Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Mes lecteurs…

    Mes lecteurs…

    J’écris, j’écris et personne ne me lit. Ou plutôt si, d’une façon lente car je ne fais pas l’habituelle promotion sur ma page FB ni sur Twitter. Et puis l’ancien plugin d’abonnement ne fonctionnait plus très bien, présentait des failles de sécurité, je l’ai remplacé par la News Letter ainsi que par le système d’alerte sur le navigateur, j’ai perdu mes abonnés. Ce n’est pas grave, hein, je m’occuperai de contacter tout ce monde là plus tard. Toutefois, je remarque que si chaque article plafonne à une vingtaine de lecteurs le premier jour, il monte à une quarantaine après deux jours, preuve que celles et ceux qui me suivent viennent bien se promener sur mon site même s’ils ne sont pas abonnés. Ça me fait plaisir.
    Toujours, dans la solitude de l’écriture me reviennent ces mots de la chanson de Mama Béa, 48 kilos.

    Mama Béa est certainement la chanteuse qui a le mieux porté les espoirs, les craintes et la tristesse si particulière de sa génération.
    J’aime particulièrement ce texte, 48 kilos, qui raconte si bien la solitude devant la feuille blanche, la peur de ne pas être lu, de ne pas être entendu, de ne pas être compris, tout cela dans des mots simples là où Ferré avait glissé une poésie, sa poésie particulière, la poésie de l’après-guerre, enrobée de l’esprit de la Résistance, inspiré des mots d’Aragon, ces mots qui ont un souffle à couper le souffle.
    Merci à une lectrice, Laure, pour ses petits mots qui font toujours plaisir.

    https://youtu.be/3PhNktKKfnA

    Ici, c’est une nouvelle journée sous le soleil après une belle nuit. Encore une nuit, et puis encore une journée et il faudra reprendre le Shinkansen. J’ai entraperçu les nouvelles sur les News Letter de Bloomberg et l’automne s’apprête à être d’une grande tristesse, lui aussi. Je fais le plein de soleil, alors, ça ira, et advienne que pourra…

  • Sur mon chemin

    Sur mon chemin

    Belle journée, ensoleillée, brulante, température qui ne baisse pas. Kyôto encore, je suis maintenant totalement reposé, la ville est encore plus loin, j’ai l’esprit campagne.

    J’ai visité un endroit magnifique, Okashisansô. Je reviendrai sur ces endroit visités quand je vous ferai des albums. Mais pour tout vous dire, cette fois-ci, ce sont les chemins qui retiennent mon attention, comme si ces chemins que je regardent étaient en fait mon propre chemin, ce en quoi il y a bien quelque chose de vrai puisque cela fait presque 15 ans que je vis au Japon. Mais j’avoue, cette année plus que les autres années c’est un véritable ravissement, peut-être est-ce le temps, peut-être était-ce un intense besoin de dépaysement, de retour aux sources puisque Kyôto est pour moi comme ma seconde ville de naissance, c’était en 2003 et comme cette année l’année n’avait pas été bonne du tout, et puis j’étais venu au Japon, vol ANA à 18 heures 30 et en arrivant à Kyôto après 10 jour à Tôkyô je crois que mon destin s’était scellé.

    Bon, je ne reste pas plus, je dois me reposer, la journée a été longue.

  • Encore trois jours…

    Encore trois jours…

    Encore trois jours, c’est court et c’est suffisant à la fois. Ici, pas de longues vacances, les congés sont fractionnés. Été, hivers et printemps. Trois semaines. Et puis des jours de congés.

    J’avais parlé trop vite, cette nuit j’ai mal dormi, c’est le soleil je pense. Il tape fort et j’ai oublié de mettre de la crème sur mes avant-bras, je me suis réveillé avec d’horribles démangeaisons. Par la suite, ça a été plus ou moins la même incessante répétition: réveil, assoupissement, rêve et réveil. Pas de rêves très précis ni de thème récurant, plutôt une compilation, chaque fois assez prégnants pour qu’ils me réveillent. Je ne suis pas fatigué ce matin, c’est ce qui compte.

    Vous avez remarqué? Quelques jours en vacances et voilà ce blog qui se part de couleurs, de ces couleurs et de ce vert en particulier qui m’ont fait venir au Japon pour y rester finalement près de quinze ans! Continuerai-je dans la couleur? C’est difficile, la couleur! La photo, c’est avant tout de la lumière, et si on ajoute de la couleur, c’est vraiment très difficile à maitriser. Je ne me considère pas du tout photographe, pas même amateur pour tout dire. Pour moi, un photographe, c’est celui qui pour « faire » une photo, c’est à dire aller de la prise de vue à l’édition, va « avoir » la photo dans son oeil et ainsi tout au long du travail va plier le résultat à ce qu’il avait « vu ». Autrefois, dans sa chambre noire, le photographe utilisait des filtres en cartons afin de diminuer le temps d’exposition sur telle ou telle partie lors du développement, il avait pris soin de choisir la pellicule qui se rapprocherait le plus possible de ce qu’il voulait obtenir car chaque pellicule avait ses caractéristiques propres, il utilisait de très fins pinceaux pour retoucher telle ou telle ombre, et de nos jours il utilise des logiciels afin d’obtenir ces résultats. Je me débrouille un peu en retouche et je photographie en raw pour cette raison mais en même temps je suis trop paresseux. Retoucher une photo proprement, ça prend beaucoup de temps, des fois, parce qu’à l’arrivée ce n’est pas exactement ce qu’on avait en tête, alors il faut revenir en arrière.

    Bref, pour moi, un photographe, c’est quelqu’un qui maitrise tout cela avec aisance, et dont le travail fini est exactement ce qu’il avait en tête. Un grand photographe, ce sera celui qui aura, en plus, su trouvé le cadrage, le sujet, le moment, la bonne dose de lumière ainsi que la ou les couleurs qui feront qu’on regardera sa photo avec curiosité, intérêt.

    Moi, j’utilise plutôt la photographie comme un crayon, un crayon un peu pour mais qui me suit partout pour compléter mon histoire.

    Ne plus du tout suivre l’actualité, débrancher les questions politiques pour une semaine et laisser ce virus à la place où sans aucun doute il m’attend de toute façon à mon retour pour ne passer mon temps qu’à me promener, à bavarder chaque matin et chaque soir, là, comme ça, quelle chance, quel privilège…

    Bien, la journée va commencer.

  • Ah, Kyôto…

    Ah, Kyôto…

    Finalement le temps a été très clément, je veux dire par là qu’hormis une chaleur étouffante et quelques averses, nous avons eu du soleil et la promenade a été très agréable. On s’attendait à de grosses pluies avec de l’orage et finalement tout s’est très bien passé. Ninna-ji le matin, pour la première fois depuis des années sans tonnerre ni averse.

    J’ai failli exploser la bonne femme à l’entrée. Ils ont fermé la vente de billets habituelle, maintenant on entre directement. Je retire mes chaussures, monte les quelques marches, je vois un espèce de truc sur le seuil avec un film plastique, il y a des tampons, des affaires, je pense que c’est l’endroit où ils font les signatures pour les livres de pèlerinages, je m’avance vers ce que je crois être la caisse et la voilà qui surgit de nulle part en hurlant en anglais de katakana « ticket, ticket, you need a ticket », et elle me barre la route en me montrant le truc avec le vynil qui doit finalement être la caisse, et je lui répond en japonais de yakuza, « et c’est où, les tickets? », elle sursaute et me montre l’espèce de machin qui sert de caisse, elle me montre les prix et tente de m’expliquer en me montrant bien comme si j’étais incapable de la comprendre et alors qu’elle va me dire qu’il y a deux tarifs je lui dit en japonais de quartier diurne, c’est à dire en lui tendant un billet sans la regarder et en lui baragouinant un « ici seulement ». Elle me rend ma monnaie et le billet et je la zappe. J’imagine que 9 personnes sur 10 ne sait pas où acheter les billets tellement c’est désorganisé, mais un étranger, c’est à son avis visiblement un voleur. Je l’ai zappé à la japonaise, sans excuses et avec mépris.

    Bon, j’ai l’air d’avoir été en colère mais en fait pas du tout, une fois l’épisode passé, j’ai failli exploser de rire. Il n’y a plus un touriste au Japon, et si Ninna-ji est à ce point désorganisé, c’est qu’ils ont du virer tous les petits boulots qui faisaient l’accueil. La fille était à ce moment là seule en charge de l’entrée, des souvenirs et elle devait aussi se taper les bouquins de signatures, pour sûr qu’elle était débordée, et c’est précisément parce qu’il n’y a plus du tout de touriste. Elle aurait pu me faire signe quand elle m’a vu, me dire d’attendre, de toute façon je me dirigeais vers d’où elle est sortie de nulle part, ça ressemblait un peu plus à une caisse. Mais me faire le coup de l’étranger qui veut pas payer, ça non.

    La visite a été très agréable, je vous ferai un album quand je serai à Tokyo. Ici, je n’ai que mon vieux Macbook et il patine comme un dingue quand j’édite des photos. Ça attendra.

    On est allé ensuite à Myôshinji, et là, dans un des petits temples du complexe, tout le contraire, un couple – le moine et sa femme-, leurs enfants, très gentils, je veux dire le monsieur nous a vus alors qu’on entrait dans le jardin car à l’entrée rien n’était écrit, on ne savait pas trop si on pouvait visiter, ils nous a demandé si on venait prier, on a dit non, il nous a demandé de passer vers l’entrée tout en continuant à jouer avec son fils, et là sa femme est arrivée, elle a fait une drôle de tête en me voyant avec ma tête enturbanée avec une casquette dessus, et le masque de rigueur, et puis elle nous a donné nos billets et nous a souhaité une bonne promenade. La pluie s’est mise à tomber juste à ce moment là, c’était finalement très agréable. Quand on est sortis, le deuxième fils courait dans tous les sens et elle lui courait après, j’ai souri, elle nous a souri en nous disant au revoir. Daishin-in, que s’appelle ce temple.

    Et pour continuer dans ce périmètre, un autre jardin où nous sommes allés assez souvent, avec de très belles mousses. Le Keishun-in. Un très bel endroit avec une dame très gentille à l’entrée qui nous a souhaité une belle promenade dans un Keigo (langue de politesse) surbétonné. Go-yukkurinasattekudasaimase.

    Enfin, le Taizô-in, dans une autre partie du complexe, c’est la photo d’illustration. Le soleil est finalement réapparu pour ne plus nous quitter, on a même eu droit à un vague double arc-en-ciel.

    Toute la journée, le chant des cigales…

    Le temps passe vite mais ce séjour m’est incroyablement profitable, loin de la ville, du travail, du coronavirus, de Facebook et de l’actualité. J’espère encore dormir aussi bien qu’hier soir…

    Bonne fin de journée.

  • Avant la pluie

    Avant la pluie

    C’est le matin, le ciel est couvert avec de rares éclaircies. Quand nous sommes rentrés de Nara, alors que nous avions quitté la ville sous un soleil de plomb, nous sommes arrivés à Kyôto sous des trombes d’eau. Quelques dizaines de kilomètres séparent les deux villes mais il n’est pas rare que le temps soit diamétralement opposé, car Kyôto, un peu comme Paris, est un « bassin » et soit les nuages la contournent, soit ils s’y engouffrent. Enfin, bon, ça, c’est ma théorie.

    Il devrait encore pleuvoir cet après-midi, même si ce n’est pas tout à fait sûr. Le typhon numéro 5 s’est désintégré au large de la Corée, nous laissant avec des nuages bien gorgés d’eau qui tournent à l’orage. C’est l’été.

    J’ai passé ma première très bonne nuit depuis des mois. Pas que je dorme mal mais je sens que cette nuit le sommeil a été particulièrement réparateur. Je décharge énormément de stress dans des rêves tous plus étranges les uns que les autres et qui au réveil me laissent plutôt indifférent avec tout juste le sentiment d’avoir rêvé. Je crois même avoir pensé que j’étais en train de rêver au coeur d’un de mes rêves. Au réveil, de façon très instinctive, je me suis étiré comme le fait le chat, de tout mon long avant de me recroqueviller presqu’en boule pour le re-étirer encore une fois, cette fois-ci en faisant craquer mes doigts. Mes énergies circulent parfaitement d’une extrémité à l’autre de mon corps. Rien de tel que le temps chaud et de longues marches ainsi qu’une totale déconnection de l’actualité et des réseaux sociaux pour immédiatement habiter son corps au présent.

    temps de pose: une seconde

    Je vous en parlerai certainement plus en détail une autre fois, mais je l’écris quand même: j’ai un nouvel appareil photo. Un Olympus bien entendu, un OMD-EM1 MarkII. La marque a décidé de vendre sa division photo, et il y a trois quatre mois est sorti le remplaçant de MarkII. Le cours en occasion s’est effondré, on en trouve par dizaines et dizaines. Le miens est quasiment neuf, avec sa boite et il ne m’a coûté qu’un tiers de son prix neuf il y a un an. Je vais revendre mes Sigma (j’y reviendrai, ça a été une décision un peu difficile, mais elle est prise), mais je vais garder mon EM5 MarkII qui reste un incroyable appareil. Cependant, le EM1 MII est un appareil parfait, en tout cas pour moi. Vous avez pu voir une photo d’une pagode prise de nuit, je l’ai prise avec un temps de pose de 2 secondes, à mains levé, même pas un poil de bougé. Ensuite, c’est un capteur de 20 millions de pixels, ça permet un recadrage ici et là sans trop toucher la définition.

    Je reviendrai sur cet achat. Il est l’heure de prendre une douche et de sortir, il pleuvra cet après-midi, il me reste donc un peu de temps pour une promenade.

  • Après Nara

    Après Nara

    C’est le soir, et j’avais envie de repasser sur mon blog, la journée a été belle. Je viens de prendre une douche, me voilà rafraichi après une journée à cuire ou à étuver, je ne sais plus trop. J’ai bien dû perdre deux à trois litres d’eau, mais ça en valait la peine. J’aime me promener à Nara.
    Nara, bien que ce fut la première « vraie » capitale du Japon, la première partie pour être la capitale permanente, c’est une petite ville de province au milieu de nulle part. Quand on passe en train, on y voit des rizières, des champs de thé, c’est vert, tout vert. Il y a des forêts, des étendues de verdure encore et encore, et des toutes petites villes que la modernité n’a fait qu’effleurer.
    C’est joli, Nara, et c’est plein de temples. C’est là que le bouddhisme s’est épanoui au Japon, que les influences de la Chine et de la Corée ont marqué la culture antique avant le grand déménagement à Heian, de nos jours on dit Kyôto.
    On dit que les gens de Nara sont gentils, je n’ai pas de mal à le croire, c’est le Japon rural avec certainement quelque part encore un peu de cette haute civilisation antique, de belles manières et beaucoup de modestie, le travail laborieux et la nonchalance quand vient l’été.
    La ville était désertée, véritablement. Chaque année, après la traversée de la galerie marchande près de la gare, quand on arrive à la petite rue commerçante en contrebas, j’aime acheter un Yomogi-Daifuku dans cette boutique où la fabrication du mochi tient de l’attraction touristique. Pas un touriste, pas de fabrication de mochi, les Daifuku doivent être du matin…
    Quelle tristesse…

  • Back to basics

    Back to basics

    Il fait très chaud tous les jours, on dépasse les 35 degrés allègrement et sous le soleil on doit bien atteindre les 40 degrés ou plus. C’est éprouvant et agréable à la fois. Ça me fait le plus grand bien en tout cas, Tôkyô, le travail, le virus, les bruits du monde, tout est loin, je n’ouvre même pas Facebook ni même Instagram, je crois que c’est la première fois que ça m’arrive, être à ce point déconnecté et ça aussi, ça me fait le plus grand bien. Hier, j’ai écrit un court billet et je ne l’ai même pas partagé sur Facebook ni ailleurs comme j’ai l’habitude de le faire. Tant pis, je dois aussi ne plus du tout penser à « être lu ». Me lis qui le veut, hein…

    Hier, c’était vraiment comme un retour aux sources, Daitoku-ji mais surtout le Kinkaku-ji, le « Pavillon d’or », absolument déserté. La dernière fois, ce devait être fin 2010, le 31 décembre, après une longue journée sous la neige, il y avait un monde… Et encore cette année-là le Japon n’avait accueilli que 7 ou 8 millions de touristes, l’an dernier on a dépassé les 30 millions… Ils ont installé des espèces de portiques pour contrôler les flux, il y a du personnel partout, et tout ça est désormais totalement inutile: il n’y a personne et on est revenu à quand j’ai visité le Japon la première fois, même bien moins. Personne. Quelques jeunes tout au plus.

    Dimanche midi, un gardien qui était à l’entrée d’un parking et contrôlait la circulation devant la gare de Kyoto me fait des grands gestes comme si j’étais un crétin qui ne savait pas qu’une voiture allait passer, et puis une fois la voiture passée, je reprends la marche et il me fait un signe en me disant, en anglais, « thank you for your cooperation », j’ai cru que j’allais lui balancer un point dans le figure, à ce crétin, en lui hurlant dessus, « espèce de connard, y’a plus de touriste, dans ton pays de merde, et en plus y’a 100000 étrangers qui peuvent même pas revenir, espèce d’idiot, et puis pourquoi tu me parles en anglais, connard, ça te plairait qu’on te parle en chinois quand tu visites un pays étranger? », et puis je suis passé calmement, mon humeur emballée dans mon Tatemae habituel, un vague hochement de tête avec un vague sourire dedans en passant à côté de lui, c’est comme ça qu’on fait, ici. Connard.

    En me promenant dans le jardin du Kinkaku-ji, j’ai retrouvé la sensation de première fois au Japon, et ma fin de journée en a été totalement changée, innocente, presque. Cette absence de touristes est agréable, même si ici ou là on voit des commerces fermés qui vraisemblablement ne rouvriront pas. Moi que cela faisait presque rire il y a encore quelques jours, des fois, humeur moqueuse à cause de cette obsession pour les JO, là, ça m’a rendu presque triste car les japonais sont perfectionnistes et on peut voir qu’ils avaient mis le paquet pour accueillir du monde, et patatras. Ce n’est pas drôle, en réalité.

    Comme quoi une belle promenade loin des réseaux sociaux, loin de la ville et dans des lieux maintes fois visités, aimés, rien de tel pour nous laver du cynisme dans lequel on peut parfois se laisser enfermer pour se protéger. Il faut être blindé, des fois, au Japon, entre les sièges vides à côté de nous dans les transports, les regards en biais et les crétins « can you use chopsticks? », et puis finalement, une fois tout cela remis à sa place dans un coin de sa tête, il ne reste plus que le pays tel qu’il est, avec de bien beaux endroits et pas mal de gens finalement très agréables, tout cela dans une nature luxuriante en été.

    Le pays autrefois tant aimé est toujours là, intacte, délivré des photos Instagram, des touristes en kimono, des boutiques de souvenirs envahissantes et des guides qui vous harcèlent en vous parlant anglais.

    Je suis aux anges.

  • Kyoto désertée

    Kyoto désertée

    Il fait vraiment très très chaud, hier on a dépassé les 35 degrés, et c’est comme cela depuis plus d’une semaine dans tout le pays. C’est bien, j’adore ça, mais il faut avouer qu’avec le soleil en plus, ça brûle. J’ai donc acheté de la crème solaire, un truc dont je ne suis pas friand, mais qui va être nécessaire pour éviter de brûler.

    Kyôto offre cette année un spectacle inattendu: la ville est déserte. Plus de touristes dans cette ville qui avait fait du tourisme le coeur même de sa renaissance, et la voilà devenue allégorie de notre époque, de notre avenir, parce qu’il ne fait pas se faire d’illusion, l’âge du tourisme de masse est derrière nous, et cela même si un (hypothétique) vaccin vient à nous « libérer » du SARS-COV2.

    La ville est déserte, il y a des magasins fermés et, en passant à vélo vers le Jardin du Palais Impérial, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller regarder où en était l’hôtel dans lequel j’ai passé mes étés, mes hivers et même ce très long automne 2004, quand je suis resté 40 jours. Un poster à l’entrée annonce la terrible nouvelle: il est fermé définitivement. Je ne sais pas si je suis triste, c’est juste une sorte de coup quelque part du côté de ma mémoire, un petit morceau de ma vie qui s’évanouit.

    On a trouvé un système de location de vélos vraiment très pratique, un peu comme Vélib’© à Paris, mais privé (c’est le Japon, et puis en réalité, à Paris ce n’est pas si public que cela puisque c’est une concession). Ce n’est pas cher et on dispose de vélos 24 heures sur 24. On a pris un forfait de 5 jours. Si vous venez à Kyôto un jour (on ne sait jamais), je vous conseille vraiment la ville à vélo.

    Je suis beaucoup plus reposé que l’hiver dernier, beaucoup plus serein, mes idées ne se télescopent pas comme elles l’ont fait ce printemps, embrumées par l’incertitude. Et puis, vous écrire quelques mots comme cela, le matin, après le petit déjeuner, j’aime bien.

    Je ne vais pas me presser aujourd’hui, je connais cette ville. Hier, dans le parc du sanctuaire Heian, alors que les cigales n’arrêtaient pas de chanter, que le soleil tapait et qu’il faisait bon être à l’ombre d’un abris de bois sous les feuillages, j’ai regardé les nuages passer dans le ciel bleu, savouré une brise très douce, posé mon regard sur toute cette foisonnante verdure et j’ai pensé qu’Allah avait bien fait les choses, que la nature était absolument magnifique et que nous avions une chance incroyable de pouvoir la contempler et de mettre des mots dessus pour la raconter. Les jardins japonais comme celui-ci, avec leurs arbres et leurs plantes que rythment un petit cours d’eau, quelques rochers, c’est un plaisir tellement simple, toujours renouvelé au fil des jours, des mois et des saisons.

    C’est aussi ce qui m’est venu à l’esprit alors que je traversais le jardin du Nanzen-In, tous ces parterres de mousses et tous ces érables, si verts en été, si rouges quand l’automne touche à sa fin, et dont ils ne restent que des branchages aux formes dramatiques en hiver, c’est juste magnifique…

    Une nouvelle journée s’annonce. Il est temps d’y aller. Je vous ferai des albums de photographies quand j’en aurai le temps. Bonne journée.

  • Reset personnel, à Kyôto

    Reset personnel, à Kyôto

    Je vous reviendrai plus tard, ce soir ou demain, je ne sais pas trop encore. Je vais essayer de poster un billet par jour, comme en décembre je l’ai fait, avant le coronavirus, à l’époque où j’ai commencé à prendre l’habitude de me lever vers 6 heures, quand j’ai acheté ma flûte, quand je n’avais pas peur du lendemain comme j’ai pu l’avoir à partir de mars, peur de perdre mon travail, de rentrer en France en catastrophe, ce fichu privilège de tout penser plus vite, cette fichue habitude de dévorer de l’information et de synthétiser au quart de tour en se fichant des commentateurs et des journalistes qui finalement ne font que régurgiter l’air du temps.
    J’ai compris dès ma lecture de cette information Bloomberg alors que j’étais à Kyôto – ce devait être le 30 décembre- qu’une armoire normande nous tombait sur la tête. Je me souviens avoir pensé que beaucoup de chinois venaient au Japon. Je n’ai pas pensé à une pandémie, juste une sorte de sensation, « mince, j’espère qu’il n’y aura pas beaucoup de chinois qui viendront », et puis en même temps, cette information « un nouveau type de pneumonie », je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la première fois où j’ai entendu parler du SIDA, fin 1981, « une nouvelle maladie qui frappe les homosexuels aux USA ».
    Alors, en janvier, j’ai suivi cette actualité, et je suis masqué depuis mi-janvier. D’ailleurs, au sujet du masque, j’ai écrit ce post, sur Facebook
    « Le Gloubiboulga analphabète qui sait tout de tout et qui forme la conspirosphère alimente des crétineries toutes plus idiotes les unes que les autres au sujet du masque et dont le but est extrêmement simple: plus il y aura de morts, plus il y aura de colère, plus il y aura de colère, moins il y aura de confiance en la société, moins il y aura de confiance, plus les aberrations diverses et variées de la conspirosphère imprégneront les esprits.
Ils ont réclamé de la Chloroquine hier, ils critiquent les masques aujourd’hui, ils accuseront les états de génocide demain, ils s’opposeront au vaccin après demain, ils verront la main de groupes occultes partout et rependront leurs vérités délirantes « au nom du bien », « de Jésus » et surtout in fine « de la race blanche » car ça atterrit toujours par là.
C’est étonnant tous ces faux prophètes, tenants de vérités délirantes en ces temps troubles, ils sont le visage du mal au sens spirituel du terme, ils se nourrissent de la souffrance, de la mort, et la vie les a depuis longtemps abandonnés, la lumière a depuis longtemps déserté leurs cœurs, et les tristes foules qui les suivent s’enfouissent l’âme dans leur néant morbide…
Les mascophobes sont le juste produit de notre civilisation qui a fait de l’égoïsme le moteur même de son développement. Chfêskeujveucomjeuveu.
    Il faut beaucoup d’amour pour son prochain pour porter un masque malgré la chaleur de l’été. Il faut beaucoup d’amour pour éviter que les anciens ne meurent après avoir souffert le martyr dans un hôpital après avoir été coupés des leurs. »
    Je suis masqué, je le suis sans même qu’on me le demande car c’est comme cela qu’on fait pour se protéger et protéger l’autre de la grippe, chaque année. Ici, la grippe est une maladie presque honteuse, l’attraper, cela veut dire qu’on n’a pas fait attention, c’est un peu comme ne pas se laver les mains avant de manger ou après être allé au toilettes, c’est un peu comme garder ses chaussures à la maison ou ne pas prendre un bain avant de dormir et garder sa transpiration de la journée sur soi toute la nuit…
    Mai a été redoutable, vraiment, une boule au ventre car je n’étais plus sûr de la solidité de mon école. Je ne le suis toujours pas beaucoup, mais c’est désormais totalement digéré.
    Et me voilà à Kyôto, le coeur et l’esprit absolument tranquilles, d’ores et déjà reposés. Je vais juste remettre tout à zéro, tenter de perdre ces 9 kilos que j’ai pris depuis mars, retrouver l’énergie que j’ai laisser au fond de mon ventre, entassée quelque part où elle s’est nouée pour n’être plus qu’un poids lourd, mort, quel dommage. J’essaierai de revenir à Tôkyô prêt à me lever de nouveau à 6 heures, quoi qu’il arrive, et j’écris bien quoi qu’il arrive car j’ai compris que beaucoup risque désormais de nous arriver. Ce n’est pas grave, c’est la vie. Et raison de plus de faire ce que j’ai à faire.
    Alors, cette semaine, je vais essayer de vous partager mes promenades en photographies et peut-être même en vidéos. Vous le méritez bien. Promettez-moi juste en échange de vous masquer pour protéger les autres, de faire attention à vous. Car il n’y aura finalement que nous pour prendre soin de nous.