Zut, pourquoi je ne lui ai pas demandé son numéro de téléphone, qu’on se dit, après…
Il y a un truc absolument redoutable quand on écrit un article de blog, voire même quand on écrit un bouquin, quand on fait un film ou quand on peint, et puis même quand on a un gosse, tiens. Donner un nom.
C’est gavant, des fois, vous ne pouvez pas imaginer, quoi que si vous avez des gamins, vous voyez de quoi je veux parler. Bon, chez moi, c’est une sorte d’engueulade intérieure, je m’y prends et je m’y reprends à deux fois, à trois fois, parfois lors du pré-enregistrement, l’url est affublée d’un -2, ce qui veut dire qu’un autre billet porte le même nom, c’est malin, hein, imaginez, c’est comme si vous aviez deux garçons qui s’appellent Patrick ou Kamel. Alors il faut s’y remettre, et souvent, je sèche.
Pour celui-là, je ne vais pas me fouler, allons-y directement avec la date. Clair, net précis, compact, et hop!
Bloguer, c’est un peu comme le sexe au 21e siècle. Autrefois, l’écriture, c’était une question de temps, de rencontre, de hasard, de charme aussi, et puis une question d’avoir envie, on essayait un truc, et puis un autre. Regardez Balzac, ses longues étreintes de plus de 600 pages pour les Splendeurs et misères des courtisanes, bon, des fois, on s’ennuie un peu, mais bon, comme on avait aimé les longs débordements des Illusions perdues, on a eu envie de remettre ça, et bon, la deuxième fois, c’est toujours un peu moins bien. Si on enchaine avec Le cousin Pons, on atteint l’extase totale… Mais bon, on arrive à un pavé de près de 2000 pages, quand même, et on en rêve toute sa vie. Zut, pourquoi je ne lui ai pas demandé son numéro de téléphone, qu’on se dit, après…
De nos jours, il faut que ça file, il faut que ça jette. Sur Instagram, les filles se mettent des filtres pour ressembler à une « bombasse », c’est à dire à Kim Kardashian, vous savez, la fille qui est maquillée comme une hôtesse de l’air Emirates, avec des cheveux passés au fer à repasser et des seins injectés de la graisse liposucée dans la taille. Les mecs passent des heures à la gym au lieu de bouquiner, et quand ça fait du sexe, c’est comme dans les films qu’ils mâtent depuis l’âge de 11 ans. Ben pour écrire, pour bloguer, c’est la même chose, c’est fatigant. Je suis parisien, moi, j’aime bien passer des heures en terrasse d’un café avec un petit café devant moi, pourquoi je devrais migrer vers un Starbucks avec un Frappuccino Latte au caramel et aux granulés de chocolat sous un coulis de framboise dont l’employer voudra me retirer l’espèce de truc en plastique « recyclable » quand j’en aurai « bu » (avalé?) les deux tiers pendant qu’une « chanson » totalement identique à la précédente et agrémentée d’une voix moulinée à l’autotune sur une espèce de « rythmique » venue de la planète business tournera en boucle…
S’il y a bien un truc auquel je rêve, des fois, c’est d’une récession telle que tous ces machins disparaissent pour de bon et pour toujours histoire de retrouver un peu de temps, un temps rare mais précieux. Le mois dernier, j’ai volontairement mis la pédale douce sur le blog, mais je suis content de mon article sur Dior, parce que je voulais l’écrire, j’avais un truc optimiste en tête, et il y a de quoi être optimiste malgré tout, mais pour cela, il faut sortir la tête du présent et regarder un peu plus large. En profondeur, beaucoup de choses changent, à commencer par la jeunesse qui, en France, est incroyable, est belle, est merveilleuse.
J’écris pour les gamins, je dis toujours.
Décembre. Il y a quelques mois, j’ai commencé à penser que je voulais faire quelques petits aménagements chez moi. Ben je l’ai fait cette semaine, j’ai commencé lundi, j’ai mis le paquet hier. Ma cuisine qui est un truc ridiculement petit, a changé et désormais je peux y faire la cuisine, tout est à portée de main. Je vais « attaquer » la chambre, c’est à dire que je vais jeter des vêtements, je pense. Le salon viendra en dernier.
En regardant la lune, sur mon vélo, lundi soir, une lune brillante, brillante, et toute ronde, pleine, j’ai pensé très fort que ce mois-ci, ce sera la maison. J’ai fixé mon cap, et ça tombe bien car au Japon, justement, on s’occupe de la maison en décembre en faisant un grand ménage.
L’année a été assez pesante et elle laisse derrière elle un sentiment de doute, de fragilité. Je ne suis même pas sûr si école sera encore en vie au printemps, mais c’est quelque chose contre lequel je ne peux absolument rien, et je sais qu’il y en a beaucoup qui ont d’ores et déjà tout perdu, travail, commerce. Pour moi, ça continue tant bien que mal et j’ai fini par accepter cette fragilité-là. Si je perds mon travail, j’aurai toujours mes allocations et mes deux boulots du lundi et du mardi matin ainsi que plein de temps pour moi. Et comme ça arrivera quand l’économie recommencera à croitre, il y aura des possibilités. Je dis ça, je n’en sais rien, mais il sera temps alors d’y penser.
Et puis, et je reviens à la maison, je veux me sentir bien chez moi. Je me suis délivré de l’idée de rentrer en France. Ce n’est pas que je ne veuille pas rentrer en France, mais notre époque, cette année en particulier, nécessitent d’être roseau et non chêne. Avec plus d’un million de chômeurs et une économie à la peine, ce serait très difficile de rentrer, alors je vais me poser ici comme si j’étais destiné à rester, quitte à partir quand l’occasion se présentera, mais il est désormais totalement hors de question que je m’inflige cet arrachement, et alors, je dois sérieusement me poser. « La maison », je vous dis.
Et que fait-on à « la maison »? On travaille, parce qu’on est chez soi, et qu’on a du temps devant soi.




J’ai écrit hier un post au sujet de la couverture et de l’article de Valeurs Actuelles qui a réalisé une opération médiatique parfaite, avec beaucoup de bruit (et Balzac l’écrivait il y a près de 200 ans dans Illusions Perdues, pour un livre, ce qui compte, c’est qu’on en parle, en mal ou en bien). Mais c’est aussi en parfaite connaissance de cause que j’ai écrit, et que je partage ici ce que j’ai écrit, car il y a des limites qu’on ne peut pas franchir sans réagir. Et pour tout dire, ce ne sera pas tant à Valeurs Actuelles que j’en voudrai le plus, ils sont ici totalement à leur place, bien au fond de la fosse septique, en train de racler les parois et de rajouter quelques une de ces déjections qui visiblement leur procure la satisfaction du travail bien fait, comme en atteste leur mise au point au sujet des réactions à leur couverture.
« Danièle Obono représentée en esclave dans le torchon d’extrême-droite Valeurs Actuelle, cette fosse septique de la réaction et dont certaines idées « républicaines » irriguent le « débat ». L’article est à l’avenant.

Le train vient de sortir de son tunnel. C’est un train de la ligne Tôkyû qui traverse Tokyo en tant que métro. Je jette un coup d’œil aux nuages et c’est incroyable la variété de formes, de textures apparentes en cette saison, c’est un peu comme un télescopage. Le ciel est magnifique avec un bleu profond, le bleu de l’été encore, très vif, avec cette dominante « jaune » dans la lumière. Encore un mois comme ça, et puis…
Alors les prix des fruits et légumes cette année se sont envolés. J’ai vu des paquets de 4 pommes de terre de taille moyenne à près de 3 euros quand il y a deux mois on les trouvait à même pas un euro. Trois carottes à 2 euros, trois tomates à deux euros… Il semble qu’on soit enfin en train de revenir à des prix plus habituels mais ça reste plus cher. Pour moi qui aime manger des légumes, c’est vraiment pas une bonne nouvelle quand au même moment je continue de vivre une baisse de salaire liée au coronavirus. Pas importante, mais quand même.
Tout ça pour dire que oui, je ne me suis pas trompé du tout, on y va tout droit, c’est en vitesse automatique et maintenant c’est un peu comme à la foire, on klaxonne, et puis on chante, et on picole un bon coup en appuyant sur le champignon. La classe moyenne va se réveiller avec un de ces maux de crâne, alors, elle qui rêvait du centre… en focalisant sur l’Islam, les incivilités des jeunes de cités, des racailles, le voile, tout en martelant, à coup de baisses d’impôts dépensées aussitôt en alimentation bio et équitable qu’il faut s’adapter et que les prolo ne veulent pas comprendre, qu’il faut savoir faire des sacrifices… Ils ne veulent pas voir qu’au fond d’eux, ce qui les écœure chez Zemmour, ce n’est pas ce qu’il dit, c’est qu’ils le dise parce qu’en réalité, et chaque jour je le constate dans des contacts Facebook, ca fait belle lurette qu’ils sont devenus aussi réactionnaires que Zemmour, avec leur crispation républicaine et leur acceptation de tous les grignotages de nos libertés publiques dans un rétrécissement sans fin de l’espace démocratique. Après tout, c’est la classe moyenne qui a choisi Pétain, la bourgeoisie, seule, n’aurait jamais pu l’imposer. Les rentiers. L’ordre. Le calme. Les traditions.



Les meilleures choses ont une fin, dit-on, et voilà que mon dernier jour ici a commencé il y a de cela une heure et demie. Il va falloir prendre une douche, se brosser les dents, s’habiller, fermer la valise, vérifier une dernière fois que je n’ai rien oublié, fermer la porte, rendre les clés, et vogue le navire…
« Elle fut longue la route / Mais je l’ai prise la route / Celle-là qui menait jusqu’à vous » (Barbara)