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  • Sur mon chemin

    Sur mon chemin

    Belle journée, ensoleillée, brulante, température qui ne baisse pas. Kyôto encore, je suis maintenant totalement reposé, la ville est encore plus loin, j’ai l’esprit campagne.

    J’ai visité un endroit magnifique, Okashisansô. Je reviendrai sur ces endroit visités quand je vous ferai des albums. Mais pour tout vous dire, cette fois-ci, ce sont les chemins qui retiennent mon attention, comme si ces chemins que je regardent étaient en fait mon propre chemin, ce en quoi il y a bien quelque chose de vrai puisque cela fait presque 15 ans que je vis au Japon. Mais j’avoue, cette année plus que les autres années c’est un véritable ravissement, peut-être est-ce le temps, peut-être était-ce un intense besoin de dépaysement, de retour aux sources puisque Kyôto est pour moi comme ma seconde ville de naissance, c’était en 2003 et comme cette année l’année n’avait pas été bonne du tout, et puis j’étais venu au Japon, vol ANA à 18 heures 30 et en arrivant à Kyôto après 10 jour à Tôkyô je crois que mon destin s’était scellé.

    Bon, je ne reste pas plus, je dois me reposer, la journée a été longue.

  • Encore trois jours…

    Encore trois jours…

    Encore trois jours, c’est court et c’est suffisant à la fois. Ici, pas de longues vacances, les congés sont fractionnés. Été, hivers et printemps. Trois semaines. Et puis des jours de congés.

    J’avais parlé trop vite, cette nuit j’ai mal dormi, c’est le soleil je pense. Il tape fort et j’ai oublié de mettre de la crème sur mes avant-bras, je me suis réveillé avec d’horribles démangeaisons. Par la suite, ça a été plus ou moins la même incessante répétition: réveil, assoupissement, rêve et réveil. Pas de rêves très précis ni de thème récurant, plutôt une compilation, chaque fois assez prégnants pour qu’ils me réveillent. Je ne suis pas fatigué ce matin, c’est ce qui compte.

    Vous avez remarqué? Quelques jours en vacances et voilà ce blog qui se part de couleurs, de ces couleurs et de ce vert en particulier qui m’ont fait venir au Japon pour y rester finalement près de quinze ans! Continuerai-je dans la couleur? C’est difficile, la couleur! La photo, c’est avant tout de la lumière, et si on ajoute de la couleur, c’est vraiment très difficile à maitriser. Je ne me considère pas du tout photographe, pas même amateur pour tout dire. Pour moi, un photographe, c’est celui qui pour « faire » une photo, c’est à dire aller de la prise de vue à l’édition, va « avoir » la photo dans son oeil et ainsi tout au long du travail va plier le résultat à ce qu’il avait « vu ». Autrefois, dans sa chambre noire, le photographe utilisait des filtres en cartons afin de diminuer le temps d’exposition sur telle ou telle partie lors du développement, il avait pris soin de choisir la pellicule qui se rapprocherait le plus possible de ce qu’il voulait obtenir car chaque pellicule avait ses caractéristiques propres, il utilisait de très fins pinceaux pour retoucher telle ou telle ombre, et de nos jours il utilise des logiciels afin d’obtenir ces résultats. Je me débrouille un peu en retouche et je photographie en raw pour cette raison mais en même temps je suis trop paresseux. Retoucher une photo proprement, ça prend beaucoup de temps, des fois, parce qu’à l’arrivée ce n’est pas exactement ce qu’on avait en tête, alors il faut revenir en arrière.

    Bref, pour moi, un photographe, c’est quelqu’un qui maitrise tout cela avec aisance, et dont le travail fini est exactement ce qu’il avait en tête. Un grand photographe, ce sera celui qui aura, en plus, su trouvé le cadrage, le sujet, le moment, la bonne dose de lumière ainsi que la ou les couleurs qui feront qu’on regardera sa photo avec curiosité, intérêt.

    Moi, j’utilise plutôt la photographie comme un crayon, un crayon un peu pour mais qui me suit partout pour compléter mon histoire.

    Ne plus du tout suivre l’actualité, débrancher les questions politiques pour une semaine et laisser ce virus à la place où sans aucun doute il m’attend de toute façon à mon retour pour ne passer mon temps qu’à me promener, à bavarder chaque matin et chaque soir, là, comme ça, quelle chance, quel privilège…

    Bien, la journée va commencer.

  • Ah, Kyôto…

    Ah, Kyôto…

    Finalement le temps a été très clément, je veux dire par là qu’hormis une chaleur étouffante et quelques averses, nous avons eu du soleil et la promenade a été très agréable. On s’attendait à de grosses pluies avec de l’orage et finalement tout s’est très bien passé. Ninna-ji le matin, pour la première fois depuis des années sans tonnerre ni averse.

    J’ai failli exploser la bonne femme à l’entrée. Ils ont fermé la vente de billets habituelle, maintenant on entre directement. Je retire mes chaussures, monte les quelques marches, je vois un espèce de truc sur le seuil avec un film plastique, il y a des tampons, des affaires, je pense que c’est l’endroit où ils font les signatures pour les livres de pèlerinages, je m’avance vers ce que je crois être la caisse et la voilà qui surgit de nulle part en hurlant en anglais de katakana « ticket, ticket, you need a ticket », et elle me barre la route en me montrant le truc avec le vynil qui doit finalement être la caisse, et je lui répond en japonais de yakuza, « et c’est où, les tickets? », elle sursaute et me montre l’espèce de machin qui sert de caisse, elle me montre les prix et tente de m’expliquer en me montrant bien comme si j’étais incapable de la comprendre et alors qu’elle va me dire qu’il y a deux tarifs je lui dit en japonais de quartier diurne, c’est à dire en lui tendant un billet sans la regarder et en lui baragouinant un « ici seulement ». Elle me rend ma monnaie et le billet et je la zappe. J’imagine que 9 personnes sur 10 ne sait pas où acheter les billets tellement c’est désorganisé, mais un étranger, c’est à son avis visiblement un voleur. Je l’ai zappé à la japonaise, sans excuses et avec mépris.

    Bon, j’ai l’air d’avoir été en colère mais en fait pas du tout, une fois l’épisode passé, j’ai failli exploser de rire. Il n’y a plus un touriste au Japon, et si Ninna-ji est à ce point désorganisé, c’est qu’ils ont du virer tous les petits boulots qui faisaient l’accueil. La fille était à ce moment là seule en charge de l’entrée, des souvenirs et elle devait aussi se taper les bouquins de signatures, pour sûr qu’elle était débordée, et c’est précisément parce qu’il n’y a plus du tout de touriste. Elle aurait pu me faire signe quand elle m’a vu, me dire d’attendre, de toute façon je me dirigeais vers d’où elle est sortie de nulle part, ça ressemblait un peu plus à une caisse. Mais me faire le coup de l’étranger qui veut pas payer, ça non.

    La visite a été très agréable, je vous ferai un album quand je serai à Tokyo. Ici, je n’ai que mon vieux Macbook et il patine comme un dingue quand j’édite des photos. Ça attendra.

    On est allé ensuite à Myôshinji, et là, dans un des petits temples du complexe, tout le contraire, un couple – le moine et sa femme-, leurs enfants, très gentils, je veux dire le monsieur nous a vus alors qu’on entrait dans le jardin car à l’entrée rien n’était écrit, on ne savait pas trop si on pouvait visiter, ils nous a demandé si on venait prier, on a dit non, il nous a demandé de passer vers l’entrée tout en continuant à jouer avec son fils, et là sa femme est arrivée, elle a fait une drôle de tête en me voyant avec ma tête enturbanée avec une casquette dessus, et le masque de rigueur, et puis elle nous a donné nos billets et nous a souhaité une bonne promenade. La pluie s’est mise à tomber juste à ce moment là, c’était finalement très agréable. Quand on est sortis, le deuxième fils courait dans tous les sens et elle lui courait après, j’ai souri, elle nous a souri en nous disant au revoir. Daishin-in, que s’appelle ce temple.

    Et pour continuer dans ce périmètre, un autre jardin où nous sommes allés assez souvent, avec de très belles mousses. Le Keishun-in. Un très bel endroit avec une dame très gentille à l’entrée qui nous a souhaité une belle promenade dans un Keigo (langue de politesse) surbétonné. Go-yukkurinasattekudasaimase.

    Enfin, le Taizô-in, dans une autre partie du complexe, c’est la photo d’illustration. Le soleil est finalement réapparu pour ne plus nous quitter, on a même eu droit à un vague double arc-en-ciel.

    Toute la journée, le chant des cigales…

    Le temps passe vite mais ce séjour m’est incroyablement profitable, loin de la ville, du travail, du coronavirus, de Facebook et de l’actualité. J’espère encore dormir aussi bien qu’hier soir…

    Bonne fin de journée.

  • Avant la pluie

    Avant la pluie

    C’est le matin, le ciel est couvert avec de rares éclaircies. Quand nous sommes rentrés de Nara, alors que nous avions quitté la ville sous un soleil de plomb, nous sommes arrivés à Kyôto sous des trombes d’eau. Quelques dizaines de kilomètres séparent les deux villes mais il n’est pas rare que le temps soit diamétralement opposé, car Kyôto, un peu comme Paris, est un « bassin » et soit les nuages la contournent, soit ils s’y engouffrent. Enfin, bon, ça, c’est ma théorie.

    Il devrait encore pleuvoir cet après-midi, même si ce n’est pas tout à fait sûr. Le typhon numéro 5 s’est désintégré au large de la Corée, nous laissant avec des nuages bien gorgés d’eau qui tournent à l’orage. C’est l’été.

    J’ai passé ma première très bonne nuit depuis des mois. Pas que je dorme mal mais je sens que cette nuit le sommeil a été particulièrement réparateur. Je décharge énormément de stress dans des rêves tous plus étranges les uns que les autres et qui au réveil me laissent plutôt indifférent avec tout juste le sentiment d’avoir rêvé. Je crois même avoir pensé que j’étais en train de rêver au coeur d’un de mes rêves. Au réveil, de façon très instinctive, je me suis étiré comme le fait le chat, de tout mon long avant de me recroqueviller presqu’en boule pour le re-étirer encore une fois, cette fois-ci en faisant craquer mes doigts. Mes énergies circulent parfaitement d’une extrémité à l’autre de mon corps. Rien de tel que le temps chaud et de longues marches ainsi qu’une totale déconnection de l’actualité et des réseaux sociaux pour immédiatement habiter son corps au présent.

    temps de pose: une seconde

    Je vous en parlerai certainement plus en détail une autre fois, mais je l’écris quand même: j’ai un nouvel appareil photo. Un Olympus bien entendu, un OMD-EM1 MarkII. La marque a décidé de vendre sa division photo, et il y a trois quatre mois est sorti le remplaçant de MarkII. Le cours en occasion s’est effondré, on en trouve par dizaines et dizaines. Le miens est quasiment neuf, avec sa boite et il ne m’a coûté qu’un tiers de son prix neuf il y a un an. Je vais revendre mes Sigma (j’y reviendrai, ça a été une décision un peu difficile, mais elle est prise), mais je vais garder mon EM5 MarkII qui reste un incroyable appareil. Cependant, le EM1 MII est un appareil parfait, en tout cas pour moi. Vous avez pu voir une photo d’une pagode prise de nuit, je l’ai prise avec un temps de pose de 2 secondes, à mains levé, même pas un poil de bougé. Ensuite, c’est un capteur de 20 millions de pixels, ça permet un recadrage ici et là sans trop toucher la définition.

    Je reviendrai sur cet achat. Il est l’heure de prendre une douche et de sortir, il pleuvra cet après-midi, il me reste donc un peu de temps pour une promenade.

  • Après Nara

    Après Nara

    C’est le soir, et j’avais envie de repasser sur mon blog, la journée a été belle. Je viens de prendre une douche, me voilà rafraichi après une journée à cuire ou à étuver, je ne sais plus trop. J’ai bien dû perdre deux à trois litres d’eau, mais ça en valait la peine. J’aime me promener à Nara.
    Nara, bien que ce fut la première « vraie » capitale du Japon, la première partie pour être la capitale permanente, c’est une petite ville de province au milieu de nulle part. Quand on passe en train, on y voit des rizières, des champs de thé, c’est vert, tout vert. Il y a des forêts, des étendues de verdure encore et encore, et des toutes petites villes que la modernité n’a fait qu’effleurer.
    C’est joli, Nara, et c’est plein de temples. C’est là que le bouddhisme s’est épanoui au Japon, que les influences de la Chine et de la Corée ont marqué la culture antique avant le grand déménagement à Heian, de nos jours on dit Kyôto.
    On dit que les gens de Nara sont gentils, je n’ai pas de mal à le croire, c’est le Japon rural avec certainement quelque part encore un peu de cette haute civilisation antique, de belles manières et beaucoup de modestie, le travail laborieux et la nonchalance quand vient l’été.
    La ville était désertée, véritablement. Chaque année, après la traversée de la galerie marchande près de la gare, quand on arrive à la petite rue commerçante en contrebas, j’aime acheter un Yomogi-Daifuku dans cette boutique où la fabrication du mochi tient de l’attraction touristique. Pas un touriste, pas de fabrication de mochi, les Daifuku doivent être du matin…
    Quelle tristesse…

  • Rêves, rêves

    Rêves, rêves

    Je voulais vous confier l’un de mes projets en cours, un très long article qui m’a retenu une bonne partie du mois dernier et empêché d’écrire. Et puis au fur et à mesure, je me suis aperçu que je ne pouvais pas le publier hors contexte, hors du projet lui-même.
    Je souhaite le mener à bien, ce projet, patiemment. J’y travaille. Je me suis lancé seul pour préparer un « produit clés en main », j’y fais donc le design, et tout ce qui sera nécessaire pour qu’il puisse vivre. Et s’il me conduit nulle part, je me serai bien amusé.
    Bref, je ne vous en dirai pas plus, vous devrez attendre quelques mois. C’est important de l’amorcer seul, je veux dire, pour moi. Une fois lancé, j’espère que d’autres s’y intéresseront.

    Ici, c’est l’été et l’humidité domine. Le virus ne part pas et la politique idiote du Japon, qu’un budget conséquent du gouvernement permet d’habiller internationalement par des opérations de relations publiques, ne nous épargne rien. Chaque jour, le virus apparait, presque comme par magie, dans un département où prétendument il ne circulait pas. Comme par exemple il y a deux semaines à Miyagi, un homme de 40 ans qui ne sortait quasiment jamais de chez lui… Contrairement à Février, je ne ressens plus aucun stress. Je ne sais pas comment expliquer ça. En fait, voir les pieds nickelés du gouvernements japonais qui nous expliquaient il y a trois semaines que les japonais étaient plus évolués, supérieurs en culture, en hygiène, biologiquement mieux préparés pour “expliquer” la “performance du japon” face au virus me fait rire. Désormais, les chiffres de propagations égalent ceux en Europe mais dans le sens inverse, ça monte, ça monte, et pourtant on n’y teste que 6000 personnes par jours… Cette bande de crétins me font rire.

    Mes rêves reviennent et me parlent, ils m’envoient des messages sur moi-même et sur ma perception du monde. Certains sont assez troublants.
    Maman est venue il y a une semaine. J’étais avec mon frère et nous allions la voir. C’était au bord d’un petit parc qui est aussi certainement à côté d’un temple bouddhiste que nous nous sommes arrêtés, c’était dans une Sarthe du Japon, et ce jardin était son jardin et à la fois un jardin à côté d’un temple, avec ces petits murets que j’aime bien, en quelque sorte.
    Dans mon rêve, c’était assez évident. Maman était là, elle allait « vraiment » mourir, cette fois-ci, elle nous attendait. Elle avait creusé sa tombe, une toute petite tombe, et je pensais que comme toujours elle avait fait cela elle-même. Et alors que nous regardions cette tombe, la terre a bougé, et une malle a jailli du sol, et puis la malle s’est ouverte elle-même. Dans la malle, il y avait plein de choses, mais entre autres, il y avait un de ces luth japonais ancien, un biwa. Il était tout neuf, je le saisis et en tirai quelques notes. Et puis vint le moment des adieux et là j’attrapai maman en lui hurlant littéralement que je l’aimais, que je ne voulais pas qu’elle parte. Mon frère était là mais il était effacé, j’apercevais le gris de la route, derrière. Je pensai à ce sanctuaire shintô à Kyoto, le sanctuaire du lapin, vers Kurodani. C’est un sanctuaire de la fertilité, on y va pour avoir une grossesse facile. La sienne a été éprouvante, elle me relie à maman d’une façon très profonde. J’ai vraiment été désiré, il était très facile de me laisser partir…
    Je me suis réveillé. Troublé. Je ne veux pas que maman s’en aille, et pourtant il le faut. Elle m’a tout donné, c’est important que je lui donne au moins ça.
    Des fois, j’ai peur de devenir vieux, je redoute de voir des fantômes…

    Un autre rêve m’a pas mal troublé aussi. Je marchais rue Kasuga, c’est près de chez moi, une de ces avenues sans fin qui barre Tôkyô en deux. Je marchais et je constatais que les immeubles étaient des immeubles parisiens. J’avais les yeux levés quand soudain je vis des missiles nucléaires passer à basse altitude, lentement. Il n’y a pas eu d’explosion, ils passaient juste au dessus. Ils étaient assez gros, une sorte de vert gris pâle, avec des ailerons saillants et ici et là des trucs de couleur rouge. Je m’arrêtai et les regardai, je ne pouvais m’empêcher de penser que ces immeubles étaient beaux…

    Un autre rêve, encore, le weekend, j’étais vers Asakusa, pas très loin de chez moi, du côté du supermarché Ozeki. Et puis dans une rue, je remarquai une boulangerie, et puis une autre, et encore une autre. La rue était pleine de boulangeries, des boulangeries qui rivalisaient de pains de campagnes au levain superbes, bien cuits, des baguettes au levain magnifiques. Je ne savais pas où m’arrêter pour en acheter, ces boulangeries étaient toutes plus séduisantes les unes que les autres, mais alors que finalement j’avais fini par acheter une de ces baguettes, le goût se révéla incroyablement pauvre, j’avais l’impression de manger une de ces baguettes en caoutchouc qu’on achète dans les supermarchés discount…

    Les rêves révèlent un monde incroyablement riche pour qui sait les entendre…

  • Allez, dansez!

    Allez, dansez!

    https://youtu.be/u-OXc_ltf_M

    La décennie 70 tirait sur son interminable fin, avec ses pattes d’éléphants en Tergal, ses chanteurs ringards, ses baby boomers revenus de leurs communautés à la campagne, ses militants désillusionnés mais encore plus arc-boutés sur leurs idées, ça puait la fin d’époque, la longue agonie des trente glorieuses, l’embourgeoisement confortable des classes moyennes trentenaires avec leur crédit immobilier et leur Renault 16, ça n’en finissait pas de finir.

    Heureusement, c’est précisément à ce moment là, alors que la crise du capitalisme qui larvait depuis 10 ans et qui s’était finalement manifestée au grand jour au moment du « choc pétrolier », au moment précis où le chômage qui commençait son envol, où les « restructurations » et fermetures d’industries explosaient, bref, au moment exact où la réalité rattrapait certaines illusions, que la culture s’est mise à frétiller.

    Yves Saint-Laurent avait bousculé la mode en 1971 en inaugurant la première collection ouvertement rétro, sa mode « poule 1940 » (dans la deuxième moitié de cette vidéo) en rupture totale avec la ligne moderniste inaugurée par le trio Rabanne-Courrèges-Cardin. Bien sûr, il y avait bien une mode rétro dans les années 60, avec ce clin d’oeil permanent aux années 20, mais cela restait relativement marginal car la culture, à cette époque, était irréversiblement tournée vers « le futur », « la croissance » ou « la révolution » ou encore « le retour à la nature ».

    C’est précisément au moment où les illusions se sont dissipées, au moment même où Fourastier donnait à nom à cette époque qui s’achevait, « les trente glorieuses », que l’on put passer à une époque de l’instant, de l’immédiat, totalement en phase avec ce que nous vivions. Et pour les plus jeunes, passer soudainement à une culture de l’instantané, de la vitesse et de l’humour, le tout passé au pressoir des époques qui avaient précédé et qui nous faisaient tant rire tant elles semblaient lointaines, vieilles, de l’époque de nos grands parents.

    Un sourire ironique nous prit soudain, avec un petit quelque chose d’attendri aussi. Les « fifties » étaient nées.

    J’écris cela car j’en ai ras le bol de voir les années 80 limitées à une question de « look » ou à une question de « fric ». Le fric, c’étaient les boomers à partir du moment où ils se sont coupés les cheveux pour nous imiter, nous, les « post-boomers » au moment même où ils nous ont donné un nom, la génération « bof », et avant d’en remettre une couche en nous appelant « generation X ».

    Ben non, nous n’étions pas « bof », mais c’est vrai que regarder leur installation dans la vie, à ces anciens soixante-huitards reconvertis en acheteurs de lave-vaisselle en costumes croisés, ça nous donnait un certain regard sur la vie, sur la politique.

    Mais c’est finalement le moment où nous avons donné une emprunte à notre époque. Les années 80, c’est avant tout une attitude, beaucoup d’humour, une passion pour la vitesse, les choses nouvelles, les idées nouvelles, et la musique, beaucoup la musique, et énormément la danse, énormément la danse, avec des fringues pour y mettre de la couleur, même en costume noir.

    On s’est mis à shaker les époques antérieures pour nous amuser, la mode a envahi la rue et les créateurs passaient leur temps en terrasses à nous scruter pour nous copier. Je dis « nous », c’est un nous collectif, bien sûr.

    On était politisés, mais pas comme les babs. Pour nous, la politique n’était pas dans le discours, elle était dans les actes. Les baba militants, on les avait suffisamment vus à la sortie de nos lycées avec leurs beaux principes, la dégaine avachie à faire fuir le premier prolo, la première mama tunisienne. Pour nous, c’étaient des ringards. On avait une énergie du tonnerre. Ben oui, la danse, quoi!

    Un truc marrant, c’est tomber sur cette vidéo d’un tube de l’année 82, un truc assez mauvais, typique de ce moment là, au sortir de la méga récession de 1980-82, ce que j’appelle la « grande glaciation », quand partout les synthétiseurs et les boites à rythme ont remplacé les violons de la disco. C’est bien sûr un youtubeur qui a fait ce montage, mais ce dont je me suis aperçu, c’est que ce montage transmet très exactement l’état d’esprit des années 80, ce sourire en coin, cette envie de danser comme dans ces films, de s’habiller comme dans ces films, pas parce que c’était élégant, non, juste parce que ça pouvait être marrant. Nouveau. Frais.

    Depuis, il y a eu les années 90 et progressivement on est passé à une sorte de réchauffé du cool, les tee-shirts, quoi. On a oublié qu’on peut se marrer avec des vêtements qui produisent un télescopage de couleurs, un gros splash visuel qui fait du bien, qu’on peut le faire en bande, « en tribus », comme on disait.

    Il y a deux mois, j’avais partagé un article sur les rockabilys et les Vikings à Paris au début des années 80, plusieurs ont commenté que « ça devait être super », que « ça manquait », qu’ils étaient « trop classes », ouais, c’est vrai. Mais moi, je me suis retenu de répondre « mais putains, bande de baba cool, qu’est-ce que vous attendez pour vous y mettre, pour vous bouger, p’tain ». C’est vrai, les kids découvrent Farid Chopel et de son look, attend un peu et ils vont découvrir que Paul Personne était hyper classe et non, on garde le jean moche avec le tee shirt banal tout en disant que le capitalisme produit des vies aseptisées, conformes… P’tain de bordel! On se sapait classe pour moins de 10 euros – et c’est pour ça que cette histoire d’années fric me laisse pantois.

    Je vous rajoute Janet Jackson. Les années 80, c’était beaucoup d’humour, une rage de vivre dans l’instant parce qu’on se disait qu’on pouvait se prendre une bombe atomique sur la figure à tout instant, parce qu’on savait que la crise économique allait pas être facile, mais en attendant, on voulait tout simplement s’amuser. 

    Allez, sapez vous mieux, et dansez, p’tain! Je vous dis pas « gigoter » ou lever les bras au ciel pour faire genre vidéo de David Guetta. Va falloir ça, pour l’époque pourrie où nous rentrons. Allez! Dansez!

    (Photo de couverture, Vickings & Panthers  Gilles Elie Cohen)

  • En bloguant

    En bloguant

    Une chaleur caniculaire s’est abattue sur la ville et aujourd’hui il fera 30 degrés. J’aime quand il fait chaud, ici, soudain le corps se détend, et puis il y a cette lumière violente du soleil à la verticale qui nous rappelle que c’est presque l’été. C’est bien. J’aime ce moment de l’année, on en a pour quelques mois, maintenant.

    La ville est en plein déconfinement à la japonaise, c’est à dire qu’après le confinement très relatif des deux derniers mois, tout reprend une certaine forme de normalité. Il y a certes moins de monde dans les trains qu’avant, mais il y en a tout de même plus qu’il y a deux semaines. À Ginza où j’avais rendez-vous samedi dernier, c’était presque noir de monde et les grands magasins étaient ouverts. La grande différence avec il y a deux mois, c’étaient les masques et ces longues cordes à l’entrée de Mitsukoshi avec du personnel portant visière en plastique et aspergeant les mains des clients en leur disant « merci ». Et bien sûr, pas un seul étranger dans cette foule. Depuis près de deux mois, nous sommes entre nous. J’ai lu quelque part que le nombre de touristes est tombé en avril à son niveau de 1964, année qui avait connu un record de tourisme avec la tenue des jeux olympiques. Ironique, non?

    Dans le train qui m’emmène au travail, il y a de nouveau des lycéens et des lycéennes, j’en avais presqu’oublié l’existence, leurs uniformes, leur style, leur nonchalance. Il ont bénéficié de très longues vacances, c’est une année dont ils se souviendront, pour sûr. Certains ne s’en remettront pas, d’autres auront eu des souvenirs inoubliables.

    C’est marrant, le coronavirus, ici. C’est une maladie « en anglais », je veux dire « en katakana-go », l’anglais syllabique écrit en alphabet utilisé pour transcrire les mots étrangers. « Social distance », « three Cs » (crowded places, closed spaces, close-contact), le tout prononcé soosharu distannsu, suriishiizu, sortes de slogans ne renvoyant à rien de bien tangible dans l’esprit japonais, si ce n’est à une sorte de truc venu d’un pays étrangers, avec sa mode particulière. C’est amusant comment cette maladie reflète la psyché japonaise, leur représentation du monde avec la Japon a l’écart. Le coronavirus ne consterné finalement le Japon que de façon indirecte, mais c’est quelque chose qui ne lui appartient pas. Les théories vont d’ailleurs bon train pour expliquer les faibles chiffres de contamination et celles qui soulignent l’exception japonaise ont la faveur des médias.

    Les japonais sont très propres. Les japonais ne se serrent pas les mains. Les japonais sont vaccinés contre le BCG. Les japonais portent le masque. La souche du virus circulant au Japon est « différente ». Le virus ne circule que parce qu’il a été importé mais depuis que les étrangers ne peuvent pas rentrer, la circulation est freinée.

    C’est vrai qu’on reste surpris par les chiffres, ici. Je suis généralement plus enclin aux explications rationnelles. Les personnes âgées sont confinées depuis la fin du mois de février, et je pense que c’est vraiment ce qui fait toute la différence. Différentes études ont démontré que le virus circule en bruit de fond depuis des mois et que le taux de contamination chez les hommes âgés de 30 à 50 ans serait supérieur à 20%. Ce mois-ci, une étude randomisée sur la circulation du virus va être menée: ils vont tester 10.000 personnes au hasard pour connaître le pourcentage de personnes ayant des anticorps.

    Les chiffres sont très bas en comparaison avec les pays européens ou les USA, mais comment savoir. Toujours très très peu de tests, particulièrement à Tôkyô où il reste quasiment impossible de se faire tester. Je doute que nous soyons face à une résurgence importante du virus. Il y a des précautions partout et si c’est vrai que restaurants et cafés ont rouvert, leurs fenêtres sont désormais grand ouvertes. On verra mais comme je continue de me protéger, je ne m’inquiète pas trop. Les masques, les gels Hydro-alcooliques ont fait leur réapparition un peu partout et leurs prix baissent, retrouvant petit à petit leurs prix d’avant crise sanitaire.

    J’ai eu mon ami Alain au téléphone samedi dernier, je lui ai annoncé un des trucs que j’ai décidés depuis le début de cette année et sur lesquels je travaille. Comme je vous l’avais écrit il y a trois mois, j’ai un projet politique important et j’ai eu le temps de l’affiner. Je lui ai expliqué en détail ce que je vois, ce que j’ai en tête. C’est pour septembre et j’ai les quelques mois qui nous en séparent pour que tout soit prêt.

    Je compte un peu sur ça pour me booster car c’est un réel projet professionnel dans le sens où il va me prendre pas mal de temps.

    Côté travail justement, mon emploi du temps est en mode réduit, mon salaire va un peu baisser mais je vais toutefois reprendre mes leçons du lundi et du mardi matin, donc financièrement je ne me fais plus trop de souci. Beaucoup de mes étudiants ont pris des cours en ligne pendant que les autres ont préféré ne pas venir durant deux mois. Certains commencent à revenir. Mon avis est qu’en septembre tout sera de retour à la normale.

    J’ai goûté ces lundi sans rien, où je n’ai rien fait, seulement lire de l’information financière et des informations politiques, des articles de fond, ou bien encore regardé des vidéos de conférences sur YouTube. Pour moi, il n’y a pas eu de confinement, mais une sorte de parenthèse ralentie.

    Sachant que mes revenus seraient amputés, j’ai fortement réduit la voilure et j’ai recommencé à cuisiner, weekends compris alors que ces dernières années j’avais pris l’habitude de la facilité, aller dans un petit restaurant de quartier. J’ai réduit le mois derniers mes dépenses d’environ un tiers. Je n’en reviens pas, et comme j’ai pris ce pli, j’ai commencé à faire de l’achat d’opportunité, bref, acheter quand c’est beaucoup moins cher. Je ne doute pas un instant que ce mois-ci je ne parvienne à réduire encore un peu malgré le fait que mes revenus vont recommencer à augmenter.

    La frugalité, bien que nécessaire, c’est aussi mon hommage à maman, c’est ce que j’ai compris depuis l’an dernier. Je vais désormais essayer d’économiser, d’économiser le plus possible pour ne plus avoir peur de l’avenir d’abord, mais aussi pour pouvoir faire des choses aussi. Depuis mon gros désendettement, j’ai en permanence gardé une somme, pas très importante, sur mon compte. Environ 1800 euros. Mes seules économies. Je la chérie comme vous ne pouvez pas vous imaginer, cette somme. J’avais des dettes énormes, je m’en suis libéré grâce à maman. Alors ce qu’il me reste, j’en suis comptable, c’est précieux.

    Depuis mars, plus aucun cours particulier, plus de cours du lundi ni du mardi matin, mes revenus ont fondu fortement, j’ai un peu grignoté sur cette somme, hélas, il m’en reste environ 1400 euros, mais comme je suis parvenu à drastiquement baisser les dépenses (tout en améliorant nettement mon confort de vie et mon alimentation), à la fin du mois de juin elle sera non seulement reconstituée mais très probablement augmentée. Il me reste par ailleurs deux traites de remboursement de mon ordinateur (mon iMac 27, c’était un crédit 0%) et à partir d’août je pourrai économiser encore bien plus. Bref, vraiment, je suis très confiant.

    Je vais finalement demander la résidence permanente ici, parce que ça me facilitera la vie en augmentant mon statut social « symbolique ».

    Un gros projet professionnel, plus du tout de soucis d’argent, il me reste à me remettre au travail et à écrire, mais je verserais ça volontiers dans le projet professionnel dont je parlais plus haut.

    J’ai pas mal avancé, pour tout vous dire, et le changement de look de ce blog c’est un peu ça.

    À partir de ce weekend, nous allons pouvoir savourer de nouveau les parcs, j’attends cela avec impatience. Je crois que c’est ce qui m’a le plus manqué dans tout ce temps. La golden week a été assez pauvre, limitée à des promenades dans mon quartier renouvelées en différentes variantes de la même, et c’est pas très joli, Tôkyô. Alors revoir les parcs, m’y détendre, y faire de ces siestes que j’aime y faire, et puis regarder les fleurs, tout ça malgré la saison des pluies qui pointe le nez et qui promet cette année d’être très chaude, c’est une attente impatiente.

    Me voilà donc détendu, loin de l’horrible stress d’il y a un mois quand, retournant à l’école après une semaine de vacances je m’attendais à être au chômage.

    Dans mon gros projet professionnel, en ce qui concerne la partie « écriture », il y a un épilogue à ma nouvelle écrite il y a dix ans pour minorités autours de la crise de 2008. Il y a aussi ce roman que je dois reprendre, oui, je sais, ça fait un million d’années que je le dis, mais cette épidémie, et puis d’autres trucs, tout m’y a ramené. Ce n’est pas de la paresse, c’est un réel manque de confiance en moi. Et finalement, pour la première fois de ma vie, je crois vous l’avoir déjà écrit, je n’ai plus ni peur, ni peu confiance. Au contraire, je crois avoir finalement atteint la maturité qui m’a longtemps fait défaut, non pas la maturité conventionnelle, mais celle qui me sied, faite d’une très grande lucidité sur moi, sur ma vie, sur ce que j’ai accompli, ce que je n’ai pas accompli, ce que je peux accomplir.

    J’ai retrouvé le goût de la vie sans même y prendre garde, un goût qui ne m’avait jamais vraiment quitté mais qui désormais ressemble à cette force vitale de l’enfance, quand je courais partout dans ce monde qui était le miens et qui n’appartenait qu’à moi.

    Je dois beaucoup à mon père, à commencer par ma conscience politique et cette certaine idée de moi-même, et je sais désormais que c’est du côté de maman que se situe la concrétisation. Pas parce qu’elle faisait, non, mais parce que c’est elle qui a rendu possible ce que je suis devenu. Je n’ai finalement qu’à faire fructifier. C’est d’ailleurs comme cela que je suis venu au Japon.

    Voilà, je vais cesser de m’épancher sur moi. Je tenais à le faire toutefois car c’est ce qui a toujours caractérisé ce blog.

    J’ai un autre billet à écrire, sur un tout autre sujet, alors il est temps de mettre celui-ci en ligne.

  • Idir n’est plus: 3 mai

    Idir n’est plus: 3 mai

    Voilà. Cette chanson, c’est, ça a toujours été, ça restera toujours ma préférée. Et dans cette interprétation originale de 1979, avec la flûte.

    C’est une chanson qui raconte nos pères, nos mères, nos familles de l’autre côté.
    De l’autre côté de quoi, en fait. On est quelques millions à nous débattre en nous sans trop savoir quelle réponse y apporter, alors le texte fait mal, très mal. Des deux côtés.
    Pas une fois je n’ai entendu cette chanson sans penser à mes oncles, à ma tante Faroudja, à mes cousins, à mes cousines, à nos montagnes dans la lumière bleutée du petit matin quand j’allais chercher des figues, à la source Amran, aux cassettes de Aït Menguellat de mon oncle, à mon père le grand sourire qui lui barre le visage de toutes dents.
    Cette chanson c’est l’exil, ce sont nos anciens les chibanis, usés par le travail et vieillissant seuls en France, c’est nos familles éclatées et dispersées, c’est notre pudeur aussi, nos renoncements et nos découragement qui hurlent dans nos têtes les mots de trahison, et c’est le pardon aussi parce que personne au monde plus qu’un kabyle sait à quel point la vie et la terre peuvent être cruelles parfois.
    Cette chanson c’est aussi le souvenir de ce PACTE au lycée, après le séisme de El Asnam/ Chlef, en 1980/81, à Bondy, et puis les deux semaines de cinéma algérien à la salle Giono et à la salle Malreau, et puis le concert de Idir salle Giono, salle pleine et youyou à foison, et puis notre voyage, l’arrivée en bateau, la baie magnifique, trois semaines où notre musique était la musique de Idir…
    Au revoir Idir.
    Mreh’ba s wayen id (b)wwid’ / ama yelha ama dirit / ma teghlid’ ghellin wiyid’ / nekwni nesrak tameddit (Idir, Aghrib)