Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Il fait merveilleusement chaud


    Mon bus, vers 13 h 00.

    Quelle belle journée. Couché à une heure pourtant, je ne m’étais levé qu’à 11h! Un côté rapé/plié, journée perdue. Heureusement, j’avais un peu de “paperasse” à faire, d’abord du côté de la “mairie” de l’arrondissement d’Eodogawa (étaler mes impôts locaux). Ca ne prend pas longtemps mais c’est à l’autre bout, vers 新小岩/ Shin-Koiwa. Bof, petite ballade en bus. L’employé municipal a été très gentil. Je les ai regardé tous travailler, l’organisarion est très différente de la France : le servive était donc le services des impôts municipaux. On peut tout y discuter et la décision est immédiate.

    On voit une miriade de fonctionnaires s’affairer : le “back-office” est sur place bref, à chaque fois que j’ai eu affaire à la fonction publique, ici, tout seb règle dans l’heure. On doit juste passer parfois d’un guichet à un autre pour “suivre” le dossier en cours de traitement. Mais c’est incroyable de rapidité, comparé à la France où certaines formalités nécessitent plusieurs déplacements. Je trouve que l’organisation est ici plus efficace.


    Dois-je les présenter ?

    J’ai quiité la mairie et constaté à quel point le corp s’habitue vite à la douceur de la climatisation. Dehors, il faisait vraiment très chaud. Ca ne pouvait mieux tomber : un bus est arrivé juste à ce moment là, ouf ! Retour à la climatisation. Arrivé à la gare, le terminus, j’ai rechargé mon PASMO et pris le train, direction Shinjuku. Le trajet en Sôbu est quand même plus sympathique qu’en Tôzai… En train, on voit le ciel, grande différence.
    A Shinjuku, direction ma banque. Je ne me suis pas attardé à Shinjuku, le quartier ne m’inspire plus guère. De plus, l’extrème droite vômissait sa prose. Au Japon, l’extrème-droite s’exhibe partout. La gauche en a peur : les assassinats politiques (de journalistes, d’historiens) existent et les intimidations sont fréquentes.


    Passage vers Yoyogi. 16 h 00.

    J’ai marché; 代々木/Yoyogi; 千駄ヶ谷/Sendagaya. Je me suis promené dans cet “arrière quartier” où à l’ombre de la Grande Mama Docomo se lovent de petites maisons tranquilles, le grand parc, des rues qui montent et descendent. Quelle lumière, aujourd’hui ! J’ai ainsi pu retrouvé mon petit 神社/Jinja préféré, avec sa scène pour le 狂言/Kyogen et le 能/noh. Sur un terrain relativement petit, un vrai havre de verdure comme coupé du monde. J’ai continué ma promenade et j’ai finalement repris le train. Je devais aller à 飯田橋/ Iidabashi reprendre une carte de bibliothèque à l’Institut.
    Puis, direction la gare à nouveau, pour prendre le métro cette fois. Petit stop à 日本橋/Nihonbashi pour acheter du pain chez Kaiser. Jun vient diner tout à l’heure. Je suis rentré à 19h avec le sentiment d’avoir bien profité de ce qui représentait pourtant des corvées. J’ai beaucoup marché, ça m’a fait beaucoup de bien. En fait j’adore la chaleur.
    Dans le bus, je regardais les maisons, les jardins défiler sous mes yeux et je me suis dit que ce sont des formes qui me sont désormais bien familières. A Shinjuku, j’ai vite eu envie de partir, sensation de déjà vu et revu : avec la chaleur, les voitures… et comme il n’y a pas de terrasses, finalement un gros quartier quasi insupportable. Bref, un vrai quartier de nuit.
    A la maison, ici, il fait bien bon… je suis allongé, un un courant d’air me caresse le dos.


    Yoyogi, derrière Shinjuku, 15 h 30. Ah, les passages à niveau…


    “Mon Jinja”.


    Je n’ai jamais autant regardé les fleurs que cette année. Si, peut-être aussi dans l’enfance. J’adore les fleurs…


    De timides voeux…

  • 30°, mais à par ça…

    A peine le temps de faire trois courses à Maruetsu que, hop, un petit sticker ! Mon vélo “gène”.

    J’ai travaillé hier jusque 21h et j’ai fini la soirée à la gym où j’ai fait du cardio pendant une heure. Je commence à repérer les visages des habitués. Le personnel s’habitue à moi. Tiens, d’ailleurs, la caissière chez Maruetsu me demande désormais de mes nouvelles, c’est dire. C’est rigolo : vous ne pouvez pas imaginer comme ce genre de truc aide à ne pas se sentir étranger. Chez moi, c’est un truc important, mon père m’en a transmis la hantise. Pas la hantise du racisme “en soi”. Non, celle de ne pas être jugé à ma juste valeur, ce qui est pire car ce n’est pas une question de couleur de peau. Je comprends parfaitement ce que vivent ces hauts diplômés d’origine africaine à qui on ne propose que des métiers subalternes : je suis persuadé qu’ils préfèreraient encore qu’on les traite de “sale nègre”, ce qui aurait le mérite de ne pas remettre en cause des capacités intellectuelle, leur aptitude à être égaux. Cette caissière est à Kasai la première personne que je ne connaisse pas mais qui “bavarde” un peu : elle a constaté que je parlais japonais. Elle n’est pas la seule, heureusement. Qu’est-ce qu’ils sont long à comprendre que l’on puisse communiquer…
    Ce matin je travaillais à 10h. Ca a été difficile de sortir du lit à 7 heures, je n’en suis sorti qu’à 8h. Je voulais me lever de bonne heure, c’est raté. Il fait tellement chaud, et la nuit ici tourne autours de 24°… Je n’utilise toujours pas la climatisation, bien décidé à économiser, he he he… ! Au programme ce matin un vieux monsieur charmand qui parle remarquablement bien le français. Et puis ensuite une brochette de femmes au foyer. Dans la catégorie sympathique.
    J’aurais bien voulu me promener cet après-midi – j’ai quitté à 14h-, mais plus de 30°, en pantalon “travail”/ cravatte et chaussures, ça montre vite ses limites et je me suis contenté de faire deux trois courses. Et puis je suis rentré. J’ai regardé la soirée électorale sur le site de France 2. Et puis j’ai regardé quelques vidéos sur Dailymotion, des vidéos politiques.
    Grande salade de tomate cet après mide, mini sandwish au jambon tout à l’heure : c’est l’été.
    Je ne peux m’empêcher de penser à Nicolas, à un melon, du porto et du jambon de parme…
    J’ai fait deux rêves étranges : mon esprit franchit progressivement les différentes limites qui le séparent du Japon.
    Dans un premier rêve, je voyais des camions très très très haut et très très très fins, un peu comme ceux où on met des chevaux, se préparer à emmener deux armoires Louis XV, dans des tons pastel. On déménageait d’un immeubles aux fenêtres incroyablement hautes, fines. Ces deux armoires étaient elles mêmes incroyablement fines et démesurément hautes. Je regardais ce “déménagement” en spectateur, tout en sachant que ces armoires m’appartenaient. C’était du Louis XV de chez Louis XV. Baroque. Je me suis réveillé, je me suis dit que je venais de quitter Strasbourg Saint Denis, dans mes rêves… C’est drôle car ces derniers temps j’y retournais de bien curieuse façon, de celle que l’on fait dans les rêves, dans des détours de rues très connues et de parcours déjà faits en vélos mais recomposés.
    Et puis il y a trois jours, deuxième rêve. Cette fois, ce qui me trouble, ce sont les magasins. Notamment une boutique Clarins, mais comme la porte s’ouvre j’apperçois une boulangerie. Les magasins sont minuscule et je distingue comme un truc dans l’arrangement des magasins qui permet de gagner de la place et de bien “loger” ces deux boutiques. Il y a beaucoup de femmes dans la boulangerie qui se glissent dans un coin de porte du salon de beauté. C’est une rue et à côté ce doit être comme un café. C’est comme une évidence de Japon… Je suis parfois émerveillé devant la façon dont on peut loger tant de chose en si peu d’espace, par ces escaliers sur le côté, toujours sur le côté… Et puis mon rêve s’est orienté vers une espèce de série de tout petit verroux, mignons comme tout, comme pour des jouets. Je les ouvrais un par un, et alors, je ne sais comment, mais en tout cas un homme me prenait dans ses bras dans une étreinte amoureuse et je me reveillais avec presque la sensation de sentir encore son souffle dans mon oreille gauche qui disparait comme mes yeux s’ouvrent… Quand je vous dis que je suis bien, au Japon et que je n’ai plus grand chose à faire pour m’y sentir bien pour un moment… Quelques petits verroux… tout petits petits. Il devait y en avoir 3 ou 4. Si Stéphane me lit, je lui dédie ces deux rêves, il comprendra. Bon, oui, je sais, il ne me reste qu’à mettre la clef (que je possède, dans ce rêve)…
    Je suis devant mon ordinateur et il fait meilleurs. J’ai fait un léger courant d’air, et c’est très agréable…

  • “week end” en photos


    Aller travailler par ce temps est un dur calvaire. Il fait vraiment très beau et chacun s’étonne du retard du 梅雨/ le tsuyu, ce long mois de pluie qui caractérise le mois de juin. Les typhons seront violents… et le riz renchéri par la sécheresse.
    Mais comment se plaindre : la lumière est sibelle, si vive. Imaginez la lumière d’Alger, de Casablanca, mais avec de la verdure partout…
    Samedi, vers 12 h 15, Kasai, en allant vers la gare.

    Grand soleil et grande chaleur. C’est de plus en plus l’été… et le fantôme glâbre de Sonoko veille sur Ginza… Elle en est un peu la représentante : sa peau est livide, blanche et immaculée comme celle dont rêvent ces femmes au foyers dépensières et gourmandes de ce quartier : ici, tout leur est tout entièrement dédié.
    Samedi, à la sortie du métro, vers 13 h 05.

    Échantillon.
    Plein soleil sur la ville, Ginza piétonne décline un art de vivre famillial et presque sympathique.

    Dimanche, vers 15 h 30.Échantillon. Celle-ci a l’air très aimable. Son mari aurait-il joué aux courses et perdu, la privant de ce nouveau sac à main griffé qu’elle regardait depuis quelques semaines ? Cette mésaventure est arrivée à une de mes élèves. Elle n’a qu’à travailler, j’ai pensé !
    Jeunes, elles sont à l’opposé de ces femmes au foyer. Ici, à Kasai, à la gare. Elles sont amusantes, souvent colorées, fraîches. Pourquoi deviennent-elles toutes des ババ (vieilles)? Si elles bossaient un peu…

    Encore plus radicalement différents, les jeunes à Shibuya, qui parfois frisent le too much, autant dire que j’aime bien… Le gardçon de dos est tellement bronzé que j’ai d’abord cru à un Africain ! La fille est bien brune, aussi. Ben oui, chez certains, résister, ce n’est pas faire de la politique, mais faire tout ce qui donne envie de vômir à la majorité silencieuse. Je ne les comprends que trop bien… J’étais pareil… ! Sonoko ? Rien qu’une grosse conne !
    Et alors, quelle hypocrisie, des fois… La presse dite masculine déborde sans aucun complexes dans le métro, donnant des femmes une image objétisée. La mode des lolitas prépubères des années 90 est révolue : voici les bombes à poitrines volumineuses. Et à côté de ça, DJ Ozuma, ça a choqué…

    Il ne change pas.
    Un dimanche, vers Ginza.

  • Et encore du soleil…

    Ben, aujourd’hui, encore du soleil. Début des cours à 11h40. On s’est levé vers 9h30. Petit déjeuné vers 10h20 et départ à 11h00. Les dimanches sont chronométrés-millimétrés. Ce matin encore, un grand soleil mais toutefois moins chaud qu’hier. Toujours la même lumière en sortant. 葛西/Kasai est loin de “Tôkyô-centre” (pour les traditionnels, la 山手線/ligne yamanote, mais pour moi la 大江戸線/ ligne Ôedo), il faut utiliser l’horrible (car sur-congestionnée) 東西線/ ligne Tôzai, mais le coin est tranquille, vert, la mer est visible très facilement, les rues, larges, laissent voir le ciel. Et bien qu’éloigné, 銀座/ Ginza n’est qu’à 45 minutes en vélo. C’est pas si loin. Et c’est encore Tôkyô. J’adore le grand pont qui franchit la 荒川/ rivière Ara : on y voit la baie de Tôkyô, les bateaux au loin. Le soir, on y voit le feu d’artifice de 東京ヂスニー/ Tôkyô Disney d’un côté et 東京タワー/ la tour de Tôkyô de l’autre. Les avions survolent la baie en route vers 羽田空港/ l’aéeoport Haneda. Le soir, entre les deux rives de la rivière Ara, une masse obsure et épaisse semble s’abattre sur la baie, sur la mer. C’est étrange et profond. Je crois que j’aime la mer… À Kasai, il y a mon “hypermarché” préféré, Jusco (prononcer jasucoo), il y a des parcs, des pistes cyclables. Ca ressemble à une ville française de première couronne avec ses hypers, ses supers (Maruetsu, Y’Mart). Ce matin, il faisait beau et au soleil j’apprécie de ciel qui se laisse voir de partout.
    Journée ordinaire au travail où nous digérons tous l’incident. Les employées Japonaises ne semblent pas inquiètes outre mesure.
    Je suis rentré vers 19h40. J’ai regardé 2 doramas : Liar game et 私達の教科書 (notre manuel scolaire), 2 des 3 que j’ai suivi cette saison. Et me voici qui écrit ce journal.
    Demain, c’est lundi…

  • Quelle chaleur…

    Ah l’été. Carmen Maura, La loi du Désir (Almodovar, 1985), Que calor !
    Ce matin, un soleil de plomb s’est installé, la luminosité a décuplé, je suis dans mon élément. Mais un léger coup de fatigue nous a fait sortir du lit à 10 heures passée : nous voulions aller à l’exposition PARMES à Ueno. Ce n’est que partie remise…
    Nous avons déjeuné tranquilement, et nous sommes sortis tout aussi tranquilement. Quelle lumière, quel soleil… Et puis il y a eu l’après-midi et la soirée au travail, qu’en dire ? Je ne comprends guère cette femme qui se cache du soleil au delà de toute mon imagination, avec son air cadavérique. Comment ce fait-ce que les Japonais n’aiment pas le soleil, qu’ici les crèmes servent à rester blanc(he)s… Cela frise parfois le ridicule, mais bon. En tout cas, faites une journée de grand beau temps et soyez assurés de faire salle comble, salle de classe s’entend…
    Certains étudiants m’exaspèrent, d’autres m’enchantent. Ils ne sont pas japonais, ils sont terriblement humains avant tout, mais, disons, des humains du Japon, avec les problèmes qui leurs sont spécifiques. Ici, on doit se marier (“on en est encore là”, excusez ma vision…), on ne peut pas divorcer, les hommes obeïssent à leurs femmes, elles gèrent leur salaires. NOVA est un fantastique champs d’investigation. Ainsi cet étudiant, cadre supérieur, qui passe ses week-ends à apprendre des langues étrangères car sa femme ne veut pas de lui à la maison. On dirait un pauvre type, en France, ici, il est terriblement ordinaire. Il est donc foncièrement dépressif et son comportement est plutôt eratique. Il sort parfois de ces bétises. Il prétend parler le portugnol, s’est plaint des professeurs d’Allemand qui ne parlent pas l’Allemand Bavarois supposé “vrai allemand”, etc… Ou tel autre qui apprend le français car en fait il rêve de tout plaquer, son travail, sa femme et qu’en fait il ne sait pas par quel bout commencer. Un samedi, il a dit qu’il s’était levé tard, vers 9 heures, le professeur lui a dit que le samedi, 9 heures, c’était tôt, et qu’en France on faisait des grâces matinées jusque vers midi. Il ne vient désormais plus le matin…
    J’aime bien mes collègues, le temps passe très vite et ce défilé incessant de vies, de visages, de malheurs refoulés mais aussi de joies variées laisse, à l’arrivée, plus de bons souvenirs que de mauvais. Je les connais bien, “mes” étudiants. Mais alors, quel manque étonnant d’imagination. Les Japonais ont l’esprit carré, sans la moindre trace de second degré. Et très souvent (NOVA est une école de conversation), quand on lance un sujet, quand on pose une question, la réponse se limite à un terrible je sais pas. Allez causer, avec ça… Alors moi, j’ai des ruses pour qu’ils causent…
    J’ai quitté comme toujours à 21h00 et j’ai filé à Shibuya où Jun m’attendait. Notre quasi-traditionnelle Pizza du samedi soir. Elle est fichtrement bonne, et la traversée, même rapide, de Shibuya a le don de me faire oublier la journée de classes et toutes ces femmes au foyer dépressives, toutes ces bêcheuses quarantenaires de Ginza. À Shibuya, la moyenne d’âge descend dramatiquement, et les styles se téléscopent dans tous les sens. J’adore : ça m’énergise. On est rentré et j’ai fait découvrir Lene Lovitch, Nina Hagen et Siouxsie à Jun. On trouve tout, sur Youtube ! On s’est couché, en fait, super tard. Il faisait chaud…

  • La fin du brouillard et la navigation à vue…

    Hier soir, je suis allé retrouver comme prévu Isabelle qui nous quitte aujourd’hui, vers 本八幡/ Motoyawata. J’ai d’abord rejoint Erika et Vincent. Il pleuvait. On a échangé quelques blagues au sujet de la situation de NOVA. Bon, en fait, c’est moins dramatique : ils n’ont plus le droit de vendre de longs contrats… Cela étant, cela n’empêche pas de se poser des questions: à quelle sauce allons nous être manges? Erika et Vincent ont négocié un étalement de leurs impôts locaux et je constate au passage que de tous les chiffres que j’entends, je suis dans la fourchette la plus basse. Je vais aussi demander un étalement sur onze mois. J’ai reçu, d’ailleurs, ma sécutité sociale, et là aussi, cela s’avère moins cher que prévu.
    A ce sujet, je ne saurais que trop conseiller à ceux qui comme moi viennent au Japon et dont l’employeur ne veut assurer la couverture par la sécurité sociale d’entreprise 社会保険/shakai hoken, de sourscrire au moins à la 国民保険/ kokumin hoken, et non à ces espèces d’assurances débiles (en fait des assurances voyage) qui sont généralement proposées. Celle que NOVA propose (souscrite auprès de Mitsui-Sumitomo si je ne me trompe pas), coûte près de 8,000 yens par mois. Il faut faire l’avance de soins, certains médecins ne la reconnaissent pas. Si elle couvre à 100%, elle ne couvre ni les dents, ni les lunettes. La kokumin, elle, est la sécurité sociale d’état et couvre 70%, plafonnés à 63,000 yens par mois (avec dérogations pour certaines pathologies). La première année, elle coûte moins de 3,000 yens par mois et cette année elle me coûtera 13,750 par mois, déductibles des impôts au contraire des assurances. On est largement gagnant.
    J’attendais de recevoir cela pour passer à la “suite et fin” de mon installation. Mes impôts locaux et ma sécurité sociale vont donc me coûter 22,500 yens par mois. J’attendais plus.
    La soirée a été sympa, j’ai retrouvé Bérénice, aussi. Vous n’aurez pas de photo : cette époque est révolue. J’en ai assez de “partager” mes photos avec Google ! On a mangé dans un restaurant indien plutôt infect (j’ai l’habitude des restaurants à Londres, des currys de Tarika) mais c’était bien, se retrouver ensembles. Ca me fait de la peine, que Vincent et Erika partent un jour aux États-Unis car j’apprécie Vincent (je ne connais pas Érika). Grande conversation sous la pluie avant de se séparer : on ne refait pas un Français habitue à papoter sous les fenêtres jusque tard même s’il pleut, sans se soucier des autres. On a du passer ainsi une bonne heure, et nous étions surpris par tous ces rendez-vous qu’Isabelle a eu avec les étudiants avant son départ. J’en étais presqu’un peu jaloux, mais aussi un peu triste pour elle car elle quitte un pays où elle avait voulu vivre avec passion. Bonne chance au pays des grands Isabelle, et tous mes voeux…
    J’ai attrapé un des derniers métros. Il pleuvait, il faisait un peu frais, et ce n’était pas désagréable.
    Vendredi matin, le réveil sonnait à 8h00. Le 15 de chaque mois, c’est le jour du loyer, or il faut payer le 14 et j’avais oublié, pris par cette histoire à NOVA. Je vais sur mon compte pour faire le virement et… pas d’argent. Bon, j’ai fait le nécessaire en vitesse, suis sorti, ai pris l’argent avec ma carte de crédit, l’ai déposé sur mon compte (ici, on peut faire tout ça en temps réel, au “magasin du coin”, le コンビニ/ konbini de convinience store), puis sitôt fait suis rentré chez moi et ai fait le transfert sur le compte de mon 不動産/ agent de bien. J’ai alors commencé à réfléchir à la situation. Pas d’argent sur le compte à 9h00, à 10h00… Où est ma paie? J’ai contacté d’autres personnes et, toujours la même réponse : moi non plus. Parcouru les nouvelles : nulles traces de faillites.
    L’argent est tombé à midi. Il faisait chaud. Au Japon, on peut aussi facilement passer d’un jour pluvieux à un jour de grande chaleur sans transition. À l’école, la conversation tournait autours du “sujet” : la situation de NOVA, le retard dans la paie. Malgré cette situation baroque, on m’a demandé de faire des heures supplémentaires à Shibuya (au cas où il y avait une grève) – j’ai refusé. Il y a aussi un poste à pourvoir à Ôsaka – j’ai refusé. Étrange climat, inédit dans toutes les entreprises où j’ai travaillé. J’ai l’impression que tout le monde navigue à vue. Le syndicat NOVA en profite (je suis contre ce syndicat car il est uniquement destiné aux professeurs et non aux salariés japonais) et le management ne contrôle pas grand chose. Mais bon, de l’avis général, le navire est solide et passé l’avis de tempête… Pour ma part, cette aventure a clarifé ma situation. Au delà de toute espérance. Je suis tranquille, pas inquiet.
    Je suis rentré chez moi vers 19h00 après avoir fait les courses et supporté l’horrible ligne 東西線/ Tôzai. J’ai fait un peu de net. Et puis j’ai fait une grande salade de tomates persillée avec du poivron vert et de l’oignon, une salade d’avocats au poivrons rouges aillée, des fetuccine (refroidies), et deux viandes grillées poivrées. Jun est arrivé tard, comme toujours depuis que sa société a opté pour un système informatique coûteux qui ne fonctionne pas. En dessert, une salade de mangue et de banane. Fruits et légumes sont incroyablement bon marchés en ce moment, j’en profite.
    On a dû se coucher vers minuit et demi.

  • Dans le brouillard

    Pluie sur Tôkyô. Une pluie fine, peu bruyante. Il fait chaud aussi.
    La nouvelle a fait le tour de la maison : depuis hier, NOVA n’a plus le droit de faire de ventes. Mes collègues sont inquiets, pour tout dire. NOVA n’a que le droit de renouveler les contrats déjà signés. L’image du groupe est ternie, on ne sait trop à quelle sauce on va être mangés. C’est beaucoup d’inquiétude, amplifiée par le fait que nous sommes dans un pays étranger. Pas facile à vivre. J’ai beaucoup réfléchi, cette nuit. Ma collègue Odile, de BNP Paribas m’avait donné son point de vue il y a quelques semaines, on avait longuement parlé. Je suis prêt à me bagarrer. Ce matin, en faisant mon lit, ma situation m’est apparue clairement et j’ai retrouvé un peu de sérénité. J’ai repensé aussi à mon ami Stéphane qui a vécu quelques tragédies à un bref interval, autrement plus difficiles, douloureuses. Et puis il y a Jun, qui mérite que je ne me laisse pas perturber par ce type de difficultés. Hier, mon horoscope était excellent : je décide donc que ce qui est arrivé hier est une chance, une nouvelle étape qui s’ouvre dans ma vie au Japon.
    J’ai longuement eu un collègue au téléphone, et pour lui, la nouvelle, doublée de l’arrivée des impôts locaux -un coup de massue, soi dit en passant-, a été extrèmement difficile : il compte se marier avec sa fiancée américaine, et d’un seul coup, tout devient incertain professionellement, financièrement. Je crois que chez chacun d’entre nous, l’annonce de cette interdiction (décision de justice suite à un procès d’une union de consommateurs) a réveillé des douleurs enfouies, celle des recherches d’emploi en France, du chômage. Mais au Japon, c’est très loin d’être facile. On est tous un peu sonné.
    Le temps est à la pluie, ça arrange les choses. Je me suis levé tard (j’ai regardé des vidéos jusqu’à 3:00, cette histoire me perturbant un peu), et j’ai mis un peu d’ordre dans mes affaires. Moi aussi, j’ai mes impôts qui sont arrivés. Quelle histoire… Ce soir, je vais retrouver Vincent (le collègue qui va se marier) et sa fiancée Erika. Nous allons dire “adieu” à Isabelle. Isabelle était arrivée au Japon mi décembre, mais très vite, elle a décidé de retourner en France car elle y avait rencontré quelqu’un peu avant son départ. Elle a arrêté de travailler le 1er juin, elle part demain. La soirée ne sera certainement pas très joyeuse, car Vincent, Erika, et moi on aura un peu la tête ailleurs.
    L’année dernière a été finalement incomparablement parfaite, presque trop facile, et 2007 est la vraie année de “réalisation”.
    Il y a des gens qui disent que la liberté prime sur tout, et je suis parfaitement d’accord. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’on entend par “liberté”, et ne pas perdre de l’esprit qu’il n’est pas de liberté possible dans l’angoisse sociale.
    Notre inquiétude est finalement terriblement banale.

  • Quelques excuses…

    J’en ai assez de faire du Suppaiku. Je suis Suppaiku. Alors je ne sais pas quoi trop écrire.
    Je réfléchis beaucoup. De temps en temps de lointains souvenirs refont surface, comme ce soir alors que j’étais avec Jun. J’ai pensé à une autre époque, tiens oui, quelle époque c’était, et puis à un gars à cette époque là, et puis la pensée est partie aussi vite qu’elle est venue. J’étais avec Jun, et je crois que je l’aime très fort. Des fois c’est la lumière, ah, la lumière à Tôkyô… Des souvenirs de mon enfance, des vacances d’été, le soleil quand j’allais dans la Sarthe en août après avoir passé juillet à Pontault, ah, cette lumière de l’été, mais alors ici, comme elle est intense quand elle est là.
    C’est amusant, moi qui critique toujours tout, mais comment dire, j’aime Tôkyô. La ville est moche et les gens font la gueule quand ils ne se marchent pas dessus en sortant des wagons, mais ils savent être aussi plus souriants. Bref, comme je suis bien ici… J’ai vu ce soir une vieille dame qui posait sont portefeuille sur une tablette, avec sa monnaie dessus, peut-être 7 ou 8,000 yen, le temps de remplir son sac avec les courses qu’elle venait de faire. On est bien, ici…
    Je suis allé à la gym cet après midi, ça me fait du bien, et puis je vais bien finir par m’y faire des copains, qui sait ?! C’est ce qui me manque le plus, ici, les contacts humains. On ne remplace pas aisément les amis drainés par les ans.
    NOVA accumule beaucoup de difficultés financières et cela devient inquiétant, cela me fait réfléchir également. Mon ancienne collègue Odile m’a parlé d’ambition, que dois-je en penser ?! Les étudiants eux ne changent pas. Il y a celles et ceux que je retrouve avec plaisir, il y a celles et ceux que je ne supporte plus. J’apprécie par contre toujours autant mes collègues.
    J’aime aussi le quartier où je travaille, Ginza. Pour le travail, en fait, c’est idéal. J’ai repensé à ce que m’avait dit Maruchan : sa vision de Tôkyô et de la vie à Tôkyô sont justes. C’est marrant, il y a une élève qui le connait.
    Je suis dans mon lit, il fait très chaud, il est tard. J’organise de savants courants d’airs qui raffraichissent la pièce : il est hors de question, en tout cas pour le moment, d’utiliser l’air conditionné.
    Je ne regarde plus la télévision, son spectacle est affligeant et les informations sont indescriptibles, incomparables pour leur pauvreté. Il y a bien la NHK… mais quelle tristesse, cette chaine. Quand je me laisse aller à regarder la TV, c’est bien sûr les informations du soir 報道ステーション/Hôdo-station sur 朝日テレビ/ Asahi TV. Ce sont des informations “de gauche”, enfin, pour le Japon. Mais il n’y a rien à faire, les coupures pub dans le journal me gènent.
    Je me suis plaint de mes voisins qui ne séparent pas les ordures. L’un d’eux s’était plaint après que j’eu fait du bruit par inadvertance, une fois, à 2 heures du matin. Pas un petit mot, non, une plainte au propriétaire. Je renvoie l’ascenceur : c’est le même…
    Demain la pluie, le 梅雨/Tsuyu arrive, il est sur Kyûshu. Il parait que cette année il ne durera pas longtemps… Le beau temps persistant a un grand avantage : je me gave de fruits et de légumes dont les prix sont, en tout cas dans mon quartier, terriblement bas en ce moment.
    Je parviens à faire des onigiris !

  • Écrire un blog…

    Vous l’aurez constaté, je n’écris guère. Je n’en éprouve en ce moment aucun besoin. Ou plutôt si, mais pas sur le net. C’est somme si je n’avais rien à partager. Chez moi, cela correspond à une phase de transition, et pour tout vous dire, je ne sais pas trop pour le moment si le blog correspond bien à ce dont j’aurai besoin par la suite.

    LE JAPON…
    Ben j’y habite, que voulez-vous de plus… J’écrivais ce message à Nicolas, la semaine dernière:
    “Comment ça va ?
    Marrant, pour Divine Comedy… J’ai écouté Promenade il y a quelques jours. Effet bizarre, j’ai rapidement arrêté. J’ai ressenti comme cela m’arrive parfois l’éloignement, et là c’était et le temps et le lieu. J’aurai certainement l’occasion de me refaire des souvenirs avec Divine Comedy…
    Je suis attéri au Japon un peu plus après la présidentielle.
    Tout ne me plait pas, ici. Il y a même des fois, rien ne m’y plait. C’est quand même un peu le pays de Le Pen, ici…
    Pourtant, régulièrement j’y retrouve ce que j’y adore. Cette couleur verte intense et lumineuse qui est réapparu au fur et à mesure du mois d’avril, cette lumière des jours de soleil : Tôkyô est à la hauteur d’Alger. Tu sais, L’Étranger… Oui, à Tôkyô la lumière est belle. L’humidité du climat y ajoute une verdure incroyable, une variété d’espèces végétales folle… Cette ville est foncièrement moche. Pourtant, quand vient le soir, c’est une ville incroyable, lumineuse, grouillante. Hier, il pleuvait et j’ai fait du vélo : il faisait environ 22°, c’était une fine bruine, et c’était presque agréable. Les gens aussi sont, dans l’ensemble, très avenant. Il faut qu’ils s’habituent à nous pour nous parler, à nous, les étrangers : je pense que c’est un peu partout pareil.
    Ce qui est difficile parfois, c’est le sentiment d’encasernement de toute la société d’un côté, et de l’autre la crétinisation d’une grande partie de la population. Je pense souvent à Maurras, ici : la liberté est en bas, le pouvoir est en haut. Le Japon n’est absoluement pas une démocratie, et j’apprends à y haïr encore plus violamment les discours “différencialistes”.
    Car toute cette crétinisation se fait au détriment de la culture du Japon, et de son histoire, dont les masses sont totalement ignorantes. Un peuple sans histoire est un peuple plus facilement manipulable. Par ailleurs, ils sont entretenus généralement dans une ignorance totale des pays occidentaux, présentés comme une grande masse, avec des villes et des pays plus ou moins spécialisés. Nous sommes le pays de la bonne nourriture et de la mode. Londres est une ville “à la mode” et les Etats Unis sont les plus forts en tout. Les autres pays offrent des caractéristiques plus ou moins éxotiques. La liberté, les droits de l’hommes sont des concepts ignorés et le lien entre grève et avantages sociaux a été depuis longtemps coupé par les fortes répressions des années 50/60 et la domination de la grande finance sur les 3 groupes de presse qui contrôlent les journaux, les magazines et la télévision… où l’on ne voit qu’idoles et stars se baffrant à n’en plus finir en mourant d’extrase tellement “c’est booooooon”… Ce qui me faisait rire ne m’amuse plus guère : c’est TOUJOURS les mêmes et c’est TOUJOURS les mêmes émissions.
    Pour un “Libéral”, c’est très violent, cette réduction de la liberté à l’apparence et à la consommation. Car pour le reste, c’est “le groupe” qui domine…
    Mais finalement, j’apprends à m’y faire. C’est ainsi. J’apprends au Japon à vivre modestement à ma place et au quotidien.
    Je vais à la gym et je travaille. Je réfléchis à mon blog où je marque une pose, j’écris des notes épars et je pense. Aussi contradictoire que cela puisse paraîte, aussi paradoxal que cela soit : je me sens incroyablement bien, ici. Les Japonais aspirent à la tranquilité et au fond de moi je l’ai toujours retrouvé. La répétition du même, ici, ne me pèse pas comme à Paris, car j’ai choisi de vivre ici. Par moments, je me surprends à être surpris de voir autours de moi tant de Japonais… Faire du vélo, c’est mon autre passe temps possible : il a plu tout l’été dernier et n’en ai guère profité mais je m’y suis remis. L’arrondissement voisin de Kôtô-ku est rempli de canaux, de ponts et il y a un très grand jardin un peu comme le Parc Brassens ou La Villette. Il y a deux semaines, avec Jun, nous sommes allés au Parc du Palais impérial un dimanche soir. On y a dégusté une tarte aux fraises : Jun avait du travailler le samedi et on ne s’était pas vu de la semaine. Très beau souvenir. A Paris, les parcs sont fermés la nuit… Il y a Jun, et ce n’est pas la moindre des choses qui me soit arrivé, ici. Dans ce pays où personne n’aime la politique, où on ne s’y intéresse pas, j’ai rencontré un garçon de gauche, d’une famille de gauche… la mère et la soeur votent socialiste ! C’est un garçon très simple dans ses goûts, très droit.
    J’ai des habitudes “commerçantes” : le pays à Matsuya et le sourire des jeunes vendeuses quand j’arrive. Un Français dans une boulangerie française, ça les flatte un peu, d’autant qu’à Ginza, il y a plétors de boulangeries. Mais il n’y a qu’une “Kaiser”. Amusant, la maison mère Kaiser est juste en face de l’entrée de … Tarnier. Souvent, le matin, je rêvais d’avoir le temps de m’y arrêter. Désormais, je mange mon pain Kaiser régulièrement…
    Travailler à Ginza, c’est vivre comme un prince au milieu d’un quartier cosmopolite. Le gateau au chocolat “the heart” de la pâtisserie viennoise Demel en est le symbole : à Ginza, il y a des traiteurs et des commerçants du monde entier. Les Japonais sont amoureux de la bonne nourriture… et ils se font facilement complices quand on aborde cette question là.
    Hormi le métro où on bat tous les records de sauvagerie, l’ambiance des rues est calme, disciplinée, organisée. Le service est partout impeccable, pour des prix (bas) inimaginables en France. Le Japon a su conserver les petites attentions qui autrefois existaient également en France. Il en fait sa fierté, et certains Japonais n’hésitent pas à dire que ce sont des attentions typiquement japonaises…
    Les Japonais sont curieux d’où on vient mais sont toujours étonné que l’on connaisse autre chose que les sushis ou Hamasaki Ayumi. Que j’aime le Kabuki ou Kyôto, ou les sobas, ça les sidère toujours un peu, surtout si je le dis en japonais. Ca leur semble presque incongru, mais en même temps, ils se montrent après beaucoup plus souriants, attentionnés.”

    Ca peut faire un peu carte postale, mais en un an mon regard s’est nuancé, je me suis habitué à beaucoup de choses et notamment à la télévision que je ne regarde plus, comme beaucoup de Japonais le font eux-même.
    Comme je me promène un peu plus, j’ai un peu moins de temps pour écrire… et faire des photos, en ce moment, ça m’ennuie : c’est comme si je ne vivais que dans un objectif ! Rejet ! En fait, je me remets parfois à écrire, mais sur du papier. Craignez que je ne vous abandonne… Ah, oui, je vais dans un club de sport !

    LA POLITIQUE…
    La campagne électorale aura eu un effet très profond à beaucoup d’égards, et c’est tant mieux. C’est comme si je m’étais libéré de poids et de références, de liens d’un autre temps, et non des moindres comme ce qui fut pour moi si longtemps ma “filiation” politique à Michel Rocard. Non que le rocardien que j’ai longtemps été n’ai jamais été traversé de doutes ou de réserves, mais il est un moment où on ne peut plus. Et comme la longue liste de ses fidèles qui l’on quitté au fil des ans (Jean Daniel, Gilles Martinet… ) à la suite de ses “sorties en solitaire”, eh bien, j’ai tiré ma révérence sur cet homme dont le nom évoquera pourtant jusqu’à mon dernier souffle une certaine idée de la gauche et du socialisme. Pour avoir lu ici où là, c’est chez ceux qui se sont senti proche de lui que sa visite à Bayrou a fait le plus de dégâts, parce que cette visite et le discours qui a suivi était à l’opposé, par la méthode et sur le fond, de tout ce que Rocard a jamais défendu : la question n’est pas la question de l’alliance, mais ce que l’on veut faire politiquement. Or, le renoncement de Rocard à tout engagement européen qui aille dans le sens fédéraliste ainsi que son quasi-refus de tout passage à la 6ème république invalide à mon sens ce qui, éventuellement, pourrait permettre de faire un “bout de chemin ensemble” avec une force politique “progressiste centriste” émancipée de la droite (et sur ce point, on voit que ce n’est pas encore gagné). Bref, je persiste à croire que ce geste était d’abord et avant tout dicté par la rancoeur. Je ne suis plus rocardien, je reste mendésiste. Je suis socialiste, et j’attends plus que jamais la naissance de la social-démocratie européenne.
    Cette élection, mais aussi toutes les prochaines élections qui en Europe vont balayer les derniers gouvernements de centre gauche (en Allemagne, le SPD est le grand perdant de la coalition et je ne crois pas du tout à la viabilité de la “marguerite” italienne qui dilue la gauche dans le centre) et de gauche (la Suède a ouvert le bal et le UK devrait tôt ou tard suivre la même direction), va peut être enfin permettre de mettre au centre des débats la place que peut occuper la construction Européenne dans la réinvention de la social-démocratie. Non comme une voie modérée, “sociale”, mais en tant que réel projet démocratique avec tout ce que cela implique de droits, de contre-pouvoirs, de liberté et d’égalité, à l’échelle d’un continent. Bref, un retour aux fondamentaux du socialisme lui-même.
    Le Socialisme renouvelé réussira à grande échelle ce que le PSU su faire naguère. Aujourd’hui, c’est “avaler” la moitié d’Act-Up, du DAL, les militants des mouvements de sans-papiers, c’est avaler “les verts”… Et c’est ensuite ne pas avoir peur du résultat en misant sur le caractère Européen (voire international) de ces urgences du socialisme et en plaçant le droit et la liberté au centre du projet politique (la droite y place traditionellement l’ordre et la propriété). Il n’y a de socialisme que dans le Droit et dans la liberté : c’est la base du “socialisme libéral”, et c’est sur ces principes que Rosa Luxembourg émit ses premières réserves au sujet de la révolution d’octobre.
    J’écris “socialisme libéral”, et non “social-libéralisme”. Le socialisme n’est pas une ambition sociale. C’est d’abord et avant tout une ambition politique, une ambition très tôt devenue européenne, voyant dans la démocratie non un but mais un processus. Le socialisme libéral s’est rapidement opposé au marxisme dont il constitue toutefois l’origine (Marx, les “manuscrits de 1844”). La social-démocratie est le pendant marxiste du socialisme libéral (qui en france a lui progressivement évolué soit vers l’anarchisme, soit vers le radicalisme en réalisant une synthèse avec le courant républicain pendant les vingts années de dictature Napoléon III). La Commune en a montré la force comme la faiblesse. Le PSU a été, dans les années 50/60 la tentative de réaliser une synthèse des deux traditions. Rocard, Mendès, Martinet, Savary,…, la CFDT, la guerre en Algérie, Charletty… Le PSU a nourri de l’extérieur ce qui plus tard deviendra le PS !
    Il revient aujourd’hui de faire le même travail. L’objectif n’est pas de gagner les élections, il est de parvenir à occuper le pouvoir suffisament longtemps pour opérer des transformations durables. Il nous donc faut un projet qui se prolonge de lui même et seule la démocratie est un projet jamais achevée. Vaste chantier… enfin réalisable.
    De Tôkyô,
    enfin devant son clavier
    Suppaiku