Mercredi… pluie

M

Bonjour ! “va pas bien, le Suppaiku… il commence en disant bonjour, comme ça, tout de go…” ! Non, Suppaiku n’est pas au mieux de sa forme. Morose, Suppaiku. Le temps file vite, très vite, trop vite, “et qu’est-ce que je fous ici”, “et qu’est-ce que je fous”… Vous inquiétez pas, ces périodes là sont chez moi les meilleurs, les plus créatives…
Chez ma mère, c’était le moment où elle changeait les meubles de place ! Moi, je fais des choses nouvelles, j’utilise les logiciels, j’écris, je ressorts l’appareil-photo argentique, je lance de nouvelles directions. J’accumule de l’expérience. Autant dire que c’est une crise majeure qui commence car je ne suis pas en terrain conquis, a Paris. Je suis en terrain hostile, à Tôkyô, et je vais être amené à une opération de domptage sur une personnalité redoutable, rigide, revêche et parfois ingrate : la mienne ! Je suis à l’image du temps, hésitant. Ca m’amuse, finalement, d’avoir des angoisses existentielles à deux francs six sous, au Japon…
Le Japon, parlons-en ! Printemps pourri ! Il pleut. Les températures se radoucissent et à en croire l’agence météorologique, le beau temps est pour le semaine prochaine. Ouf ! En attendant c’est la pluie, et le retour de cette espèce de crème dans l’air, cette brume lourde comme du brouillard mais douce, douce… Il va faire 20°…
Au travail, j’arrive au sommet de l’overdose. Une collègue à qui j’en ai parlé m’a dit qu’elle aussi elle a eu 2/3 semaines difficile au bout des 2 mois et puis le rythme se trouve au fur et à mesure que l’on s’installe, qu’on connait mieux les étudiants et que l’on est plus à l’aise dans les cours. C’est vrai que mes cours commencent à devenir plus intéressant je pense, mieux faits. J’ai été évalué il y a une semaine, disons que je suis moyen “plus”. C’est mauvais mais ce n’est pas trop mal quand on voit les contraintes que représentent ce type de format, le cours en 40 minutes dont 20′ d’affilée pour l’étudiant. Mais c’est vrai que je suis plus à l’aise… Ma crise, c’est aussi cela, bien sûr. Quand arrive le week end, c’est redoutable ! Je travaille le vendredi jusque 21 heures et je commence le samedi à 10 heures… Le dimanche je travaille également, bref, un rythme accéléré de trois jours d’affilées. Lundi et mardi sont plus tranquilles, je ne travaille que 4 heures vingt chaque fois… Le secret réside dans ma propre organisation.
Je crois que je tiens là ma première piste de sortie de crise. Comme en économie, une “réforme structurelle”. Je dois défénitivement profiter que le Japon a adopté l’heure solaire pour m’y caler moi-aussi et passer au rythme manital : me lever vers 5 heures trente, me coucher vers 23 heures (en moyenne bien sûr). J’y gagnerai de profiter de mes lundi et de mes mardi ainsi qu’un peu de temps pour écrire ce blog, sans pour autant perdre du temps en soirée. C’est un rythme que je connais bien et en général une à deux soirée par semaine on peut pousser la limite jusque fort tard… Mon problème est que le soir je rentre fatigué, donc je traine et ne fais pas grand chose. Mes matinées ne me sont donc guère profitables or, c’est le matin qui est le plus propice pour écrire, travailler, apprendre, penser. La ville est calme et les promenades peuvent y être très agréables… Enfin, si j’aime beaucoup la nuit, c’est le petit matin qui m’enchante le plus… Voilà, c’est la piste numéro un…
La piste numéro deux, c’est commencer à faire des économies, ce qui est finalement très réalisable. Le Japon est cher mais pas tant que ça. Il suffit de ne pas passer son temps dans les restaurants mais se faire son bentô le midi et savoir bien faire ses courses au bon endroit comme on peut le faire en France ! Je suis obligé de les faire, ces économies, de toute façon ! A ce sujet, j’aurais la possibilité de gagner plus en travaillant trois heures par semaines en plus… J’y ai réfléchis et finalement cela ne me tente guère car à faire une vraie semaine pleine, alors je préfèrerais retourner dans une banque car en finance les salaires sont nettement supérieurs ! Je trouve ma semaine très bien comme elle est, mes étudiants m’amusent et ne me sortent pas par les trous de nez comme certains collègues en 5 journées pleines, je suis plus disponible. Et j’avoue que mon lundi/mardi à mi temps est une sensation formidable de vacances, de bien être que je ne voudrais pas manquer…
Hier, comme tous les mardis ce mois-ci, j’étais à l’école de Shibuya et là, j’avoue avoir un petit faible pour ce genre de vadrouille. Nouveaux étudiants, autres collègues, autres rues, Tôkyô ré-existe un peu et ce n’est plus seulement ce petit monde autours de Ginza. Mais je vous avoue toutefois continuer de penser à Kyôto, au Kansai, à sa verdure, à ses temples et à ses “esprits” partout présent sous le voile de poussière dans laquelle la ville s’est endormie…
Dehors la pluie s’est arrêtée et ce sera notre première vraie journée de cocotte minute de l’année. Dans ma tête souvent des idées confuses, des personnages qui vivent, voyagent. Mes étudiants qui me ramènent par l’esprit à Paris, et sur une étagère mon journal qui attend que je l’ouvre, témoins de dix années, parfois écrit au jour le jour, comme ce fut le cas lors de mon séjour en Angleterre. Et là ce n’est pas une piste, c’est une obligation. Les ans me sont désormais comptés, j’ai encore quelques années de cette jeunesse qui me reste à profiter mais très vite le temps s’imposera sur mon corps et dans ma vie, il marquera mon visage comme il le marque déjà. Je suis condamné à écrire, ce blog ne me suffit plus. J’y ai retrouvé le goût des grandes phrases, des emportements, c’est dans ce blog qu’est (re)monté le désir d’écrire et de raconter, le désir de vivre (attention, pas au sens végétal, entendre exister) et pour la première fois le désir de partager tout cela, avec des images, avec ma voix, avec mes mots… Longtemps, je n’ai écrit que pour moi même. Vous êtes mes premiers lecteurs.
Je suis condamné à écrire. C’est aussi pour cela que je dois me lever le matin, vers 5 heures et quelques, avec le soleil, avec les oiseaux. “Regarde le soleil d’Allah”, qu’il est écrit dans le Kor’an, et je crois que c’est un des plus beaux mots que je n’ai jamais lu… Le matin, le soleil est plus beau, la lumière est crue, sans le fard de la journée, la ville elle même retrouve la vérité des origines : Shinjuku n’est alors que matériaux, lampes éteintes, béton défraichi, les rues sont bordées de leurs excréments quotidiens, les filles ont le fard qui a coulé et les hommes déhambulent vers nul part… Les chats reprennent leurs couleurs, le gris s’est estompée. Je crois que du temps du Palace, du Broad ou de toutes ces boites et endroits où je suis allé, ce sont les petits matins que j’ai toujours préférés. Les boîtes se succèdent, la musique s’y enchaîne, finalement toujours la même, avec les mêmes sourires alcoolisés, dans les bordels les mêmes désirs et les mêmes culs… Tout cela passe et repasse, mais la lumière du petit matin est unique. J’ai toujours aimé cette image dans le film de Rohmer, 4 histoires de Reinette et Mirabelle, l’heure bleue… J’aime la ville dans sa nuit profonde, vers deux heures et quand lentement le jour y revient. Après il est trop tard, l’illusion urbaine reprend ses droits et, au Japon, elle est très présente, cette illusion. Néon. Irassaimase. Yoroshii deshou ka. Ikaga desu ka. Pub. Ayumi. Un camion publicitaire, le nouveau Kôda Kumi, à fond. Les mouchoirs.
J’ai laissé un nouvel album photo. Vous découvrirez mon nouveau blog par la même occasion. Je vous ai dit, quand je n’ai pas la pêche, j’expérimente… A bientôt.
Ah oui, l’épilogue de l’affaire du mail, c’est que c’est un homme de droite qui prend la tête du parti démocrate… Maehara Seiji était un modéré, mais un vrai démocrate. Maintenant…
En ce qui concerne le CPE, vous avez l’air frais, maintenant… C’est Sarkosy qui prend les marrons du feu… Ah, là là…
De Tôkyô,
Suppaiku

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

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