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  • Encore trois jours…

    Encore trois jours…

    Encore trois jours, c’est court et c’est suffisant à la fois. Ici, pas de longues vacances, les congés sont fractionnés. Été, hivers et printemps. Trois semaines. Et puis des jours de congés.

    J’avais parlé trop vite, cette nuit j’ai mal dormi, c’est le soleil je pense. Il tape fort et j’ai oublié de mettre de la crème sur mes avant-bras, je me suis réveillé avec d’horribles démangeaisons. Par la suite, ça a été plus ou moins la même incessante répétition: réveil, assoupissement, rêve et réveil. Pas de rêves très précis ni de thème récurant, plutôt une compilation, chaque fois assez prégnants pour qu’ils me réveillent. Je ne suis pas fatigué ce matin, c’est ce qui compte.

    Vous avez remarqué? Quelques jours en vacances et voilà ce blog qui se part de couleurs, de ces couleurs et de ce vert en particulier qui m’ont fait venir au Japon pour y rester finalement près de quinze ans! Continuerai-je dans la couleur? C’est difficile, la couleur! La photo, c’est avant tout de la lumière, et si on ajoute de la couleur, c’est vraiment très difficile à maitriser. Je ne me considère pas du tout photographe, pas même amateur pour tout dire. Pour moi, un photographe, c’est celui qui pour « faire » une photo, c’est à dire aller de la prise de vue à l’édition, va « avoir » la photo dans son oeil et ainsi tout au long du travail va plier le résultat à ce qu’il avait « vu ». Autrefois, dans sa chambre noire, le photographe utilisait des filtres en cartons afin de diminuer le temps d’exposition sur telle ou telle partie lors du développement, il avait pris soin de choisir la pellicule qui se rapprocherait le plus possible de ce qu’il voulait obtenir car chaque pellicule avait ses caractéristiques propres, il utilisait de très fins pinceaux pour retoucher telle ou telle ombre, et de nos jours il utilise des logiciels afin d’obtenir ces résultats. Je me débrouille un peu en retouche et je photographie en raw pour cette raison mais en même temps je suis trop paresseux. Retoucher une photo proprement, ça prend beaucoup de temps, des fois, parce qu’à l’arrivée ce n’est pas exactement ce qu’on avait en tête, alors il faut revenir en arrière.

    Bref, pour moi, un photographe, c’est quelqu’un qui maitrise tout cela avec aisance, et dont le travail fini est exactement ce qu’il avait en tête. Un grand photographe, ce sera celui qui aura, en plus, su trouvé le cadrage, le sujet, le moment, la bonne dose de lumière ainsi que la ou les couleurs qui feront qu’on regardera sa photo avec curiosité, intérêt.

    Moi, j’utilise plutôt la photographie comme un crayon, un crayon un peu pour mais qui me suit partout pour compléter mon histoire.

    Ne plus du tout suivre l’actualité, débrancher les questions politiques pour une semaine et laisser ce virus à la place où sans aucun doute il m’attend de toute façon à mon retour pour ne passer mon temps qu’à me promener, à bavarder chaque matin et chaque soir, là, comme ça, quelle chance, quel privilège…

    Bien, la journée va commencer.

  • Avant la pluie

    Avant la pluie

    C’est le matin, le ciel est couvert avec de rares éclaircies. Quand nous sommes rentrés de Nara, alors que nous avions quitté la ville sous un soleil de plomb, nous sommes arrivés à Kyôto sous des trombes d’eau. Quelques dizaines de kilomètres séparent les deux villes mais il n’est pas rare que le temps soit diamétralement opposé, car Kyôto, un peu comme Paris, est un « bassin » et soit les nuages la contournent, soit ils s’y engouffrent. Enfin, bon, ça, c’est ma théorie.

    Il devrait encore pleuvoir cet après-midi, même si ce n’est pas tout à fait sûr. Le typhon numéro 5 s’est désintégré au large de la Corée, nous laissant avec des nuages bien gorgés d’eau qui tournent à l’orage. C’est l’été.

    J’ai passé ma première très bonne nuit depuis des mois. Pas que je dorme mal mais je sens que cette nuit le sommeil a été particulièrement réparateur. Je décharge énormément de stress dans des rêves tous plus étranges les uns que les autres et qui au réveil me laissent plutôt indifférent avec tout juste le sentiment d’avoir rêvé. Je crois même avoir pensé que j’étais en train de rêver au coeur d’un de mes rêves. Au réveil, de façon très instinctive, je me suis étiré comme le fait le chat, de tout mon long avant de me recroqueviller presqu’en boule pour le re-étirer encore une fois, cette fois-ci en faisant craquer mes doigts. Mes énergies circulent parfaitement d’une extrémité à l’autre de mon corps. Rien de tel que le temps chaud et de longues marches ainsi qu’une totale déconnection de l’actualité et des réseaux sociaux pour immédiatement habiter son corps au présent.

    temps de pose: une seconde

    Je vous en parlerai certainement plus en détail une autre fois, mais je l’écris quand même: j’ai un nouvel appareil photo. Un Olympus bien entendu, un OMD-EM1 MarkII. La marque a décidé de vendre sa division photo, et il y a trois quatre mois est sorti le remplaçant de MarkII. Le cours en occasion s’est effondré, on en trouve par dizaines et dizaines. Le miens est quasiment neuf, avec sa boite et il ne m’a coûté qu’un tiers de son prix neuf il y a un an. Je vais revendre mes Sigma (j’y reviendrai, ça a été une décision un peu difficile, mais elle est prise), mais je vais garder mon EM5 MarkII qui reste un incroyable appareil. Cependant, le EM1 MII est un appareil parfait, en tout cas pour moi. Vous avez pu voir une photo d’une pagode prise de nuit, je l’ai prise avec un temps de pose de 2 secondes, à mains levé, même pas un poil de bougé. Ensuite, c’est un capteur de 20 millions de pixels, ça permet un recadrage ici et là sans trop toucher la définition.

    Je reviendrai sur cet achat. Il est l’heure de prendre une douche et de sortir, il pleuvra cet après-midi, il me reste donc un peu de temps pour une promenade.

  • Kyoto désertée

    Kyoto désertée

    Il fait vraiment très très chaud, hier on a dépassé les 35 degrés, et c’est comme cela depuis plus d’une semaine dans tout le pays. C’est bien, j’adore ça, mais il faut avouer qu’avec le soleil en plus, ça brûle. J’ai donc acheté de la crème solaire, un truc dont je ne suis pas friand, mais qui va être nécessaire pour éviter de brûler.

    Kyôto offre cette année un spectacle inattendu: la ville est déserte. Plus de touristes dans cette ville qui avait fait du tourisme le coeur même de sa renaissance, et la voilà devenue allégorie de notre époque, de notre avenir, parce qu’il ne fait pas se faire d’illusion, l’âge du tourisme de masse est derrière nous, et cela même si un (hypothétique) vaccin vient à nous « libérer » du SARS-COV2.

    La ville est déserte, il y a des magasins fermés et, en passant à vélo vers le Jardin du Palais Impérial, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller regarder où en était l’hôtel dans lequel j’ai passé mes étés, mes hivers et même ce très long automne 2004, quand je suis resté 40 jours. Un poster à l’entrée annonce la terrible nouvelle: il est fermé définitivement. Je ne sais pas si je suis triste, c’est juste une sorte de coup quelque part du côté de ma mémoire, un petit morceau de ma vie qui s’évanouit.

    On a trouvé un système de location de vélos vraiment très pratique, un peu comme Vélib’© à Paris, mais privé (c’est le Japon, et puis en réalité, à Paris ce n’est pas si public que cela puisque c’est une concession). Ce n’est pas cher et on dispose de vélos 24 heures sur 24. On a pris un forfait de 5 jours. Si vous venez à Kyôto un jour (on ne sait jamais), je vous conseille vraiment la ville à vélo.

    Je suis beaucoup plus reposé que l’hiver dernier, beaucoup plus serein, mes idées ne se télescopent pas comme elles l’ont fait ce printemps, embrumées par l’incertitude. Et puis, vous écrire quelques mots comme cela, le matin, après le petit déjeuner, j’aime bien.

    Je ne vais pas me presser aujourd’hui, je connais cette ville. Hier, dans le parc du sanctuaire Heian, alors que les cigales n’arrêtaient pas de chanter, que le soleil tapait et qu’il faisait bon être à l’ombre d’un abris de bois sous les feuillages, j’ai regardé les nuages passer dans le ciel bleu, savouré une brise très douce, posé mon regard sur toute cette foisonnante verdure et j’ai pensé qu’Allah avait bien fait les choses, que la nature était absolument magnifique et que nous avions une chance incroyable de pouvoir la contempler et de mettre des mots dessus pour la raconter. Les jardins japonais comme celui-ci, avec leurs arbres et leurs plantes que rythment un petit cours d’eau, quelques rochers, c’est un plaisir tellement simple, toujours renouvelé au fil des jours, des mois et des saisons.

    C’est aussi ce qui m’est venu à l’esprit alors que je traversais le jardin du Nanzen-In, tous ces parterres de mousses et tous ces érables, si verts en été, si rouges quand l’automne touche à sa fin, et dont ils ne restent que des branchages aux formes dramatiques en hiver, c’est juste magnifique…

    Une nouvelle journée s’annonce. Il est temps d’y aller. Je vous ferai des albums de photographies quand j’en aurai le temps. Bonne journée.

  • Reset personnel, à Kyôto

    Reset personnel, à Kyôto

    Je vous reviendrai plus tard, ce soir ou demain, je ne sais pas trop encore. Je vais essayer de poster un billet par jour, comme en décembre je l’ai fait, avant le coronavirus, à l’époque où j’ai commencé à prendre l’habitude de me lever vers 6 heures, quand j’ai acheté ma flûte, quand je n’avais pas peur du lendemain comme j’ai pu l’avoir à partir de mars, peur de perdre mon travail, de rentrer en France en catastrophe, ce fichu privilège de tout penser plus vite, cette fichue habitude de dévorer de l’information et de synthétiser au quart de tour en se fichant des commentateurs et des journalistes qui finalement ne font que régurgiter l’air du temps.
    J’ai compris dès ma lecture de cette information Bloomberg alors que j’étais à Kyôto – ce devait être le 30 décembre- qu’une armoire normande nous tombait sur la tête. Je me souviens avoir pensé que beaucoup de chinois venaient au Japon. Je n’ai pas pensé à une pandémie, juste une sorte de sensation, « mince, j’espère qu’il n’y aura pas beaucoup de chinois qui viendront », et puis en même temps, cette information « un nouveau type de pneumonie », je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la première fois où j’ai entendu parler du SIDA, fin 1981, « une nouvelle maladie qui frappe les homosexuels aux USA ».
    Alors, en janvier, j’ai suivi cette actualité, et je suis masqué depuis mi-janvier. D’ailleurs, au sujet du masque, j’ai écrit ce post, sur Facebook
    « Le Gloubiboulga analphabète qui sait tout de tout et qui forme la conspirosphère alimente des crétineries toutes plus idiotes les unes que les autres au sujet du masque et dont le but est extrêmement simple: plus il y aura de morts, plus il y aura de colère, plus il y aura de colère, moins il y aura de confiance en la société, moins il y aura de confiance, plus les aberrations diverses et variées de la conspirosphère imprégneront les esprits.
Ils ont réclamé de la Chloroquine hier, ils critiquent les masques aujourd’hui, ils accuseront les états de génocide demain, ils s’opposeront au vaccin après demain, ils verront la main de groupes occultes partout et rependront leurs vérités délirantes « au nom du bien », « de Jésus » et surtout in fine « de la race blanche » car ça atterrit toujours par là.
C’est étonnant tous ces faux prophètes, tenants de vérités délirantes en ces temps troubles, ils sont le visage du mal au sens spirituel du terme, ils se nourrissent de la souffrance, de la mort, et la vie les a depuis longtemps abandonnés, la lumière a depuis longtemps déserté leurs cœurs, et les tristes foules qui les suivent s’enfouissent l’âme dans leur néant morbide…
Les mascophobes sont le juste produit de notre civilisation qui a fait de l’égoïsme le moteur même de son développement. Chfêskeujveucomjeuveu.
    Il faut beaucoup d’amour pour son prochain pour porter un masque malgré la chaleur de l’été. Il faut beaucoup d’amour pour éviter que les anciens ne meurent après avoir souffert le martyr dans un hôpital après avoir été coupés des leurs. »
    Je suis masqué, je le suis sans même qu’on me le demande car c’est comme cela qu’on fait pour se protéger et protéger l’autre de la grippe, chaque année. Ici, la grippe est une maladie presque honteuse, l’attraper, cela veut dire qu’on n’a pas fait attention, c’est un peu comme ne pas se laver les mains avant de manger ou après être allé au toilettes, c’est un peu comme garder ses chaussures à la maison ou ne pas prendre un bain avant de dormir et garder sa transpiration de la journée sur soi toute la nuit…
    Mai a été redoutable, vraiment, une boule au ventre car je n’étais plus sûr de la solidité de mon école. Je ne le suis toujours pas beaucoup, mais c’est désormais totalement digéré.
    Et me voilà à Kyôto, le coeur et l’esprit absolument tranquilles, d’ores et déjà reposés. Je vais juste remettre tout à zéro, tenter de perdre ces 9 kilos que j’ai pris depuis mars, retrouver l’énergie que j’ai laisser au fond de mon ventre, entassée quelque part où elle s’est nouée pour n’être plus qu’un poids lourd, mort, quel dommage. J’essaierai de revenir à Tôkyô prêt à me lever de nouveau à 6 heures, quoi qu’il arrive, et j’écris bien quoi qu’il arrive car j’ai compris que beaucoup risque désormais de nous arriver. Ce n’est pas grave, c’est la vie. Et raison de plus de faire ce que j’ai à faire.
    Alors, cette semaine, je vais essayer de vous partager mes promenades en photographies et peut-être même en vidéos. Vous le méritez bien. Promettez-moi juste en échange de vous masquer pour protéger les autres, de faire attention à vous. Car il n’y aura finalement que nous pour prendre soin de nous.

  • Rêves, rêves

    Rêves, rêves

    Je voulais vous confier l’un de mes projets en cours, un très long article qui m’a retenu une bonne partie du mois dernier et empêché d’écrire. Et puis au fur et à mesure, je me suis aperçu que je ne pouvais pas le publier hors contexte, hors du projet lui-même.
    Je souhaite le mener à bien, ce projet, patiemment. J’y travaille. Je me suis lancé seul pour préparer un « produit clés en main », j’y fais donc le design, et tout ce qui sera nécessaire pour qu’il puisse vivre. Et s’il me conduit nulle part, je me serai bien amusé.
    Bref, je ne vous en dirai pas plus, vous devrez attendre quelques mois. C’est important de l’amorcer seul, je veux dire, pour moi. Une fois lancé, j’espère que d’autres s’y intéresseront.

    Ici, c’est l’été et l’humidité domine. Le virus ne part pas et la politique idiote du Japon, qu’un budget conséquent du gouvernement permet d’habiller internationalement par des opérations de relations publiques, ne nous épargne rien. Chaque jour, le virus apparait, presque comme par magie, dans un département où prétendument il ne circulait pas. Comme par exemple il y a deux semaines à Miyagi, un homme de 40 ans qui ne sortait quasiment jamais de chez lui… Contrairement à Février, je ne ressens plus aucun stress. Je ne sais pas comment expliquer ça. En fait, voir les pieds nickelés du gouvernements japonais qui nous expliquaient il y a trois semaines que les japonais étaient plus évolués, supérieurs en culture, en hygiène, biologiquement mieux préparés pour “expliquer” la “performance du japon” face au virus me fait rire. Désormais, les chiffres de propagations égalent ceux en Europe mais dans le sens inverse, ça monte, ça monte, et pourtant on n’y teste que 6000 personnes par jours… Cette bande de crétins me font rire.

    Mes rêves reviennent et me parlent, ils m’envoient des messages sur moi-même et sur ma perception du monde. Certains sont assez troublants.
    Maman est venue il y a une semaine. J’étais avec mon frère et nous allions la voir. C’était au bord d’un petit parc qui est aussi certainement à côté d’un temple bouddhiste que nous nous sommes arrêtés, c’était dans une Sarthe du Japon, et ce jardin était son jardin et à la fois un jardin à côté d’un temple, avec ces petits murets que j’aime bien, en quelque sorte.
    Dans mon rêve, c’était assez évident. Maman était là, elle allait « vraiment » mourir, cette fois-ci, elle nous attendait. Elle avait creusé sa tombe, une toute petite tombe, et je pensais que comme toujours elle avait fait cela elle-même. Et alors que nous regardions cette tombe, la terre a bougé, et une malle a jailli du sol, et puis la malle s’est ouverte elle-même. Dans la malle, il y avait plein de choses, mais entre autres, il y avait un de ces luth japonais ancien, un biwa. Il était tout neuf, je le saisis et en tirai quelques notes. Et puis vint le moment des adieux et là j’attrapai maman en lui hurlant littéralement que je l’aimais, que je ne voulais pas qu’elle parte. Mon frère était là mais il était effacé, j’apercevais le gris de la route, derrière. Je pensai à ce sanctuaire shintô à Kyoto, le sanctuaire du lapin, vers Kurodani. C’est un sanctuaire de la fertilité, on y va pour avoir une grossesse facile. La sienne a été éprouvante, elle me relie à maman d’une façon très profonde. J’ai vraiment été désiré, il était très facile de me laisser partir…
    Je me suis réveillé. Troublé. Je ne veux pas que maman s’en aille, et pourtant il le faut. Elle m’a tout donné, c’est important que je lui donne au moins ça.
    Des fois, j’ai peur de devenir vieux, je redoute de voir des fantômes…

    Un autre rêve m’a pas mal troublé aussi. Je marchais rue Kasuga, c’est près de chez moi, une de ces avenues sans fin qui barre Tôkyô en deux. Je marchais et je constatais que les immeubles étaient des immeubles parisiens. J’avais les yeux levés quand soudain je vis des missiles nucléaires passer à basse altitude, lentement. Il n’y a pas eu d’explosion, ils passaient juste au dessus. Ils étaient assez gros, une sorte de vert gris pâle, avec des ailerons saillants et ici et là des trucs de couleur rouge. Je m’arrêtai et les regardai, je ne pouvais m’empêcher de penser que ces immeubles étaient beaux…

    Un autre rêve, encore, le weekend, j’étais vers Asakusa, pas très loin de chez moi, du côté du supermarché Ozeki. Et puis dans une rue, je remarquai une boulangerie, et puis une autre, et encore une autre. La rue était pleine de boulangeries, des boulangeries qui rivalisaient de pains de campagnes au levain superbes, bien cuits, des baguettes au levain magnifiques. Je ne savais pas où m’arrêter pour en acheter, ces boulangeries étaient toutes plus séduisantes les unes que les autres, mais alors que finalement j’avais fini par acheter une de ces baguettes, le goût se révéla incroyablement pauvre, j’avais l’impression de manger une de ces baguettes en caoutchouc qu’on achète dans les supermarchés discount…

    Les rêves révèlent un monde incroyablement riche pour qui sait les entendre…

  • En bloguant

    En bloguant

    Une chaleur caniculaire s’est abattue sur la ville et aujourd’hui il fera 30 degrés. J’aime quand il fait chaud, ici, soudain le corps se détend, et puis il y a cette lumière violente du soleil à la verticale qui nous rappelle que c’est presque l’été. C’est bien. J’aime ce moment de l’année, on en a pour quelques mois, maintenant.

    La ville est en plein déconfinement à la japonaise, c’est à dire qu’après le confinement très relatif des deux derniers mois, tout reprend une certaine forme de normalité. Il y a certes moins de monde dans les trains qu’avant, mais il y en a tout de même plus qu’il y a deux semaines. À Ginza où j’avais rendez-vous samedi dernier, c’était presque noir de monde et les grands magasins étaient ouverts. La grande différence avec il y a deux mois, c’étaient les masques et ces longues cordes à l’entrée de Mitsukoshi avec du personnel portant visière en plastique et aspergeant les mains des clients en leur disant « merci ». Et bien sûr, pas un seul étranger dans cette foule. Depuis près de deux mois, nous sommes entre nous. J’ai lu quelque part que le nombre de touristes est tombé en avril à son niveau de 1964, année qui avait connu un record de tourisme avec la tenue des jeux olympiques. Ironique, non?

    Dans le train qui m’emmène au travail, il y a de nouveau des lycéens et des lycéennes, j’en avais presqu’oublié l’existence, leurs uniformes, leur style, leur nonchalance. Il ont bénéficié de très longues vacances, c’est une année dont ils se souviendront, pour sûr. Certains ne s’en remettront pas, d’autres auront eu des souvenirs inoubliables.

    C’est marrant, le coronavirus, ici. C’est une maladie « en anglais », je veux dire « en katakana-go », l’anglais syllabique écrit en alphabet utilisé pour transcrire les mots étrangers. « Social distance », « three Cs » (crowded places, closed spaces, close-contact), le tout prononcé soosharu distannsu, suriishiizu, sortes de slogans ne renvoyant à rien de bien tangible dans l’esprit japonais, si ce n’est à une sorte de truc venu d’un pays étrangers, avec sa mode particulière. C’est amusant comment cette maladie reflète la psyché japonaise, leur représentation du monde avec la Japon a l’écart. Le coronavirus ne consterné finalement le Japon que de façon indirecte, mais c’est quelque chose qui ne lui appartient pas. Les théories vont d’ailleurs bon train pour expliquer les faibles chiffres de contamination et celles qui soulignent l’exception japonaise ont la faveur des médias.

    Les japonais sont très propres. Les japonais ne se serrent pas les mains. Les japonais sont vaccinés contre le BCG. Les japonais portent le masque. La souche du virus circulant au Japon est « différente ». Le virus ne circule que parce qu’il a été importé mais depuis que les étrangers ne peuvent pas rentrer, la circulation est freinée.

    C’est vrai qu’on reste surpris par les chiffres, ici. Je suis généralement plus enclin aux explications rationnelles. Les personnes âgées sont confinées depuis la fin du mois de février, et je pense que c’est vraiment ce qui fait toute la différence. Différentes études ont démontré que le virus circule en bruit de fond depuis des mois et que le taux de contamination chez les hommes âgés de 30 à 50 ans serait supérieur à 20%. Ce mois-ci, une étude randomisée sur la circulation du virus va être menée: ils vont tester 10.000 personnes au hasard pour connaître le pourcentage de personnes ayant des anticorps.

    Les chiffres sont très bas en comparaison avec les pays européens ou les USA, mais comment savoir. Toujours très très peu de tests, particulièrement à Tôkyô où il reste quasiment impossible de se faire tester. Je doute que nous soyons face à une résurgence importante du virus. Il y a des précautions partout et si c’est vrai que restaurants et cafés ont rouvert, leurs fenêtres sont désormais grand ouvertes. On verra mais comme je continue de me protéger, je ne m’inquiète pas trop. Les masques, les gels Hydro-alcooliques ont fait leur réapparition un peu partout et leurs prix baissent, retrouvant petit à petit leurs prix d’avant crise sanitaire.

    J’ai eu mon ami Alain au téléphone samedi dernier, je lui ai annoncé un des trucs que j’ai décidés depuis le début de cette année et sur lesquels je travaille. Comme je vous l’avais écrit il y a trois mois, j’ai un projet politique important et j’ai eu le temps de l’affiner. Je lui ai expliqué en détail ce que je vois, ce que j’ai en tête. C’est pour septembre et j’ai les quelques mois qui nous en séparent pour que tout soit prêt.

    Je compte un peu sur ça pour me booster car c’est un réel projet professionnel dans le sens où il va me prendre pas mal de temps.

    Côté travail justement, mon emploi du temps est en mode réduit, mon salaire va un peu baisser mais je vais toutefois reprendre mes leçons du lundi et du mardi matin, donc financièrement je ne me fais plus trop de souci. Beaucoup de mes étudiants ont pris des cours en ligne pendant que les autres ont préféré ne pas venir durant deux mois. Certains commencent à revenir. Mon avis est qu’en septembre tout sera de retour à la normale.

    J’ai goûté ces lundi sans rien, où je n’ai rien fait, seulement lire de l’information financière et des informations politiques, des articles de fond, ou bien encore regardé des vidéos de conférences sur YouTube. Pour moi, il n’y a pas eu de confinement, mais une sorte de parenthèse ralentie.

    Sachant que mes revenus seraient amputés, j’ai fortement réduit la voilure et j’ai recommencé à cuisiner, weekends compris alors que ces dernières années j’avais pris l’habitude de la facilité, aller dans un petit restaurant de quartier. J’ai réduit le mois derniers mes dépenses d’environ un tiers. Je n’en reviens pas, et comme j’ai pris ce pli, j’ai commencé à faire de l’achat d’opportunité, bref, acheter quand c’est beaucoup moins cher. Je ne doute pas un instant que ce mois-ci je ne parvienne à réduire encore un peu malgré le fait que mes revenus vont recommencer à augmenter.

    La frugalité, bien que nécessaire, c’est aussi mon hommage à maman, c’est ce que j’ai compris depuis l’an dernier. Je vais désormais essayer d’économiser, d’économiser le plus possible pour ne plus avoir peur de l’avenir d’abord, mais aussi pour pouvoir faire des choses aussi. Depuis mon gros désendettement, j’ai en permanence gardé une somme, pas très importante, sur mon compte. Environ 1800 euros. Mes seules économies. Je la chérie comme vous ne pouvez pas vous imaginer, cette somme. J’avais des dettes énormes, je m’en suis libéré grâce à maman. Alors ce qu’il me reste, j’en suis comptable, c’est précieux.

    Depuis mars, plus aucun cours particulier, plus de cours du lundi ni du mardi matin, mes revenus ont fondu fortement, j’ai un peu grignoté sur cette somme, hélas, il m’en reste environ 1400 euros, mais comme je suis parvenu à drastiquement baisser les dépenses (tout en améliorant nettement mon confort de vie et mon alimentation), à la fin du mois de juin elle sera non seulement reconstituée mais très probablement augmentée. Il me reste par ailleurs deux traites de remboursement de mon ordinateur (mon iMac 27, c’était un crédit 0%) et à partir d’août je pourrai économiser encore bien plus. Bref, vraiment, je suis très confiant.

    Je vais finalement demander la résidence permanente ici, parce que ça me facilitera la vie en augmentant mon statut social « symbolique ».

    Un gros projet professionnel, plus du tout de soucis d’argent, il me reste à me remettre au travail et à écrire, mais je verserais ça volontiers dans le projet professionnel dont je parlais plus haut.

    J’ai pas mal avancé, pour tout vous dire, et le changement de look de ce blog c’est un peu ça.

    À partir de ce weekend, nous allons pouvoir savourer de nouveau les parcs, j’attends cela avec impatience. Je crois que c’est ce qui m’a le plus manqué dans tout ce temps. La golden week a été assez pauvre, limitée à des promenades dans mon quartier renouvelées en différentes variantes de la même, et c’est pas très joli, Tôkyô. Alors revoir les parcs, m’y détendre, y faire de ces siestes que j’aime y faire, et puis regarder les fleurs, tout ça malgré la saison des pluies qui pointe le nez et qui promet cette année d’être très chaude, c’est une attente impatiente.

    Me voilà donc détendu, loin de l’horrible stress d’il y a un mois quand, retournant à l’école après une semaine de vacances je m’attendais à être au chômage.

    Dans mon gros projet professionnel, en ce qui concerne la partie « écriture », il y a un épilogue à ma nouvelle écrite il y a dix ans pour minorités autours de la crise de 2008. Il y a aussi ce roman que je dois reprendre, oui, je sais, ça fait un million d’années que je le dis, mais cette épidémie, et puis d’autres trucs, tout m’y a ramené. Ce n’est pas de la paresse, c’est un réel manque de confiance en moi. Et finalement, pour la première fois de ma vie, je crois vous l’avoir déjà écrit, je n’ai plus ni peur, ni peu confiance. Au contraire, je crois avoir finalement atteint la maturité qui m’a longtemps fait défaut, non pas la maturité conventionnelle, mais celle qui me sied, faite d’une très grande lucidité sur moi, sur ma vie, sur ce que j’ai accompli, ce que je n’ai pas accompli, ce que je peux accomplir.

    J’ai retrouvé le goût de la vie sans même y prendre garde, un goût qui ne m’avait jamais vraiment quitté mais qui désormais ressemble à cette force vitale de l’enfance, quand je courais partout dans ce monde qui était le miens et qui n’appartenait qu’à moi.

    Je dois beaucoup à mon père, à commencer par ma conscience politique et cette certaine idée de moi-même, et je sais désormais que c’est du côté de maman que se situe la concrétisation. Pas parce qu’elle faisait, non, mais parce que c’est elle qui a rendu possible ce que je suis devenu. Je n’ai finalement qu’à faire fructifier. C’est d’ailleurs comme cela que je suis venu au Japon.

    Voilà, je vais cesser de m’épancher sur moi. Je tenais à le faire toutefois car c’est ce qui a toujours caractérisé ce blog.

    J’ai un autre billet à écrire, sur un tout autre sujet, alors il est temps de mettre celui-ci en ligne.

  • Idir n’est plus: 3 mai

    Idir n’est plus: 3 mai

    Voilà. Cette chanson, c’est, ça a toujours été, ça restera toujours ma préférée. Et dans cette interprétation originale de 1979, avec la flûte.

    C’est une chanson qui raconte nos pères, nos mères, nos familles de l’autre côté.
    De l’autre côté de quoi, en fait. On est quelques millions à nous débattre en nous sans trop savoir quelle réponse y apporter, alors le texte fait mal, très mal. Des deux côtés.
    Pas une fois je n’ai entendu cette chanson sans penser à mes oncles, à ma tante Faroudja, à mes cousins, à mes cousines, à nos montagnes dans la lumière bleutée du petit matin quand j’allais chercher des figues, à la source Amran, aux cassettes de Aït Menguellat de mon oncle, à mon père le grand sourire qui lui barre le visage de toutes dents.
    Cette chanson c’est l’exil, ce sont nos anciens les chibanis, usés par le travail et vieillissant seuls en France, c’est nos familles éclatées et dispersées, c’est notre pudeur aussi, nos renoncements et nos découragement qui hurlent dans nos têtes les mots de trahison, et c’est le pardon aussi parce que personne au monde plus qu’un kabyle sait à quel point la vie et la terre peuvent être cruelles parfois.
    Cette chanson c’est aussi le souvenir de ce PACTE au lycée, après le séisme de El Asnam/ Chlef, en 1980/81, à Bondy, et puis les deux semaines de cinéma algérien à la salle Giono et à la salle Malreau, et puis le concert de Idir salle Giono, salle pleine et youyou à foison, et puis notre voyage, l’arrivée en bateau, la baie magnifique, trois semaines où notre musique était la musique de Idir…
    Au revoir Idir.
    Mreh’ba s wayen id (b)wwid’ / ama yelha ama dirit / ma teghlid’ ghellin wiyid’ / nekwni nesrak tameddit (Idir, Aghrib)
  • Message Personnel: 17 avril

    Message Personnel: 17 avril

    This is in my humble opinion the most beautiful French love song, sung by Françoise Hardy in 1973.
    Actually, a real story…
    The English version was number 1 in the UK, but the lyrics were somehow different. I enclose a quick translation, you will have the meaning without some of the subtle nuances of course, but listening to this song I am sure you will understand how beautiful it is.

    On the other side of the phone,
    There is your voice,
    And there are the words,
    I will not say.
    All those words which scare
    When they don’t make laugh,
    Which are in too many films,
    Songs and books
    I would like to say them
    And I would like to live them
    I won’t do it
    I want, I can’t
    I am lonely to die
    But I know where you are
    I am coming
    Wait for me
    We are going to get to know each other
    Prepare your time
    For you, I have all mine
    I would like to arrive
    I stay, I hate myself
    I will not be able
    I want, I can’t
    I should speak to you
    I should arrive
    Or I should sleep
    I worry you will be deaf
    I worry you will be craven
    I worry I will be intrusive
    I can not tell you
    That I love you… maybe
    But if some day you think you love me
    Don’t think your memories bother me
    And run, run until you lose your breath
    Come to me
    If some day you think you love me
    And if that day you (grieve*) feel it difficult
    To find where all those roads lead you,
    Come to me
    If the disgust of life comes in you
    If the tiredness of life settles in you
    Think of me
    Think of me
    But if some day you think you love me
    Don’t bethink me like a problem
    And run, run until you lose your breath
    Come to me
    If some day you think you love me
    Don’t wait for a day, for a week
    Cause you don’t know where life is leading you
    Come to me
    If the disgust of life comes in you
    If the tiredness of life settles in you
    Think of me
    Think of me
    But if you…
    *double meaning with the word “peine”, meaning “pain, grieve” and “difficulty”
  • Bientôt le mois de Ramadan: 15 avril

    Dans une semaine est la nouvelle lune et avec elle commencera le mois de Ramadan.
    Il y a 2 ans, je faisais Ramadan pour la première fois et pour dire merci à mon père. Ça a été une expérience unique et sensible à laquelle je ne m’attendais pas.
    L’an dernier, j’attendais Ramadan comme un enfant gâté, avec impatience, et j’ai été déçu car j’attendais quelque chose qui n’est pas venu, mais j’ai tenu.
    Cette année je n’attends rien. Je vais accueillir ce mois pour ce qu’il est, le cœur ouvert comme l’avenir. Qu’importe ce qui adviendra, j’ai confiance.
    Bonne journée à toute et à tous.