Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Mon premier vrai tremblement de terre

    Mon premier vrai tremblement de terre

    C’est samedi matin. À Tôkyô, le calvaire est terminé. Plus au nord du Japon, ça continue. Je suis dans le métro, je suis fatigué par l’interminable randonnée d’hier soir, et je crois que je n’ai pas encore eu le temps de réaliser. Je crois que c’est comme ça après chaque grand choc.
    Comme tous les vendredis, je me suis levé plus tard que d’habitude car je pars très tôt le samedi. Une sorte de grasse matinée préventive. J’ai défait mon lit, mis les draps dans la machine, passé l’aspirateur et fait les poussières, dehors le ciel était bleu. J’ai préparé mon petit déjeuner, du thé et du pain, du beurre et de la confiture. Bonne maman, bien entendu. On en trouve pour pas très cher dans le Tokyu de Tama Plaza où je travaille. fraise, framboise, abricot et cassis. La mûre est introuvable. C’est ma confiture préférée…
    J’ai consulté mes mails, j’ai un peu trainé, suis passé sous la douche et voilà, c’était déjà l’heure de partir. J’ai mis mes draps à sécher dans la machine. J’ai constaté que mon vélo était recouvert de cette fine poussière brune de la saison des pollens de cyprès. J’ai mis mon masque, ça en élimine pas mal et le nez coule moins. Je suis allé jusqu’à la gare, j’ai garé mon vélo. Je vous raconte tout cela car ce sont des gestes du quotidien, et une catastrophe s’inscrit dans le quotidien : je suis sûr qu’à Sendai, une grande ville au nord fortement touchée, il y a au moins une personne qui a accompli les mêmes gestes même s’il aura mangé de la confiture Meiji-ya. Le trajet est long, jusqu’à Tama Plaza. J’habite dans l’est de Tôkyô, et j’ai beau me dire que mon coin est une véritable banlieue, ce n’en est pas une, c’est vraiment Tôkyô. On y voit le Fuji, la tour de Tôkyô, Sky Tree, et surtout on y voit la mer. La lumière y est très belle en hiver, le ciel vaste. J’ai regardé Fuji hier, et comme je pouvais le voir, j’ai pensé que j’avais de la chance car en cette saison, l’humidité comme les pollens le rendent généralement invisible. Vers chez moi, il y a deux cent ans, on péchait et on acheminait le poisson par les nombreuses rivières jusqu’à Nihonbashi. Kasai.
    J’ai lu le livre que je lis en ce moment, Zombie economics, un de ces livres qui me rendent optimistes sur l’avenir de l’humanité ou, pour le moins, l’avenir des USA. Si la gauche y est en effet complètement ratatinée idéologiquement, la nouvelle trace son sillon avec patience, sans gauchisme mais de facon brillante : elle déconstruit les mythes, se réapproprie des concepts et forge son vocabulaire. Ainsi, pour décrire le système idéologique de notre temps a t’elle forgée le très simple “libéralisme de marché”. J’aime l’expression que j’emploie maintenant sur dans mes commentaires sur FB, car c’est aussi avec le vocabulaire que l’on fait la guerre. Zombie economics, ou comment des idéologies littéralement tuées par les faits, reviennent comme des zombies car tout le monde, à commencer par les médias, continue de les véhiculer. Ainsi, cette obsession de réduire l’état, baisser les impôts, mettre les taux à zéro, qui revient de plus belle et nous entraine vers une nouvelle catastrophe où comme toujours, ce seront les plus pauvres qui passeront à la caisse… Oui, jusqu’à Tama Plaza, j’étais dans ce livre. En anglais, bien sûr. Qui en France va traduire un des ces très nombreux livres américains qui montrent la vitalité intellectuelle de ce pays, en profondeur ?
    Vous, vous avez vos trucs sur l’islam… Bande de ringards !
    Je suis allé à la boulangerie Kobe-ya, j’ai acheté une baguette pour mon petit déjeuner du samedi (on était vendredi), un sandwich. Et une tarte au pomme que je prévoyais de manger avec Jun samedi. J’ai dit bonjour aux vendeuses qui me connaissent bien, aux vendeurs. Il y en a un, il a dans les 40 ans, il est très séduisant, ce qui est rare chez les Japonais de cet âge qui souvent, à cause de leur travail et de leur vie de couple, affichent des mines dévastées par le stress. Et puis je suis allé à l’école. Là, j’ai fait la connaissance de la nouvelle secrétaire. Jeunes, jolie, pimpante. Et puis j’ai préparé ma leçon pour Manaka, une petite fille de 4 ans qui a vécu un an en Belgique et parle un peu le français. La leçon à peine commencée, il devait être 2 heures 40, on a senti un très léger flottement. J’ai vu la plante verte bouger un peu. On s’y habitue vite, je ne me suis pas inquiété, mais le mouvement a continué en s’intensifiant. J’ai demandé à la secrétaire d’ouvrir la porte, plus pour rassurer la maman qui commençait à s’inquiéter que pour autre chose. Mais le flottement s’est fait de plus en plus brutal, et puis l’électricité a été coupée. J’ai dit “on doit sortir, c’est plus prudent”, car je voyais la mère se préparer à partir. En fait, ce n’est pas bon de sortir, mais je ne voulais pas que quiconque sorte séparément. L’immeuble est un petit immeuble assez moderne. J’ai dit à Manaka d’aller voir sa maman, tout en souriant et en essayant de la faire rire, ce en quoi je pense avoir bien réussi. J’ai attrapé mes affaires, mon sac, ma baguette, n’ai pas pris mon blouson car il était rangé dans une autre pièce.
    On a dévalé l’escalier à toute vitesse. Je crois que c’est pour cela que je n’ai pas trop ressenti la violence des secousses, mais je sentais bien en posant mes pieds que ça tanguait et, à plusieurs reprises, j’ai eu le sentiment de flotter : le sol était plus bas que mon cerveau avait calculé qu’il serait. Dehors, c’était un bruit effroyable, indescriptible, comme des gigantesques grincements, très forts. J’ai vu les pilonnes électriques qui faisaient des oscillations de, je ne sais pas, en haut ça devait faire un mètre, mais c’était surtout à la base que c’était le plus étonnant, car c’était le sol qui bougeait, comme du schewing-gum. On est vite arrivé en bas, dans la rue, il y avait beaucoup de gens. Le Patchinko à coté s’était vidé et on pouvait voir sa structure se secouer dans tous les sens comme de l’élastique, avec une amplitude d’au moins 1 à deux mètres, c’était fou. La route elle même tanguait très fort, et je me suis dit “c’est pour ça que ça se déchire, des fois”. Une idée idiote, le truc appris à l’école qui remonte. La rue donnait en effet se tordait de façon aléatoire et non homogène, ce qui me donnait cette impression de malaxage des poteaux électriques. La petite Manaka était avec sa maman, de plus en plus inquiète tandis que sa fille continuait de rire. À un moment, on s’est assis, j’ai pris mon iPad et on a regardé des vidéos sur YouTube, Manaka et moi, pendant que la secrétaire et la maman essayaient, en vain, de téléphoner : les lignes étaient coupées. Mais pas le réseau. Manaka a chanté La sourie verte, et Le Pont d’Avignon. Il y a une une deuxième découse que j’ai vite senti car j’étais assis. Ça s’est remis à grincer, j’ai vu de nouveau les poteaux onduler et la salle de Patchinko se secouer dans tous les sens. Mes yeux ne quittaient pas les poteaux : que l’un d’eux tombe… Ou bien les panneaux des bâtiments : que l’un d’eux tombe. Des gens s’asseyaient par terre, et c’est vrai qu’on avait du mal à tenir debout, impression de vertige.
    Et nous voilà après-midi. Grand soleil du printemps qui arrive, à la lumière si différente de la lumière de l’hiver. 5 classes, dont l’une d’un autre professeur. Avec ma nuit dernière, je suis fatigué. Nous avons ainsi essuyé trois vagues, dont la troisième fut comparable à la première. Ce bruit, ce bruit… Manaka et sa maman sont parties, j’ai bavardé avec mon ami Yann. Lui, dans Tôkyô, avait été fortement secoué. Il commença à me raconter la réalité de la situation à 400 kilomètres au nord, au delà de Sendai. On ne peut pas dire que j’ai eu peur. C’est un sentiment différent de la peur. C’est plutôt du doute : on ne sait pas ce qui va se passer après. Et puis la nouvelle de ce tsunami terrible, avec sa vague de 10 mètres. Comment survit-on à un déchainement pareil, après avoir tenté de survivre aux secousses ? Nous avons décidé de fermer l’école. Parce qu’il n’y avait plus d’électricité, et que je voulais rentrer chez moi. Parler à ma mère que je ne parvenais pas à joindre. J’ai parlé avec Stéphane, avec Nicolas. Et je découvrais l’ampleur de la catastrophe avec le regard extérieur de mes amis, en France, retenus par cette actualité qui touchait de près un de leurs amis, qui me touchait. Véronique, l’épouse de Stephane, qui me dit que ce fut la première chose qui soit sortie du radio-réveil. J’ai quitté la secrétaire et j’ai un peu tourné en rond à Tama-Plaza, espérant que quelque train n’en parte. 30 kilomètres, ça fait loin. Notre monde abolit les distance, elles n’en paraissent que plus immenses quand la technicité disparait. J’ai repensé à Braudel, expliquant ce qu’est réellement la Méditerranée : un territoire vaste, violent, dangereux. Bien entendu, rien de cela pour nous, mais pour nos ancêtres autrefois, que de courage il fallait pour circuler dans ce que les avions ont transformé en une sorte de gigantesque flaque d’eau… Je me suis résigné à mon sort, j’ai sorti mon iPhone, ouvert l’application Plan, compas hybride de l’homme moderne, et j’ai marché. Il faisait froid. Le soleil avait cédé la place à une sorte de brume neigeuse frigorifiante. J’ai marché, et il m’a fallu plusieurs fois monter car cette partie de Kanagawa est vallonnée, et il m’a fallu supporter ce paysage de banlieue proprête qui alterne avec le traditionnel paysage de routes nationales bordées de boutiques de fringues et autre vend-bouffe. Saginuma. Mizonoguchi. Par moment, je me suis senti perdu, la 3G passait mal et le GPS était perdu, comme cela arriva vers Futago-Tamagawa. Il faisait nuit désormais, et il était près de 19 heures. J’arrivais à Futago après avoir traversé un pont immense et aperçu ce qui m’a semblé etre un gigantesque incendie, mais je ne sais pas. Futago est un de ces centres urbains qui ont poussé au milieu du néant, moches et anonymes tout en étant aussi courus que les Champs Elysées. Il y a meme une boutique Chanel. Y en a t’il une à Cergy-Pontoise ? Je pensais y trouver un bus, mais nous étions bien 2 à 3000 à avoir eu la même idée. J’ai croisé une collègue, une américaine, en compagnie d’une amie à elle, japonaise.
    On a bavardé, tenté d’attendre dans la queue mais aucun bus n’arrivait : j’ai découvert plus tard qu’ils etaient coincés dans les embouteillages monstres. C’est alors que, après avoir pourtant traversé des quartiers sans lumière ni feu de circulation, j’ai compris que toute la ville était désorganisée. J’ai vu tous ces gens qui marchaient partout. J’ai essayé la gare. Mais c’était un spectacle désolant de gens assis par terre et de longues queues aux cabines téléphonique : les lignes de téléphones portables étaient toujours coupées. J’ai rebroussé chemin, aperçu ma collègue et l’ai zappé. Shibuya était à 8 kilomètres. J’avais donc marché de 4 heures 30 à 7 heures et fait seulement 11 kilomètres. Je marchais. Mon pied gauche commençait à me faire mal. J’ai mangé alors un morceau de ma baguette. Et continué. Plus loin, peut être une heure après, vers 8 heures et demi, un bus est passé, et je l’ai pris. Il avançait lentement, mais j’ai pu m’y reposer de cette longue marche, debout. Je suis arrivé à Shibuya vers 10 heures. Je suis descendu avant le terminus, car les embouteillages étaient monstrueux. J’ai encore marché 15 minutes sur la Dongenzaka jusqu’à Hachicko. Par chance, la ligne Tôzai reprenait. Enfin, il y avait un train qui allait partir. À 10 heures 15, nous quittions la gare. Nous avons fait une pause de 5 minutes à la stations suivante. On était serrés comme en semaine aux heures de pointes. À la station suivante, le chauffeur a annoncé que la ligne Ôedo fonctionnait. J’ai pensé que je pourrais aller jusque Monzen Nakachô et de la prendre un taxi. Il a fallu attendre jusque 11 heures 10 pour que le métro arrive. J’étais à Monzen à 11 heures 30. Miracle, j’ai pu enfin m’assoir. Le trains était plus que bondé. Arrivé a Monzen, autre miracle, un train de la ligne Tôzai arrivait, presque vide. Je suis arrivé à Kasai vers minuit. En sueur. Mon vélo était bien entendu au sol. J’ai roulé jusque chez moi en m’arrêtant pour m’acheter un bentô. Chez moi, tout semblait en ordre et pourtant il y avait quelque chose d’étrange. En regardant, j’ai vu que mon four à micro-onde avait bougé de 20 centimètres, mes étagères de 30 centimètres (malgré le poids des livres), mon appareil photo était sur la moquette. Une lampe était allumée : en se renversant, elle avait ouvert l’interrupteur. Mon bureau était en place mais les choses dessus semblaient pas à leur place. Mon iMac était tourné vers la gauche, mais n’était pas tombé. Dans mon “loft”, pas mal de livres étaient tombés. Mes draps étaient quasiment secs. J’ai mis la télé et constaté les dégâts dans le nord. J’ai pris une douche, remis de l’ordre. Puis j’ai mangé mon bentô. J’ai appelé mon frère, puis ma mère. Toute la journée, j’ai reçu des messages sur Facebook. Je vous remercie tous. La nuit, il y a eu des répliques qui ont perturbé mon sommeil. Et je suis fatigué.

    Galerie sur Flickr

  • La saison des fleurs est arrivee

    La saison des fleurs est arrivee

    Alors que j’ecris ces lignes, nous emergeons de deux jours de tres brusque refroidissement, de pluie, et meme de neige fondue. Comme je l’avais ecrit il y a un ou deux mois, a Tokyo, c’est l’hiver qui est la belle saison, stable, ensoleillee. Nous avons ainsi profite d’un temps magnifique de decembre a mi fevrier quasiment sans interruption, et la fin du mois dernier, bien qu’un peu perturbee, a ete dans l’ensemble tres belle, avec une tres nette montee des temperatures, une sorte de prelude au printemps, en fin de semaine derniere. Il n’en reste pas moins que le soleil de l’hiver est rendu possible par la descente d’un puissant anti-cyclone venu de Siberie, et que la chaleur au Japon vient du Pacifique, donc du Sud, et que les vents venus de l’ouest, de Chine, sont egalement tres puissants une fois l’anti-cyclone affaibli. Mars est une mois donc incroyablement instable, et si samedi et dimanche les temperatures fleurtaient avec les 20 degres, lundi, vers une heure de l’apres-midi, elles ont chute autours de 2 ou 3 degres, et la pluie qui tombait depuis le matin tres tot s’est tranformee en grele un moment, est redevenue de la pluie, avant de laisser la place a de la neige fondue, le tout avec un vent puissant qui nous glacait les os. Et hier, alors que nous attendions une amelioration, le matin gris a laisse la place a une soiree froide et pluvieuse. Et ce matin il fait beau !

    Les photos qui suivent sont les photos que j’ai prises dimanche durant notre promenade a Shinjuku-Gyoen. Vous le verrez, les fleurs sont cette annee tres nombreuses, ce qui est du a la tres forte secheresse de l’an dernier. Nombreuses et magnifiques. Fleurs de pruniers japonais bien sur, mais aussi une variete de cerisiers precoces. Toutes prises avec Sigma SD15, developees avec SPP (automatique, desole, pas le temps !).

    J’avais ecrit un tres long billet pour ce blog il y a trois semaines au sujet des “revolutions” en cours en Mediterranee, mais j’ai prefere l’envoyer a Didier Lestrade au cas ou cela interessait Minorites.org. L’article est sorti dimanche, et il reflete bien le fond de ma pensee depuis des annees sur le sujet. J’ai relu, corrige, reecrit et evite les pieges du precedents ou l’ecriture rapide se traduit par de nombreuses erreurs de debutant, impardonnables. Ce n’est pas le cas ici, je reussi meme presque a etre concis. Vous trouverez le texte en cliquant ici.

    Je vous laisse avec l’album photo.

    De Tokyo,

    Madjid

  • Kamakura, premieres fleurs

    Kamakura, premieres fleurs

    J’avais oublie ces photos, les voila. Prises le 13 fevrier 2011 avec mon SD15 tout frais revenu de maintenance, j’etais un peu inquiet et ce n’est que depuis quelques jours que j’ai de nouveau confiance a l’auto-focus. Mon appareil souffrait, ou bien etait-ce l’objectif, de “back-focus”, a savoir qu’il evaluait mal la distance et, a 50 cm, creait un decallage d’environ 10cm. Bref, vous imaginez, a 10 metres, cela faisait 2 metres… Corrige desormais.

    Je ne poste que quelques photos sur les 280 que j’ai prise ce jour !

    De Tokyo,

    Madjid

  • Minorités 71 | Israël : le péché européen

    Minorités 71 | Israël : le péché européen

    Paru dans la revue Minorites.org Dimanche 27 février 2011
    En parcourant le net, on rencontre assez souvent cette focalisation tiers-mondiste sur la question Palestinienne, et on y lit même que les insurrections en Afrique du Nord sont le début d’une sorte de rédemption universelle qui va abattre les méchants… Ce qui se cache derrière beaucoup de têtes est en fait la question Palestinienne! Les prises de positions des uns et des autres rendent le message assez clair. Alors chiche, puisque le Proche-Orient est à la mode, parlons-en! Et nous sommes au bon endroit, en France: car le droit des Palestiniens n’est pas une question Arabe, c’est avant tout une question Européenne… 

    Les Palestiniens n’ont rien fait pour mériter ce qui leur arrive, être dépossédés de leurs maisons, de leur quotidien, de la terre de leurs ancêtres. Tout d’abord, parce qu’on ne fait pas cela à des gens. « Gens», c’est le terme que Montesquieu utilise quand il énumère ce que peuvent être des universaux du droit, et le droit des gens est le premier: ne pas avoir peur d’être tués pour le simple fait d’exister. Ensuite, parce que les Palestiniens n’ont jamais mis des gens dans des fours, une de ces expressions du « génie » européen.

    Il y a donc quelque chose d’amoral à ce que l’Europe soit incapable, pour cause de sentiment de culpabilité, de se montrer plus ferme, plus exigeante, dans la revendication de principes simples concernant le droit des Palestiniens, principes que par ailleurs elle proclame haut et fort, au risque de les tourner elle-même en dérision par sa politique.

    Cela étant écrit, revenons à la situation créée avec la création d’Israël en 1948 dans les conditions que l’on sait. Il y a un droit à interroger une occupation de type européenne, unilatérale et non négociée, imposée par la force, c’est à dire un fait colonial (qui ne remet pas en cause l’existence d’Israël mais qui interroge les conditions dans lesquelles Israël a été créé, c’est-à-dire la colonisation Européenne, la Shoah, ainsi que la guerre froide, le monde Musulman ayant prouvé dans son histoire qu’en matière de relation avec les Juifs, c’était l’Europe qui avait une sérieuse leçon à apprendre…) comme il y a un droit à interroger tout autre fait colonial, toute autre occupation et le droit de tout autre peuple. Ni plus, ni moins. Droit des Tibétains à réclamer leur état ainsi qu’une condamnation des crimes contre l’humanité opérés par la Chine. Droit des Indiens d’Amérique Latine, droit des populations musulmanes massacrées en Côte d’Ivoire, droit des Chrétiens massacrés au Soudan… Ce ne sont pas les Évangiles, la Bible ou le Coran, ce monothéisme culturel, alpha et omega officiel, sans cesse rabâché par les médias pour expliquer les événements, qui définissent les zones sensibles, prioritaires, les guerres.

    C’est la négation des droits élémentaires des gens.

    Penser mondial

    Ainsi, à l’heure du net et de la communication, il est plus important que jamais de penser mondial. Et de remettre les évènements à leur juste place. Les Tunisiens comme les Égyptiens, dominés par des cliques militaro-financières, ont les mêmes droits que les autres à aspirer à un peu de bonheur, à maîtriser le destin de leur pays, à contrôler leurs dirigeants. Les évènements des dernières semaines sont une manifestation de ce ras le bol de régimes corrompus. Rien de plus, rien de moins.

    Si d’un côté la clique tiers-mondiste piaffe à la vue de ces soulèvements « rédempteurs », on constate de l’autre côté que certains intellectuels agitent désormais le « péril islamiste », trop conscients que des démocraties au Proche Orient rendraient plus urgente une remise à plat de toute la région, frontières, relations commerciales, et par conséquent une acceptation par Israël de la réalité palestinienne, ce que les politiciens populistes au pouvoir à Tel Aviv sont incapables de réaliser: ceux qui ont, verbalement, participé à l’assassinat de Isaac Rabbin pour éviter cette révision, ceux qui ont fait pourrir Arafat sous les bombes alors qu’il était un quasi-chef d’Etat, continuent d’entretenir dans la population israélienne l’idée d’une exception israélienne ainsi qu’un imaginaire du Palestinien qui vacilleraient si les régimes alentours se démocratisaient.

    Savoir que les Égyptiens des différentes classes sociales ont manifesté au point de gagner une manche contre le pouvoir corrompu, que la revendication continue de porter sur la nature du régime et pas la politique extérieure, cette tarte à la crème longtemps servie aux populations pour les détourner des questions qui importent, sont la preuve d’une très grande maturité politique. On n’en est que plus étonné du malaise des BHL et autres Finkielkraut qui partout ailleurs sont prompts à dénoncer les atteintes aux Droits de l’Homme, et qui soudain préfèrent presque la corruption des dictatures Proche-orientales au pari démocratique. On inclue souvent à tort Alexandre Adler dans ce concert, mais ce dernier est plutôt une sorte de porte parole de la CIA, sur laquelle il calque toutes ses positions. En 2003, vantant la modération de l’Iran, au moment où l’administration Bush cherchait un allié à Téhéran. Et puis sa volte face devant la « tyrannie islamiste » de Téhéran, qui « finance le terrorisme ». Ou alors ses « espoirs de paix » au Proche Orient vers 2000, et puis son admiration pour Sharon et accusant Arafat après la provocation de l’extrême droite israélienne sur l’Esplanade des mosquées. Écoutez-le, quand il évoque son passé maoïste. À chaque fois, cela précède ou suit une prise de position du conservateur pro-américain qu’il est.

    BHL, Finkielkraut, Israël et les dictatures arabes

    Chez BHL ou Finkielkraut, on est plus généralement dans le registre de la malhonnêteté partisane. On fait plein d’émissions pendant quinze ans pour rappeler que les régimes arabes sont des dictatures et que c’est difficile pour Israël de faire avec. Et quand les foules manifestent contre les tyrans, les voilà presque, comme la Chine si chère à Alexandre Adler, à soutenir les tyrans. Il faut dire que cela fait vingt ans qu’ils accompagnent le glissement à droite de la société israélienne sans broncher et en la justifiant. Alain Finkielkraut voit ainsi du communautarisme « islamiste » partout, mais passe également son temps à vanter ce qui distingue, en bien, le judaïsme.

    Curieuse contradiction: je pense qu’à Minorités, on préférerait nettement qu’il défende l’expression des différentes religions, le droit à la différence, le multiculturalisme, puisqu’il est persuadé de la particularité de la sienne, ce qui est son droit le plus pur: nous sommes démocrates, nous. Hélas, il a fait un choix inverse, persuadé qu’une approche multiculturelle conduirait la France à être plus critique à l’égard d’Israël. Ses prises de positions récentes en font désormais presque un théoricien du nouveau populisme européen d’extrême droite, mêlant la peur de « l’islamisme » à des considérations d’ordre moral sur un danger multiculturel et égalitaire. Un curieux parcours.

    Je n’aime guère m’exprimer sur les Palestiniens. En fait, je n’aime pas le faire car je sais que plus de la moitié des lecteurs vont me dire que j’en parle parce que je suis aussi d’origine algérienne.

    Alors que le problème du Proche-Orient touche à l’histoire de l’Europe, aux pogroms, aux ghettos, à l’étoile jaune créée au 13e siècle par le « bon roi Saint-Louis », à l’affaire Dreyfus, aux camps d’extermination. Jamais les Musulmans n’auraient pu concevoir une « solution finale », alors que le Christianisme s’est bâti, entre autres, dans son rapport au judaïsme, accusant très tôt les Juifs d’avoir tué le Christ. Jamais les Musulmans n’ont envahi un territoire pour y massacrer 80 millions d’habitants en l’espace de 50 ans comme le fit la Chrétienté au 16e siècle en Amérique du Nord…

    Or, les intellectuels anti-Palestiniens accusent les Musulmans des crimes que les Européens ont, eux, commis à travers l’histoire: massacres à grande échelle, anti-sémitisme, discriminations, etc. Voilà pourquoi, sous cet angle de l’histoire européenne, il apparait que la question du droit des Palestiniens à leur patrie est avant tout une question européenne et non pas arabe.

    Gros déni occidental… sur nous-mêmes

    Il est plus pratique pour les Européens, les Américains, de ne pas interroger leur histoire en soutenant la dérive solitaire et paranoïaque d’Israël, que de regarder leur responsabilité en face et d’avoir le courage de constater que tant la colonisation puis l’expulsion des Juifs de la Palestine au début du premier siècle, que leurs exterminations permanente au cours de 20 siècles d’histoire jusqu’à l’apothéose dans l’abomination, l’extermination à échelle industrielle des Juifs dans les années 1930-1940 (assortie à l’extermination des malades mentaux, des infirmes, des homosexuels, des Gitans ainsi que l’emprisonnement des opposants, la destruction en place publique de livres interdits et « enjuivés », l’endoctrinement des enfants et leur utilisation à des fins d’espionnages ou des buts politiques, l’enlèvement de femmes norvégiennes et leur insémination dans le but de régénérer la race, toutes choses que les musulmans n’ont jamais faites), sont responsables des conditions de vie actuelles des Palestiniens, payant ainsi la facture d’une réalité historique qui ne leur appartient pas. Le conflit Israélo-Palestinien est avant tout un problème lié à l’histoire coloniale, religieuse, politique de l’Europe.

    Voilà ce qui est donc le plus intolérable quand les journalistes, chroniqueurs et « intellectuels » (antipalestiniens ou autres) font de la « géopolitique monothéiste » (la tarte à la crème du « prochain conflit qui sera entre Juifs et Musulmans, puis entre Musulmans et Chrétiens »), c’est qu’en donnant une lecture religieuse centrée sur le monothéisme, on détourne le regard des réelles responsabilités, on fait de ce conflit un conflit important, vital, comme inspiré par une autorité supérieure. Dieu. Alors qu’il est avant tout un conflit parmi d’autres, et qui trouve sa source dans l’histoire des hommes, des guerres, des massacres et des décisions politiques.

    Cette lecture religieuse du conflit conduit à des manipulations dans les représentations qui sont devenues aujourd’hui des vérités, démenties pourtant par les faits et par l’histoire. Il y aurait ainsi « toujours eu un conflit entre les Arabes et les Juifs » (que dire de Bagdad et de Cordoue…). Les musulmans constitueraient une menace pour le monde libre en ayant des valeurs incompatibles avec le respect des droits de l’homme (que l’on pense à Aristote, qu’ils étudiaient quand en Europe on l’interdisait). Les Palestiniens seraient un peuple fanatisé (repensons au blocus de Gaza). Tous mensonges qui masquent de fait l’histoire tristement sanguinaire d’une Europe esclavagiste, antisémite et colonialiste.

    Un espace de civilisation à construire

    S’il est donc un espace de civilisation qui doit commencer à changer son regard et son attitude vis-à-vis des Palestiniens, c’est avant tout l’Europe, et non les pays arabe-musulmans qui se trouvent aujourd’hui à gérer un problème dont ladite Europe s’est joyeusement débarrassée en leur faisant porter la responsabilité et en trouvant dans un soutien inconditionnel à Israël un moyen d’oublier l’antisémitisme qui l’a définie pendant 20 siècles.

    Aux peuples du Maghreb, Tunisiens et Égyptiens, Algériens qui sait demain, de faire la fête en pensant enfin, un peu égoïstement, à leur propre destin, à leur bonheur d’être redevenues des nations comme le proclame la Déclaration des Droits de l’Homme, à savoir une envie de vivre ensemble et de choisir un destin commun. Et aux Européens de s’interroger sur leur responsabilité afin d’oser enfin parler clairement à Israël: il ne peut y avoir de paix sans un État Palestinien, il ne peut y avoir de paix sans liberté de circulation entre les deux États, il ne peut y avoir de paix sans respect mutuel, chose dont les nouveaux leaders israéliens semblent totalement incapables. Et il ne peut y avoir d’Europe sans reconnaitre que la sécularisation dont elle chante les louanges comme autant d’exigences adressées aux pays musulmans, doit commencer en son sein par une acceptation sans ambiguité de sa réalité multiculturelle, produit de son histoire si troublée, une réalité où l’islam a autant sa place que le christianisme, le bouddhisme, la libre-pensée ou le judaïsme.

    Une Europe qui continuera à se rêver blanche, chrétienne et à regarder le monde comme une donneuse de leçon, ignorante de son histoire, décadente car incapable de se réinventer, voyant du péril islamiste partout, est, dans le concert fantastique des peuples du monde dont nous avons encore vu ces dernières semaines le visage magnifique inspiré par la liberté, condamnée à disparaitre.

    Madjid Ben Chikh

     

  • Promenade de Yushima a Yanaka, dimanche 20 février

    Photographiees avec mon Sigma SD15 dont le focus est maintenant repare et fonctionne correctement. Developpe en automatique dans Sigma Photo Pro, aussi, ne m’en voulez pas, ces photos sont parfois “ameliorables”, mais le developpement prend beaucoup de temps.
    Bonne promenade.
    De Tokyo,
    Madjid

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  • Minorités 68 | Du Caire à Tokyo via Washington

    Minorités 68 | Du Caire à Tokyo via Washington

    Paru dans la revue Minorites.org Dimanche 06 février 2011
    J’habite au Japon depuis 2006. Un pays loin de tout, sentiment que renforce cette obsession de la télévision à ne parler que de ce qui touche de près au Japon, ou plutôt à l’idée que se font les journalistes de ce qui touche de près au Japon. Autant dire que les troubles sociaux et politiques traversant l’Afrique de l’Ouest, le Maghreb et le Machrek depuis quelques mois sont regardés à travers le prisme déformant de l’insularité, de la distance (nous sommes quand même à au moins 10.000 kilomètres de tout cela), du filtrage médiatico-nationaliste des médias. Moi-même, je ressens cette distance et, quand j’entends que certains d’entre vous ont regardé, étonnés, la télévision jusqu’à trois heures du matin, ma première pensée a été de me dire que ce devait être l’heure où je terminais mon petit déjeuner.

    Définitivement, le monde s’inscrit de là où on le regarde. Ainsi, je n’ai guère ressenti d’émois par chez vous quand la Corée du Sud a été attaquée il y a deux mois par la Corée du Nord, subissant plusieurs pertes civiles. Cela ne vous a guère interpelé, et pourtant, la Corée du Nord est une puissance militaire. Nous, ici, on a été un peu inquiet. Pareillement, les arraisonnements de bateaux de pêche vietnamiens, cambodgiens, thaïlandais et japonais par des bateaux chinois, souvent protégés par des escortes militaires ne semblent pas vous émouvoir outre mesure. En entendez-vous seulement parler?

    Vous me direz que c’est loin de chez vous, et je vous excuserai de votre indifférence. Pardonnez donc la notre quand nous ne voyons pas bien ce qui se passe de par chez vous. La Thaïlande a bien connu de terribles affrontements il y a deux ans, j’hallucinais de ne voir cette actualité traitée par chez vous que sous l’angle des pauvres touristes bloqués à l’aéroport et craignant pour leur vie.

    Pourtant, dès qu’il s’agit d’une crise majeure du monde monothéiste, il est quasiment impossible d’y échapper. Le monothéisme se pense l’histoire et la centralité, donc, tout ce qui traverse ce monde là DOIT être regardé, espéré ou craint par le reste de la planète, pourtant majoritairement polythéiste. On parle souvent d’européocentrisme, et c’est vrai que c’est quelque chose qui existe, mais il me semble que nous assistons depuis une trentaine d’années à une extension de la centralisation pensante dans une sorte de monothéismocentrisme. Tout ce qui arrive entre chrétiens, entre musulmans, entre chrétiens et musulmans serait fondamental, serait l’alpha et l’omega de la paix universelle ou de la fin de l’humanité. Cet état de pensée s’accompagne souvent de tartines civilisationnelles. On parle des Arabes ici, même s’il s’agit de Tunisiens ou d’Egyptiens, et on parle là d’Occidentaux, même s’il faut avouer que de Stockholm à Lisbonne en passant par Dubrovnik et Paris et jusqu’à Washington on définit un ensemble bien disparate et dont les responsabilités eu égard à la colonisation sont extrèmement différentes quand elles ne sont pas parfois totalement inexistantes.

    Vivre au Japon m’a appris à me méfier de ces grands ensembles et des centrantes autoproclamées qui enferme les peuples dans des destins qui ne sont pas les leurs mais obéissent à des phantasmes politiques, que ce soit le tiers mondisme ou l’universalisme. Le monothéisme n’est pas le centre du monde. L’Occident est un mythe qui n’existe pas. Et l’Egypte ou la Tunisie, tout comme l’Algérie, ne sont pas des pays arabes. Pas plus que la mission de l’Europe n’était de civiliser le monde, ce grand mythe de la bourgeoisie destiné à masquer sa soif de débouchés coloniaux, la mission des peuples du sud, en particuliers musulmans, est de régler son compte à un méchant Occident ou au vilain capitalisme.

    Les peuples du sud ont des aspirations qui sont les mêmes que celles des peuples du nord. Ne pas avoir faim, ne pas craindre d’exprimer un désaccord, ne pas avoir peur de la guerre, avoir le droit de douter de l’existence de(s) dieu(x) ou pouvoir lui (ou leur) rendre hommage sans être lapidé ou exclu de la communauté. Avoir le droit de bâtir leur propre bonheur de la façon qui leur chante. Les Tunisiens, ces Berbères descendant de Carthage, le berceau d’Athéna, n’ont pas exprimé autre chose face à un pouvoir qui les réduisait à l’obéissance politique pour mieux assouvir les ambitions économiques d’une clique corrompue. Les Égyptiens, ces descendant d’un des berceaux de civilisation méditerranéenne, ne font rien d’autre quand ils descendent dans la rue au péril de leur vie. Dans un cas comme dans l’autre, ils sont d’abord fatigués de vivre une vie qui n’en est pas une et à laquelle, comme ces jeunes manifestant Kabyles il y a 11 ans, ils préfèrent encore la mort.

    La centralité de l’Occident? Heum…

    Ce qui est étonnant, c’est de voir que, jusqu’ici, ces événements ne sont marqués par aucune des grandes liturgies manipulatrices en cours dans les 50 dernières années. On n’accuse ni Israël, ni les USA, ni la France. Je ne dis pas que les peuples en mouvements disculpent d’anciennes puissances coloniales ou ne pensent pas à la façon dont les USA ont régimenté la région. Mais ce n’est pas ce qui les meut. Et à ce titre, c’est un des aspect les plus positifs: pendant 50 ans, les gouvernements totalitaires du Proche Orient ou du Magreb ont utilisé Israël ou la colonisation comme les catalyseurs des foules destinés à éluder leur propre responsabilité dans l’état de délabrement des sociétés qu’ils dominaient avec leurs régimes militaires. Ils y pratiquaient ce mix étrange du conservatisme religieux d’un côté, et la chasse aux religieux qu’ils ne parvenaient pas à contrôler. Voilà que la foule, en rejetant en vrac la chasse aux responsables extérieurs, se réapproprie la parole et l’espace public au point de faire vaciller des régimes que l’on croyait inébranlables.

    Et c’est là que je reviens à ce que j’écrivais sur la centralité. L’Europe et les USA s’intéressent à ces événements parce qu’ils concernent l’espace de civilisation monothéiste. Et que chacun y greffe un imaginaire, des grilles de lectures où se mêlent religion(s), aspirations et revanches politiques, ce qui est beaucoup trop demander à des peuples qui ne fantasment pas un révolution, ni ne bâtissent des théories mélangeant sentiments d’échecs politiques et culpabilisation petit blanc : ils risquent leur vie en faisant une révolution, ils veulent juste que leur quotidien change.

    Et ils sont nombreux sur la planète, ceux qui aspirent à ne serait ce qu’un peu de mieux. Un peu de mieux politique, un peu de mieux social.

    Tester sa puissance et les technologies

    Depuis le 11 septembre 2001 et le 21 avril 2002, je ne regarde plus la télévision ni ne m’excite pour ce qui est sensé être important médiatiquement. Parce qu’après le 21 avril, on nous a fait voter pour l’artisan, depuis le début des années 80, de la puissance du Front National, en déclenchant une panique totalement artificielle fabriquée médiatiquement. Quand les USA ont envahi l’Irak en 2003, je me souviens de mes amis qui répétaient mots pour mot les mêmes mots, l’armée américaine s’enlise, alors qu’on en était qu’au troisième jour. Mais tel était le message Chiraco-médiatique dicté par le groupe pétrolier Total-Elf qui serait un des perdants de cette fantastique avancée américaine dans la région.

    Pour ma part, depuis la première guerre du Golfe, je pense que, contrairement à l’armée anglaise, l’armée américaine ne se bat pas pour gagner. Elle se bat pour démontrer sa puissance, subventionner son industrie et sa recherche, tester des équipements et désorganiser des ensembles politiques (j’ai été frappé de lire la même idée chez George Friedman dans The Next Hundred Years). Bref, depuis plusieurs années, je mets le frein sur les coups de projecteurs médiatiques. Je salue le courage des peuples en lutte, mais j’essaie de garder la tête froide.

    En gardant la tête froide, on constate des chose intéressantes dans les événements en cours. Le nouveau vice président Egyptien Omar Souleiman a travaillé pour la CIA. Il ouvre un dialogue avec Les Frères Musulmans, une organisation politico-religieuse financée depuis 50 ans par l’Arabie-Saoudite et la CIA, alors que les Frères Musulmans ne sont qu’une composante parmi d’autres de l’insurrection en cours. Enfin, un autre opposant est Mouhammed El Baradei, ancien directeur de l’AIEA. C’est intéressant de voir une telle coalition pro-américaine. D’ailleurs, les USA soutiennent l’opposition. Ne me faites pas dire ce que je n’écris pas, mais l’historien que je suis est obligé de regarder aussi cet aspect des choses.

    Les terres d’espoirs déçus

    Et j’en arrive à mon sentiment personnel. J’ai adoré l’article de Maxime Journiac, rapportant les propos de son ami Choukri. Si ma part française a un penchant pour les révolutions, ma part maghrébine est terriblement prudente. Bien sûr, les tiers-mondistes vont chanter à tue tête à la vengeance, etc. Mais pour ma part, je ne suis pas tiers mondiste. Je ne regarde pas le Maghreb comme un puit de misère. Mais comme un espace de civilisation brillante pendant des siècles, ayant connu un décrochage comme cela arrive dans toutes les civilisations, en attente d’un renouveau. Je vous l’ai écrit au début, je ne crois pas à la supériorité d’aucun centre ni d’aucune civilisation. Bref, ce qui est le centre aujourd’hui, peut très bien être la périphérie demain. L’inverse est donc tout aussi valable. Le Maghreb, riche de son histoire, est également riche de potentialités formidables. Cette agitation (il est beaucoup trop tôt pour voir des révolutions) est la manifestation d’une maturité nouvelle de ses peuples. Or, nous, au Maghreb, sommes terres d’espoirs déçus. Si changement il doit y avoir, nous voulons que ça marche, car les révolutions fatiguent ceux qui les font, et par conséquent, ils n’en font pas souvent. Qui ne se souvient pas des espoirs nés, en octobre-novembre 1988, quand le pouvoir du parti unique FLN avait chancelé.

    Et puis le pouvoir avait organisé son face à face avec les islamistes, étouffant tout le reste de la société civile pourtant incroyablement créative et combattante. Au point d’organiser cette farce des élections municipales d’abord, puis législatives ensuite, en faisant tout pour que la population, apeurée par la quasi-insurrection islamiste, se jette dans les bras du FLN. Et puis la clique militaire qui reprend les reines, et puis les démocrates abattus. Et de nos jours, de nouveau le FLN qui tient tout, qui a profité du terrorisme pour privatiser le pétrole, le cuivre, le gaz, tout cela à son profit. Une population appauvrie malgré la manne pétrolière des années 2000, un taux de chômage incroyable. Comment, en regardant les masses s’insurger, ne pas songer au printemps algérien ? Une Algérie qui elle aussi, à son tour, rentre dans le mouvement de contestation…

    Je n’attends rien du tout de ces troubles. Mon imagination laisse carte blanche aux peuples en lutte pour tracer eux même leur chemin. J’espère juste que les démocrates, les syndicalistes, sauront taire des divisions de pacotille pour constituer le front commun qu’ils ont été incapables de créer en Algérie où, au contraire, ils se sont divisés. Qu’ils sauront tracer les contours de démocraties pluralistes débarrassées de l’exclusion des forces politiques issues de l’islam politique. Non pas parce que j’aime les islamistes, au contraire. Mais à force de financement saoudien extérieur, de répression intérieure, ces courants sont devenus des réalités avec laquelle nous devons compter. De la capacité à créer cette alliance des démocrates, des syndicalistes et de la rendre suffisamment ouverte dépendra la qualité de la transition démocratique, et l’impossibilité pour une nouvelle clique de l’utiliser à son profit comme ce fut le cas en Algérie dans les années 90.

    Alors, bonne chance.

  • Troisieme generique

    Troisieme generique

    Le generique de la troisieme chaine de l’ORTF est mon prefere. Il y flotte un parfum de modernite pompidolienne, rigide et guindee, “contemporaine”, qui contraste avec le cote pimpon gaulliste de la deuxieme chaine et la reminiscence d’une epoque lointaine fleurant bon les lampes qui chauffent des annees trente du generique de la premiere chaine de l’ORTF, appelee tout simplement ORTF Television. Ce qui est interessant, d’ailleurs, c’est de voir, ou plutot ecouter la musique de la premiere chaine. Il y a comme une espece d’audace dans cette melodie a la modalite imprecise qui me fait penser a ces films de Cocteau des annees 40, quelque chose de sombre qui s’illumine seulement sur la fin, une audace d’apres-guerre, quoi. La deuxieme chaine, elle, renvoie a un conservatisme qui je pense n’a aucun egal en Europe a cette epoque. On trouve sur Youtube des videos des generiques d’ouverture britanniques, c’est a en etre jaloux. Comme, par exemple, celui qui fait bing bong dans ma tete a chaque fois tant j’ai pu non seulement l’entendre, mais aussi desirer l’entendre, annoncant Benny Hill, l’autobus a imperial, Poigne de fer et seduction, Thriller, Chapeau Melon et bottes de cuir, et tous ces feuilletons que j’aimais dans mon enfance et qui m’on preparer a devenir le quasi Britannique que je suis,

    Anyway. Ce soir, donc, troisieme generique. La nuit derniere, ca a ete un peu difficile, j’ai traverse un semi sommeil entrecoupe de semi-reveils. Cela etant, je me suis leve a 9 heures sans difficultes quand j’avais prevu de me lever a 9 heures trente. Ne vous meprenez pas : en general, je reviens du travail vers 11 heures du soir, et se coucher apres avoir mange n’etant pas tres bon, je me couche generalement vers 1 heures, deux heures. Par exemple, en ce moment, il est deja minuit et demi. 9 heures est tardif, mais ce n’est du qu’a ce medicament, je me donne le temps de m’y habituer.
    Mon heures de reveil naturelle serait plutot sept heures trente. Une heure que j’aime beaucoup car je suis alors pret a 9 heures, et j’ai donc ma matinee devant moi, meme si je donne un cours particulier vers 11 heures. Le medicament est, jusqu’ici, bien passe, pas de cauchemards, pas de suee. Quelques demangeaisons, je dois donc etre attentif de ce cote la : c’est aussi un des effets indesirables dans les premieres semaines.
    Ce matin, je suis alle a Yodobashi Camera rapporter mon appareil photo Sigma SD15 a cause du probleme de back focusing. Trois semaines sans appareil. Je suis ressorti frustre, un peu enerve par la situation. Bon, toutefois, le specialiste Sigma du magasin a teste l’appareil et a reconnu que la mise au point etait defaillante. Ben oui, a un metre, se gourer de 10 cm, a 10 metres, il se goure en gros d’un metre. J’ai pris a Kyoto des photos d’un groupe de petits lapins en tissus, tout mignons, j’ai rephotographie 5 fois, c’etait toujours le lapin de derriere qui etait net. Enfin, j’espere qu’ils vont me le rendre impeccable. C’est bete car l’appareil est rapide, fait des photographies magnifiques, mais l’incapacite a mettre au point, ca rend toutes les qualites obsoletes ! Je suis optimiste, toutefois. Mais ca refroidi. Non ? Il me reste mon DP1 en attendant.
    C’est etrange, parler photos, parler traitement, quand le monde est en ebullition entre Alger et Damas, que Ben Ali est parti et que Moubarak s’accroche et que 8 jeunes se sont immoles a Alger. Bien sur, que je trouve cela fantastique. Mais en ce moment, c’est du cote financier que je regarde a nouveau. Comme vous le savez si vous me lisez, je ne crois pas du tout que le monde soit en crise : avec une croissance mondiale de plus de 4,5% cette annee, on fait bien bien mieux que dans les annees 60, et les profits sont a un point maximum. Bien sur, cette croissance est tres inegale, et cette fois-ci, desole pour vous, ce n’est pas en Europe ou aux USA, mais en Afrique, en Amerique latine et en Asie que la croissance est forte. Par chez vous et par chez moi, ce serait plutot du declin qu’une crise economique. Du coup, la bourgeoisie de ces pays en declin profite du monde deregule que les politiciens qu’elle genere, qu’elle appuie ou qu’elle coache lui ont prepares pour placer leurs capitaux ailleurs, la ou est la croissance. Le resultat est une abondance de capitaux incroyable en Chine, en Coree, en Thailande, au Bresil… Ces pays avaient pris, il y a deux ans, des mesures de relance destinees a compenser la perte d’activite dans les pays “riches” (par chez nous). Cela veut dire une surabondance de capitaux, doublee de taux d’interets tres bas et du credit en forte expension. Les premiers signes de “surchauffe” commencent a se manifester. On entend par “surchauffe” une croissance desequilibree generatrice d’inflation. A l’epoque social-democrate, c’etait le moment ou on augmentait les impots, la croissance ralentissait tout en conservant des taux d’interet bas qui encourageait les entreprises a investir. L’etat, lui, remplissait ses caisses, les deficits etaient rares, a l’epoque keynesienne, entre 1945 et 1980, et n’etaient que transitoires. Nous ne sommes plus du tout dans cette epoque la. De nos jours, on est obsedes par les baisses d’impots, qui enrichissent les plus riches et concourent a generer des bulles, totalement inexistantes a l’epoque keynesienne, en gros jusqu’a Thatcher et Reagan. Les pays “emergeants” n’ont donc pour seule ressource qu’une augmentation des taux d’interet. Le probleme de cette strategie est que si on les augmente beaucoup, on ne met pas fin a l’afflut de capitaux etrangers, au contraire : aux USA, les taux sont a presque 0%, en Europe autours de 1% bref, si la Chine ou la Coree montent leurs taux a 5% pour calmer l’economie, pour sur, il va y avoir beaucoup de gens qui vont y placer leurs economies, des swaps, etc Cet afflut de capitaux va rendre les banques assez laxistes car elle auront un bon ratio de solvabilite. Elle vont donc preter pour construire des immeubles, des maisons, acheter des actions, etc, generant une hausse des biens appelee “bulle”… Que pour une raison ou une autre les taux soient un jour un peu trop haut, et le mouvement de hausse sera stoppe, et ce sera la baisse. Les banques centrales baisseront leurs taux d’interet pour calmer la pression, et cette fois, ce seront les capitaux etrangers qui partiront (s’investir dans un autre eldorado, qui sait l’Espagne et l’Irlande, les USA, la France ou le Botswana). Les banques auront alors une chute de leur ratio de solvabilite (avoir / prets). Les prix des biens baisseront transformant les investissements en dettes, immeubles vides et faillites. C’est le Japon de 1990, les USA de 2006 (je dis 2006 car, vous deviez vous interesser a autre chose comme les emeutes en banlieue a l’epoque, c’est a cette epoque que la volatilite sur les CDO, la baisse sur le marche immobilier, ont commence).
    On parle beaucoup de “bulle chinoise”. C’est plus complexe. Il y a un afflut de capitaux vers tous les pays emergeants qui, en fait, ne savent pas trop comment gerer cette situation.
    Il y a eu aussi, la semaine derniere, la decote de la dette japonaise, un autre truc que je suis de tres pres depuis deux ans, avec ses 220%. Cela m’inquiete fort car, contrairement a l’idee acquise qui veut que les Japonais ont plein d’economies qui permettent de financer et la dette, et le deficit, le tout renforce par un solide commerce exterieur, JE SAIS que c’est faux. Les banques ont utilise cette epargne en sous jacent de ces fantastiques projets immobiliers du centre, immeubles de bureux aux prix faramineux, renforces par la hausse du yen, et a moitie vide, et que les entreprises desertent pour aller s’installer ailleurs, a Singapour ou Hong Hong, ou cla coute moins cher et ou les infrastructures publiques ainsi que le bilinguisme sont autant d’atraits que le Japon ne possede pas, tant ses elites national conservatrices, heriteres des nationaliste fascistes des annees 30 ont faconnent un pays replie sur lui meme et qui ne voit le monde qu’a travers ses propres oeilleres avec pour resultat qu’ils n’ont pas vu venir la montee en puissance de Taiwan et de la Coree, qu’ils n’ont pas encore compris que l’Inde et la Chine sont desormais de grandes puissances qui toutes chassent sur ses terres en terme d’innovation et de qualite. Pire, ce repli du Japon a transforme les avances technologiques en retard. Le Japon ambitionne ainsi de devenir le hub financier de l’Asie… quand ses marches sont ouverts de 9 heures a 11 heures trente, puis de 12 heures 30 a 15 heures trente alors que toute la region trade 24 heures sur 24 avec des heures d’ouverture de 9 heures a 17 heures.
    Que la bulle chinoise vienne a se degonfler, et c’est tout le commerce exterieur japonais qui s’effondre. Que le commerce exterieur s’effondre, et il ne restera que la dette. Que la dette soit bien evidente, et tout le monde comprendra que l’epargne des Japonais a ete depensee, grace aux derivee, deux fois, trois fois, dix fois, que sais-je. Et le Japon fera faillite. Je l’ai deja ecrit, et la degradation de la note se passe exactement dans les temps. Jun, pour la premiere fois, le week end dernier, m’a cru a ce sujet. Et si le Japon fait faillite, vous allez le sentir passer, car le Japon a des avoir a l’etranger, et que ces avoir seront la seule de ses garantie pour restructurer sa dette. Et ce sera un element de plus pour creer de la deflation par chez vous. Et jusque dans ces pays qui font des revolutions en ce moment, avec les consequences que je vous laisse imaginer sur les processus de democratisation.
    Bon, nous n’en sommes pas la du tout. Apres tout, peut etre que les 5 millions de maison vides pas encore mises sur le marche americain trouveront preneur avant que leur prix ne s’effondre et que les banques soient obligees d’enregistrer les pertes puis repercuter les baisses dans les CDO correspondantes, voire ne les fusionnent ou ne les ferment. Peut etre que le gouvernement chinois instaurera une taxe sur les capitaux entrant, creera une securite sociale qui freinera les investissements etrangers et refroidira l’economie en douceur en la tirant par la satisfaction des besoins des chinois et non la construction d’une tour de 900 metre de haut,
    Bref, quand vous tous regardez les pays mediterraneens d’Afrique du Nord (arretez donc, au passage, de dire arabes, sinon, je vais vous faire dans le romain, car il n’y a pas d’arabes, entre l’Egypte et le Maroc, les Arabes, ils sont plus loin, dans le desert), je vous comprends, et moi aussi, ca me touche. Mais je sais que la bataille pour les matieres premieres va s’intensifier a la mort dans les 10 prochaines annees. On vient de voir, a la surprise generale, la Chine presque defendre le regime de Moubarak, car la Chine a besoin du Canal de Suez pour acheminer ses marchandises, elle a besoin du petrole. Qui sait si la crise ne va pas rapprocher la Chine et les USA, nous evitant une guerre entre les deux, en tout cas a moyen terme, mais sans exclure une reprise en main avec l’aide des Freres Musulmans controles par l’Arabie Saoudite ? A cette soif de matiere premiere qui de toute facon broira les peuples, a moins que dans les pays developpes les peuples se solidarisent, ce a quoi je ne crois pas tant la culture materielle et l’egoisme social ont fait de progres ces vingts dernieres annees, (on veut bien se solidariser si ca ne remet pas en cause les niveaux de vie), s’ajoute donc cette extreme fragilite financiere d’un monde ou le credit et ses derives creent une energie qui fait tourner le systeme de facon absurde en nous faisant courir le risque d’un effondrement, reel cette fois, a un horizon d’une dizaine a une quinzaine d’annee…
    Je delire ? Oui, peut etre. Pour ma part, je n’ai en tout cas jamais ecrit que les derives garantissaient des crises financieres comme 99% des economistes gerants d’asset managements. Ni meme en 2008, quand ces memes economistes ecrivaient que tout allait s’ecrouler, moi, j’ecrivais que des la seconde moitie de 2009, on reviserait les previsions de croissance a la hausse. J’ai meme, au moment du pic de la crise grecque l’an dernier, quand la bourse se cassait la figure, envoye un mail a un ancien collegue, pour lui dire qu’on franchirait 4000 sur le CAC (on avait chute de 3800 a 3300 et on parlait d’un effondrement de plusieurs pays…) a la fin de l’annee : je le confesse, je me suis trompe de 15 jours, on les a franchi il y a deux semaines.
    Quand je vous dis que certains signes m’inquietent, si vous lisez ce blog depuis longtemps, vous devriez delaisser le ronron mediatique des revolutions (une revolution, ca se fait, ca ne se regarde pas a la tele en fantasmant un verre a la main), et aller regarder les sujets dont je vous ai parle dans ce billet. C’est pas pour cette annee, mais le decors est pose. Et le Japon est une piece maitresse du decrochage a venir.
    De Tokyo (justement)
    Madjid

  • Entre premier et deuxieme générique

    Entre premier et deuxieme générique

    C’etait la nuit derniere que j’ai pris mon premier generique. J’ai donc laisse un message sur Facebook pour mes amis. Stephane a laisse un message, ce qui m’a donne l’occasion de preciser un peu comment je me sentais ce matin.
    Debut de citation.”Reveil a 4 heures du matin apres un reve adorable, vraiment mignon comme je n’en fait que tres rarement, laissant une impression de bonheur. Mais sitot reveille, sensation d’etre drogue, pensees super molles, sensation que ca me monte a la tete par vagues “rondes”, comme des oscilations. J’essaie de dormir mais n’y parviens pas, ma tete me semble lourde dans le coussin, je tourne et me retourne, mon cerveau qui fabrique des formes lumineuses arrondies un peu comme on en a apres avoir regarde une lampe trop longtemps. Je me redresse pour voir comment ca fait. C’est du fort, je pense. Sensation de malaise, je veux que ca s’arrete tellement je me sens drogue, mais je me dis que c’est comme ca… A ma grande surprise, je me suis vite rendormi. Deuxieme reveil vers 6 heures/ 6h30, cette fois, je me sens lourd mais la sensation est plus gerable. Je me leve, bois un verre d’eau, me recouche et me rendors. Mes yeux se sont ouverts a 9 heures, je reste un peu au lit, puis me leve. Vague sensation de fatigue, mais rien de dramatique. Je me coucherai plus tot ce soir.
    Je m’attendais a nettement, mais alors vraiment nettement pire. Sachant que les effets maximums se manifestent en debut de traitement, si c’est dans cet ordre la, ca va (…)
    Mon precedent traitement etait passe sans aucun effet si ce n’est, tres rarement, le pieds un peu engourdis. Pas meme les yeux jaunes. La, j’avoue, c’est du dur. J’avais lu des trucs dans divers forums, il y en a qui ont arrete des la premiere prise.
    Moi, je suis enveloppe dans un reel sentiment de bonheur depuis quinze jours car avoir interrompu mon traitement, ne pas avoir les moyens d’y avoir acces m’inquietait profondemment. Hier soir, en avalant la gelule, rose, enorme, j’etais en fait extremement content, meme si ca represente un truc, un passage, et que je redoutais le pire cotes effets secondaires. A J+1, malgre mon cote engourdi et une nuit perturbee, je suis encore plus heureux. Notamment, qu’il existe des generiques d’un medicament developpe recemment.” Fin de citation.

    Cet apres-midi, comme pour me prouver a moi-meme que tout allait bien, je suis aller donner ma lecon a Kyobashi en velo. 50 minutes aller, 50 minutes retour, dans le froid et sous le soleil. A l’aller comme au retour, joie de voir le Fuji, le soir sous un ciel rouge magnifique. J’ai pense a Yann qui prenait l’avion pour la Thailande a peu pres au meme moment.
    Hier, avec Jun, tres belle promenade d’hivers de Kiba a Nihonbashi en passant pas Kyosumi. La promenade habituelle que vous pouvez regarder dans le diaporama joint. Bon, ca va etre l’heure d’aller me coucher apres etre passe par le deuxieme generique… Demain soir, je vous epargnerai peut etre la video relative au troisieme generique, meme si j’avoue que c’est mon prefere, le plus “croissance”…
    De Tokyo,
    Madjid