Introduction passagère
Hmmm… Je suis au travail. Impossible d’écrire ces deux derniers jours, et notamment hier: j’ai attrapé un 夏風邪 « rhume d’été », mon plus violent depuis des années, avec la températures qui est montée à 38,6. Le rhume d’été, c’est un violent coup de froid dû à l’air conditionné. Je me suis levé hier avec de la fièvre, des courbatures, et en prime la peur du covid…
Finalement, la nuit dernière a été plutôt bonne, j’ai beaucoup transpiré, et ce matin tout était quasiment normal. C’est le truc, avec ce type de coup de froid. Casser la fièvre, prendre une douche très chaude, se couvrir pour dormir, et suer.
Comme toujours, les maladies sont chez moi des avant-après, une occasion de décréter qu’à partir de ce jour bla-bla-bla etc C’est un peu bébête, mais finalement, tomber malade un mardi 8 septembre, c’est être fin prêt pour une rentrée le mercredi 9.
Non?
Des chansons, de Paris, de ma vie
Il y a des chansons, il y a des vidéos et des films qui me parlent beaucoup, et même plus.
Il y a 10 ans, quand j’avais vu le film de Cédric Klapisch, Paris. La scène de la soirée, ça avait été comme une baffe que je n’avais pas réussi à comprendre mais qui est très claire maintenant. Je m’étais dit que c’était sympa, que ça me manquait un peu. Non, ça ne me manquait pas « un peu ». J’en crevais, oui…
Il y a quelques années, il y a eu cette vidéo trouvée au hasard d’une chanson d’Etienne Daho, Paris le Flore, avec Virginie Ledoyen et Benjamin Biolay. Un tout qui rassemblait Paris, mes souvenirs de rue, presque tactiles, olfactifs, auditifs. Le Quartier Latin. Des rues que je connais, des attitudes que je connais, des regards, des gestes, des trottoirs, des boutiques, un café, des artistes de rue avec une foule autours. Le sac FNAC qui sert de sac avec les clés, les cigarettes, un cahier et un stylo, un bouquin. Joseph Gibert, des bouquins achetés au hasard après les avoir feuilletés. La ballade au fil des rues en rentrant chez soi comme si on allait vers nulle part parce qu’on les connait, ces rues, elles sont comme un pull qu’on enfile, on s’y sent bien.
Lors de chacun de mes séjours ces dernières années j’ai fini par retrouver cette sensation, une familiarité avec cette ville que tout le monde déteste et que moi, sans aucun complexe, j’aime malgré tout, elle est mon village, elle est mon pull. Et ici, des fois, je me sens dénudé.
On ne peut pas aimer Paris plus que tout, ça, c’est pour les wannabe qui achètent des trucs à pas de prix avant de passer leur temps à faire des pétitions contre le bruit. Non, quand on aime Paris, on l’aime malgré tout. Paris est une ville triste, et peut-être finalement l’est-elle depuis longtemps, et c’est peut-être pour cela que nous, les parisiens, on est souvent un peu superficiels, qu’on fait la gueule tout en s’y accrochant comme des malades. Qu’on y aime, qu’on y sourit quand même et qu’on y savoure des plaisirs uniques. Qui n’ont pas de prix. Un coucher de soleil sur la Seine, un baiser volé sur un quai de métro. Baiser au petit matin sur l’ile Saint-Louis au bas du Square Sully après avoir regardé les canards se réveiller. Et puis nos fêtes…
Souvenir fugitif de nos soirées avec Julien rue Pelleport, quarante, cinquante personnes, peut-être plus, dans notre deux pièces, ça se bouscule et ça s’amuse, je passe la musique ou bien c’est quelqu’un venu avec des platines…
Et puis il y a eu cette chanson chantée par Louis Garrel, Les Yeux Au Ciel, dans le film Les chansons d’amour. C’est Alain qui m’en a parlé. Un texte magnifique qui résume mieux que tout ce qu’est une chanson, une vraie, avec un texte qui narre une histoire et qui touche là où ça fait mal. Et puis… Cette ville, ce quartier, cette démarche assurée mais qui ressemble à une fuite vers nulle part, le pull. Paris. Mon quartier. Je n’ai jamais rencontré de tokyoïte me disant qu’iel aimait déambuler, flâner. Toujours iels trouvent cela inutile, une perte de temps. Moi, Paris, je m’y faufilais, je m’y glissais, je m’y évanouissais et chaque fois que j’y retourne, je m’y retrouve.
Je regarde et j’écoute ces quelques minutes, je suis Louis Garrel, mais je me suis absenté de moi, je me manque à moi.
Ces rues, ces gens, et jusque ce ciel gris et toutes ces tronches qui font la tronche sont un grand vide en dedans de moi. Ce film, Les histoires d’amour, je l’ai depuis des années et je ne peux pas, je ne veux pas le voir parce que j’ai peur de ce que je vais voir, et j’ai peur aussi de ne pas voir le film. Ce film, c’est mon quartier, ce sont mes errances, c’est ma dépression, c’est Maria qui vient me rendre visite le sac plein de cosmétiques au rabais de la pharmacie du Faubourg, « j’ai fait des économies », c’est les six premiers mois de ma vie, c’est mon faubourg Saint-Denis, c’est la dame du kiosque avec son berger allemand, une facho, ce sont les livreurs dans les rues, les embouteillages, ce sont mes premières promenades solitaires quand j’arrivais de la gare de l’Est, c’est la concierge portugaise qui ne fait pas le ménage sauf avant le nouvel an mais qu’on aime bien parce qu’elle est sympa, c’est les différentes boulangeries, l’une pour le pain, l’autre pour les croissants, c’est le pédé du kiosque rue du Château d’eau, les épiceries turques, c’est… ce sont…
Tabous…
Vide en dedans. J’ai comme ça quelques tabous, des trucs que je dois faire mais que je mets de côté. Pas des trucs importants, non. Juste des tabous. Je n’ai pas regardé Les chansons d’amour. Je n’ai pas regardé 120BPM et pourtant je l’ai acheté. Je n’ai pas dépassé 100 pages de La mise à mort, d’Aragon.
Je sais très bien pourquoi je ne veupeux pas regarder Les chansons d’amour, j’ai trop peur de pleurer Paris qui me manque et la vie que j’ai quittée en partant. Je sais parfaitement pourquoi je ne veupeux pas regarder 120BPM, j’ai trop peur de me trouver face à un chantier que j’ai démarré et dans lequel je me suis noyé. Je sais pourquoi je ne veupeux pas finir La mise à mort, la politique a bouffé ma jeunesse sans même que je m’en aperçoive, et je me suis imbibé des mythes de l’époque d’avant, 36, la guerre d’Espagne, les espoirs de la libération et tant d’autre de ces naufrages qui ont englouti. C’est dur d’avoir une culture politique et de regarder nos naufrages. Je parle de culture, je ne parle pas de connaissance, ici. La révolution espagnole, il faut lire Trostky, il faut lire Broué, et se laisser pleurer pour comprendre. Alors, lire Aragon contemplant sa vie… Chaque fois, j’ai eu le sentiment de m’essouffler, de me voir couler dans ce naufrage, dans cette perte de soi. Ça a commencé à Londres, ce devait être en janvier 2000, et un noeud s’est noué en moi alors que je lisais, quand il parle de ce miroir à trois face dans lequel il a perdu son image, et qu’il revient encore une fois sur la nappe Vichy dans ce café durant l’été du Front Populaire en y ajoutant encore quelques réflexions sur son image qui avait disparu et sur les achèvements de la révolution russe. Une grosse boule dans le vide.
Tiens, la perte de soi, Paris, la politique, oh la la… Bon, il va falloir dénouer tout ça alors.







Le train vient de sortir de son tunnel. C’est un train de la ligne Tôkyû qui traverse Tokyo en tant que métro. Je jette un coup d’œil aux nuages et c’est incroyable la variété de formes, de textures apparentes en cette saison, c’est un peu comme un télescopage. Le ciel est magnifique avec un bleu profond, le bleu de l’été encore, très vif, avec cette dominante « jaune » dans la lumière. Encore un mois comme ça, et puis…
Alors les prix des fruits et légumes cette année se sont envolés. J’ai vu des paquets de 4 pommes de terre de taille moyenne à près de 3 euros quand il y a deux mois on les trouvait à même pas un euro. Trois carottes à 2 euros, trois tomates à deux euros… Il semble qu’on soit enfin en train de revenir à des prix plus habituels mais ça reste plus cher. Pour moi qui aime manger des légumes, c’est vraiment pas une bonne nouvelle quand au même moment je continue de vivre une baisse de salaire liée au coronavirus. Pas importante, mais quand même.
Tout ça pour dire que oui, je ne me suis pas trompé du tout, on y va tout droit, c’est en vitesse automatique et maintenant c’est un peu comme à la foire, on klaxonne, et puis on chante, et on picole un bon coup en appuyant sur le champignon. La classe moyenne va se réveiller avec un de ces maux de crâne, alors, elle qui rêvait du centre… en focalisant sur l’Islam, les incivilités des jeunes de cités, des racailles, le voile, tout en martelant, à coup de baisses d’impôts dépensées aussitôt en alimentation bio et équitable qu’il faut s’adapter et que les prolo ne veulent pas comprendre, qu’il faut savoir faire des sacrifices… Ils ne veulent pas voir qu’au fond d’eux, ce qui les écœure chez Zemmour, ce n’est pas ce qu’il dit, c’est qu’ils le dise parce qu’en réalité, et chaque jour je le constate dans des contacts Facebook, ca fait belle lurette qu’ils sont devenus aussi réactionnaires que Zemmour, avec leur crispation républicaine et leur acceptation de tous les grignotages de nos libertés publiques dans un rétrécissement sans fin de l’espace démocratique. Après tout, c’est la classe moyenne qui a choisi Pétain, la bourgeoisie, seule, n’aurait jamais pu l’imposer. Les rentiers. L’ordre. Le calme. Les traditions.



Les meilleures choses ont une fin, dit-on, et voilà que mon dernier jour ici a commencé il y a de cela une heure et demie. Il va falloir prendre une douche, se brosser les dents, s’habiller, fermer la valise, vérifier une dernière fois que je n’ai rien oublié, fermer la porte, rendre les clés, et vogue le navire…
« Elle fut longue la route / Mais je l’ai prise la route / Celle-là qui menait jusqu’à vous » (Barbara)
J’écris, j’écris et personne ne me lit. Ou plutôt si, d’une façon lente car je ne fais pas l’habituelle promotion sur ma page FB ni sur Twitter. Et puis l’ancien plugin d’abonnement ne fonctionnait plus très bien, présentait des failles de sécurité, je l’ai remplacé par la News Letter ainsi que par le système d’alerte sur le navigateur, j’ai perdu mes abonnés. Ce n’est pas grave, hein, je m’occuperai de contacter tout ce monde là plus tard. Toutefois, je remarque que si chaque article plafonne à une vingtaine de lecteurs le premier jour, il monte à une quarantaine après deux jours, preuve que celles et ceux qui me suivent viennent bien se promener sur mon site même s’ils ne sont pas abonnés. Ça me fait plaisir.