Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Un rêve etc…

    Un rêve etc…

    C’est le matin, et je suis fatigué… (écrit dans le train vers 8 heures du matin, non terminé)
    Je commence ce matin à 9 heures et quart, ce qui veut dire que je dois prendre le train vers 7 heures 45 si je veux avoir la marge nécessaire pour ne pas arriver en retard, les transports ont parfois d’inexplicables ou de tragiques retards.
    La nuit dernière, hélas, je ne suis pas parvenu à bien dormir. Rêve étrange et fantasmagorique pour le premier, véritable hallucination. Je ne me souviens plus exactement de l’histoire, ce devait être un rêve très normal. Mais soudain, l’avion qui décollait (je dis “l’”avion car cela me semblait très naturel) et qui devait atterrir sur une très très très haute tour Eiffel, illuminé, au même moment où celle-ci déployait un immense drapeau noir dont il me semblait être à l’origine, drapeau qui se déployait au vent, de plus en plus grand, commença à me faire craindre un accident que ça en devenait étouffant, provoquant cette accélération du rythme cardiaque qui me réveilla brutalement au même moment où je constatai que l’avion était parvenu à atterrir sans problème au troisième étage de la tour en contournant très habilement l’immense drapeau, lâchant dans l’air une sorte de symphonie de jouets transparents et colorés à la fois, magnifiques et dans lesquels, dans le demi-sommeil dans lequel je me retrouvai désormais je prenais plaisir à nager, c’était un peu comme les bulles du Perrier sont sur dans la bouche, et je me réveillai enfin, le coeur à la chamade, un peu inquiet d’une telle excitation, et en même temps cherchant encore cette soudaine sensation de bonheur et de plénitude. Les joies du Sustiva… Jun m’a appris depuis qu’à la même heure il y a eu un tremblement de terre shindo 4 à Chiba)
    J’ai mis un peu de temps à retrouver le sommeil. C’était surtout le rythme cardiaque qui m’inquiétait. Et puis finalement je me suis rendormi. Quand mes yeux se sont rouverts, c’était encore au milieu d’un rêve. J’ai alors compris que ma nuit était fichue, et qu’il faudrait aller travailler quand même. C’est un peu ma faute, tout ça, j’ai grignoté avant de m’endormir, et ce n’est pas (du tout) conseillé.
    Je dormirai mieux ce soir, comme on dit.
    Et puis ce rêve, la tour Eiffel et l’avion, et le grand drapeau noir… J’aime interpréter les rêves. Il est temps de viser haut, très haut, et d’être ambitieux… De prendre des risques avec moi-même, et d’avoir du courage.
    JE DOIS CHANGER DE TRAVAIL.
    Je ne suis pas à ma place où je suis. Voilà ce que mon rêve disait. Je crains toujours de me tromper, c’est moi qui me mets moi-même des obstacles. Il faut dire que la vie de mes parents n’a pas été particulièrement rose. Mais justement, je ne suis pas eux… Je me suis endormi sur du provisoire, il est temps de m’envoler. Je ne vous dis pas que je vais réussir, je vous donne l’interprétation de ce rêve, ce qu’il me dit de moi-même, de mes pensées profondes, de mon inconscient. Et je comprends que l’Atripla, ou en tout cas le Sustiva qu’elle contient, soit déconseillée aux dépressifs. Cela doit être fichtrement inquiétant, communiquer avec le plus profond de soi-même. Car si je vous ai fait la lecture positive de ce rêve, c’est parce que j’ai appris à le faire, j’ai transformé une montée de dosage médicamenteux en ce bien être dans lequel j’ai pu me réveiller en (relative) douceur. Je vous éviterai les commentaires sur ce drapeau noir car il me faudrait faire alors le récit de mon analyse. Mais ce qui est intéressant, c’est que dans ce rêve, malgré une forte crainte que l’avion s’écrase à cause de quand il se déployait, il n’en a rien été et l’atterrissage a même été incroyablement discret, doux, logique. Et le drapeau était toujours là, il était juste (re)devenu un grand drapeau flottant au vent. En velours, je crois. C’est pour cela que je me suis réveillé heureux. Délivré.

    Je vous dois un correctif. Il ne change pas le fond de mon billet d’il y a deux jours, mais j’y ai fait une erreur importante.
    Le 29 avril était le jour de l’anniversaire de l’Empereur Shôwa jusqu’à sa mort en 1989. Par la suite, cette journée est devenue Jour du vert(みどりの日). En 2005, une loi a été votée qui fait du 29 avril un jour de commémoration (記念日) de l’empereur Shôwa. Le jour du vert a été repoussé au 4 mai. L’habitude s’est conservée de parler du 29 comme du jour du vert, mais c’est juste un usage. Je remercie Arnaud et Djamel pour leurs commentaire. Mon erreur ne change rien au petit cours d’histoire que je vous ai fait, mais en revanche, lui retire sa pertinence pour ce jour précis.
    Jun et moi sommes allés au sanctuaire Meiji regarder du gagaku (voir le diaporama sur Flickr en appuyant sur la photo). Pour Jun, c’était la première fois, pour moi, la deuxième. Nous avons croisé une cohorte de nationalistes (ce n’est pas le jour de Shôwa pour rien), mais c’était tout de même extrêmement beau. Le temps était ensoleillé quoi que nuageux par moments. Nous sommes ensuite allés à pied jusqu’à Shimokitazawa. Il y avait encore des cerisiers en fleurs dans le parc de l’université de Tôkyô (l’université y a un très grand campus, encore plus grand que celui de Bunkyô). Et puis nous sommes rentrés. À la maison, nous avons regardé un épisode du feuilleton Taiga de cette année, Gô, mais vraiment, rien à faire, c’est certainement le plus mauvais jamais réalisé. Les actrices affichent 30 ans au compteur quand elles sont sensées en avoir entre 8 et 15 ans.
    A suivre,
    Madjid

  • Enfin le grand beau temps

    Enfin le grand beau temps

    Ça y est. C’est fini. Terminé. L’hiver est enfin définitivement derrière nous.

    Ce matin, j’ai ouvert grandes toutes les fenêtres, j’ai sorti les couettes, je les ai mises au soleil. J’ai lavé du linge et l’ai mis à sécher au soleil, il y a du vent, il sera bien frais. Les chemises ont séché en trente minutes… Et puis pour la première fois cette année, j’ai enfin pu, toutes fenêtres ouvertes, entre-fermer les stores. Une lumière estivale a alors envahi la maison, cette pénombre lumineuse que j’adore… La météo s’annonce clémente pour les prochains jours, et demain, ainsi que la semaine prochaine sont fériés. La Golden week.
    Pointer du doigt l’hypocrisie sous-jacente du calendrier japonais.
    Si officiellement demain est みどりの日, jour du vert, que certains guides et japonais vous présenteront comme une date aléatoire permettant de fixer des jours fériés, il s’agit en réalité de l’anniversaire de la naissance de l’empereur 昭和 (Shôwa), plus connu en occident sous le nom de Hiro-Hito, l’empereur qui entraina le Japon dans l’aventure nationaliste, totalitaire, impérialiste et génocidaire des années 30/ 40 et qui mourut en 1989. Je n’ai rien contre le fait de fêter la naissance des empereurs, d’autres pays le font également. L’actuel empereur, 平成 (Heisei), est lui fêté le 23 décembre et cela ne (me) pose aucun problèmes. Mais si l’on doit fêter les empereurs morts, pourquoi ne pas également fêter 大正 (Taishô), qui régna avant Shôwa, ou 明治 (Meiji), qui régna avant, après avoir restauré l’autorité impériale et assuré la transition du Japon dans le monde contemporain. Cela serait plus judicieux que fêter, comme cela se fait en février, l’empereur 神武 (Jinmu), sensé avoir créé le Japon en -660, ce qui est historiquement faux, impossible, et n’est soutenu que par les politiciens d’extrême-droite.
    Je pense que vous voyez où je veux en venir.
    Oui, les élites qui ont présidé aux destinées du Japon après la seconde guerre mondiale sont les mêmes que celles qui l’y ont conduit. Et elles se sont efforcées, par touches successives, de distiller toujours un peu plus de leur idéologie nationaliste. On fête donc une mythique fondation du Japon et la naissance de l’empereur Showa. L’hymne japonais, officiellement désigné comme tel vers 1997, est le même que celui du Japon belliciste, et est un encensement des vertus de dévotions à l’empereur, ce qui est pourtant anti-constitutionnel. Il y a longtemps eu des Japonais qui refusaient de s’incliner devant le drapeau et de se lever quand résonnait l’hymne officiel, et la presse comme l’opinion allaient dans ce sens, mais récemment, des enseignants ont été suspendus pour cette raison sans que cela ne soulève l’opinion, au contraire. Le lessivage nationaliste par petites touches opère bien. Il est aisé, au Japon, de nos jours, de nier les crimes de guerre, mais il est quasiment impossible de les dénoncer, sous peine d’être menacé par les yakuzas et sans trouver de protection de la police. La NHK déprogramme ainsi régulièrement des émissions, et mes étudiants parfois me parlent de certains sujets à voix basse en regardant autours. Au pays du contrôle social, les murs ont des oreilles et, qui sait, elles parlent peut être même le français…
    Donc, demain, ce sera la “journée du vert”, comme l’appelle le calendrier menteur, et la semaine prochaine, nous enchaineront trois jours successifs de congé.
    Un peu partout flottent ces grands cerfs volants en forme de poissons colorés que l’on attache aux toits des maisons pour la “fête des enfants”, symboles bien plus gentils et pacifiques que ces armures médiévales exposées à la maison pour ce qui était autrefois la fête des garçons. C’est intéressant de voir comment, à l’époque Meiji, les vertus guerrières jusqu’alors, comme dans toutes les sociétés, réservées à un petit groupe, au Japon les samurais, ont été utilisées et inculquées dans toutes les couches de la société afin d’assurer l’efficacité du contrôle social et politique des masses. C’est cela que les américains ont laissé en place.

    Ils n’ont pas compris que les Japonais sont maitres de changer la forme sans toucher au fond. Or, ce fond était de création récente, inspiré de l’Allemagne Bismarquienne. Ils ne s’attaquèrent qu’à l’apparence, le culte officiel de l’empereur divinisé construit sous Meiji pour assoir une autorité impériale affaiblie et oubliée depuis près de 700 ans de pouvoir militaire de plus en plus centralisé et administratif (encore plus si on considère le pouvoir sans borne des premiers ministres Fujiwara à partir du Xe siècle), et délaissèrent ce qui constitue l’âme même de l’esprit japonais, l’importance accordé au Geste. Ils ne purent donc saisir quels pourraient être les gestes qui perpétueraient le culte d’un empereur totalitaire divinisé. D’années en années se sont glissés ainsi des “gestes” en apparence anodins, mais qui représentent tous pris dans leur ensemble l’armature du Japon nationaliste. Prenons la journée de la “date de Fondation du Japon”, attribuée à l’empereur Jinmu citée plus haut. Non seulement cet empereur n’existe pas, non seulement il remonte la fondation du pays à une date où il est strictement impossible qu’il ait été créé (permettant d’assoir un discours de prédominance sur d’autres civilisations), mais en plus cette date est de plus en plus considérée d’une grande importance. Quel contraste avec la très grande discrétion accordée à la journée de la Constitution, laquelle, dans l’ordre des choses, devrait revêtir l’allure de fête nationale.

    Mais voilà.
    La constitution démocratique approuvée par referendum en 1946, produit de laborieuses négociations entre l’entourage de l’empereur, les forces américaines d’occupation et la gauche japonaise (qui voulait aller plus loin et envisageait de juger l’empereur pour les crimes commis en Asie et contre le peuple japonais), a très vite été considérée par la droite japonaise comme un produit d’importation. Toute l’histoire politique du Japon depuis 1945 est l’histoire d’un lent grignotage des acquis sociaux, des acquis politiques et syndicaux. Parmi les procédés, faire du jour de promulgation de la constitution un simple jour férié, et d’une journée prise de façon aléatoire selon une méthode de calcul héritée de la Chine des Han une date fondamentale relève d’une manipulation politique majeure. Les jeunes Japonais, s’ils ignorent quand est le 憲法の日, n’ignorent en rien ni l’hymne japonais hérité du Japon Impérial, ni la journée “de la fondation du Japon par l’empereur Jinmu”.
    Nous fêterons donc demain l’anniversaire de l’empereur Showa, sous les auspices de la verdure…
    Certains, bien entendu, me reprocherons une obsession régulière sur cette question. Ce n’est pas une obsession, c’est une exigence. S’il n’avait que ses crimes pour lui, je haïrais ce pays, je haïrais ce peuple, je haïrais cette culture. Mais justement, comme l’Allemagne, les crimes commis par le Japon sont une exception durant sa longue histoire. Pour faire du mauvais Montesquieu, j’aurais presque envie de dire qu’il fait trop chaud au Japon pour faire la guerre. Bien sûr, il y a eu des guerres civiles sanglantes, mais rien de bien exceptionnel, le même type de guerre que chaque pays connait durant un processus d’unification politique. Et dans le cas du Japon, comme il s’agissait d’une île, le processus ne pouvait s’achever qu’une fois l’île totalement soumise à un pouvoir central, ce qui fut fait avec les Shôgun Tokugawa, au début du XVIIe siècle. Vous me direz, l’Angleterre. Mais dans le cas de l’Angleterre, l’installation des Saxes a été très sanglante, et par la suite, la domination d’un groupe “Français” a eu tôt fait d’unifier l’aristocratie. Mais il me semble bien que l’on pourrait compter la guerre de cent ans parmi les épisodes de guerre civile anglaise, malgré le fait qu’elle prit place hors d’Angleterre : nombre de seigneurs de France suivirent Edouard III, et d’autres épousèrent la cause des Plantagenets, comme l’Aquitaine. Seule une guerre pouvait départager les contradiction de ce qui aurait pu devenir un Royaume unique partagé par une mer, et qui n’était pas une guerre d’invasion, mais une contradiction majeure du droit féodal. Il fallut toute la ruse d’abord, puis les talents de légistes (les aristotéliciens de l’Université de Paris en particulier), pour bâtir une légitimité nouvelle qui prendrait, en France, l’apparence de l’Etat et de sa permanence à travers ses institutions et l’impôt : il est incroyable de voir que l’unification s’est refaite suite à l’”aventure Jeanne d’Arc”, aventure qui a permis le sacre de Roi devenue la clef de voûte d’un édifice constitutionnel désormais solide et sacré. Ce n’est pas la guerre, qui a défait les Anglais, c’est l’état.
    Pour le Japon, quand l’unification fut réalisée, les Tokugawa bâtirent un état. C’est seulement à cette époque que, pour assoir leur autorité, ils esquissèrent ce qui deviendraient le culte impérial. Cependant, au même moment, ils désarmèrent les militaires et firent des samurais de simples serviteurs armés. Le Japon n’est donc pas plus le pays des samurais que la France est le pays des chevaliers. Leurs valeurs, leur code d’honneur ne pénétrèrent pas la société.
    Le Japon est traditionnellement un pays de pêcheurs et d’agriculteurs, le développement des villes généra une classe de marchands et le besoin de luxe des puissants fit fleurir l’artisanat. Le kabuki raconte à merveille ces monde mais à aucun moment on n’y trouve une généralisation des valeurs guerrières. Seuls les samurais y sont des samurais. Les marchands s’y éprennent de courtisanes et ruinent leur famille avant de se suicider, seuls ou avec leur belle, ils y sont parfois bannis par leur famille pour la même raison. Les courtisanes y sont, elles, amoureuses ou calculatrices : elles meurent alors assassinées avant que leur amant ne se tue, déshonoré. On a écrit que Chikamatsu était le Shakespeare Japonais, et c’est vrai. Et justement, lire et voir Chikamatsu, c’est comprendre l’âme des villes de ce pays avant le grand lavage de cerveau opéré à la fin du XIXe siècle.
    Alors, seulement à ce moment là, avec l’aide de l’école et de la conscription, naquit ce nationalisme particulier, qui fait que “les fruits japonais sont les meilleurs”, “le riz japonais est différent”, “l’Empereur est un Dieu”, etc, qui a la vie dure et dont on dirait que rien, aucune réalité, aucune évidence ne vient le remettre en cause. On vous dira ici que les Chinois et les Coréens n’aiment pas les Japonais, “à cause de la guerre”, mais très peu auront connaissance de ce qui fut accompli par les nationalistes au temps de l’empereur Showa, épandage du bacille de la peste sur des populations civiles pour voir comment ça fait, expérimentations médicales sur des civils, greffes de têtes, de jambes, injections de produits divers, viols de 200 à 300 milles femmes coréennes déportées au Japon et offertes aux soldats comme “femmes de réconfort”. Les Japonais n’ont pas été en reste, en tant que victimes. Assassinats politiques inaugurés par l’assassinat du premier ministre en 1931, assassinats et enfermements de syndicalistes, socialistes et communistes, censure des écrivains et des cinéastes, guerre bien sûr, et on pourrait compter les morts de Nagasaki et Hiroshima parmi les victimes du nationalisme.
    Si tout cela cessa à la libération, qui fut accueillie en fait en triomphe par une population délivrée par une défaite, après que les médias et l’état se soient obstinés à parler de victoire quand Tôkyô brulait sous le napalm, les vieilles méthodes resurgirent dès les années 50. Les yakuzas purent aider à casser les grèves, nombreuses, et on (re)commença à accuser la gauche d’anti-national. L’esprit du temps était pourtant encore à la démocratie, la guerre était trop proche. Mais quand la forte croissance commença à produire ses effets, la jeune génération de Baby boomers se contenta de travailler et consommer. L’élite, elle, verrouilla progressivement les médias. Le Japon est aujourd’hui un pays amnésique de son histoire, de sa propre culture. C’est à travers quelques gestes simples que l’élite a réinstallé petit à petit sa propre vision. Obéir. Respecter les dieux du Japon et aller au sanctuaire. Ne pas parler de l’empereur. Le shintô officiel a gagné. La religion d’autrefois a presque disparu de partout.
    Demain, nous fêterons un mensonge. Journée du vert, qu’il s’appelle. Moi, j’irai me promener au soleil.
    De Tokyo,

    Madjid

    AJOUT
    On m’a envoye ce commentaire sur le みどりの日, qui a ete deplace en 2007 au 4 mai. Merci pour les deux commentateurs de ce billet. Aujourd’hui est bien, donc, officiellement, le jour de l’empereur Showa.
    “Juste une petite precision, depuis 2007 みどりの日et昭和の日 sont bien distincts. En 1989, a la mort de l’empereur, il devint impossible de feter le 天皇誕生日 car l’anniversaire du nouvel empereur etait le 23 decembre (tres logique me diras-tu), on decida donc d’appeler ce jour 昭和記念日 ou un truc dans le genre, mais l’opposition s’y opposa (encore logique) et on adopta le terme passe-partout みどりの日. Cependant, par la suite de nombreux textes de loi furent proposes pour separer ces deux jours feries (celui de 昭和 et de みどり) cela passa a l’assemblee en 2005 pour devenir effectif en 2007. On fete donc desormais みどりの日 le 4 mai. Ouais !!! Ca pourrait etre une occasion pour fumer de la “bonne verte” sur les pelouses de shinjuku-gyoen mais ce ne sera pas demain la veille.
    Voila, desole pour cette eclaircissement un peu tordu,
    Djamel”

  • En noir et blanc, tout en nuances

    En noir et blanc, tout en nuances

    (lundi 25 avril après-midi) J’ai comme vous pouvez le voir totalement réorganisé ce blog. La tentation WordPress était très forte, mais un argument, parmi les commentaires, l’a emporté, en tout cas pour le moment. La terrible lenteur de chargement des pages. Et puis un autre, bien entendu, qui est la perte de toutes les indexations sur le net, mais que j’étais prêt à contourner en pratiquant le double blog pendant un certain temps. Et puis finalement. De bidouillages en tripatouillage, je suis arrivé à une solution très convenable, qui est un retour à la dominante noir et blanche, simple, de base, élémentaire. Je ne peux plus voir de couleurs sur mon blog, je les ressens comme de la saleté, elle ne s’harmonisent pas, elle brouillent les lignes, je veux quelque chose de clair. Pour la couleur, il y aura toujours assez de place sur Mon Blog de Garçon, un espace que j’avais créé avant le séisme et que j’ai délaissé depuis et où j’aimerais vous montrer de petites babioles, des boutiques et des objets. Mon côté fille, en quelque sorte. Pas des trucs pour otakus, pas des trucs pour amateurs de jeux ou de cosplay, non! Des poupée, des textiles, des kimonos, des fleurs, beaucoup de fleurs, plein de fleurs, et puis des boutiques avec des trucs pour les filles, sacs, foulards ou chaussures. Pas des trucs à la mode, mais des objets faits à la main, comme les japonaises les affectionnent, et que l’on trouve souvent dans de petites boutiques aménagées au rez de chaussée de maisons très banales, vraisemblablement le passe-temps d’une femme au foyer devenu artisanat. J’adore ces magasins. Voilà, la couleur, je la rangerai là, en attendant de la réinviter sur ce blog quand l’envie m’en reviendra.
    De la couleur, vous en trouverez aussi quand je vous proposerai de cliquer sur une photo. Je vous l’offrirai en plus grand format, et en couleur si je pense que la couleur lui apporte quelque chose. Vous en trouverez aussi sur Flickr où je continuerai de vous faire visiter mes quartiers favoris. Mais je pense ne plus poster le diaporama Flickr sur ce blog car c’est du Flash, et Flash, ça ne passe pas sur iPad, et ça mange plein de ressources sur votre ordinateur. Et puis je sais aussi que beaucoup parmi mes lecteurs me lisent grâce à des flux, que ce soit sur Netvibes ou sur Facebook, et que les diaporama ne passent pas. Un lien sera bien plus utile.
    Voilà les grands changements du week-end, les grands changements du printemps, avec un mois de retard, maintenant que le séisme est entré dans l’histoire et que le quotidien a repris ses droits. Hier, la grande promenade dominicale a été un vrai moment de bonheur. Le soleil au zénith et le ciel bleu, la lumière, tout concourait à donner au vert des feuillages et aux fleurs cette sensation de printemps tant attendu et qui nous a fait défaut jusqu’ici. Je n’oublierai jamais le froid qui s’est installé dans l’après-midi du 11 mars, comme si le temps avait voulu, lui-aussi marquer le temps de son emprunte. Les habitants du nord ont alors vu la désolation se doubler d’une autre désolation, hivernale et glacée celle-là, de façon inattendue, il commençait avant à faire si beau…
    Nous avons donc fait notre grande promenade de Kiba à Nihonbashi. C’est une sorte de promenade rituelle quand on ne sait pas trop quoi faire ni où aller, le dimanche. Mince, je n’ai pas regardé la destination, mon train est un express… Au loin, je peux voir Sky Tree et j’espère secrètement que son inauguration symbolisera un renouveau, même si je n’y crois pas trop… En tout cas, de loin, se détachant sur le ciel oranger du couchant, elle est élégante, cette nouvelle tour de Tôkyô. Elle ne présente pas la forme élancée et audacieuse des nouvelles constructions gigantesques des pays où l’économie est en plein ou boom, mais au contraire, malgré ses 633 mètres, elle a quelque chose de modeste, de trop robuste. Elle n’innove pas, elle est simplement très haute. Voilà pour elle un bon point, elle est une base de départ, et non le point d’arrivée d’une quelconque bulle immobilière. Que voulez-vous, j’ai appris à l’aimer, cet arbre du ciel. Et je vous avoue pourtant, en en voyant les maquettes il y a trois ans, avoir ressenti une certaine déception…
    (mardi 26 avril matin) Grand beau temps aujourd’hui aussi. Hier, ça a été assez étonnant, vers midi, le ciel est devenu tout noir et nous avons eu d’abord beaucoup de vent, puis de la pluie très forte avant que le tonnerre ne se décide à frapper. Et puis le vent a continué à souffler, et puis le ciel s’est dégagé. Le printemps est à Tôkyô une saison très instable, mais quand l’éclaircie pointe, on s’aperçoit que c’est encore plus vert, et que le ciel est encore plus lumineux. J’aime le Japon de mars à novembre. C’est comme un long épisode de chaleur et de verdure. Les matsuri reviendront ils…
    Dimanche, lors de notre promenade, nous avons pu constater à quel point, malgré les apparences, le tremblement de terre a été violent a Tôkyô. Dans le jardin Kiyosumi où nous sommes allés, par exemple, les grandes “lanternes” (en fait un statuaire représentant les 5 éléments) étaient presque toutes à terre (elles sont en photo dans l’album Flickr). Nous avions constaté cela auparavant. Mais surtout, en marchant dans la ville, nous avons constaté que beaucoup d’immeubles ont tellement bougé que leur base est craquelée au niveau du sol, qu’ils sont en quelque sorte descellé. Ce n’est pas grave car à priori les fondations ne sont pas atteintes, mais cela donne une idée. Parfois, ici ou là, une fissure, ou bien un coin qui a craqué et quelques centimètres sont tombés.
    Partout pourtant, flotte un parfum de “normale”. Le choc a enfin été absorbé et le jardin Kiyosumi était rempli de visiteurs dont, parmi eux, pas mal de Chinois, preuve que l’épisode est maintenant très loin. Il reste bien Fukushima, mais les vents soufflant vers le nord ouest jusqu’à septembre, nous n’y pensons plus trop. Je me contente, comme toujours, de vérifier l’origine des aliments. Mais la radioactivité à Tôkyô a retrouvé son niveau d’avant crise il y a une semaine et demi, et même auparavant, depuis le 23 mars, le taux était cette élevé par rapport à la normale, mais très en deçà de ce qu’il peut être dans d’autres endroits. Avec une différence bien sûr, la présence de particules dans l’air…
    Mon directeur d’école avait fermé l’école pendant une semaine. Il a en conséquence retenu la différence sur le salaire. Longue conversation avec Yann hier soir au téléphone, je me sens vraiment berné. Je peux comprendre les circonstances, mais il n’y a pas eu une seule discussion à ce sujet (juste un email), alors que les étudiants peuvent suivre des leçons de rattrapage. J’ai eu un emploi du temps très chargé la semaine dernière. Et ce que je n’apprécie pas est de n’être pas payé pour le jour du séisme alors que j’ai assuré une présence, et que j’ai fait l’effort d’aller travailler le lendemain malgré ma très longue marche au retour, ce que d’autres professeurs n’ont pas fait. Ma conclusion est, bien entendu, multiple. D’abord, si un autre séisme de produisait, je partirai immédiatement en laissant élève et école en plan. Ensuite, je me reposerais le lendemain. Quelle différence cela ferait il puisque mon attitude professionnelle n’a pas été reconnue ni récompensée. Telle est l’évolution de la société. Corvéables. Les expatriés ont, eux, été rapatriés au frais de leur société bien souvent, on été payés, sont passés à la télévision avec leur têtes enfarinées des mauvais jours, et ont donné de la France une image incroyablement détestable que salue le nouvel épithète de Flyjin, mélange de “étranger” et de “fly” bref, les fuyards, épithète servant à designer principalement les Français. Nous, qui sommes restés, subiront l’épithète, et avons déjà subi les conséquences en terme de travail, de salaire. J’ai lu des témoignages de jeunes qui travaillaient dans le tourisme et qui subissent de plein fouet les annulations de voyage. Je peux comprendre que l’on aie un peu peur de Tôkyô, même si je vous assure qu’ici tout est normal. Mais annuler les vacances dans l’ouest a quelque chose de ridicule : le niveau de radioactivité à Kyôto est un tiers de ce qu’il est à Paris, le savez-vous ? Et pourtant, les annulations frappent son secteur hôtelier de plein fouet. Quand donc les gens, les journalistes, en particuliers, apprendront-ils à lire une carte, à mesurer les distances, afin de comprendre que Kyôto est à 800 kilomètres de la centrale de Fukushima, protégée par des montagnes et surtout situé à un endroit tel qu’il est quasiment impossible que les vents y parviennent… Mais non, les rumeurs ont la vie dure et celle du Japon petit pays se marie très bien à la communication de crise ratée de l’ambassade ainsi qu’au sensationnalisme d’une certaine presse. Pourtant, si vous faites une recherche Google avec l’épithète Flyjin, vous comprendrez qu’un mal a été fait, et que le France mettra des années à s’en remettre.
    Ce blog étant changé, je vais essayer de continuer sur la même lancée. Je veux reprendre le sport et perdre du poids, mon objectif étant d’être en forme au réveil, vers 6 heures du matin, car j’ai beaucoup de travail personnel. Mon traitement, lui, passe très bien, même si il y a trois jours, je me suis couché une heure après l’avoir pris, testant ainsi les mêmes effets indésirables de nausée et de tête qui tourne.
    Pour les fans des tendances de la mode japonaise, apprenez que la marque Earth, music and ecology a décrété que cette année, les femmes seront habillées comme les vieux Anglais. La tendance beige-sac à patate a encore de beaux jours devant elle…
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Hésitation… Et envie de renouveau…

    Hésitation… Et envie de renouveau…

    En me promenant hier sur le net, je suis tombé sur quelque chose de très intéressant. Pas une information, non, un gadget, un gadget design. Un truc que propose WordPress. Et qui m’a tout de suite emballé. Peut être si vous suivez mon blog depuis longtemps vous souvenez vous que l’an dernier et pendant quelques mois j’avais basculé ce blog sous WordPress. Avant de revenir sur Blogger. Sous WordPress, j’avais ressenti très rapidement une nostalgie pour Blogger. Les deux plateformes sont en effet assez différentes. Je vous parle, bien entendu, de la plateforme .com de WordPress, celle qui offre un service tout compris comme le proposent d’autres plateformes, dont Blogger. L’autre WordPress est extrêmement souple, mais nécessite de trouver un hébergeur et est donc très couteuse.
    Je me pose de nouveau la question d’une nouvelle bascule de mon blog sur WordPress. Vous m’excuserez ce long bavardage, mais j’ai besoin de mettre au clair les avantages et les inconvénients des deux plateformes.
    Le point le plus important de Blogger est, définitivement, sa très grande souplesse alliée à la gratuité du service. Blogger a été je pense, pour les blogs, pour beaucoup, l’équivalent de Apple pour les ordinateurs. Alors qu’il y a six ou sept ans les autres plateformes proposaient un service fait parfois de lignes de codes, de feuilles html, de logiciels d’une lenteur incroyable ou bien de services hébergés aux mises en page criardes, Blogger offrit dès le départ une plateforme simple, rapide, offrant d’intéressantes possibilités de personnalisation sans nécessiter une seule fois une ligne de code mais en offrant au contraire des modèles sobres, simples. Un blog Blogger est, depuis le début, un blog où on veut revenir, soit pour le lire, soit pour y écrire. Exactement comme Apple, en dédramatisant l’usage par une interface simple donnant accès au html, beaucoup, comme moi, commencèrent à s’aventurer dans les codes pour personnaliser. J’ai appris à y gérer les couleurs à l’époque où ce n’était pas encore possible de façon simple, à y gérer un fond, et puis par la suite, installer la lightbox, ce truc qui vous permet de regarder les photos en cliquant dessus. La plateforme a évolué et de nos jours on trouve beaucoup de choses, des gadgets, comme ceux que vous voyez pour Twitter ou Facebook, des animations Flash, pendules et autres diaporama. Ainsi que de magnifiques modèles adaptés de WordPress.
    Et c’est précisément là que le bas blesse. Pour avoir un joli modèle, il faut avoir recours à un hébergeur car les jolis modèles nécessitent des extensions vers un site extérieur pour y mettre les images qui composent le modèle, ces menus défilants, ces fonds de fileurs et motifs particuliers. Bref, à moins d’avoir un hébergeur extérieur, on reste cantonné à ce modèle si sobre dont on aimerait pourtant, parfois, sortir un peu. Bien sûr, on peut mettre une photo de fond, mettre de la couleur, mais l’impression générale est que, globalement, on revient toujours au même blog après lui avoir mis une petite couche de maquillage. D’où mon retour au blanc. J’ai tenté le titre, avec de la couleur, mais j’en suis dors et déjà lassé. Que faire…
    WordPress est une plateforme totalement différente. En .com, les possibilités de personnalisations sont réduites à l’extrême. Mieux, c’est interdit dans le règlement, au cas où payait l’option d’accès au CSS (la page html, en gros). Cette option ne permet que d’avoir accès à certaines options de couleur, largeur de page, mais il est interdit, par exemple, d’y mettre les lignes de code pour une lightbox. Car si une lighbox n’est en fait que quelques lignes de code en “Javascript”, ces lignes renvoient à un hébergeur extérieur. Et ça, c’est rigoureusement interdit. La raison invoquée est que ces quelques liens peuvent être des failles de sécurité et aider le hacking de la plateforme et de ses serveurs. Alors, de la même façon que la lightbox est interdite, les diaporama Flickr sont interdits. Il fut même un temps où les vidéos YouTube étaient interdites, mais ils ont trouvé un système qui garanti la sécurité de leurs serveurs et l’accès à YouTube.
    Peut être avez vous noté au passage qu’il fallait payer pour avoir accès au CSS! Oui, la grande différence avec WordPress est que la plupart des options sont payantes. Par exemple, si comme moi vous possédez votre nom de domaine, si vous voulez l’utiliser avec votre blog WordPress, alors, vous devez payer. Ce n’est pas cher, ce ne sont que quelques dollars, mais vous devez payer.
    Le vrai atout de WordPress, ce sont ses modèles. Depuis mon retour sur Blogger, je n’ai cessé de regretter l’élégance du modèle que j’avais utilisé sur WordPress. Ainsi que la possibilité de concevoir le blog non pas comme un simple blog, mais comme un véritable site puisque la réalisation de pages est illimité et qu’il est possible d’accéder au site non pas directement par le blog, mais par une quelconque autre page, faisant du blog un élément parmi d’autres d’un univers plus complexe, plus complet. Et c’est précisément ce que je recherche, et qui m’a conduit à multiplier les blogs…
    Je suis tombé par hasard sur un site WordPress il y a quelques jours. J’utilisais mon iPad, et j’ai eu la surprise de constater que ce blog s’utilisait comme on utilise Flipboard, du bout des doigts. J’ai fait une recherche et cette option est offerte sur tous les blogs WordPress. Cette option m’a fait repenser à WordPress, à ce qui m’avait conduit à en partir, ce qui pouvait me conduire à y revenir. Ainsi que les ennuis inhérents d’une telle bascule, ceux que j’avais expérimentés l’an dernier, à savoir un grand nombre de lecteurs qui n’avaient plus accès à mon blog car leur bookmark, le flux RSS ne fonctionnaient plus.
    Pour les vraies questions, c’est du côté des options, de l’impossibilité s’insérer des diaporama or, j’en ai usé et abusé récemment…
    De Tôkyô,
    Madjid
  • Tout en fleurs : c’est enfin le printemps!

    Tout en fleurs : c’est enfin le printemps!

    Allez, on oublie les soucis, les secousses plus espacees mais bien presentes. Et ces nouvelles qui commencent a circuler sur le net japonais ou les Japonais commencent a s’etonner que les informations donnees en japonais sur le site de TEPCO different des informations en anglais, ou abondent des photographies qui ne paraissent pas au Japon.
    Et on profite enfin de cette couleur qui sied si bien a ce pays. Tout ici redevient vert. Non pas vert normal, mais ce vert de lumiere. Plus au sud que la France, la lumiere est a Tokyo, en avril, la lumiere de mi-juin a Paris. Et quand arrive mai, c’est un peu juin dans mes yeux. Mon corps, mes sensations revivent au contact de cette couleur. Longue promenade hier de Iidabashi a Kagurazaka puis, toujours a pied, jusque Koishikawa Shokubutsuen. Mini-picnic, sieste. La temperature estivale de samedi, est retombee dimanche et le vent se faisait presque froid, qu’importe. Les fleurs des cerisiers laissent place a un abondant feuillage qui s’accorde aux erables deja bien verts desormais.
    Les azalees, elles, commencent a fleurir dedans leur feuillage tonifie, vert vif. Tout revit, et le chant des oiseaux emplit la ville quand on s’eloigne des grands axes. Tokyo est une grande ville de province, faite d’une myriade de villages tous plus calmes les uns que les autres, entrecoupes de grandes arteres bruyantes. Ici, c’etait Bunkyo, un arrondissement assez aise, une sorte de 15e arrondissement. Pas grand chose mais on y vit bien, a l’abris du regard indiscret des passants, dans son jardin, protege par un mur. On est loin des quartiers populaires et de ces rues vivantes debordantes de vegetation que j’aime tant, mais cela reste bien agreable, surtout quand le soleil est de la partie.
    Bonne promenade.

    Pour regarder l’album, c’est ici

    De Tokyo,
    Suppaiku
  • Penser et panser

    Penser et panser

    Le métro. Il fait chaud. La nuit, je dors mal, je me retourne, je me réveille et me rendors. J’ai chaud. Le matin, les yeux qui s’ouvrent, il est trop tôt mais c’est trop tard. Je ne me rendors pas. Je reste là, à demi éveillé. Je ne veux pas me lever. J’attends. Je l’attends, mais depuis deux jours elle ne vient pas. La secousse. La nuit je fais des rêves étranges et déconstruits dont j’ai du mal à émerger le matin, j’aimerais ne pas en sortir, ils ont le confort douillet des rêves. Je suis fatigué, je veux dire, vraiment, profondément fatigué. Pas de la fatigue. Un épuisement mental. Quand ça secoue, je reste debout désormais, cela m’amuse presque, et pourtant toujours mon cœur qui bat, et si c.était pour cette fois, qu’il dit, mon cœur qui bat. Des fois, je la sent bien, la secousse, ma tête oscille, mon corps vacille, et puis je regarde la bouteille d’eau, non, ce n’était qu’une illusion. Et c’est comme ça toute la journée. Je suis fatigué au fond, très profondément en moi. Mon goût pour les choses s’évapore, à quoi tout cela sert-il donc, nous allons encore sombrer. Mon Moi bien entendu ne peut penser cela, mais il y a la part enfouie qui est là, qui guète et qui me dit que tout cela est vain.

    J’achète de l’eau. J’ai plein de bouteilles d’eau, à la maison. De grosses bouteilles de 2 litres. J’en acheté tous les jours, et puis de l’eau gazeuse, c’est bon l’eau gazeuse, c’est un peu comme du champagne pour les pauvres, ça désaltère différemment quand il n’y a que de l’eau plate, quel luxe. J’en ai une, deux ou trois bouteilles. J’achète de l’eau peut être en vain, mais ça me rassure. Quand on a de l’eau, on est riche, on peut vivre encore un peu par soi-même sans être un mendiant, un de ceux dont nous voyons les visages hagards à la télévision, tendant leur gamelle en plastique, même que je ne regarde plus la télévision. J’achète de l’eau et je me rends compte que le petit bourgeois occidental que je suis en a perdu la valeur, on ouvre le robinet, on gâche, et trouve Brian Kenny terriblement sexy quand il se vide une bouteille de 500 ml sur le visage en revenant de boite. Ça doit être dur, ne pas avoir d’eau. J’achète de l’eau.
    Hier, avec mon élève Rie, on a parlé du niveau de radiations dans les légumes, des mensonges gouvernementaux. Alors, pensant la rassurer, je lui ai montré le site que Jun et moi consultons tous les jours et rapportant les niveaux de contamination. Il est de plus en plus précis, et il y a désormais les aliments. Elle a regardé Chiba, et j’ai senti qu’elle allait pleurer, elle a lâché un timide J’ai mangé des épinards hier soir, et elle était livide. Pas que le niveau était élevé, il correspondait à un tiers du niveau acceptable, mais cumulé avec le reste, et sur des mois, elle est intelligente, le calcul a été vite fait. Et le plus triste est qu’elle achète ses légumes par correspondance, comme beaucoup de gens, à de petits producteurs. Des légumes “bio”. Et voilà que sur cette localité, les épinards dépassaient 800 becquerels quand dans d’autres endroits ils se maintenaient à zéro. J’ai vite changé de sujet, ça devient glauque. Mais en même temps, c’est important qu’il y aie des étrangers qui donnent ces outils sur la situation. Les Japonais méritent de savoir, même si la vérité est douloureuse.
    Moi, je regarde d’où viennent mes produits. Je commence à connaitre la géographie du Japon. Quand je ne connais pas le département, sa situation, je sors mon iPhone et je recherche sur Wikipédia. C’est très utile, savoir lire les kanjis. Le paradis peut alors devenir Kumamoto, Kôchi, Myazaki… Et l’enfer est indéniablement Miyagi, Ibaraki. Quelle tristesse pour ces petits producteurs, et ils sont nombreux, qui vont voir les ventes baisser inexorablement. Mais je ne suis pas pour l’empoisonnement solidaire. Le purgatoire, c’est Chiba, où les niveaux ne sont qu’”acceptables”. Et où la rumeur dit que le lait est contaminé. En fait, juste un peu. En Europe, on le vendrait. Au Canada, on le jetterait. Je suis un peu Canadien, j’achète du lait de Hokkaidô. Même si avec le changement de temps, il va falloir faire attention à Hokkaidô…
    Je dors mal. La nuit, je suis pris de crises d’angoisses que mon traitement amplifie. J’ai l’impression que la maison bouge alors qu’elle ne bouge pas.
    La semaine dernière, la petite Manaka avec qui j’étais quand il y a eu le grand tremblement de terre a organisé sa ferme des animaux. J’ai fait une photo et l’ai envoyée à la maman. Elle m’a répondu hier et m’a remercié pour mes leçons. Le père, lui, m’avait remercié samedi dernier pour m’être si bien occupé de sa fille le jour du séisme.
    J’achète à manger. J’ai acheté de ces barquettes de riz que je n’aime pas. Du riz tout prêt qu’il n’y a qu’à réchauffer au bain-marie. Et ça tombe bien, j’ai plein d’eau. J’en ai acheté cinq, déjà, mais je pense en acheter encore un lot de cinq, c’est un peu comme une obsession. J’ai acheté des nouilles aussi, c’est vite prêt. En fait, des choses toutes prêtes qui consomment peu d’énergie. Mince, je dois acheter des petites bouteilles de gaz, pour mon réchaud… À la télévision, il y avait une femme, après le tremblement de terre, elle est allée faire des courses, elle a acheté deux cartons de nouilles, deux cartons de barquettes de riz, une bonne centaine de rouleaux de papier toilette, des caisses d’eau, de thé… Je pense qu’elle pourrait tenir un mois sans trop de problèmes… Elle était toute pimpante. D’autres ont fait comme elle. Et celles et ceux qui, comme moi, à ce moment, marchions à travers la ville, quand nous sommes allés faire les courses, eh bien, il n’y avait plus rien, que de la mayonnaise ou des trucs dans ce genre là, qui ne servent à rien. On vante la grande discipline japonaise, mais cette ruée sur les denrées de survie prouve bien, s’il en était besoin, que les Japonais sont comme tout le monde. C’est humain, tout simplement.
    J’ai acheté plein de pommes, et je me suis promis de veiller à en avoir toujours d’avance. Dans les pommes, il y a des minéraux et des vitamines. Elles viennent d’Aomori, quasiment intacte de toute radiation, en gros. Je dis bien quasiment car bien entendu, je sais que tout le pays a été touché. Qu’est-ce que vous voulez.
    J’ai beau faire, mon quotidien a beau être totalement identique à ce qu’il était avant, il y a comme quelque chose de sali. Pas une question de tristesse, de grisaille comme j’ai pu le lire ici ou là, avec justesse au demeurant. Mais bel et bien quelque chose de sali. Et s’y rajoute depuis la forte réplique jeudi dernier ainsi que celles qui ont suivi depuis une sorte d’incertitude que je compense en achetant des produits d’urgence. De l’eau surtout. Et il ne faut pas s’y tromper, la centrale de Fukushima n’est pas le soucis principal, je crois plutôt que la centrale est une sorte de décors de fond, car ce qui est plus préoccupant est simplement qu’il est fort probable que ce séisme aie suffisamment déplacé les plaques pour entrainer dans sa foulée d’autres séismes. On reparle ainsi de nouveau du tremblement de terre attendu dans le centre du Japon, dans le Tôkai, entre Shizuoka et Nagoya. Un tremblement de terre qui enverrait l’économie mondiale dans les abysse au même moment où il tuerait des dizaines voire des centaines de milliers de personnes puisque le Tôkai est le cœur économique du Japon avec ses milliers d’usines longeant le Tôkaidô. Toyota. Sharp. Je suis l’activité sismique sur le site de l’Agence de Météorologie Nationale et heureusement, pour l’instant, rien ne donne à penser que nous soyons en danger de ce côté là, en tout cas, à brève échéance. Cela étant, les spécialistes doivent être en train de faire tourner leurs modèles et nous aurons une meilleure idée de l’évolution dans quelques mois. Le tremblement de terre du Tôkai est prévu depuis vingt ans pour être l’événement majeur du 21e siècle. Imaginez. Une côte. Et une fosse gigantesque de 7000 mètres de profondeurs. Le Fuji y culmine ainsi à quelques 10.000 mètres. Selon certains spécialistes, il ne serait pas impossible qu’un séisme violent conduise à un effondrement des côtes d’autre moins plusieurs mètres. Le tremblement de terre du Tôkai sera ressenti jusqu’à Tôkyô où il créera un tremblement de terre de magnitude 7.
    Cela étant, ce n’est la à proprement parler le séisme que nous attendons. L’ennemi de Tôkyô est quelque part entre Chiba et Ibaraki, il prend la forme de la péninsule de Boso. Cette péninsule qui ferme la partie est de la Baie de Tôkyô, est poussé par la même plaque qui connait une forte activité depuis un mois et a causé le grand tremblement de terre du 11 mars. Or, dans le voisinage de la péninsule, sous Tôkyô, la complexité sismique est réelle. Des spécialistes ont même mis en évidence que la plaine du Kantô où se trouve Tôkyô est, en elle même, une plaque plus ou moins posé sur trois lignes de fractures. Tôkyô connait ainsi des séismes à intervalle régulier, le dernier est en 1923. La question que se posent les spécialistes est de savoir si le séisme a libéré de la tension, ou si au contraire désormais de la tension est accumulée sous la capitale.
    Les répliques s’articulent entre le département de Nagano, loin de l’épicentre et un peu comme “à l’autre bout”, dans des montagnes (ce qui est assez logique…), Miyagi et Fukushima, les deux départements exposés au séisme et au tsunami, et Ibaraki et Chiba, sur Boso, justement.
    J’achète de l’eau. Je ne dors pas bien. Je contrôle l’origine des aliments. Je fais des réserves. Je porte une lampe torche à dynamo. Veille à ne pas exposer de chose fragile en hauteur. Et je m’étonne de garder le sourire. J’apprends peut être en quoi l’apparence a au Japon un poids si fort et si particulier, social. Pourquoi on garde tant pour soi.
    J’ai re-re-regardé Hana no Ran, mon Ô-oku préféré, à quoi cela sert-il de faire des efforts. Je veux du facile, du simple. Je ne veux pas penser. En tout cas pas penser trop. Tiens, ce serait peut être le moment d’aller à la gym, comme Yann.
    Dimanche, Jun et moi faisons un pic-nic si le temps le permet. J’oublierai ma fatigue, comme nous le faisons tous en faisant des réserve de choses utiles. En me demandant jusqu’à quand nous allons tenir comme ça. À attendre une secousse qui ne vient pas, comme vaccinés par celles que nous n’attendions pas et qui, depuis un mois, nous ont rappelé que malgré tous nos efforts pour continuer à vivre normalement, tout ne sera jamais plus comme avant.
    De Tôkyô,
    Madjid
  • La semaine à part, il y a déjà bien longtemps…

    La semaine à part, il y a déjà bien longtemps…

    Cela est très facile, publier un album photo sur Flickr, pourtant, des fois, cela me prend un peu de temps. Le truc, c’est que je photographie en RAW, ce qui nécessite d’exporter en JPEG après, et avec un SIGMA, pour avoir de jolies couleurs, il faut retoucher un peu. C’est pareil avec tous les appareils, mais j’ai acheté un SIGMA pour la richesse des couleurs et l’absence de pixels visibles, donc… Mes photos du week end dernier, je les ai développées dans LightRoom, je les ai un peu retouchées, me permettant de raviver la lumière des fleurs en contrejour, de renforcer les couleurs sous le ciel gris comme j’aime… C’est que photographier en couleur par temps pourri, à moins de faire dans l’architecture (et encore, car on manque d’ombres et de contrastes), ce n’est pas facile. Avec le RAW, on a une très grande liberté d’action, car la photo n’est pas outrageusement compressée comme avec le JPEG. Et avec SIGMA, la maitrise de la luminosité ainsi que de la couleur est parfois bluffante. Ainsi, parmi les photos de dimanche, un cerisier aux fleurs presque mauves avaient un peu rosi et qui ont très facilement retrouvé leur tonalité fushia sans que cela n’altère les autres couleurs. Mais pour tout dire, plus que la couleur, ce que j’aime avec SIGMA, c’est le poli de la matière, mais quand il y a du grain. Ça ressemble vraiment à des photos argentiques.
    Alors voilà, donc, avec retard, les photos de notre voyage à Kyôto quand le nuage radioactif a traversait le Kantô. Peu d’endroits que je ne connaissais pas, une grande familiarité avec les lieux, mais de bien belles promenades tout de même.
    Le temps est maintenant résolument au beau. Grand soleil et ciel bleu, températures presque de saison. C’est enfin le printemps, tant attendu. Les médias vantent le deuil de la population et l’absence de hanami, ces promenades et picnics destinés à regarder les fleurs de cerisier. Ce qui est un mensonge comme en atteste mon album photo de dimanche. Bien sûr, comme le soir il n’y a pas d’électricité, il est difficile de faire ces grandes soirées beuveries sous les cerisiers en fleur. Mais bon, les Japonais et le deuil, ça fait deux, à mon avis. À Kyôto, je n’ai pas ressenti de deuil. Et à Tôkyô, les magasins de Ginza ne désemplissent pas… Avec une collègue, on se demandait si en fait ce “deuil” dont s’abreuve la télévision n’est pas un truc destiné surtout à l’étranger. Car pendant ce temps, la situation des gens vivant à trente kilomètres s’est détérioré, particulièrement depuis qu’on sait qu’à 48 kilomètres au nord, des mesures ont montré une contamination très forte et pouvant présenter un risque à moyen terme. Les médias japonais montrent leur collusion avec l’industrie et la politique de façon caricaturale. On nous montre ainsi des consommateurs ravis d’acheter des fruits et légumes de Fukushima. Pourtant, dans mon supermarché, les produits de Ibaraki, à coté de Fukushima, sont boudés alors que ceux des iles à l’ouest, Kyûshû, sont pris d’assaut. Je n’habite pourtant pas un quartier à expatriés. Les étrangers y sont principalement des Indiens, vivant en famille, ou quelques occidentaux qui offrent la particularité de parler japonais (je le sais car j’en ai croisé à Konami, en grande conversation avec d’autres usagers).
    Ce matin, en regardant Chii sampo, j’ai constaté l’épisode avait êté tourné “après”, et pourtant pas un mot, juste un long moment de silence quand en passant à côté d’un stade il a constaté qu’il n’y avait personne. En effet, pendant les deux semaines qui ont suivi le séisme, tout était désert partout, preuve, s’il en est, que chacun redoutait les radiations…
    Mon sommeil, en ce moment, est très irrégulier. Je me couche trop tard, mes yeux s’ouvrent trop tôt, je suis donc fatigué au réveil car mon traitement est en générale à son maximum. Cette nuit, mes yeux se sont ouvert plus tôt encore, et j’ai ressenti les mêmes effets que la première nuit. Palpitation, sueur. Je me suis rendormi, mais au réveil, j’ai constaté que mon lit était défait. Ce n’est pas bien grave, cela m’arrivait aussi parfois avec l’autre, je sais que ces médicaments augmentent le stress. Le grand beau temps, enfin de retour, les fleurs, le verdissement de la nature, vont m’aider à surmonter ce stress : on ne se remet pas d’un tremblement de terre aisément, particulièrement quand il est suivi d’une catastrophe nucléaire et que l’on est, comme moi, conscient des dangers de cette énergie. Et puis je sais que l’économie japonaise va progressivement rentrer dans la phase finale du long dépérissement dans laquelle elle est entrée il y a 20 ans. C’est un motif supplémentaire d’inquiétude. Comme le suggérait Yann il y a deux semaine, “ils ne changeront pas”. J’ai vu une vidéo sur le site du Financial Times qui a achevé de m’en convaincre. Un professeur d’université et conseiller de la Banque du Japon expliquant au journaliste que financer la reconstruction serait très simple, le gouvernement financerait par des obligations… Avec plus de 200% de dettes, une épargne en baisse, des risques élèves de séismes que désormais tout le monde prend au sérieux, qui prêtera au Japon. Le journaliste a donc posé la question en ces termes. Et ce crétin d’universitaire, avec sa tête de bon japonais de droite, rigide, la bouche en cul de poule pour bien articuler et se donner l’air intéressant qu’affectionne l’élite de ce pays, son côté Giscard, si vous voulez, de répondre que les entreprises japonaise ont de nombreux biens qui peuvent garantir ces nouvelles obligations. Avec plus de 200% d’endettement, il est clair que le Japon a dors et déjà utilisé, que tout est déjà hypothéqué, enfin, que tout borde la montagne de dettes japonaises. Bref, désormais, ce n’est pas à 1,35% que le Japon empruntera, grace à l’épargne intérieure, mais au taux du marché, sur le marché mondial, et vue le rsique que représentent et la montagne de dette et le risque de tremblement de terre, ça avoisinera au moins les 10%… sans compter que les départs d’entreprises occidentales va faire chuter la valeur des biens immobiliers d’entreprises surévalués à fond. Quand on pense que dans ce pays, où les entreprises étrangères sont traitées comme des intrues que l’on daigne accepter (les investissements directs sont quasiment impossibles, bref, c’est la Corée ou l’Indonésie qui attirent désormais les capitaux et les entreprises), où on est même pas fichu de parler anglais correctement parce que l’école et l’universités sont des usines à bourrage de crâne, et où le secteur immobilier d’entreprise est deux à trois plus cher que dans les autres pays environnants, il est clair que la nouvelle donne va changer bien des choses… Réveils difficiles. Mais l’élite japonaise n’en a cure, elle a dors et déjà exporté sa progéniture dans les meilleures universités étrangères, comme Koizumi dont le fils a été scolarisé aux USA, ainsi que leurs capitaux qui, en cas de faillite, bénéficieront certainement de l’anonymat Suisse pendant que le Japonais moyen verra les économies de son dur labeur accaparées par le gouvernement qui n’aura aucune autre solution. Promenez vous dans Otemachi, regardez ces grands immeubles et ayez un chiffre en tête : 45% de surfaces vides… avant le séisme. Alors l’année prochaine… Pas étonnant que je dorme mal, c’est fragile, pour moi, ici… J’avais écrit un article dans ce blog il y a un peu plus d’un an à ce sujet. L’étaux se resserre. Jun maintenant me crois quand je dis qu’on va à la faillite. Il m’a demandé récemment comment il peut faire. Je lui ai dit qu’à part la Suisse ou le Luxembourg, ses économies seront gelées car les banques devront fournir les détails des avoirs de tous les Japonais, même à l’étranger. Il m’a demandé si acheter un coffre fort… Je lui ai dit qu’il y a alors une inconnue. Garder du Yen est un suicide, ce n’est que du papier, et quand l’échéance arrivera, sa valeur chutera. Mais acheter quoi ? L’Euro n’est pas non plus dans une super forme. De l’or, lui ai-je dit… Bon, on blaguait un peu, mais cette conversation est revenue plusieurs fois, je pense qu’il y pense un peu. Au début, il doutait, mais depuis la Grèce et l’Irlande, il a bien compris que le Japon est sur la liste des pays à bientôt avoir des problèmes mais que pour le Japon, avec cette montagne de dette, la corruption des élites presque au grand jour, avec leurs règles comptables différentes, ce sera pire. Le capitalisme est un système vraiment sale, immoral. Les travailleurs irlandais, espagnols, grecs, qui paient la spéculation de quelques uns… Au Japon, les économies seront gelées, c’est évident, il n’y aura pas d’autres solutions, elles servent dors et déjà de garanties à cette colossale abysse de la dette, officiellement entre 200 et 220%, record mondial battu. Alors, l’autre têtard en cul de poule m’a vraiment halluciné. Et le journaliste du Financial Times devait se retenir, à mon avis…
    Je suis dans le train du retour, maintenant. Curieux, il y avait autrefois, je veux dire, avant le tremblement de terre, deux à trois suicides par semaines sur cette ligne de train, et voilà qu’il n’y en a plus. J’avais entendu que les suicides disparaissent dans les périodes de catastrophes. Quand les suicides reviendront, nous saurons que tout est redevenu normal…
    Mon pied reste douloureux, je pense que j’irai chez le médecin si ça continue comme ça, mais à ce que j’ai lu, c’est un truc qui s’installe et se déloge difficilement. J’avais commencé à avoir le même truc au pied droit, et puis c’est parti, là c’est bien plus incrusté, c’est le pied qui a souffert lors de mon entorse. Je ne me souvenais plus de quel pied il s’agissait. En fait, le droit. Pendant cette époque, mon pied gauche a porté mon poids. Depuis deux ans, de plus, il m’arrive de ne pas faire mes lacets de chaussures car on doit les défaire en permanence. Aux symptômes, c’est une épine de je ne sais plus quoi. Le talon et parfois jusque sous la voute plantaire, un sentiment de pied rouillé, parfois, au réveil. J’avais eu ça à l’autre pied un peu, et puis c’était parti. Dimanche dernier, ça a vraiment été très intense dans le pied gauche. Une élève souffre du même maux depuis quelques années, ça lui a gâché ses vacances à New York l’an dernier. Elle n’avait que 5 jours, soit en fait trois jours réels, elle était vraiment très déçue. C’est une étudiante que j’aime bien, une Japonaise des années 90. Curieuse, ouverte sur le monde, et un peu écologiste. Je la retrouve demain. Notre dernière conversation avait été sur le tremblement de terre en Nouvelle Zélande…
    Ce matin, je ne sais pas bien pourquoi, peut être le manque de sommeil, j’ai écouté de la disco au petit déjeuné. Pas n’importe laquelle, Donna Summer, son album Four saisons of Love. Qu’est ce que c’était bien produit… Il y avait quelque chose d’innocent dans cette musique d’après le choc pétrolier. Je ne comprends pas ce qui a mis dans la tête des gens que le Disco allait avec les pattes d’éléphant. Aux USA, ce pays à bout de course, épuisé par la guerre du Vietnam, peut être. Et encore, quand on regarde les quelques vidéos tournées au Studio 54, sur YouTube, ce n’était pas très pat’def… Le souvenir que j’en ai, c’est plutôt satin coloré, jupes droites fendues, épaulettes, coiffures coque des filles, tunique sur pantalon satiné, écharpe satiné et chapeau à voilette. Le Disco était très champagne : dans Love in C Minor, les filles finissent une bouteille de champagne en parlant de mec, ou plutôt, de sexe de mec. Bref. J’ai écouté Donna Summer, et vraiment, j’ai trouvé ça presque joli. Bon, d’accord, cela n’a rien à voir avec la vidéo de Leo Ferré que j’ai regardé en allant au travail cet après-midi, Il n’y a plus rien, certainement le texte poétique résumant mieux que je ne saurai jamais le faire pourquoi, malgré des opinions philosophiques ou politiques beaucoup plus tranchées, je suis un socialiste et non un révolutionnaire. Pas un Péhess, un socialiste. Un socialiste est un communiste qui ne croit pas au communisme. Mais comme je vous dit, je vous parle des socialistes, pas des Péhess. Pour eux, le désespoir, c’est perdre une élection… Alors, ce texte de Ferré, c’est le récit de la tristesse, et c’est aussi le souvenir de ma camarade Violette Bakovic qui m’en a parlé la première fois. J’ai été un peu elle, la première fois où je l’ai écouté seul. Ce texte raconte L’après-soixante huit, et il est porté par la force poétique du dernier grand chanteur de cette race de chanteurs, ceux qui vivaient leur texte et le jouaient, un truc qu’ils avaient développé dans ces café-concerts où ils avaient débuté. Comme Barbara. Les chanteurs, depuis, ont d’autres talents, d’autres façons. Mais Ferré ressemblait plus à Piaf qu’à Daniel Darc, ou Dominique A, ces deux grands artistes de notre temps.
    Ma matinée fut donc disco. Et j’ai repensé à mes cycles”. Je dois travailler à cette période, la dernière du cycle keynésien. Le Disco, c’est quand même la dernière fois où on a pensé, partout dans les pays développés, que les gouvernements s’occuperaient de tout, avant Thatcher et Reagan, ces deux anti-Roosevelt qui ont amorcé la ruine des états providence et inauguré l’âge individualiste, nouveau riche, rythmé par leurs “boom and burst”, ces périodes de croissance spéculative suivie de récessions dont le keynésianisme nous avait préservé… Ce que je dois travailler également, ce sont les séries statistiques, économiques, car elles corrèlent la démonstration. Je dois également atténuer mes critiques de Kondratieff, car après tout, il n’est pas responsable de sa propre récupération par les monétaristes vendeurs d’or.
    Et puis il y a mon roman, mais en fait, je crois que ce truc de disco, ce matin, c’était un appel pour m’y remettre. Déjà plus de 130 pages et je n’ai pas même pas l’impression d’avoir vraiment commencé…
    Le métro est bondé, je vais vous laisser. Je vous laisse avec les photos et cet article qui clôture la longue série tremblement de terre car mon esprit, lui aussi, commence à s’en libérer.
    De Tôkyô,
    Madjid

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  • Le triomphe de la vie, ou le retour du printemps

    Je suis dans le métro, je vais au travail. Il fait chaud dans les wagons. En effet, cette fichue habitude japonaise de mettre l’air conditionné partout a conduit, par soucis “d’économies” à sceller les fenêtres, qu’il est donc impossible d’ouvrir. Les résultat est que seul une aération rend l’air supportable. Nous macérons donc dans un air chaud, ce qu’accroit la température extérieure comme l’encombrement des trains : nous ne sommes toujours pas revenus à la normale, environ 80% des trains circulent, afin de réduire la consommation d’électricité.
    Dehors, c’est un grand soleil et un beau ciel bleu. Les coeurs se réchauffent. Le miens, en tout cas. Le tremblement de terre est loin, désormais. Ici, la vie a repris un cours plus ordinaire. Cette nuit, une secousse m’a réveillé. Pas forte, mais suffisante. Les battements de mon coeur se sont accélérés, et pourtant c’était évident que ce n’était pas un gros truc.
    Vous pouvez regarder des photos que j’ai prises ce weekend en me promenant à la recherche des premiers cerisiers en fleur. Promenade un peu douloureuse. Mon entorse d’il y a trois ans s’est réveillée. J’ai acheté une sorte de pansement de soutien, donc maintenant ça va, mais depuis une semaine, il m’arrive de souffrir terriblement. Cela ne nous a pas empêché de marcher pendant deux ou trois heures.
    Je reviendrai plus tard, j’ai en effet eu l’idée d’un billet un peu original.
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Pour Sanja…

    Pour Sanja…

    Je vous avais promis une surprise… Cela prend toujours un peu plus de temps que prevu, mais la voila. L’an dernier, j’avais poste une video prise lors du festival Sanja, le Sanja Matsuri. Un petit orchestre chantant des chansons anciennes en bordure de la Sumida.
    Toutefois, ce n’etait qu’un infime morceau du film realise ce jour dans l’arrondissement de Taito, mon arrondissement prefere de Tokyo, vieux quartier populaire et commercant, ouvrier et un peu gouailleur.
    Le Sanja Matsuri est cette annee annule pour cause de tremblement de terre. Decision absurde, mais bon… Je vous offre donc ce montage baignant dans la lumiere de mai, dans la verdure de ces quartiers de l’est, et la joie, l’excitation du peuple de ces presques faubourgs de Tokyo, mes freres.
    En esperant contribuer a une maigre consolation…
    De Tokyo,
    Madjid

    Pour ceux qui avaient loupe l’orchestre…
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