Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Ouf, le “week end” est enfin passé…

    samedi soir, avec Jun, visite de l’aquarium à Shinagawa/品川の水族館
    Finalement, ça passe vite, le week-end à Ginza. Le temps n’a pas été aussi beau que celui originalement prévu mais tout de même les températures sont définitivement de saison. Le soir, il fait à peu près jour jusque 19 heures… Il y a un côté Londres dans cette heure calée sur le soleil mais on s’y fait, c’est le rythme de cette ville. Je dois vraiment me mettre dans la tête que le Japon est un pays où on se lève plus tôt… Mais culturellement, c’est encore un peu dur à comprendre, je crois…


    okonomiyaki dans mon quartier, à Kagurazaka : le restaurant Kurumi : tout simplement délicieux. De l’okonomiyaki de Hiroshima/神楽坂道りのくるみという店で、美味しい広島風のお好み焼きが食べれる

    Comme vous le voyez, j’écris un peu plus souvent dans ce blog. C’est que le rythme fini par rentrer. Je suis donc placé désormais devant un certain dilemne. Il me serait possible de travailler 3 heures de plus par semaine, et ainsi gagner un peu plus (mes 2 prochains mois vont être un véritable calvaire financier, comme prévu, donc je réfléchis beaucoup au sens de ma vie !). Ca aurait des effets sur ma paie de juillet (Je ne travaillerais plus qu’à partir de juin).
    Mais suis-je venu au Japon pour gagner de l’argent ? Et si oui, est-ce dans une entreprise ou autrement ? Graves questions quand on sait que j’ai quand même une vie à vivre, des obligations financières à moyen terme… En quittant la France, j’ai fait le premier pas vers autre chose, vers l’épanouissement d’une partie de moi-même longtemps mise en sommeil. Aurai-je le courage d’aller jusqu’au bout ou cèderai-je à l’appel du gain… Si tel était le cas, BNP P n’est pas très loin…


    en revenant du travail, dimanche soir, une vitrine qui me ramène à l’enfance, à mon premier contact avec le Japon, des images à la télévision, un mariage…

    Je réfléchis, même si ma décision -ne pas céder- est dèjà prise. Une indissible angoisse me prend alors, et je pourrais écrire durant des heures, et des heures, et des heures. Et je réalise alors que je n’ai déjà pas beaucooup de temps, qu’il y a le travail. Et cela me confirme que je ne peux travailler 3 heures de plus… Que j’aime ce travail principalement regroupé sur 3 jours… Que l’année qui s’annonce va être assez difficile mais que j’ai une opportunité en or.
    Je vis au Japon et mon travail ne me prend, finalement, que 3 jours pleins, fatigants certes mais trois jours tout de même. Et que les 2 demi-journées sont très vivables et agréables. J’ai des collègues sympas et même ces chefs souvent décrits comme “redoutables” sont des chefs comme les autres, qui font leur travail, et que je n’ai qu’à faire le miens. Si ceci me permet de voir le Japon, sentir le Japon, raconter le Japon, parler le Japon, si cela me permet de garder le fil au fond de moi, de pouvoir le suivre sans le rompre, alors, que de grandes choses, et quelle chance ! Je vous vois assis devant vos ordinateurs gris, à Paris et vos loyers si chers, je me dis que ça vaut bien le coup que je me serre un peu la ceinture. Je suis libre, et je suis au Japon.
    Je vais partir travailler de 13h20 à 17h40. C’est presque les vacances, non ? Et il fait beau, chaud…

    Une collègue m’a offert un Omamori, お守り. Un omamori de sagesse. Ca marche !
    De Tôkyô, sage,
    Suppaiku

  • Spécial Bonus !

    Comme le temps s’est mis au beau, que je suis sorti, je vous offre quelques brins de soleil du côté de chez moi. Vous êtes gâtés, aujourd’hui : 2 posts la même journée et plein de photos… !

    盆栽、花... Bonsai et fleurs…
    La “vallée au poisson”, 魚谷… ? En fait, un izakaya, 居酒屋, un endroit où on boit en grignottant et en rigolant bien
    fort. Jolie devanture, sous le soleil…
    青空の下に電線と紅葉楽しい
    Une vieille baraque comme il y en a plein partout. Je me demande bien qui peut venir acheter ses journaux ici…Devant chez moi, une affiche pour le 民主党/ Parti Démocrate du Japon. Ouf ! N’oubliez pas de lire mon post de ce matin !
  • “C’est le monsieur du blog… !”, que j’ai entendu…

    Temps variable mais lumineux et clément. Je décide d’aller me promener au parc Yoyogi, 代々木公園。
    Le parc est accessible de Harajuku、原宿、 jusque Yoyogi、代々木. Il est immense et inclus le sanctuaire Meiji、明治神宮, celui où je suis allé pour la nouvelle année il y a un peu plus d’un an. A l’entrée du parc vers Yoyogi, on apperçoit ma grande copine la Tour Docomo.


    L’entrée est des plus classique : c’est un parc, mais c’est aussi un sanctuaire. Je ne sais pas pourquoi, je pense à Tottoro !
    Je gare mon vélo. Je suis content, le lieu est assez désert, la promenade sera agréable. Parmi les visiteurs, les inévitables touristes venus voir le sanctuaire. Toujours je me pose la question : mais que pense un Américain devant un sanctuaire Shintô… Voit-il le diable ?


    C’est exactement ce que je recherchais. Cette odeur de…
    Je marche. Il ya des arbres, des lanternes. Surprenant. Je suis entre le plus gros noeud ferrovière au monde, Shinjuku, à une station de train, à 30 minutes à pied en prenant son temps, et le quartier le plus “djeunz” du Japon, Shibuya, avec ses filles aux maquillages métalliques et aux cheveux blonds, ses gars coiffés à l’identique, blond, gonflé/crêpé, leurs pantalons qui trainent par terre…

    …cette odeur de… cette odeur que je connais tant…
    Ici, je suis entouré de chênes immenses et de variétés d’arbres que je ne connais pas. Je m’en veux immédiatement de n’être venu me promener à Yoyogi. Tout cet oxygène me fait du bien, et ne plus entendre les voitures me repose. Seuls les corbeaux, nombreux, énormes, rompent le silence.


    …cette odeur, c’est l’odeur de Kyôto, l’odeur du Japon ancien, l’odeur du bois, des arbres, des feuilles en décomposition dans la moîteur de l’été. Et je me rends compte soudain que j’ai chaud.
    J’arrive à l’entrée du sanctuaire Meiji. Je suis en terrain connu, au milieu de mes amis. Ici, je suis entouré de la forêt. Et même si la ville n’est pas loin, elle sait se faire petite, elle sait se faire oublier.


    Le corp central du sanctuaire est immense. Je m’y dirige tranquilement. Je suis ici chez moi.
    Le temps de dire un petit coucou aux esprits qui habitent ces lieux, je repars que, “oh, c’est le monsieur du blog”. C’est la première fois que cela m’arrive. Ca méritait bien le titre de cette journée, non ? Ca fait plaisir, en tout cas…


    Je ne peux jamais résister à l’éternel auto-portrait que je dédie, comme toujours, à mes amis. Je vais bien, comme vous pouvez le voir !


    Alors que je vous écris, dehors, une pluie battante se déchaine sur Tôkyô. Je suis rassuré sur un point : si je reste longtemps au Japon, je risque plus de mourir d’un violent tremblement de terre qu’autre chose et en tout cas, je ne mourrai pas de soif comme cela pourra être la cas en Europe de l’Ouest…
    Joke ! Mais je peux vous garantir qu’au Japon, la pluie, ben… c’est vraiment la pluie !


    J’ai quitté le sanctuaire tranquillement.
    Il faisait bon, je me suis dirigé vers une allée qui me conduirait à l’entrée du Parc, à Yoyogi.

    Dehors, la pluie vient de s’arrêter, un soleil vif a percé quelques secondes. Il doit bien faire 21/22°. Je viens de sursauter : ça vient de secouer assez fort, j’ai même cru que c’était un gros tremblement de terre. Faut que j’arrête de faire des blagues avec ça…


    Oui, c’est vraiment étonnant, un tel parc, à côté de Shinjuku…
    J’en suis sorti en pensant à Kyôto. Il y a quelque chose à Kyôto qui me manque terriblement ici, c’est la présence de la nature, sa force. Son odeur. Et les maison en bois.


    Ce portique, torii, est le plus grand du Japon. Comme tous les torii, il délimite un espace réservé aux “divinités”, un espace du sacré. Il est en cyprés du Japon, 猪木, même si l’arbre, vieux de 1500 ans, a été importé de Taiwan. Il a été élevé en 1979 et est une réplique du Torii élevé en 1920 pour ce sanctuaire dédié à l’empereur 明治, Meiji.
    Deux américaines, que l’on voit arriver, me demandent de les photographier.
    Deux Chinois, ou Taiwanais je ne sais, me demandent aussi. Je suis un gentil garçon, utile.


    Le divinités du Japon aiment l’alcool, on leur en offre donc de grandes rassades afin de les satisfaire.
    Bon, la secousse de tout à l’heure, c’était à Ibaraki.
    De plus en plus de ciel bleu…
    J’ai quitté Yoyogi vers 18h30 : Jun passait à la maison vers 19h45…

    Special note : Je me suis pas mal occupé de vous, hier, et je vous ai ainsi rédigé mon blog mardi, mercredi et aujourd’hui encore ! Je plains celui et/ou celle qui voudra un jour tout lire dans ce journal.
    Tout d’abord un petit bonjour à Nicholas qui m’écris je pense pour la deuxième fois du Texas. Et puis un autre bonjour à tous ceux qui me lisent souvent, épisodiquement, à tous les coins du monde et même, comme je l’ai découvert, en Algérie ! Je suis très surpris d’être si lu des Etats-Unis car j’écris en français mais je tiens à saluer tous ceux, celles qui de ce pays dont j’admire tant la constitution et l’esprit de liberté qui l’anime, qui me lisent. Thanks to all of you. I hope you can enjoy my site, writen in french.
    Pour les autres, je me contenterai du français. Et je les remercie.
    De Tôkyô,
    avec gratitude,
    Suppaiku

  • Décidemment…

    Une nouvelle marque de lessive sur sa gondole promotionelle à 渋谷, Shibuya devant le 109. Photo interdite mais photo volée ! Remarquez les enzimes gloutons sans porte jarretelles et le agents blanchissant à bout pointus.
    Je suis frappé par la malédiction des week-ends… Il a fait un temps superbe hier encore, bien chaud bien bon, et il fera un vendredi magnifique mais… une perturbation a décidé de nous passer dessus aujourd’hui et demain, histoire de dire bonjour en passant, et voilà le ciel couvert pour aujourd’hui et, il fallait au moins ça, pluvieux pour demain matin ! Cela étant, aujourd’hui encore, il s’agit plus d’une crème épaisse “à la japonaise” que de réels gros nuages menaçants, et de fait la température est très agréable. Par moment pointe une ombre quand je vous écrit assis à mon bureau désormais installé face à une fenètre, signe que la luminosité est plus forte, qu’un peu de soleil perce.


    Le journal Courrier, reprise japonaise de la formule de Courrier international. Hier, au BOOK1st de 渋谷, Shibuya où j’ai acheté des livres de japonais
    J’ai reçu ce matin des news de mon frère. Qu’est-ce que c’est bien, le net, quand même… Mon frère a perdu sa chatte il y a deux semaines. Elle avait dans les quinzes ans, et quinze ans, dans la vie d’un homme, c’est long. Il m’a aussi envoyé une chanson de Félix Leclerc, Le p’tit bonheur.
    Quand ma chatte est morte, je ne me souviens que d’une chose, qui a suivi immédiatement. Le vide, la fatigue, une énergie à zéro. Du chagrin, non, pas tout de suite, j’étais sonné, j’avais assisté à l’agonie de Siouxsie, je l’avais carressé, je sentais sa vie qui partait et la paralysie qui la gagnait petit à petit, et puis les yeux se sont voilés, il n’y avait plus de souffle. Là, j’ai pleuré beaucoup mais ensuite, le vide. A plat, Suppaiku…
    Ce n’est pas pleurer, qui est le pire dans la vie, c’est quand on a arrêté de pleurer ! Empêcher un enfant de pleurer, un adulte, c’est abominable. C’est au fond de soi qu’on décide d’arrêter de pleurer, quand on est prêt à faire face à sa douleur, quand on se rend. Le silence de la mort est terrible. Siousxie m’a visité bien souvent, le moindre bruit, la nuit, quand je n’étais que dans un demi sommeil, me l’a bien souvent ramenée. Les fantômes existent, ils peuplent nos pauvres têtes fatiguées. Il lui est arrivé de me visiter aussi dedans mes rêves, avec Négrita la chatte noire de mon enfance, avec mon père, aussi. Il y a des gens que ça effraie mais, si le rêve n’est pas désagréable, c’est bien, c’est qu’il reste le meilleurs de chacun. Moi, j’aime bien voir Siousxie dans mes rêves, elle se met en boule à côté de moi, elle me console encore un peu comme seuls les chats savent faire. En silence. Sans rien demander. Et parfois en ronronnant très fort.

    Jeunes eleves Japonais, station de métro 九段下, Kudanshita, hier matin. L’élite de demain.
    Côté forme, ça va bien. Grosse fatigue encore hier soir mais essentiellement due au fait que je me réveille le matin vers 5 heures trente : il fait jour ! Devrais-je me lever si tôt ? J’ai acheté de quoi me remettre à faire du japonais sérieusement. Et je suis décidé à appliquer ce que j’applique à mes étudiants. Je repars à zéro ! Ca fait un bail que je n’ai pas écrit (à la main s’entend) un kanji, cela fait un bail que j’ai oublié toute la masse de vocabulaire qui accompagne les quelques 700/800 kanjis que je suis sensé connaître. De plus, à force de parler ici, beaucoup d’ailleurs, je commence à être envahi de doutes affreux grammaticaux.
    Bref, faut ramasser tout ça ! Je me suis rabattu sur le 日本語初歩 car hormi le fait qu’il est rédigé par la Fondation du Japon (donc conforme au 日本語能力試験, dont je vise désormais le grade 2 -j’ai eu le 4 et le 3), j’en ai les bandes son. J’ai donc le livre ainsi que le cahier de kanjis et le cahier d’exercices… Je vais souffrir environ 15 leçons car franchement c’est niveau maternelle pour moi.


    Un bonne raison, parmi d’autres, de bien travailler le japonais. Ici, samedi dernier dans un restaurant à 下北沢/Shimokitazawa
    Mais toutefois, j’ai été frappé de constater qu’à partir de le 15ème/20ème leçon, ce n’était pas inutile… J’ai aussi acheté un dictionnaire Kodansha adapté aux étudiants, avec les 1,945 常用漢字. En anglais bien sûr, mais vraiment très bien fait. Mon objectif est d’apprendre beaucoup de vocabulaire quand je réviserai les kanjis que je connais déjà et non bêtement faire des lignes de 水/みず/スイ : eau car franchement ce n’est guère passionnant et c’est bon, je le sais, merci ! Mais c’est aussi cela, réviser en repartant à zéro quand on a déjà un certain niveau…
    Hier, j’ai encore travaillé à l’école de Shibuya. Noir de monde. A ma sortie, je me suis promené. Temps agréable, doux, printanier. Shibuya est un quartier petit, resserré au pied d’une colline. C’est une petit/gros noeud ferrovière où se croisent compagnies privées et l’ancienne compagnie publique JR, devenue dans la région JR東日本/Est du Japon. Il y a donc toute la floppée de centres commerciaux qui vont avec une grosse gare au Japon et sans lesquels ce pays ne serait pas ce qu’il est.


    Hier, station Shibuya, vers 20 heures.
    A la sortie du train, généralement bondé, et qui déverse son contenu sur le quai vite saturé, on est rapidement frappé de l’apoplexie シュークリーム/choux à la crème. Une odeur, violente, de beurre et de sucre, de vanille et de cuisson vous prend vite et vous coince en un cruel dilemne : j’en veux un, mais qu’est-ce que ça pue, alors !
    Les Japonais, habitués à être racollé, agrippés, à recevoir des mouchoirs publicitaires et être sollicités tous azimuts par des haut-parleurs, des néons et des jeunes en anorak qui vous courent après si à tout hazard vous vous êtes enquis d’un moindre renseignement sur le karaoke/internet fibre optique 100Mbp/ restaurant / etc, trouvent cette odeur normale, juste “publicitaire” (sic, une élève hier) et se contentent donc de les acheter par 6 (pour le prix de 5), par 12 (pour le prix de 10) voir par 18 (pour le prix de 14) ou par 30 (pour le prix de 20). Cette odeur que je trouvais sympathique, rassurante et familière il y a 3 ans lors de mon premier séjour m’est tout simplement devenue insupportable ! Vous ne pouvez pas imaginer, dans cette gare, la puissante odeur de beurre des gaufres, des choux à la crème, des crèpes et des boulangeries viennoiseries, mêlées aux odeurs de café cappuccino des Starbucks et autres Doutor, Velocce…


    Mardi la semaine dernière, Shibuya sous la pluie.
    La force de Shibuya, c’est la jeunesse. C’est elle qui permet de digérer l’odeur de beurre, de la relégué au rang de décors avec tout le reste. Une jeunesse nombreuse, visible et arrogante pour le pays le plus agé du monde, le plus vieillissant. Une jeunesse conquérante dans un pays où l’enfant est surprotégé en même temps qu’il grandit, seul, enfant unique généralement, entouré d’objets et dans l’indifférence sentimentale de l’égoïsme parental (absence paternelle, solitude maternelle). A l’école, on a un père qui a découvert par hazard en le croisant dans l’ascenceur que son fils prenait des cours d’anglais dans la même école que lui depuis trois ans… Un enfant de 10 ans ! La famille, au Japon, est bien souvent devenu un masque social, un emballage. Devenus adultes, les “jeunes” sont avant tout des consommateurs égoïstes, hyper-individualistes. Ici, on brûle sa jeunesse par tous les bouts, et c’est certainement à Shibuya que c’est le plus visible.
    Ils ont bien raison, ma fois, on n’est jeune qu’une fois.
    De Tôkyô, à 40 ans et quelques,
    Suppaiku

    (bon, il serait peut être temps de faire du japonais, non mais…)
    PS : J’ai lu que France-Soir faisait faillite et que les journalistes et salariés faisaient grève… Que l’on s’émeuvait. Jusqu’aux “jeunes” qui ont envahi le quotidien économique La Tribune de se réclamer de la “lutte” des salariés du quotidien.
    Communiqué de presse 001 de Suppaiku : C’est avec une très grande joie et un bonheur indescriptible que j’apprends que le plus gros torche-cul de la planète après News of the world fait faillite. Ce journal raciste, xénophobe et fouille merde, mal écrit, juste digne de l’autre tête de cul de Philippe Bouvard, véritable torchon créé par je ne sais quel designer pour habiller l’autre conne d’Amanda Lear pour aller aux Grosses Tête sur cette radio de merde appelée RTL, ce journal a enfin crevé et j’en suis très heureux. J’aimerais juste que, comme ses journalistes l’ont réclamé pendant des années en tirant à boulet rouge sur Mitterrand, on ait supprimé les aides sociales et autres “aides aux assistés” afin qu’ils crèvent tous de faim à côtés de leurs poubelles de naguères. C’est bien fait !

  • Ouf, c’est enfin le printemps !

    Hier soir, j’ai vu une publicité avec Koizumi Jun’ichirou. Fond vert derrière lui, il était souriant, décontracté. Il est celui qui avait promis un nouveau Japon, il a tenu ses promesses. Enfin, c’est le message officiel. Ou plutôt le message du 自民党, le Parti Libéral Démocrate, son parti. Il s’agit certainement de préparer le naufrage du parti d’opposition, le 民主党, le Parti Démocrate du Japon, désormais dirigé par un “ancien” homme de droite naguère membre du Parti de Koizumi… Quand je vous disais que Maehara Seiji était pas si mal, hein… On voulait pas me croire, ben voilà, ceux qui ont aidé à le renverser ont pris le parti, unis à ceux qui étaient prétenduement de gauche. Pour le coup, je suis déçu par Kan Naoto. Je serais curieux de savoir qui a inventé ce fameux mail qui a conduit au Hara-kiri, au suicide collectif de toute la – jeune, très jeune – direction du Parti Démocrate.

    C’est vrai que Maehara était un modéré, partisan de la révision de la constitution. Mais j’aimais son radicalisme au sujet de la corruption de la société japonaise, sa critique des dépenses publiques tournées vers le clientélisme. J’aimais ses visites dans le monde entier, cherchant à insérer la Parti Démocrate du Japon dans un ensemble plus grand, celui du “progressisme” international. J’aimais ses offensives tous azimut contre Koizumi, ses critiques radicales des politiques familiales et sociales de la droite japonaise. J’aimais ce discours sur “les salariés”, grands sacrifiés des restructurations et des politiques clientélistes. J’aimais le jeunesse de ces hommes et ces femmes dont l’élégance ressemblait à celle des salariés de classe moyenne que l’on croise, éméchés en costumes et tailleurs pastels, le vendredi soir à Shinjuku. J’ai aimé jusqu’à leur connerie de mail : ils ne se sont pas démontés quand ils ont compris que c’était un piège qui leur avait été tendu (deux de mes élèves m’ont présenté cette histoire sous cet angle, ça m’a confirmé). Tous, jeunes hommes et jeunes femmes ont fait front, ont continué de critiquer Koizumi et sa politique, Koizumi et son système, jusqu’au bout, jusqu’à leur démission, acte de bravoure collectif mais qui fait suite aux critiques à peine voilées des “barons” du Parti, ceux de la “gauche”, d’abord, écartés l’an dernier par Maehara et son équipe, puis ceux de la “droite” qui finalement, tous alliés, ont renversé la jeune et bouillante direction.
    Je pense que Maehara voulait prendre le pouvoir. Je crois que c’est finalement ce qui lui a été reproché. Ici, le pouvoir est pour les vieux. Pour des hommes comme cette vieille baderne de droite qui vient de prendre la tête du parti. Pour des loser à la Rocard comme Kan Naoto qui a participé à l’éviction de la jeune direction. “Faut laisser faire les spécialistes”, disait Ferré, répondant par une chanson amère à ceux, “spécialistes” et “critiques” qui lui reprochaient d’avoir osé dirigé Coriolan, de Beethoven…
    Désormais, Koizumi n’a plus qu’à imposer un successeur d’environ 45/50 ans qui prendra sa place à la fin de l’année et le tour sera joué. Son parti sera “rajeuni” et l’opposition en sortira encore plus ratatinée. Il n’y aura plus, avec la complicité des médias, qu’à favoriser l’expression de la très bouillante leader socialiste du 社民党 pour achever le travail. C’est une vraie pro de la critique, elle a été assez active dans l’histoire du mail, elle aussi, pour dire que les deux partis se valent, avec ses 10%… Pas que je n’approuve pas sur le fond les critiques socialistes mais je pense vraiment que dans un pays comme le Japon, le principal n’est pas d’avoir raison, c’est, comme en France, dégager la droite. Une droite qui, ici, entretient la crainte du monde extérieur, favorise une agriculture coûteuse et une économie concentrée entre quelques groupes surpuissants. Je ne pense pas que Maehara eut changé tout, mais en favorisant un certain pluralisme, une ouverture sur le monde, une forte féminisation à l’image de son équipe, une réforme sociale “à l’Européenne”, on pouvait espérer quelque mieux. Les barons ne veulent pas de cela. On peut deviné qui a tendu le piège au bouillant député Nagata, qui se cache derrière ce journaliste qu’il estimait “de confiance” comme il le confessait sans jamais dévoiler sa source (moi, je ne me serais pas gèné !). Enfin… Je vois d’avance Koizumi blaguer avec le nouveau pachiderme du Parti Démocrate, sur son évolution et ses capacités à changer le Japon…
    Comme Barbara, “moi, j’m’en balance”, finalement. Le temps est désormais plus agréable et même la pluie ne nous écarte pas du printemps. Les températures sont clémentes et aujourd’hui ont devrait faire dans les 23°. Il y a du soleil depuis hier, il y en aurait encore demain d’après la météo, bref, c’est bien agréable tout cela. J’ai une nouvelle casquette que j’ai achetée lors d’une promenade samedi soir dans le quartier de 下北沢, Shimokitazawa, à l’ouest de Shibuya/Shinjuku. Un quartier jeune, dynamique, celui que l’on peut voir dans Tokyo eyes, le film.
    Et comme le temps est plus clément, je commence ma -très lente- digestion de mon Homesickness. J’en ai pour un moment car c’est profond, je crois. Ce voyage qui durera des années, c’est un aboutissement, c’est aussi un moment charnière car je voulais être ici pour faire certaines choses et c’est le moment, maintenant, de les faire. Bah, je ne suis pas en retard sur mon planning, c’est juste que le temps passe et que j’en prends plus conscience ici qu’à Paris où mes habitudes masquaient cette marche irrémédiable du temps. Mais quand même, et c’est important, ma déprime n’est absoluement pas Houellebecquienne ! J’y ai pensé un moment, mais finalement non. Ce n’est pas un train train engluant, sorte de Nausée Sartrienne. Il y a de la Nausée, bien sûr, mais c’est plus une crainte d’ancienne nausée. C’est plutôt l’impuissance qui précède l’action, le bon, par quel bout je commence… ?
    J’ai passé un bon week end, et Jun est toujours là… Je ne sais toujours pas quoi en penser mais je me dis aussi que pour le coup, je pense trop. On verra bien s’il suit mon rythme ou non, c’est tout. En attendant, nous visiterons 鎌倉, Kamakura, dans deux semaines…
    De Tôkyô, circonspect,
    Suppaiku

  • Vendredi 14 avril 2006

    Bon, j’allais pas perdre 107 ans pour vous trouver un titre, hein… Alors la date, rien que la date, et puis c’est tout.
    Je suis allé visiter hier le site que TB dédie à ses traductions d’articles du journaliste Joe Bageant (lien sur le côté et ici). Froid dans le dos. Comme vous l’aviez remarqué et comme je vous l’ai écrit, je suis en pleine phase aigue de homesickness : principal symptôme, envie de plaquer Jun, pas envie de sortir de chez moi, mal au bide comme à la veille d’un examen, etc… Mercredi soir, je devais retrouver Jun, j’ai annulé. Il m’a répondu que si je ne voulais plus le voir, j’avais qu’à lui dire. Depuis, ça me rajoute le soucis supplémentaire des sentiments que je lui prêtais à mon égart… J’aurais peut être du en profiter, finalement, mais d’un autre côté, pas comme ça, par mail, je me dis, alors on se voit ce soir, on sort un peu et puis on verra demain matin…). Je dois commencer à vivre ici maintenant que je m’y sens dans mes habitudes, que le salaire tombe tous les mois. J’avais l’objectif “mi-avril” comme objectif numéro 1 : nous y sommes. Et ça tombe bien, mon homesickness est parfaitement synchro !
    Bref, comme je suis déprimé, mais vraiment déprimé de chez déprimé, j’ai rouvert mes trésors cachés. Je vous en ai offert un hier, ce texte écrit en 2002, à l’écriture (volontairement) pompeuse, “empapaoutée de morve” (Léo Ferré) et de cette suffisance middle classe cultivée incarnée par ce repas de fromages… Le Pen milite et nous mangeons des fromages… Peut être faudrait il, avant d’arroser d’un chateauneuf du Pape 1999 un Chaource, un Rocquefort et Brie de Melun, faire nous aussi une petite prière :
    “Nos ancètres, prolétaires, hommes, femmes, enfants, morts dans les mînes, dans les luttes, tombés à Chicago un premier mai et que nous honorons chaque années en une journée de lutte pour que le travail ne soit pas une fatalité mais le moyen de notre réalisation, pour que les hommes, les femmes, un jours ne soient plus les esclaves de conseils d’administration anonymes qui décident de leurs sorts mais les acteurs de leur vie et des citoyens en leur cité, je vous remercie et vous suis reconnaissant. Que ce repas raffiné, l’Etat-Providence et que mes RTT soient le juste retour de vos luttes et que les prochaines produisent elles aussi abondance et confort aux générations futures. Hommage”
    Peut-être une telle prière nous ferait la joie plus modeste et rappelerait-elle que notre aisance ne va pas de soi mais qu’elle est une réalisation de longue date, le produit d’une culture, le fruit d’une espérance et le dur labeur de nos luttes passées, que l’oublier c’est déjà régresser et céder la place à ceux qui font d’autres prières…
    Ce “plateau de fromages”, je le retrouve en filigramme dans les textes de Joe Bageant et j’en suis gré à TB car je me sens un peu moins seul. Chez Joe Bageant, qui a décidé de nous montrer la réalité d’une Amérique puritaine, voyant le diable (pour de vrai), et croyant à la fin du monde (pas au cinéma, non, bientôt, “tout simplement”), qui va à la messe pour entretenir et développer cette vision du monde, pour qui la mort n’est pas grave et en qui même elle rend un véritable culte car purificatrice, le vrai problème, c’est l’Amérique cultivée, urbaine, qui ne se rend compte de rien et qui pense que de toute façon, les Démocrates reviendront au pouvoir. La même chose qu’ici, le même refus de voir la réalité, c’est à dire que faute d’avoir continué à penser, à raconter, à lutter, à force de nous lover dans les sofas du design, de la liberté sexuelle et du pouvoir d’achat qui ramolit les fesses mais que plus de pouvoir d’achat permet de raffermir à coup de crèmes, de gym et de chirurgie, d’alimentation saine, crétoise ou biologique, végétarienne ou dissociée, eh bien, nous sommes sur le point de perdre l’essentiel : notre liberté. La liberté se restreint d’abord pour l’immigré, pour qui on limite la liberté de mouvements. Limiter la liberté aux seules marchandises est une atteinte fondamentale aux libertés.
    Je suis un ultra-libéral. Comme Marx, je suis un libéral conséquent, je constate (pas besoin d’avoir fait de grandes études pour le constater) que le libéralisme économique tue la liberté. Regardez en France, les émeutes de l’automne (dont on ne parle plus… eh bien moi, maintenant, je vais vous en parler, car c’est maintenant qu’elles sont intéressantes). Comment voulez vous que dans pays qui produit 5 millions de chômeurs, vingt millions de salariés au pouvoir d’achat en berne, on convainc des jeunes entourés d’un urbanisme désolant où ne dominent que de gigantesques centres commerciaux gavés de produits de marque qu’il faut avoir pour être quelqu’un comme le martèle une publicité essentiellement ciblée sur ces mêmes jeunes, comment voulez vous que ça ne pète pas ? Comment voulez vous que dans une société qui glorifie la marchandise au point de réserver aux salariés le sort de vieilles chaussettes usées (de plus en plus même : on recycle les compétences des chômeurs ET les chaussettes usées), où les gagnants ont de l’argent, passent à la TV, portent de plus en plus souvent les signes d’une richesse ostentatoire à forte valeur sexuelle ajoutée (abdominaux, seins et lèvres refaits, etc…), où les programmes de télé-réalité vantent les mérites du chacun pour soi, comment voulez vous avoir de “jeunes citoyens matures et raisonnés, aptes à faire des choix conscient, à agir avec tact, diplômatie, civilité, à revendiquer avec méthode si le besoin est, à réfléchir et formuler des propositions, négocier”… ???
    Je vous parle de ces émeutes produites par le société capitaliste libérale et qui ne seraient jamais produites dans nos bonnes vieilles social-démocraties d’autrefois, non pour vous parler de ces émeutes mais pour vous parler de liberté. Leur principal résultat a été l’application d’un couvre feu, donc d’une restriction permanente des libertés, qui n’a guère soulevé d’opposition. Je constate donc, et Marx a fait ce constat là il y a bien longtemps, que pour sauvegarder la liberté des marchandises, on réduit la liberté des hommes.
    Qui donc osera soutenir que le libéralisme économique est le garant des libertés politiques ? Pour divers raisons de prédominance sociale, l’un et l’autre ont connu un progrès concomitant : il fallait sortir d’un ancien régime qui accordait peu de place à l’enrichissement individuel, il fallait sortir de la société de l’honneur, de la vertue pour pouvoir spéculer, spolier, accumuler ET avoir le pouvoir politique qui autorise tout cela. En France, cela fut le rôle de la Révolution et plus encore des grands brassages successifs que furent l’Empire et la Révolution (je vous renvoie à Balzac, il raconte tout cela mieux que moi). Mais maintenant que le pouvoir est réellement détenu par les possédants (tout est privatisé, partout, et en France quelques grandes familles concentrent la propriété, comme avant la dernière guerre, avant qu’elles ne collaborent toutes avec Hitler, Mussolini, Franco, Salazar par peur du péril rouge…), quel besoin de défendre la liberté ? En Italie, c’est Berlusconi et les néo-fascistes qui s’appellent Casa del’ Liberta ! Il n’a cessé de casser le pouvoir de la Justice, de la télévision publique, il a changé la loi électorale en une mixture proprement liberticide et amnistié mafieux et financiers véreux : est-ce cela, une maison des libertés ? Georges Bush n’a d’autre mot à la bouche que “liberté”, mais n’a de cesse de violer les droits civiques, ceux là même qui fondent l’Amérique depuis 1776 ! Est-ce cela la liberté ?
    Leur liberté est une liberté de l’économie, une jungle sociale dans laquelle l’homme se débat comme il peut, avec les miettes qu’on veut bien lui concéder. La liberté économique est l’ennemi de la liberté individuelle.
    Les textes de Joe Bageant reposent ce postulat de manière simple. Pour faire vivre une démocratie, il faut une école qui forme des citoyens, il faut une exigence morale publique forte, il faut une ambition politique qui ne soit pas celle des puissants mais celle de la raison. Il ne faut pas avoir peur de heurter les puissants. Je me sens, en tant que libéral politique, en parfaite harmonie avec sa crainte. Crainte de voir les puissants, les riches propriétaires, manipuler les masses, les monter les unes contres les autres, aux Etats-Unis à l’aide du fondamentalisme, ici à l’aide de la peur de l’autre et, qui sait demain, à l’aide du fondamentalisme aussi. Dans le monde Arabe, les puissants et les riches d’Arabie Saoudite ont déjà bien avancé sur cette voie.
    Et je déplore avec lui que nous, pendant ce temps là, nous n’ayons d’autre ambition que gagner du temps, ou jouer les baba cool à Porto-Alègre. Et d’autre horizon que des plateaux de fromage qui, à chaque nouvelle capitulation en rase campagne, prennent un goût toujours plus amer, acre.
    “Nos ancètres, prolétaires, hommes, femmes, enfants, morts dans les mînes, dans les luttes, tombés à Chicago un premier mai et que nous honorons chaque années en une journée de lutte pour que le travail ne soit pas une fatalité mais le moyen de notre réalisation, pour que les hommes, les femmes, un jours ne soient plus les esclaves de conseils d’administration anonymes qui décident de leurs sorts mais les acteurs de leur vie et des citoyens en leur cité, je vous remercie et vous suis reconnaissant. Que ce repas raffiné, l’Etat-Providence et que mes RTT soient le juste retour de vos luttes et que les prochaines produisent elles aussi abondance et confort aux générations futures. Pardon”
    Dehors, Tôkyô,
    Suppaiku

  • Cadeau numéro 2 : COUP DE TONNERRE

    Je viens de déterrer cela. C’est mal écrit, c’est même très mauvais, mais je vous le donne à réfléchir, en nos moroses années. C’est écrit en 2002… A méditer.
    Spéciale dédicace à Maruchan.
    De Tôkyô,
    Suppaiku

    Je me reveillais ce matin de tres bonne humeur. Le soleil etait la, et le ciel etait bleu. Rapidemament, je me levais et, tout content, je me pesais. J’avais perdu 500 grammes, c’etait fantastique. En effet, depuis plusieurs annees, j’avais assiste impuissant au spectacle peu reluisant des bourelets et de la chaire molle qui gangrenaient mon corp impunement. Comme j’arretai de fumer il y avait plus de 10 ans, j’attribuais ceci a cela. J’avais donc decide la semaine precedente de me mettre au regime. Apres une semaine, sans avoir vraiment faim, sans etre fatigue, j’avais deja perdu 4 kilos. Descendant de la balance, je pensais a mon petit dejeune conquerant, a ces trois œufs, ce yaourt 0% et a cette pomme, a cette rassade de proteines dont j’allais me regaler. Je me disais meme un moment, oh, tiens, et si apres ce regime je continais a manger comme ca, moi, j’aime bien les œufs, et puis pendant un bon moment je me suis fait bacon and eggs tous les matins, alors ce serait une bonne idee. Un peu plus tard d’ailleurs j’en parlais au telephone avec mon amie Frederique, le role des proteines, et puis l’entretien de son corps. C’etait bien.
    On pense a des droles de choses, le matin, quand on est un celibataire fraichement sorti du lit.
    Je pensais un peu plus tard, tiens, j’aime bien Francois Couperin, est-ce que j’ai encore Les Nations, tiens, oui, j’ecouterai bien La Francoise, je recherchais le coffret qu’enregistrait il y a pres de 20 ans Jordi Savaal et Hesperion XX, je le trouvais et je le mettais sur la platine. C’est un vinyle, un vinyle d’epoque, un disque des annees 80, du meme espace temps que celui dans lequel je baignais encore ce matin la. L’ouverture commencait, une larme roulait sur ma joue, je pensais a la fin de cette ecoute attentive que j’avais bien fait de mettre mes enceintes sur des parpings de 25 kilos chacun, que cela avait certainement favorise le plaisir de mon ecoute car vraiment, jamais mon systeme n’avait ete aussi precis dans la reproduction du son. Je me prenais a rever de l’evolution de celui-ci, mon Cambridge remplace par un Naim, mes Mission par des… Je me mis a rever aux Nautilus, et ce n’etait plus un Naim qui les activait, mais un modeste amplificateur a tubes de 30 watts. 30 watts de delicatesse et de precision. Je me levais, encore emu, je changeais de disque, un compact cette fois-ci, je retrouvais mon seul veritable amour dans ma lamentable vie sentimentale, Antonio Vivaldi. RV565 et Europa Galante me firent pleurer, mouvement que je reprimais, je le trouvais ridicule. C’etait bien.
    Je retirais le disque mais n’eteignais pas les appareils, c’est mauvais pour le son.
    Je prenais mon cahier rouge a spirale petits carreaux, c’est mon journal, et j’ecrivais cette douce repossession de moi meme en route depuis le debut de cette annee. Je pensais qu’il fallait bien que ces 10 ans d ‘analyse me conduisent quelque part. Je pensais egalement que pour la premiere fois de ma vie, je m’etais libere de l’attente d’un evenement fondateur de ma nouvelle vie, je pensais qu’il n’y avait pas de nouvelle vie, ni de moment clef. Je me liberais de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir, les parents que je me choisissais il y a longtemps maintenant. Les seuls maitres que je me sois donnes. Les parents de ma vie d’homme libre. J’ecrivais. Le regime, Frederique, mes pensees, je pensais a la Palestine, au retour de l’antisemitisme, mais je pensais aussi que j’aurais tout le temps d’y reflechir une autre fois. Je pensais que que je devais terminer d’abord ce roman policier qui se deroule a Tokyo. Je pensais que je prenais du retard dans l’apprentissage de mes Kanjis. C’etait bien.
    Je me rasais, je me lavais, je me parfumais, je m’habillais, le dimanche c’est Puces.
    J’appelais Nicolas, lui aussi finissait de se preparer. Il faineantait depuis ce matin, comme moi. C’etait un beau dimanche a la veille d’un bel ete. Nous etions prets pour aller voter. Comme nous le disions depuis ce meeting a Bercy en 1995, ou le turquoise de Campagne s’harmonisait avec le soleil eclatant, ce dimanche matin d’avril, il «faisait Jospin». Ni l’un ni l’autre n’etions pourtant decides a voter pour lui. Nicolas voterait pour la levee du secret bancaire des entreprises, moi pour une Republique qui nous respecte. Nous voterions chacun pour une femme, l’une revolutionnaire, l’autre intellectuelle. Nous en parlions, nous en riions, le soleil etait magnifique, nous nous retrouverions ce soir chez lui pour manger des fromages, je le prevenais que je ne partagerais par le repas, nous etions impatients deja de voter Jospin pour nous debarrasser de Chirac. C’etait bien.
    Je mettais mon manteau malgre le soleil. En avril, ne te decouvre pas d’un fil. Dehors une belle journee deja bien entamee eclatait de douceur et de lumiere, c’etait enfin ce printemps tant promis tant attendu que mars, rieur malgre les averses, avait en secret prepare. Je pensais que je gardais l’ame enfantine devant ce soleil qui annoncait depuis toujours les vacances a venir, le temps des glaces, le temps des terrasses, le temps des copains et des nuits blanches qui prennent au petit matin les teintes des croissants et du cafe noir dans la lumiere transparente des premieres lueurs du jour. Au bureau de vote, je recopiais meticuleusement le geste mitterandien, prendre un bulletin de tous les candidats de gauche et d’extreme gauche, mais j’y ajoutais ma touche personnelle en y ajoutant Francois Bayrou. Je pensais a son honnetete et a son courage Europeen et je me disais que Tonton en aurait certainement fait autant. J’entrais dans l’isoloire, je votais pour cette candidate qu’une presentatrice de television qui se prend toujours pour une journaliste avait baptisee «candidate des demunis», l’idiote. Je sortais de l’isoloire et je votais, nostalgique du temps ou c’etait moi, derriere la table, qui aurait fait voter les gens, du temps ou je faisais de la politique, comme on disait. J’etais nostalgique et content en meme temps. Je sortais, la petite cour de recreation de cette ecole type IIIeme Republique activait ce gout de l’enfance et cette nostalgie des annees de militantismes, ces cigarettes fumees dans cette meme cour a deviser avec le mari de la presidente du bureau de vote, un brave homme, finalement, bien que d’un autre bord. C’etait bien.
    Je rentrais chez moi, me faisais a manger et ressortais, prenant mon velo. Direction, Montreuil. Je roulais desormais, comme j’aimais toujours le faire, meme du temps d’Asnieres, meme du temps de Cortal et des annees boost, du Petit Poucet croise dans un metro a 6 heures du matin, du Garcon du Cox et des photos la nuit, peu de temps apres la mort de Siouxsie, ma chatte de plus de 15 ans. Je passais non loin de l’Atelier rue Saint Martin mais un imposant contingeant policier m’empechait l’acces par la rue a velo. Je le contournais par le square Saint Martin a cote de la Gaite Lyrique toujours a l’abandon depuis le fiasco de le Planete Magique, il faisait beau, de vieux arabes y jouaient aux dominos sur les bancs ou ils etaient assis, d’autres tiraient la petanque, c’etait un beau dimanche dans la Douce France, c’etait bien.
    Rue Saint Martin enfin, je voyais toutes ces equipes de televisions pretes pour le grand soir et je pensais que dans deux semaines on se retrouverait tous chez moi pour pouvoir ensuite rejoindre l’Atelier, que ce serait bien. La rue etait deserte, des gens marchaient, je regrettais de n’avoir pas emmene mon appareil photo, c’est bete, j’ai une pellicule noir et blanc 100 ASA, ce serait bien, j’appellerai ca un dimanche de campagne, un cote tranquile, paisible, cette rue, par exemple, ca me laisserai des souvenirs de ce beau jour d’avril ou il fait Jospin… Je laissais aller mes pensees tranquilles et appaisees malgre le monde boulverse car j’y sentais toute ma place, je devais retrouver un cousin venu d’Algerie demain, oui demain le monde reviendrait dans ma vie, en attendant, j’etais bien decider a prendre quelques couleurs, et ca, c’etait bien aussi.
    Place de la Republique, boulevard Voltaire, Pere-Lachaise, rue d’Avron, Porte de Montreuil, chemin fait comme d’instinct, en pensant beaucoup a ceci, mais aussi a cela, a mon regime, a ces friperies ou j’allais tranquilement perdre mon temps, mais deja aussi une autre envie, aller a Tata Beach, finalement, faire la sieste au soleil, au bruit de l’eau de notre Seine quand les bateaux de touristes venus du monde entier l’admirer passent et la boulversent en faisant des vagues qui rappellent les vacances, y finir mon roman en regardant d’un œil distrait s’il ne passait pas, celui que j’aimerai croiser, on ne sait jamais. Je continuais de rever a lui que je ne parvenais pas a sortir de mon reve et me disait que s’il etait la, oui, ca j’oserais le faire, lui dire bonjour, et m’asseoir et m’allonger pres de lui, mettre ma tete sur ses cuisses et me reposer enfin apres trente et quelques annees de gigote… Je garais mon velo sur le cadre de la bouche de metro sachant deja que je ne resterais pas bien longtemps. Je repartais en effet une vingtaine de minutes plus tard, toute cette foule qui se bousculait me rappelait que je n’aime Montreuil qu’en matinee ou en fin d’apres-midi. J’allais a Tata Beach, rue d’Avron, rue de Montreuil, je passais a cote de ce primeur ou je faisais mes courses l’an dernier quand j’habitais chez Sophie, Bastille, Saint-Antoine, Rivoli, Le Louvre, tant de monde, un si beau soleil, et deja les quais, je m’asseyais, retirais mon chapeau, ma cravate en cuir des annees 80, ouvrais ma chemise et je m’allongeais avec la ferme intention de m’assoupir quelques instants, c’etait bien.
    Il se passait bien une heure ou deux de paresse, comme ca, je ne savais pas, mon telephone etait en recharge car je tenais a pouvoir telephoner comme je le desirais, ce soir. Je me rhabillais et je partais, detendu, fier de mon regime, de ma sieste et de Couperin retrouve. Le soleil etait magnifique, partout on souriait, oui il y aurait bien une belle surprise ce soir la, comme il y a sept ans. Je montais a velo de nouveau je traversais le Louvre, Rivoli, le Quartier Japonais et le quartier de la Bourse, Reaumur et ne tardais pas a arriver chez moi, achetais des boissons light, et puis je repartais, comme il faisait beau, je m’amusais a le dire en japonais, ii tenki da na,, kireina ichi nichi datta ne, yokatta ne…
    Mon ami Nicolais habitait dans le quatorzieme, a Alesia, le chemin fut doux, agreable, vers Port Royal je ne cessais d’admirer l’architecture du XVIIeme et XVIIIeme siecle, je pensais que Paris etait belle, que le soleil sur ces facades etait le plus beau spectacle de cette ville a qui l’on reprochait de n’etre qu’un musee quand on ne savait y lire le mystere de ses ses rue au sunset et le secret de ses murs au eclairages et aux ombres etranges a la nuit tombee. Titans soutenant de freles balcons. Toitures baroques des Chapelles anciennes. Fraicheurs des cours que cachent des porches imposants. Spectacle fascinant d’une ville faconnee par deux siecles d’Absolutisme annonciateurs a bien des egars de la modernite derriere laquelle se cachent leurs traces dans cette ville Lumiere. Un soir il y a bien longtemps, quand nous traversions le Louvre ou je desirais lui montrer Clio, Eutherpe et Thalie ainsi que La naissance de l’Amour de Le Sueur dans les salles Francaises, tandis que nous nous etions arretes en extrase devant une fenetre ou La Tour Eiffel, L’Obelisque de la Conconcorde, le Pyramide de Pei, Le Louvre lui meme ainsi que la Perspective historique se revelaient sous nos yeux, je disais a Nicolas, te rend-tu compte, il y a des milliards de gens sur terre qui desirent voir cela ne serait-ce qu’une fois dans leur vie, et nous ben… on y est. C’etait bien.
    J’arrivais un peu en retard apres avoir pris l’ascenceur. J’avais sonne a l’interphone, en bas, la porte etait donc ouverte, mais l’on ne vint pas m’accueillir, tous etaient devant la television, Dominique Pujadas annoncait une grosse surprise, un candidat se detachait, deux autres etaient dans un mouchoir de poche. Nous parlions, essayant d’interpreter ces visages parfois decomposes des militant rue Saint Martin et rue du Faubourg Saint Martin, il se passait quelque chose qu’au fond de nous nous avions tres bien compris mais auquel nous n’osions croire. A 20 heures, quand nous prenions connaissance des resultats, nous changions d’epoque, nous mettions du temps a le comprendre. Car on l’avait dit beaucoup de fois, que nous changions d’epoque. Cette fois-ci, comme c’etait vraiment le cas, nous n’osions pas vraiment le dire, nous contentant de parler d’un desastre ou d’une catastrophe. Le Temps avait change.

    Tres rapidement les telephones ont sonne. Chacun notre tour nous avons eponge quelques larmes que nous nous sommes empresses d’essuyer. Ca ne sert a rien. Depuis, je ne peux m’empecher de penser a ma vie, a d’autres avertissements. A mon confort quotidien. A notre echec collectif. A ce qui vient. Ma vie soudain retrouve son sens, avec ses annees de militantisme, mais aussi ses moments ou j’ai voulu me proteger, penser a moi comme tout le monde, et puis mes envies, mon pere ouvrier immigre Algerien et syndicaliste, les premiers mai, le programme commun, Mitterand 81, et puis SOS Racisme, et puis Devacquet, et puis Tonton, et puis tout le reste, et puis tout ca pour en arriver la. Depuis, c’est comme si j’avais un pressentiment de la suite, puisque ces jours ne sont qu’un nouvel avertissement. Depuis, je me demande comment on pourra empecher la suite, forcemment ineluctable. Et c’est l’horreur.

  • Mercredi… pluie

    Bonjour ! “va pas bien, le Suppaiku… il commence en disant bonjour, comme ça, tout de go…” ! Non, Suppaiku n’est pas au mieux de sa forme. Morose, Suppaiku. Le temps file vite, très vite, trop vite, “et qu’est-ce que je fous ici”, “et qu’est-ce que je fous”… Vous inquiétez pas, ces périodes là sont chez moi les meilleurs, les plus créatives…
    Chez ma mère, c’était le moment où elle changeait les meubles de place ! Moi, je fais des choses nouvelles, j’utilise les logiciels, j’écris, je ressorts l’appareil-photo argentique, je lance de nouvelles directions. J’accumule de l’expérience. Autant dire que c’est une crise majeure qui commence car je ne suis pas en terrain conquis, a Paris. Je suis en terrain hostile, à Tôkyô, et je vais être amené à une opération de domptage sur une personnalité redoutable, rigide, revêche et parfois ingrate : la mienne ! Je suis à l’image du temps, hésitant. Ca m’amuse, finalement, d’avoir des angoisses existentielles à deux francs six sous, au Japon…
    Le Japon, parlons-en ! Printemps pourri ! Il pleut. Les températures se radoucissent et à en croire l’agence météorologique, le beau temps est pour le semaine prochaine. Ouf ! En attendant c’est la pluie, et le retour de cette espèce de crème dans l’air, cette brume lourde comme du brouillard mais douce, douce… Il va faire 20°…
    Au travail, j’arrive au sommet de l’overdose. Une collègue à qui j’en ai parlé m’a dit qu’elle aussi elle a eu 2/3 semaines difficile au bout des 2 mois et puis le rythme se trouve au fur et à mesure que l’on s’installe, qu’on connait mieux les étudiants et que l’on est plus à l’aise dans les cours. C’est vrai que mes cours commencent à devenir plus intéressant je pense, mieux faits. J’ai été évalué il y a une semaine, disons que je suis moyen “plus”. C’est mauvais mais ce n’est pas trop mal quand on voit les contraintes que représentent ce type de format, le cours en 40 minutes dont 20′ d’affilée pour l’étudiant. Mais c’est vrai que je suis plus à l’aise… Ma crise, c’est aussi cela, bien sûr. Quand arrive le week end, c’est redoutable ! Je travaille le vendredi jusque 21 heures et je commence le samedi à 10 heures… Le dimanche je travaille également, bref, un rythme accéléré de trois jours d’affilées. Lundi et mardi sont plus tranquilles, je ne travaille que 4 heures vingt chaque fois… Le secret réside dans ma propre organisation.
    Je crois que je tiens là ma première piste de sortie de crise. Comme en économie, une “réforme structurelle”. Je dois défénitivement profiter que le Japon a adopté l’heure solaire pour m’y caler moi-aussi et passer au rythme manital : me lever vers 5 heures trente, me coucher vers 23 heures (en moyenne bien sûr). J’y gagnerai de profiter de mes lundi et de mes mardi ainsi qu’un peu de temps pour écrire ce blog, sans pour autant perdre du temps en soirée. C’est un rythme que je connais bien et en général une à deux soirée par semaine on peut pousser la limite jusque fort tard… Mon problème est que le soir je rentre fatigué, donc je traine et ne fais pas grand chose. Mes matinées ne me sont donc guère profitables or, c’est le matin qui est le plus propice pour écrire, travailler, apprendre, penser. La ville est calme et les promenades peuvent y être très agréables… Enfin, si j’aime beaucoup la nuit, c’est le petit matin qui m’enchante le plus… Voilà, c’est la piste numéro un…
    La piste numéro deux, c’est commencer à faire des économies, ce qui est finalement très réalisable. Le Japon est cher mais pas tant que ça. Il suffit de ne pas passer son temps dans les restaurants mais se faire son bentô le midi et savoir bien faire ses courses au bon endroit comme on peut le faire en France ! Je suis obligé de les faire, ces économies, de toute façon ! A ce sujet, j’aurais la possibilité de gagner plus en travaillant trois heures par semaines en plus… J’y ai réfléchis et finalement cela ne me tente guère car à faire une vraie semaine pleine, alors je préfèrerais retourner dans une banque car en finance les salaires sont nettement supérieurs ! Je trouve ma semaine très bien comme elle est, mes étudiants m’amusent et ne me sortent pas par les trous de nez comme certains collègues en 5 journées pleines, je suis plus disponible. Et j’avoue que mon lundi/mardi à mi temps est une sensation formidable de vacances, de bien être que je ne voudrais pas manquer…
    Hier, comme tous les mardis ce mois-ci, j’étais à l’école de Shibuya et là, j’avoue avoir un petit faible pour ce genre de vadrouille. Nouveaux étudiants, autres collègues, autres rues, Tôkyô ré-existe un peu et ce n’est plus seulement ce petit monde autours de Ginza. Mais je vous avoue toutefois continuer de penser à Kyôto, au Kansai, à sa verdure, à ses temples et à ses “esprits” partout présent sous le voile de poussière dans laquelle la ville s’est endormie…
    Dehors la pluie s’est arrêtée et ce sera notre première vraie journée de cocotte minute de l’année. Dans ma tête souvent des idées confuses, des personnages qui vivent, voyagent. Mes étudiants qui me ramènent par l’esprit à Paris, et sur une étagère mon journal qui attend que je l’ouvre, témoins de dix années, parfois écrit au jour le jour, comme ce fut le cas lors de mon séjour en Angleterre. Et là ce n’est pas une piste, c’est une obligation. Les ans me sont désormais comptés, j’ai encore quelques années de cette jeunesse qui me reste à profiter mais très vite le temps s’imposera sur mon corps et dans ma vie, il marquera mon visage comme il le marque déjà. Je suis condamné à écrire, ce blog ne me suffit plus. J’y ai retrouvé le goût des grandes phrases, des emportements, c’est dans ce blog qu’est (re)monté le désir d’écrire et de raconter, le désir de vivre (attention, pas au sens végétal, entendre exister) et pour la première fois le désir de partager tout cela, avec des images, avec ma voix, avec mes mots… Longtemps, je n’ai écrit que pour moi même. Vous êtes mes premiers lecteurs.
    Je suis condamné à écrire. C’est aussi pour cela que je dois me lever le matin, vers 5 heures et quelques, avec le soleil, avec les oiseaux. “Regarde le soleil d’Allah”, qu’il est écrit dans le Kor’an, et je crois que c’est un des plus beaux mots que je n’ai jamais lu… Le matin, le soleil est plus beau, la lumière est crue, sans le fard de la journée, la ville elle même retrouve la vérité des origines : Shinjuku n’est alors que matériaux, lampes éteintes, béton défraichi, les rues sont bordées de leurs excréments quotidiens, les filles ont le fard qui a coulé et les hommes déhambulent vers nul part… Les chats reprennent leurs couleurs, le gris s’est estompée. Je crois que du temps du Palace, du Broad ou de toutes ces boites et endroits où je suis allé, ce sont les petits matins que j’ai toujours préférés. Les boîtes se succèdent, la musique s’y enchaîne, finalement toujours la même, avec les mêmes sourires alcoolisés, dans les bordels les mêmes désirs et les mêmes culs… Tout cela passe et repasse, mais la lumière du petit matin est unique. J’ai toujours aimé cette image dans le film de Rohmer, 4 histoires de Reinette et Mirabelle, l’heure bleue… J’aime la ville dans sa nuit profonde, vers deux heures et quand lentement le jour y revient. Après il est trop tard, l’illusion urbaine reprend ses droits et, au Japon, elle est très présente, cette illusion. Néon. Irassaimase. Yoroshii deshou ka. Ikaga desu ka. Pub. Ayumi. Un camion publicitaire, le nouveau Kôda Kumi, à fond. Les mouchoirs.
    J’ai laissé un nouvel album photo. Vous découvrirez mon nouveau blog par la même occasion. Je vous ai dit, quand je n’ai pas la pêche, j’expérimente… A bientôt.
    Ah oui, l’épilogue de l’affaire du mail, c’est que c’est un homme de droite qui prend la tête du parti démocrate… Maehara Seiji était un modéré, mais un vrai démocrate. Maintenant…
    En ce qui concerne le CPE, vous avez l’air frais, maintenant… C’est Sarkosy qui prend les marrons du feu… Ah, là là…
    De Tôkyô,
    Suppaiku

  • Vidéocasting 2 ! C’est parti !

    J’ai donc édité mon premier vrai vidéomagazine, une bonne vingtaine de minutes et j’espère qu’il vous plaiera. Autant le dire avant, restent encore des imperfections au niveau du mixage son. Je le réalise avec iMovie et iMovie n’est pas du tout une table de montage ni une table de mixage son… Enfin, c’est fait!
    J’ai tenu compte de certaines remarques : j’ai utilisé ma caméra miniDV, par exemple, et comme elle le permet, j’ai filmé en 16*9. Ce n’est pas, en revanche, de la HD car avec la compression, ce n’est pas très utile… J’ai veillé à vous donner en revanche la meilleurs qualité sonore en encodant en 128, ce qui est très bon avec ce format de compression (mp4, h264).
    Pour ceux qui ne parviennent pas à ouvrir ce type de fichier, je recommande la mise à jour de VLC (logiciel gratuit) qui prend en charge ce format. Comme je l’ai déjà expliqué, je privilégie cette compression car à qualité égale elle donne des formats deux fois plus compactes qu’en Divix. Allez, j’arrête ici !

    Ici, la météo joue au yoyo et aujourd’hui nous devrions avoisiner les 5/6 degrés. Pour information, mardi, il a fait dans les 20° l’après-midi et le soleil était vraiment fort. Présage de l’été qui, tranquilement, fait son chemin dans le sillage du printemps.
    Mardi, le temps a vraiment été superbe, chaleur et soleil intense. Comme ce jour là je travaillais à Shibuya, ça a été un changement total, bienvenue, réconfortant. Pour tout dire, ma relation avec Jun est un peu pesante. Tout d’abord je n’ai pas l’habitude d’être aussi longtemps avec quelqu’un.
    Ensuite nous sommes assez différent et hormis le fait que nous passons des moments agréables ensembles, je n’ai pas le sentiment de partager grand chose avec lui. Ce n’est pas au niveau de la langue qu’est le problème; c’est nos conversations limitées par nos peu de points communs qui pointent la faiblesse de mon japonais.

    Nous ne connaissons pas les mêmes films, il n’y a pas de curiosité réelle pour le monde en dehors de quelques clichés (il m’a envoyé une photo de sa chambre, entre chambre de poupées, vitrine de magasin Roméo, Pompadour de bazar… Ici, ça se fait !),

    Jeanne d’Arc et Marie Antoinette, le roccoco… Il est adorable, très patient parfois quand je parle, et ce n’est pas toujours très facile. Mais est-ce que c’est ce que je recherche ?
    J’ai eu une conversation avec un collègue et il est parvenu à la conclusion que le Japon est rempli de tarés monomaniaques, névrosés, avec des goûts de chiottes… Si je pondère avec un coefficient de “t’as besoin d’un peu de repos”, il n’en demeure pas moins une certaine part de vérités quand aux goûts très douteux et en même temps terriblement conformistes, aux monomanies parfois étonnantes (le cas extrème, l’Otaku; au travail, on a parfois des élèves qui prennent 4 cours de français le matin et 4 d’anglais l’après midi, le samedi et le dimanche…
    On leur demande, “comment ça va”, “quoi de neuf”, la réponse est invariablement “je suis fatigué”, et même une fois “ma vie est monotone”…). Je conclus donc que mon Jun n’est pas une exception.
    Le tout est de savoir si je me contente du commun ou si je décide de chercher la perle rare…

    Certains trouveront mon blog terriblement peu japonais. Qu’est-ce qu’ils sont des pro du Japon, alors, ceux là… Je crois pour ma part que tout raconter, et notamment une histoire sentimentale, c’est aussi raconter le pays, les différences que l’on ressent.

    Je pourrais me limiter à des considérations pratiques, comme (allez, on y va, inventaire) :
    – 3 tomates, 299 yens (environ 2,20 EUR)
    – une grosse pomme, 150 yens (environ 1,10 EUR)
    – 100 grammes de boeuf, steack, 350 yens (environ 2,40 EUR)
    – 6 pommes de terre, moyennes, qualité nouvelle, 249 yens en promotion ( environ 1,80 yens)
    – 500 g de yaourt en gros pot “économique”, sans marque (chez Hanamasa), 120 yens (environ 0,80 EUR)
    – un litre de lait, 180 yens ( environ 1,30 EUR)

    On peut continuer l’inventaire très longtemps, parler de la pub, en permanence à la télévision, parler de la “pop” japonaise, ces chansons copiées les unes sur les autres, ou bien ces garçons androgynes produits par “johnny’s entertainment” (d’où leurs surnoms, “janizu”), idôles des jeunes filles et des femmes au foyers et modèles des jeunes Japonais… On peut aussi parler de Hamasaki Ayumi, qui commence à bien faire et qui recommence à se la pêter (ferait pourtant bien de se méfier de Utada Hikaru qui fait un retour très remarqué, même moi, j’ai téléchargé son dernier titre pour en faire une sonnerie de téléphone… vraie victime de la pub, mon opérateur ayant fait la promo d’un nouveau service avec, justement, ce titre là…). On peut évoquer ma stupeur quand j’ai appris que les Japonais se lavent le soir mais ne font que se débarbouiller le visage le matin. Je peux vous confier ma crainte par moments quand je songe au tremblement de terre que tout le monde attend.
    Mon effarement devant tant de monde se rendant au sanctuaire Yasukuni, devant tant d’amnésie et devant l’indifférence à l’exigeance ministérielle de réviser les manuels scolaires.

    Mon effarement à la découverte d’un peuple encore plus borné que le peuple Français, encore plus rigide, conservateur et où règne encore plus l’esprit d’un “pays réel”, celui des campagnes, de l’arrière pays.

    Bon, je pourrais aussi évoquer les cerisiers, les restaurants si peu chers qu’on pourrait y engloutir ses économies en croyant en réaliser tout plein, etc etc… Mais finalement, est-ce vraiment cela, un pays ? Est-cela que l’on attend d’un blog ? Moi, en tout cas, ce n’est pas ce que j’attends de moi. Je préfère vous glisser tout cela par touches successives au travers d’une histoire simple, individuelle et transparente où je m’emploie à en cacher le moins possible.
    Mais des fois, pour tout vous dire, je pense très fort à Gilbert Woodbroke… Il y a une énergie très forte qui monte en moi, inconnue depuis longtemps, elle me pousse sur mon vélo, je roule, je roule, je roule. J’explore la ville calmement, je l’apprends avec la patience qui m’a appris Paris. Je ne sais si Jun aura une place quand mes territoires seront vastes… Qui sait ?
    De Tôkyô,
    Suppaiku