La semaine à part, il y a déjà bien longtemps…

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Cela est très facile, publier un album photo sur Flickr, pourtant, des fois, cela me prend un peu de temps. Le truc, c’est que je photographie en RAW, ce qui nécessite d’exporter en JPEG après, et avec un SIGMA, pour avoir de jolies couleurs, il faut retoucher un peu. C’est pareil avec tous les appareils, mais j’ai acheté un SIGMA pour la richesse des couleurs et l’absence de pixels visibles, donc… Mes photos du week end dernier, je les ai développées dans LightRoom, je les ai un peu retouchées, me permettant de raviver la lumière des fleurs en contrejour, de renforcer les couleurs sous le ciel gris comme j’aime… C’est que photographier en couleur par temps pourri, à moins de faire dans l’architecture (et encore, car on manque d’ombres et de contrastes), ce n’est pas facile. Avec le RAW, on a une très grande liberté d’action, car la photo n’est pas outrageusement compressée comme avec le JPEG. Et avec SIGMA, la maitrise de la luminosité ainsi que de la couleur est parfois bluffante. Ainsi, parmi les photos de dimanche, un cerisier aux fleurs presque mauves avaient un peu rosi et qui ont très facilement retrouvé leur tonalité fushia sans que cela n’altère les autres couleurs. Mais pour tout dire, plus que la couleur, ce que j’aime avec SIGMA, c’est le poli de la matière, mais quand il y a du grain. Ça ressemble vraiment à des photos argentiques.
Alors voilà, donc, avec retard, les photos de notre voyage à Kyôto quand le nuage radioactif a traversait le Kantô. Peu d’endroits que je ne connaissais pas, une grande familiarité avec les lieux, mais de bien belles promenades tout de même.
Le temps est maintenant résolument au beau. Grand soleil et ciel bleu, températures presque de saison. C’est enfin le printemps, tant attendu. Les médias vantent le deuil de la population et l’absence de hanami, ces promenades et picnics destinés à regarder les fleurs de cerisier. Ce qui est un mensonge comme en atteste mon album photo de dimanche. Bien sûr, comme le soir il n’y a pas d’électricité, il est difficile de faire ces grandes soirées beuveries sous les cerisiers en fleur. Mais bon, les Japonais et le deuil, ça fait deux, à mon avis. À Kyôto, je n’ai pas ressenti de deuil. Et à Tôkyô, les magasins de Ginza ne désemplissent pas… Avec une collègue, on se demandait si en fait ce “deuil” dont s’abreuve la télévision n’est pas un truc destiné surtout à l’étranger. Car pendant ce temps, la situation des gens vivant à trente kilomètres s’est détérioré, particulièrement depuis qu’on sait qu’à 48 kilomètres au nord, des mesures ont montré une contamination très forte et pouvant présenter un risque à moyen terme. Les médias japonais montrent leur collusion avec l’industrie et la politique de façon caricaturale. On nous montre ainsi des consommateurs ravis d’acheter des fruits et légumes de Fukushima. Pourtant, dans mon supermarché, les produits de Ibaraki, à coté de Fukushima, sont boudés alors que ceux des iles à l’ouest, Kyûshû, sont pris d’assaut. Je n’habite pourtant pas un quartier à expatriés. Les étrangers y sont principalement des Indiens, vivant en famille, ou quelques occidentaux qui offrent la particularité de parler japonais (je le sais car j’en ai croisé à Konami, en grande conversation avec d’autres usagers).
Ce matin, en regardant Chii sampo, j’ai constaté l’épisode avait êté tourné “après”, et pourtant pas un mot, juste un long moment de silence quand en passant à côté d’un stade il a constaté qu’il n’y avait personne. En effet, pendant les deux semaines qui ont suivi le séisme, tout était désert partout, preuve, s’il en est, que chacun redoutait les radiations…
Mon sommeil, en ce moment, est très irrégulier. Je me couche trop tard, mes yeux s’ouvrent trop tôt, je suis donc fatigué au réveil car mon traitement est en générale à son maximum. Cette nuit, mes yeux se sont ouvert plus tôt encore, et j’ai ressenti les mêmes effets que la première nuit. Palpitation, sueur. Je me suis rendormi, mais au réveil, j’ai constaté que mon lit était défait. Ce n’est pas bien grave, cela m’arrivait aussi parfois avec l’autre, je sais que ces médicaments augmentent le stress. Le grand beau temps, enfin de retour, les fleurs, le verdissement de la nature, vont m’aider à surmonter ce stress : on ne se remet pas d’un tremblement de terre aisément, particulièrement quand il est suivi d’une catastrophe nucléaire et que l’on est, comme moi, conscient des dangers de cette énergie. Et puis je sais que l’économie japonaise va progressivement rentrer dans la phase finale du long dépérissement dans laquelle elle est entrée il y a 20 ans. C’est un motif supplémentaire d’inquiétude. Comme le suggérait Yann il y a deux semaine, “ils ne changeront pas”. J’ai vu une vidéo sur le site du Financial Times qui a achevé de m’en convaincre. Un professeur d’université et conseiller de la Banque du Japon expliquant au journaliste que financer la reconstruction serait très simple, le gouvernement financerait par des obligations… Avec plus de 200% de dettes, une épargne en baisse, des risques élèves de séismes que désormais tout le monde prend au sérieux, qui prêtera au Japon. Le journaliste a donc posé la question en ces termes. Et ce crétin d’universitaire, avec sa tête de bon japonais de droite, rigide, la bouche en cul de poule pour bien articuler et se donner l’air intéressant qu’affectionne l’élite de ce pays, son côté Giscard, si vous voulez, de répondre que les entreprises japonaise ont de nombreux biens qui peuvent garantir ces nouvelles obligations. Avec plus de 200% d’endettement, il est clair que le Japon a dors et déjà utilisé, que tout est déjà hypothéqué, enfin, que tout borde la montagne de dettes japonaises. Bref, désormais, ce n’est pas à 1,35% que le Japon empruntera, grace à l’épargne intérieure, mais au taux du marché, sur le marché mondial, et vue le rsique que représentent et la montagne de dette et le risque de tremblement de terre, ça avoisinera au moins les 10%… sans compter que les départs d’entreprises occidentales va faire chuter la valeur des biens immobiliers d’entreprises surévalués à fond. Quand on pense que dans ce pays, où les entreprises étrangères sont traitées comme des intrues que l’on daigne accepter (les investissements directs sont quasiment impossibles, bref, c’est la Corée ou l’Indonésie qui attirent désormais les capitaux et les entreprises), où on est même pas fichu de parler anglais correctement parce que l’école et l’universités sont des usines à bourrage de crâne, et où le secteur immobilier d’entreprise est deux à trois plus cher que dans les autres pays environnants, il est clair que la nouvelle donne va changer bien des choses… Réveils difficiles. Mais l’élite japonaise n’en a cure, elle a dors et déjà exporté sa progéniture dans les meilleures universités étrangères, comme Koizumi dont le fils a été scolarisé aux USA, ainsi que leurs capitaux qui, en cas de faillite, bénéficieront certainement de l’anonymat Suisse pendant que le Japonais moyen verra les économies de son dur labeur accaparées par le gouvernement qui n’aura aucune autre solution. Promenez vous dans Otemachi, regardez ces grands immeubles et ayez un chiffre en tête : 45% de surfaces vides… avant le séisme. Alors l’année prochaine… Pas étonnant que je dorme mal, c’est fragile, pour moi, ici… J’avais écrit un article dans ce blog il y a un peu plus d’un an à ce sujet. L’étaux se resserre. Jun maintenant me crois quand je dis qu’on va à la faillite. Il m’a demandé récemment comment il peut faire. Je lui ai dit qu’à part la Suisse ou le Luxembourg, ses économies seront gelées car les banques devront fournir les détails des avoirs de tous les Japonais, même à l’étranger. Il m’a demandé si acheter un coffre fort… Je lui ai dit qu’il y a alors une inconnue. Garder du Yen est un suicide, ce n’est que du papier, et quand l’échéance arrivera, sa valeur chutera. Mais acheter quoi ? L’Euro n’est pas non plus dans une super forme. De l’or, lui ai-je dit… Bon, on blaguait un peu, mais cette conversation est revenue plusieurs fois, je pense qu’il y pense un peu. Au début, il doutait, mais depuis la Grèce et l’Irlande, il a bien compris que le Japon est sur la liste des pays à bientôt avoir des problèmes mais que pour le Japon, avec cette montagne de dette, la corruption des élites presque au grand jour, avec leurs règles comptables différentes, ce sera pire. Le capitalisme est un système vraiment sale, immoral. Les travailleurs irlandais, espagnols, grecs, qui paient la spéculation de quelques uns… Au Japon, les économies seront gelées, c’est évident, il n’y aura pas d’autres solutions, elles servent dors et déjà de garanties à cette colossale abysse de la dette, officiellement entre 200 et 220%, record mondial battu. Alors, l’autre têtard en cul de poule m’a vraiment halluciné. Et le journaliste du Financial Times devait se retenir, à mon avis…
Je suis dans le train du retour, maintenant. Curieux, il y avait autrefois, je veux dire, avant le tremblement de terre, deux à trois suicides par semaines sur cette ligne de train, et voilà qu’il n’y en a plus. J’avais entendu que les suicides disparaissent dans les périodes de catastrophes. Quand les suicides reviendront, nous saurons que tout est redevenu normal…
Mon pied reste douloureux, je pense que j’irai chez le médecin si ça continue comme ça, mais à ce que j’ai lu, c’est un truc qui s’installe et se déloge difficilement. J’avais commencé à avoir le même truc au pied droit, et puis c’est parti, là c’est bien plus incrusté, c’est le pied qui a souffert lors de mon entorse. Je ne me souvenais plus de quel pied il s’agissait. En fait, le droit. Pendant cette époque, mon pied gauche a porté mon poids. Depuis deux ans, de plus, il m’arrive de ne pas faire mes lacets de chaussures car on doit les défaire en permanence. Aux symptômes, c’est une épine de je ne sais plus quoi. Le talon et parfois jusque sous la voute plantaire, un sentiment de pied rouillé, parfois, au réveil. J’avais eu ça à l’autre pied un peu, et puis c’était parti. Dimanche dernier, ça a vraiment été très intense dans le pied gauche. Une élève souffre du même maux depuis quelques années, ça lui a gâché ses vacances à New York l’an dernier. Elle n’avait que 5 jours, soit en fait trois jours réels, elle était vraiment très déçue. C’est une étudiante que j’aime bien, une Japonaise des années 90. Curieuse, ouverte sur le monde, et un peu écologiste. Je la retrouve demain. Notre dernière conversation avait été sur le tremblement de terre en Nouvelle Zélande…
Ce matin, je ne sais pas bien pourquoi, peut être le manque de sommeil, j’ai écouté de la disco au petit déjeuné. Pas n’importe laquelle, Donna Summer, son album Four saisons of Love. Qu’est ce que c’était bien produit… Il y avait quelque chose d’innocent dans cette musique d’après le choc pétrolier. Je ne comprends pas ce qui a mis dans la tête des gens que le Disco allait avec les pattes d’éléphant. Aux USA, ce pays à bout de course, épuisé par la guerre du Vietnam, peut être. Et encore, quand on regarde les quelques vidéos tournées au Studio 54, sur YouTube, ce n’était pas très pat’def… Le souvenir que j’en ai, c’est plutôt satin coloré, jupes droites fendues, épaulettes, coiffures coque des filles, tunique sur pantalon satiné, écharpe satiné et chapeau à voilette. Le Disco était très champagne : dans Love in C Minor, les filles finissent une bouteille de champagne en parlant de mec, ou plutôt, de sexe de mec. Bref. J’ai écouté Donna Summer, et vraiment, j’ai trouvé ça presque joli. Bon, d’accord, cela n’a rien à voir avec la vidéo de Leo Ferré que j’ai regardé en allant au travail cet après-midi, Il n’y a plus rien, certainement le texte poétique résumant mieux que je ne saurai jamais le faire pourquoi, malgré des opinions philosophiques ou politiques beaucoup plus tranchées, je suis un socialiste et non un révolutionnaire. Pas un Péhess, un socialiste. Un socialiste est un communiste qui ne croit pas au communisme. Mais comme je vous dit, je vous parle des socialistes, pas des Péhess. Pour eux, le désespoir, c’est perdre une élection… Alors, ce texte de Ferré, c’est le récit de la tristesse, et c’est aussi le souvenir de ma camarade Violette Bakovic qui m’en a parlé la première fois. J’ai été un peu elle, la première fois où je l’ai écouté seul. Ce texte raconte L’après-soixante huit, et il est porté par la force poétique du dernier grand chanteur de cette race de chanteurs, ceux qui vivaient leur texte et le jouaient, un truc qu’ils avaient développé dans ces café-concerts où ils avaient débuté. Comme Barbara. Les chanteurs, depuis, ont d’autres talents, d’autres façons. Mais Ferré ressemblait plus à Piaf qu’à Daniel Darc, ou Dominique A, ces deux grands artistes de notre temps.
Ma matinée fut donc disco. Et j’ai repensé à mes cycles”. Je dois travailler à cette période, la dernière du cycle keynésien. Le Disco, c’est quand même la dernière fois où on a pensé, partout dans les pays développés, que les gouvernements s’occuperaient de tout, avant Thatcher et Reagan, ces deux anti-Roosevelt qui ont amorcé la ruine des états providence et inauguré l’âge individualiste, nouveau riche, rythmé par leurs “boom and burst”, ces périodes de croissance spéculative suivie de récessions dont le keynésianisme nous avait préservé… Ce que je dois travailler également, ce sont les séries statistiques, économiques, car elles corrèlent la démonstration. Je dois également atténuer mes critiques de Kondratieff, car après tout, il n’est pas responsable de sa propre récupération par les monétaristes vendeurs d’or.
Et puis il y a mon roman, mais en fait, je crois que ce truc de disco, ce matin, c’était un appel pour m’y remettre. Déjà plus de 130 pages et je n’ai pas même pas l’impression d’avoir vraiment commencé…
Le métro est bondé, je vais vous laisser. Je vous laisse avec les photos et cet article qui clôture la longue série tremblement de terre car mon esprit, lui aussi, commence à s’en libérer.
De Tôkyô,
Madjid

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