Ouf, c’est enfin le printemps !

O

Hier soir, j’ai vu une publicité avec Koizumi Jun’ichirou. Fond vert derrière lui, il était souriant, décontracté. Il est celui qui avait promis un nouveau Japon, il a tenu ses promesses. Enfin, c’est le message officiel. Ou plutôt le message du 自民党, le Parti Libéral Démocrate, son parti. Il s’agit certainement de préparer le naufrage du parti d’opposition, le 民主党, le Parti Démocrate du Japon, désormais dirigé par un “ancien” homme de droite naguère membre du Parti de Koizumi… Quand je vous disais que Maehara Seiji était pas si mal, hein… On voulait pas me croire, ben voilà, ceux qui ont aidé à le renverser ont pris le parti, unis à ceux qui étaient prétenduement de gauche. Pour le coup, je suis déçu par Kan Naoto. Je serais curieux de savoir qui a inventé ce fameux mail qui a conduit au Hara-kiri, au suicide collectif de toute la – jeune, très jeune – direction du Parti Démocrate.

C’est vrai que Maehara était un modéré, partisan de la révision de la constitution. Mais j’aimais son radicalisme au sujet de la corruption de la société japonaise, sa critique des dépenses publiques tournées vers le clientélisme. J’aimais ses visites dans le monde entier, cherchant à insérer la Parti Démocrate du Japon dans un ensemble plus grand, celui du “progressisme” international. J’aimais ses offensives tous azimut contre Koizumi, ses critiques radicales des politiques familiales et sociales de la droite japonaise. J’aimais ce discours sur “les salariés”, grands sacrifiés des restructurations et des politiques clientélistes. J’aimais le jeunesse de ces hommes et ces femmes dont l’élégance ressemblait à celle des salariés de classe moyenne que l’on croise, éméchés en costumes et tailleurs pastels, le vendredi soir à Shinjuku. J’ai aimé jusqu’à leur connerie de mail : ils ne se sont pas démontés quand ils ont compris que c’était un piège qui leur avait été tendu (deux de mes élèves m’ont présenté cette histoire sous cet angle, ça m’a confirmé). Tous, jeunes hommes et jeunes femmes ont fait front, ont continué de critiquer Koizumi et sa politique, Koizumi et son système, jusqu’au bout, jusqu’à leur démission, acte de bravoure collectif mais qui fait suite aux critiques à peine voilées des “barons” du Parti, ceux de la “gauche”, d’abord, écartés l’an dernier par Maehara et son équipe, puis ceux de la “droite” qui finalement, tous alliés, ont renversé la jeune et bouillante direction.
Je pense que Maehara voulait prendre le pouvoir. Je crois que c’est finalement ce qui lui a été reproché. Ici, le pouvoir est pour les vieux. Pour des hommes comme cette vieille baderne de droite qui vient de prendre la tête du parti. Pour des loser à la Rocard comme Kan Naoto qui a participé à l’éviction de la jeune direction. “Faut laisser faire les spécialistes”, disait Ferré, répondant par une chanson amère à ceux, “spécialistes” et “critiques” qui lui reprochaient d’avoir osé dirigé Coriolan, de Beethoven…
Désormais, Koizumi n’a plus qu’à imposer un successeur d’environ 45/50 ans qui prendra sa place à la fin de l’année et le tour sera joué. Son parti sera “rajeuni” et l’opposition en sortira encore plus ratatinée. Il n’y aura plus, avec la complicité des médias, qu’à favoriser l’expression de la très bouillante leader socialiste du 社民党 pour achever le travail. C’est une vraie pro de la critique, elle a été assez active dans l’histoire du mail, elle aussi, pour dire que les deux partis se valent, avec ses 10%… Pas que je n’approuve pas sur le fond les critiques socialistes mais je pense vraiment que dans un pays comme le Japon, le principal n’est pas d’avoir raison, c’est, comme en France, dégager la droite. Une droite qui, ici, entretient la crainte du monde extérieur, favorise une agriculture coûteuse et une économie concentrée entre quelques groupes surpuissants. Je ne pense pas que Maehara eut changé tout, mais en favorisant un certain pluralisme, une ouverture sur le monde, une forte féminisation à l’image de son équipe, une réforme sociale “à l’Européenne”, on pouvait espérer quelque mieux. Les barons ne veulent pas de cela. On peut deviné qui a tendu le piège au bouillant député Nagata, qui se cache derrière ce journaliste qu’il estimait “de confiance” comme il le confessait sans jamais dévoiler sa source (moi, je ne me serais pas gèné !). Enfin… Je vois d’avance Koizumi blaguer avec le nouveau pachiderme du Parti Démocrate, sur son évolution et ses capacités à changer le Japon…
Comme Barbara, “moi, j’m’en balance”, finalement. Le temps est désormais plus agréable et même la pluie ne nous écarte pas du printemps. Les températures sont clémentes et aujourd’hui ont devrait faire dans les 23°. Il y a du soleil depuis hier, il y en aurait encore demain d’après la météo, bref, c’est bien agréable tout cela. J’ai une nouvelle casquette que j’ai achetée lors d’une promenade samedi soir dans le quartier de 下北沢, Shimokitazawa, à l’ouest de Shibuya/Shinjuku. Un quartier jeune, dynamique, celui que l’on peut voir dans Tokyo eyes, le film.
Et comme le temps est plus clément, je commence ma -très lente- digestion de mon Homesickness. J’en ai pour un moment car c’est profond, je crois. Ce voyage qui durera des années, c’est un aboutissement, c’est aussi un moment charnière car je voulais être ici pour faire certaines choses et c’est le moment, maintenant, de les faire. Bah, je ne suis pas en retard sur mon planning, c’est juste que le temps passe et que j’en prends plus conscience ici qu’à Paris où mes habitudes masquaient cette marche irrémédiable du temps. Mais quand même, et c’est important, ma déprime n’est absoluement pas Houellebecquienne ! J’y ai pensé un moment, mais finalement non. Ce n’est pas un train train engluant, sorte de Nausée Sartrienne. Il y a de la Nausée, bien sûr, mais c’est plus une crainte d’ancienne nausée. C’est plutôt l’impuissance qui précède l’action, le bon, par quel bout je commence… ?
J’ai passé un bon week end, et Jun est toujours là… Je ne sais toujours pas quoi en penser mais je me dis aussi que pour le coup, je pense trop. On verra bien s’il suit mon rythme ou non, c’est tout. En attendant, nous visiterons 鎌倉, Kamakura, dans deux semaines…
De Tôkyô, circonspect,
Suppaiku

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