Étiquette : petite chose

  • À zéro (2): un site

    À zéro (2): un site

    « Je trouve ça drôle, tenir un journal de bord, en ligne, sans tabou, sans retenue. De la non auto-fiction : cela m’amuse », que j’écrivais ici-même (…) « Explorer toutes les possibilités de ce site ». Voilà un amendement au contrat qui nous lie

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  • à zéro (1): la feuille grise

    à zéro (1): la feuille grise

    Ce n’est pas clair, ce que je vous dis là, peut-être, mais je pense que l’écriture est, pour moi, un monde réel, un autre univers…

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  • Le silence

    Le silence


    Début août, j’ai retiré les applications Facebook et Messenger de mon téléphone, je pense que d’autres vont suivre. J’ai mis fin à cette course à la dilatation de la distance et du temps qui m’emprisonnait comme elle emprisonne chacun d’entre nous désormais. Ce matin, pour voir, je me suis connecté à Facebook pour la deuxième fois depuis. La première fois, il y avait des dizaines et des dizaines de notifications. Je pensais que m’étant éloigné cette fois-ci serait différente, et je me trompais. « 111 notifications ». Des groupes, des suggestions d’amis, des commentaires…
    Parallèlement, avant de supprimer les applications, j’ai posté ce message,

    « Vous lisez mon dernier message écrit à l’aide de l’application Facebook pour iPhone. Après l’avoir écrit, je vais effacer l’application de mon téléphone.
    Je vais également retirer l’application de gestion de Pages, devenue au fil des ans la « suite business ». Sur ce point Facebook a raison: tout le temps que nous passons sur ce réseau génère des milliards quand pour nous il s’agit d’une perte de temps et donc d’argent colossale, sans parler du syndrome de Babel qui fait que nous nous retrouvons cloisonnés et incapables de nous parler à force de tourner en rond dans le bocal narcissique de notre addiction à nous-mêmes.
    Je vais enfin effacer également l’application Messenger que je n’utilise pas ou très peu.
    Je continuerai bien sûr à visiter Facebook, mais uniquement à partir de mon ordinateur, c’est à dire de façon ponctuelle, volontaire et non addictive. Vous pouvez également me contacter sur Messenger et visiter ma page.
    De toute façon, au fil des ans j’ai constaté une baisse de fréquentation de mon site, quand on a « 1500 amis » et qu’on plafonne à 50 lecteurs par jour lors de nouvelles publications, soit j’écris de la merde, soit je ne vous intéresse pas en dehors de Facebook, ou les deux, ou alors Facebook vous empêche inconsciemment de prendre le temps d’aller sur mon site malgré les partages réguliers bref, je n’attends plus rien ici, j’y perds mon temps.
    Prochaine étape, Instagram. J’y ai partagé plus de 6000 photographies. Et finalement même chose, peu de retours et peu d’abonnèses malgré mes « 1500 amises » sur Facebook.
    En fait, c’est un peu comme quand je militais. Mon père me l’avait dit, d’ailleurs. Je perdais mon temps pour les autres pendant qu’élis faisaient leurs études, nourrissaient leurs réseaux. Moi, je distribuais des tracts et je collais des affiches. Faut être con, hein…
    Bref, passée la publication de ce message, j’efface.
    Je reviendrai une fois par jour ou peut-être moins. Vous pouvez toujours me joindre sur Messenger si vous voulez.
    Je ne m’inquiète pas, je ne vous manquerai pas.
    Et si je vous manque, vous pouvez toujours faire l’effort de venir chez moi, sur mon site. »

    Et je ne me suis pas trompé. Il n’y a eu aucune hausse de fréquentation de ce site, ni par article, ni en abonnements. Quand on a 1500 « amises », une telle indifférence est assez révélatrice du vide des réseaux sociaux.
    Le manque s’est manifesté parfois, et puis le sevrage est passé, la drogue n’opère plus. Je comprends les gamins qui n’y vont plus depuis des années, ces réseaux sont « prise de tête ».
    Dans une très intéressante interview sur Blast, Samuel Laurent, journaliste au Monde, raconte l’appréhension qu’il avait à se connecter chaque jour sur Twitter. Jusqu’à ce que les espèces de guerres qu’il y livrait et qu’il subissait ne touchent sa compagne et avant qu’elles ne l’atteignent lui. Et ainsi sa décision de quitter Twitter, un « petit monde » coupé du monde.
    Combien de fois je l’ai eu, cette boule au ventre, après avoir laissé un commentaire ou publié quelque chose sur mon mur, ou pire, avant de renoncer à publier quelque chose. Ce ne sont pas les individuses qui sont responsables, c’est l’outil lui-même. Quand on commente, on écrit souvent en vitesse, à chaud, exactement comme on parlerait. Les autres, élis, recevront ce commentaire à froid, hors contexte, se sentiront agresséses, contreditses. C’est tout le problème de l’écrit instantané.
    Dans une lettre, on développait sa pensée, on ne répondait pas entre le dessert et le café, on prenait le temps de s’assoir, de raturer. De penser. Les réseaux sociaux ont aboli tout cela. Alors c’est la guerre, ou c’est la bulle, un univers clos où n’existent que célis avec lesquelleses on est d’accord.
    Un univers toxique, improductif, où au hasard on fait de belles rencontres que rapidement l’algorithme s’évertuera à ensevelir dans le flot insipide de ses équations.

    Je quitte Babel, ravi.

    J’aimerais retrouver le contact charnel de la lettre ou celui plus moderne de l’email, la longue conversation. Je suis face à cette page blanche que je n’ai pas retrouvé depuis un moment, il n’y a pas de musique, dehors le soleil réapparait – nous avons eu un été épouvantable.
    J’ai besoin de ce silence, et les réseaux sociaux sont une caisse de résonance de toute la débilité du monde dont il me faut totalement repenser l’utilisation.
    J’ai besoin de silence autours de moi et en moi, ou pour être plus exact, j’ai besoin de me vider du brouhaha inutile. Tous ces réseaux sociaux sont autant de pollution que la télévision constamment allumée. Je suis content d’avoir débranché. Ma décision n’est pas aussi radicale que l’est celle de Pacôme Thiellement, qui, lui, quitte définitivement les réseaux sociaux.
    Ou peut-être est-ce moi qui suis plus radical. Je ne quitte pas Facebook ni les réseaux sociaux, je les laisse pourrir, je ne m’en servirai que pour partager ce que je publie ici. Une publicité gratuite, en quelque sorte. Mais qu’on ne compte plus sur moi pour commenter, je crois que ce temps est révolu. Je vais louper beaucoup de choses, des « amitiés » nouvelles. Mais je retrouve le silence, le grand silence d’avant.
    C’est au passage beaucoup plus risqué pour moi, je ne suis pas connu du tout, mais ça ne sert à rien d’être « visible » si la notoriété n’est qu’un objet de pacotille. Facebook me donne le sentiment de n’être qu’un « fraud », un usurpateur.

    Vous serez environ 50 à lire ce billet, qu’importe. Tout le temps qui se libère à ne plus être perdu à parcourir, à lire en diagonale, à commenter, à tchatter sur un réseau social dont les algorithmes biaiseront mon existence, tout ce temps retourne au silence, et du silence retourne à moi. Et en réalité, avec un maximum de 50 lectures par articles récemment, je me demande même si je ne devrais pas renoncer à un partage sur les réseaux sociaux. Je suis d’ores et déjà retourné à l’anonymat du net, à la mort sociale de l’internet… Je me suis noyé dans les réseaux, j’en suis mort. C’est fini.

    Oui, tiens, laisser pourrir ces réseaux sociaux…

  • Incertitude

    Incertitude

    Tu ne peux pas imaginer à quel point je suis fatigué d’ici, je veux revoir les horizons de brume de l’ouest de la France, je veux revoir la Sarthe, je veux m’arrêter au hasard des gares, visiter la cathédrale de Chartres

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  • En juin…

    En juin…

    Je ne peux pas imaginer les japonais dans un état où il faudrait se rationner en eau. L’hygiène est incroyablement importante, bien plus qu’en France, pour tout dire, et on passe son temps à tout laver.

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  • Savoir se faire plaisir en des temps difficiles

    Savoir se faire plaisir en des temps difficiles

    Bonjour… Hmmm, par quoi commencer. Février a été rapide, fulgurant même. Me voici donc de nouveau travailleur précaire au Japon, avec un contrat aléatoire dans un marché du travail qui ne l’est pas moins. Février, ça a donc été faire les démarches administratives qui vont avec, l’agence pour l’emploi, etc Ce n’est pas une situation aisée car cela me ramène à mon histoire familiale, la pauvreté, la crainte de manquer, les angoisses de mon père de se voir retirer son autorisation de séjour quand il a perdu son travail, les angoisses de maman pour boucler les fins de mois. On ne sort jamais indemne d’une histoire difficile, tout au plus on apprend à faire la part des choses et à bien comprendre qu’on n’est pas ses parents et qu’il n’y a aucune raison de revivre une histoire qui n’est pas la sienne.
    Mais comme toujours, cela agit « en toile de fond ». Cela étant, passée l’espèce de sidération qui a accompagné ma nouvelle situation, la colère aussi, j’ai finalement relativisé. Il y en a tellement qui en ce moment sont en train de tout perdre, de souffrir… J’entre, à reculons certes, dans quelque chose de nouveau où il va falloir que je me détache de beaucoup de mes habitudes mais en attendant, ça devrait finalement assez bien se passer. J’aborde les mois qui viennent assez calmement.
    Tout ça pour vous dire que je n’ai pas trop eu la tête à venir sur mon blog – partager mes humeurs ne valait pas trop la peine car dans de telles circonstances, on finit toujours par beaucoup plus s’épancher et tourner en rond, c’est fatigant pour vous, c’est fatigant pour moi.

    Vieux projet datant de plusieurs années et sans cesse repoussé je ne sais pas trop pourquoi, j’ai enfin une platine disque. Un très bel objet datant de 1984 en très bon état, une Denon dp37f. Visiblement, la dp-47f, le modèle du dessus, était très prisée à l’époque et du coup, il est impossible de la trouver pour pas cher, mais la dp37f à qui elle a fait de l’ombre, on la trouve à de bons prix. Je sais que par chez vous, les importateurs la revendent à prix d’or mais ici, pour le moment, c’est très raisonnable.
    Un très bel objet, donc, comme on n’en fait plus pour moins de 1000 euros. Fabriquée au Japon, avec une jolie caisse en bois verni, en très bel état, très lourde bien sûr et dotée des « dernières technologies » de ce qui a été l’âge d’or de la platine disque – entrainement direct et vitesse contrôlée par processeur « quartz », contrôle électronique du bras (poids, anti-skating, déviation, etc), totalement automatique -, je l’ai adoptée dès que je l’ai vue.
    Auparavant, je voulais une platine actuelle, mais très vite j’ai découvert qu’à moins de 1000 euros, les platines actuelles sont de moins bonne qualité que ce qui se faisait dans les années 80. J’ai donc commencé à regarder les platines d’occasion, et esthétiquement, j’ai tout de suite eu le coup de foudre. Le bras tout fin, droit et très long enveloppé dans sa coque « servo-drive », les très belles proportions, elle offre un très bel équilibre entre formes rondes et formes carrées.
    Elle est en très bon état. Que je vienne à devoir m’en séparer, je pourrai sans problème la revendre au même prix voire même plus cher.
    J’ai acheté un pré-ampli puisque les platines en ont besoin et que mon amplificateur n’en a pas. Là, j’ai fait dans le pas cher, Audio-Technica. Il a toutefois eu de très bonnes revues.

    Il ne restait plus qu’à acheter quelques disques. J’ai fait ça un peu à l’arrache, j’avais peu de temps et je me suis littéralement noyé dans la boutique, et puis surtout il était hors de question de dépenser une fortune. Il y avait des bacs à 100 yens, des bacs à 300 yens…
    Pour 450 yens (3,50 euros), j’ai acheté un « objet », un truc que je n’aurais jamais pensé à acheter autrement qu’en vinyle: Ça, c’est paris, サ、セパリ, un coffret « luxe » de deux albums « hi-fi stéréo » de chansons sur Paris. Yves Montand, Juliette Gréco, Patachou… C’est surtout l’objet qui m’a fait sourire, avec ses photos du « Paris éternel » qui a du faire rêver son propriétaire il y a une cinquantaine d’années.

    Pour 450 autres yens, un double-album de Yves Montand de 1976, encore un truc que je n’aurais ni même acheté autrement, ni même pensé à écouter, mais je ne sais pas, l’album m’a fait de l’oeil et il y a dedans quelques chansons que j’aime comme Les feuilles mortes ou Bella Ciao, Les grands boulevards, Battling Joe ou L’âme des poètes.

    Pour 450 yens encore, l’album de Bronski Beat, The age of consent. Je n’ai même pas hésité (contrairement aux deux autres). C’est un album beaucoup trop important, un album qui raconte une part importante de mon identité comme de mon histoire même si, lors de sa sortie, je n’aimais pas, ce n’était pas mon genre de truc. Il a fallu que je vois Partying Glances en 1986 pour littéralement absorber la signification profonde de cet album. La couverture m’a toujours fasciné. Les textes sont très beaux.

    Pour 750 yens, un des albums que j’étais parti pour acheter, Roxi Music, Flesh and Blood. Je l’ai en version haute qualité mais je voulais l’objet. À mes yeux, le meilleur album du groupe, une incroyable maturité.
    J’arrive à la caisse et le caissier me dit que si j’achetais 5 albums à un certain prix, j’avais droit à une réduction de 1000 yens. Je n’avais pas le temps, je venais de me noyer une fois dans un trop plein d’albums, limitant mon choix à des trucs soldés, et ça a été « panique à bord ».

    Je me suis souvenu avoir vu un maxi de Simple Minds, Someone Somewhere (in Summertime), un titre que j’aime beaucoup, 750 yens, je l’ai acheté, ce qui m’a fait économiser 250 yens!

    Je veux y retourner, mais cette fois il me faudra deux ou trois heures et quelques pistes d’achats possibles. J’avais pensé à quelques albums mais il n’y avait que le Roxy Music. Par contre, de bacs en bacs, c’était comme si ma vie défilait sous mes yeux au hasard de l’exploration. Et surtout, je me suis beaucoup amusé de voir bradés ici ces « pressages japonais » qui coûtaient une fortune il y a 40 ans.
    Seuls « Ça c’est Paris » et Roxi Music sont des « pressages japonais ». Bronski Beat est un pressage canadien, Montand un pressage français, Simple Minds un pressage anglais.

    Des achats de hasard, donc, mais qui m’ont permis, lundi soir, de tester mon nouveau joujou. Je ne me souvenais plus du son des disques. Les petits craquements, et puis un je ne sais pas trop quoi, un son plus plein. Les CD, c’est très clairement fatigant, l’aigu grince. Le mp3, je n’en parle même pas, une simple écoute comparative avec un CD, on perd toute l’ampleur du son. La HighRéso, c’est vrai qu’on a tout mais là, c’est ailleurs que ça se situe. C’est une musique invisible, et c’est trop parfait.
    Le disque, lui, a une présence incroyable, il est là, il est tangible et il se fait l’intermédiaire avec l’artiste, il est la preuve que quelqu’un a fait la musique. J’avais oublié cette sensation.

    Et puis aussi on ne m’enlèvera pas de l’esprit qu’il y a beaucoup plus d’informations gravées. Certes, la Haute Résolution est infiniment plus exacte – j’utilise le logiciel Audirvana qui déconnecte tous les filtres de l’ordinateur pour envoyer le signal intact à l’ampli-DAC sans aucune interférence, mais ce n’est pas pareil, le son n’en est pas moins tranché, réduit en des impulsions qui seulement à la fin deviennent des vibrations.
    Le vinyle, c’est du son du début à la fin, et malgré ses imperfections, ce qui est gravé est l’exacte emprunte de ce que l’artiste a fait. Aucun saucissonnage. J’ai lu beaucoup d’articles sur les limites de l’auditions, on parle de Nyquist du nom d’un scientifique qui a mesuré tout ça il y a une centaine d’années, mais je ne suis pas vraiment d’accord. La science ne mesure pas tout.
    Il est admis que l’oreille moyenne ne mesure pas vraiment de différence entre un mp3 à 320 et un CD, et qu’un CD est techniquement équivalent à un disque vinyle voire supérieur. Et pourtant, dès le milieu des années 80, le débat a commencé à monter dans la communauté audiophile, chez ceux qui écoutaient de la musique classique particulièrement, l’idée qu’il y avait une certaine « fatigue » après une heure à écouter un CD.
    On dit beaucoup que ce sont les DJ qui ont sauvé le vinyle, c’est oublier un peu vite les audiophiles qui ont continué d’écouter de la musique sur des platines disques aux formes délirantes pesant plusieurs kilos, isolant le moteur, le disque et le bras. Les audiophiles ont abandonné le CD au milieu des années 90 après en avoir été les supporters 10 ans auparavant.

    Pour ma part, je confirme, l’écoute d’un opéra à un certain volume avec un CD provoque une fatigue, une envie d’écourter l’expérience que je n’ai jamais ressentie avec un disque. Ça crie. Quand à la haute résolution, je ne sais pas si c’est purement psychologique, il y a vraiment toutes les informations, le son est plein, il est ample et pourtant il y a quelque chose de « transparent », et je me demande si finalement on ne préfère pas la façon dont les ingénieurs du son mixaient à l’époque du vinyle, quand ils compressaient les sons du fait de la limitation technique du disque. Les « piano » étaient moins « piano », les « fortissimo » étaient moins « fortissimo » mais quelque part à l’arrivée le son remplissait la salle d’écoute quand les enregistrements modernes, terriblement précis, nous laissent seuls dans notre 15 mètres carrés avec les réverbérations d’une cathédrale du 14e siècle dans laquelle notre expérience auditive se noie. Plusieurs fois ça m’a fait cette impression d’une acoustique qui ne cadre pas avec mon expérience. En « compressant » pour le disque et en évitant les effets de réverbération, les ingénieurs du son rendaient l’expérience plus vivante, plus présente, palpable. Ce chanteur, là-bas, au fond, ben il était là. Désormais, il est bel et bien là mais toute la profondeur qui l’entoure ne colle pas avec l’expérience.

    J’aime bien, quand je me fais un peu geek, ça m’amuse.

    Et puis surtout, c’est un achat de décontraction, un truc qui m’a permis de sortir du stress lié à mon contrat. C’est important, quand on traverse un moment difficile, de s’accorder de la marge si on en a la possibilité. Pour un malade de faire un voyage. Pour un chômeur de s’accorder un truc, un achat pas nécessaire. Pour un étudiant en échec, une semaine sans étudier du tout. Pour un artiste sans travail de s’investir dans un nouveau projet même si à priori ça n’ira nulle part. Pour un obèse malade et luttant pour reprendre le contrôle de son poids, de s’accorder une folie, un truc pas raisonnable. C’est important car c’est une distraction, au vrai sens du terme, et surtout cela permet de fixer une limite entre ce qui est acceptable et ce qui ne le sera pas.
    Je me suis acheté un objet qui n’étais pas nécessaire mais je n’ai pas explosé mon budget, et en ayant recours à l’occasion, je me suis acheté un bel objet, d’une qualité bien supérieure à ce que j’aurais pu m’acheter pour le même prix, un objet que j’ai adopté au premier regard et qui m’a fait plaisir tout de suite même s‘il m’a fallu attendre 8 jours pour le recevoir, me permettant au passage de ne pas céder totalement à l’achat compulsif qui est un achat immédiat.
    Je me suis fait plaisir en achetant quelques albums au hasard mais à l’arrivée, 15 euros pour 5 albums, là non plus je n’ai pas été déraisonnable.
    En fait, il y avait une sorte de limite en moi que je n’ai pas franchie. Je voulais une platine, la musique est pour moi quelque chose d’important, cela faisait longtemps, je suis amené à être chez moi beaucoup plus souvent qu’avant, c’était le moment. Financièrement, ça l’était moins. La limite s’est définie progressivement, quand j’ai commencé à regarder des platines plus chères et « mieux », et que je me disais que « non », je ne pouvais pas, revenant sans cesse à une produit d’exposition un peu abîmé et bradé dans une boutique à Akihabara. Une platine multi-primée ces dernières années. Je suis allé la regarder, il y avait quelque chose de vilain dans son état, mais « je la voulais ». Ça, c’est l’achat compulsif typique. J’ai repensé à mes parents qui, malgré les problèmes d’argent, n’achetaient que des objets soldés ou d’occasion, mais de qualité. Et c’est ainsi que je suis arrivé à ma platine Denon. Elle m’a coûté moins cher que l’autre, elle est dans un très bel état, et elle est d’un tout autre niveau. Et comme je l’ai dit plus haut, si je dois m’en séparer, je n’aurai aucun mal à la revendre au même prix ou même plus cher. D’ailleurs, comme sa grande soeur la dp47f explose les prix, il y a un engouement sur la dp37f qui se développe et les prix ne tarderont certainement pas à monter.

    Alors quoi… Ben je me suis fait plaisir, et c’est quelque chose d’important quand par ailleurs je limite mes dépenses pour m’ajuster à ma nouvelle situation. J’ai fait toute la paperasse nécessaire car il y a des aides ciblées de mon arrondissement et de l’ambassade de France, et je les ai demandées. Je ne sais pas si j’aurai droit à toutes malgré une chute de plus de 1/3 de mes revenus. Ce qui compte est que je les ai demandées. Je me suis fait plaisir pour me sortir la tête du mode panique dans lequel j’ai parfois été en janvier. Pour me prouver peut-être inconsciemment que ça va, et quand on cherche un emploi, quand on cherche à rebondir, c’est certainement le plus important.
    J’aide mon amie Tarika a refaire son site internet, ça m’a demandé un peu de temps, mais son site était une véritable horreur, or elle en a besoin pour trouver du travail: elle est danseuse. Son site est totalement nouveau maintenant, propre, moderne et prêt pour recueillir tout ce dont elle a besoin. Je la coache un peu car pour les artistes, en ce moment, c’est la catastrophe. Disons plutôt que nos conversations la maintiennent dans la focus. Et ce faisant, je m’aide également dans ce qui s’annonce comme ma reconversion. Quelque part, en la coachant, elle me coache indirectement car je focalise sur ce qui est important pour elle, et donc pour moi.

    De la même façon que la flûte baroque que j’ai achetée l’an dernier est l’objet par lequel j’ai dit au revoir à maman tout en renouant le fil avec tout un pan de ma propre histoire, cette platine disque est le symbole du chemin dans lequel je m’engage et me désembue l’esprit. C’est fini, la bagarre…

    Je me suis replongé dans un grand chantier laissé en plan il y a des années, un truc alors trop ambitieux pour moi. Cet énorme chantier sous les yeux, je me suis senti bête, j’avais un bijou magnifique et je l’ai laissé en plan, sans aucune attention, en train de prendre la poussière. Et quand je dis un bijou, c’est vraiment ce que j’ai compris.

    Faites-vous plaisir, même si c’est à la limite du raisonnable. Faites-vous vraiment plaisir, c’est à dire explorez toutes les possibilités de ce qui vous plairait vraiment. Si c’est un voyage, ne soyez pas radins, si pour un peu plus vous avez le voyage de votre vie, choisissez celui-là. Si c’est un gros gâteau, n’allez pas au Carrefour, choisissez le meilleur pâtissier que vous connaissiez. C’est pas une question de marque, ce n’est pas une question de prix, c’est avant tout la valeur que vous donnerez à ce qui est déraisonnable, pour n’avoir aucun regret, pour être pleinement satisfait, rassasié et le coeur rempli de tout ce que vous en attendiez pour faire par ailleurs les sacrifices que vous êtes condamnés de faire. Pour moi, c’est un énorme ajustement financier, heureusement en partie accompli depuis l’an dernier: quand la crise de la Covid a commencé, j’ai immédiatement freiné dans tous les sens et je suis parvenu à épargner un peu.
    Je ne culpabilise absolument pas sur mon achat, je vous en parle au contraire parce que j’en suis très content, et qu’il est une promesse que je me fais à moi-même, celle d’utiliser la situation comme une opportunité. Cet achat définit en quelque sorte une limite à tous les niveau, il m’émancipe.
    C’est lui qui m’a conduit à oser regarder cet immense chantier laissé en plan, avec dans le coeur le sentiment d’un immense gâchis, d’être bête. Et avec une certaine impatience aussi d’avoir à retrousser les manches et m’y mettre.
    C’est lui enfin qui me fournit l’occasion, aujourd’hui, de revenir sur mon blog après avoir passé le mois de février à l’optimiser, à payer une année de serveur en avance, sans y écrire.
    Alors faites-vous plaisir, mais faites de ce plaisir un totem, un moment important chargé de sens et sur lequel vous pourrez vous appuyer pour accomplir les efforts que vous avez à accomplir.

    Sur ce…

  • Jeudi gris

    Jeudi gris

    Un matin, ciel gris sur Tôkyô, un fond sonore – chose rare -, Astor Piazzola. Je ne suis pas habitué à écrire avec de la musique, mais là, c’est juste parfait, le tango diffuse une humeur parfaite, mi-triste mi lumineuse par moment, même si cela reste quand même très mélancolique. Je vais peut-être couper la musique quand même. Voilà, c’est fait, j’ai attendu la fin du morceau, Adios Nonino, et puis me revoilà dans le quasi-silence de cette fin de matinée, dans la rue la voix de deux femmes qui se saluent, le souffle de mon climatiseur et le glouglou du diffuseur de parfum.
    Je dors incroyablement bien, en ce moment, je veux dire vraiment très bien, un sommeil profond, véritablement réparateur. Mes rêves laissent une certaine emprunte, comme celui de la nuit dernière, je vivais dans une maison toute flasque sensible aux moindres secousses, aux moindres mouvements, presque flottante. Au réveil, j’ai pensé à mon nouveau contrat, très précaire, et j’ai pensé « ça ira », parce que finalement, dans cette maison, rien de mal n’arrivait, il y a juste qu’elle était très flasque.
    Visiblement, ses fondations étaient très solides.
    Mardi, dans ma leçon de groupe dans une maison de quartier, il y avait une « visiteuse », une potentielle nouvelle étudiante. Elle n’est restée qu’une heure. Je n’ai rien fait de spécial pour lui plaire, j’étais juste très content que quelqu’un se joigne au groupe, c’est un peu la condition pour que ce type de leçon puisse continuer. Elle nous a dit qu’elle suivait les leçons d’un autre groupe d’anglais mais que le professeur était parti, et qu’ils en cherchaient un autre. En attendant, peut-être allait-elle se joindre au nôtre.
    Dans le métro, j’ai pensé que peut-être en réalité elle était venue pour voir comment j’étais. Trouver un enseignant, pour ce type de maison de quartier, c’est assez difficile, les professeurs très souvent viennent deux ou trois mois et ils arrêtent. Ça n’a pas manqué, j’ai reçu un email hier me demandant si j’étais disponible. Je vais répondre tout à l’heure.
    Les fondations sont solides, je vous dis. Je n’ai aucune inquiétude et pour tout dire, le contrat que mon directeur a imposé, et que j’ai accepté après lui avoir fait changer beaucoup de termes, au passage pour l’ensemble des autres enseignants, eh bien il signe la fin d’une longue période qui m’a familiarisé avec une certaine confiance en moi. Je suis libéré de la hantise de la pauvreté, de la marginalité, c’est finalement un peu comme si un cycle, commencé avec le décès de maman, touchait à sa fin, et avec lui la longue période démarrée en 2009 quand j’ai commencé à travailler pour cette école. Le décès de maman a été quelque chose de très important, dans mon existence, on ne se remet pas facilement de ce type de disparition, et je crois que ce long deuil touche à sa fin. Et au même moment où je sens que ce deuil touche à sa fin, j’ai le contrat de travail le plus pourri de toute mon existence.
    J’aurais pu « résister », « refuser », être un héros mais c’eut été un véritable suicide. Je suis seul ici, je n’ai pas spécialement d’argent, en tout cas pas suffisamment pour tenir le temps de ce type de guerre. Et j’ai d’autres aspirations, d’autres ambitions que cet enfermement dans l’enseignement, un domaine qui ne reste finalement que mon gagne-pain. Quelque chose que j’avais trop eu tendance à oublier ces dix dernières années.
    Rie, la secrétaire de l’école, après que je lui eu fait part de mes critiques vis-à-vis de ce contrat, m’an envoyé un mail me disant que peut-être c’était l’occasion de bouger, de créer mon école près de l’école où je travaille en ce moment, en louant un espace « pas cher ». Ma première réaction a été de penser, « de quoi tu te mêles », et puis ensuite, « ma propre école? », sur la ligne DenEnToshi, dans cette banlieue? J’ai eu des envies de réponses incendiaires avec beaucoup de « moi je », et puis soudain j’ai réalisé qu’en réalité je n’avais aucune réponse à lui donner car en réalité j’avais déjà « bougé », il y a deux ans, sous ce magnifique ciel étoilé de la Sarthe, j’avais « bougé » dans les rues de La Ferté-Bernard sous le soleil magnifique de mars, quand maman est partie, et quand la conclusion avait été qu’il était temps de penser à rentrer. Qu’irais-je faire dans une sorte de « local pas cher » au milieu d’une banlieue moche, à donner des cours de français pour un salaire de misère?
    Je suis une tête de bois, je refuse qu’on me dise quoi faire, surtout pour me donner des conseils aussi nuls que ça, franchement. Il m’est déjà arrivé d’y penser, en effet, mais immédiatement j’ai pensé que non, come on…
    Je suis une tête de bois mais je sais écouter, aussi. Il y a peu de gens que j’écoute, il faut d’abord que j’ai pour eux un respect très fort, un truc qui dépasse l’amitié, et qui n’a rien à voir avec l’admiration.
    J’ai repensé à un conseil que Didier Lestrade m’avait donné il y a 8 ans, en lisant le mail de la secrétaire. Publie! Et j’ai eu honte de me retrouver à lire le conseil débile de la secrétaire de l’école, et j’écris cela sans avoir aucune animosité envers elle. Je l’aime bien, elle est sympa, mais que sait-elle de moi? Tiens, d’ailleurs, Stéphane m’a demandé quand je publiais, il n’y a pas longtemps, alors que je me moquais des « livres » de Chiappa.
    Je donne mon respect au compte goutte, je suis égoïste et buté, pas du tout imbu de moi-même mais plutôt assez lucide sur les conseils que les gens procurent. La secrétaire, c’est une survivante qui s’accroche à son boulot de merde payé des clopinettes. Elle est super mal payée et depuis quelques temps, elle s’est mise à enseigner. Quand elle enseigne, elle n’est pas payée plus. Une survivante qui fait tout pour pas se retrouver, elle aussi, dans la quarantaine, avec un contrat pourri. Alors que j’ai arrêté de me dire que je devais lui répondre, j’ai pensé que c’était plutôt elle, qui devait passer à autre chose et bouger.
    Moi, j’ai ce putain de covid qui me tombe dessus. Rentrer en France, ce n’est plus à l’ordre du jour, ça va être beaucoup plus compliqué. Et si je rajoute ce climat politique vicié, non, autant rester ici pour le moment, reculer le moment du départ et créer mes propres opportunités.
    Ce conseil de Didier, cette petite pique de Stéphane, elles sont depuis quelques jours des aiguillons qui donnent du sens à ma situation. Stéphane, je ne sais pas pourquoi, ce doit être son caractère très direct, je l’ai toujours incroyablement respecté. Je veux dire, en plus de le considérer comme un ami. Il a cette façon de dire le truc franco. Des fois, ça tombe à côté, mais ce n’est pas grave. Il est incroyablement honnête. Didier, c’est autre chose, un conseil de Didier Lestrade, ce n’est pas un conseil. C’est un ordre, parce que c’est pensé, intelligent. C’est un grand frère, notre grand frère à nous tous.
    Là, c’est le soir, j’avais arrêté l’écriture de ce billet vers 11 heures et demi, je voulais la poursuivre dans le métro, et puis j’ai enregistré sur mon bureau et non dans le cloud, je n’ai pas pu continuer sur mon iPad dans le métro. On est donc le soir, je suis dans mon lit et j’écris sur mon vieux MacBook. Presque neuf ans, le vieux gaillard… C’est le soir, il a neigé cet après=midi…
    Je vais me retrouvé appauvri, et paf, tuile, mon ampli acheté il y a huit an a décidé de mourir. Il faisait des tac tac tac. Il y a donc une diode ou un transistor ou un machin comme ça qui est mort. Je vais le jeter, c’est à dire que je vais le mettre quelque part avec un papier qui dira qu’il est réparable. J’aurais pu le faire réparer, c’est à dire ne pas avoir d’ampli pendant trois semaines, payer plus de 100 euros…
    Je n’aimais pas son son. C’était un Sony, donc c’est assez normal qu’il rende l’âme après huit ans. Non, il avait un son sans aucune personnalité. Je ne sais pas comment dire, il n’attrapait pas les textures des instruments, sa dynamique était fade. Il n’était pas neutre, il n’avait aucune saveur. Je ne crois plus à la haute fidélité « neutre ». Pour la simple et bonne raison que l’acoustique même d’une salle va colorer la musique.
    J’ai cherché sur le net et je suis vite tombé sur un petit bout de choux de chez Teac. Je l’ai acheté, il est vraiment tout petit. C’est un classe D, donc un ampli « bon marché ». Je parle d’un point de vue technique bien sûr. Le méga truc, c’est le classe A. Coûteux, qui bouffe énormément de courant mais restitue le son à la perfection, parait-il… Je vis dans 30 mètres carrés, un classe D est donc très très amplement suffisant! Mon compte en banque est, de toute façon, totalement de cet avis. La presse disait du bien du petit Teac. Emballé, c’est pesé.
    La première écoute m’a un peu désarçonné. Il est, comment dire, fruité. Son son va plutôt du coté du haut-médium, pas beaucoup mais juste ce qu’il faut pour que ça se remarque. Sur le moment, sentiment de manquer de basse. Sentiment renforcé par mes enceintes, des enceintes d’étagères Dali.
    En même temps, j’ai tout de suite noté la texture, l’ampli saisi les sons, il y a quelque chose de nerveux, de ciselé, et puis un sentiment d’ampleur. Jamais le Sony n’avait rendu de volume, un relief au delà de la stéréo, jamais je n’avais eu l’impression d’éloignement du soliste, ou l’illusion qu’un instrument jouait au delà de l’enceinte, et là, oui. C’est nerveux et précis, avec ce petit côté fruité sans jamais crier. Il chante. Si, si… Et maintenant je les entends, ces basses, légèrement moins présentes qu’avec le Sony, mais précises et « tenues », je ne sais pas comment expliquer cela. Disons que ce n’est plus seulement un son, c’est un instrument qui produit ce son, et il y a donc quelque chose de plus complexe.
    Un réel plaisir. Avec ce nouvel ampli et le départ de l’autre, c’est une trace de Nori, vous vous souvenez, qui s’éloigne.
    Et moi, je suis ravi. C’est un pschitt, certes, mais je ne peux pas vivre sans musique.
    Sinon, j’ai repris mes rangements. J’ai mis de l’ordre dans un petit meuble à côté de mon bureau. Et finalement, plus encore qu’en décembre j’ai le sentiment d m’installer. C’est important de s’installer, quand on veut travailler. Enfin, je parle pour moi.
    Bon, je vais me coucher. J’ai une vague idée de récit, je devrais m’y mettre. Et puis une idée de chroniques. C’est bien plus important que faire la guerre pour un boulot de merde.

  • Avec retard…

    Avec retard…

    Samedi 23 janvier 2021. Quel retard, mais bon, il faut bien commencer. Alors, d’abord et avant tout, bonne année, comme on dit.

    Dehors il pleut et le weekend s’annonce très froid avec un peu de neige dans la matinée de dimanche. Un temps parfait pour écrire, pour lire et pour mettre de l’ordre dans mes tiroirs. Je vous l’avais dit, décembre a été un mois de rangement, désormais, je dois m’attaquer à deux tiroirs envahis de trucs en vracs. Et puis oui, je dois me mettre devant mon ordinateur et écrire.

    Ça ne se voit pas, mais j’ai passé deux semaines à « optimiser » ce site, qui est non seulement devenu plus sûr mais qui est maintenant devenu aussi bien plus rapide.

    C’est un truc que je tiens de ma mère, quand ça ne va pas trop, je déplace des trucs, mais avec les années j’ai appris à utiliser cette façon de distraction. Ce sont devenus des moments d’apprentissage, de rationalisation et, concernant ce site, je suis très heureux du résultat. Que l’envie me vienne d’écrire tous les jours et je n’aurai pas trop de difficulté pour améliorer mon référencement sur internet.

    Je vais donc mettre sur ce billet les quelques lignes écrites la semaine dernière et que finalement je n’ai pas postées.

    Écrit, donc, le 16 janvier,

    « Un jour banal de janvier. Ciel bleu et températures incroyablement douces. Seuls les arbres décharnés pour rappeler que ce n’est pas bientôt le printemps.

    Je suis au travail, entre deux leçons. J’ai du mal à me concentrer sur ce billet, autours de moi les voix des autres professeurs qui travaillent, les samedis sont toujours très occupés, bruyants.

    Hier, j’ai retiré le sapin que j’avais fait avant Noël, j’ai fait le ménage et j’ai lavé plein de linge. J’ai repositionné le tapis que j’avais déplacé et j’ai longuement passé l’aspirateur. Ensuite, je me suis occupé de ma moustache, je me suis coupé les cheveux et rapidement il a été temps d’aller à l’école. J’ai également écrit un long message à mes collègues sur le groupe de conversation que j’ai créé sur Line pour pouvoir échanger au sujet de la situation de l’école. J’y reviendrai.

    A l’école j’avais deux leçons seulement, ça a été rapide même si la première étudiante est un calvaire indescriptible, j’ai l’impression d’être puni. Je suis rentré assez tôt, donc, et j’ai fait quelques courses. Le soir, j’ai regardé deux épisodes de The assassination of Gianni Versace. Et puis je suis allé me coucher. Ce matin, je commençais tôt.

    Tout au long de cette soirée, j’ai pensé qu’il était temps de revenir à l’écriture, d’écrire mon premier billet de l’année, de dire,

    Bonne année

    J’ai préparé 2021 tout au long du mois de décembre, sachant très bien que ce serait une année déterminante, et puis mon f…..g patron m’a annoncé une semaine avant les vacances qu’il entendait changer les contrats de tous les professeurs. Pour la première fois de ma vie, je crois, je n’ai pas entendu ce genre d’annonce avec crainte, avec panique. Avec appréhension, oui, bien sûr, car ce n’est pas du tout ce qu’on souhaite entendre, mais j’ai presque ressenti une libération.

    Je vais perdre beaucoup d’argent, que j’accepte ce contrat ou que je ne l’accepte pas.

    Il veux désormais nous payer à l’heure enseignée, et avec la baisse d’activité, ça va être une perte d’un tiers de mon salaire. Je n’ai pas un gros salaire, c’est une vrai catastrophe, mais j’ai accueilli cela avec un certain calme.

    Durant mon séjour à Kyoto, j’ai mis tout cela derrière moi, je n’y ai pas trop pensé, et j’ai pu penser à ce séjour sans me dire, comme je l’avais fait l’été dernier, que c’était mon dernier séjour à Kyoto. J’ai très bien profité de ce break. Avec le nouveau contrat, la fermeture de l’école durant les vacances ne sont plus payées. Je vous dis, un salopard. Je pourrais faire la guerre, refuser de signer, réclamer mes congés payés, et j’obtiendrais quoi? Beaucoup de stress, ne penser qu’à ça, y mettre beaucoup d’énergie, et tout ça pour gagner quoi? De l’argent? Dans un an? Deux ans? Et perdre mon travail entre temps? Bref, ce serait lui le gagnant. Et je peux vous assurer, ce mec est un nul.

    Non. Il est pris à la gorge, il veut vraiment qu’on accepte tous ce contrat, surtout moi, alors j’ai opté pour obtenir des modifications des clauses du contrat tout en y laissant les trucs illégaux pour plus tard. Des trucs qui peuvent s’apparenter à du harassement. Pour plus tard. J’ai obtenu des améliorations substantielles. La plupart de mes collègues ne sont guère diserts, c’est chacun pour sa gueule. J’ai pourtant essayé de créer un groupe, mais bon…

    Tenir. Et travailler. Croire en moi et faire ce que j’ai à faire. L’an dernier, mon motto était cette idée tirée du Chêne et le roseau.

    Je plie, et ne rompt pas.

    Laisser aller. J’ai finalement terminé 2020 bien mieux que je ne l’avais commencé, même financièrement, et cela malgré une perte de revenus.

    Cette année, c’est cette morale du Lion et le rat,

    Patience et longueur de temps
    Font plus que force ni que rage

    Elle m’est venue comme ça, sur mon vélo, à Kyoto. Et je trouve qu’elle correspond bien à ma situation. Travailler, ne pas me laisser perturber, et avec finalement cette conclusion résignée, accepter le contrat de travail de mon enflure de patron. J’ai un peu d’argent d’avance, et en plus j’ai obtenu quelques trucs par écrit dans le nouveau contrat deux améliorations importantes. Je vais donc avoir un peu plus de temps, en tout cas jusqu’à ce que l’épidémie se calme.

    Alors, j’aurai plus de cours, plus d’argent et surtout plus d’opportunités de quitter cette taule. J’ai aimé cette école durant des années, avec des hauts et des bas, mais désormais, avec ce contrat que je ressens comme une insulte qui n’a d’égale que la pleine conscience de sa totale illégalité puisque je suis un employé permanent, je ne vois plus de différence avec un McDonald. Aucune.

    Ce qui m’incline à accepter, en plus d’une certaine tranquillité, de ne pas avoir à me bagarrer, c’est le fait de garder, sur mon CV, l’ancienneté de mon travail dans la même école, et le fait de ne pas être demandeur d’emploi, la pire situation quand on cherche du travail.

    En revanche, je ne me sens plus aucune obligation morale d’aucune sorte avec cette école. Aucune, d’aucune sorte. Et je suis très conscient que nous allons perdre un ou deux professeurs. L’enflure doit en être parfaitement conscient, il alourdira l’emploi du temps des professeurs restants et en cherchera des nouveaux. On n’est que de la chaire à gagner de l’argent.

    L’esprit libéré de l’urgence, je vais pouvoir continuer mon chemin et sortir de cette distraction qu’a été 2020. »

    Voilà, vous savez tout. J’ai plusieurs sujets de billets, je dois maintenant les écrire, l’esprit libéré de cette mise au point sur moi-même après un très long silence.

    Je vaux mille fois mieux que la situation dans laquelle je suis. Je vais me/vous en donner la preuve cette année.

  • Merci, Anne Sylvestre

    Merci, Anne Sylvestre

    Salut très cher,
    J’ai la douleur de t’annoncer le décès d’Anne Sylvestre
    Je pense à toi
    Bises
    Alain

    C’est Alain qui m’a envoyé un court message, juste quelques mots. Ben oui, moi, le décès d’Anne Sylvestre, ça me touche, il le sait bien, Alain.
    C’est rare quand le décès d’un artiste me touche, très rare. Bien sûr, quand c’est un artiste que j’ai apprécié, ça me fait un truc, mais c’est très rare quand la disparition me touche personnellement.
    Je me revois il y a environ 25 ans sous le ciel gris d’un petit cimetière, on n’est pas nombreux mais nous sommes venus parce que c’était important, et en tout cas ça l’était pour moi. On n’était pas nombreux à l’enterrement de La Dame en noir dans ce petit cimetière sous un ciel gris de novembre. Barbara était partie, et nous étions orphelins de sa voix, de sa présence et de ses mots qu’elle assemblait pour nous remuer en dedans comme on racle la vase et faire éclore les nénuphars multicolores. Elle était à peine partie qu’elle nous manquait déjà et nous ne savions plus trop quoi faire de ses mots trop forts, trop lourds pour la petite foule d’amoureux orphelins et veufs à la fois. Nous savions que c’était cuit, qu’elle ne reviendrait plus et qu’elle n’était pas partie cueillir les première fraises des bois, c’était novembre et ce n’était pas une chanson pour une absente, nous étions venus au rendez-vous, et puis voilà, hop la…

    Anne Sylvestre m’a suivi depuis l’enfance. Nous habitions dans le sombre et minuscule appartement derrière l’épicerie sombre que papa avait prise et où maman déprimait en entassant les factures et les dettes de ce commerce qui très rapidement avait du affronter la concurrence des Carrefours et autres Franprix. L’appartement était en dessous du niveau de la cour et jamais la lumière n’y entrait, privilège accordé à l’humidité qui, elle, ne se gênait pas. Deux pièces, une cuisine. Ni WC ni salle-de-bains, une épicerie à l’ancienne barrée d’un grand comptoir en bois avec la balance, le tranchoir et la caisse, pas de libre-service, le client devait demander ce qu’il voulait, de longues étagères avec plein de conserves et au bout, une trappe avec une cave où étaient stockées d’autres conserves et les bouteilles de vin. Une épicerie à l’ancienne, quoi, où pendant cinq ans mes parents s’étaient amusés à perdre de l’argent…
    J’ai mis des années en psychothérapie à m’extirper de cette grisaille inscrite au fond de moi. L’appartement était gris, sombre, triste, et la situation de mes parents ne valait pas mieux. Papa avait repris un travail destiné à éponger les dettes pendant que maman s’occupait seul du commerce transformé en blanchisserie, et pendant ses vacances d’été, il faisait de l’intérim pour éponger les dettes. Quand je vous dit que c’était triste. Je me permets une pensée pour les petits commerçants, artisans qui se retrouvent dans la même situation, avec des dettes à éponger quand la covide sera passée.
    On a déménagé à Bondy, mais la grisaille était bien incrustée en moi. Il y avait la télévision, et sur la première chaine, il y avait la très jeune Dorothée, peut-être seize ans à l’époque, avec une marionnette en smoking noir et chapeau haut-de-forme, Blablatus, une sorte de type qui savait beaucoup de choses et bavardait avec Dorothée. Et puis de temps en temps, il y avait cette chanteuse aux longs cheveux bruns accompagnée d’une guitare.
    Anne Sylvestre.
    Je ne sais pas pourquoi mais sa présence m’électrisait et je reprenait ses chansons. J’adorais sa voix, je crois même que j’avais envoyé un dessin de la maison pleine de fenêtres.
    Anne Sylvestre avait un côté grande soeur, un côté copine, un côté maitresse d’école, un peu tout ça à la fois, et ses chansons avaient quelque chose de gentil qui m’attrapait littéralement. Quand elle n’était pas là, ce n’était pas pareil, elle manquait. Et souvent elle manquait…
    À la maison, on n’écoutait pas RTL ou Europe 1. Maman n’aimait pas les publicités, le football et les bavardages permanents. On écoutait France-Inter le midi, le Jeu des Mille francs, le feuilleton et le journal à 13:00. Et FIP en mâtinée ou l’après-midi. Anne Sylvestre se mariait bien avec la tonalité musicale de ces radios.
    Elle était finalement un de ces petits rayons de soleil dans l’enfance, dans une enfance grise et pas très heureuse souvent.
    En grandissant, j’ai continué à aimer ses chansons, j’ai découvert ses chansons pour adultes, amusantes, parodiques ou tendres.
    Quand je me suis installé au Japon, j’ai passé plus de 6 mois à écouter certaines de ses chansons, je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être cette intimité derrière la moquerie de façade, une certaine retenue dans les sentiments.
    On dit maintenant que « la chanteuse féministe est morte ». Quelle vulgarité ont ces hommages rendus aux artistes, à l’artiste ignorée des chaînes de télévision qui aujourd’hui l’encensent. Encore un effort, ils en feront une icône de « la république contre le séparatisme islamogauchiste », vous verrez…
    Mais la dame n’est pas récupérable, toujours il y aura ses mots acérés contre les hypocrites en tout genre, les bien-pensants, les bigots, et Anne Sylvestre, qui s’y frotte s’y pique. Non, comme le Roi Léo, ils ne la canoniseront pas. Anne Sylvestre n’était pas une chanteuse engagée, elle était une artiste profondément humaine et elle faisait de cette humanité une cause.

    Pour lui dire au revoir, je choisirai une chanson très simple, de ces chansons que presque tous les artistes de cette génération ont chanté, leur bohème, du temps de cette jeunesse faite de pas d’argent, de petites chambres sans confort où obstinément ils poursuivaient leur rêve de devenir des chanteurs et des chanteuses. Des vies qui sont de véritables modèles pour les plus jeunes, aux antipodes de cette culture du succès foudroyant en quelques clics suivi du vide béant de l’absence de tout talent, de tout effort.
    On n’est pas artiste pour être célèbre, on est artiste parce qu’on a la rage de dire et la rage de le hurler de toutes les façons possibles, et cette rage est celle qui donne la force de tenir encore et toujours, malgré la dèche, malgré la covide, malgré tout et encore plus…
    Je lui dirai donc au revoir dans ce blog avec cette chanson qui me raconte un peu, comme toutes les chansons sur Paris, sur la Seine et sur la nostalgie de la jeunesse, parce qu’elle me rappelle quand je me suis installé à Tôkyô, parce qu’elle me rappelle ces quais qui m’ont accueilli tant et tant d’années, souvenirs de drague, de baises fugitives, de discussions, de ballades, de contemplation aussi devant cette ville si belle. Paris est une ville magnifique même quand on n’a pas trop de sous, si, si et en tout cas bien plus belle qu’une ville avec vue sur échangeur routier. Elle est un privilège pour toutes celles et tous ceux qui savent s’en contenter. Je le sais, je l’ai vécu…
    Et c’est peut-être cette petite porte sur la poésie qu’Anne Sylvestre avait entr’ouverte quand j’étais enfant qui a glissé en moi ce petit quelque chose qui en grandissant m’a fait tel que je suis. Elle ne m’a pas fait, elle a juste mis cette petite épice de poésie à la vie, à ma vie, ce petit rayon de soleil dans mon ciel gris qui m’a appris à attendre les ciels bleus et les regarder quand ils étaient devant moi, magnifiques.

    Au revoir, Madame, et mes amitiés à Barbara quand vous la rencontrerez.