Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Faire le deuil de cette année

    Faire le deuil de cette année

    Ligne Den’entoshi, 14:05, vendredi 2 décembre. C’est décembre, les températures sont désormais plus fraîches. Aujourd’hui aussi, le ciel est gris, il a plus ce matin. Poids inchangé.

    Je prends cette ligne de métro tous les jours de la semaine, du mardi au samedi pour aller travailler. Le trajet est long, mais il est simple : je n’ai qu’un changement, et celui-ci consiste en un escalier à monter ou descendre. Je porte le masque dans le métro : de plus en plus de gens font ainsi, il y a pas mal de rhumes/ grippes / pneumonies qui traînent. Me concernant, j’ai de vagues courbatures depuis quelques jours, pas de fièvre heureusement ni de sommeil agité (malgré le cauchemar que je vous racontais hier, mon lit n’était pas en désordre et je n’avais aucune sueurs, ouf! (suite…)

  • Alptraum

    Alptraum

    Nina Hagen, Alptraum (cauchemar)
    … (extrait, traduit) dis, je t’ai manqué ? /Quand les nuits sont longues et froides? /Rêves-tu de moi / Dans la brume noire du désir ?

    Mais moi, moi, moi, moi, moi, / Je suis ton cauchemar / Je viens, je viens au lever du jour…
    Souvenir de mes années de lycée, j’avais 15 ans.

    Ligne Hanzômon, jeudi 1er décembre, vers 13:05. Temps froid, venteux, gris et pluvieux par intermittence.
    Comme je vous l’écrivais hier, je parcours des informations concernant la situation dans le nord du Japon. La situation sanitaire des population véritablement sacrifiées par le gouvernement et les élites économiques au nom de la rentabilité et du Japan Inc., la situation au niveau alimentaire afin de me nourrir sans m’empoisonner bien sûr, mais aussi la situation de l’installation nucléaire de Fukushima elle-même, où rien ne semble résolu, bien au contraire. Un voile de silence, de dissimulations et de mensonges bien orchestrés permettent à chacun de reprendre une vie normal quand en réalité, ce calme est extrêmement précaire.
    Je n’en fais pas une obsession bien entendu, car si je le faisais, je serais vraiment masochiste de rester ici. Je reste relativement confiant dans ma propre destinée, je vous l’ai écrit en forme de confession, je suis habité par une Foi profonde qui ne me fait rien craindre du tout, une résignation au monde et à la vie telle qu’elle est qui sont en fait une force intérieure réelle. Je n’ai pas peur de la mort.
    Mais régulièrement, donc, je lis des informations pour savoir où nous en sommes. Contrairement à beaucoup de gens, je ne fais pas l’autruche, si quelque chose se passait, je veux pouvoir réagir correctement, ne pas avoir peur, si possible m’en protéger, et témoigner. Je suis un témoin. (suite…)

  • Décembre, déjà…

    Lundi soir, je me suis gavé de sushi pour la simple raison que je suis allé au restaurant avec Pierre, un de mes plus anciens lecteurs, qui m’écrit parfois des messages ou des commentaires et dont le vécu japonais est intéressant

    Tokyo, ligne Hanzomon. 13:09, mardi 29 novembre. Ciel gris mais temps radouci. Un mardi comme les autres, au seuil de l’hiver. Si vous n’êtes pas abonnés à ma page Facebook, vous avez peut être manqué les quelques albums photo que j’ai postés récemment. Je vous invite à les regarder (menu déroulant sous le menu “photo”, ils sont comme une marque de ma présence sur ce blog devenu site à part entière, et où donc mon silence ici est compensé par ma présence là. Et puis, il vous reste toujours Debt fiction dont j’ai terminé l’écriture. J’en suis très fier car finalement, c’est d’un roman dont il s’agit car additionné de Mortgage Story, le volume est assez impressionnant et il s’agit d’un récit en contexte. Ça avait toujours été mon rêve, écrire un feuilleton, parce que beaucoup de grands romanciers ont écrit des feuilletons voire n’ont fait que cela. Regardez Balzac. Feuilletoniste. Regardez Zola, feuilletoniste. Et Hugo, feuilletoniste. Ce qui est bien, avec le format du feuilleton, c’est le développement d’une sorte de suspense. C’est une rythmique profonde, totalement absente du roman contemporain à l’allure temporelle lisse, cette qualité particulière de la narration qui conduit de plus en plus de lecteurs à préférer le roman policier.
    Je suis donc heureux d’avoir bouclé un roman d’un type particulier, et qui est un premier coup d’essai de ce que j’essaie de faire autrement dans le roman qui m’occupe. Mais c’est bien, le récit se termine avec une chute, une chute que j’avais décidé bien avant l’écriture des deux parties qui précédent, parce que l’actualité me la révéla comme par une évidence. Très involontairement, en relisant la dernière partie hier soir, j’ai pensé aux faux monnayeurs, de Gide. Si si, ne riez pas. Loin de moi de me comparer à André Gide, rassurez-vous, mais j’avais aimé la fin des Faux monnayeurs parce qu’elle n’était pas une fin, et le roman s’offrait comme une tranche d’existence. Dans Mortgage Story et Debt fiction, il ne peut y avoir de fin, et c’est en fait une opportunité incroyable pour achever le récit avec élégance. Elle m’est venue comme ça, cet été, alors, j’ai informé Didier et Laurent que je l’écrirai à la dernière minute, quand le contexte me permettra de créer un récit autours d’elle, et non tendu vers elle comme les romans faciles le font. Le message principal de cette histoire est dans ses deux dernières pages. Dans la vie qui continue, et dans le fait que malgré tout notre conditionnement consumériste, c’est la seule vérité qui vaille, qu’aucune crise ne viendra casser cette évidence, même si de nos jours, il y a une obligation politique de le rappeler. Alors ce récit, ce n’est pas du Balzac, ce n’est pas du Gide, et Beauvoir est très loin… C’est du Madjid. Je sais bien entendu qu’un travail de réécriture s’imposerait, des corrections, etc mais ce n’est pas à la qualité de son orthographe que l’on reconnaît la qualité d’un récit, ou alors il faudrait jeter l’ensemble de la production littéraire antérieure au 17eme siècle et opérer de sérieuses coupes dans celles qui court jusqu’à la révolution française… (La Nouvelle Éloise et ses 200 pages de trop…) J’espère donc, si vous ne l’avez pas encore lu, que vous aimerez ce récit inscrit dans son temps, délibérément pédagogique sur une matière où nos élites entretiennent le flou afin de cultiver notre ignorance et notre passivité. J’en suis très fier, non pas pour sa qualité intrinsèque, ce n’est pas à moi de la juger, mais parce que j’ai atteint le but que je m’étais fixé au départ. D’un côté, expliquer la crise des subprimes, la crise de la dette, démystifier les mécanismes en expliquant la finance de marché telle qu’elle fonctionne, ses acteurs, mettre en perspective les responsabilité des politiques menées, réhabiliter Keynes et dénoncer Milton Friedman. Et livrer une analyse marxiste de cela: le fait que cette crise est une manifestation de la lutte des classes, dans le mauvais sens, hélas… De l’autre, écrire une histoire avec des gens ordinaires, acteurs de leurs vies ordinaires dans le monde tel qu’il est. Et enfin, malgré toute la complexité de la tâche, quitter ces personnages comme on le fait avec des amis, en les laissant vivre leur vie : ils sont un peu nous.

    Je suis à l’école, maintenant. Mon premier étudiant arrive dans 35 minutes. Je suis au régime depuis trois semaines. Pour la première fois de ma vie, je ne fais pas un truc de malade comme je l’ai longtemps fait. Pas un truc qui exprime un dégoût de mon corps comme il est, un régime produit par le conditionnement des magazines, l’obsession d’être mince. Juste un régime pour me sentir bien et préparer mes 60 ans. Un régime pour me sentir beau, pas parce que je me trouve laid comme je suis, au contraire même : avoir du poids lisse le visage, efface les rides, rempli les joues. Mais je sais aussi que ce remplissage se dégrade avec l’âge, alors autant prendre les devants et évider ces joues et accepter mes rides, je suis souriant par nature, ce ne seront pas de vilaines rides. Il y a aussi quelque chose d’autre, car je ne fais pas un régime amaigrissant normal. Je fais un régime basé sur le plaisir de manger, mon plaisir de manger, car j’adore ça, manger. Au Japon, les légumes sont plus chers qu’en France, et avec les particules qui se trouvent dans ceux du nord du pays, d’un seul coup, les légumes congelés que l’on trouve à Hanamasa et venant de Chine, pour un prix très avantageux, deviennent mangeables. Je ne m’en prive plus, considérant que les petits doutes que l’on peut avoir sur les produits venant de Chine sont finalement équivalents à ceux que j’éprouve en mangeant des produits japonais. Alors, va pour les surgelés chinois. Brocolis, choux-fleurs, haricots verts, lotus. Je cuisine à la japonaise, désormais. Par exemple, dans ma cocotte minute, je mets quelques petites pommes de terres, une ou deux carottes coupées en tranche, une demi patate douce, des tranches de lotus, quelques champignons shiitake et des morceaux de radis blanc. Auparavant, j’ai préparé le bouillon, sauce soja, disons 4 cuillerées à soupe, mirin et saké, disons 1 cuillerée chacun, du sel(une demi cuillérée à café), un demi sachet de dashi bonite/konbu (bouillon à base de poisson bonite séché de la famille du thon et algue rigide konbu) et l’équivalent de deux tiers d’un verre à moutarde d’eau filtrée. Je fais cuire 30 minutes, puis je laisse la température de la cocotte redescendre. La patate douce s’est dissoute, les champignons et le radis blanc sont devenus fondants et chargés du goût du bouillon. J’accompagne cela d’un peu de riz (blanc, mélangé à un peu de riz complet) que je mange avec des algues nori grillées. Une salade avocat, tomate, carotte râpées assaisonnée d’un peu d’huile de tournesol, de vinaigre et de sel. Deux œufs à la poêle (avec un peu d’huile de tournesol, et une giclée de sauce soja au final) ou du saumon grillé arrosé aussi de sauce soja. Et voilà. C’est mon repas du soir en général. Ne dites pas que cela fait trop, je mange ce genre de repas à peu près tous les jours, et j’ai perdu 4 kilos et demi. Il y a juste que je vais manger peu de riz bien sûr, disons un bol à riz mais pas plein, deux pommes de terre seulement, que les légumes ne sont pas pleins de graisse. Et que cette orgie de légume et d’algues satisfait mon appétit et mes papilles. Bref, ni faim, ni nostalgie de goûts. Hier soir, je me suis gavé de sushi. Ce matin, deux cent grammes de moins… Le poids n’est pas une question de nourriture proprement dite. C’est une question de goût, de quantité, de qualité et de satiété.

    Ligne Tozai, mercredi 30 novembre, 12:45. Je continue donc. Ce matin, 400 grammes de plus. C’est comme je l’ai écrit plus haut, je ne fais pas un régime de malade mental, je mange comme mon corps me le demande, ce dont je sais qu’il a besoin et donc, depuis trois semaines que j’ai commencé, je vois parfois la balance remonter un peu, ce qui est en général, je l’ai remarqué, le prélude après plusieurs jours de stagnation d’une nouvelle perte de poids que je ressens sur mon corps avant même de la mesurer. Peut être est-ce le temps aussi pour mon corps de repartir les graisses. Je continue toutefois à mesurer une perte de 4,1 kilos en trois semaines, ce qui est vraiment beaucoup. Hier soir, je me suis refait des légumes à la japonaise, il m’en reste pour ce soir et ils seront encore meilleurs. Lundi soir, je me suis gavé de sushi pour la simple raison que je suis allé au restaurant avec Pierre, un de mes plus anciens lecteurs, qui m’écrit parfois des messages ou des commentaires et dont le vécu japonais est intéressant : il est venu ici en 2001, puis en 2002 avec un working holliday, et puis il a ensuite vécu entre la France et le Japon à coup de visas touristiques comme un baroudeur moderne, finissant par se créer des liens très proches et une activité professionnelle jusqu’à ce que la douane lui fasse comprendre que le visa touristique ne collait pas à toutes ces allées et venues (je ne détaille pas l’histoire). Il vit maintenant à Paris mais continue de venir à Tôkyô. Il parle japonais bien sûr, et son activité professionnelle est en partie liée au Japon puisqu’il travaille avec une société japonaise. Nous avons pas mal bavardé, et je m’aperçois que désormais, quand je parle français, je m’entends parler, comme cela m’arrive quand je parle anglais. C’est un sentiment étrange, je me sens étranger dans ma propre langue. Impression de vertige, impression d’être dans un habit mal taillé, trop grand pour moi. Alors l’espace d’une fraction de seconde, c’est comme si je m’entendais, et je me trouve ridicule. En l’attendant, au carrefour Kyôbashi, j’ai croisé un jeune garçon, il s’est retourné sur moi et s’est arrêté un peu plus loin, attendant peut être que je l’accoste. En presque 6 ans ici, c’est la première fois que ça m’arrive. Je l’ai « laissé à ses regrets » (expression qui aurait pu poindre dans cette  chanson de William Sheller, où il raconte beaucoup de lui à mots très voilés et secrets, mais absolument transparents à mon avis), et Pierre est arrivé. Nous sommes d’abord allés à ce petit café que j’aime beaucoup, vers Higashi Ginza, et puis nous sommes allés à Ueno, dans ce kaiten sushi de Ameyoko, le premier restaurant où je sois allé quand je suis venu à Tôkyô la première fois. Il n’est pas super, c’est une chaîne, il y a peu de choix et ce n’est pas du master sushi, mais cela reste incroyablement supérieur à tout ce que vous pouvez manger à Paris, tendresse du riz, incroyable fraîcheur des poisson, oursins et autres œufs de poissons, et il est incroyablement bon marché, 136 yens l’assiette. Il faut voir, le midi, ce restaurant archi plein, avec tous les marchands, les vendeurs et autres bonimenteurs du quartier qui s’y précipitent pour s’y régaler pour pas beaucoup. Je l’ai déjà dit, écrit, je suis un gosse des quartiers populaires, et à Ueno, je me sens aussi bien, aussi à l’aise que dans mon enfance je me sentais bien à Belleville, quand nous allions voir Donata, une amie de mes parents, et que je jouais dans les rues avec Zozo et Nadia. Ueno n’est pas super propre, c’est vieux, certains restaurants m’inspirent plus la crainte du staphylocoque doré que d’une indigestion, mais j’aime ce quartier où règne une atmosphère chaleureuse totalement absente d’une grande partie de la ville. Ici, on crie, on appelle le client, on lui met les tomates ou le poisson sous le nez, s’il refuse, on baisse le prix: ici, on ne marchande pas, c’est le marchand qui ristourne, comme à Belleville, à Strasbourg Saint Denis ou à Château Rouge. Les odeurs se mélangent, les touristes de classe moyenne regardent tout cela comme un monde exotique alors que certainement chez eux aussi subsiste ce monde populeux, pauvre et pas chiche d’avant le ripolinage social, un monde qu’ils méprisent certainement chez eux, mais qu’ils trouvent ici si « typique », si « japonais », les crétins! Ueno, c’est mon enfance. Ce sont les cageots entassés en bordure du boulevard de Belleville avec les chiens qui mangent les restes, les marchands kabyles et portugais qui vous doublent la quantité quand vous achetez un kilo en vous demandant de rajouter une petite pièce, ce sont ces marchands typiquement français, charcutiers, bouchers et même primeurs qui rigolent en permanence et font remarquer aux jeunes femmes qu’elles sont jolies, la face rosie par le petit ballon de rouge qu’ils s’enfilent chaque matin, vers 5 heures, quand ils arrivent dans le quartier avec leur estafette grise toute pourrie qui a servi pendant 10 ans et qui servira encore 10 ans. Ueno, c’est la même chose. On y travaille dur, on y gagne peu. Certains vendeurs vous signalent le prix du poisson en raclant leur voix au fond de la gorge, « seillèn’ seillèn’ » que vous entendez (1000 yens, 1000 yens), la main pointée vers du saumon encore à demi congelé ou des anguilles sur lesquels sont posés les prix, généralement le double. Car ici, c’est comme à Belleville. Les lève-tôt paient le plus cher, les promeneurs de fin d’après-midi ont droit aux prix de liquidation. Corbeilles de fruits, de légumes, poissons et marrons ou champignons matsutake sont bradés. Quand ce n’est pas la nourriture, ce sont ces montagnes de fringues de fripiers à des prix dérisoires qui feraient de Guérisol un magasin de luxe. Ici, j’ai acheté des baskets d’école (les écoliers mettent des chaussures spéciales dans l’enceinte de l’école, des sortes de baskets en toile blanche années 50) pour 200 yens, je les mets souvent depuis des mois, elles sont encore en très bon état! Des vieilles vestes Adidas des années 70/80, des jeans, tout est bradé à 100, 200 yens quand arrive la grosse liquidation. Un paradis pour l’amoureux de la fripe. On travaille dur, on gagne peu, on voit les visages abîmés par la vie de ces vendeurs pourtant souvent pas très âgés, et le Japon se fait plus humain, plus vrai. C’est quoi, cette idée idiote de vouloir faire du Japon un pays où tout est cher et où tout le monde est riche. Le Japon est un pays incroyablement inégalitaire. Il y a juste qu’une incroyable dignité se manifeste jusque dans ses quartiers pauvres. Les vieilles et leurs pots de fleurs devant leur maison à moitié délabrées dont je vous parle souvent en sont un exemple typique. Je pense que c’est quelque chose que nous avons perdu, par chez nous, en France, et je crains que le Japon lui même ne perde ce goût de la simplicité résignée mais noble. Il n’y a pas de sots métiers, dit le proverbe, mais je crains que chez les jeunes Japonais, il y en ait… Un peu comme chez nous, quoi. La culture de Ueno disparaîtra comme la culture de Belleville a disparu. Et qu’on ne me parle pas des nouveaux endroits cools à l’est de la capitale. Tout sympa qu’ils sont, il n’on rien à voir avec la culture réellement populaire que j’y ai connu enfant, reléguée, elle, dans les ensembles inhumains, froids et sans vie de la banlieue, des lieus où il n’y a rien à faire après 7 heures du soir, si ce n’est s’ennuyer en attendant que la vie se passe.

    Ligne Hanzômon, 21:10. Je lis beaucoup d’articles sur la situation de la pollution nucléaire dans le Tôhoku. C’est vraiment une catastrophe certes, mais c’est surtout un crime perpétré par l’élite Japonaise sur son propre peuple, sacrifié sur l’autel du profit. Mais en quoi cela serait il surprenant, c’est la même chose partout. Il y a juste qu’au Japon, un mouvement comme « Occupy » est fortement impossible. Tout ce qui ressemble à de la protestation étant présenté comme « étranger », et le pire est que la plupart des Japonais le croit. Ce que je lis des saignements de nez chez les enfants, des troubles de la thyroïde, les maladies infectieuses qui se multiplient est un crève-cœur. C’est dégueulasse. Les médias, bien sûr, ne rapportent pas les informations, ou alors, quand il est trop tard. Combien de gens ont mangé, acheté du riz de Fukushima avant que l’on ne « découvre » sa contamination (je mets des guillemets car aussi, il faut être crétin pour croire que le Japon serait différent de Tchernobyl alors que la catastrophe est bien pire à tous les niveaux) et qu’on commence à la retirer de la vente, et encore, avec parcimonie, village par village. Les légumes, eux, sont toujours présents dans le commerce. Plus vraiment ceux de Fukushima, qui ont bien contaminé les gens cet été et cet automne, mais ceux de Ibaraki et de Gunma, qui se sont pris le nuage en pleine poire entre le 15 et le 17, avec des plus éparses pour bien contaminer les sols. Faire les courses revêt aujourd’hui la forme d’un véritable exercice de lecture des kanjis et de connaissance géographique. Parfois, je n’achète pas un produit quand il est étiqueté d’une région alors que celui étiqueté d’une autre région offre un aspect absolument identique, comme récemment des tomates de Kumamoto (sûres, île de Shikoku) et de Ibaraki, même taille, même couleur, même forme. Je n’ai absolument pas confiance dans les les magasins que je soupçonne de vouloir écouler leurs stocks. Seul AEON, la chaîne de supermarchés urbains, a accepté de mesurer les produits en magasin. Tous les autres ont refusé. Au Y’s Mart derrière chez moi, ils mixent les produits dans un même sac : concombres de Ibaraki, Chiba, Gunma et Kôchi (sûr, île de Shikoku). Alors, je ne mange plus de concombres. Je sais bien que je consomme de cette saloperie d’une façon ou d’une autre : tout le monde en consomme. Je limite le risque au strict minimum. J’évite de m’asperger des feuilles mortes qui traînent partout, elles sont fortement contaminées. Mais rien n’est fait, aucune information sur ce sujet, et les gens nettoient leurs jardins à main nues, sans masque. Avec Jun, les promenades ont le goût de l’hiver qui arrive. Je pense déménager. Je suis endetté, j’ai de sérieux problèmes d’argent, et la seule solution est de payer moins cher pour me loger. Il faut également que je commence à penser sérieusement à accroître mes revenus. Les leçons que je donne m’y aident, mais ce n’est pas suffisant : il me faut désormais y mettre un peu plus d’ambition, et infiniment plus de travail. Mais bon, je vous écrit ce long billet, j’ai terminé un récit très long, qui est publié, et j’ai perdu plus de 4 kilos. C’est pas si mal… Mais peut mieux faire! De Tôkyô, Madjid

  • Congés, fêtes et Tudor : pot pourri de novembre

    Congés, fêtes et Tudor : pot pourri de novembre

    (mardi 1er novembre) La France est en congé, le Japon ne l’est pas… Jeudi, le Japon sera en congé, la France ne le sera pas. Dimanche, la barrière du temps entre nos deux pays s’est élargie d’une heure. Désormais, ce sont huit heures qui nous séparent. Quand vous allez vous coucher le soir, vers minuit, ici, c’est déjà au jour suivant et il est huit heures, le feuilleton matinal de la NHK va commencer. Huit heures, c’est bien long… (suite…)

  • Déjà un peu l’hiver

    Déjà un peu l’hiver

    C’est clair, net, précis : la couleur du ciel n’est plus la même, et la couleur de l’eau, dans l’estuaire de la rivière Ara que je traverse tous les jours en franchissant le grand pont qui sépare l’arrondissement d’Edogawa de l’arrondissement de Kôtô, est plus profonde, plus grise, un gris épais, aux reflets bruns. C’est étonnant comment la mer peut changer de couleur au gré des saisons. Je dis bien « des saisons » et non « du temps » car il y a une logique à ce qu’un ciel gris, une tempête ou une journée ensoleillée ne produiront pas la même lumière et donc que la couleur changera. Mais, je ne sais pas si c’est la même chose en France, la couleur de la mer, la couleur du fleuve dans l’estuaire est très différente en été et en hiver. La texture de l’eau a elle même l’air différente. (suite…)

  • Escapade en plein air, escapade nocturne

    Escapade en plein air, escapade nocturne

    Dans ma lointaine jeunesse, j’étais un oiseau de nuit. Non pas un nuiteux, non, juste un oiseau de la nuit. Beaucoup de gays ont écrit sur la drogue, sur les bars de sexe, sur le sexe et sur les pratiques sexuelles, comme si elles nous étaient réservées. Les hétérosexuels ont une vie, aussi. Eux aussi écoutent de la musique, eux aussi fréquentent des bars, ils peuvent être échangistes, sado-masochistes…

    Ce qui nous défini, ce qui nous a toujours défini, nous, les homosexuels, ce ne sont pas nos pratiques. C’est notre sociabilité. La façon de nous rencontrer, les lieux où nous nous rencontrons, les lieux où, pendant des siècles, nous partageons notre secret, les codes que nous établissions et qui nous permettaient de communiquer, nos façons de regarder les hommes en secret… Ce qui nous définit sont les lieux que nous habitons de notre présence et où s’exprime notre histoire. Une histoire en pleine évolution, heureusement, où le secret peu à peu s’estompe pour laisser place à une certaine forme de liberté.
    Je ne sais pourtant pas trop si nous avons gagné quelque chose au change, je veux dire, je continue de m’interroger sur ce que nous avons trouvé à l’arrivée, si nous ne nous sommes pas trompé quelque part. (suite…)

  • Premieres sensations d’hiver…

    Premieres sensations d’hiver…

    Hier soir, en sortant de l’école, un très très vague crachin et un vent frais m’ont pour la première fois évoqué l’arrivée de l’hiver. 16 degrés, affichait mon application météo. Cela peut vous sembler très élevé, en France, mais ici, cela faisait longtemps. Pour tout dire, gravé au fond de ma mémoire, comme si c’était hier, l’emprunte du froid sur mon mort, et ce même crachin, dans l’heure qui a suivi le séisme. Jusqu’à quand vais-je encore avoir cette sensation de proximité avec la catastrophe. Je crois qu’on n’oublie pas, qu’on ne peut pas oublier, et qu’on vit avec jusqu’à la fin de ses jours. Comment font donc pour vivre, pour survivre, celles et ceux qui, après la peur du séisme, ont perdu quelqu’un dont le corps, balayé par l’horreur du tsunami auquel il ont pu réchapper, est à jamais parti quelque part, sans sépulture. Et Dieu sait combien au Japon la sépulture est importante, combien la mort est ritualisée, septième jour, premier mois, première année, troisième année, septième année enfin où l’âme peut enfin trouver le repos.

    Peut être avez vous vu Le voyage de Chihiro, le dessin animé de Miyazahi. Cette créature vécue de noir, avec son masque blanc, et qui se met à tout dévorer pour plaire à Sen. Une âme seule oubliée, et qui n’a pu ainsi trouver le repos car personne n’a pris soin de se souvenir d’elle et ainsi de l’apaiser. Quand j’y pense, j’éprouve vraiment de la peine pour les gens qui ont vécu cet enchaînement de catastrophes car rien pour eux ne sera comme avant : je ressens moi-même la même chose, pour eux, ce doit être terrible
    Et donc ainsi, alors que j’ai ressorti mon gilet, que je portais hier le même pantalon que le 11 mars, la froideur qui s’installe le soir à rouvert ma mémoire sur une plaie encore très mal cicatrisée, bien que pourtant elle ne soit pas si profonde dans mon cas.
    Je n’avais jamais bien imaginé ce qu’était un séisme avant. J’imaginais la sensation de secousses, un grand mouvement, un peu ce que la télévision ici nous montre dans les feuilletons et téléfilms. Mais c’est assez différent. C’est même très différent. Les Japonais, friands d’onomatopées, attribuent au séisme majeur l’onomatopée « gata gata ». Je peux vous assurer que c’est exactement ça! D’ailleurs, depuis, il y a des secousses mais, aucune ne faisant « gata gata », j’y suis assez indifférent, bien que certaines soient précédées d’un « baa », preuve s’il en est que quelque chose continue de bouger vraiment en profondeur, et que de la tension doit être libérée, ce qui est assez différent de ces ondulations habituelles qui révèlent plus des réaménagements des différentes plaques et sous plaques.
    Très curieusement, je me suis assez bien habitué aux problèmes de radiations. Je n’ai pas d’enfants, j’ai 46 ans et je n’étais pas à Tôkyô quand le nuage nous a survolé bref, je ne me sens pas spécialement en danger. Je surveille l’origine des produits que je mange. J’ai ainsi acheté du riz produit l’an dernier dans la région de Nagano, une grande quantité. Non seulement Nagano n’a quasiment pas reçu de contamination, mais surtout, le riz produit l’an dernier n’est pas contaminé. Lors de mon séjour à Kyôto, en décembre, j’achèterai du riz. Kyôto a été remarquablement épargnée, et c’est là, justement, que je me suis réfugié en mars

    En photo aujourd’hui, une photographie d’une devanture d’un magasin de saké dans le département de Ibaraki, à Nikkô. J’aimerais beaucoup y retourner. La promenade avec Jun l’an dernier avait été superbe. Le soleil était de la partie et ces forêts sont incroyablement reposantes. Hélas, Ibaraki à été fortement contaminé. Pas des niveaux mortels, loin de là. Juste assez pour créer du doute. On a retrouvé des traces de Strontium vers Shizuoka, à 350 kilomètres de Fukushima, alors imaginez, à Nikkô, à moins de 150 kilomètres…

    Promenade avec Jun à Kamakura il y a deux semaines. Temps couvert le matin mais bien ensoleillé l’après-midi, c’était vraiment reposant. Au Kenchôji, nous avons découvert une magnifique porte restaurée et ressenti la splendeur du règne des Tokugawa. En revanche, le typhon incroyablement violent à la fin du mois de septembre a charrié un air marin chargé de sel qui a brûlé les feuilles des arbres. Nous avons regardé ces feuilles brunies, fanées, et nous avons bien compris que cette année les érables ne rougiront pas : beaucoup ont dors et déjà perdu leur fragile feuillage.
    Le midi, nous nous sommes régalés d’anguille, cela faisait longtemps. Je vous conseille vraiment le magasin sur le grand boulevard central, à côté du marchand de bois : l’anguille est tendre, presque fondante, l’odeur de tare (la sauce, ici assez épaisse, faite de sauce de soja, de bouillon dashi, de mirin, de saké, de sucre, longuement cuisinée et devenue épaisse, dont on recouvre les filets d’anguille avant de les griller au charbon de bois) se répand alentour, vous ne pouvez pas manquer ce restaurant.
    L’après-midi, nous sommes allés du côté de chez Hara Setsuko, à l’est de la ville.

    Je ne m’explique pas bien pourquoi, je continue d’avoir de nouveaux étudiants en Français. J’ai aussi été recontacté par une ancienne étudiante qui avait déménagé en février et avait donc arrêté de venir à l’école, elle m’avait donc demandé mon email, elle veut maintenant que je lui donne des cours particuliers. Je crois que je suis un bon professeur. En fait, certains étudiants visitent plusieurs écoles avant de revenir chez nous. Je soutiens la comparaison. C’est flatteur.
    Cependant, si vous aviez quelque chose à me proposer, plus central… J’aimerais bien, aussi, avoir mon école à moi. Mon école serait totalement différente de tout ce qui se fait en enseignement du français à Tokyô. Vraiment. Si vous avez des capitaux à investir…

    François Hollande, ce sera donc François Hollande…

    J’ai reçu l’adaptateur Olympus OM pour mon Pen : je peux donc utiliser d’anciens objectifs. J’ai essayé, j’avoue, le piqué du 50 mm est incroyable. 50 mm sur un micro4/3 est équivalent à un 100 mm et comme, de plus, il ouvre à 1,8, cela en fait un objectif parfait pour le portrait en intérieur. Mon autre objectif est un 28 MM. (donc équivalent à 56 mm), il ouvre à 2,8 et il est donc globalement l’équivalent d’un grand angle idéal en extérieur. Il me reste donc à tester ces objectifs en condition.

    Bien. Il est deux heures, je suis à l’école et ma première leçon commence à 14 heures 30.
    De Tôkyô,

    Madjid

  • Je sais pas ce que je veux…

    Je sais pas ce que je veux…

    Donc, je partage! Et donc retour à mon template préféré, Monochrome.

    Il n’y a rien à faire, je continue à le trouver élégant, j’aime ses lignes simples, l’épure, son côté structuré. Celui que j’ai utilisé depuis mon basculement sur WordPress est? définitivement, un très beau template, mais il porte comme une fausse simplicité, un je ne sais quoi de l’époque des subprimes. J’ai fait des essais de changements, il reste assez complexe et finalement, hormis de superbes possibilités au niveau photographique, il reste assez difficile à manier pour l’utilisateur et la lecture n’y est pas aisée. Pour ma pièce de théâtre, c’est en fait éprouvant et impossible.
    Retour à Monochrome, donc. À noter qu’ici, je ne rencontre pas de problèmes avec la Lightbox et vous pourrez dans le futur recliquer sur les photographies pour les voir en plus grand.

    La troisième partie de ma fiction sur la « crise de la dette » est parue dans Minorités.
    La publication avance, les quatrièmes et cinquièmes parties sont dors et déjà écrites, il me reste une partie à écrire, portant sur l’actualité récente, au moment de la publication. Or, il semblerait que nous nous approchons d’un truc assez dégoûtant, au niveau financier, puisque dorénavant, ce sont les notations de banques qui commencent à être concernées : on approche d’une restructuration de la dette Grecque dans les pires conditions : à chaud, avec un bradage des richesses nationales mises en gage, en totale incoordination avec les autres états et après l’application d’une cure d’austérité sans précédent qui a transformé un problème budgétaire en une crise financière grave dans un contexte de déflation. Keynes serait certainement furieux qu’une telle politique ait pu être menée, lui qui s’était employé à prouver que la solidité du crédit dépend avant tout des perspectives de création de richesse (sa théorie des multiplicateurs).
    Bref, la publication du dernier volet risque de tomber au moment précis ou un premier dénouement viendra clore ce long suspense sur une crise de la dette qui reste avant tout, à mon avis je tiens à le préciser, une pure construction idéologique. Non pas que j’en nie l’ampleur, mais je constate que depuis 30 ans que nos gouvernements ont alterné économies budgétaires, baisses d’impôts, privatisations et dérégulation financière, jamais la dette n’a été aussi grande, contrastant avec la relative solidité financière de la période précédente où régnait l’état keynésien « socialiste » avec sa sécurité sociale, sa redistribution des richesses et la progressivité de l’impôt (plus ou moins grande en fonction de la couleur politique des gouvernements), ses politiques salariales dynamiques, ses entreprises publiques nombreuses et puissantes, ses législations sociales et syndicales, ses budgets de recherche et ses forts investissements publiques.
    J’ai lu que la Grèce pourrait faire défaut cette semaine, et je vous avoue que cela, vous allez le sentir passer. D’ailleurs, l’écart de taux entre la France et l’Allemagne est désormais de 1,10%, il n’était que de 0,20% il y a un an. La France est prochaine sur la liste, et entre temps elle devra éviter la faillite de la Société Générale et de BNP PARIBAS, cette dernière ayant au passage vu sa note dégradée consécutivement à sa très forte exposition au marché obligataire européen.

    Le temps à Tôkyô continue à être agréable, nous avons même eu de la chaleur ce week end, près de 28 degrés. Jun et moi sommes allés nous promener à Shinjuku Gyoen, les rosiers étaient simplement magnifiques.
    J’aime l’automne à Tôkyô. Il y fait beau et c’est comme un très lent et très insensible endormissement du temps. Le soir, la nuit tombe plus tôt dès octobre, vers 17:30/18:00. Les arbres restent verts très longtemps mais c’est un vert fatigué, de plus en plus mat et au sol commencent à s’entasser en abondance les feuilles des pruniers et des cerisiers. C’est le retour des fleurs aussi. Ne me demandez pas les noms, je suis incroyablement ignare en la matière, je me contente de les regarder et de les photographier.
    Je continue de souffrir d’allergies à l’herbe à poux. Cela s’était calmé la semaine dernière mais le redoux de la fin de semaine et les forts vents ont du propager des pollens. Aujourd’hui, mon nez est douloureux et un peu bouché, j’ai mal à la tête, comme il y a trois semaines. C’est incroyable, les allergies que l’on peut faire au Japon.

    La semaine dernière, il y a eu cette histoire folle d’un pic de radioactivité dans l’arrondissement de Setagaya. Et puis finalement, après une nouvelle crainte, il s’est avéré que la centrale de Fukushima n’était pas en cause, mais qu’un couple habitant le quartier depuis longtemps avait stocké du radium sous sa maison. Certainement des victimes de cette mode de la première moitié du vingtième siècle qui prêtait à la radioactivité des vertus rajeunissantes. Ce que ce fait divers démontre en tout cas est l’inquiétude de la population : ce sont des résidents du quartiers qui ont fait cette découverte en mesurant la radioactivité. Il n’y a plus grand monde pour faire confiance aux informations officielles, les gens font le travail eux même.
    Le riz de Fukushima a, lui, été jugé propre à la consommation. Les magasins regorgent de produits de ce département. Nous sommes bel et bien dans une politique d’empoisonnement passive des populations civiles. Le profit et le clientélisme politique ont le dernier mot.

    Je télécharge plein de truc, images, musiques, vidéos, pris par un incroyable besoin d’ingurgiter des formes et des sons. Cela devrait se voir sur ce blog.
    C’est peut être pour cela, d’ailleurs, que je regarde plein d’images.
    Je cherche un truc, mais je ne sais pas quoi encore exactement. De la structure, j’en revient toujours à cela. J’ai vu dimanche dernier un manteau Céline, orange, très coupé et j’ai pensé « voilà ! », et dans la nuit je me suis remis à bidouiller des templates.
    Vous voyez, c’est une sorte de Patchwork que je vous fais là.

    C’est tout pour l’instant : j’ai mal à la tête, et je ne parviens pas à me concentrer…

    De Tôkyô,

    Madjid

  • C’est vraiment l’automne

    C’est vraiment l’automne

    Tout le monde me dit la même chose : nous avons tous le sentiment que l’année est passée très vite.
    Cela a du être un peu la même chose à New York en 2001 après les attentats. Les gens ont du se retrouver propulser dans une autre dimension et avoir pour l’année 2001 comme un grand trou noir suivi d’un temps ralenti et accéléré à la fois, fait d’horreur, d’urgence et de déclaration de guerre. (suite…)