversent les industries traditionnelles- et de spéculation destinée à compenser la baisse des profits. 1929, donc, mettant fin à 15 ans de dégradation des profits – surproduction d’acier en France et en Angleterre, baisse des prix – compensée d’abord par la guerre, puis par une gigantesque bulle de crédit aux USA. Si en apparence les années vingt semblent prospères au point s’inspirer un “été” chez les Kondratieviens, c’est bel et bien d’un automne pourri qu’il s’agit car la pauvreté se répand dans les campagnes américaines où l’agriculture se restructure et s’industrialise par l’endettement et de massives expropriations pour satisfaire l’appétit des villes, lui même dopé à l’endettement et au boursicotage. Les profits des années 20 sont fictifs.
    De la même façon que vers 1890, le capitalisme sort régénéré de la longue crise qui l’a traversé et qu’il s’apprête dans une de ses villes coeur à accueillir la “belle époque”, le capitalisme, en tout cas le capitalisme américain, sort régénéré vers 1936/40, avant que le conflit ne le booste à partir de 1941.
    1873, 1929… 1980. On a oublié la profondeur de la récession qui a accompagné le remède de Cheval du tandem friedmanien conservateur Thatcher-Reagan. Presque trois ans de récession, en UK, près de 4 millions de chômeurs, des milliers d’entreprises faisant faillite, des taux d’intérêt à 30%… Et pour réactiver le malade, des baisses d’impôts pour les riches, des privatisations, la dérégulation financière et des coupes dans les budgets sociaux pour mettre fin à l’”assistanat socialiste”. Une rupture profonde à l’origine de délocalisations massives, notamment vers la Chine… Cette rupture n’a été rendue vivable que par le maintien d’outils keynésiens qui un peu partout sont en ce moment même en voie d’être démantelés pour “réduire le fardeau de la dette” et “remettre les gens au travail”. La prochaine sera extrêmement violente, du même ordre que 1929.
    Si je regarde le contexte qui sous tend ces ruptures, à chaque fois, le profit est en baisse et les investissements dans les nouvelles technologies, les nouveaux procédés, incroyablement coûteux. Les années 70 furent une vraie catastrophe économique, un lent déclin amorcé vers 1965/1967 quand un peu partout le chômage ET l’inflation se mirent à progresser ensemble. Un peu comme la crise de 29 recoud des contradictions que l’on voit apparaitre vers 1910/1913, surproduction et chute des prix (la guerre leur permit se s’envoler, avant de s’effondrer de nouveau dès 1919 et d’engendrer une récession jusque 1922/1923).
    Alors, 2008 offrait un profil radicalement différent. S’il y avait bien une gigantesque bulle adossée à un immobilier en folie, les pires bulles dans l’histoire, rendue possible par une titrisation débridée de toute la dette privée, les entreprises sont, elles profitables. Apple, Google, pour ne citer que ces deux là, ont battu tous leurs recors de dividendes alors qu’on entrait dans la récession. On ne trouve aucun équivalent en 1929, car même Ford ou RCA connurent une chute brutale de leur activité entre 1930 et 1934 et la production aux USA ne retrouva ses niveaux d’avant crise que vers 1938/39. L’Allemagne est déjà bien en route pour retrouver ses niveaux d’avant 2008 dès le premier semestre 2011. Alors…
    En revanche, il y eu un événement similaire en 1907, la “crise des banquiers”, un nom que l’on aurait pu appliquer à la débandade de 2008. Bref, mes cycles longs collent bien. Basés sur le profit, ils épousent aussi la géographie du capitalisme, ils suivent son “cœur”. Les Kondratieviens sont désespérément américano-centrés, ce qui est un peu logique puisqu’ils suivent les analyses d’un économiste de pays arriéré et l’idéologie du revanchard réactionnaire et ami de Pinochet, Milton Friedman.
    Mais pour mieux saisir les évolutions internes à ces cycles longs de hauts profits et de bas profits, je reconstitue des cycles courts Jugglar. Et là, c’est passionnant car ça colle à la mode, aux vêtements, à des évolutions culturelles… Ce qui est normal, les Jugglar sont des cycles correspondent au cycle des affaires : naissance d’un produit, maturité, crise du produit.
    Pour finir ma présentation, deux choses.
    D’abord, mes “cycles” ont une durée approximative de 50 ans : 25 ans d’une montée en puissance du capitalisme, des profits, correspondant à un moment où le capitalisme est “adapté”, a résolu des contradictions qui l’empêchait de s’épanouir; et puis 25 ans de difficultés, et où il lui est impossible de maintenir ses profits, à moins de parfaitement maitriser la technologie dominant le cycle. Car en fait, le capitalisme se renouvelle par ses contradictions, et génère des innovations lui permettant de perdurer. J’ai donc donné des noms à ces cycles de 25 ans, un nom lié à la technologie dominante : maitrise du fer, du pétrole, de l’électricité et de la chimie, de l’électronique, de l’informatique. Chaque cycle est localisé dans un cœur, on le voit passer de l’Europe aux USA et basculer vers le Pacifique, quand aujourd’hui il s’étire vers l’Océan Indien.
    J’ai un vocabulaire qui me permet de définir des moments, des ruptures.
    J’utilise le terme de “testamentaire” pour tout ce qui est porteur de ruptures à venir en même temps qu’il est porteur de son passé et de son temps. La collection 1913 de Paul Poiret est testamentaire car elle ébauche les ruptures à venir dans le domaine de la mode, en même temps qu’elle porte les espoirs et les représentations de son époque, au moment où un cycle économique long se termine, et juste à la veille de la guerre de 1914, ce conflit sensé les résoudre. Vous verrez donc cet adjectif dans une utilisation qui m’appartient mais qui correspond bien à ce qu’est un testament : un legs du passé au futur.
    L’âge d’or et l’âge testamentaire : ce sont les deux mêmes moments, mais l’un est à l’acmé d’un cycle long de profits (âge d’or : la mode de Poiret, le cubisme, le futurisme, le Titanic, la traversée de la Manche et les ballets Russes vers 1913 / la conquête spatiale, Courrège et Paco Rabanne, Vassarelli et Andy Warhol, les avions Jet, la télévision couleur et les premiers transistors vers 1960 / la 3D en ce moment… / âge testamentaire : les premiers films parlants, les premiers films couleur, la mini-jupe et le tailleur pantalon pour les femmes, les premières transmission de télévision, la production de masse d’automobile et d’électroménager vers 1928 / les premiers Macintosh, les musiques basées sur des technologies informatiques, les premiers téléphones portables, la dérégulation financière et le crédit, les premières voitures électriques “viables” et les débuts des programmes haute définition, les écrans LCD vers 1986).

    Enfin, j’aimerais qu’il soit clair que je ne suis pas particulièrement keynésien, mais je reconnais à Keynes une qualité : contrairement aux autres économistes classiques, Keynes accordait une place et des obligations à la société. Le socialisme doit lui reconnaitre cette place particulière sans s’illusionner sur la portée des politiques keynésiennes, généralement concédées pour offrir des débouches aux industries de l’âge électromécanique, sauf dans les social-démocraties du nord de l’Europe où il a été utilisé comme un outil de la “transition vers le socialisme” (Olof Palme), généralisant les politiques de redistribution des revenus et la socialisation de pans entiers de l’économie et de services aux personnes. D’où la haine que Keynes a inspiré aux conservateurs friedmaniens et à ses dérivés, Thatcher et Keith Joseph, Reagan, Ron Paul ou le site économicocomplotiste Zero Hedge aujourd’hui. Et d’où la nécessité pour le socialisme de revenir à Keynes, non pas pour refaire du Keynes, mais pour comprendre pourquoi tout le monde a fini par devenir keynésien après le krach de 1929, pourquoi la gauche s’en est emparé, et pourquoi l’extrême-gauche continue de réclamer, à contre courant mais sans même s’en rendre compte, des politiques keynésiennes.
    Et parce que quand la prochaine crise arrivera dans une quinzaine d’année, avec un éclatement de toutes les bulles et une chute des bourses supérieur à 80%, avec des centaines de millions de chômeurs, il faudra trouver des politiques de survie qui trouveront dans Keynes un certain nombre de réponses à travers l’obligation numéro un : un emploi pour tous. Peut être à ce moment là faudra t’il réviser notre conception de l’emploi, de l’argent ainsi que beaucoup de certitudes, mais ce sera au collectif de trouver les outils d’une stabilisation. Le socialisme devra être prêt à être l’alternative démocratique à la barbarie… J’écris ça, mais j’avoue que d’ici là, les risques de conflits armés sont extrêmement important. Il est plus facile de regarder le passé que prédire l’avenir… Mais je m’y essaie, et je vous expliquerais ma théorie du seuil maximum de croissance qui, à mon avis, va caractériser les années 2015-2025… Ça peut sembler ridicule, mais ça ne l’est pas plus que tous ces types qui vendent de l’or en disant depuis 4 ans que l’économie va s’écrouler d’ici trois mois…
    En tout cas, si nous échappons à une grande guerre (nous sommes dans une pénurie de pétrole et de matières premières, il y a un état, la Chine, ou la Russie “en trop”), la période 2020/2025 sera certainement très bien, creative. Mais très courte car le principal ingrédient de la croissance est déjà en voie de disparition : le pétrole… Bonne lecture et rappelez vous, c’est un travail en construction, donc il y aura des mises à jours. Je pense notamment prochainement mettre des séries statistiques longues où les ruptures dont je parle sont parfois très visibles.
    De Tokyo,
    Madjid

  • Les jours se suivent et se ressemblent un peu

    Les jours se suivent et se ressemblent un peu

    Mais l’automne est généralement ma saison. Je suis empli d’une énergie nouvelle, libéré de la crainte du chômage, peut être. Et puis samedi, j’ai reçu un courrier des liquidateurs de NOVA : nous allons recevoir de l’argent, une somme assez coquette qui, si je la reçois vraiment, va me permettre de liquider quelques dettes des jours noirs. Jun avait payé mon loyer, et puis je dois de l’argent à un ami dont c’est l’anniversaire aujourd’hui. J’ai toujours un peu la crainte que quelque chose aille mal à l’école, mais en fait, comme il y a deux écoles, et que si une école venait à fermer il concentrerait ses forces sur l’autre école, il aurait besoin de moi pour garder les élèves de français. Donc, je suis assez tranquille. Il a vu mon CV, et je crois qu’il a été impressionné, et qu’il suspecte les autres professeurs de mentir car leurs CV ne sont que des bouts de papier non certifié. Il fera tout pour me garder.
    À ce sujet, j’ai reçu un appel la semaine dernière pour travailler pour une banque. J’ai répondu à cet appel, le travail semble intéressant, mais je suis parfaitement conscient qu’à mon âge, mes chances sont très limitées. Et que si j’atteignais le stade de l’entretien, les yeux de mes interlocuteurs seraient de toute façon dés le départ biaisés par un préjugé. Un éventuel entretien devrait être un sans faute, ce que je sais faire quand je suis un peu relax et que je m’en fiche. Seulement dans ce cas je parviens à me décontracter, à mélanger le sérieux nécessaire et l’assurance réclamée pour ce type d’exercices. Mais parviendrais-je seulement à franchir le Cap de la présentation du CV? Je ne suis pas obsédé par cela. J’y pense, et éventuellement, je me prépare. Mon ami Mulgon sourirait s’il connaissait le type de poste et agréerait sur ma capacité à y travailler rapidement et de façon satisfaisante.

    Les jours se suivent et se ressemblent un peuLe week end s’est déroulé un peu comme tous les week ends. Nous sommes allés à Monzen Nakachô où il y avait une fête au sanctuaire Tomiyoka Hachimangu.
    Un bon odôri, défilé, mais visiblement très local, très peu populaire, et c’était tant mieux. Nous avons eu de la chance, le temps était avec nous. Après, nous sommes allés à Ueno car j’avais besoin de thé, et au marché Ameyoko, cet espèce de grand bazar me rappelant les marché de Belleville et de la Goutte d’Or, on trouve du Twinning pour 500 yens, bref, pour moins cher qu’à Paris. J’en ai profité pour faire deux trois courses pour le soir, et nous sommes allés à Yodobashi pour acheter une coque pour nos iPhone. J’ai opté pour le rouge, qui est ma couleur de l’hiver, non pas en dominante, mais par touche, avec des gris, du noir… On quittions Ueno et alors j’ai été attiré par le couché de soleil. Alors nous avons bifurqué par le parc, et c’est vrai que le ciel était beau. Sur le lac, les feuilles des lotus, immenses, l’absence de fleurs, tout pointait l’automne, ce que soulignait le chant des grillons. À Tôkyô, quand les grillons se taisent, on sait que l’hiver approche à grands pas. Sur la page météo de Yahoo! japan, la carte des érables a refait son apparition, un peu comme une sorte de compteur de l’inexorable arrivée du froid. Elle souligne ces zone où nous irons par millions nous extasier devant le spectacle tous les ans répété des feuilles rouges des momiji (érable japonais, à petites feuilles fines) et jaunes des ichô (ginkgo). J’ai appris à céder à ce conformisme bon enfant. C’est un des rares plaisir collectif qui soit offert à l’étranger résident au Japon. Alors moi aussi, et Jun avec moi, nous irons savourer ces feuilles rouges qui nous disent en silence que le froid est de retour. On commencera à parler de Noel, du nouvel an, comme pour se rassurer par avance que rien ne viendra interrompre ce cycle et que dés janvier, oui, dés janvier, les premières pousses de prunier, les premières fleurs sous le soleil glacial, annonceront le très timide réveil de la nature. Il sera grand temps, alors, de se protéger des pollens des cyprès (attendus très forts l’an prochain) en espérant survivre jusqu’aux fleurs de cerisiers. Nous aurons eu entre temps les camélias pour nous consoler durant les longues promenades d’hiver.
    Enfin, pas de précipitation, il fait encore très doux, et les premiers érables rougis ne sont encore que très au nord, ou dans les montagnes. Avec Jun, nous projetons de visiter Nikkô. Il parait que c’est le plus beau site du Kantô pour regarder les érables.
    Facebook me lasse depuis un certain temps. J’ai une phobie des bocaux. J’entends par bocal non pas une boîte (la boîte est fermée), mais un récipient transparent, avec une ouverture. Et Facebook est un bocal. On a l’impression de communiquer avec le monde quand, finalement, on est dans un espace fermé. Je n’ai rien contre, et je suis très heureux d’avoir rétabli le contact avec des amis et des amies perdus de vue, d’échanger des idées, des blagues avec des gens que je ne connais pas et que je découvre. Mais je suis également très las de l’aspect superficiel de l’utilisation du média par beaucoup d’utilisateurs. Les gens ne suivent pas les commentaires. Récemment, j’ai taché d’expliquer un truc, et dans le fil, à deux reprises, on m’a réduit à deux petites phrases. Bref, depuis cet été, je ralentis, et finalement, j’ai décidé de ne plus commenter les marketeurs, ceux qui utilisent FB comme un bocal, leur propre groupe. Ce évite les longs commentaires réduits à la petite phrase assortie de la phrase qui casse. Avec FB, finalement, chacun a ses 15 minutes d’Anne Sinclair, la réduction d’une conversation à un bavardage centralisé, à un monologue avec soi. J’aime les gens qui opposent, critiquent, s’enchantent, blaguent… Sur FB, on zappe, on balaie, on ne dialogue finalement pas. C’est une expression narcissique de l’égoïsme. “Je” me regarde avoir raison et j’expose “mon” moi (pour être plus juste, une expression publique sensée représenter mon “moi”). Bref, je me fais plus rare, et le monde redevient plus vaste, le net plus vibrant. Mais pourquoi devrait on “partager” quand pour tant de gens partager ne sert qu’à conclure.
    There is no fun in FB, there is no life in FB. Just boredom shared with the same “others” who number grows indefinitely in the bottle. A giant bottle without any message but “ME”.
    Sur Tokyo, nous sommes desormais bien en automne, bien que nous ayons eu quelques jours encore un peu chauds. Les tensions entre la Chine et le Japon ne se dissipent pas, au contraire. L’extrême droite organise des manifestations qui passent à la télévision chinoise, entrainant en retour des manifestations en Chine. Là bas, c’est le congres du PC et les luttes intestines déteignent toujours sur la politique étrangère. Il y a quelques années Taiwan, cette fois ci le Japon. C’est inquiétant car pour la prière fois, les USA sont inexistants dans la région. Les USA, en effet, sont gouvernés par un président en campagne, essayant de limiter la casse pour les prochaines élection, dans dix jours. Un ras de marée republicain. Pire, ultra conservateur, avec en son sein des gens d’extrême droite. Comme Sharon Angle ou Rand Paul, le fils de Ran Paul. Alors, la Chine et le Japon…
    Bon, la question est : est ce que je retourne à Konami. J’ai pas besoin de regime, non, mais de sport, ça devient urgent.
    De Tôkyô,

    Madjid

  • Avec un peu de retard…

    Avec un peu de retard…

    L’album photo, ensoleille, du dimanche 10 octobre 2010, a Shinjuku Gyoen.
    De Tokyo,
    Madjid

    [AFG_gallery id=’147′]

     

  • Je suis très très très occupé…

    Je suis très très très occupé…

    Cela ne veut pas dire que je sois surchargé de travail, mais tout de même, partir de chez moi vers 10 heures trente et rentrer en générale vers 22 ou 23 heures, ça prend une bonne partie de mon temps. Tout cela pour n’enseigner que très peu, passer beaucoup de temps dans les transports. J’ai aussi beaucoup d’interclasses sans étudiants… Que j’ai beaucoup utilisé pour surfer et rechercher/ trouver des bêtises sur Internet. J’ai aéré mon esprit. Et je suis passé à autre chose. Cet été, j’étais très inquiet pour mon école, mais que Monsieur Kobayashi la reprenne en main m’a très fortement rassuré. C’est un homme qui a les épaules larges, qui est consciencieux, et qui s’implique vraiment. Pas un patron boss, mais un patron patron. Je pense qu’il a du parfois véritablement payer de sa poche. Il m’a versé mon mini bonus en septembre. Pas un vrai bonus comme au Japon, mais le total de mes heures supplémentaires des six derniers mois, avec une belle majoration. J’avais un problème avec septembre (NOVA, Lehman), il est désormais totalement dissipé. Je me suis senti léger, libéré de quelque chose, d’une sorte de risque qui planait.
    J’ai fait quelques changements ici et là, et cela va continuer. Je pense que le plus gros changement psychologique intervenu ces derniers mois concerne mon corps: j’accepte mes dix kilos de trop. Cela n’a l’air de rien, mais cela veut dire par exemple que je suis en train de me réconcilier avec les vêtements après m’être “habillé comme un gros” pendant pas mal de temps. Ce n’est pas que je renonce à perdre du poids, c’est plutôt que je veux vivre avec mon corps tel qu’il est et non pas attendre qu’il soit tel que je voudrais qu’il soit. Alors j’ai du ventre, je fais du 46. Mais pour le moins, c’est stable, la balance ne bouge pas. Je pèse 86 kilos depuis à peu près deux ans, et je mesure 1 mètre 77… Et je suis intimement persuadé d’être gros à cause des régimes que j’ai fait et qui m’ont véritablement bouffé la vie. J’ai donc acheté quelques vêtements, deux nouvelles casquettes.
    Avec beaucoup d’entrainement, je suis maintenant capable de bien développer les RAW, ces fichiers bruts de photo. Mon Sigma délivre des photographies magnifiques, un truc que je ne connaissais pas. Mais le DP1 est lent, très très très lent, et il a un objectif fixe. Enfin, sa faible ouverture focale – il ouvre à 4 au maximum – en limite l’utilisation dés la fin d’après-midi. Heureusement, le Japon est le pays de l’occasion. Après une très très longue hésitation, j’ai acheté un second appareil. Je dis bien second car je ne renonce pas au Sigma. Je voulais un appareil compact, car les gros reflex ne sont pas pratiques. Le problème des compacts est que leur cellule est minuscule, souvent environ 1/10e de la cellule du Sigma ou des reflex (le Sigma a une cellule de reflex, mais avec en plus ce système unique, le Fovéon, qui donne un coté film qu’aucun autre appareil ne parvient à obtenir puisque la cellule produit attribue trois pixels pour un point, quand les autres cellules attribuent un pixel par point…)… Bref, j’ai regardé du côté de ces nouveaux appareils micro-fourthird. Pour les non-geeks, le micro-fourthird est un nouveau standard proposé par Olympus et Panasonic concernant le design d’un appareil photo compact à objectifs interchangeables à grande cellule.Ces appareils on des cellules envrion 8 fois plus grandes que les compacts, ce qui veut dire que leurs pixels sont plus grands, qu’ils photographient mieux la lumière, qu’ils bruitent moins dans le noir, qu’ils ont une plus grande profondeur de champs. En théorie, ces appareils sont très proches des reflex numériques. Après maintes hésitations, et aussi après une forte considération financière, j’ai opté pour un appareil qui m’avait séduit quand j’avais acquis le Sigma. On trouve désormais des Pen ep1 Olympus à moitié prix. J’ai épluché les critiques et, hormis une question de vitesse auto-focus, la sortie d’un ep2 plus complet et d’un epl1 très “grand public”, dépourvu du design original du pen ep1/2, et la présence d’un Panasonic Lumix GF1 doté d’un objectif ouvrant à 1,7 d’êtres bonne qualité, j’ai opté pour le pen ep1. Deux objectifs dont un zoom, le viseur pour le grand angle. Côté qualité des photos, on s’habitue à la qualité du Sigma… J’ai perdu l’habitude de voir du grain, même du joli grain, et j’ai perdu l’habitude de voir de petites aberrations chromatiques dans les angles. Sur ce dernier point, le Sigma avait été comparé à un Leica qu’il dosait haut la main. Le capteur Foveon n’est pas seulement plus grand que beaucoup d’autres, il y a surtout que c’est le seul capteur qui fait les photos en couleur trois couches, une couche pour chaque primaire RVB. Tous les autres capteurs du marché sont en fait des capteurs transcrivant des informations monochromes en informations couleurs. Ainsi, même un appareil hyper cher, Nikon, Leica, fera de petites erreurs sur un papier peint à fines rayures oranges et vertes, par exemple, si ce papier est en fond de votre photo. Pas Foveon. Le seul handicap de ce capteur, c’est que jusque récemment, ses 14,1 millions de pixels réels (4,7 pour chaque couleur RVB) se réduisaient à des images de 4,7 millions de pixels seulement. Mais avec une qualité bluffante, je vous assure. Mes albums sont peu post processés et c’est du jpeg et non RAW, vous ne pouvez pas voir exactement, mais quand je m’amuse avec Lightroom, je peux vous assurer que c’est d’une richesse de détails inimaginables. Et avec cet appareil, j’ai dit adieu aux cieux brûlés qui caractérisent le numérique. Il ‘est arrivé de photographier des rues plutôt sombre et, à l’arrivée, malgré la longue exposition nécessaire, de pouvoir encore voir les nuages, leurs nuances dé gris notamment, ou bien le ciel bleu. Vous pourrez me parler du Nikon que vous voulez, mais la qualité Foveon, ça n’a rien à voir. Et c’est ainsi qu’il y a trois semaines a été présenté le premier Foveon à 45 millions de Pixels, soit trois fois 15 millions. Sigma fait là une très belle avancée. J’ai vu des photos sur le site de Carl Ritterfalk (en lien), c’est bluffant.
    Cependant, puisque j’ai acheté l’Olympus, j’aime sa très grande réactivité, la possibilité de faire du tout automatique ou du tout manuel (depuis le Sigma, j’ai redécouvert les joies de mon vieil OM1 et fait l’exposition en manuel, sur un seul point, à l’ancienne, et il m’arrive également de faire la mise au point en manuel également…), et puis je vais pouvoir y mettre mes objectifs d’OM1, avec un rapport d’agrandissement de un pour deux (la diagonale d’un film 24×36 est deux fois supérieure à celle du capteur MicroFourThird. J’avais lu des horreurs sur la vitesse auto-focus mais visiblement l’update du logiciel en avril a résolu le problème, il est très rapide. Enfin, il est pas trop gros, pas trop grand.
    L’appareil fait de très belles photos. J’en ai faites quelques unes à 1600 ISO, j’ai été dégouté par le bruit (je photographie en RAW sans aucune correction), et puis je me suis aperçu que c’était la première fois que je photographiais à ce niveau. Et pour tout dire, c’est bruité, mais c’est du bruit de luminance (de gros pixels granuleux), pas de chrominance (taches de couleurs), donc ça a un coté pellicule. À 800 ISO, c’est encore assez propre et le bruit se fait discret. 3200, j’en ai faite une, mais là, il vaut mieux convertir en noir et blanc, en couleur, ce n’est pas très joli; cependant, cela reste correct car les couleurs sont respectées. C’est juste ces gros pixels qui font que, bon…
    J’ai un regret, l’appareil ne descend pas à 50 ISO. Pour tout dire, avec le SIgma, je m’y était habitué. Sur le Sigma, je ne vous raconte pas le piqué. Sous le ciel bleu, avec des objets très lumineux (un chemin de sable, des rochers), quand vous zoomez dans les feuillages, vous pouvez compter les feuilles, et dans des ombres, vous pouvez suivre les irrégularités, voir les petits cailloux… J’ai lu partout que l’Olympus est optimal à 200 ISO. C’est un choix difficile qu’il faut faire car à 200 il y a (énormément) plus de bruit qu’à 100 (même sur un appareil super cher, même sur le Sigma, même sur un Leica). Mais c’est vrai que la même photo à 200 a un petit truc en plus dans la lumière. Donc, je shote la plupart du temps en 200. 100 ISO offre un méga piqué, 400 ISO reste très bien tout en permettant de travailler en fin d’après midi. Les couleurs sont très belles, extrêmement naturelles. Les logiciel fourni est, lui, une vraie merde.
    Je prépare un calendrier. Si vous en voulez un, je pense que ce sera un peu cher car je passerai par l’Apple Store, mais je vais voir si je peux trouver mieux ailleurs…
    Autre nouveauté, Jun m’a dit il y a deux semaines qu’il en avait assez de son téléphone tout pourri de chez AU. J’avais un peu le même sentiment, mais mon Sony aurait pu faire l’affaire encore un temps… Nous sommes donc passes tous les deux à l’iPhone. Ça me fait un peu bizarre, comme téléphone. Les keitai japonais sont des téléphones, l’iPhone fait un peu produit hybride. Ce n’était pas super nécessaire pour moi, il fait de moins belles photos que mon Sony, mais Jun peut gaver son nouveau joujou de vidéos et surfer sur le net au travail pendant la pause déjeuné, tout en pouvant prendre le même type de photo qu’avec son téléphone Casio. Comme les photos de l’iPhone sont bof bof, j’ai pris sur l’Apple Store des applications pour jouer avec. Et là, ça devient l’éclate. Mon dictionnaire Petit Royal marche aussi dans l’iPhone. Ne me parlez pas du prix, ça le revient au même prix qu’un keitai de merde japonais. Depuis deux ans, les téléphones coutent hyper cher. Mon Sony me coutait 2200 yens par mois sur 24 mois. L’iPhone est gratuit…
    Mon iPad et moi, on ne se quitte plus. Je m’en sers tous les jours. Quand je suis fatigué, dans le train, je fais des parties de Solitaire. Quand je suis une actualité particulière, je surfe au travail en interclasse, dans le métro où même chez moi. Je l’aime beaucoup pour écrire, en fait plus que mon ordinateur car il possède des accents. Je m’en sers avec les élèves, il me permet de montrer et je pense de plus en plus réaliser des sets de photos pour jouer à “qui c’est, il habite où, il fait quoi, vous aimez xxx, etc” ou à “combien de pièces il y a”… J’y ai rentré l’audio des livres que j’utilise en français et en anglais. Et puis bien sûr il y a Pages, qui est un traitement de texte finalement très puissant. Laurent Chambon m’a envoyé récemment une suggestion d’application de traitement de texte, extrêmement simple (je suspecte Laurent d’être un adepte de l’esthétique scandinave), mais il s’avère que cette application nécessite, pour être vraiment fonctionnelle, de souscrire à un abonnement à un service d’hébergement. C’est la grande tendance du net et, pour le coup, je préfère Pages, l’application maison, avec des fonction assez nombreuses, l’échange en PDF, en Word et en Pages, par mail ou via iTunes. Ça coûte cette 1200 yens (10 euros?), mais c’est gratuit par la suite… De plus, récemment, Pages pour MacOS permet l’exportation en ePub, le format de livre électronique. Alors bien sûr, il y a des logiciels qui font ça très bien, mais l’avoir intégré directement à Pages est intelligent.
    Mon vieil iBook, que j’ai ressuscité avec un nouveau disque dur au printemps vient lui de subir un downgrade système. Je lui ai installé Tiger OSX.4, et bien entendu, il bombe! Il est très pratique quand je me déplace et que je dois stocker les photos que je prends comme cet été à Kyoto (quand même 16Go de photos, le RAW prend beaucoup de place, environ 4 fois plus que le jpeg de haute qualité.
    C’est marrant, tous ces gadgets nouveaux car finalement, à part ça, je ne dépense rien, et il n’y a que l’appareil photo qui m’a vraiment couté quelque chose.
    Ce genre de billet de super Geek du Mac, je pense bien que c’est la première fois que ça m’arrive… Mais bon, il fallait bien que j’en parle… Mon iMac, du haut de ses 3 ans, tient lui de son côté terriblement bien la route. Je suis tombé hier sur un article qui parlait d’un MacEvent spécial la semaine prochaine, intitulé “Back to the Mac” et j’ai soudain été vaguement inquiet… C’est que je l’aime bien, mon iMac, et qu’Apple ai un peu délaissé le Mac ne va pas sans me plaire… En fait, les derniers MacBook blancs ont à peu de choses près les mêmes performances que mon iMac, ce qui veut dire que jusqu’ici, j’ai pu upgrader mes applications sans me faire trop de soucis. De plus, la bestiole reste toujours assez véloce, je n’ai eu qu’un seul problème logiciel, avec Aperture 3, taillé pour les bébêtes à 4 cœurs. Aperture… Un logiciel Apple, tiens… Ceci étant dit, comme beaucoup de Geek Mac, j’attends l’iMac Touch… À ce sujet, je suis tombé par hasard sur une publicité Mozilla, pour faire la promotion de leur concept phone. Un téléphone qui interagit avec son environnement…
    En regardant cette publicité (réalisée en différents formats de 3D), j’ai pensé que l’iPhone était non pas un début, mais la conclusion d’une longue évolution, un joujou multimédia. Ce que la Fondation Mozilla a en tête est autre chose. Ce n’est pas un téléphone, ce n’est pas un ordinateur, ce n’est pas une télévision. C’est un média. C’est LE média lui-même. Je trouve cela fascinant, et en regardant bien le monde tel qu’il est, les technologies telles qu’elles sont, je m’aperçois que le 21ème siècle tient bien ses promesses. Il y a juste qu’il me fallait sortir de ma tête d’homme Blanc Européen ne regardant le monde qu’à partir de l’épicentre qui l’a vu naitre, qui l’a vu grandir.

    Or, et c’est mon gros joujou en ce moment, celui qui va bouleverser l’écriture de mes “cycles” (qu’il me faut importer dans ce blog), le capitalisme continue sur sa lancée. Mais pour la première fois, nous avons les preuves tangibles que le capitalisme n’est pas un système national, mais bel et bien un système mondial car il s’appuie sur une caractéristique commune à toutes les civilisations urbaines, l’échange et le commerce, et qu’il se propulse grâce à un trait de caractère partagé par tous les êtres humains des civilisations urbaines, l’envie et le désir. Il y avait du commerce avant, il y avait des envieux avant. Mais ce qui est nouveau, c’est que le système de crédit, en se développant à partir du 14eme siècle dans la Florence d’après la peste, a permis d’anticiper les gains, et qu’il a donc ouvert la voie à l’enrichissement massif par l’argent lui même. Les Medicis ont bâti Florence et ils lui ont donné leur image avant de dominer la Papauté, pour enfin donner à la France pas moins de deux Reines. Dans la mains des marchants et des commerçants Anglais et Flamands, le crédit allait permettre des aventures et des ambitions mondiales. Le capitalisme reposerait désormais sur la société par action et sur la compagnie financière. On anticiperait les gains ou les pertes. On ouvrit des bourses, d’abord à Amsterdam, puis à Londres ou Paris où, dans les années 1718/1723 allait naitre, prospérer puis s’écrouler la première gigantesque bulle spéculative financière. Et le capitalisme continua sur sa lancée, prêtant pour faire du commerce et faisant du commerce pour emprunter plus… Si les USA viennent de connaitre un gros accroc et ont contaminé le reste du monde en vendant des produits dérivés reposant sur des crédit désormais peu “crédibles”, d’autres pays étaient prêts à profiter de l’occasion. Et pour la première fois, ce n’est pas du tout un pays occidental qui tire le monde. Même l’expansion japonaise des années 80 reposait en fait sur la consommation et la bonne santé des USA.
    Non, cette fois, une zone géographique non occidentale tire l’économie mondiale, et c’est l’Asie. Je lis les blogs et les journaux français ou américains, je suis très étonné du peu de cas qui est fait de l’Asie. L’Asie se suffit désormais à elle même. Le Japon des années 2010 ne survit que par l’acharnement de ses commerciaux à arracher des marchés dans la dynamique Chine et dans la prospère Corée du Sud. Mieux, alors que l’armée chinoise s’est récemment montrée agressive à l’égard du Japon suite à l’arraisonnement d’un bateau de pêche Chinois qui était rentré dans les eaux Japonaises dans une zone dont la souveraineté japonaise est contestée par la Chine, après trois semaines de tension, c’est le Japon qui s’est presque excusé quand c’est la Chine qui était en tort. La Chine est le plus gros client du monde, alors les pressions des milieux d’affaire ont eu raison de la justice japonaise qui voulait juger le commandant dudit bateau. La Chine, de par son gigantesque marché, impose sa centralisé à toute la région, ce dont elle a l’habitude depuis 3000 ans.
    Quand vous écrivez Chine avec des kanji cela donne le pays central, 中国 (中國 en caractères chinois traditionnels). C’est ainsi non pas de puissance économique dont il s’agit, mais d’une représentation du monde qui existe depuis longtemps et qui s’impose à toute la région. Même le Japon, qui a toujours jalousement veillé à son indépendance, a, pour se donner un nom, fait référence à sa situation géographique par rapport à la Chine, la racine du soleil, 日本. De façon très étonnante, ce pays presque Satellite de la Chine, la Corée, porte le doux nom de matin frais, 朝鮮, ne faisant pas référence au “centre”. Puissance commerçante depuis des millénaire, tout prédisposait la Chine à devenir une grande puissance capitaliste. Voilà qui est désormais chose faite. Les politiciens Européens, Américains ou Japonais protestent, mais les délocalisations ne sont pas le fait de la Chine, mais de leurs propres amis, les Arnaud / Bettencourt / Koch … Ainsi que des politiques de bas salaires qui font que les travailleurs occidentaux n’ont pas d’autre choix que celui d’acheter chinois. La chute d’activité économique et les politiques d’austérité qui se généralisent, loin de pénaliser la Chine, vont en accélérer la croissance. La Chine habille, lave, distrait et bientôt transportera les pauvres du monde entier. À l’opposé des politiques de vieilles puissances qui caractérisent nos pays sur le déclin, la Chine investit, recherche et s’oriente vers des augmentations de salaires pour pérenniser sa croissance. C’est en fait le moment clef, celui où vous allez commencer à comprendre ce qui se passe par ici. Vous commencerez à vous familiariser avec les marques chinoises et leurs produits de qualité, rodés sur le marché intérieur de classes moyennes de plus en plus exigeantes. Le capitalisme chinois sera au moins aussi puissant que le capitalisme américain, mais il sera menacé pas sa propre puissance : la Chine a historiquement un tropisme pour l’éclatement quand elle rencontre des difficultés. Un ralentissement de la croissance attisera donc certainement les rivalités politiques et les prétentions géographiques des différents états qui constituent ce gros machin disparate qui s’appelle le Centre, la Chine. Mais d’ici là, le capitalisme prospère dans cette région pour lequel il semble avec été conçu.
    Autours de la Chine, tout le monde sent l’attraction, de plus en plus forte. Ginza pleine de touristes Chinois aux mœurs rudes des nouveaux riches : des paysans en Hugo Boss avec des valises Vuitton. Qui le leur en voudrait… Mais qui se souvient encore qu’il y a 40 ans, c’était la révolution culturelle, les déportations de masse vers les campagnes et le costume bleu. Qu’il y a 21 ans, c’était la répression des démocrates que l’on résume aux événements de la place Tien An Men mais qui s’est étendu à tout le pays, conduit à l’arrestation de centaines de milliers et l’exécution de milliers, dans ce pays où on roulait à vélo et où on portait encore majoritairement le costume bleu. En 20 ans, le capitalisme a transformé le pays, remodelé les villes et les paysages, la culture et les représentations. On m’opposera les campagnes encore pauvres, mais j’en profiterai pour rappeler que le capitalisme n’est pas un bureau d’aide sociale et que le but de ses promoteurs est de gagner de l’argent en maximisant les opportunités d’investissements : entreprises, actions, dette. À cet égard, le capitalisme Chinois est encore très loin de sa maturité, mais la taille de son Ponzi est phénoménale. Quand la bulle se dégonflera, on le sentira passer, et la récession américaine reprendra alors sa juste place : un incident de parcours dans une onde longue de prospérité économique sans précédent dans l’histoire et dont l’épicentre, pour la première fois, n’est pas chez des “Proto-Européens” blancs mais entre Pacifique et Ocean Indien où une autre puissance, laborieuse, discrète et d’une très grande stabilité politique, elle, est en train de naitre dans une indifférence incroyable qui révèle à quel point l’homme blanc, même évolué, progressiste, est victimes de représentations racistes : l’Inde, dont le PIB croit à un rythme de 9%, qui investit dans la recherche pharmaceutique, les bio-carburants, maitrise la technologie spatiale, rempli l’espace de ses satellites de communication et dont les ingénieurs peuplent les départements informatiques des banques et des assurances de toute l’Asie mais aussi d’Europe et des Etats-Unis.

    Ma représentation du monde a progressivement changée. Je nous regarde comme des puissances anciennes, au message dépassé par la réalité comme par les événements, vieillissants et blasés, avec des classes moyennes à la ramasse, des intellectuels qui ne regardent pas le monde, mais la France, toujours la France, et le monde à travers les yeux de la France. Un petit pays dont personne n’a plus rien à faire puisque ce petit pays fait comme les autres pays, mais avec l’enrobage du mensonge, la réalité d’une pauvreté qui n’a rien à envier à celle de l’Inde, elle, en plein renouveau. Un pays vieux sans avenir et définitivement tourné, comme tous les pays occidentaux, vers ses gloires passées. Son mai 68 de vieux cons, son rock and roll de vieux cons, son De Gaulle de vieux cons, ses années 70 de vieux cons, ses années 80 de vieux cons, sa haute couture de vieux cons… Un pays bloqué sur son passé, incapable de créer quelque chose de neuf, comme d’autres pays autours de nous, les Pays-Bas tout recroquevillés sur le petit bout de terre qui ne résistera pas au réchauffement climatique, la Belgique en pleine schizophrénie, entre racisme, séparatisme et populisme fiscal, l’Italie et son parrain lifté et queutard, son séparatisme bourgeois du Nord et ses neo-fascistes thatchérisés… L’Allemagne fait figure de grande Dame, avec un avenir lui aussi central, au cœur d’une Europe morcelée et rabougrie sur son histoire et ses fastes anciens, une Allemagne qui échappe à la nostalgie du passé car ce passé récent n’est pas brillant, entre guerre, hitlérisme et occupation américano-soviétique, mais qui s’appuie sur ses entreprises modernes, innovantes et performantes grâce aux hauts salaires des salariés qui peuvent ainsi encore acheter allemand.
    L’Asie donne son rythme au monde du présent. Pour la première fois, nous sommes dans un monde post-Americain. Les équilibres du monde à venir émergeront douloureusement dans les décennies à venir, mais il est désormais clair que c’est en Asie que cela se joue en ce moment. Avec un glissement progressif du centre vers l’Inde dont la natalité, plus équilibrée, assurera une croissance plus régulière. La Chine va bientôt avoir à financer un fort contingent de retraités.
    Alors, débarrassé de mon tropisme occidental, je savoure les tubes populaires du capitalisme mondial, savourant le triomphe de Marx contre tous les populisme nationalistes. Oui, le capitalisme n’a pas de frontières, il est un mouvement inéluctable, mondial. Aujourd’hui, le capitalisme baragouine l’anglais, et il parle Chinois, Arabe. Peut-être un jour, ce petit tout au bout, après la Chine, loin après, après l’Inde, après la Russie, après Dubaï, au delà de la puissante Germanie, ce petit pays, “le dernier pays avant la mer” (François Mitterrand) se décidera à transmuer sa mémoire et ses nostalgies et, dans de fortes convulsions, se dotera à nouveau d’un avenir à sa hauteur, un avenir à portée universelle, qui fera briller les yeux des peuples du monde en leur donnant envie de briser leurs chaînes et se donner un avenir nouveau. La France sera belle quand son peuple la secouera pour que de nouveau elle se donne au monde sans avoir peur, sans regarder derrière elle, fière de sa course. La Marseillaise ainsi que l’Internationale sont, après tout, des chants de ce petit bout de terre à l’autre extrémité du vaste continent. Et on les chante dans le monde entier…
    Le geek, le monde, la France et le socialisme. Pas un film de Rohmer. Pas un film de Greenaway. Une flânerie de vendredi après midi et de vendredi soir sur Le Blog de Suppaiku.
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