Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • さようなら、ボーヌヌヴェール…

     alt= J‘ai habité 8 boulevard Bonne Nouvelle pendant plus de 20 ans… J’en rêvais avant même d’y habiter. Ma mère avait acheté cette petite pièce de 15 m2 vers 1960. Elle faisait des ménages et était logée. Elle a économisé pendant plusieurs années pour s’acheter ce petit bout d’indépendance. Elle en parlait souvent à la maison quand j’étais petit, elle y avait placé de nombreux espoirs qui furent déçus par la suite. Elle voulait vendre cette pièce et prendre un crédit pour acheter une maison. Mon père a préféré ouvrir un commerce qui les a endettés pendant des années, logeant un “cousin” à Bonne Nouvelle. Ma mère m’a progressivement inspiré, sans peut-être même s’en appercevoir elle-même, d’aller m’y installer dès mes 18 ans. Un moyen de se la réapproprier. Je suis allé m’y enfermer…
    J’y ai emménagé à 18 ans et une semaine. Je l’ai brièvement quittée, de 1995 à 2000, vivant alors d’abord en colocation à Pantin, puis à Pelleport et enfin à Asnières, mon premier Paradis. Et puis pour Londres, dans le Dockland chez Alain, puis vers Lewisham à côté du parc de Greenwish, pendant 6 mois. Et j’y suis enfin revenu. Ma présence ainsi que celle de mon frère de 1993 à 2001 ont empêché ma mère de réaliser son voeux : la vendre.

    décembre 2002, une série d’auto-portraits dans l’époque la plus idiote de ma vie, je ne commente pas, mais j’en porte encore les séquelles…
    Bonne Nouvelle est vendu aujourd’hui. Maman va revoir Paris pour la première fois depuis 1992. Je ne sais ce qui va se passer dans sa tête. J’espère qu’elle ne ressentira pas de regret pour cette vente qui me semble être désormais une très cruelle erreur, la réalisation hors contexte d’un rêve vieux de 40 ans.
    Pour moi, Bonne Nouvelle est un souvenir profond, un souvenir vieux comme moi. C’est ma première maison, j’y ai vécu mes 6 premiers mois. J’y avais placé mes espoirs de jeune homme déphasé qui ne savait pas/plus trop ce qu’il désirait dans la/sa vie.
    Au revoir, Bonne Nouvelle
    De 葛西
    Suppaiku

  • Les grands absents…

    Samedi dernier sur le quai du métro. J’adore le prendre en photo. Ca le fait rire.
    J’ai toujours, depuis mon plus jeune âge, nourri le rêve de vivre un jour au Japon. Le rêve est devenu réalité depuis 10 mois ! Comme le temps passe… Je ne veux pas jouer au bilan à 10 mois de mon départ, mais le temps gris, la proximité des fêtes de fin d’année me font penser à ce qui fut naguère mon quotidien, et à songer à ce qu’il en est aujourd’hui. On appellera cela comme on voudra, c’est tout de même un peu un bilan…
    Si je devais résumer ma pensée, le nom de ce post serait le plus adapté : “les grands absents”. Entendez, mes amis. J’ai écrit il y a deux-trois jours un très long message à mon ami Nicolas. Ce long mail m’a fait beaucoup de bien, m’a aidé à y voir plus clair concernant quelques questions, et je me suis apperçu que cela faisait très longtemps que je ne m’étais confié, que je n’avais parlé de moi, de ma vie et de mes interrogations : je suis quelqu’un qui s’interroge beaucoup comme vous devez le savoir… Et j’ai finalement pensé, après avoir ressenti le bien être qui suis la confidence, que ma vie sociale est limitée au travail et à mon ami. Non que mes collègues me déplaisent, au contraire, l’ambiance entre nous est bonne. Il ya a eu un automne assez difficile pourtant, avec un nouveau plan de cours et quelques tensions mais cela est inhétant à toute entreprise et je crois qu’au contraire cela a un peu rapproché l’équipe. NOVA n’est pas la méchante société dépeinte ici où là. Non que mon ami ne me plaise pas : j’y suis attaché, je passe par des étapes variées dans l’échelle des sentiments. Il m’est arrivé de penser que ce serait simple de le tromper, je croise parfois des garçons vraiment mignons. C’est finalement cette extrème simplicité de la trahison qui m’en empêche. Entendez par là que je ne peux m’empêcher de voir le visage de Kaikai, ressentir sa présence. Et je me trouve stupide d’avoir pensé un truc pareil, en même temps que je trouve cela amusant. Je me suis habitué à le voir près de moi, à recevoir ses mails et à leur répondre, à le titiller. Je crois qu’il s’est habitué à mes sautes d’humeur, à mon côté taciturne et pas bavard quand je suis en colère (je n’élève jamais la voix, c’est une habitude que j’ai fini par perdre, je me tais… ).

    浜離宮公園 / Parc Hamarikyû.
    Mais qu’en est il des “copains”. Avoir gagné un “ami” avec Kaikai, un de plus que ceux que les ans m’ont apporté, c’est énorme. Mais en dehors, personne. D’où une certaine sensation d’enfermement que Kaikai ne m’aide pas à briser. Il est à l’image de nombreux jeunes japonais qui n’a pas d’amis : son père était mûté d’une ville à une autre tous les 2 ans. Fufuoka, Mie, Kôbe, Shizuoka, Nagoya, Tôkyô… Il est gay et n’est pas outé à son travail (c’est quasiement inenvisageable au Japon, dans une entreprise ordinaire). Il habite Chiba, non par choix mais parce que son travail est dans Chiba-ken… Kaikai et la vie sociale, ça fait deux. Bref, c’est souvent à moi que revient l’initiative d’aller dans tel ou tel endroit. Il m’arrive de le ressentir comme un boulet, oui, vraiment. Si j’étais seul, je pourrais… j’irais… c’est un peu ce qu’il m’arrive de penser. C’est une pensée idiote car, c’est bien connu, “c’est toujours de la faute de l’autre”. Je pourrais changer de copain, aussi. Vous comprenez cette idée qui me vient à l’esprit, maintenant.
    Bref, c’est à moi, dans ces noubreuses soirées et journées où je suis seul de mettre le nez dehors et de réaliser certains de mes projets, notamment associatifs (non pas créer une association, mais plutôt être volontaire dans une association gay/ prévention VIH)… J’ai besoin de voir de nouvelles têtes, de pouvoir parler un peu de moi. Certains me diront d’aller dans des bars, des clubs, etc… Désolé, j’ai donné dans ma jeunesse, et j’ai depuis longtemps conclus qu’ils sont les pires remèdes contre la solitude, au contraire. Sortir, c’est bien avec du monde. Seul, c’est plutôt triste. Et fréquenter le milieux des gays étrangers de Tôkyô, ça me déprimerait encore plus. Je n’ai pas quitté Paris, Londres à côté, pour retrouver “les mêmes” à 10,000 km… Kaikai et moi sommes à un tournant. Cela fait près de 10 mois que nous nous connaissons. Et nous allons passez les fêtes de fin d’année ensembles, à Kyôto, pendant une semaine. Je doute des fois, ce n’est pas toujours facile pour moi, une relation longue, à l’étranger, mais nous construisons cette relation pas à pas, comme toute relation.
    Ce n’est pas à lui de trouver ma place au Japon. C’est à moi de me la faire. Et sa présence à mes côtés est un puissant encouragement.
    Depuis un certain temps, et c’est certainement le fruit de sa présence, je m’envisage dans la durée. Il y a quelques jours, par exemple, une élève m’expliquait son budget. Mettre de côté, prévoir ci ou ça. Il y a une semaine, je lisais dans un journal le budget d’une mannequin. Un collègue me parlait de sa façon d’économiser. Je n’ai jamais fait de budget que pour mes vacances au Japon, plus par crainte de me retrouver à court que par prévision. Et encore, je profitais allègrement du système d’avance à la semaine chez Manpower et de ma “facilité de caisse” à la banque. Ici, aucune de ces facilités. Je claque l’argent au fil du mois. En écoutant cette élève, je me suis apperçu que pour mes parents, le “budget” était un produit de la nécessité, de leur pauvreté. Leur situation les empéchait de prévoir l’avenir, si ce n’est pour l’envisager dans un “plus tard”, aléatoire, incertain. Bref, ce n’est même pas que je n’ai jamais voulu faire de budget, c’est tout simplement que je n’ai pas appris, et que finalement les seules fois, c’était pour éviter une catastrophe. Jamais pour “devenir”. Depuis quelques temps, cette idée germe en mo et l’autre jour, en écoutant cette femme, ce fut comme une évidence. D’ailleurs, samedi, je disais à Kaikai “quand j’aurais 80 ans”… J’aurais un jour 80 ans. Mince… C’est la première fois de ma vie que je pensais ça. Me voilà mine de rien arrivé à 41 ans. Un conseil, comme ça en passant, si vous n’avez jamais pensé à votre avenir, pensez-y ! Ca a l’air bête, mais si j’y avais pensé plus tôt !!! Enfin, je ne me plains pas, je me suis trouvé un travail sympa, un appartement sympa, un copain adorable dans le pays de mes rêves.

    J’ai habité Bonne Nouvelle pendant plus de 20 ans dans cette pièce qui appartenait à ma mère et que j’ai vidé sans appel au cours du mois de janvier pour la quitter définitivement le 6 février. L’acte de vente sera signé le 11 décembre. C’est peut-être un des évènements les plus important de toute mon existance. Je vous expliquerai un jour. En tout cas, désormais, je n’aurai plus aucune raison d’attendre quoi que ce soi de la vie. Je termine ma conversion existentialiste cette semaine.
    Comme je l’ai déjà dit, écrit et répété, je n’écris pas ce blog pour parler du Japon, car d’autres le font bien mieux que moi. Ce long mail à Nicolas m’a fait énormément de bien et m’a ramené à ce qui compte, finalement. Moi ! Et puis j’ai des lecteurs qui aiment bien, comme Nicholas au Texas, qui me laisse des messages très gentils.
    Ces derniers temps mes sentiments dans le métro se sont inversés. Je me suis senti étranger. Non pas que les Japonais me l’aient fait sentir, cette fois, c’est moi qui me suis senti en trop, pas dans mon élément. Tôkyô offre parfois la triste sensation d’être surpeuplée, bref, qu’est-ce que je suis venu en rajouter une couche ? N’y a t’il pas un côté “voyeur” à venir d’installer comme ça, dans un pays étranger ? De quel droit a t’on imposé au fil de l’histoire, au nom de l’Universalisme des valeurs (l’emballage, au passage hérité de l’islamo-christianisme – je ne site pas le judaïsme car il n’est pas prosélyte) et du Commerce (la vraie motivation), à des peuples qui n’avaient rien demandé à personne d’ouvrir leurs frontières, d’accepter des étrangers… Ne suis-je pas moi même un représentant de ce basculement, de cet expansionnisme qui ne dit pas son nom ? Et la réaction des Japonais à l’égart des “blancs originaires des pays développés” n’est-elle pas de cet ordre, “qu’est-ce que vous venez fout’ chez nous ?” ? Je crois que je vais finir par être indifférent à certaines marques du racisme japonais : s’intéresser à un pays, une civilisation qui n’est pas la sienne n’est-ce pas une certaine forme de racisme. Entendre une ségrégation comme inversée. Pourquoi donc j’aime le Japon ?

    Les paysages urbains sont radicaux. Il n’y a pas la place d’étaler tout : les Japonais aiment l’habitat individuel. Les routes sont donc de véritables empilements de niveaux. Ici, au sud de Kasai, à environ de 2 kilomètres de chez moi. En front de mer ! Après tout, c’est mieux de mettre des autoroutes en zone de risque élevé de tsunami…

    J’aime acheter mon pays à la boulangerie Kaiser à Matsuya. Quand j’arrive, les vendeuses préparent ma baguette, elles sont souriantes. J’aime aller chez mon teinturier : elle me complimente sur mon niveau de japonais, elle est souriante. J’aime les jeunes de 渋谷/Shibuya qui se retrouvent en bande, les cheveux gris, la face blanchie sur la peau bronzée. Kaikai les trouve crétins et complètement à côté de la plaque. Moi, je les trouve jeunes, tout simplement. Bizarrement jeunes, mais jeunes. Ils sont absoluement indifférents à la présence des autres, étrangers ou Japonais. Après tout, qu’est-ce que le Japon a de mieux à leur offrir qu’une superficialité totale vantée par une publicité omniprésente et dont ils sont l’illustration extrème, totale. J’aime beaucoup me promener à 渋谷/Shibuya. J’aime la jeunesse de 下北沢/Shimokitazawa. Une jeunesse qui n’a non plus rien à faire des étrangers ou des Japonais et qui se contente de déambuler avec nonchalance dans ce quartier résidentiel et tranquille, qui n’est pas sans rappeler l’est parisien. J’aime le son de cette langue qu’il m’arrive de comprendre désormais dans le métro, ce qui provoque parfois mon sourire. J’obtiens des fois un sourire en retour. Ca a l’air bête, mais comme les Japonais sourient peu dans le métro, ça fait beaucoup de bien. J’aime mes élèves qui me racontent parfois leurs soucis ou leurs joies au hazard d’une “application” (15 à 20 mn de conversation où le professeur s’efface au profit de l’/des étudiant/s. Ils m’en apprennent beaucoup sur le Japon, mais aussi sur la France.


    表参道 / Omote Sandô, la décoration de Noêl. Kaikai, très conservateur, n’a pas beaucoup aimé. Pour lui, Noêl, c’est un sapin. Point. Il a fini par convenir que c’était pas mal. J’aime bien Omote-Sandô mais quand même, ce déballage de tout ce que l’Occident offre de luxe, de cher… Kaikai est d’accord. Ici, je ne peux rien m’acheter. Mais on peut s’y ballader, c’est un boulevard, et il n’y a pas les rabateurs bronzés à cheveux long des karaoke.

    Je commence à aimer le bruit partout. Normal, je peux m’en reposer dans mon quartier. J’aime bien les lumières de Tôkyô le soir, c’est comme Paris, en plus beau. Je commence à comprendre cette magie dont on m’a parlé à propos de New-York. Il y a des quartiers que j’aime, où j’aime marcher, comme le quartier de 神田/Kanda. Il y a ceux qui rechargent la batterie, comme 渋谷/Shibuya, 原宿/Harajuku. 六本木/Roppongi toujours pas. Et puis il y a ces quartiers où il m’arrive d’aller, comme 門前仲町/Monzennakachô, 吉祥寺/Kichijôji… Ou encore 横浜/Yokohama (mais là, ce n’est plus Tôkyô. C’est immense, Tôkyô.
    J’ai recommencé, timidement, à étudier.
    J’aime mon quartier, même s’il n’est pas encore à la mode (je ne suis pas encore célèbre, mais quand je le serai, tout le monde voudra habiter par ici ! ;-))
    Je vous abandonne après ce long post. Ca m’a fait du bien, écrire, vous écrire. Il est 17h24, je n’ai rien visité. Normal, j’ai le temps…
    De Tôkyô,
    une petite laine sur le dos,
    Suppaiku

    Shimokitazawa, fascinante, la gare
    Ginza, un fleuriste
    Une soirée à El Flamenco pour mon anniversaire
  • Glacial… !

    Il fait froid dehors.
    Bon, je ne m’attarde pas, je me suis promené et comme tous les mercredis, Kaikai est passé à la maison bref, peu de temps en ce jour de congé…
    Pour me faire pardonner, le générique de l’émission みんなの歌/ minna no uta, émission de chanson proposé par la N.H.K.. Chanté par 宇多田ヒカル/ Utada Hikaru.
    De Tôkyô,
    avant de dormir,
    Suppaiku (quel fainéant)

  • Le retour de 藤原紀香 et de 大奥

    C’est déjà la fin de saison, côté doramas. Je n’en ai presque pas vu. Tout au plus ai-je fini par suivre la série du jeudi soir, Damens Walker dont je vous offre le générique (cliquez sur le titre! J’ai beaucoup compressé, désolé). C’est en effet THE série du retour pour l’actrice (et ancienne idole au début des années 90) Fujiwara Norika. On la voit partout à la télévision. Elle a choisi ce moment pour se marier et présenter sa “nouvelle tête”, avec cheveux courts, nettement moins femme au foyer que la précédente (les publicités Toshiba, très “ancienne idôle”, pour le coup).

    Ôoku bientôt en salle…
    En video, 仲間由紀恵/ Nakama Yukie, telle qu’elle apparaîtra dans le film 大奥/ Ôoku, suite cinéma du célèbre dorama retraçant les générations successives de maîtresses, femmes et mères des Shôguns 徳川/Tokugawa.

    Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un “grand film”, plutôt un film du dimanche soir, mais bon… Je sais qu’il y a des fans de Nakama Yukie qui lisent mon blog ! Alors, si vous cliquez ici, vous aurez dirctement accès à la bande-annonce. Bon, c’est sôr, quand on voit Nakama Yukie dès la première image, on s’attend à ce qu’elle sorte une carte de son chignon et on guette pour voir si, à tout hazard le professeur Ueda n’apparaîtrait pas… Ca gâche un peu. Mais ce qui est fantastique dans chaque série Ôoku, et le film ne fait pas exception, c’est la richesse des costumes, des décors, le nombre de figurants. La série devrait d’ailleurs reprendre pour une nouvelle saison, début janvier si mes informations sont exactes.

    Bon, à part ça, j’ai continué aujourd’hui de rafraîchir mes conseils pour organiser son voyage au Japon sur le site qui leur est spécialement consacré, Les bons conseils de Suppaiku (inactif, au 8 février 2016). C’est pas fini, ça prend du temps mais ce sera bien mieux que ce que j’avais fait jusqu’ici : comme je l’y explique, c’est le passage d’un site ordinaire au “2.0”. La formule “blog” me permet de recevoir des commentaires et des conseils pour l’enrichir sans l’impersonnalité du wiki. Ca reste mon style, ma prose, et mes photos. Le dialogue était impossible dans l’ancienne forme. Je vous invite en tout cas à me dire ce que vous en pensez, au fur et à mesure que j’avancerais dans la re-rédaction, l’actualisation des articles eux mêmes (jusqu’ici, l’introduction ainsi que la partie “billet d’avion”). A noter que les liens fournis sur ce blog sont réactualisés. J’opte pour un nombre minimal de liens, et j’opte pour les portails qui ouvrent sur d’autres liens. D’autres sites recherchent une certaine forme d’exhaustivité, ce n’est pas mon but : quand j’ai préparé mon premier voyage, la plétore de site n’était d’aucune aide pratique.


    浜離宮公園/ Le parc Hamarikyû vers 築地/ Tsukiji. Après des mois de tatonnement, j’ai enfin compris qu’il ne sert à rien de vouloir cacher les bâtiments, à Tôkyô. Les couleurs d’automne n’en sont finalement pas moins belles.

    Moi, je prépare mon voyage d’une semaine à Kyôto pour la fin de l’année. Il paraît qu’il y neige souvent…
    Je vous laisse, il est plus de 2 heures, je suis fatigué.
    De Tôkyô,
    Suppaiku

  • Du bon travail


    C’est l’hiver, et en hiver, il fait bon manger des ramen/ラーメン.

    Je suis devant mon ordinateur depuis le début de l’après-midi : il pleuvait. Quand je vous disais que l’hiver arrivait…
    Après mon blog sur “la bulle” (prêt à servir mais il faut que je me documente un peu quand même), voici mon “vrai” blog Japon. J’ai repris ce que j’avais écrit sur un autre site et l’ai arrangé sous forme “bloggée”. L’avantage un dialogue “critique” sur les conseils que je donne, une forme quasi-wikienne (excuse moi, TB, ai-je le droit d’inventer des mots ? A cet égart, ton message était parfaitement justifié. Dans les phrases qui t’ont agacé, seule la première méritait l’emploi du présent, la suite créant une forme redondante. J’en ai eu le sentiment en écrivant mais, comme je l’ai déjà expliqué, je refuse la relecture. J’écris, point. Ainsi, plus loin, on aurait pu remarquer un terrible enchainement de 2 subordonnées qu’un simple participe présent eu suffit à alléger… J’y ai pensé également, me disant que ce serait pour la prochaine fois… Cet emploi du présent dans le passé n’est toutefois pas, chez moi, en tout cas je l’espère, une forme d’obeissance un quelquonque air du temps linguistique… mais plutôt quelque réminiscence de l’ancien étudiant en histoire. Car les historiens parlent très aisément au présent, ils y sont obligés. L’emploi de tout autre temps empêcherait non pas le “surgissement du passé dans le présent” (style en vogue à l’heure actuelle en effet), mais toute possibilité de perception des évolutions qui font l’histoire et lui donne corp.


    Il a obstinément refusé de se laisser photographier, malgré les demandes répétées de la maman, de la grand-mère et du papa. En novembre, c’est la fête des 7-5-3 ans.

    Les historiens utilisent donc un présent qui est le présent de l’action principale, de l’objet étudié. Ce qui précède est généralement décrit dans les formes traditionnelles du passé (imparfait, plus que parfait, passé simple et même futur antérieurs quand une évolution précédemment en cours est stoppée…) et on conclut généralement en ouvrant le sujet au futur. Je lis en ce moment un ouvrage de Claude Gauvard (médiéviste, Paris I) et cette utilisation de toute la palette des congugaisons rend très précises, palpables, les évolutions, les temps longs comme les temps courts de l’histoire. Fin de -longue- parenthèse, mais je suis très heureux d’être lu, aussi, avec un esprit critique sur la langue que j’emploie.)
    En ce moment, je regarde beaucoup de films à la maison, et je recommence, enfin, à ouvrir des livres de japonais. Mon niveau a baissé à une vitesse hallucinante. La présence dans un pays est une opportunité pour progresser mais nullement un pis-allé. Surtout pour un enseignant pratiquant sa langue maternelle à longueur de temps. Cela étant, ma capacité à écouter du japonais et à utiliser le peu de mot ayant survécu à l’oubli est incroyable.
    Mon appartement a déclenché une nouvelle phase : la phase cocooning ! J’aime être chez moi. Je regarde des films touvés ici ou là (surtout là, d’ailleurs…). Volver, d’Almodovar, par exemple, m’a beaucoup plu. Le retour de Carmen Maura, ce visage de vieille femme… J’en ai revu La loi du Désir qui reste mon film préféré.


    C’est l’hiver, et on recherche ces érables aux feuilles rouges qui donnent ses dernières couleurs à l’année finissante.

    Bon, et le Japon dans tout ça ? Ben, me voici désormais plongé dans un Japon que j’appellerais le Japon de la vie quotidienne.
    Hier, je me suis apperçu en faisant les courses que je connaissais par coeur la chanson du rayon “viande”, “oishii niku tabeyô” (mangeons de la bonne viande). J’ai eu un éclair de lucidité Houellebecquien et j’ai rapidement bouclé mes courses. Moi qui aime tant flaner dans les supermarchés japonais. Remarquez, les petites boutiques sont bien plus sympathiques… mais les mînes gênés des propriétaire m’empêchent d’y passer trop de temps (d’où le retour à mes bouquins de langue… il me faut du vocabulaire !!!!!). On me parle parfois, on me sourit aussi mais les Japonais sourient finalement assez peu (dans la journée).
    Mon quartier est un quartier assez mélangé. C’est un quartier très calme. Mal désservi (une seule ligne) mais rapide d’accès (je suis à 20 mn de mon travail). Il y a des Coréens, des Chinois et des Indiens, peu d’Européens ou d’Américains. Le Japon assimile très bien les populations (on s’y fond très bien car son moule est somme toute confortable, paisible et on s’angoisse assez facilement à l’idée d’être celui ou celle qui viendra rompre un tel ordonnancement), il n’empêche qu’il refuse cette assimilation. Le Japon mène une politique strictement raciale. L’ex président Péruvien corrompu, Fujimori, s’est vu accorder la nationalité Japonaise quand il était poursuivi par la justice en son pays alors qu’il n’avait jamais vécu au Japon de sa vie. En revanche, les descendants de Coréens déportés dès les années 1912 peinent à se la voir accorder, alors que l’on est à la 4ème génération. Ce mélange des nationalités dans un pays qui feint d’ignorer la réalité des migrations ainsi que la compléxité de sa propre histoire n’ira pas sans poser de graves problèmes à l’avenir. Et je ne peux m’empêcher de penser à la France dont la situation parfois explosive est due au même refus de voir la réalité des migrations et des nouvelles dynamiques démographiques.

    En regardant cette Divinité Pinceau (combien de pinceaux, stylos nous abandonnons chaque année à leur pauvre sort après les avoir cruellement exploités… ). Regardez dans le détail, je suis sûr que vous retrouverez plusieurs de vos auteurs de mangas préférés qui n’ont pas négligé leur Devoir et Obligation. Cliquez donc !

    Une étudiante d’un certain âge m’a ainsi affirmé que le Japon est un pays pauvre, que les étrangers y achètent tout. Je lui ai rappelé que le Japon est la deuxième puissance mondiale, que tout ne va pas si mal, et que les Japonais achètent eux même beaucoup de choses à l’étranger. Elle était perplexe. La réalité des discours nationalistes sur la décadence est une réalité universelle. J’ai entendu les mêmes choses en France… Un historien que j’ai entendu récemment disait qu’il faudra un jour s’intéresser à l’idée du présent glorieux dans l’histoire de la mode (idée que la mode du présent est éternelle, la meilleur pour toujours). Il faudra pousser l’étude à l’histoire de la perception du présent.
    A ce sujet, je commence à être très sceptique quand à l’appellation, aujourd’hui communément admise de “décénnie perdue” utilisée pour désigner la période qui part de l’après-bulle et va jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Koizumi. En quoi cette décennie a-t’elle été du temps perdu, et pour quoi ? Pour la première fois depuis l’après-guerre, et pendant 3 ans, une coalition de Centre-Gauche a chassé du pouvoir le PLD puis, ce dernier revenant au pouvoir, ce même Centre-Gauche a décidé de créer un parti politique unifié qui menace le PLD. C’est durant cette période que le Japon a reconnu les déportations de femmes de réconfort et que des excuses ont été faites pour le première fois. L’affaire du sang contaminée par le VIH a été avantageusement traitée par un ministre de gauche, Naoto Kan. C’est à cette époque que ces réalisateurs de cinéma que les cinéphiles aiment tant, Sabu, Sogo Ishii, Miike Takashi, Kawase Naomi, Hashiguchi Ryôsuke, etc, ont réalisé des films qui mettaient en scène la réalité de ce pays corrompu en haut, et réduit à la solitude et la misère affective en bas. Le roman n’a pas été en reste et les années 90 ont vu émerger des auteurs qui, comme la Coréenne Yu Miri, racontaient le réel sans fard. Parallèlement, des mouvements issus de la société civile interpelaient régulièrement l’opinion sur les gachis que provoquaient la corruption dans un pays où, par ailleurs, les vieilles personnes sont quasiement laissées à l’abandon. Est-ce cela, une décennie perdue ?


    Spéciale dédicace à TB et Rasen : à quelle série télévisée ai-je pensé en passant à côté de cette “grotte” ? … he he he..

    Oui, pour la droite Japonaise, pour les financiers verreux, les politiciens corrompus obligés de se cacher après que la gigantesque bulle spéculative s’est dégonflé, avant que le tremblement de terre de Kôbe ou l’attentat au gaz sarin ne révèle l’étendue de la corruption, de l’impunité et de l’incompétence. La vraie décennie perdue furent justement plutôt les années 80, quand l’argent coulait à flot uniquement pour enrichir les réseaux d’influence. La décennie perdue, c’est en ce moment, quand toute cette volonté de changement de la société japonaise n’a conduit, en 5 années de Koizumi, qu’au piètre résultat d’une privatisation de la poste et à une reprise économique en forme de reprise technique (parce qu’il faut bien que ça reparte après 10 ans de taux 0 et une sous évaluation chronique de la devise ainsi que des barrières protectionnistes toujours en place…). Dans mon quartier, je les vois, pourtant, ces hommes et ces femmes qui s’habillent en fripe à 300 yen, qui achètent la viande bradée en fin de journée. Leurs looks contrastent cruellement avec celui de ces bourgeois(es) élégant(e)s et néo-bourgeois(es) débraillé(e)s de Ginza, le Japon du PLD, le Japon qui va bien.
    Il n’y a eu de décennie perdue, finalement, que pour les riches et les classes moyennes aisées. Pour tous ceux qui sont épris de liberté, cette perte d’influence des élites conformites a du au contraire être un temps béni des possibles.
    Bon, allez, assez blablaté comme ça
    De Tôkyô,
    bavard comme toujours,
    Suppaiku

  • Sous le soleil…

    Ca y est, elle est belle et bien la candidate du Parti Socialiste. Elle est aussi MA candidate. Bonne chance, Ségo !

    Lu sur le site de l’Express au sujet de “l’incident” du Stade des Princes.
    “Le policier était-il directement menacé par les personnes touchées? Pourquoi n’a-t-il pas tiré en l’air? Portait-il ou non un brassard “POLICE”? Peut-on estimer qu’il a agi en situation de légitime défense?
    Seule certitude: plusieurs dizaines de personnes se précipitaient sur lui et voulaient l’agresser en raison de sa couleur de peau.”. On se pose de drôles de questions à la police…
    A un an des élections présidentielles, c’est étonnant que le “débat” soit posé de cette façon. Ne devrait-on pas plutôt parler du maintien à un haut niveau des violences racistes en France et de leur impunité ?


    Ginza, l’arbre du bijoutier Morimoto.

    Ici, c’est donc l’hiver qui s’installe par touches successives. Les nuits sont très fraiches et, malgré quelques épisodes pluvieux, le soleil domine la journée : à Tôkyô, la pluie, c’est d’abord au printemps et en été… ! Il n’y a pas encore de momiji/紅葉/ l’érable japonais qui rougit en novembre, ou encore très peu. Pourtant, alors que les feuilles virent jour après jours, leurs équivalents en plastique qui ornaient les devantures des magasins ont déjà disparu au profit des arbres de Noêl, クリスマス/ kurisumasu.
    Avec Kaikai, nous sommes allés la semaine dernière nous promener à Kamakura. Petite déception devant le rougissement tardif des érables dans la région doublée de la crainte permanente d’une averse qui finalement ne vint que très tardivement, à l’heure du retour sur Tôkyô.
    J’aime beaucoup sortir de Tôkyô. A Une heure de train, il est très facile de traverser de petites villes calmes, de voir des arbres et des champs, d’entendre d’autres oiseaux que les sempiternels corbeaux de la capitale… Lesquels d’ailleurs ne sont pas sans charme : je les préfère à nos pigeons parisiens… Kamakura est une “bourgade” au passé prestigieux puisqu’elle fut la seconde capitale quand commença la dynastie des Morimoto, le premier Shogunat (commandement militaire) du Japon, vers 1192 si ma memoire ne me trompe pas. L’époque de Kamakura est celle qui vient à l’esprit des occidentaux quand ils pensent au Japon : c’est l’époque qui voit apparaître le guerrier à cheval samurai (qui existait auparavant mais qui donne sa tonalité guerrière à cette époque) et ses valeurs religieuses : les samurai vont trouver dans le Chan chinois qui est importé à cette époque la source de leur abnégation et de leur résignation à périr s’il le faut. On connait cette secte sous le nom japonais de Zen (on est donc loin de ces histoires de méditation et de cosmétique en vogue en occident). C’est aussi à cette époque que de nombreuses villes vont commencer à se développer et donner au Japon cette classe de marchand et d’artisans qui donnera au pays une riche culture urbaine et populaire qui propèrera au temps de la paix retrouvée, à partir du 17ème siècle.
    Kamakura continura les traditions de Kyôto et beaucoup de temples, de statuts que l’on peut y voir témoignent d’une grande parenté artistique. C’est peut-être ce manque de continuité qui m’a le plus surpris à Nikkô et qui m’a laissé très perplexe. J’aime et je préfère donc Kamakura dont les codes me sont plus accessibles, plus familiers. Car mon Japon, celui de mon enfance, ne fut pas un Japon du zen, il fut avant tout un Japon des maisons de bois, des femmes en kimono, du koto et du shamisen ou du biwa, et c’est finalement à Kyôto, comme vous le savez, que j’ai pu en voir, en ressentir quelques traces, quelques bribes, quelques odeurs.
    Kaikai et moi continuons nos ballades, nous nous retrouvons quand c’est possible et je continue de cuisiner quelques plats français. Ce soir, par exemple, il y aura une soupe de légumes (pomme de terre, carottes, choux fleur et choux, lait et crème fraiche) gratinée, une salade et une viande grillée, une tarte au pomme (menu provisoire), bref un repas “familial”… Nous fréquentons les musées de Tôkyô. Nous avons bouclé notre réservation de Shinkansen pour passer la fin de l’année à Kyôto, pendant 6 jours.
    J’ai découvert par hazard le site “copains d’avant”. Ca a été le choc de la semaine dernière, revoir ces noms auquels je ne pensais plus…
    Bon, je vous laisse pour le moment, mais comme je vous l’ai dit, j’ai pas mal de choses à raconter, je reviens… !
    De Tôkyô,
    cordialement vôtre
    Suppaiku

  • Excusez-moi, je reviens tout de suite !!!


    La semaine dernière, promenade à Kamakura. C’est l’automne et ça sent déjà bien l’hiver…

    Toutes mes excuses… Tenir un blog, qui plus est le fournir de photos est un exercice bien difficile ! Flemme monumentale en ce moment ! Enfin, me revoici. Je vous poste des photos et un podcast dans la foulée. Patience…
    J’ai beaucoup de choses à raconter… J’ai corrigé les erreurs de codages consécutives au basculement (pour vous invisible) vers le nouveau Blogger et rajouté quelques liens vers des sites que j’aime et où je vais.
    À plus tard,
    de Tôkyô,
    pressé,
    Suppaiku

  • Mais où est le problème ?

    Un certains nombres d’enseignants travaillent dans des entreprises privées côtées en bourse dont les publicités envahissent le métro : service payant. Inégalité. Ségolène Royal propose que ces enseignants le fassent dans les écoles publiques. Donc gratuit. Donc pour tous. On dit qu’elle est réac, de droite… Est-ce de gauche, laisser se développer les entreprises privées de soutien scolaire avec déductions fiscales pour les parents qui y envoient leurs enfants ? Personne n’a noté au passage que, dans le second débat, Ségolène a proposé que, concernant l’école, ce soit “école publique/ fonds publiques – école privée/ fonds privés”… Sa proposition sur le soutien scolaire va dans le même sens. Si ce “service” doit se développer, et il se développe, si ce service a recours à des professeurs enseignants dans le secteur publique, et c’est le cas, alors l’état doit assurer le développement de ce service en son sein afin que les enfants pauvres aient accès à la même qualité de soutien scolaire que les enfants riches. Gratuitement. Suis-je de droite si je pense comme ça ?
    Les médias ont lâché Ségolène et comme pour le rédérendum, ils ont choisi Fabius le nouveau champion du “rase-gratis”, le simili-Mitterrand qui cause à gauche avant, s’il est élu, de renoncer à droite ! Les médias, majoritairement contrôlés par la droite, ont compris que Ségolène, bien que conservatrice sur certaines questions de société, n’en était pas moins vraiment de gauche et qu’en plus, elle n’avait en rien peur de discuter avec des militants sans leur causer de haut. Bref, qu’elle n’était pas une potiche destinée à diviser la gauche, comme prévu, en délectation pipole et frivolités blairiste, mais bien une politique chevronée, formée par Mitterrand, qui cherchait ses références dans les social-démocraties nordiques, souhait la naissance en France d’une culture syndicale de masse. Bref, qu’elle avait un discours plus solide que prévu, une vision du socialisme…
    Lisez Yahoo et les autres médias : depuis 1 mois, on commence à y répendre des infos salaces sur Ségolène, on commente son “tassement” dans les sondages, on souligne ses faiblesses… Les médias vont fabriquer les divisions car leur joujou s’est révélé plus habile qu’eux. Diviser la gauche avec une jolie poupée, oui. La faire gagner avec une socialiste, jamais !
    Je vous laisse juger vous même avec la fameuse vidéo si vous ne l’avez pas vue. Ecoutez bien, pour ma part, je suis parfaitement d’accord : ces publicités pour des boîtes privées de soutien scolaire m’ont toujours choqué. Bravo Ségo !
    De Tôkyô,
    Ségoléniste,
    Suppaiku

  • Nakayama Miho, Waku Waku, 1990

    Nakayama Miho, Waku Waku, 1990

    Je ne pouvais pas résister à vous montrer celle-là… Essence de “La bulle”, Le Japon en 1990, la bourse au sommet! Ça ne se commente même pas, ça se regarde. Les 80’s des 80’s, avec de l’or noyé dans les actions achetées à crédit pour acheter de l’or avec des actions dedans.
    BODIKON ATTAK !