Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • De mes Lubbie(s) economiques en general, et du travail en particulier

    De mes Lubbie(s) economiques en general, et du travail en particulier

    Et voilà, j’ai repris mon ordinateur avec moi, et j’écris dans le métro qui me conduit au travail. J’ai laissé en plan plusieurs textes, je devrai les reprendre. Il m’est extrêmement difficile de me concentrer quand j’ai des soucis d’argent, des soucis de travail. C’est familial, c’est comme ça.
    Alors j’ai terminé This time is different que j’avais abandonné il y a quelques mois, et puis j’ai lu un livre de prospective de George Friedman, The next 100 years, et je suis revenu à The Ascent of money, de Niels Fergusson. Une envie de me replonger dans l’économie avant de passer à l’écriture d’un truc qui me tient à cœur depuis deux ans, développer ma théorie des cycles économiques courts et longs mis en parallèle avec des marqueurs culturels. J’ai ainsi baptisé un certain nombre d’entre eux. Le Pic (1963/1967). La société de consommation (1967/1971). Le temps des crises (1971/1975). Les derniers feux Keynésiens (1975/1979). La grande glaciation (1979/1982), que suit La grande décontraction (1982/1987). Le moment Européen (1987/1992). Le Printemps (1992/1996). Les années 2000 (1996/2001). Le décollage (2001/2005). Les années babe (2005/2009). Certains vont même de soi, comme Les années folles (1924/1929) et La Dépression (1929/1933) ou Le New-Deal (1933/1937). Ou La guerre (1941/1945). J’ai bien entendu calé mes « jugglar » (les cycles courts sont appelés cycles des affaires et ont été mis en évidence par Jugglar) sur les U.S.A. puisque le monde s’est synchronisé sur les cycles américains depuis la fin de la guerre de 14. Mais on trouve des cycles plus européens auparavant. Ils sont parfois un peu en décallage (un an tout au plus) des jugglars communément admis. Je les ai en effet calés sur des phénomènes culturels. Par exemple, si on se penche sur le cas le plus récent, même si Madame Guetta est célèbre depuis près de 20 ans, il faut avouer que son allure vulgaire de nouvelle riche qui porte de la marque, qui parle comme Jacky Sardou et a autant de culture qu’un champ de pomme de terre, son côté « Angela », la serveuse de « d’la naït’ » du premier Loft, s’est généralisé à l’époque de la bulle CDO-CDS qui a emporté Lehman Brothers et Bear Stearns en 2008, avec toutes ces vidéos de filles gonflées aux silicones à moitié à poil tordant leurs culs sur des “musiques” standardisées, trop “délire”. Je trouve qu’elle représente bien cette époque d’argent facile, moi, la Guetta. En fait, on pourrait presque appeler le cycle long de 25 ans, les années Guetta, ce triomphe personnifié de la culture Thatchérienne mêlant argent décomplexé, égo roi, silicone et décontraction cool. L’égoïsme social, « mes lunettes, c’est des Dior, et je t’emmerde, parce que tu vois, moi, j’m’éclate ».
    Les cycles longs, alors là, j’innove. Généralement, on se réfère à un économiste d’un pays sous-développé blanc, donc considéré comme développé, la Russie Soviétique, Nikolai Kondratieff. Kondratieff, tout en se réclamant du marxisme, a basé sa théorie des cycles longs sur les prix, ce qui le rapproche des monétaristes. Il est donc devenu bien contre lui la coqueluche des millenaristes chretiens Americains qui hurlent a la dette en ce moment, des monetaristes qui voient Obama comme un agent du Nouvel Ordre Mondial et de tous les types qui conseillent d’acheter de l’or. Qu’il y ait de l’inflation, et c’est « l’été », que les prix ne montent pas, et c’est « l’hiver ». Pour les fans de Kondratieff, en ce moment, c’est l’hiver, par exemple, et la crise révèle la fin du cycle. En revanche, 1929, c’etait l’été, et l’économie avait surchauffé. Enfin, ça, c’est ce qu’ils pensent.
    Quelle bande de crétins. Appliquer une théorie des prix, la théorie classique, née à l’époque d’une économie agraire et dépendant des ressources, à l’économie des sociétés industrielles… Moi, je suis un marxiste de base : dans une société capitaliste, ou le profit est le moteur, aucun doute, un cycle économique se défini sur le plus ou moins de capacité à creer/generer/gagner de l’argent. Et là apparaissent des cycles qui me semblent bien plus intéressants. J’avais « prédit » une onde longue de prospérité en 1991 (je me rappelle très bien la conversation), et j’ai écrit fin 2008 dans ce blog que dès la fin 2009, on commencerait à réviser les prévisions de croissance à la hausse, et ça n’a pas manqué. Je ne suis pas un génie, je suis un passionné d’économie, qui au passage maîtrise bien la généralisation de la finance (je sais comment fonctionne les dérivés, j’en ai vu tout plein !) et Marx m’a convaincu sur un point : dans un système basé sur le profit, la crise, c’est quand le profit baisse de façon structurelle. En 2008, les profits n’ont fait que baisser conjoncturellement, il n’y a qu’a regarder Apple, Microsoft, Google… Par contre dans les années 70, les profits étaient vraiment à la traîne.
    Mes cycles à moi, je les nomme à partir de la technologie qui a permis de réaliser des gains de productivité, donc générer du profit. Ils naissent en général dans le cycle précédent. Ca donne ainsi, de 1913 à 1938 l’âge du pétro mécanique; de 1938 à 1965, l’âge électrique ; de 1965 à 1991, l’âge électronique ; depuis 1991, l’âge informatique. Du retournement de cycle court qui s’amorce devrait naître ou s’épanouir la technologie du prochain cycle. Il est fort à parier que ce sera quelque chose qui permettra de réduire la consommation d’énergie. Voilà ce qui m’a fait conclure dès 2008, alors que Lehman venait d’être emporté, que le prix des matières premières atteignait des sommets et que tout le monde chantait l’apocalypse, que ce serait dur, violent, mais que ça ne durerait pas longtemps. Je constate au passage que Georges Friedman, dans The next 100 years, pense exactement la même chose et rappelle que la récession de 1979/1982 a été bien plus violente. Ce que j’ai toujours pensé puisque la récession du tournant des années 80 correspond en gros à la grande dépression, l’amorce de la fin d’un fin de cycle, et donc la mise en place des mécanismes de régulation du nouveau cycle. En 1933, la mise en place d’une politique « socialisante » par Roosevelt qui inaugure l’époque « socialiste » et «social-démocrate ». Et entre 1979 (Thatcher) et 1981 (Reagan), la mise en place d’une régulation par la quantité de monnaie en circulation, le monétarisme et son corollaire, la libéralisation des flux financiers. Le New Deal, et ce que j’ai appelé La Grande Glaciation. Pour casser l’inflation, les néo-conservateurs ont gelé l’économie à coup de taux d’intérêts historiquement très hauts. 30%, voire 35%. Il y a eu 4 millions de chômeurs en Angleterre, 15 millions aux USA. La question ici n’est pas de dire si ce fut bien ou pas, mais c’est ce qui fut. Qui se souvient de British Leyland, le fabriquant de voitures ? Disparue entièrement. Qui se souvient qu’en France on pouvait acheter des voitures Simca. Je pourrais continuer la longue liste de ces pans entiers de l’industrie qui ont disparu.
    D’ailleurs, on parle d’inflation pour les années 70, or, les années 70, c’était en fait une réelle déflation, mais en environnement keynésien, avec un soutien de la consommation. Avec des hausses moyennes de prix de 12% en France, mais seulement 7% pour l’industrie, et des hausses de salaire de 12 à 15%, comment ne pas appeler cette baisse réelle des prix si ce n’est par son vrai nom, une déflation. Une baisse de la valeur réelle des choses. Deflatez les indices boursiers, les prix de l’immobilier, et vous verrez : ca baisse…(je livrerais ces indices dans les articles). Voilà pourquoi les entreprises fermaient les unes après les autres. Coincées entre une concurrence féroce à l’international, et un niveau de hausse des salaires soutenu destiné à « soutenir la demande ». En 1975, on a fait plus de 4% de croissance grâce à la « relance Chirac », mais cela n’a pas empêché le triplement du chômage, de 300,000 fin 1973, à plus de 1 millions début 1976.
    Qui se souvient qu’a l’epoque “socialiste”, il n’y avait que 100,000 chômeurs en France… ?
    La solution Thatcher a été une solution, d’autres auraient été possibles certainement, il y a juste qu’elles n’ont pas été pensées car la gauche avait décidé de fusionner avec le keynésianisme. Et la droite, généralement soucieuse de paix sociale, avait fini par abandonner dans ce sens. Mais ça ne marchait plus.
    On évoque souvent les années 20, au contraire, comme une période prospère. En fait, la dépression est rampante tout au long des années 20. L’Allemagne en est une caricature, mais les campagnes américaines où le besoin de consommation des villes conduisit les paysans à s’endetter fortement, dévoilent une situation de plus en plus désespérée : les campagnes ont été frappées par le krach de Wall Street dès la fin 1929 avec des expropriations spectaculaires qui ont mis des millions de personnes sur les routes, comme le racontent Les raisins de la colère. Les années 20, c’est d’abord un après-guerre où on a voulu oublier la plus grande boucherie du 20ème siècle. Un peu comme les années 70 ont été la grande éclate des enfants du baby boom, marginaux ici ou cadre urbain là. Les uns explorant la planète, défricheurs des possibles de l’hédonisme, les autres s’installant dans une culture nouvelle, « moderne ». Giscardienne. Avant de devenir Mitterrandienne ou Thatchérienne quand ces deux branches du baby-boom fusionneront pour donner naissance au trentenaire post-moderne de Lipovetsky aux temps de La grande glaciation.
    Ce qui m’intéresse, c’est une lecture sociétale, c’est de retrouver la trace visible de modifications économique, c’est la relation entre ce que Marx appelait superstructure et infrastructure. Sur ce point, force est de constater qu’il avait incroyablement tort car il sous-estimait les « dynamiques ». Edgar Morin, appelant a une pensee de la complexite. Quelque choses qui rendrait compte des interractions, des dynamiques internes et exterieures. La vision de Marx n’était pas fausse pourvu qu’on y ajoute de la dynamique, de l’interaction réciproque et surtout de la dynamique propre à chaque champ. Quand Thatcher a laisse les syndicats négocier des hausses de salaires de 25% en 1980 – là où les travaillistes tâchaient de contrôler pour juguler l’inflation-, il était entendu dans sa tête que pour défendre la monnaie elle pousserait les taux d’intérêts à 30%. En 1981, les taux étaient à 35%, mais avec un chômage à déjà plus de 3 millions de personnes lié à la faillite de milliers d’entreprises étranglées par le coût du crédit et incapables de se procurer des liquidités, les prix se sont mis à baisser. Vers 1982, l’inflation était vaincue en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Mais ce qui est intéressant à noter, c’est que ce changement purement économique a entraîné le second changement : British Airways était en 1982 en quasi-faillite, accumulait les pertes. Thatcher a privatisé. Un vrai coup de génie, en fait, car des 1982, les taux ont commencé à baisser. Ceux qui avaient été épargnés par la purge et qui au contraire avaient des économies recevaient des taux annuels de 15% encore en 1982 malgré une inflation nulle. La privatisation a offert un nouveau débouché à cet argent tout fraîchement créé. La suite, on connaît… Bref, les dynamiques s’alimentent et les évolutions influencent d’autres champs en s’influençant elles-mêmes. C’est d’ailleurs comme ça que la Suède a bâti son « modèle ».
    L’originalité, donc, au delà de l’économique, ce sera « voir » le changement à travers des créations artistiques, à travers la culture. C’est mon joujou depuis des années… Et Youtube m’apporte 115 ans d’images…
    Je vais poster tout cela dans mes « Lubbie(s) » en haut. Si vous me suivez sur Facebook, je posterai des vidéos, également, répertoriées par phase de cycle. Comme ceci :
    L’âge électronique (-) / La Grande Glaciation (-), 1981
    Ou bien comme cela
    L’âge informatique (+) / Le Printemps (+), 1994

    En donnant ma lecture de ce que je donnerai a regarder. Il y a des fois, c’est extremement emouvant, voir le neuf jaillir au milieu de l’ancien. J’avoue en ce moment etre fascine par la publicite du Parti Conservateur en Grande Bretagne, car elle rompt avec enormement de visuels des 15 dermieres annees. Les annees Blair…

    Et puis…
    J’ai commente un lien d’un ami de longue date retrouve recemment sur Facebook. Je parle de lui, d’ailleurs, dans une des nouvelles postees sur ce site. Son lien, c’etait une declaration de Cope sur les chomeurs. Une de plus. C’est normal, apres avoir eponge les centaines de milliards de pertes des banques, il faut bien remettre les pauvres a leur place… Je poste ici mon long commentaire, que Xavier a lui-meme poste sur son mur. Et je poste un second commentaire que je n’ai pas pu poster et qui complete et termine le premier apres que quelqu’un ait commente que j’avais bien de la haine contre le systeme.
    En fait, et ca recadrera le sujet, le fond, en fait, c’est qu’en France, IL N’Y A PAS DE TRAVAIL. Il y a un sous emploi structurel d’environ 5 million de personnes (les 3 millions, plus les 1 millions de RSA/RMI sortis de la statistique, plus les CES/emplois bidons/ stages egalement sortis de la statistique, plus les interimaires egalement sortis). Voila la realite.
    L’economie francaise a souffert de sous investissements massifs des la fin des annees 60, les patrons preferant garder les profits, voire meme, dans le cas de la machine outil et de la siderurgie, l’etat subventionnant des branches et les actionnaires empochant les subventions (leur nationalisation a coute 1 franc pour cette raison).
    Le resultat est qu’on n’a pas pu, comme l’Allemagne, garder de l’industrie. En France, on fabrique cher, des trucs ordinaires que d’autres produisent pour bien moins cher. Le resultat est que les gens ayant peu de qualifications ne trouvent plus les travaux qu’ils pouvaient trouver avant. Pour resumer, les capitalisme a vide les campagnes. exploite ses enfants deracines, et maintenant, n’en a plus besoin.
    Comme ca coute cher, et que l’ideologie dominante, resoluement anti socialiste (meme chez pas mal de “socialistes), est aux “baisses d’impots”, on assiste dans tous les pays developpes depuis 20/30 ans, a une hausse progressive des deficits et des dettes (parfois, ca baisse, mais a chaque recession liee a cette deregulation, ca remonte plus haut) qui “justifie” de faire des economies quelque part.
    Ou ? Les services sociaux, l’etat providence.
    Tout le discours sur l’emploi est du bidon.
    Il y a des gens qui font des stages depuis 20 ans sans jamais trouver de travail. Parce qu’il n’y a pas assez de travail, et que par consequent les recruteurs selectionnent et excluent les gens au profil trop “stagiaire”. Ou alors ne les “pre-embauchent” qu’a l’aubaine d’une pre-embauche de 2 ans, exoneree de charge et au salaire pris en charge a 50%. Un travailleur a moitie prix, ca c’est trop cool. Ca coute 3 fois plus cher qu’un chomeur a l’etat, mais apres tout, ca satisfait Parisot.
    Il faut se faire a l’idee que la France a perdu son industrie, que la structure meme du financement de la protection sociale nuit a l’artisanat, aux petites boites mais pas aux grosses et que la seule solution constituera pour la gauche a fiscaliser la protection sociale et supprimer les cotisation : taxer les profits et pas le travail. Mais FO est contre… Il faudra donc egalement resonger a baisser le temps de travail de facon importante, apres avoir eu le courage d’expliquer qu’il y a mieux que de tres hauts salaires, bouffes par les bulles immobilieres et les recessions, il y a le temps de vivre et de s’occuper de ses enfants, de son quartier et de sa vie. Oui, je sais, c’est socialiste.
    Et en attendant, il faut arreter de culpabiliser les chomeurs. Une societe plus juste devrait d’abord distribuer une allocation decente sans contrepartie.
    Il n’y a pas de travail, et ces systemes de flicages bouffent les gens. J’ai vu des gens chialer, se rouler par terre car ils n’en pouvaient plus, a la CAF, parce qu’on leur avait coupe un RMI sans prevenir parce que “ils n’avaient pas remplis les objectifs de leur contrat d’insersion”. Au passage, je haie les employes de CAF et des ASSEDIC/ANPE/POLE EMPLOI, qui sont de vrais flics. Une fois, je me suis fait taner par une connasse qui voulait me faire faire un stage alors que je bossais en interim de facon continue depuis 5 ans, et n’avais jamais reclame mes allocs dans les periodes de chomage de 1 a deux mois. Elle m’a menace de je ne sais quel penalite. Je la voyais qui faisait son touche par touche sur le clavier, comme une grosse conne de la CAF et des ASSEDIC/ANPE/POLE EMPLOI qu’elle etait. Je lui ai dit que je gagnais 2000 euros par mois, que je parlais anglais, allemand et japonais, que je lisais l’arabe, que comme j’etais interimaire, je passais des vacances de 2 mois au Japon tous les 1 ans et demi (les fameux 18 mois maximum…), que j’utilisais Excel, Word, Access et Powerpoint, que j’etais Windows et MacIntosh, que j’etais qualifie pour daire des Swifts et que je maitrisais une vaste gamme de credits derives puisque j’etais specialise en controle et reconciliation, que j’avais des bases en comptabilite financiere “a double entree”, mais qu’egalement je maitrisais assez bien la fiscalite du patrimoine. Enfin, comme je suis diplome en histoire, j’avais une tres bonne technique des prises de notes et redactions de notes de synthese, et que c’etait grace a ca que je m’etais retrouve a faire de l’interim en finance. Mais que j’etais pret a accepter un stage, “qu’est-ce que vous avez a me proposer?”.
    J’en ai rajoute autant que j’ai pu, je crois, je jouissais. C’etait une comme elle qui avait dit a mon pere qu’il n’y avait plus de travail en France et qu’il devrait “rentrer dans son pays” et que son titre de sejour pouvait etre suspendu. Mon pere s’est tape des mois d’insomnies. C’est une comme elle qui a appele les flics en menacant de porter plainte pour vider mon frere de leur bureaux parce qu’il demandait des explication depuis qu’ils avaient perdu son dossier et donc stoppe les versements pendant 5 ou 6 mois (il a recu l’argent, il avait deja repris un travail). Ce sont des comme elles qui denoncent les etrangers aux CAF quand ils n’ont pas de papiers. Ce sont des comme elles qui suspendent des allocations sans prevenir, parce que c’est leur travail. Ce que j’ai vu aux CAF quand j’etais RMIste (de 1992 a 1994, l’autre big recession) m’a fait gerber. Ce sont des gens comme eux qui ont balance les juifs en 42. Ce sont des gens comme eux qui ont vu des algeriens se faire balancer dans la Seine et se sont depeche de rentrer chez eux. Alors oui, c’etait jouissif de la traiter de grosse conne illetree, c’etait comme si dans ma bouche on avait ete des millions a redresser la tete. Je sais bien qu’elle n’y est pour rien, que ce n’est qu’une grosse conne de la CAF et des ASSEDIC/ANPE/POLE EMPLOI, mais je crois aussi qu’elle n’y pense meme pas, qu’elle ne pense qu’a son canape IKEA qu’elle va acheter avec sa carte COFINOGA. J’en ai rencontrer, parfois, qui savaient ce que c’etait, “qu’est-ce que vous voulez que j’ecrive?”. Mais la plupart, ce ne sont que des flics.
    Les allocs ont ete faites pour soutenir les gens. Ca, c’etait a l’epoque socialiste, apres la guerre. Depuis Thatcher, c’est fait pour leur demander des comptes. Et qu’importe si les pauvres paient de la TVA a fond, qu’ils ne vont jamais se faire soigner, qu’ils ne profitent pas du theatre, de l’Opera subventionne. Ils doivent payer. Alors, on les culpabilise, on les traque, on les flique. Et quand ils se tirent une balle dans la tete, on parle appitoye du “drame du chomage”. Et quand par megarde on se retrouve assis a cote de l’un d’eux qui a decroche parce qu’il n’en pouvait plus, et qui pue parce que ca fait des mois qu’il est a la rue, on a le coeur qui se sert en etant bien content de ne pas etre a sa place, juste avant de changer de wagon, “il pourrait quand meme se laver”.
    Les propos de Cope n’ont rien d’originaux, ils participent du meme discours qui s’est mis en place depuis qu’on a decide de baisser les impots de ceux qui empochent les dividendes des actions des societes privatisees. Ca va empirer avec le mega gonflement de la dette car il sera hors de question de toucher au bouclier fiscal. Depuis Thatcher, ce sont toujours les pauvres qui paient. Ils n’ont qu’a travailler!
    Ce qui me rend le plus dingue, c’est que je peux apparaitre comme un gros gaucho… au PS, j’etais “rocardien” (bon, ok, le flan gauche…). C’est incroyable comme l’ideologie dominante de la societe a glisse a droite. Au PS, plus personne ne parle comme ca. Quand j’y etais, meme les fabiusiens parlaient de taxer les plus riches pour financer le chomage et les retraites… et traitaient les rocardiens de droitiers! Eux aussi, disent que les chomeurs doivent montrer qu’ils cherchent du travail… Y EN A PAS!
    Je n ai pas de haine contre le système, parce qu en démocratie il n y a pas de système il y a ce qu on accepte ou pas. Il y a 30 ans Mitterrand parlait comme j écris! C est nous qui nous sommes habitues a être meprises… Dans Marius et Jeannette, guedeguian glisse un truc très juste. “autrefois, on était pauvres, mais on dressait la tête”. Mon père était un simple immigre, ouvrier, militant FLN, militant CGT puis CFDT, délègue de son atelier avant d’ être vide avec les autres en 1978 comme une vieille chaussette. Il m a appris a pas baisser la tête… J ai eu la chance de faire partie des 1% des enfants de ma classe sociale a recevoir de l éducation supérieure. Je n oublie pas d’ ou je viens et même si j en suis sorti je regarde ceux qui y sont encore avec les yeux de mon histoire. Mes parents ont ramasses les fruits et les légumes a la fin des marches. Comme des millions d’ autres a qui regulierement des ministres demandent des comptes… J en ai eu honte quand j étais jeune j en suis maintenant très fier car c est une preuve d’ affection. C est Grace a ça que j ai pu jouer le petit bourgeois parisien…
    Je ne parlerai jamais des pauvres en les plaignant car c est leur retirer toute dignité. J ai exprime avec violence ce que j en pense car c est une violence qui nous est faite et que c est une violence tue, muette. Et elle mérite d’ être dite. Des gens comme Cope parlent comme ça car personne ne raconte le vécu des vrais gens, ces 15 millions qui bouclent pas leurs fins de mois que les médias viennent de découvrir. Autrefois, il y a avait Prevert et Carne et Gabin, Renoir et Arletti, Sartre et beaucoup d’ autres pour nous inviter a exister.
    Une allocation est un droit. A la société de s organiser pour créer les activités économiques nécessaires. Mais culpabiliser les pauvres, c est simplement immorale, car c est tellement facile…
    Bref, comme le disais Beauvoir, je ne prône pas la révolte! Je raconte la situation comme elle est vécue en espérant communiquer une urgence. Il faudra bien un jour que chacun s interroge sur sa propre responsabilite. Les agents des services sociaux en premier… comme la police de 42 ou octobre 61…
    Allez, au travail !
    De Tokyo,
    Suppaiku
  • Un rajout au billet du jour

    Un rajout au billet du jour

    Il fait froid…

    Je suis dans le train, je reviens du travail. L’autre professeur de français quitte dans trois semaines. Je pense qu’il est temps que je fasse de même. J’ai eu un peu de temps tout à l’heure entre deux leçons, j’ai donc renseigné mon CV en japonais sur deux sites.
    La pluie de cet après-midi s’est transformée en quasi-tempête de neige, et le plus incroyable est qu’elle tient. Nous sommes le 9 mars…Beaucoup de gens rient du temps, qui semble démentir l’idée que le climat se réchauffe. C’est en revanche très inquiétant, de constater que les masses d’eau produite par la fonte des glaciers trouvent en hiver une si forme inquiétante. Et qui correspond en tout point avec des prévisions que j’avais lues il y a une vingtaine d’années dans feu l’Autre Journal (le plus beau, le plus intéressant magazine qu’il m’aie été donné de lire, l’édition de 1990/1991, à la fin des « trois Mitterrandiennes »). Le réchauffement est un phénomène global, et chaque année atteste de sa réalité. Mais en fait, cela ne voudra pas dire qu’il va faire plus chaud, en tout cas pas partout. Les régions froides se réchaufferont bien plus, bien plus vite, mais dans d’autres régions, les températures pourront très bien baisser. Je me souviens très bien de l’article évoquant le passage de l’Europe Occidentale à un climat à deux saisons. Extrêmement froide en hiver, glaciale, et sèche en été avec entre les deux des séquences très violentes : la tempête Xinthia m’y a refait penser…
    En tout cas ici, aujourd’hui, c’est de nouveau l’hiver. Je ne sais plus trop si je dois faire confiance aux prévisions météorologiques…
    Ce week end, avec Jun, nous avons regardé deux films français que j’ai empruntés à l’Institut. Regarde les hommes tomber (Jean Yanne, Matthieu Kassovitz et Jean-Louis Trintignan, un trio qui marche bien), et je me suis aperçu que la première fois où je l’avais vu, j’étais passé à côté du caractère purement masculin du récit. En gros, il n’y a pas une femme du début à la fin, ou en tout cas uniquement de façon anecdotique, voire accessoire dans la scène avec la prostituée. Le deuxième film, c’était Paris vu par… réalisé en 1966 par 6 réalisateurs de l’époque. Je préfère dire comme ça car le film est souvent présenté comme « le » manifeste de la nouvelle vague, mais j’avoue que ça me gêne de mettre jean Rouch dans le paquet. Mais qu’importe, les 6 histoires nous ont fait rire et, comme toujours quand je vois un film de cette époque, je me demande pourquoi on accole l’étiquette « chiant », « intello ». C’est plutôt distrayant, pourtant. Mieux, c’est celui de Rouch qui m’a fait le plus rire, « Monsieur non… ». ça commence un peu comme une critique sociale du progrès, des petites ambitions, avec le bruit du chantier voisin pour tout saper, et puis ça dérape insensiblement, je pense qu’il a du beaucoup s’amuser en écrivant son scénario. Micheline Dax en prostituée, c’est du grand luxe et je me demande qui aujourd’hui peut encore traîner cet accent parisien. L’allure du studio est frappante. Rohmer aussi nous a bien fait rire, avec son petit bourgeois classique et son histoire de parapluie. Comme l’Arc de triomphe était noir. Et comme la gare Montpartnasse a changé, alors…je ne la connaissais que d’un dessin de Tardi (un Mallet, je crois, puisqu’Adèle Blanc-Sec, c’est la Gare de Lyon). Là, c’est avec Godard. Son histoire de fille est amusante, jusqu’au bout. Bon, d’accord, les cinéastes n’ont pas réalisé une histoire habituelle, mais ils ont mis la ville en situation à travers quelques court métrages simples.
    Mais qu’est-ce que c’est difficile de trouver des films français sous-titrés en japonais…Voilà un vrai projet gouvernemental : la création d’une agence publique appelée France sous-titre et créant des sous-titrages dans une quinzaine de langues. Je pense que pour le prix d’un « sommet de la francophonie », on pourrait en payer, des traducteurs. Et ce serait beaucoup plus utile au « rayonnement » du français…
    De Tôkyô dans le froid,
    Madjid

  • Le dernier jour de l’hiver…

    Le dernier jour de l’hiver…

    Ici, tout est noir, ce qui est inhabituel. Les temple original date du 17e siecle…

    C’est aujourd’hui. Net, clair précis. À moins que le temps, dans un caprice dont il est familier au Japon, ne change encore d’avis et nous replonge encore une fois dans cet hiver dont nous ne parvenons pas à nous défaire. C’est qu’il collant, le salopard, cette année… Ce matin, on devait être à peine au-dessus de 5°C, et dans la nuit, on a du frôler le 0 ! Mais cette fois, ça a l’air d’être la bonne ! À partir de demain, le soleil va refaire son apparition, pour au moins quelques jours, avec des températures plus douces, au-dessus de 12°C… On n’en peut plus de cette grisaille. Un conseil : si vous venez au Japon en hiver, évitez mars, et privilégiez janvier. Ça se dérègle vraiment à partir de février.
    Cette année, toutefois, on n’a vraiment pas à se plaindre, il a fait beau quasiment sans discontinuer de décembre à février, et les températures ont très souvent été incroyablement douces. Ma note d’électricité a été moins chère de 3.000 yens en janvier, et de 1.000 yens en février. La prochaine sera certainement identique, voire un peu plus chère, mais dans l’ensemble il fait beaucoup plus doux cette année. On n’a même pas encore eu de tempête. Avec Jun, nous avons eu l’occasion de beaucoup marché le long de nos dimanches. Kamakura, Kôtô-ku, Kôenji, Kochijôji, Shinjuku Gyôen… Je crois que c’est pour cela que je suis impatient de revoir le ciel bleu et les premières fleurs de février. J’ai beaucoup vu les arbres dénudés et tristes de l’hiver, et ces feuilles au vert passé presque jaune, usées, des arbres aux feuilles persistantes. Je veux revoir le vert pimpant du printemps. L’hiver me dégoûte presque, comme le simple fait d’y penser m’avait dégoûté l’an dernier, au début de septembre. Ça ira mieux l’an prochain, c’est juste celui-ci qui a été un peu dur à passer. Mon premier hiver sans être au chômage depuis trois ans…

    Le dernier jour de l’hiver…

    Le tigre japonais ressemble, sur les amulettes, generalement a un gros chat tigre…

    Par la fenêtre du métro, enfin, du train car nous venons désormais de quitter Tôkyô, je vois la pluie qui dégouline, et puis dehors cette grisaille et cette visibilité brouillée, l’horizon blanchi. Partout, les herbes reverdissent. La pluie, ici, c’est l’été qui revient…
    Je vous parlais de l’économie du Japon dans deux billets récents. Ce que je vais rajouter ne change rien au fait que la question de la dette est désormais insolvable, mais sur le front économique, la reprise est désormais visible. Depuis quelques semaines, la publicité fait son retour dans les wagons de la ligne Tôzai. Et puis là, c’est très net, à la télévision, sur Asahi, la publicité se diversifie comme je ne l’avais pas vu depuis au moins deux/trois ans. De nouveaux, les appareil-photos Lumix avec l’incontournable Ayumi, première star japonaise à apparaître avec les épaules carrées revenues à la mode depuis l’an dernier dans le reste du monde. Et puis les voitures, et puis l’électroménager, et puis les plats tout prêts… Ça peut pour vous sembler très banal, mais sachez que la tranche du matin, pendant au moins un an et demi, ça a été du télé-achat (le lot de 9 valises souples pour ranger le linge à la fin de la saison, les ceintures chauffantes pour les genoux avec renfort élastique pour faciliter la montée des escaliers…) pour les plus de 50 ans, des perruques pour les mêmes (Renaissance, Prima-Donna), des implants capillaires (Rêve 21), transformant la tranche horaire en une succursale de salon du troisième âge, une sorte de programme minimum publicitaire. Depuis hier matin, c’est nettement plus dynamique, et ça m’a vraiment surpris. Un peu comme si je redécouvrais le journal du matin. Si on peut appeler ça un journal, mais bon…Il est vrai que les exportations ont bondi de 46% en décembre sur un an, ce qui est la meilleure performance depuis une quarantaine d’années. Quand je vous dis que la crise est terminée (je suis de formation plus marxiste que néo-libérale ou keynésienne, et pour moi, des profits en hausse, c’est une économie qui se porte ; et pour les gauchistes ronchons qui voient des chômeurs partout, je leur rappelle que le but du capitalisme n’est pas le plein emploi, mais simplement la maximalisation du profit et, que de ce côté-là, on est plutôt en plein boom économique). En espérant que le retour de l’activité économique rendra plus facile l’ajustement économique et le rééchelonnement de la dette.

    Le dernier jour de l’hiver…

    On peut maintenant en croiser plus de deux par jour, comme a Paris. Seuls. Sans RMI…

    Dehors, c’est désormais une tempête de neige. Je vous l’ai dit, que l’hiver ne voulait pas nous lâcher. Il s’accroche.
    Le nouveau gouvernement travaille bien, réforme beaucoup. Il a fixé un cap extrêmement ambitieux de réduction des émissions des gaz à effet de serre, je crois –25% en 2020 par rapport à 1990. Certains ont critiqué, dans le monde, que ce soit encore insuffisant, mais quand on sait que les précédents gouvernements n’ont rien fait, je trouve que c’est quand même pas mal, sans compté que quand on va vraiment commencer à réduire les émissions, on continuera de façon presque automatique. Pareil pour l’énergie solaire, le marché décolle ici, grâce aux incitations fiscales visiblement très importantes, renouvelées je crois pendant les 10 années qui suivent l’achat.
    Hélas, cet important travail législatif qui n’en est qu’à son début est pollué par les « affaires », essentiellement celles ayant éclaboussé le chef du Parti Démocrate, Ichirô Ozawa. Des histoires d’argent, de sociétés fictives destinées à financer ses activités politiques : la presse ne le lâche pas, mais le vieux ne veux pas lâcher. Le Premier ministre a lui aussi eu son « scandale », mais vite oubliée face à l’énormité du scandale Ozawa. Hatoyama appartient à une famille très riche, et d’ailleurs son grand-père a lui-même été Premier ministre. Sa mère lui a régulièrement versé de très fortes sommes d’argent qu’il n’a pas déclarées aux impôts. Ce n’est pas vraiment un scandale et cette affaire seule n’aurait pas suffi à ternir l’image du Parti Démocrate, mais avec le scandale actuel, ça tire la majorité vers le bas. D’autant qu’une promesse de campagne, demander aux USA de déménager leur base d’Okinawa, s’avère beaucoup plus difficile à réaliser que prévu. Or, le Parti Social Démocrate du Japon (membre de l’Internationale Socialiste), qui siège au gouvernement, est bien décidé à ne pas céder sur ce point, alors que d’autres mettraient bien cette revendication aux oubliettes. Les spéculations vont bon train sur l’explosion de la majorité après les élections sénatoriales de l’été. La vie politique japonaise reste pour moi un mystère tant elle repose sur des hommes et non des idées…D’ailleurs, c’est ainsi que l’histoire est enseignée, et la télévision privilégie la vie des puissants dans l’histoire et ignore superbement la vie du peuple. Quand aux feuilletons « contemporains », désormais tirés de mangas à succès, ils ignorent le chômage -je veux dire, la réalité du chômage-, la pauvreté –je veux dire la vraie pauvreté, pas la pauvreté qui 頑張る-, les filles mères, les avortements, le SIDA, les étrangers –réduits à une sorte de décors pour mariage réussi, intermède amusant s’il parle japonais / le héros ne sait pas parler anglais, ou signe de distinction (chef de restaurant, photographe…). Ces feuilletons ne parlent pas de la vraie vie et je suis souvent frappé de constater que certains animés sont bien plus réalistes. Ça me fait penser au kabuki et au jôryuri : les marionnettes sont souvent bien plus « naturelles » que les acteurs de kabuki qui ont dès le 18e calqué leur jeu sur celui des marionnettes…
    Incroyable, cette neige qui tient.
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Heure de pointe

    Heure de pointe

    Voilà, la « journée » est terminée. Dehors, toujours le même temps quasi-hivernal. Pourtant, hier, il a fait incroyablement beau. Ma sinusite est installée, je dois retourner chez le docteur la semaine prochaine. Elle semble désempirer, mais il m’arrive d’avoir une joue qui chauffe, ou un élancement dans le nez, ou bien encore une vague douleur au-dessus de l’œil, le tout bien-entendu assorti de démangeaisons dans le nez, et généralement le nez bouché. J’ai trouvé un spray qui fait des merveilles et me libère le nez pendant quelques heures. Enfin, je dis sinusite, je pense plutôt que c’est une inflammation de la colonne nasale provoquée par une allergie. Depuis que je suis arrivé au Japon, j’ai traversé plusieurs périodes où ma respiration a été mise à rude épreuve. Je ne parle pas des poumons, je parle du nez. Méga-allergie il y a deux ans, après la grosse tempête à Shinjuku Gyôen en février (je me souviens encore, pendant un mois, cet air épais mêlant pollen et sables venant de Chine, où l’on bétonnait à qui mieux mieux pour les Jeux Olympiques). Et puis il y a un an et demi, et aussi mes rhumes extrêmement courts durant à peine deux jours mais avec beaucoup de fièvre. La climatisation, ça peut être vraiment terrible. 夏風邪, les rhumes d’été. Là, c’est du côté des narines donc.
    Je viens de passer à l’Institut Franco-Japonais, j’y ai rapporté deux vidéos et un roman que je n’ai pas lu. Un Tanizaki. Mais ça m’a vite gavé. À côté de moi, un type qui dort en ouvrant la bouche. Il pue l’ail. Ça ne donne pas envie de manger des ramen…
    J’ai donc eu ma première leçon au sujet de la dette du Japon à partir de l’article du FT. C’est marrant, c’est l’élève qui travaille pour une assurance qui a continué à sourire malgré tout, plutôt fataliste. Kôji, un élève que j’aime bien et qui travaille et qui est Asset Manager s’est mis à tirer une sale tête, il a compris la situation en environ 5 minutes. Oui, il n’y a pas de solution, le Japon va faire faillite, et c’est leur épargne qui va disparaître. Il faut bien solder la « bulle », c’est donc le peuple qui va payer. Mais ce qui est étonnant, c’est que ces informations pourtant disponibles ne sont pas dans les journaux économiques Japonais, où en revanche on se lamente sur la Grèce…Je vous joins l’article du Financial Times, vous verrez, c’est imparable. L’épargne a commencé à décliner au Japon. Le gouvernement doit trouver des capitaux sur les marchés internationaux. Les Bonds japonais rapportent 1,30% mais le marché international est plutôt à 3/4% sur 10 ans. La dette représente 220% du PIB (Grèce, 95%). Dans les années qui viennent, le besoin de capitaux va augmenter avec le vieillissement de la population. Le Japon va donc devoir s’endetter à 4%, et donc la dette va augmenter proportionnellement (on estime 280% à 300% probable).
    Ce n’est pas rationnel. Personne ne prêtera à un tel pays, qui plus est menacé d’un énorme tremblement de terre.
    Les Japonais ont le droit de savoir que leurs élites les ont ruinés. Mais ces mêmes élites contrôlent la presse.
    Ça va vraiment faire mal…
    De Tokyo,
    Suppaiku

    En bonus, l’article que j’ai donne a mes eleves. Mais il y a bien pire…

    Japan taps up Europe to fund debt

    By Robin Harding and Lindsay Whipp in Tokyo

    Published: February 22 2010 15:53 | Last updated: February 22 2010 19:09

    The Japanese finance ministry’s debt management team is in Europe this week, on its first investor relations trip of 2010, seeking out new investors for the developed world’s most indebted government.

    With nearly 95 per cent of its debt snugly held at home – helping to keep benchmark 10-year yields at a negligible 1.34 per cent – it would hardly seem worthwhile for the MoF to make such an effort; particularly at a time when the Greek crisis has shaken investor confidence in sovereign debt.

    However, it wants to secure future investors for good reason.

    The share of Japan’s $9,670bn national debt owned by Japan Post Bank and Japan Post Insurance is in decline despite the postal system devoting ever more of its balance sheet to government bonds.

    A Financial Times analysis of the postal bodies’ accounts shows that, while they continue to buy more government bonds and financing bills, their share of the market peaked at 29 per cent in September 2008 and has already fallen by almost a full percentage point.

    The publicly-owned postal system has been the largest net buyer of Japanese Government Bonds (JGBs) in recent years. Now that it is ’full up’, Tokyo will have to court less reliable private investors, including foreigners, to fund its debt.

    “The issuing authorities would want to attract stable foreign investors rather than [speculative ones], but that is difficult with interest rates so low,” said Stefan Liiceanu, a senior strategist at Barclays Capital in Tokyo. “They will also have to convince investors that fiscal consolidation is truly on the policy agenda.”

    Recent calls for JP Bank to diversify its investments away from JGBs by Shizuka Kamei, minister for financial services and postal reform, has also raised concerns among investors.

    This could put a dampener on any additional demand for JGBs the government could see if it decides to lift the Y10m cap on an individual’s deposits with JP Bank.

    Lower postal buying does not mean that Japan is struggling to sell its bonds – interest rates on ten-year JGBs remain low and stable – but it does increase the risk that rates will have to rise to attract yield-hungry private investors in the future.

    Japan’s postal savings, postal insurance and public pensions have been big buyers of government debt since 2001, when a reform allowed them to manage their own funds instead of depositing them with the Ministry of Finance. Postal savings’ share of the government’s debt rose from around 6 per cent in 2001 to 20 per cent by 2007, when JP Bank became a separate company, and its JGB holdings were merged with those of private banks in official statistics.

    Analysis of JP Bank’s balance sheets since then shows that it has not kept up with the surge in debt issuance to fund Tokyo’s fiscal stimulus. From March 2008 until the end of 2009, the share of JP Bank’s assets invested in government debt rose from 74 per cent to 81 per cent, but its share of the market fell. Japan Post Insurance has upped its JGB holdings from 61.3 to 65.5 per cent of total assets but its share of the market has also dropped.

    Both JP Bank and JP Insurance are suffering a structural decline in deposits. Total assets at JP Bank have fallen by 8 per cent since March 2008. Deposits at the bank have fallen for at least five years in a row and 2010 is a key year for deposit redemption.

    Barclays’ Mr Liiceanu estimates that Japan Post would need at least 4.5 per cent annual growth in its deposit base to maintain its current JGB ownership share over the period to March 2023. Given the recent drop in deposits, this looks like a difficult task.

    Mr Liiceanu says the shrinking balance sheets of public financial institutions are becoming a restraint and private domestic demand for JGBs cannot be expected to continue indefinitely at such low yield levels. Pension funds are also starting to pay out more and more as the population ages, reducing their ability to buy JGBs.

    The main buyers of JGBs are now private Japanese banks and insurance companies. Banks are buying to meet new liquidity rules, because they lack alternatives in deflationary Japan and as they have excess deposits due to a lack of demand for corporate loans. Meanwhile insurers are buying JGBs to better match liabilities that they will have to mark to market from 2013.

    There is a risk that private-sector bank buying could peter out, notes one bond salesperson at a domestic brokerage. Banks, which already have “huge profitable” JGB portfolios, could start to take profits, and if companies start investing again as the global economy recovers, that would lead to an outflow in corporate deposits.

    Koji Shimamoto, chief strategist at BNP Paribas says: “I think the risk for JGBs will come after 2012 or 2013 because institutional change [at banks and insurers] will have peaked out and – the most essential point – because of Japan’s population ageing.”

    Copyright The Financial Times Limited 2010.

  • Métro du soir, métro du matin

    Métro du soir, métro du matin

    Métro du soir (jeudi)
    Mon travail ne me plaît pas du tout, essentiellement pour des raisons financières. Je ne vis que pour payer mes factures. Enfin, c’est le sentiment que j’ai. Demandez autour de vous, vivre avec 200,000 yens par mois, à Tôkyô, ça ne fait pas lourd, surtout quand on doit en déduire les impôts locaux et la sécurité sociale. Mon loyer est plutôt correct pourtant, autour de 80,000 yens. Mais bon, hein, c’est comme ça, et je ne suis pas le seul à tirer la langue. À Paris, je ne payais pas de loyer, mais si j’avais dû en payer un, je n’aurais jamais pu voyager comme je l’ai fait. Quelle chance c’était…
    Je suis en train de rentrer dans la phase « post-adaptation ». Je commence à m’habituer à mon travail, à son rythme, et je caresse même l’idée de m’y faire, en espérant trouver un deuxième poste, quelques heures. Parce que si je ne parviens pas à joindre les deux bouts, et je vous assure, je n’y parviens pas, d’un autre côté, moi, j’aime bien mon temps libre, et ça, un travail « normal » ne me le donnerait pas. Alors voilà, je traverse des moments où je ne souhaite qu’un truc : trouver une école plus près de chez moi, pour ne plus me taper deux heures de transports par jour et continuer à enseigner. Parce que tout ce temps libre, c’est quand même une aubaine. Mais ce temps libre a son revers : je ne serais pas capable d’aller en France cette année encore.
    J’ai vu quelques images de la tempête qui a véritablement saccagé l’Ouest. Et puis j’ai vu des images du Chili. Il y a des week-ends comme ça. Ici, aux infos, ça avait commencé par un très gros tremblement de terre (plus de 7) à Okinawa, mais heureusement sans gravité. Et puis la tempête, et puis le tremblement de terre, et puis le tsunami sur les côtes d’Amériques latine, le tout s’achevant dimanche soir par l’arrivée du tsunami dans le nord du Japon. Dans certains endroits, presque 2 mètres. Le récit à la télé faisait très fait divers. Presque comique. Et comme toujours les gens n’ont retenu que « le tsunami ». La télévision ne montre du tremblement de terre que les scènes de pillage…
    La semaine dernière, Jun et moi sommes allées nous promener dans l’est, je voulais voir les pruniers en fleurs à Yushima Tenjin. On est descendu à Nihonbashi où les coureurs du marathons faisaient de leur mieux. Quel idée, un marathon, par un temps pareil. Ce pays fait décidément tout n’importe comment : pourquoi pas en mai, ou en octobre, quand il fait bon. Là, ils ont du, comme chaque année, démarrer sous la pluie, dans le vent glacé. Heureusement toutefois, le temps s’est progressivement éclairci.
    Métro du matin (samedi)
    Nous avons marché, longé la grande avenue, Mitsukoshi, Kanda, et bifurqué pour aller au temple confucéen de Ochanomizu. Il est tout noir, a été reconstruit mais a été originairement construit par un Tokugawa, si je ne me trompe pas. Nous avons continué la promenade avec Kanda Myôjin, un grand sanctuaire, autrefois considéré comme le sanctuaire protecteur de tout Edo. Nous y étions passé Jun et moi il y a peut-être quatre ans, à l’époque où, travaillant le samedi jusque vers 18 heures nous avions pris l’habitude de faire de grandes promenades de nuit. On avait du faire à peu près le même trajet, finalement. Mais la nuit, le sanctuaire déserté avait quelque chose de magique. De jour, ces endroits sont toujours plus ordinaires. Enfin, je veux dire pour un Tokyoïte comme moi…On a continué comme prévu jusque Yûshima Tenjin, un sanctuaire vers Ueno. Il s’agit du sanctuaire « frère » du sanctuaire Yûshima à Kyûshu. J’ai entendu dire qu’il y en a trois dans le Japon. On en a discuté avec Jun et il semble que Kitano Tenmangu à Kyôto soit le troisième, mais je n’ai pas du tout ce souvenir ni même ce sentiment. Et puis, Jun et le Shintô, ça fait deux. Il est plutôt athée, mais il a grandi dans une famille protestante. Ça fait une très grosse différence…Tout ça pour dire que ces trois sanctuaires sont réputés très efficaces pour réussir ses études. À voir le nombre de plaquettes accrochées avec leurs vœux à différents endroits du sanctuaire, le Japon doit être rempli de génies à ne plus savoir qu’en faire… Hélas, la protection des dieux n’opère pas ici sur les pruniers. Les vents violents de la veille, les fortes pluies ont eu raison des fleurs dont désormais les pétales recouvraient la terre. C’est dommage, c’était sensé être le « peak » de la floraison des pruniers. Les rares pruniers en fleurs étaient masqués par les yatai (petits baraquements où l’on vend à manger, à boire, des souvenirs, etc) qui avaient du en fait les protéger des intempéries.
    On a continué notre promenade en revenant à son point de départ, à Nihonbashi. On est passé par des rues parallèles, où ne roule aucune voiture.
    Le dimanche passe très vite, et le lundi encore plus vite, d’autant que je dois y donner des cours particuliers. C’était la journée sans immigrés, j’ai donc « vidé » mon ancien blog ce jour là. Ça m’a pris pas mal de temps, mais je voulais que la bascule soit réussie dès le mardi matin. J’ai également décidé de ne pas utiliser Aperture qui est incapable de traiter les fichiers RAW de mon appareil photo. Ce sera donc pour un moment Lightroom, avec exportation dans iPhoto, utilisé comme une bibliothèque.
    Comme chaque semaine, c’est passé très très vite. Aujourd’hui, je commence à 11 heures et je finis à 15 heures.
    Métro du soir, métro du matin. Et dans quelques heures métro du soir…
    De Tôkyô
    Madjid

  • De quand on va se mettre à parler du Japon…

    De quand on va se mettre à parler du Japon…

    Poupees anciennes de forme “occidentales”

    Le Japon n’occupe plus le devant de la scène. Les chanceux ont bien profité des années 80, les curieux et ceux que j’envie le plus ont vu le Temple Kyômizu à Kyôto sans un touriste il y a une centaine d’année. Le Japon d’aujourd’hui n’attire plus que pour certains signes savamment entretenus non seulement par la presse occidentale mais également par la presse japonaise.Il attire des post-adolescents attardés qui refusent de vieillir et sont près à s’enfermer dans les mondes du manga, de l’animé, du jeu vidéo et plus récemment du dorama et de certaines idoles particulièrement formatées pour répondre aux attentes de ces puceaux à vie. Vous me direz « pourquoi pas », et je vous répondrai certainement « pourquoi pas en effet ». Mais quand vous regardez le caractère abyssal de la dette japonaise, plus de 220% du PIB (pour vous donner une idée, dites vous que c’est le 2e PIB du monde, juste après les USA…) financées grâce aux économies de la génération du baby boom, et quand vous regardez le vieillissement, plus de 35% de la population a plus de 60 ans, et quand vous prenez en compte ces 20 dernières années où règne une déflation qui a érodé la valeur de tout, vous vous dites, mais jusqu’à quand ça va durer ? Car il ne faut pas se leurrer, le temps du Japon est arrivé. Pas celui de la grandeur, non. Celui de la chute totale, le moment où ce pays va régler l’ardoise de la plus folle bulle spéculative de tous les temps, et qui a produit la plus volumineuse dette souveraine de tous les temps. Je veux parler de la faillite de l’état japonais.
    En fait, et malgré les réels efforts du présent gouvernement de couper les dépenses inutiles du clientélisme de l’ancien parti au pouvoir, le Japon sera obligé cette année d’emprunter plus qu’il ne remboursera. Cela s’appelle, techniquement, une faillite. Mais vu le caractère particulier de sa dette, une dette financée par l’épargne, le gouvernement japonais pense avoir encore la possibilité de se tourner vers les marchés internationaux. La semaine dernière, des émissaires du ministère des finances ont donc fait le tour des capitales européennes. Cette information, bien entendue, n’a à aucun moment été diffusée à la télévision. Surtout ne pas parler de cet échec. Les lendemains seront très brutaux. Pourtant, autant Bloomberg que le Financial Times rapportent les faits. Les observant depuis des mois, je regarde la mise en place de cette spirale de la mort qui se met en place, non sans y voir vu au passage l’effet de considérations politiques évidentes. La droite voulait privatiser la poste, le plus gros portefeuille d’épargne au monde, celui qui permet de financer cette dette gigantesque et la gauche a gelé cette privatisation. On ne lui fera pas de cadeaux malgré des coupes budgétaires généralement saluées. Mais couper les crédits du bâtiment pour créer une allocation d’aide à l’enfance et réaliser la gratuité totale de la scolarité jusqu’à 16 ans n’a jamais plus aux agences de notations. Standart and Poors vient donc d’abaisser la notation de la dette japonaise à long terme de AAA à AA. Ce n’est pas une grosse dégradation. Cela ne se traduira que par une augmentation de quelques points de bases sur le marché obligataire. Mais sur les sommes en jeu, quelques points, ça alourdit énormément la dette. Et cette dégradation de la dette sera le prétexte pour abaisser encore un peu.
    Et c’est le moment que le Japon choisit pour commencer à internationaliser sa dette. En pleine crise Greque (un scénario très similaire, au passage). Or quand un pays est dans le collimateur des agences Fitsch, S&P et consort, ces mêmes agences qui ont noté AAA, voire sponsorisé des CDO pourries en empochant des commissions au passage ou noté AAA Bernard Maddof, dites vous bien qu’on ne vous lâche plus. Le Japon a bénéficié de sa solide économie et a tiré sur la corde de la dette autant qu’il le pouvait. La montée en puissance de nouvelle économies bien plus dynamiques, innovantes et accueillantes a progressivement laminé cette position. Pire, le Japon a mis en place un protectionnisme culturel très fort dont les visites de Koizumi à Yasukuni (un sanctuaire dédié aux victimes de guerres et où sont gardé des restes de plusieurs criminels de classe A, des Hitler locaux) sont un peu le symbole extrême. De façon plus banale, « les fruits japonais sont les meilleurs », « la riz japonais est le meilleur du monde », « les agences de voyages organisent mieux les voyages », « les Japonais sont très polis », « il n’y a pas de voleurs ». Et qu’importe si les fruits japonais sont fades et ont grandit sous serre comme les fraises en décembre. Et tant pis si le riz japonais est 5 fois plus cher qu’un riz Thailandais sans empêcher son producteur de vivre dans une quasi-pauvreté. Et ce n’est pas grave si Miki Travel à Paris les promène au Mont-Saint Michel pour 3 fois plus cher, pour une visite express où l’arrêt aux boutiques de souvenirs dure aussi longtemps que la visite elle-même. Et ce n’est pas grave si, quand vous tombez dans le métro, vous ne rencontrez que de l’indifférence. Et qu’importe si le patchinko, les machines à sous, les obsédés sexuels qui se masturbent au contact des femmes dans le métro aux heures de pointe, les bars à hôtesses et l’industrie du sexe où chaque année des femmes disparaissent n’intéressent pas la police. Depuis leur enfance, les Japonais reçoivent une éducation nationaliste. Il y a 50 ans, l’ouverture sur le monde était la règle. Mais progressivement, les gouvernements toujours plus réactionnaires qui se sont succédés ont popularisé que tout cette culture de l’ouverture n’était pas « la vraie » culture du Japon, mais une culture d’importation. Les vieux parlent de la guerre. Les jeunes quasiment pas, mais ils savent en revanche que la pays a été occupé. Il y a juste qu’on ne leur a pas dit pourquoi. La télévision abonde de programmes vantant l’exceptionnalité japonaise. Raciale. Esthétique. La langue elle-même. Il sont finalement peu nombreux, ceux qui savent que le japonais ressemble au Coréen, d’un point de vue grammatical.
    Ce pays qui se regarde le nombril en se trouvant si beau est devenu comme un pays inutile, qui ne sert à rien. Que le Japon vienne à faire faillite, ça ne changera pas grand chose, finalement. Ça tanguera un peu sur les marchés, mais le Japon n’est pas les USA. Un pays fermé, ça n’intéresse personne. Un pays qui n’envoie quasiment pas d’aide à Haiti, qui n’en a quasiment pas parlé à la TV n’intéresse personne. Un pays où on apprend des langues étrangères jusqu’à l’obsession, mais qui refuse de regarder les étrangers comme des égaux n’intéresse personne.
    Au Japon, en revanche, une faillite aurait des conséquences inimaginables. Un pays fragilisé par 20 ans de crise, avec une jeunesse en errance. Sans compter qu’il en découlerait la disparition pure et simple de l’épargne, ou tout au moins une partie… Les « spécialistes » qui découvrent la « crise grecque » me font rire, finalement, même si ce n’est qu’une façon de parler, et que ces types payés des fortunes pour aller bavarder sur France-Info ou dans des colloques ne sont que de pauvres crétins. Ils ont « découvert » les subprimes en 2007, quand le marché était dors et déjà retourné, et certains en avaient acheté à tour de bras sans même le savoir quand ils se gavaient de CDO (Collateralised Debt Obligation) notées triple A… Pourtant nous sommes en démocratie, l’information est disponible. Sur Bloomberg, par exemple, dès 2006, certains « vrais » spécialistes avertissaient qu’on allait droit dans le mur. Sur FT également. Eh bien nos experts en bavardage sont incroyablement muets concernant le prochain effondrement de la deuxième puissance mondiale. Il y en a même qui voient la croissance y revenir, « tirée par les exportations vers la Chine ». Pourtant, à mots très feutés -normal, c’est une information délirante, incroyable, impensable-, sur Bloomberg comme sur le FT, je regarde l’iceberg approcher depuis des mois. Mais non, on continue comme de si rien n’était…220% de dette publique, ça ne mérite pas la une. La Grèce, avec ses 70%, c’est beaucoup plus préoccupant…
    Remarquez, je dis ça, mais en fait, je souhaite que le Japon fasse faillite. Pas parce que c’est bien. Mais parce que simplement ce pays s’épuise à force de tout faire à l’envers. Les Japonais d’ailleurs ne sont pas dupes. Ils n’ont pas renvoyé le parti PLD, après 60 ans de règne, par hasard. Une étudiante me disait il y a une semaine que de plus en plus de gens parlent du Japon comme si quelque chose planait dans l’air, comme si la machine était arrêtée. À la télévision, les émissions de divertissement on envahit l’ensemble de la programmation, un peu, semble t’il, comme en négatif de la réalité. On rigole beaucoup, à la télévision, et on exhibe des marques de plus en plus chères.
    Bref, sous peu, vous allez en entendre parler, du Japon. Comme je vous l’ai dit, je le souhaite un peu car je ne peux m’empêcher de souhaiter cette colossale faillite. Car je fait confiance au Japon pour, une fois délesté partiellement de ce fardeau, se renouveler et redevenir un pays qui compte pour de vrai. Il faudra qu’il accepte enfin les investissements étrangers, toujours extrêmement difficiles (alors que les entreprises japonaises ne se gênent pas pour profiter du libre-échange dans le reste du monde…). Il faudra qu’il accepte le monde tel qu’il est, avec le Japon dedans, et non comme aujourd’hui, un monde à l’extérieur et le monde japonais à part. Le slogan de la candidature du Japon pour les jeux Olympiques était « unify our worlds ». Je pense que le « s » est un fantastique lapsus qui traduit bien quel est le problème qu’affronte ce pays. Si le Japon avait beaucoup plus tôt internationalisé sa dette, jamais il n’aurait pu aller si loin dans l’endettement, d’autant que cet endettement n’a été causé que par une politique clientéliste qui a enrichi les plus riches et n’a pas empêché une grande partie de la population de s’appauvrir, comme on le constate au quotidien à Tôkyô, et encore plus en province.
    Le plus ironique dans cette histoire est que le seul pays qui sera en mesure d’apporter au Japon les capitaux nécessaires pour assurer sa renaissance sera… la Chine. Pour beaucoup, ce sera inconcevable, impossible. Et pourtant je suis persuadé que les USA laisseront le Japon sombrer sans rien faire car les USA risquent eux-mêmes la faillite de leurs finances publiques et ne pourront en rien « backer » le Japon.
    Le Japon s’est ouvert au monde sous la pression américaine, et de 1854 à 1868 l’ancien système a agonisé, incapable de se renouveler. Puis, le Japon a entrepris sa modernisation avec une remarquable intelligence, mais dans un esprit d’hostilité au monde qui l’a conduit à développer son armée et une idéologie de plus en plus nationaliste qui l’on conduit à mener une politique expansionniste dès les années 1910. Il s’est, de façon logique, rapproché de l’Allemagne nazi. Une nouvelle fois défait en 1945, c’est sur le terrain économique qu’il a mené sa bataille. Et avec un succès remarquable. Là encore, il est allé trop loin et après avoir créé une fantastique bulle financière qui continue de peser à travers la création d’une masse monétaire gigantesque, il est désormais au bord d’une nouvelle catastrophe, mais il continue, comme l’armée japonaise en 1945 a continué jusqu’au bout.
    Mais cette fois, il n’y aura ni Perry, ni Hiroshima. Pour la première fois, le Japon va devoir penser son avenir tout seul. Et je comprends que cela lui fasse peur. Car le nœud du problème est comment se penser dans le monde. Pour un pays qui s’est si longtemps regardé comme à part du monde, c’est une terrible révision. Et si la clef de la survie est à trouver dans les capitaux désormais abondants d’une Chine que le nationalisme a si longtemps méprisée, cette totale révision sera amère et n’ira pas sans instabilité, ni même sans violence.
    Et puis un jour, on verra dans le nouveau quartier à la mode de cette époque d’après l’effondrement, de jeunes Japonaises aux bras de riches salariés Chinois sous les regards amusés des passants. « Nihao !».

  • Tout de frais revêtu…

    Tout de frais revêtu…

    J’en avais envie l’an dernier, vous vous souvenez ? J’avais passé deux mois à chercher comment renouveler mon blog, et puis je me suis arrêté sur cette composition blanche et grise qui a duré presque un an, sans pour autant être totalement satisfait. Je désirais, alors que l’économie avait plongé vers une sorte de puit sans fond, et alors que j’étais persuadé que ce n’étais qu’un très mauvais moment à passer et que nous n’étions pas en 1929, je désirais, donc, un graphisme qui incarne ce que cet ersatz de grande dépression et son simili Franklin Roosevelt m’avaient inspirés au cours de ce qui s’annonçait être un « si long hiver », comme je l’avais titré.
    Peu de temps après avoir perdu mon travail, je m’étais mis à regarder des vidéos sur Youtube, en très grande quantité. Pas n’importe lesquelles. Des vidéos des années 20/30, puisque les médias nous invitaient, à mon avis à tort, à faire le parallèle. Je l’ai déjà écrit, le « vrai » remake de 1929, c’est 1980 ! La récession Thatcher-Reagan, avec ses taux d’intérêts à 30% et ses millions de chômeurs, du jamais vu depuis… les années 30. Mais on ne veut pas m’écouter…Mais grand bien m’en fit, j’ai découvert de vrais trésors du cinéma « parlant ». De 1927 à 1929, toutes les comédies musicales ont été filmées, en sonore et parfois même en couleur. J’étais complètement ignorant du fait que la couleur existait déjà depuis 1912, et que le Kodacolor fut testé dès 1927… Quand au parlant, on en trouve des tonnes. J’ai pris un énorme plaisir à regarder et écouter Helen Kane, le « modèle » de Betty Boop. J’aime cette période car elle opère la transition entre le monde de la mécanique (le début du siècle) et le monde de l’électrique, comme le montre Jean Renoir dans La règle du jeu. En fait, j’ai passé 6 mois à explorer ce qui me fascine le plus dans ce film : les deux mondes, l’un finissant (avec ses phonographes et ses gigantesques orgues mécaniques) et l’autre ne faisant que commencer (le film commence sur une transmission radio et une traversée de l’Atlantique en avion). Renoir est un génie qui a su croquer cette cassure de l’époque comme aucun autre, sans fascination. Avec une histoire…
    J’ai découvert une cassure –qui fera l’objet d’une sorte d’étude économico-culturelle-, entre 1932 et 1934. Et pour ce qui concerne les USA, c’est Cab Calloway qui semble le mieux l’incarner. On a un trend, le trend « charleston-fox trot-, avec ses garçonnes à cheveux courts aux cils épilés à l’électricité et leurs chapeaux cloches, leurs poitrines invisibles. Helen Kane. C’est le trend culturel des « années folles », et qui continue bien au delà, jusque vers 1934/35. Et puis il y a un trend nouveau, porté par le swing, beaucoup plus « afro » celui-là, qui semble démarrer en 1932, juste à temps pour accueillir le new-deal et Franklin Roosevelt ! C’est un trend qui a duré jusqu’à la fin des années 40 et qui a assuré au jazz une suprématie culturelle jusqu’au rock and roll, qui en est la suite, le ressourcement, et le blanchiment. Et dès 1934, on voit les vêtements féminins changer, ils s’épaulent, les tailles se redessinent et surtout, le tailleur moderne fait son apparition. Des 1935, on voit les deux esthétiques cohabiter mais dans des œuvres différentes. Les comédies hollywoodiennes sont résolument dans le style nouveau quand les romances plus conventionnelles continuent de présenter ces filles généralement blondes à la mine triste des années 20. En fait, les USA ont vu surgir l’esthétique des années 40 dès 1933/34, et l’apport de la culture noire est immense. À regarder toutes ces vidéos, j’ai été vraiment attiré, envoûté par cet effet de l’histoire, en quelques années, sous l’effet d’un si violent effondrement de la structure économique précédente. Pour trouver un changement comparable, il faut se pencher sur la période 1959/1964 où les effets cumulés de l’élévation des niveaux de vie lié aux politiques keynésiennes, du baby boom et d’une nouvelle poussée de la culture noire (droits civiques et rythm’n blues) ainsi qu’une nouvelle transition économique, de l’ère électrique à l’ère électronique (transistors et satellites) provoquent le même type de télescopage culturel et sociétal qu’incarne le style Courrèges.
    Bref, au cœur de ce typhon boursier de fin 2008 et début 2009, je me suis remis à dessiner, j’ai trituré mon site. J’ai cherché le simple. Le simple ne peut pas être coloré. Le simple va à l’essentiel. J’ai aussi cherché de la structure. Hier, j’ai désossé mon blog précédent. J’ai été fasciné par la grande page blanche qu’il est devenu, mais ce n’est pas ce que je veux. Je rêvais de « structure », de lignes adoucies mais nettes. Et des effets de contraste des lignes, un peu à l’image de ces designs d’avant-garde des années 20 (mais qui sont aujourd’hui comme de nouvelles évidences esthétiques).
    J’ai vu ce template il y a 10 jours. Il a été créé pour WordPress fin 2009 par un atelier japonais. Il est simple. Ça été tout de suite une évidence…
    J’ai vu pas mal de photographies des collections de prêt à porte de l’automne hiver 2010/2011. Ça faisait très longtemps que je n’avais pas été intéressé par les collections. J’ai apprécié ce retour au noir, au gris, à des formes dessinées. La première collection de crise, un au revoir sobre aux nouveaux riches de « d’la night » (Angela) de l’école qui vient de s’achever. Commencer par du noir, du gris, du blanc, des formes dessinées, de la matière et non ces couleurs post eightees vomies partout dans cette esthétique néo-sixtees qui a si bien caractérisée les années Blair-Clinton-Bush, avec sa bulle immobilière, ses trentenaires « dynamiques », et le crédit qui coule à flot, « demain, c’est comme hier, chérie ». Non, demain ne sera jamais hier. Nous avons une page blanche devant nous et il faudra du temps avant d’oser y remettre de la couleur, d’autant que passé un inévitable retour à la structure, nous irons progressivement vers un travail sur la matière, le matériaux, comme nous l’avons fait à chaque fois. Cette fois, nous explorerons les terres des matériaux sans trace ni marque sur l’environnement… Quoi, je vois tout ça dans un simple template de blog ? Oui, et non. J’ai rêvé au beau milieu de la tempête un retour à l’essentiel. Tout, bien rangé, facile d’accès, extensible, simple et structuré. J’ai trouvé mon bonheur…

    Je suis dans le métro. Je reviens de l’école. Ce matin, je me suis levé vers 8 heures 15, et j’ai transféré mon domaine avant mon petit déjeuné. Il y a un type que je ne connais pas, un « ami » Facebook (j’ai accepté tout le monde le mois dernier), qui a ouvert un tchat alors que je déjeunais, faisais la vaisselle, m’habillais. Son message commençait gentiment, et puis il a commencé à s’énerver, pourquoi tu ne réponds pas (je n’étais pas devant mon ordi…), et la conclusion, imparable, « tu ne mérites pas un ami comme moi ». Quand j’ai regardé ses messages de tchat, j’ai pensé à Queer as Folk, le petit copain de Ted, dans la dernière saison… Voilà un type que je ne connais pas (j’ai tchatté une fois avec lui, 5 mn, la semaine dernière), et qui en gros me traite de connard, comme ça, juste parce que ce matin, il fallait qu’il passe ses nerfs… Je ne tchatte quasiment jamais avec mes amis, pourquoi devrais-je donc être disponible pour mes « zamis ». Hallucinant. Bien sûr, il m’a vidé de son réseau. Il y a des gens, des fois…
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Adieu, Blogger…

    Adieu, Blogger…


    Nous nous sommes aimes d’aout 2004 a ce jour. Je te remercie.

    Ce message se perdra dans quelques heures dans la nuit des flux, alors que le domaine aura gagne d’autres rives.
    Au revoir Blogger. Nous nous sommes tant aimes, et tu me manques déjà…
    Et rendez-vous toujours sur Le Blog de Suppaiku nouveau…
    De Tokyo,
    Suppaiku
  • Lundi 1er mars, la journee sans immigres. Lundi, c’est sans moi.

    Lundi 1er mars, la journee sans immigres. Lundi, c’est sans moi.

    Ce blog est en greve. Journee sans immigres, journee sans moi. A mardi