Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Après la lune

    Après la lune

    (écrit jeudi mais mis en ligne vendredi)
    Chassez le naturel… Réveillé fort tard, ce matin, vers 9 heures, mais aussi pour la première fois depuis des semaines, une nuit complète de sommeil sans me réveiller dans la nuit, enfin si, juste une fois, vers trois ou quatre heures, et sans cette impression d’être frigorifié par la climatisation. Dehors, ce n’est plus de la chaleur, mais une étuve. La nuit, l’humidité atteint des sommets car nous avons un typhon qui longe la partie ouest du Japon en nous renvoyant son humidité ainsi que des pluies sporadiques, de très courtes averses, maintenant, avec la chaleur, une humidité qui étouffe littéralement dès que l’on met un nez dehors, et qui est juste insupportable dans nos maisons pas du tout étudiées pour ça. Les Japonais ont adopté la maison à l’européenne, fermée, où l’air circule peu, et c’est une bêtise sans nom, absurde. L’ancienne maison japonaise était ouverte de partout, l’air pouvait, au moins, y circuler et atténuer la sensation de fournaise. On est véritablement obligé d’utiliser l’air conditionné, ici. Je me contente du « déshumidificateur » de ma climatisation, ça consomme nettement moins d’énergie, mais ça n’enlève pas cette sensation de « frigo ». Toutefois, la nuit dernière, c’était visiblement la bonne formule car j’ai finalement bien dormi et je n’ai pas de courbatures ce matin, preuve que je ne me suis pas trop retourné durant la nuit.

    Et donc, si ce matin je n’ai pas de sensation de grosse fatigue au réveil, je le doit à un sommeil profond qui m’a conduit à n’ouvrir les yeux qu’à 9 heures passées après m’être couché vers une heure, ce qui est un peu tard, je le reconnais.

    J’écris ce journal même si je n’ai rien à y écrire, c’est bien. Bon, je ne suis pas très sûr pour vous car vous devez subir une prose d’une incroyable platitude, des histoires de sommeil et de climatisation qui n’ont absolument rien d’intéressant, un interminable monologue. Mais de mon côté, c’est un geste salvateur, mon travail, pour tout vous dire. Un travail et pour être plus exact, c’est ce qui me permettra de quitter le Japon et rentrer en France par la très grande porte. Si si.

    Je continue à manger très sainement, hier soir, ça a été une omelette aux champignons de Paris, avec plein de champignons, et j’ai pu constater que pour le moelleux, le lait de soja marche aussi bien que le lait de vache. Une grande salade verte, et une salade composée, je me suis régalé, mais j’ai au bout d’une heure constaté que je suis toujours en sevrage de sucre. J’ai eu une énorme envie de sucré. Pas que je me gavais de sucre avant, mais depuis un an, j’avais pris l’habitude de manger du pain, le soir, de grignoter quelques dattes et quelques figues et parfois manger les gâteaux et chocolats que mes étudiants m’offrent en abondance. J’ai une boite de biscuits sablés normands qu’on m’a donnée, j’ai des Yokan (une sorte de gelée à la pâte de haricots rouge sucrés), tout plein, que d’autres m’ont offertes, je n’ai pas besoin de vous faire de longues explications, leur présence s’est faite insistante tout au long de la soirée. C’est ça, le sucre, et le pire est qu’une fois qu’on a dévoré du sucré (et j’écris bien dévoré car ici il ne s’agit de rien d’autre), il ne reste que de la culpabilité et aucune satisfaction. Alors, je ne craque pas. À la place, j’ai pris une douche bien longue, j’ai fait ma vaisselle et bu beaucoup d’eau gazeuse.

    J’ai continué à travailler sur (tabou), j’ai relu d’anciens passages et j’ai compris ce qui ne me plaisait pas. J’ai aussi continué à travailler sur Pierre. J’ai relu mon billet d’hier et j’ai constaté en me lisant que quelque chose étaient en train de changer dans mon écriture, oh, n’allez pas chercher cela dans mon billet d’aujourd’hui, je l’écris sous la contrainte avec un pistolet sous la tempe, écris, j’te dis, mais ici et là dans des billets récents, j’ai perçu un changement, pour le mieux, quelque chose de plus fluide, de plus libéré, moins contraint, de plus personnel et de plus intime, non pas dans le contenu mais dans l’écriture elle-même, une sorte de liaison directe avec ma pensée, ce que je fais d’ailleurs en ce moment, mais comme je suis ici en mode bavardage, j’imagine que pour vous ce doit être absolument insupportable, he he he

    Oui, donc, en me relisant, et en écoutant je ne sais plus trop quel programme, j’ai pensé que je ne lisais pas assez, et pas de façon assez variée, et que cela aussi devrait être un de mes nouveaux chantiers, lire plus, beaucoup plus, et m’y contraindre avec la même force que je me contrains à ne pas manger de sucre même et surtout si je donnerais tout pour un carré (qui deviendrait vite tablette) de chocolat, et avec la même détermination que je me force à écrire un billet par jour pour me rappeler à mon obligation personnelle d’écrire pour ne pas oublier de travailler. Oh la la, je ne vous explique pas comment cette phrase à été compliquée à écrire, je l’ai lue, relue, cette histoire d’écriture et de chocolat ne sortait pas du tout de cette façon au départ et je m’y suis noyé allègrement, ce qui prouve que j’écris bien un pistolet pointé sur la tempe, écris, je te dis, allez, écris!

    Cet après-midi, c’est jeudi. Je hais les jeudis. C’est une journée longue, contraignante, c’est mon milieu de semaine, c’est le jour où je prends le plus conscience du caractère répétitifs de mes semaines, du caractère absurde de ce que je fais. Chaque semaine est more or less of the same stuff.

    J’ai finalement pris rendez-vous chez un ophtalmologiste. Cela fait des années que je n’en ai pas vu un. Des dizaines d’années. Je dois porter des lunettes à cause de ma presbytie mais je les fais faire directement dans la boutique où j’achète les lunettes. Cette année, je veux de vraies lunettes, je veux avoir les yeux véritablement examinés, et je compte me faire faire deux paires, une pour la maison avec le filtre lumière bleue parce que je les utiliserai principalement face à mon ordinateur, et l’autre paire avec variation pour qu’elles filtrent un peu si je lis au soleil. Une monture pas chère et une monture qui me plaît.

    C’est important, quand on lit, quand on écrit, d’avoir des lunettes parfaitement ajustées et le fait que je me sois contenté de lunettes sans aller voir un ophtalmologiste, bien que les yeux aient été vérifiés, montre bien le peu de considération que j’ai pu accorder à ce qui est un de mes outils essentiels. Voilà qui sera réparé.

  • Septembre

    Septembre

    « Tu te rends compte, il y a des centaines de millions de personnes qui rêvent d’être là, et nous, on y est »

    Une année, ça passe très vite, et avec les ans, on comprend qu’avec les ans, c’est la vie qui s’effeuille lentement, qu’elle s’en va aussi vite qu’elle vient, et qu’un jour elle partira pour de bon aussi rapidement qu’elle est venue. Je vais avoir 55 ans ce mois-ci, c’est un certain âge, c’est un âge certain qui m’engage désormais irrémédiablement vers mes 60 ans, un âge que je n’aurais jamais soupçonner approcher dans mes jeunes années. Pas que je voulais mourir, non, mais plutôt, quand on est jeune, à moins d’avoir de sérieux problèmes, on ne peut imaginer avoir 60 ans, être vieux.

    Ma jeunesse a été un tourbillon où je ne contrôlais rien, ma trentaine a été un moment où je voulais tout contrôler de peur que tout s’échappe et finalement, depuis mon installation au Japon, j’ai enfin appris à vivre au présent, à jouir du moment sans tout chercher à contrôler ni sans perdre pied. Il y a bien eu des moments où j’ai cru perdre pied, comme ces deux fois où j’ai perdu mon travail, ou bien juste après le séisme de 2011, mais très étonnement, j’ai su garder le cap et j’ai utilisé cette capacité à « tout vouloir contrôler » pour ne pas baisser les bras et m’avouer vaincu comme j’aurai pu vouloir le faire quand j’étais très jeune.
    Et puis depuis plusieurs années, ce doit être ça, la maturité, je me fais aux évènements même quand ce sont eux qui me font, c’est à dire que je transforme un donné. Je ne subis pas, je choisis. Par exemple, je peux très bien perdre mon emploi, on est dans un moment rempli d’incertitudes, eh bien vogue la galère. Ma santé pourrait très bien se détériorer, eh bien c’est la vie.

    Avec la chaleur, avec l’air conditionné qui me frigorifie la peau sans même rafraîchir mon corps, la nuit, chaque matin mes yeux s’ouvrent très tôt, et dans un demi-sommeil interminable, je fais des rêves d’une simplicité et d’une signification transparente incroyable, ils me révèlent mes appréhensions, le départ du Japon ou bien mon âge et ma présence dans un Paris qui ne m’appartient plus et que je ne reconnais pas. Ces rêves qui me laissent des questions envahissant ma conscience pendant plusieurs interminables secondes ainsi qu’un goût particulier dans la tête pendant toute la journée voire durant plusieurs jours, ils ne m’effraient pas, j’aime au contraire apprendre à vivre avec eux car ils m’obligent à moi-même. Ils me rappellent que le temps a passé mais qu’il n’est pas encore passé, qu’il y a un après à ce présent dans lequel je suis. Ils m’aident à regarder ma situation avec lucidité et me disent à moi-même que je n’ai plus beaucoup de temps, « vas-y Madjid, tu sais ce qui est devant toi, alors vas-y ».

    Alors ce matin, j’écris ce billet, ce sera un court billet car au lieu de travailler, j’ai regardé un épisode de Miss Marple sur YouTube. Confession. Oui, il m’arrive de buller et de ne vouloir rien faire, mais ce matin, alors que je regardais cette aventure, un meurtre bien entendu, je me suis dit que ce serait bien d’arrêter de me mettre sur mon sofa comme je le fais après avoir déjeuner, et de mettre YouTube comme on mettait la télévision à la maison.
    Hier, au travail, ou plutôt en allant au travail, j’avais le sentiment de faire quelque chose de vain, d’inutile. Ce n’est pas un sentiment nouveau, mais c’était profond. Je ne suis certainement pas le seul à « vivre » son travail plutôt qu’à le faire, nous sommes des centaines de millions à travailler pour payer les factures et, quand on accède à cette illusion de satisfaction, la « classe moyenne », pour s’acheter ces petits extras qui nous font croire qu’on fait quelque chose ou qu’on a réussi quelque chose. Mais la réalité, c’est que dans les transports, au seuil du travail, ces petites choses s’évanouissent pour ne laisser qu’un goût d’inaccompli. Enfin bon, j’écris pour moi, vous, je ne sais pas…
    Mon ami Tarika et moi, nous en parlons souvent. Elle et moi, en plus, nous avons eu à faire à une « erreur de programmation », à une erreur statistique, puisque nous sommes « sortis » de milieux sociaux qui ne nous prédestinaient pas à tenter l’aventure, la bohème. Tarika devait devenir secrétaire, et moi employé de bureau. Cols blancs, maison à crédit sur 25 ans, mariage et enfant pour elle, mariage gay en costume Zara pour moi. Retraite. Diners entre amis autours d’une bonne bouteille de temps en temps. Collègues au bureau, sandwich rapide le midi.

    Et puis non, je vous dit, une erreur de programmation, il a fallu qu’on regarde les choses autrement. La voilà danseuse indienne, fins de mois difficiles, boulot constamment à remettre sur la table, et en même temps des invitations dans des ambassades, des voyages en Inde accueillie par des maitres de danse renommés et inégalés, une vie de bohème avec son combat au jour le jour et des montagnes de beauté. Me voilà au Japon, dans une vie que je me suis choisie, faisant des promenades au moins aussi belles que celles que je faisais autrefois dans Paris, comme quand je dis à Nicolas, un soir, alors que nous venions de regarder « La naissance de l’Amour », de Sueur, dans l’aile française du musée du Louvres, juste après que nous nous fûmes approchés d’une fenêtre qui donnait sur la pyramide de Pei, « Tu te rends compte, il y a des centaines de millions de personnes qui rêvent d’être là, et nous, on y est ».

    Devant nous, il y avait le Louvres, la pyramide, le jardin des Tuileries, et au loin les Champs-Élysées, et puis à gauche on apercevait la Tour Eiffel… Vivre au Japon, à 5 minutes du Sensô-ji, c’est un peu la même chose, à part que je l’ai choisi. Et puis même si pour le moment on ne peut pas dire que j’ai été très productif en matière littéraire, je n’en demeure pas moins un vétéran du blog. J’ai touché à tout, fait beaucoup de chose, et rien fait de grand parce qu’au fond de moi je n’y ai jamais cru. Je veux dire, en moi, que je puisse faire quelque chose à moi, de moi, propre à moi et qui me mette à la même auteur que des auteurs ou des personnalités que j’aime, que j’admire, que je respecte. Tarika a le même complexe, on a toujours une bonne excuse quand en réalité, à notre niveau, le seul problème que nous ayons, c’est nous-même.
    C’est cela, que mes rêves me disent en ce moment. Ils me montrent le chemin sur lequel je suis, ils me disent quelle est ma route pour le moment et par la même ils me rappellent qu’il est toujours temps, et quand je vous écrit que depuis mon voyage en 2015 je rêve d’habiter dans le 14e arrondissement, ils me disent que j’appartiens à cette vie si je le désire, qu’il n’y a aucune raison qu’il en soit autrement. Ils me disent que je ne serai pas homeless, ils cassent les excuses que j’ai bâties au fil des ans, et ils me montrent en revanche les vraies questions qui se posent, ou plutôt la seule vraie question. What next?

    C’est septembre, je vais avoir 55 ans. C’est septembre, et c’est vraiment la rentrée.

    Vivre au Japon, à 5 minutes du Sensô-ji, c’est un peu la même chose, à part que je l’ai choisi.
  • Corona, Japon, soleil, et Obono

    Corona, Japon, soleil, et Obono

    Coincé au Japon. Depuis 5 mois, tout retour au Japon était impossible pour les étrangers qui avaient quitté le pays pour une raison ou une autre. Cette interdiction disparaitra le 1er septembre, date à partir de laquelle les étrangers qui étaient bloqués et ne pouvaient rentrer pourront enfin revenir. De même, il nous sera enfin possible de voyager tout en étant assurés de pouvoir rentrer.
    Mais. Quand on regarde les conditions et restrictions, on comprend bien qu’il est en réalité quasiment impossible de voyager normalement. Il y a des délais, des quotas, des autorisations préalables à obtenir pour une date précise et qui peuvent être refusées, ce qui veut dire qu’il est quasiment impossible d’acheter un billet d’avion, puisque l’autorisation peut être refusée, et il est également impossible de demander ladite autorisation à l’avance, puisque si celle-ci est validée, rien ne garantit qu’il restera des places dans l’avion.
    Je suis donc coincé, comme des dizaines de milliers d’autres avec moi, au Japon. Longue conversation hier soir avec mon ami Thomas qui concluait « pourquoi pas acheter un billet simple ». Oui, ça resterait une possibilité, mais je n’y suis pas prêt du tout. Mais c’est vrai que c’est une des solutions les plus rationnelles à cette situation délirante dans laquelle nous sommes, piégés. Rentrer.

    C’est dimanche aujourd’hui, et il fait incroyablement chaud. On prévoit 36 degrés à Tôkyô. Les experts prévoient un été qui s’étendra jusqu’à la mi-automne suivi d’un hiver précoce. Je ne sais pas trop sur quel modèle ils se basent, l’an dernier ils prévoyaient un hiver incroyablement froid, et on a fini par avoir un hiver relativement doux qui a trainé en longueur. Chaque année, ils y vont de ces pronostiques qui se retrouvent démentis. Ce qui est sûr, c’est que cet été est le premier été de ce type que je suis amené à vivre depuis que je suis venu m’installer ici. La « saison des pluies » (qui n’en est pas une mais bon) s’est éternisée jusque début août, je crois même qu’il n’y a eu qu’un jour de soleil en juillet. L’ouest du Japon a essuyé des pluies diluviennes exceptionnelles avec leurs affaissements de terrains, une centaine de morts, des inondations à répétition. Et puis d’un seul coup il s’est mis à faire beau et nous traversions une canicule assez inédite. Normalement, chaque année, vers le 20 août, il y a une gros orage, et à partir de ce jour là les températures perdent 5 à 10 degrés. Elles remontent ensuite mais les nuits se font moins chaudes et régulièrement des orages et des pluies abondantes viennent rafraichir les températures. Rien de cela cette année, il semble qu’on est parti pour du beau fixe avec des températures supérieures à 30 degrés jusqu’au 15 septembre minimum. Bon, ça ne tient pas compte d’un possible typhon, mais ça donne une idée. Et puis aussi, assez spécial, c’est une chaleur assez sèche, avec une sensation de soleil « qui brûle ».
    Si c’est ce à quoi doit ressembler l’été à l’avenir, le Japon va vite devenir une sorte de désert car la végétation ne survivra ni aux pluies diluviennes, ni à cette chaleur sèche, ni à ce soleil, ni à cette sécheresse. Et on finira également par avoir des pénuries d’eau malgré des inondations… Le Japon a besoin d’un été humide pour le riz, pour les légumes, et surtout pour ses arbres et plantes qui y sont habituées.

    C’est dimanche et je vais sortir dans une heure. Je pense qu’on va aller se réfugier au parc de Shinjuku, à l’ombre, sur la pelouse. Envie de paresser et me reposer tout en profitant de l’air. On est masqués tout le temps, avec la chaleur, c’est une sensation de sueur, de chaud, alors être à l’air libre dans un parc, c’est agréable. Je ne crois pas que j’emporterai mon appareil photo avec moi, l’iPhone suffira.

    J’ai écrit hier un post au sujet de la couverture et de l’article de Valeurs Actuelles qui a réalisé une opération médiatique parfaite, avec beaucoup de bruit (et Balzac l’écrivait il y a près de 200 ans dans Illusions Perdues, pour un livre, ce qui compte, c’est qu’on en parle, en mal ou en bien). Mais c’est aussi en parfaite connaissance de cause que j’ai écrit, et que je partage ici ce que j’ai écrit, car il y a des limites qu’on ne peut pas franchir sans réagir. Et pour tout dire, ce ne sera pas tant à Valeurs Actuelles que j’en voudrai le plus, ils sont ici totalement à leur place, bien au fond de la fosse septique, en train de racler les parois et de rajouter quelques une de ces déjections qui visiblement leur procure la satisfaction du travail bien fait, comme en atteste leur mise au point au sujet des réactions à leur couverture.
    Non, ce qui me choque le plus, ce sont tous ces indifférents, toute cette gauche morale qui renvoie dos à dos le magazine et sa victime jetée en pâture une chaine autours du cou. Sartre a écrit qu’on n’avait jamais été aussi libre que durant l’occupation. Entendre, non pas de cette liberté factice qui consiste à faire ce qu’on veut, mais de cette liberté qui consiste à pouvoir choisir ce que l’on fait de sa vie, où on se situe. Il y a eu celles et ceux qui ont choisi d’être avec l’occupant, de collaborer, de dénoncer des juifs, et ceux-coi l’ont fait sciemment, librement, et ce choix a donné un sens à leur vie. Et puis il y a eu celles et ceux qui ont refusé, il y a eu cette cinquantaine de députés, dont Mendès-France âgé de 23 ans, de Blum et de quelques autres qui ont tenté de fuir pour constituer un gouvernement en exil qui disputerait la légalité du gouvernement de Vichy, il y a eu De Gaulle, il y a eu des gamins et des gamines de 15 ans qui ont refusé, qui sont entrés dans la résistance, ont donné leur vie, leur amour de la liberté, et ils l’ont fait librement, et cela a donné un sens à leur vie à tout jamais. Les collabos et les résistants.
    Et puis il y a eu les indifférents. Il ne s’agit pas de gens simples, ouvriers ou paysans, dont le quotidien se ployait dans la difficulté et qui, au passage, ont parfois fait montre de gestes héroïques au quotidien, planquer un résistant, adopter un enfant juif. Et cela aussi, c’est une manifestation de la liberté, d’un choix qui engage à vie.
    Non, les indifférents, ce sont celles et ceux qui savaient, qui avaient quelques possibilités de faire et qui n’ont rien fait, frappés dans l’élégance du pessimisme ou pire, en renvoyant le bourreau et la victime dans une sorte d’impossibilité ontologique à « choisir entre un communiste et un collabo », l’esprit tout empli de nostalgie pour le ronron du monde d’avant les grèves de 1936 et la débâcle de 1940. La vieille France de Roger Martin Du Gars. Icels que Sartre a appelé les salauds.
    Oui, le pire, ce sont les salauds, icels qui refusent de choisir entre « ce torchon Valeurs Actuelles » et « l’indigéniste islamo-gauchiste » Danièle Obono en regrettant le bon vieux temps où les questions de racisme étaient traités comme il faut, tranquillement, avec une chanson de Khaled, un concert des Potes, une comédie avec Isaac de Bankole et Josiane Balasko.

    Allez, j’ai écrit ça sur Facebook hier, et pour ne pas le perdre, je le laisse ici avant qu’il ne disparaisse dans les méandre sans fond de l’internet…

    Bon dimanche.

    « Danièle Obono représentée en esclave dans le torchon d’extrême-droite Valeurs Actuelle, cette fosse septique de la réaction et dont certaines idées « républicaines » irriguent le « débat ». L’article est à l’avenant.
    Et tout cela la même semaine où les chochottes réactionnaires jouent les vierges effarouchées parce qu’enfin son éditeur français change le nom « Dix petits nègres » conformément à la révision opérée par l’auteure elle-même et après maintes pressions des héritiers, faisant de la France le dernier pays à purger l’édition de cette injure.
    «Le nègre vous emmerde !». Aimé Césaire.
    Un écrivain visiblement « racialiste et séparatiste », pour reprendre la formule de l’inculte ministre du gouvernement réactionnaire, Jean-Michel Blanquer.
    Arabes, musulmans, noirs, asiatiques, Rroms et même Juifs sont régulièrement renvoyés à leurs origines même et surtout quand ils se soulèvent contre le système politique, l’oppression, les inégalités, le racisme qu’ils subissent et la violence qu’ils vivent parfois au quotidien, qu’elle soit politique, verbale ou symbolique. La société leur refuse l’exercice d’une pleine citoyenneté, celle dont jouissent Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélanchon ou Olivier Besancenot, que la réaction éventuellement accusera d’anti-France mais sans jamais remettre en cause la légitimité politique de leurs critiques.
    Finalement, les vrais indigénistes ne sont pas icels que l’on croit, Houria Bouteldja par exemple, ou Françoise Vergès.
    Les indigénistes, ce sont icels qui par leurs positions, leurs propos et leurs insultes, en niant la réalité de l’habitus raciste de la société française, en renvoyant constamment toute critique formulée qui ne rentrerait pas dans le cadre du statuquo par un noir, un arabe, un musulman, un Rrom, un asiatique et même un juif, à la représentation fantasmée de ses origines, perpétuant ainsi ce status de citoyen de seconde zone, le nègre qui danse bien et l’arabe toujours souriant, l’asiatique qui ne se plaint pas et le juif qui garde tout pour lui. L’indigéniste, c’est celui qui perpétue l’indigénat.
    Et Valeurs Actuelles en fournit un très bel exemple. »

  • Pierre…

    Pierre…

    Levé à 7 heures et demie ce matin, un peu tard mais pas trop puisque je suis rentré du travail à 21 heures 30 passées. J’ai diné puis mis mon deuxième billet d’hier en ligne, j’ai changé mes photos de couverture sur Facebook puis j’ai repensé à Julien, mort l’an dernier, et j’ai reposté le billet que j’avais écrit pour lui. Il revient dans ma mémoire régulièrement, son absence.

    Ce matin, je l’ai relu, ce billet, et je n’ai pas pu m’empêcher de beaucoup pleurer. J’ai constaté que le lien vidéo ne fonctionnait plus, alors j’ai recherché une autre interprétation de l’ouverture de la Passion selon Saint-Jean, et j’ai laissé couler les larmes qui ne voulaient plus s’arrêter, je me suis senti ridicule, là, tout seul dans mon coin, coupé de tout et rongé par l’absence, l’absence de tout. Vous me manquez, mes amis, je nous vois vieillir et gagnés par la mort à petit feu et je ne peux même pas partager quelques instants de ce temps qui nous reste.

    Je me suis forcé à écrire hier matin, le résultat est incroyablement mauvais, décevant, c’est toujours comme ça quand je n’écris plus durant longtemps, mais tout au long de la journée l’écriture ne m’a pas quittée. J’ai eu un éclair, une histoire, un rêve, une intuition, je ne sais pas, alors que j’étais sur mon vélo, à Kyôto, une idée appelée Pierre. Ça me plait bien, Pierre. Dans les Évangiles, le premier nom de Pierre est Simon, mais Jésus lui dit qu’il l’appellera désormais Pierre et que sur cette première pierre il bâtira son église. Un joli prénom, mais c’est un peu comme beaucoup de prénoms en Islam, c’est difficile à porter, symboliquement. C’est pour cela que la plupart des musulmans s’appellent Abdl, « le serviteur de », tout de suite, ça adoucit cette injonction platonicienne à porter un concept moral. Je m’appelle Madjid, et Madjid c’est « la Grandeur/ la Magnanimité », une des 99 qualités de Allah. Alors n’en plus être que le serviteur, ça adoucit immédiatement.

    Je ne sais pas si tous les catholiques en France savent que Pierre est la première pierre de l’Église…

    L’idée de l’appeler Pierre m’est venue après avoir pensé à lui sur mon vélo, je ne sais pas trop quand, mais j’ai aimé son histoire et le prénom s’est imposé de lui même, il m’a enfin offert l’autre angle que je cherchais, et je crois qu’il m’ouvre des perspectives. Je ne crois pas, j’en suis sûr, elles se sont déroulées toutes les unes après les autres. Voilà, je vous présente Pierre en quelques lignes jetées en vitesse hier après-midi,

    « Il fait demie-tour. Il reprend sa marche, il a une vague envie de partir, je ne rencontrerai jamais personne, personne ne voudra jamais de moi. Il marche tout droit et plus il marche plus il se sent raide, rigide, il voudrait courir, il se sent rouillé. Il a envie de pleurer. Il se rapproche de l’Orangerie de nouveau, des échos de la conversation parviennent à ses oreilles, toujours l’espèce de rocker qui bavarde. Au lycée, il y a un mec comme lui, mais il n’est pas comme ça. Et puis il entend,
    – Tiens, revoilà la nouvelle!
    – Elle à un balais dans l’cul, la chérie, on dirait qu’elle peut pas marcher!
    Ce sont les deux garçons un peu en retrait qui ont parlé, il y a quelques rires. L’espèce de rocker voudrait recommencer à parler mais le jeune garçon noir se lève et vient dans sa direction. Pierre a envie de fuir.
    – Ça va?
    Pierre n’arrive pas à répondre, et en même temps, tout à coup il a envie de se joindre à leur groupe, une envie folle. Soudain il se sent seul et en même temps il sait qu’il n’est plus seul.
    – Ça va? C’est la première fois que tu viens?
    – … Euh… Oui!
    – Ben viens, je vais te présenter! Moi, c’est Marie! »

    Voilà, c’est Pierre, et il a 17 ans. Et il m’apporte exactement ce que je cherchais depuis des années que je bute sur un truc. C’est toute sa vie qui m’est venue à l’esprit en un éclair, sur mon vélo, et c’était ce dont j’avais incroyablement besoin.

    Il fait beau, dehors, j’ai fait une lessive car le week-end approche, je vais faire du ménage pour la même raison. Le weekend, c’est une sorte de Tornade Blanche Monsieur Propre, arrive le vendredi soir, et déjà c’est le samedi très tôt, se lever, se préparer, prendre le métro vers 7 heures 30 et arriver vers 8 heures 50, une journée express et c’est la fin d’après-midi, je retrouve Jun, je fais la cuisine, on dine, on bavarde, on regarde un épisode de quelque série, et puis Jun repart, je mets un peu de musique, je regarde une vidéo ou je lis un truc, je prends une douche, je me couche, et c’est dimanche. Et Lundi, je travaille.

    C’est pour cette raison que repousser le plus tôt possible l’heure à laquelle je me réveille est important.

    À propos du débat à 1 centime au sujet du changement de nom de « Dix petits nègres », qui sera désormais appelé « Ils étaient 10 », je dédie cette vidéo du bon vieux temps où dans une pièce de théâtre à succès et acclamée par tout l’arrière banc de la réaction, du RPR et du FN, il était de bon ton dans une même tirade de 1 minute, de déblatérer tous les clichés homophobes possibles et inimaginables pour illustrer à quel point la « Pauvre France » était tombée bas.
    Chronique du racisme ordinaire le plus abject. A la même époque, Michel Leeb tordait la France de rire avec des sketchs qui font du black-face un exemple de bon goût…

  • Et puis aussi…

    Et puis aussi…

    Métro, vers 13 heures. Dehors, un temps pas possible, humide, moite, poisseux, une cocote minute géante. J’ai écrit un billet ce matin, entamons l’écriture d’un second. Ça fait longtemps en effet que je ne le fais plus, écrire dans le métro, ça a été pourtant un truc que je faisais régulièrement autrefois. Dans le métro, je ne parviens pas à lire, mais écrire m’est incroyablement facile, je parviens à isoler ma pensée, je me réfugie dans mon monde et les mots sortent tranquillement.

    Quand je suis sorti de chez moi, tout à l’heure, la chaleur était étouffante, la pluie venait de s’arrêter, le sol était encore humide, les nuages cédaient la place à un ciel limpide recouvert ici de nuages blancs, là de nuages gris et ailleurs, parsemé de légères traînées blanches. Cette humidité, c’est celle de la fin de l’été, très différente de la saison des pluies en juin car en juin on sent bien le soleil brûlant alors que désormais c’est l’air qui est chaud. C’est une saison que j’aime bien même si elle est très éprouvante car il faut utiliser la climatisation, et l’air conditionné me donne des courbatures aux épaules ainsi qu’une sensation de corps lourd, le matin.

    Vous me direz, mais pourquoi donc utilises-tu la climatisation? La réponse est simple.

    Les maisons japonaises anciennes étaient ouvertes, parois coulissantes autours, parois coulissantes dedans, en été l’air y circulait. De nos jours, il stagne dedans, et la chaleur monte. Avec l’humidité on a carrément l’impression que la peau brûle. Chaque année, des centaines de personnes meurent chez elles de la chaleur, et je pense que l’importation d’une architecture venue de pays bien moins chauds y est pour quelque chose. Voilà pourquoi la climatisation est nécessaire.

    Le train vient de sortir de son tunnel. C’est un train de la ligne Tôkyû qui traverse Tokyo en tant que métro. Je jette un coup d’œil aux nuages et c’est incroyable la variété de formes, de textures apparentes en cette saison, c’est un peu comme un télescopage. Le ciel est magnifique avec un bleu profond, le bleu de l’été encore, très vif, avec cette dominante « jaune » dans la lumière. Encore un mois comme ça, et puis…

    Cet été, la météo a été abominable. D’abord une interminable saison des pluies, particulièrement dans l’ouest du pays où plus d’une centaine de personnes ont perdu la vie dans de très violentes chutes de pluies. À Tôkyô, il a plu quasiment tout le temps en juillet, et quand il ne pleuvait pas, il faisait gris. Avec le coronavirus, ça a été d’un déprimant incroyable, surtout qu’alors l’épidémie est repartie. C’est pour cela que j’ai eu besoin d’une coupure, de vacances, bien plus que les autres années.

    Alors les prix des fruits et légumes cette année se sont envolés. J’ai vu des paquets de 4 pommes de terre de taille moyenne à près de 3 euros quand il y a deux mois on les trouvait à même pas un euro. Trois carottes à 2 euros, trois tomates à deux euros… Il semble qu’on soit enfin en train de revenir à des prix plus habituels mais ça reste plus cher. Pour moi qui aime manger des légumes, c’est vraiment pas une bonne nouvelle quand au même moment je continue de vivre une baisse de salaire liée au coronavirus. Pas importante, mais quand même.

    D’un autre côté, comme je ne vais plus au restaurant du tout quand Jun vient le week-end, j’économise pas mal de ce côté là. Et puis j’ai découvert que la fonction « déshumidificateur » de la climatisation rafraîchissait autant que le fonction « climatisation » et nécessitait bien moins d’électricité. J’ai eu le mois dernier ma facture d’électricité la moins chère pour un plein été.

    École, vers 14:35. J’ai donné une leçon, la prochaine est à 16:30. Beaucoup moins de travail depuis plusieurs mois, on a même eu un passage à vide d’environ deux mois où la plupart des étudiants ont annulé, et puis depuis deux mois ils reviennent, mais on reste à environ 60%. Il y a un programme de soutien pour un an je crois, un peu comme du chômage partiel, et c’est pour cela que j’ai une coupe dans mon salaire. En gros, j’ai moins d’heures travaillées, et quand je ne suis pas à l’école car je n’y ai pas de classe, je suis payé 60%. Je crois aussi que l’état paie la part employeur de la protection sociale. J’attends septembre avec impatience et un peu d’appréhension aussi car ça va vraiment être le mois où on verra si les étudiants reviennent ou pas. S’ils reviennent et qu’on atteint les 80%, on sera sur la bonne voie, s’ils ne reviennent pas, il y aura certainement des conséquences. J’ai une certaine appréhension mais j’ai digéré cette éventuelle situation.

    Si aujourd’hui je mets deux billets en ligne, si depuis lundi mon régime alimentaire est parfaitement recadré, que pourrais-je rajouter demain pour donner à cette semaine quelque chose en plus, de l’ordre d’un progrès? Me lever vers 6 heures, peut-être. Et prendre ma flûte. Je n’y ai pas touché depuis l’achat: elle est arrivée mi-février et puis très vite il y a eu ce virus et j’ai eu l’esprit retenu ailleurs. Le virus, l’économie et la finance, la politique… Concernant la politique, les intuitions étaient parfaitement justes, au passage, et ce n’est pas fini car l’automne et l’hiver, entre la récession qui arrive, le chômage qui va s’envoler, le virus qui semble s’installer avec les restrictions qui vont avec, avec l’hystérisation du débat (le dernier en cours, le changement de titre du bouquin de Agatha Christie 10 petits nègres, et toute cette hystérie digne des pires comiques troupiers de droite à la Jean Lefèvre, « pauvre France » « ma bonne dame, gna-gna-gna), la mousse médiatique autours du Harlequin de la philosophie testostéronée Michel Onfray, avec sa bande de vrais mecs bien ringards, ça va être chaud. Imaginez, un pseudo-élève de Paul Ricoeur d’un côté, pur produit hybride du marketing, du vide idéologique de notre temps, des intérêts de quelques grandes fortunes et d’une ambition dévorante, le candidat de la droite Orléaniste Emmanuel Macron d’un côté, et en face un pseudo-philosophe, qui a écrit 2 fois plus de livres en 20 ans que Nietzsche, Balzac et Hegel réunis en une cinquantaine d’années, le roi de la compilation de bouquins qui réduit la pensée à une pochette surprise qu’on trouve au hasard à l’entrée des toilettes d’un café de quartier… Ça en ferait, un beau débat de deuxième tour.

    Vous allez adorer l’automne, entre virus, chômage de masse et visite régulière de la fosse septique politique.

    Le plus marrant, c’est qu’ils sont tous les deux de droite, réactionnaires, mais l’un ce sont les banquiers et l’autre c’est la réaction, la vraie, bien faisandée, chuif’frrrancêê, moi!

    Au Japon, ce sont déjà les mêmes qui sont au pouvoir, mais avec une petite différence: ils gouvernent ensemble, ce qui est un peu logique finalement.

    Tout ça pour dire que oui, je ne me suis pas trompé du tout, on y va tout droit, c’est en vitesse automatique et maintenant c’est un peu comme à la foire, on klaxonne, et puis on chante, et on picole un bon coup en appuyant sur le champignon. La classe moyenne va se réveiller avec un de ces maux de crâne, alors, elle qui rêvait du centre… en focalisant sur l’Islam, les incivilités des jeunes de cités, des racailles, le voile, tout en martelant, à coup de baisses d’impôts dépensées aussitôt en alimentation bio et équitable qu’il faut s’adapter et que les prolo ne veulent pas comprendre, qu’il faut savoir faire des sacrifices… Ils ne veulent pas voir qu’au fond d’eux, ce qui les écœure chez Zemmour, ce n’est pas ce qu’il dit, c’est qu’ils le dise parce qu’en réalité, et chaque jour je le constate dans des contacts Facebook, ca fait belle lurette qu’ils sont devenus aussi réactionnaires que Zemmour, avec leur crispation républicaine et leur acceptation de tous les grignotages de nos libertés publiques dans un rétrécissement sans fin de l’espace démocratique. Après tout, c’est la classe moyenne qui a choisi Pétain, la bourgeoisie, seule, n’aurait jamais pu l’imposer. Les rentiers. L’ordre. Le calme. Les traditions.

    Bon, le soleil tape, dehors. Si demain matin je parviens à me lever réellement à 6 heures ou même avant, alors, j’ai pas mal de travail qui m’attend et ce sera alors une belle journée.

    Rajout avant publication, ce soir. J’ai enfin commencé à écrire un truc important. J’ai donné naissance à Pierre. Une journée très productive.

  • Vers la routine

    Vers la routine

    Kyôto. Quartier de Shimabara, ancien quartier de prostitution à l’époque Edo. Maison de “plaisirs”.

    Je n’en reviens pas, déjà le 27 août…
    Encore quelques jours et hop, ce sera septembre. Kyôto est déjà loin, mes habitudes désorganisées apparues au mois de mars sont toujours un peu là, mais il y a aussi quelque chose d’important de changé. J’ai repris en main mon alimentation, sans effort, c’est à dire que j’ai enfin dit « stop » au pain et aux mauvaises habitudes héritées du mois de Ramadan l’année dernière. En effet, le soir, comme je voulais rompre le jeûne, j’avais pris l’habitude de manger une sorte de barre de céréales protéïnée, et quand le mois de Ramadan a cessé, j’ai continué à en manger le midi. Le compte de calories est le même que pour les onigiris que je mangeais avant, mais c’est nutritionnellement très différent. Très pauvre malgré des minéraux et des vitamines et plein de protéines et de bla-bla-bla. C’est sucré, et je crois que c’est de là que j’ai commencé à reprendre de mauvaises habitudes. Avec le confinement, j’ai recommencé à manger nettement trop.
    Remettre l’alimentation en place a été très simple. La semaine dernière je n’ai pas fait d’abus, et cette semaine j’ai abaissé l’apport en calories d’un peu, juste d’un peu.

    Il y a d’autres petites choses que je reprends en main, préparer certaines choses en avance, par exemple, et du coup, partir de chez moi en avance. C’est dingue, toutes les petites mauvaises habitudes prises lors de ces quelques mois de coronavirus.

    Oui, Kyôto est bien loin. Le soir, on entend des insectes différents, et les cigales ne sont plus aussi bruyantes qu’elles l’ont été. Elles se sont réfugiées dans les parcs alors qu’il y a encore deux semaines elles étaient partout, criant, hurlant sous le soleil, volant partout et se réfugiant jusque dans le moindre recoin, arbre, plante, porche. Quand on n’entend plus les cigales et que seuls les griots se font entendre le soir, le coeur se fait mélancolique et on songe aux érables rouges sous le soleil à la lumière coupante et bleutée de l’hiver, aux pelouses à la couleur jaune paille, à l’écharpe qu’il ne faut pas oublier, à la grippe qu’il ne faudra pas attraper cette année, surtout cette année.

    J’ai quasiment fini de monter une vidéo prise avec mon iPhone. Je n’en avais pas parlé, mais j’ai changé de iPhone. J’ai le iPhone 11Pro. Quitte à… J’ai fini de payer mon ordinateur, je me suis dit… Pschit! Je crois bien que c’est la première fois que je remarque tant de différence, à beaucoup de niveaux. Les photos sont très correctes pour un truc aussi petit, et les trois objectifs, c’est vraiment un progrès. Avec mon appareil photo, j’ai pris l’habitude de photographier en ultra grand-angle et le fait que l’appareil en possède un, c’est juste incroyable. La qualité du zoom est, elle, vraiment très bonne. Et puis, la durée de vie de la batterie. Mon précédent téléphone rendait l’âme en moins d’une journée, celui là dure.
    Il me reste, en revanche, à vendre mes appareils photos, je n’en garderai que 2, mon vieux Sigma, parce qu’il « incarne » et « raconte » quelque chose, et puis mon dernier appareil.
    Ça a été les deux gros achats de l’année, même si pour ce qui est du téléphone, c’est assez difficile de parler d’achat puisque c’est lié à mon opérateur qui en finance une partie.

    Maison rafistolée. Quartier de Mukojima.

    Dimanche, je me suis promené dans mon arrondissement ainsi que dans l’arrondissement voisin de Sumida. Les ruelles alambiquées du quartier de Mukojima m’ont rappelé qu’il s’agissait, à l’époque Edo, d’un quartier de divertissement et de prostitution, un peu comme les faubourgs à Paris: il n’y avait pas d’octroies ni taxes puisque ce n’était plus administrativement la capitale, et il suffisait donc de traverser la rivière pour y jouir d’une plus grande liberté. De nos jours il n’en reste plus rien bien entendu, si ce ne sont ces rues assez étroites et pas vraiment droites là où mon arrondissement, ancien quartier historique de la capitale, offre un urbanisme en damier inspiré des capitales chinoises antiques.
    J’aime bien l’arrondissement de Sumida.

    Un billet totalement insignifiant, voire inutile. C’est un peu logique, non, puisqu’il s’agit de m’assoir devant mon écran et d’écrire.
    Dehors, soudain la lumière a disparu, il doit faire très gris, je crois que c’était prévu. Il fait très chaud aussi, peut-être y aura-t-il de l’orage.
    Kyôto est définitivement très loin.

  • Le masque troué de la Conspirosphère

    Le masque troué de la Conspirosphère

    https://youtu.be/-A8RGnC2fWo

    A bas les masque! Yeeeee! Vive Poutine, lui c’est un homme! Lui, au moins, il a fait distribuer des masques, et ça plaisante pas, hein, pas de masque, une prune! Hehe… À bas les masques, on nous prive de nos droits, je ne peux pas respirer! On veut nous contrôler! Putain, je ne veux pas ressembler à une musulmane, je suis blanche, moi, chacun chez soi!
    A bas les masques, tout ça c’est pour refourguer un vaccin avec une puce dedans! Vive Trump, oh la vache, lui il sait tout, il est tellement intelligent, et puis il a déjà acheté les vaccins de deux laboratoires, ça c’est un vrai président, pas comme cette pédale efféminée de Macron! Les laboratoires freinent le développement du vaccin pour couler Trump! Et ce salopard de Macron, hein, il va nous obliger à nous faire vacciner, à bas les vaccins, et à bas les masques! Si seulement on pouvait avoir un vrai chef comme Poutine, lui, ni une ni deux, même pas de tests en laboratoire, hop, il fait vacciner toute sa population sans attendre, ça c’est un homme! A bas les vaccins!
    A bas les masques! Ces salauds du gouvernement, hein, ils veulent nous imposer le masque et le vaccin, et vas-y avec une amende, c’est une atteinte à nos libertés, je ne peux pas respirer, et ça me fait une tête d’islamiste, c’est ça qu’ils veulent, qu’on deviennent tous arabes! Tout ça c’est un complot pour nous imposer encore plus d’immigrants, parce que quand on sera mort à cause du coronavirus que la Chine communiste a produit pour nous détruire avec la complicité des élites cosmopolites, il n’y aura plus de blancs!
    Voilà la vérité, et en plus, on aura été vaccinés avec un vaccin qui contient une puce! Ce vaccin, c’est pour nous décimer! Et pour nous faire peur parce que le corona, c’est un hoax en fait, pas plus grave qu’un rhume, il y a plein de vidéos là dessus sur YouTube, faut se dépêcher de les regarder y vont les censurer, mais faut les voir les crétins avec leurs masques, des moutons! Mais Trump a raison, il fait faire payer la Chine pour nous avoir envoyé ce virus fabriqué en laboratoire pour nous tuer! Et puis de toute façon moi je n’y crois pas, je me masque pas, et je ne me ferai pas baiser par eux, chuipa pas un mouton! Je veux qu’on nous débarrasse de la Chine communiste qui nous a envoyé ce virus pour nous détruire! Tiens, d’ailleurs, j’ai vu une vidéo, si on fait une conversion en nombre de COVID-19, chépu comment, ben on arrive à 666, mais ils veulent pas voir ça, les gens, des moutons!
    Regardez là bas, en Chine, ils exterminent les Ouighours! Il faut aider les Ouighours contre la vérole communiste qui veut nous imposer l’Islam! Je vous le dit, moi! Faut pas faire de cadeau, l’élite globaliste veut nous dominer avec cette histoire de virus qui n’existe pas pour qu’on se convertisse à l’islam. Je le sais, il y a plein de vidéos là dessus, et Poutine il a raison. Lui, il a fait mettre des masques à tout le monde et il fait vacciner tout le monde chez lui, un vrai chef, il protège son peuple du virus fabriqué par les chinois dans un laboratoire contrôlé par les illuminatis pour exterminer la race blanche, pas comme nos pédales satanistes de la « communauté de lumière »  qui veulent nous faire porter le masque et nous faire vacciner de force, pfff, il n’y a même pas de virus, c’est juste un hoax pour cacher les réseaux satanistes pédophiles, le pizzagate, tout ça! C’est comme le SIDA, ça existe pas, ce sont les médicaments qui tuent, putain!

    Il est temps que le peuple se réveille et retrouve la vraie religion de Jésus, la mère nature et l’esprit de la forêt. J’ai fait un tirage et les cartes ont parlé, le masque, c’est la marque de la bête, c’est le retour des Dieu du Valhalla, conduits par Vishnu-Jésus qui viendront restaurer le vrai christianisme dans la sainte alliance des Dieux du Panthéon. D’ailleurs, il suffit de regarder les statues, les saints ne portent pas de masque, c’est un signe.
    Si vous écoutez Gaïa, vous percevrez la vibration du retour de Jésus, d’ailleurs, Donald Trump lui-même en reconnaissant Jérusalem capitale de l’entité sioniste sataniste de la « communauté de lumière » des Illuminatis de Bavières, il le sait que c’est la fin des temps et que nous devons nous préparer au retour du Christ dans la lumière de Thor et Odin et la bénédiction des esprits de la forêt de Brocéliande.
    Il fait la chasse aux sectes pédophiles satanistes qu’il connait bien pour les avoir fréquentées, lui, et il ne porte de pas masque, lui. C’est comme Poutine, il restaure la vraie foi, sous les auspices de Satan et Belzebuth qui sont en fait les forces positives que le faux dieu de qui ont sait a chassé avec l’accord de Enlil avant son départ pour Nibiru, la planète Annunaki. C’est pour cela qu’il porte un masque, Poutine.
    Il faut ouvrir les yeux, mais les gens sont des moutons idiots et totalement abrutis, des veaux à peine bons pour vivre, le cœur totalement fermé à l’amour de leur prochain, c’est pour ça qu’ils acceptent de se faire contrôler, de porter le masque. Qu’ils crèvent! Moi, je ne suis qu’amour!
    Nous, nous avons l’esprit clair, on sait. C’est comme en 40, Pétain avait raison, il faut résister à l’invasion des cosmopolites et restaurer la grandeur de notre civilisation contre le masque et le grand remplacement judéo-maçonnique Illuminati!

    À bas les masques! Résistons au vaccin! On veut un vrai leader comme Poutine qui nous donnera des masques et un vaccin! Résistons au hoax, le coronavirus, c’est qu’un rhume qui tue même pas et que les chinois ont fabriqué dans un laboratoire contrôlé par la religion qu’on sait pour nous tuer tous. Ouvrez les yeux, putain! C’est pourtant super clair!

    Vous pouvez faire un don et acheter des lingots d’or qui financeront la vraie résistance en cliquant sur ce lien.

  • Bye bye Kyôto

    Bye bye Kyôto

    Les meilleures choses ont une fin, dit-on, et voilà que mon dernier jour ici a commencé il y a de cela une heure et demie. Il va falloir prendre une douche, se brosser les dents, s’habiller, fermer la valise, vérifier une dernière fois que je n’ai rien oublié, fermer la porte, rendre les clés, et vogue le navire…

    C’est assez étonnant toutefois, cette année plus que les années précédentes j’ai savouré ce séjour avec plus d’appétit, je l’a littéralement embrassé et je repars à Tôkyô vraiment bien, avec pas mal d’idées et de projets en tête, toujours cette incertitude sur ma capacité à tous les mettre en oeuvre jusqu’au bout, je suis loin de tout, de tout le monde, seul, très seul, mais je ne sais pas, je me sens d’attaque et plutôt près.

    Je suis même presqu’un peu impatient, pour tout vous dire car il n’y a pas une seconde à perdre pour aucun de ces projets. L’un est du domaine écrit, l’autre est du domaine politique, mais bon, les vacances, c’est les vacances donc pour le moment je ne mélangerai pas les genres et je vais gentiment attendre mon retour.

    Voilà, que dire d’autre? Pas grand chose si ce n’est que j’ai été content d’écrire quelques lignes chaque jour, deux fois par jour, et cela, c’est vraiment une habitude que je devrais conserver, un peu de gymnastique en quelque sorte.

    Allez, je n’ai plus beaucoup de temps…

  • Dernier soir…

    Dernier soir…

    « Elle fut longue la route / Mais je l’ai prise la route / Celle-là qui menait jusqu’à vous » (Barbara)
    Bientôt septembre, voilà ce que chaque fois je pense quand arrive le dernier jour des vacances, et pour moi ce sera demain. Ce fut court, ce fut court mais ce fut bon.
    « Septembre, quel joli temps / pour se dire au revoir » (Barbara).
    Écouterai-je Barbara à mon retour? (mais de quel retour je parle, tiens…)

    J’ai toujours eu pincement quand vient ce moment de l’année, moi, l’enfant de septembre. La rentrée des classes. Pour moi, la rentrée est fixée au 5 septembre, seul mon ami Alain sait ce que je prépare. Le 5 septembre, c’est un samedi, c’est un bon jour pour une pré-rentrée, non?
    En attendant, lundi, oui, ce lundi, je vais reprendre ma route du travail, mon cours d’anglais pour des gens âgés d’une gentillesse confondante, presqu’une petite famille, pour moi. Et puis l’après-midi je retrouverai Yûko pour son cours particulier. Mardi matin, mon autre groupe de gens âgés, eux aussi une petite famille. Et après je reprendrai le chemin de l’école où j’entamerai la longue ligne droite vers les froidures de la fin de l’année. Enfin j’espère, on est dans un monde incertain, alors disons que c’est ce qui normalement se passera.
    J’ai cette année pleinement profité de cette coupure, je suis ressourcé, régénéré, calmé. J’ai repris goût à écrire des billets de bavardage sans grand intérêt mais qui me font du bien tout en partageant un moment avec vous comme si nous nous rencontrions et buvions un kir en terrasse en parlant de choses et d’autres en fin de journée. Vous ne pouvez pas savoir comme cela me manque.

    Je suis allé au sanctuaire du lapin, à l’ouest de la rivière Kamo, près du Kômyôji. Je crois que je vous en avais parlé, j’avais rêvé que j’y allais, j’étais avec Jun, et maman apparaissait, et je ne voulais pas qu’elle parte. J’y ai repensé depuis, c’est un sanctuaire aux grossesses, on va demandé la protection d’une divinité pour que ça se passe bien. Pour maman, ma naissance a été un calvaire de plusieurs mois, je crois que ce rêve m’a rappelé tout ce que je lui dois, et en quittant le sanctuaire j’avais le coeur et les pensées remplies de son souvenir. Elle me manque beaucoup.
    Allez, je vais diner. Ce ne sont que de brefs billets écrits à la va-vite.
    Bonne fin de journée.