Étiquette : coronavirus

  • Après le désespoir: 1er avril 2020

    J’ai traversé un désespoir sombre le weekend dernier. C’était le contre-coup de l’orgie des cerisiers la semaine avant. J’ai haï ce premier sinistre, ce gros connard de Abe et toute sa clique de vieillards affairistes mafieux.

    J’ai retrouvé Jun, la seule personne qui compte vraiment dans ce pays, pour moi, et je lui ai flingué sa soirée en le déprimant, en lui faisant du “tu veux pas piger”, etc Quand on s’est séparés, plus tard, il m’a donné une pochette de masques. C’était sa façon de me dire qu’il avait très bien pigé sans rien dire. Il y a deux semaines, je lui ai dit que j’étais inquiet pour lui, que je ne voulais pas qu’il tombe malade. Il m’a dit qu’il était inquiet pour moi parce que lui, il allait au travail en voiture et qu’il bossait quasiment tout seul alors que moi je devais prendre le train tous les jours et rencontrer des étudiants en permanence.

    Dimanche et lundi, je ne suis pas sorti, je me suis calmé. J’ai décidé de débrancher. J’ai appelé mes amis, j’ai commencé à me focaliser sur l’économie, la finance, à imaginer le monde d’après et à couper mes derniers liens avec ce monde qui agonise sous nos pieds et qui peut-être m’emportera avec lui.

    J’ai décidé de ne plus partager de nouvelles affolantes, sombres. De me détacher de l’immédiat, de retrouver le temps long. Qu’importe l’immédiat, il nous emporte dans son abime. L’historien en moi a triomphé, je regarde le temps présent faire l’histoire et soudain j’entrevois le futur. Il est ce que nous ferons, ce que nous en ferons, j’espère juste que nous y aurons été suffisamment préparés pour ne pas en être dépossédés comme nous le sommes actuellement.

    Je ne sais pas comment éveiller les japonais. Quand je leur parle, ils ne m’écoutent pas, ils entendent un étranger. Mais Jun m’écoute et si je parviens à l’aider à traverser cette tempête comme nous avons traversé le séisme, ce sera déjà ça. J’essaie d’informer mes étudiants. Mais j’ai passé le stade de tout désespoir.

    Il y aura un après, et je veux en être ou en tout cas y avoir contribué. Je laisse à la tristesse qui m’assaille le soin de me laisser exprimer mon amour des autres.

    Amitiés. Prenez soin de vous.

  • Sortir du contingent: 29 mars 2020

    2314. Bon, j’ai assez parlé du bilan. L’incompétence du gouvernement, ses mensonges, ses dissimulation, le manque de tout, la répression, le discours raciste en temps de confinement, les hôpitaux livrés à eux-mêmes sans médicaments avec un personnel épuisé et contaminé, non testé et devant choisir qui pourra vivre ou pas, les aides massives aux banques et le detricotage encore plus poussé, hypocrite, en urgence, du droit du travail. Il y aura beaucoup de morts et de souffrance, et ce gouvernement en sera tenu responsable pour avoir menti, préfère l’argent à la vie, Mme Buzin sa carrière etc etc Il y a une crise économique qui vient et qui sera terrible avec la Grèce pour modèle et des lois déjà votées, des drones et des policiers suréquipés pour réprimer. Il y aura ces banques, asphyxiées et sauvées avec notre argent aujourd’hui, qui exigeront des coupes budgétaires, la privatisation de tout, et il y aura nous, abattus, comptant nos morts, assommés, et ils en profiteront.
    Voilà, c’est écrit.
    Alors maintenant je vais donc cesser d’alimenter la machine à déprimer, c’est inutile. On se fait suffisamment de mal, on est suffisamment tristes. On ne peut rien face à ce qui est.
    Il nous reste tous les possibles qui commencent maintenant. Et ça commence par nous détoxiquer de cette épidémie. J’arrête donc volontairement de relayer les informations toxiques, ce qui ne veut pas dire que je les ignore. Éventuellement, avant chaque post, je vais mettre un chiffre. Le nombre de morts, histoire de dire que oui, je sais.
    Et que cette bande est responsable ET coupable.
    Si on parvient à nous détoxiquer du présent, si on parvient à continuer à penser, à garder une certaine distance, si on garde pour nous l’amitié, la gentillesse et une forme d’optimisme malgré la nécessaire résignation à ce qui est, en acceptant le deuil des rêves du passé, on en sortira plus forts, plus unis par une culture nourrie d’une expérience commune. A cette condition nous pourront vaincre. Non pas Macron, mais nos illusions vaines, la croissance, le retour à « comme avant », celles-la même qui nourrissent l’élection de types comme lui.
    On vaut beaucoup mieux.
  • EXPERTISE CORÉENNE: 29 MARS 2020

    2314. On ne le dira jamais assez. C’est vers la Corée qu’il faut regarder. La Corée a retenu les leçons du Sars-Cov-1, de la grippe aviaire, de la grippe H5N1 et du MERS. Elle était prête.
    Interview passionnante, sous titrée en anglais, d’un professeur coréen.
    Tester, tracer, confinement pour les personnes positives avec suivi médical précoce voire hospitalisation, information de la population, rappel des règles d’hygiène et port du masque par tout le monde, coordination du système de santé au niveau national et encouragement des différents acteurs du système de santé à innover puis partager leurs résultats, essais de traitements sans à priori et partage en temps réel des résultats en cours, etc Au final, la Corée, après avoir connu un pic de deux semaines de quelques dizaines de malades à 7000 personnes infectée, est parvenu à contrôler la progression du virus, contenir la mortalité à un niveau très bas sans pour autant avoir recours au confinement.
    La Corée offre un contre exemple à une approche strictement sanitaire (le confinement général), forcément totalitaire sur le long terme, grâce à une approche basée sur l’information, la prévention, la responsabilisation, le dépistage et le suivi des personnes infectées, ce qui lui permet de maintenir et ses principes démocratiques et son activité économique de base sans exposer les travailleurs, et parmi eux les soignants, à une contamination. Cela rappelle incroyablement ce que l’on peut retenir de l’épidémie de SIDA, ou plutôt ce que réclamaient les militants.
    L’Allemagne, en faisant un U-Turn dramatique il y a 10 jours, a décidé de suivre cette politique de tests massifs. Coûteuse à court terme, le pari est qu’elle évitera de prolonger le confinement au delà de trois ou quatre semaines, de suivre les malades, d’éviter les contaminations en fin de confinement puis de suivre l’évolution de l’épidémie.
    Cela s’appelle une stratégie.
    Interview à regarder. Je vous parle de la politique de tests massive de la Corée depuis plus d’un mois, le Pr Kim Woo Joo vous en parlera bien mieux que moi.

  • Peur, 24 mars 2020

    Ce week-end, les japonais sont sortis en masse. Même les vieux. Malgré l’appel à ne pas aller picniquer sous les cerisiers, ils étaient nombreux.

    Je vois des touristes blancs. Je dis blancs parce que je ne sais pas d’où ils viennent, parmi eux il y a quelques noirs donc ne n’est pas une couleur de peau, c’est une couleur d’espace de civilisation. Comme tous ceux qui viennent de là bas, là où le virus circule sans limite, ils ne portent pas de masques et ne respectent pas la demande des services d’immigration de ne pas prendre les transports en commun.

    Je suis dans le métro. Je porte mon masque. J’évite de toucher quoi que ce soit. J’ai mes lingettes alcoolisées. J’ai ouvert une fenêtre, deux autres sont ouvertes, c’est bruyant mais l’air circule. Je vais au travail.

    Je suis terrorisé par cette apparence de normalité que nous entretenons dans le silence glacé du tatemae. Je suis terrorisé car je sais qu’il rôde.

    Je suis terrorisé mais je me fais confiance et je fais ce que je dois faire.

    J’ai peur.

  • Pauvres: 21 mars 2020

    Une épidémie, c’est politique. Les riches se font tester à prix d’or, s’achètent des respirateurs, recrutent des docteurs et des infirmières, ont déjà acheté des résidences loin de la plèbe.

    Les autres goûtent les joies des salles d’attente bondées aux murs délavés, au guichet imitation bois et aux sièges en plastique où il n’y a ni tests disponibles, ni suffisamment de personnel soignants, ni suffisamment de masques et où il n’y a déjà plus de respirateurs disponibles.

    Quand aux pays du sud, alors là…

  • #URGENCECORONAVIRUS

    #URGENCECORONAVIRUS

    https://www.youtube.com/watch?v=sSR8K8K7etM&t=25s

    Voici le texte de la pétition que j’ai mise en ligne ainsi que la vidéo qui l’illustre.
    Signez. Partagez.
    Et prenez soin de vous ainsi que de celles et ceux qui vous sont proches.

    La crise sanitaire due à l’épidémie de coronavirus SARS-CoV-2 dont les formes les plus aigües peuvent entrainer le décès des malades révèle un dysfonctionnement majeur des dispositifs d’alerte sanitaire et des chaînes de décisions.

    Ainsi, au delà du délabrement de ce que fut autrefois l’un des meilleurs systèmes de santé au monde et depuis victime de la “rationalisation budgétaire”, cette épidémie nous a révélé un gouvernement occupé à tout sauf à évaluer la réalité d’une menace ni même à y préparer le pays.

    Ainsi. Madame Agnès Buzin, bien que consciente du danger dès le mois de janvier, a préféré satisfaire une ambition personnelle en quittant ses fonction pour se présenter aux élections municipales.
    Ainsi. Le gouvernement, tout occupé à faire passer son impopulaire réforme des retraites, n’a pas développé de politique massive de tests et de confinement des personnes infectées comme l’a fait la Corée.
    Ainsi, il ne s’est pas assuré de la présence de masques, respirateurs, etc, utilisant même un conseil des ministres dédié au coronavirus pour faire passer la réforme des retraites en utilisant l’article 49.3.
    Ainsi. En minimisant continuellement la réalité de l’épidémie jusqu’à se trouver acculé par la tragique réalité en décrétant en toute impréparation le confinement sans y avoir préparé l’opinion ni même l’économie.

    VOTRE GOUVERNEMENT N’A RIEN APPRIS DE LA CRISE DU VIH-SIDA

    Dors et déjà, les hôpitaux, particulièrement dans le Grand Est, sont surchargés.
    Dors et déjà, les personnes présentant des symptômes sont invitées à se confiner, ne pas sortir sans pour autant être testées ni même rassurées, certaines pourtant présentant des maladies pré-existantes.
    Dors et déjà, le manque de masques, de blouses, de respirateurs, de lieux d’accueil est manifeste et le SAMU est surchargé.

    Et on nous annonce que ce n’est que le début. Des milliers de morts sont désormais envisagés. Vous vous y résignez.

    Ce quinquennat, dont on nous annonçait qu’il serait celui d’une réconciliation des citoyens avec la politique, a non seulement jusqu’ici aggravé les fractures par un déni total de l’écoute ainsi que par une arrogance permanente envers ceux “qui ne sont rien”, réduits à n’être qu’une plèbe sans valeur comme quand ils sont appelés par la hautaine Madame Pénicaud, bien à l’abris dans son ministère, à se sacrifier en allant travailler coûte que coûte, la peur au ventre, sans protection. Facteurs, caissières, personnel d’entretien des hôpitaux, artisans du bâtiment, infirmières de ville…

    Vous semblez vous résignez à l’hécatombe. Nous, ceux “qui ne sont rien”, nous ne pouvons pas l’accepter.

    Bien que vous resterez comptables de tous les morts et de toutes les souffrances qui auraient pu être évitées si vous aviez choisi de tester en masse, d’informer et de ne pas affirmer avec ignorance que le masque ne protégeait pas, vous avez l’opportunité historique de changer ET le cours de l’épidémie ET la perception de votre (in)action.

    Le Professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection de Marseille et membre du Conseil Scientifique dédié au Coronavirus, faisant suite à des essais concluants réalisés sur des centaines de malades en Chine, est parvenu à travers un essai sur 24 patients à prouver l’efficacité d’un traitement combinant deux médicaments dont les caractéristiques sont connues depuis des dizaines d’années:
    – Hydroxychloroquine (anti-paludique mais de plus en plus utilisé contre les virus émergents), à raison de 600mg deux fois par jours pendant 6 jours.
    – Azithromycine (antibiotique, dans le but d’éviter une co-infection), à raison de deux cachets le premier jour, puis un cachet par jour pendant trois jours.
    Les effets secondaires de ces deux médicaments sont connus, maitrisés, documentés du fait de leur ancienneté. Ils ne sont pas dangereux.

    Les essais en Chine ont été concluants. Les essais à Marseille ont été concluants. Divers laboratoires dans le monde ont commencé des études. Jusqu’au président Trump, en pleine confusion suite à une gestion de l’épidémie encore pire qu’en France, qui décide de s’y raccrocher.
    Le laboratoire Sanofi est prêt à délivrer autant de doses possibles et a annoncé être prêt à faire don de son stock.

    Et pourtant, vous n’agissez pas. Pendant que les chroniqueurs télévisés bavardent en jaugeant l’efficacité sans n’y rien connaitre, votre gouvernement est prêt à attendre le temps des évaluations, de trois à six mois, pour annoncer la disponibilité du traitement.

    VOTRE GOUVERNEMENT N’A RIEN APPRIS DE LA CRISE DU VIH-SIDA.

    Ce sont les associations, ce sont les malades qui, en France, ont exigé à force de manifestation et de mobilisations, parfois violentes, que les molécules ne soient pas “évaluées” mais directement testées sur eux même. Ce faisant, ils ont permis à notre pays d’avoir accès très tôt aux trithérapies, sauvant des milliers de vies.

    Vous vous résignez à des milliers de morts. Pas nous.

    Un traitement existe. À la différence des médicaments pour le VIH en 1994/95, ce sont des médicaments connus, documentés, et leur efficacité est documentée.

    NOUS DEMANDONS L’ACCÈS AU TRAITEMENT RECOMMANDÉ PAR LE Pr DIDIER RAOULT & UNE POLITIQUE DE DÉPISTAGE MASSIVE AVEC TRAITEMENT DE TOUS LES TESTÉS POSITIFS

    Si vous refusez, vous serez comptables des résultats de votre incompétence passée ainsi que de votre aveuglement à ne pas laisser les docteurs faire leur travail en offrant le seul traitement disponible à ce jour.

  • Prévisible: 19 mars 2020

    C’était l’an dernier. C’était prévisible. C’était annoncé. 100000 lits supprimés en 20 ans. Des hôpitaux fermés, notamment ceux de taille moyenne. Disparition de maternités. Plus de dispensaires ni de centres de santés municipaux. Un quasi gel des recrutements. Des infirmières qui font du secrétariat. Des externes qui font des heures supplémentaires gratuites. Des médecins de garde débordés entre urgences et consultations.

    Une « rationalisation des coûts » qui n’est ni rationnelle, ni compréhensible en terme sanitaire. Un bon système de santé est un système généralement vide à 50%, qui maille tout le territoire en unités moyennes, avec de petites unités de quartier pour les petits bobos (dispensaires, centres municipaux), qui isole les services de maternité et de pédiatrie du reste du système des hôpitaux pour protéger les petits et les femmes enceintes. Généralement vide à 50% pour pouvoir faire face, en cas d’épidémie de grippe, de canicule, d’une catastrophe (attentat, incendie, etc) ou bien comme en ce moment à une pandémie, sans être débordé ou en tout cas ne pas l’être trop, avec un personnel prêt et non pas sous tension.

    Un bon hôpital, c’est un hôpital relativement vide avec du personnel soignant. Pour être prêt à éventuellement être plein.

    Ça a longtemps été comme ça. Jusqu’aux années 2000.

    L’an dernier, désespérés, les soignants se mettaient en grève dans l’indifférence du gouvernement qui au contraire a continué sa politique de « rationalisation », c’est à dire faire plus avec moins.

    Le gouvernement, pas seulement celui-là mais également les précédents, devra répondre des résultats de cette politique.

  • Au temps du Coronavirus 1/ 36,7

    Au temps du Coronavirus 1/ 36,7

    J’ai passé plus d’un mois, plus d’un mois à ne pas comprendre que personne ne réagisse face à ce qui était d’évidence une catastrophe programmée. J’ai posté mon premier billet sur le Covid-19 le 11 février, et je vous avoue, je vous ai épargné plusieurs débuts de billets, j’avais presque le sentiment de gêner. Ce n’était pas mon travail, de vous saouler avec ça, c’était le leur.

    J’ai contenu une rage, une colère sourde car j’appartiens à ce groupe qu’Emmanuel Macron appelle « ceux qui ne sont rien ».

    Pour avoir mieux fait le diagnostic de la catastrophe qui s’annonçait, qu’il me permette juste de lui répondre que lui, il n’est qu’un moins que rien, parce que son travail, c’était prévoir.

    Dans une économie ouverte, dans un monde où les gens circulent, voyagent, comment ne pas avoir compris que ce virus voyagerait avec les millions de Chinois qui visitent le monde, que nos politiques et les grands groupes ne regardent que comme des cartes de crédit ambulantes et qui ne sont que de simples gens tout heureux de pouvoir admirer Asakusa, la Place Saint Marc ou les bords de Seine, en amoureux? C’est parce qu’Emmanuel Macron et ses semblables se croient différents qu’ils ne comprennent pas que nous, les gens qui ne sommes rien, nous avons des plaisirs simples, un petit voyage ici, une glace les pieds dans l’eau par là, et un avion entre les deux.

    J’ai vu une photo qui m’a terrorisé. On y voit une foule de gens, masques sur le visages, certains assis, beaucoup debout, c’est un hôpital quelque part en Chine, murs roses, il y a trop, beaucoup trop de monde, et j’ai pensé que nous, les « gens qui ne sont rien », c’est là qu’on iraient s’entasser avant de souffrir voire de mourir faute de lits, faute de place pendant que Brigitte Macron, Ivanka Trump ou Bernard Arnault auraient droit à une consultation dans le calme d’une de ces cliniques où l’on voit des arbres par les fenêtres et où des diffuseurs d’huiles essentielles sont en elles-même l’amorce de votre guérison prochaine, là où les respirateur ne manquent pas.

    J’appartiens à la plèbe, à la racaille, au commun, je suis quelqu’un qui n’est « rien », comme il dit. Ma vie ne compte pas, pas plus que la vôtre, mes frères, mes soeurs de salles d’attente, en quarantaine, en transports bondés la boule dans le ventre, peur d’avoir mal, peur de perdre un ami, l’homme ou la femme de sa vie, un enfant, un père ou une mère. Nous nous attachons à des choses de peu, nous, les gens de rien.

    Eux, ils ont passé deux semaines à vendre leurs actions et ils spéculent pour être sûrs que les gouvernements les renflouent, histoire qu’ils puissent racheter ces actions par la suite avec des plus-values, eux, les gens de tout, les gens de bien, tous ces gens qui jamais ne visiteront nos salles d’attentes bondées des hôpitaux où la peur et le supplice des patients n’aura d’égal que l’épuisement des soignants.

    J’ai passé un mois et demie à ne pas comprendre qu’on ne teste pas en masse, à l’écrire, à le crier sur Facebook, dans le vide. J’en ai eu presque honte, alors j’ai même arrêté d’écrire sur ce blog parce que je ne pouvais plus écrire que sur ça, je voyais le truc arriver, je le savais. Je ne suis pas devin, je suis logique.

    Agnès Buzin déclarant en janvier que la maladie ne se propagerait pas, ça m’avait rendu fou. Il a suffit d’un bateau, un bateau en rade de Marseille en 1346 pour que les deux tiers de la population française et la moitié de la population meure de la peste. Elle est vraiment médecin? Mais il faut la révoquer de l’ordre des médecins! Et la juger également! Elle est ET responsable, ET coupable! Et en plus elle a déserté le navire alors qu’elle savait comme elle a en plus l’indécence de l’étaler dans une interview dans Le Monde, la larme à l’oeil! C’était son travail, d’informer, de préparer au dépistage en masse, de faire mettre en quarantaine qui devait l’être, dès le début. De veiller à ce qu’il y ait des masques et non pas dire, l’idiote, que porter un masque était inutile, ce que des idiots et des médecins médiatiques comme Michel Cymes continuent de dire avec cynisme à la télévision.

    Il faut porter un masque même quand on n’est pas malade, parce qu’on ne connait pas son propre statut. Je me protège, donc je te protège.

    Ces gens n’ont donc rien appris de l’épidémie de SIDA? Responsables, ET coupables.

    Je tempêtais alors sur le Japon parce que j’y vis, mais j’avoue, quand j’ai commencé à comprendre que pour la France c’était la même chose, ça m’a vraiment déstabilisé. C’était pourtant si simple, d’éviter la catastrophe.

    J’ai résumé ça sur un post Facebook la semaine dernière, une énième fois après avoir écrit et réécrit la même chose durant des semaines,

    « La Corée teste en masse, les gens évitent les lieux bondés, les personnes restées positives restent chez elles en contact avec les hôpitaux. Ça marche. À ça il faut ajouter une très faible mortalité due au dépistage et au suivi précoce des malades.

    Tout le reste est bavardage. Il est incompréhensible que le Japon, troisième puissance mondiale, ou la France, sixième puissance mondiale, soient incapables de prévenir une grosse épidémie en dépistant massivement quand la neuvième puissance économique le peut. D’autant plus que quand l’épidémie démarrera vraiment, il faudra dépister. Les épidémiologistes le disent, il faut éviter un trop grand nombre de malades d’un coup afin d’éviter l’engorgement des structures de soin comme cela se passe en Italie ou comme cela s’est passé en Chine. Dépister massivement, suivre les malades et les maintenir en quarantaine de façon contraignante si nécessaire, c’est précisément ça. C’est étaler la contamination dans le temps pour venir en aide à tout le monde. En n’ayant pas décidé de telles mesures, les hôpitaux risquent d’être débordés.

    On ne devient pas ministre ou président pour faire joli. On le devient parce qu’on se sent capable de prendre des décisions graves, difficile mais qui si elles sont expliquées et collent au contexte, peuvent aisément être comprises. Regardez les italiens, ils ne se plaignent pas, ils savent que c’est grave. Regardez les coréens, ils ne se plaignent pas, ils se font dépister. Il a été bien plus facile d’imposer des réformes impopulaires qui ne résoudront rien aux problèmes qu’elles sont sensées résoudre dans le novlangue présidentiel, il a été infiniment plus aisé de nier les violences policières et la limitations des libertés à travers des lois successives de contrôle et l’inscription de l’état d’urgence dans la loi, que de décider le confinement, que d’imposer, dès que l’institut Pasteur a découvert et séquencé le virus, la préparation d’une politique de tests en masse, que de se préparer à mettre les gens en quarantaine, qu’à limiter, en accord avec la Chine, les voyages vers et de la Chine pour TOUTES les compagnies aériennes.

    Nous avons des gouvernants qui à la morgue et à la suffisance de leur politique, ajoutent l’incompétence et l’imprévoyance.

    Les gouvernements, les personnels politiques de ces pays seront comptables pour chaque mort et pour les souffrances infligées.

    En attendant, prenez votre santé et celle de vos proches en main. Sortez masqués. Lavez vous les mains fréquemment. Évitez les déplacements inutiles. Protégez les plus âgés parmi vous. Gardez un mètre de distance avec les autres. Ne harcelez pas les hôpitaux, cliniques et docteurs. Suivez votre santé. Ne vous alarmez pas pour une petite fièvre ou un petit mal de gorge, mais portez un masque au cas où. Si ça persiste, contactez les numéros d’urgence. Évitez l’aspirine, préférez le Paracetamol. Si vous êtes fébriles et un peu « grippés », restez chez vous, faites vous un grog, et mettez vous au lit super couvert. Si les symptômes passent ou restent supportables, c’est que ça va mais informez un médecin pour qu’il puisse éventuellement suivre l’évolution.

    On vit un moment très difficile, on s’en remettra même si hélas certains parmi nous, peut être même moi, ne seront pas là après. Le plus important, c’est que chacun contrôle le moment. Écoutez les militants SIDA qui ont eu à vivre des années face à une maladie sans traitement. Informez votre médecin en cas de doute.

    Notre ennemi, c’est le déni et la passivité. Le gouvernement nous laissant dans la brume de ses propres indécisions et des conséquences de sa propre politique de réduction des budgets santé, c’est à nous de faire le travail.

    On lui demandera des comptes plus tard.

    Amitiés, et prenez soin de vous et de vos proches. »

    C’était juste après les annonces d’Emmanuel Macron jeudi dernier.

    Au Japon, toujours pas de confinement. Pas de politique massive de tests. Peut-être « à partir de la fin du mois ». Découverte de la « théorie du troupeau » qui préconise de laisser filer une épidémie pour permettre une « immunité de groupe », à part que les hôpitaux ne sont pas du tout équipés pour faire face à ça, et que surtout, ben parmi les malades, il semblerait qu’il y ait plus de jeunes que prévu.

    J’ai eu peur pour mon travail. Le chômage. J’ai eu peur pour l’économie. La récession. J’ai eu peur de devoir rentrer en France en urgence. Tout perdre. Et puis j’ai commencé à avoir peur pour ma santé, peur de mourir. Il y a trois semaines, j’ai explosé de colère face à mon étudiante Yûkô, j’ai passé une nuit à pleurer, oui, et puis la peur de mourir s’est estompée, la colère s’est diffusée en moi jusqu’à se neutraliser totalement, jusqu’à être submergée par un immense sentiment d’amour. J’ai d’abord pensé au papa de mon ami Stéphane, un vieux monsieur de 79 ans. J’ai pensé à mon frère à qui j’ai écrit ce que j’avais à lui écrire pour qu’il se protège, j’ai compris qu’il ne comprenait pas que le problème n’était pas la maladie mais l’engorgement des hôpitaux, mais c’est pas grave. J’ai eu peur pour Jun, je ne veux pas qu’il ait mal. J’ai eu peur pour les autres et je me suis mis à les aimer tous parce que nous, les gens qui ne sommes rien, on est dans cela ensemble.

    Je lis à l’instant qu’un médicament serait efficace contre le virus et qu’en plus ce serait un médicament japonais. Le plus vite nous sortiront de cette épidémie, le mieux ce sera, même s’il va falloir du temps pour cela car il va falloir le produire, ce médicament.
    Mais les griefs que j’ai nourris contre le gouvernement français ne seront que plus nets et précis car je n’ai contre ces gens plus aucune colère.

    En 2022, on leur fera payer tout ce qu’ils sont, tout ce qu’ils représentent, tout ce qu’ils nous ont fait et ce à quoi ils nous ont réduits, leur morgue, nos yeux crevés et l’épuisement des soignants, les contaminations un jour d’élection, on leur enverra l’addition. Non pas par ce que nous sommes en colère, mais par amour pour ce que nous sommes.
    Nous ne sommes peut être pas grand chose mais nous valons tout l’amour que nous nous portons, nos grands sourires et nos petites disputes, le soleil qui se lève au petit matin et nos yeux émerveillés par la couleur du ciel devant un petit café, la première cigarette et la fierté d’avoir arrêté de fumer, cette joie d’avoir retrouvé un travail et les petits gâteaux qu’on s’autorise avec la première paye, la fille qui grandit et qui un jour vous dit « papa, je vais me marier », la soirée télé avec les amis, nous valons toutes nos vies car elles sont ce qui nous fait, nous « les gens qui ne sont rien ». Et la simple idée de n’en perdre qu’un, de n’en perdre qu’une seule dans un hôpital surchargé parce qu’un gouvernement n’a même pas été capable d’envisager une épidémie après avoir coupé les budgets, pire, à fait montre d’une totale impréparation, d’une totale incompétence en allant jusqu’à utiliser un conseil des ministres consacré au coronavirus pour décider de faire passer en force une réforme impopulaire, on s’en souviendra.

    En attendant, prenez soin de vous, de vos proches, dites leurs que vous les aimez, dites vous que vous vous aimez, réconciliez vous, soyez gentils, devenez un peu plus l’image de la société à laquelle nous aspirons. Moi, je vais aller travailler puisqu’ici il n’y a pas de quarantaine, la boule au ventre comme tous ces « gens qui ne sont rien », le masque sur la visage et l’oreille à l’affut d’une moindre toux.
    Gardons la leçon de ces jours que nous traversons comme d’autres avec moi et plus encore que moi gardons la mémoire de l’épidémie de SIDA qui nous a blessés mais dont nous nous sommes relevés après nous être bagarrés. On s’en sortira. Plus forts, et plus beaux. Dignes de nous.

    Je vous aime.