Alptraum

A

Nina Hagen, Alptraum (cauchemar)
… (extrait, traduit) dis, je t’ai manqué ? /Quand les nuits sont longues et froides? /Rêves-tu de moi / Dans la brume noire du désir ?

Mais moi, moi, moi, moi, moi, / Je suis ton cauchemar / Je viens, je viens au lever du jour…
Souvenir de mes années de lycée, j’avais 15 ans.

Ligne Hanzômon, jeudi 1er décembre, vers 13:05. Temps froid, venteux, gris et pluvieux par intermittence.
Comme je vous l’écrivais hier, je parcours des informations concernant la situation dans le nord du Japon. La situation sanitaire des population véritablement sacrifiées par le gouvernement et les élites économiques au nom de la rentabilité et du Japan Inc., la situation au niveau alimentaire afin de me nourrir sans m’empoisonner bien sûr, mais aussi la situation de l’installation nucléaire de Fukushima elle-même, où rien ne semble résolu, bien au contraire. Un voile de silence, de dissimulations et de mensonges bien orchestrés permettent à chacun de reprendre une vie normal quand en réalité, ce calme est extrêmement précaire.
Je n’en fais pas une obsession bien entendu, car si je le faisais, je serais vraiment masochiste de rester ici. Je reste relativement confiant dans ma propre destinée, je vous l’ai écrit en forme de confession, je suis habité par une Foi profonde qui ne me fait rien craindre du tout, une résignation au monde et à la vie telle qu’elle est qui sont en fait une force intérieure réelle. Je n’ai pas peur de la mort.
Mais régulièrement, donc, je lis des informations pour savoir où nous en sommes. Contrairement à beaucoup de gens, je ne fais pas l’autruche, si quelque chose se passait, je veux pouvoir réagir correctement, ne pas avoir peur, si possible m’en protéger, et témoigner. Je suis un témoin.

Pour écrire mon article hier, j’ai retrouvé un lien vers un article qui fait le point sur la situation sanitaire. Arrivé sur le site, j’ai cliqué sur quelques liens et ai débordé sur la situation de la centrale elle-même, avec quelques cris d’alarmes de scientifiques qui ne comprennent pas que si peu soit fait, et qu’aucune évacuation d’envergure ne soit envisagée. Ce que ces scientifiques redoutent par dessus tout, c’est que le combustible, qui a dors et déjà traversé la première cuve selon toute vraisemblance (TEPCO affirme qu’on ne peut pas savoir, mais les scientifiques sont à cet égard catégoriques, certains rejets et certains matériaux, comme le Corium, attestent que cela s’est bel et bien produit), ne continue sa course plus profondément dans le sol. Certains s’arrêtent à ce point et estiment que le risque majeur est une pollution de la nappe phréatique avec à terme des rejets massifs dans l’océan. D’autres vont plus loin et redoutent un syndrome chinois, à savoir la mise en contact du combustible actif et de l’eau d’une nappe phréatique, la création d’une forte pression d’hydrogène et à terme la possibilité d’une réaction nucléaire cette fois totalement incontrôlée, et une explosion d’une force équivalente à 50 à 80 fois Hiroshima. Si une telle explosion se produisait, sa force provoquerait éventuellement un détachement du littoral où se trouve la centrale et sa pulvérisation dans l’océan, avec la formation d’un tsunami qui traverserait le Pacifique.
Je résume, bien sûr, et comme cet accident est unique, sans précédent, les scientifiques ne sont pas unanimes, loin s’en faut. Tous s’accordent pourtant pour dire qu’il est impératif d’évacuer la population sur une distance de 80 kilomètres. Je parle bien entendu de la centaine de scientifiques japonais et internationaux sérieux et reconnus, et non des deux ou trois charlatans enmaffiosés qui continuent à polluer par leur seul présence les plateaux de télévision.

C’est sur ce type de lecture qu’hier soir, après avoir publié mon billet (avez vous remarqué l’élégante présentation des photographies?), je suis allé me coucher. Dans la soirée, en rentrant chez moi, j’avais vu au loin le ciel rougi par les éclairages, vraisemblablement vers la zone industrielle de Chiba (l’air était humide, cela diffuse les lumières urbaines). Et puis j’avais reçu le matin une information d’une application appelée Yurekuru, destinée à prévenir de l’imminence d’un séisme. Aujourd’hui est en effet une journée nationale de test des dispositifs et donc l’application m’informait qu’une simulation aurait lieu aujourd’hui. Enfin, en sillonnant divers sites, je suis retombé sur la traîne du nuage qui s’est échappé de la centrale entre le 11 et le 23 mars. Et pour rajouter a cela, j’ai vu des photos sur Flickr où on apercevait des affiches du Parti Communiste Japonais.
J’ai, je pense, très bien dormi, mais il fallait que mon cerveau digère tant d’évidences auxquelles je n’avais pas voulu m’intéresser ces dernier temps, je veux dire, toutes ensembles, d’un coup.

J’étais dans une ville qui était un peu comme Paris, dans un quartier avec un café, et je devais retrouver Didier Lestrade (?), mais il n’étais pas là. En revanche, je devais, de sa part, rencontrer une artiste, je pense que c’était une lesbienne, je ne l’ai pas vue, mais je crois qu’elle avait les cheveux courts, gris, un pull rouge un peu délavé, assez mince, peut être 50 ans, je ne sais pas, je ne la connais pas… Il y avait quelqu’un avec moi, assez âgé, avec une barbe, comme un vieux professeur, peut être celui de cette vidéo expliquant la crise économique dont Mohamed Belhorma m’a transmis un lien. Nous sommes entrés dans la maison de cette artiste, mais il n’y avait personne. C’était assez gris, sans trop de lumière. Décembre à Paris, un rez de chaussée. Nous nous sommes donc couchés, le vieux professeur dans le niveau de dessus d’un lit superposé, moi en bas.
Je dormais, mais soudain il y a eu des secousses très fortes. Le vieux professeur ne réagissait pas, mais moi, je pouvais voir sur un écran de télévision 16/9 ultra plat la carte du Kanto avec l’alarme bien entendu, mais surtout un avertissement pour les secousses à venir à l’aide de flèches qui tantôt remontaient vers le nord, tantôt vers le sud, ou l’ouest, ou l’est… Kanagawa, Chiba, Saitama, Tôkyô… Ça secouait, ça s’arrêtait. Ce téléviseur devait être mis là spécialement pour signaler une alerte car alors je me levai et en allumai un autre. Une publicité pour le Parti Communiste du Japon passait à ce moment là, aucun rapport avec le tremblement de terre, mais une petite voix de vendeuse, ou de chanteuse de AKB racontait quelque chose, et je trouvai cela ridicule, en de telles circonstances. Et puis une retransmission commença.
C’était, à mon avis, à Kamakura, j’en reconnaissais la voie de chemin de fer et la gare. D’ailleurs, mon sentiment à ce moment là était que je ne regardais pas un écran de télévision, mais que j’y étais. Un temple, ou plutôt une maison ancienne au toit de chaume barrait la le paysage, et derrière, on apercevait un incendie assez fort. Il y avait des gens, là, je me souviens notamment une femme avec un manteau en nylon marron ceintré rembourré de plumes (un manteau doudoune, quoi), comme on en voit beaucoup ici. Les gens hésitaient, ne sachant que faire, déroutés. Et puis soudain une incroyable explosion, et un temple au loin qui explose, volatilisant un autre temple qui à son tour en volatilisait deux dans son explosion et enfin, la maison au toit de chaume pulvérisée, comme dans un film américain, et la femme à la doudoune qui se mît à courir, mais c’était trop tard, elle fut elle même emportée, je voyais la panique autours de moi, des gens qui étaient pulvérisés à leur tour, et j’étais devant l’écran de télévision, implorant, pas ça, non, pas ça… Et je me suis réveillé en sursaut, fatigué, déprimé, abattu.

Et puis j’ai atterri, et j’ai souri, je me suis levé. J’ai entendu la pluie, compris qu’il faisait gris. Plus tard, j’ai appelé Yann, je lui ai raconté ce rêve avec une envie d’en rire, car après tout, ce n’était qu’un rêve.

Un rêve dont nous savons, nous, ici, qu’il est un peu plus qu’un rêve, mais une crainte sourde. Mon amie Irène dit que depuis le tremblement de terre, nous avons perdu l’innocence. C’est exactement cela. Je crois que mon rêve de cette nuit, c’est que je suis devenu adulte. Ce n’est pas tant le séisme à venir que le séisme passé qui s’est manifesté. Car ce que j’ai vu, c’est ce que les gens ont vécu, un jour où tout était normal. Mais quand je dis que je suis devenu adulte, c’est parce que j’ai aussi le sentiment que cela peut arriver partout, n’importe quand, à vous, à moi. Et que le malheur des uns produit le spectacle des autres et les craintes de tout le monde, et que cela s’appelle la vie.
Ma génération a été touchée par le VIH. Mais finalement, la vie à continué, elle continue, et d’autres catastrophes nous frapperont. C’est ainsi.

Ce matin, la sirène a retenti dans mon quartier, le même son qu’à la télévision, pour nous annoncer un séisme. C’est peu, mais c’est une bonne idée, que de savoir que s’il y avait un autre séisme, nous entendrions cette alarme partout, nous donnant la seconde nécessaire pour fermer le gaz, ouvrir la fenêtre et nous protéger.
J’espère que ce premier décembre vous rappèlera que votre alarme, contre la VIH, s’appelle le préservatif, mais qu’elle est aussi la conscience que nous devons en parler, car le silence, c’est la mort, et en parler, c’est vivre. Les élites du Japon s’entêtent dans un silence criminel et coupable. Ne leur ressemblez pas.

De Tôkyô,
Madjid

Ce qui suit, je l’ai écrit il y a quelques jours. Je publie ? Oui! Je publie.

Je suis content, je viens de terminer Debt Fiction, et je suis assez satisfait par la fin. J’y avais pensé l’été dernier, alors que j’achetais la rédaction des quatre premières parties. J’avais décidé d’attendre pour l’écrire, pensant qu’il y aurait l’actualité propice à une fin intelligente du récit. En août, j’avais l’attention retenue par deux « moments » qui me semblaient majeurs.

L’un appartient au monde du passé, malgré l’immense innovation que cette consultation a pu représenter, mais plombé par un discours et un itinéraire balisés, conformes et conservateurs au sens propre du terme (pas de vagues). La primaire socialiste.
Privé de vote pour une raison que je préfère ignorer mais m’ayant révélé le dégoût que j’ai pour le Parti Socialiste, ses baronnies, sa petite bourgeoisie satisfaite et convertie à la charité, je ne suis même plus la campagne. Je laisse son vainqueur se débrouiller sans moi, c’est bon, j’ai donné. À lui de me convaincre, même s’il me semble qu’il s’emploie surtout à convaincre les banquiers.
J’aimais Ségolène Royal pour son caractère iconoclaste, différent, et cette volonté à coller, à regarder la société comme une sorte d’émetteur radio dont il faudrait capter la bonne fréquence. Malgré sa très lourde défaite et le sentiment qu’elle a fait une campagne pitoyable, je suis très fier de l’avoir supporté car elle a été honnête, et elle a su « me » parler, non pas au moi ancien militant, mais au moi tel que je suis aujourd’hui : elle a réalisé l’ampleur de l’échouage sociétal, les abysses de la faillite économique et l’immoralité profonde du capitalisme. Je ne sais pas si elle est « vraiment socialiste », et je m’en moque, mais elle est un personnage politique rare, et je suis persuadé que son acharnement à pointer du doigt les responsabilités des financiers, leurs connections avec le pouvoir médiatique et politique ont désarçonné un électorat qui continue de croire que le monde de demain est une redite du monde d’hier. Et puis elle continue à avancer. Elle vient de lancer un puissant projet de développement de l’énergie solaire dans sa région, en créant une société régionale mixte privé-public d’un genre original.

L’autre événement qui a suscité de plus en plus ma curiosité n’est pas vraiment un événement, c’est la montée en puissance de la nouvelle gauche américaine, qui débouche aujourd’hui sur le mouvement Occupy Wall Street.
Je n’ai jamais été un fan des USA, j’ai un fond méditerranéen trop fort, je ne peux voir le monde qu’à travers ce que je vis comme un héritage précieux, vieux de milliers d’années. Et pourtant, en regardant depuis 4 ans les informations de MSNBC, j’ai progressivement appris sur cet immense pays qui ressemble tant à la France à laquelle je rêve.
C’est vivant, les américains n’ont pas peur de l’avenir, et même si la tentation est forte de dominer le monde dans ses élites, il y a une créativité démocratique incroyable. De toutes les choses que j’ai apprises en vivant au Japon, c’est bien à regarder les USA comme une démocratie et comme un exemple qui est la plus surprenante. Je comprends mieux la fascination de Beauvoir dans son essai L’Amérique au jour le jour, une admiration qui pointe derrière le discours critique qui par moment apparaît comme plaqué, comme une nécessité, comme un travail de la raison et de l’intelligence pour ne pas se laisser séduire par ce pays qui, en 1947, fait son entrée dans la société de consommation de masse avec tout ce que cela peut avoir de fascinant pour l’écrivain qui elle, trois ans auparavant, comptait les coquillettes pour faire durer les rations, accommodait du boeuf à moitié faisandé avec des épices et du vinaigre (La force de l’âge)
Je ne connais pas les USA, et il me prend des envies, des fois, de les visiter et de me jeter dans cette incroyable effervescence culturelle qui y caractérise la gauche. Une gauche rajeunie qui bouscule les codes, les valeurs et n’a plus peur de dire un riche quand elle veut dire un riche.
En France, on nous vend une modernité à la Manuel Valls. Propre sur elle, aimant les baisses d’impôts, la dérégulation financière et la liberté de licencier, avec plein de brigades de sécurité recrutées par son copain Alain Bauer. Il faut la voir, cette vieille baderne bourgeoise de Jean Daniel, du haut de sa suffisance septuagénaire, en train de regarder le Manuel avec des yeux qui pétillent lors du grand entretien du Nouvel Obs pendant la primaire. Cet ancien apparatchik de l’UNEF ID et de la MNEF, parachuté par le PS à Evry en 1989 en vertu d’un accord interne au PS qui confiait Paris aux anciens trotskistes PCI/UNEF-ID et recasait par la même occasion certains copains en banlieue, il faut le voir tout prompt à parler des entreprises alors qu’il n’y a jamais mis les pieds car il n’a jamais travaillé de sa vie, et tout connaisseurs de la banlieue, qu’il ne la connait que par cooptation.
Mais pour une momie précieuse et embourgeoisée comme Jean Daniel, l’irruption de mots défendus, immigration, réalisme, sécurité, banlieue, solidarité, ça fleure bon la punkitude de vieillard grabataire et donneur de leçon (c’est que le papy Mougeot de la gauche, il en a donné, des leçons, et il continue, n’étant dépassé sur ce terrain que par cette tête de con d’Alexandre Adler.)

Anyway, aux USA, ça bouge, et une génération s’éveille à la culture politique à tâtons, mais, et c’est visible sur sa blogosphère, les idées circulent, loin du formol stéréotypé de la vieille gauche. Marx ne fait plus peur, Keynes non plus, et tout cela se brasse avec le pragmatisme propre à la pensée anglo-saxonne. Loin de moi l’idée que « la gauche va gagner », non, mais soudain, l’avenir est ouvert, et malgré la répression.
Et je regarde le web français, et je ne saisis pas cette interconnection. Pas qu’elle soit inexistante. La primaire socialiste à vu émerger des personnalités engagées, comme l’intéressant et curieux Seb Musset. Engagées dans le sens de « exigeant ». Je suis trop vieux pour en être, et trop loin aussi, mais je regarde cette génération des moins de 35 ans qui ont pigé que le système les utilise avec espoir. Non pas celui de faire une révolution, je n’y crois pas, mais avec espoir que la morale n’est pas morte, et qu’il en faut peu pour que les gens s’aperçoivent à quel point l’immoralité gouverne et domine.
Quand on saigne le peuple Grec, et qu’on remet en selle le parti politique qui a ruiné le pays, falsifié ses comptes, n’y a t’il pas immoralité ? Quand on nomme à la tête de la commission européenne un ancien de Goldman Sachs, la banque qui a falsifié les comptes de la Grèce, n’y a t’il pas immoralité ? Quand Sarkosy traque les récidivistes d’une part, en continuant de protéger une compagnie qui produit le combustible nucléaire MOX, dont on a vu les effets à Fukushima en terme d’instabilité lors de la catastrophe, n’y a t’il pas immoralité ?
Mes lecteurs français seront peut être choqués par ce qui peut apparaître comme un discours gauchiste et archaïque. Bien que je ne suis ni un gauchiste, ni un archaïque (l’ancienneté de mes comptes Twitter, Tumblr, Facebook ou Gmail, mon utilisation de iPad, etc, ma maitrise de l’Anglais et du Japonais, ma vie à l’étranger me permettraient de donner des leçons à Manuel Valls en matière de connaissance du monde et de modernité). Ces lecteurs, à qui je ne reproche rien, car nous ne sommes que le produit d’une expérience individuelle du monde, sont peut être encore dans le monde d’avant 2007, et n’ont pas encore opéré certaines révisions idéologiques nées avec l’âge des certitudes qui a précédé.

Alors, j’ai écrit, terminé Debt Fiction avec tout cela en tête. Comme une invitation à comprendre que les temps actuels, loin d’être difficiles, sont au contraire la queue de comète d’un monde qui a commencé à s’affaisser sous lui-même en 2007, et que si nous voulons que demain ait une allure à peu près potable, il nous faut opérer un radical changement de perception, et il nous faut sacrifier cet hédonisme stupide auquel nous encouragent les publicité et l’énergie bon marché. Les premières ne peuvent pas grand chose contre le chômage et la perte de niveau de vie, la seconde appartient au passé et nous ne sommes qu’au début de sa disparition.
La clef est dans le sens du vivre ensemble, dans notre capacité à le développer, mais surtout à accepter que le 20ème siècle ne fait que commencer à s’achever, qu’il nous faudra trouver des solutions simples, pratiques sur lesquelles, peut être, un jour, nous pourrons rebâtir des espérances nouvelles.
De Tôkyô,
Madjid

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  • Bonjour Madjid,
    je crois que pour beaucoup de gens (et pas seulement au Japon), après Fukushima plus rien ne sera comme avant. La notion d’impermanence, si souvent citée à propos de la sensibilité japonaise, a pris pour moi un sens nouveau. Vous avez choisi de rester au Japon mais de regarder la réalité en face. A toutes fins utiles, je vous conseille ce site en français : http://fukushima.over-blog.fr . Prenez soin de vous !

  • Je pense que cette conscience n’est en effet pas si rare, même si beaucoup (dont je fais finalement partie) se forcent pour cela. Toutefois, ce qui me semble fondateur, c’est cette notion de moralité. ça je l’entends très peu. Merci donc pour ce texte.

    • Merci Nicolas. Réponse tardive, comme tu le vois, je n’ai pas beaucoup écrit ces derniers temps (texte a venir a ce sujet), les commentaires me réchauffent donc le coeur.
      Je m’aperçois chaque jour a quel point le séisme a modifie ma façon de penser le réel et les choses qui m’entourent, rendant le présent plus précieux, plus urgent…

  • Bonjour Madjid
    mon précedent message bien écrit n’a pas été envoyé par ma faute.
    Comme je dois le réécrire, il a gagné en simplicité mais cette fois-ci sera très direct.
    Les images de votre cauchemar sont en résonnance avec les images gravées que je conserve dans ma mémoire depuis le 11 mars.
    Dans cette vidéo dont je ne comprends pas les paroles, il y a ce que vous décrivez.
    Je suis revenue sur votre site par hasard pour prendre de vos nouvelles. C’est la page du 2 décembre qui m’a accueillie… et la description de votre cauchemar. hasard ?

    Voici la video :
    http://www.youtube.com/watch?v=kPukZ4pd5wI&feature=related

    et les commentaires que j’avais pris à ce moment là :
    paysage en feu, image mauvaise qaulité : montage ou vrai document ?
    De : lanvinize | Créé le : 13 mars 2011
    alerte au tsunami par la pesronne puis explosion et images en feu au bout de 2mn (entre la vague et l’explosion)

    J’avais passé en boucle cette vidéo à l’époque pour essayer de comprendre ce qu’il se passait. Je ne sais pas comment comprendre tout ça.
    J’ai conscience que mon commentaire peut importuner votre sensibilité. Je m’en excuse d’avance, mais ne pas vous transmettre cette vidéo m’était impossible après vous avoir lu.
    Je vous souhaite d’être heureux et paisible.
    Votre site est toujours aussi beau et vos écrits de même.
    Belle journée à vous, prenez soin de vous
    catherine

    • Merci pour ce commentaire qui n’a de maladroit que son apparence, mais qui est finalement bien généreux. Ce que nous avons vécu ici dépasse l’indicible, et ce que les populations du nord ont endure et endurent encore dépasse l’imagination. Comment, donc, ne pas en être retourne, meme de loin ?
      On se fait a tout, on s’habitue a tout, c’est le propre de l’homme. Mon séjour a Kyoto a été salutaire, j’ai oublie le precedent, rempli de stress et d’un sentiment d’exil. La page est tournée. Je vais poster des photos de la ville et je vous invite a vous en baigner. Le Japon, loin d’être un pays souffrant, reste un pays incroyablement beau, vivant. C’est sa force. Dans les jardins, les arbres casses, a moitiés pourris, côtoient les jeunes pouces qu’ils protègent des vents trop forts. Ici, on ne les coupe pas, on les aide a continuer leur vie. Et un jour, la tempête les balaient définitivement, mais tout autours, on voit pointer les autres arbres, plus fort. Je crois que les Japonais sont un peu comme cela. On laisse la nature achever son travail, parfois. J’espere que les jeunes pousses ne commettront pas les bêtises de leurs aines et qu’on se débarrassera de ces fichues centrales… On manage bien les séismes. C’est le nucléaire, qui pose problème…
      Bonne année a vous, et merci de me lire.

MBC | Abonnez-vous!

MBC | Social

MBC | Archives

MBC | Ce Mois

MBC | Derniers billets

MBC | Instagram