En juin…

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Je ne peux pas imaginer les japonais dans un état où il faudrait se rationner en eau. L’hygiène est incroyablement importante, bien plus qu’en France, pour tout dire, et on passe son temps à tout laver.

Il fait beau, l’été maintenant arrive à grand pas, ce qui veut dire qu’il ne devrait plus tarder à pleuvoir. C’est très agréable, cette chaleur, d’autant que ce n’est pas très habituel, début juin. Normalement, nous devrions étouffer, pris en étau entre la chaleur, le ciel voilé que traversent les rayons brulants du soleil, et l’humidité de la saison des pluies, le tout entrecoupé d’averses ou de crachin. Juin, c’est l’étuve. Mais non, cette année, c’est chaud, très chaud même, sans que pour autant l’humidité ne vienne nous assommer, en tout cas pas encore.

Je suis négatif quand je parle d’humidité, mais j’avoue, en même temps, je redoute comme de plus en plus de japonais, que le dérèglement climatique ne vienne perturber le très fragile écosystème japonais. Toute vie au Japon dépend de l’abondance des pluies en été, c’est elles qui font pousser le riz, qui permettent les récoltes des fruits en automne et surtout cet approvisionnement de cette eau que nous utilisons en abondance. Je ne peux pas imaginer les japonais dans un état où il faudrait se rationner en eau. L’hygiène est incroyablement importante, bien plus qu’en France, pour tout dire, et on passe son temps à tout laver.

C’est amusant, le spectacle de ces petites vieilles qui lavent devant chez elles, arrosent les plantes, bavardent avec la voisine, surveillent le voisinage en permanence pour s’assurer du bon dépôt des ordures, et se relayant après le passage de l’éboueur pour laver. Il y a quelque chose de très rural, de très “provincial”, de très paysan, à Tôkyô, et cela dans le bon sens du terme.
Lors de mes derniers passages à Paris, c’est la saleté qui m’a le plus sauté aux yeux. Je peux parfaitement comprendre que la mairie de Paris veuille transformer la capitale. J’ai de très sérieux doutes sur le type de transformation, mais c’est encore un autre sujet. Ce qui me stupéfait, c’est qu’on opère cette transformation en méprisant à ce point le quotidien des habitants. Refaire une chaussée, un trottoir, ne dispense pas de mettre en place des barrières, des plots et autres séparations qui soient propres et démontrent même que l’opération en cours est en elle même le début d’une amélioration. Là, ces espèces de trucs en tôle ondulée jetés un peu au hasard avec vue sur une chaussée béante, avec de la terre un peu partout, c’est simplement dégoutant visuellement, et cela concourt à ce laisser-aller général qui caractérise la capitale.
J’ai lu que la mairie va désormais investir dans un police municipale qui verbalisera les incivilités, c’est à dire les hommes qui urinent, par exemple, mais je doute que ces agents ne verbalisent les chantiers dégoutants, ces espèces de blocs de bétons horribles plantés au milieu de la rue qui agressent le regard et qu’aussi bien Londres ou Tôkyô ignorent mais que la mairie de Paris imposent au regard quotidien des habitants.
Ici, même les chantiers sont beaux à voir, si si. Ils sont délimités par des barricades en tôle ondulée certes, mais joliment posés, et celles-ci sont encadrées de barrières qui délimitent l’espaces, puis d’un second jeu de barrière: ce sera ce chemin qu’emprunteront les piétons, en marchant sur un tapis posé au sol.
Ça a l’air “typiquement japonais”, mais je me souviens qu’avant, en France, c’était comme ça, aussi. Les chantiers ne donnaient pas l’impression d’être une dégradation nécessaire et obligatoire du quotidien qu’ils sont devenus à Paris.
Et puis, si les chaussées sont sales, c’est peut-être pour la même raison, finalement. Car les chantiers économisent de la même façon que les copropriétés ont économisé sur les concierges, ces dames qui chaque jour lavaient le trottoir devant l’immeuble exactement comme les petites vieilles lavent devant chez elles à Tôkyô…

C’est cela qui m’a le plus frappé, lors de mon dernier passage en France. Je me suis rendu à La Ferté-Bernard, et en me promenant, c’est la très grande propreté qui m’a frappé. Et comme à Tôkyô, j’ai vu les gens passer le balais ici, laver par là.
Le capitalisme, ça commence comme ça, quand on confie à quelqu’un d’autre quelque chose que l’on peut faire soi-même, et il y aura forcément une dégradation de la qualité, puisqu’on finira toujours à un moment par vouloir payer moins cher. Les concierges ont été remplacées par des sociétés de nettoyage pour faire le travail de la conciereg, et comme ces sociétés ne s’occupent pas de voir qui entre et sort, on a fini par prendre une société de surveillance, et on a pris une autre société de nettoyage pour payer un peu moins cher, celle-là ne sortant que les poubelles et ne faisant le ménage qu’une fois par semaine. Et voilà comment les trottoirs parisiens sont devenus sales, avec des détritus parfois entassés plusieurs jours quand une concierge en aurait arrangé l’enlèvement immédiat, voir réprimandé l’auteur pour avoir sorti des encombrants sans prévenir le ramassage.
La plupart des concierges quand j’étais enfant étaient portugaises ou espagnoles, des femmes solides et très fières de leur statut, il ne valait pas mieux leur désobéir. C’est peut-être ça aussi, qui a encouragé les habitants à les remplacer par les intérimaires sans statut des sociétés de nettoyage. Vous pouvez laisser Médor chier devant l’entrée, l’intérimaire devra nettoyer quand la concierge, elle, aurait immédiatement contacté la copropriété, mis une affiche sur la loge voire fait grève si cela s’était reproduit. De sacrées bonnes femmes…
Ben ici, ce sont nos vieilles, et elles espionnent le voisinage pour être sûres que personne ne transgresse les règles de dépôt des ordures, ou que chacun veille à ramasser les feuilles en automne.

J’aime bien ce côté-là, ici, c’est un côté village qui rend la vie assez facile, finalement car jamais vous ne rentrerez chez vous avec le haut le coeur de trouver des monticules d’ordures devant chez vous. Une spécialité parisienne.
On parle beaucoup d’incivilités, en France, mais entre une mairie de Paris qui brutalise les yeux avec ses chantiers permanents qui ne tiennent pas compte de comment les habitants peuvent les vivre, avec leurs lots de saleté et de bennes, et une police ou des contrôleurs qui tutoient les gens en leur parlant à l’impératif comme s’ils étaient des êtres supérieurs alors qu’ils ne sont que des agents au service de ceux à qui ils parlent si mal, c’est un peu logique qu’à l’arrivée les habitants se débarrassent de leurs ordures n’importe comment et n’importe où, et que les jeunes parlent si mal.
C’est Montesquieu qui écrivait qu’un peuple se gouverne par l’exemple, et qu’un souverain corrompu engendre la corruption de son peuple.
Bon, pour le pipi dans la rue, je ne m’attarderai pas. C’est une véritable tradition parisienne dont on retrouve la trace sur des gravures et dans de nombreux écrits…

Ça va être l’heure de sortir. Il fait très beau, très chaud, la dame qui fait le ménage de l’immeuble en face doit certainement avoir fini d’arroser les plantes, ma voisine doit avoir étendu son futon sur ses vélos, mes géraniums n’en finissent pas de fleurir. Ainsi va mon quotidien ici, dans le grand calme de Tôkyô, loin de ce spectacle affligeant qui me parvient jusqu’ici…

Amusé par ce billet, le premier depuis longtemps.

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