Tout de frais revêtu…

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J’en avais envie l’an dernier, vous vous souvenez ? J’avais passé deux mois à chercher comment renouveler mon blog, et puis je me suis arrêté sur cette composition blanche et grise qui a duré presque un an, sans pour autant être totalement satisfait. Je désirais, alors que l’économie avait plongé vers une sorte de puit sans fond, et alors que j’étais persuadé que ce n’étais qu’un très mauvais moment à passer et que nous n’étions pas en 1929, je désirais, donc, un graphisme qui incarne ce que cet ersatz de grande dépression et son simili Franklin Roosevelt m’avaient inspirés au cours de ce qui s’annonçait être un « si long hiver », comme je l’avais titré.
Peu de temps après avoir perdu mon travail, je m’étais mis à regarder des vidéos sur Youtube, en très grande quantité. Pas n’importe lesquelles. Des vidéos des années 20/30, puisque les médias nous invitaient, à mon avis à tort, à faire le parallèle. Je l’ai déjà écrit, le « vrai » remake de 1929, c’est 1980 ! La récession Thatcher-Reagan, avec ses taux d’intérêts à 30% et ses millions de chômeurs, du jamais vu depuis… les années 30. Mais on ne veut pas m’écouter…Mais grand bien m’en fit, j’ai découvert de vrais trésors du cinéma « parlant ». De 1927 à 1929, toutes les comédies musicales ont été filmées, en sonore et parfois même en couleur. J’étais complètement ignorant du fait que la couleur existait déjà depuis 1912, et que le Kodacolor fut testé dès 1927… Quand au parlant, on en trouve des tonnes. J’ai pris un énorme plaisir à regarder et écouter Helen Kane, le « modèle » de Betty Boop. J’aime cette période car elle opère la transition entre le monde de la mécanique (le début du siècle) et le monde de l’électrique, comme le montre Jean Renoir dans La règle du jeu. En fait, j’ai passé 6 mois à explorer ce qui me fascine le plus dans ce film : les deux mondes, l’un finissant (avec ses phonographes et ses gigantesques orgues mécaniques) et l’autre ne faisant que commencer (le film commence sur une transmission radio et une traversée de l’Atlantique en avion). Renoir est un génie qui a su croquer cette cassure de l’époque comme aucun autre, sans fascination. Avec une histoire…
J’ai découvert une cassure –qui fera l’objet d’une sorte d’étude économico-culturelle-, entre 1932 et 1934. Et pour ce qui concerne les USA, c’est Cab Calloway qui semble le mieux l’incarner. On a un trend, le trend « charleston-fox trot-, avec ses garçonnes à cheveux courts aux cils épilés à l’électricité et leurs chapeaux cloches, leurs poitrines invisibles. Helen Kane. C’est le trend culturel des « années folles », et qui continue bien au delà, jusque vers 1934/35. Et puis il y a un trend nouveau, porté par le swing, beaucoup plus « afro » celui-là, qui semble démarrer en 1932, juste à temps pour accueillir le new-deal et Franklin Roosevelt ! C’est un trend qui a duré jusqu’à la fin des années 40 et qui a assuré au jazz une suprématie culturelle jusqu’au rock and roll, qui en est la suite, le ressourcement, et le blanchiment. Et dès 1934, on voit les vêtements féminins changer, ils s’épaulent, les tailles se redessinent et surtout, le tailleur moderne fait son apparition. Des 1935, on voit les deux esthétiques cohabiter mais dans des œuvres différentes. Les comédies hollywoodiennes sont résolument dans le style nouveau quand les romances plus conventionnelles continuent de présenter ces filles généralement blondes à la mine triste des années 20. En fait, les USA ont vu surgir l’esthétique des années 40 dès 1933/34, et l’apport de la culture noire est immense. À regarder toutes ces vidéos, j’ai été vraiment attiré, envoûté par cet effet de l’histoire, en quelques années, sous l’effet d’un si violent effondrement de la structure économique précédente. Pour trouver un changement comparable, il faut se pencher sur la période 1959/1964 où les effets cumulés de l’élévation des niveaux de vie lié aux politiques keynésiennes, du baby boom et d’une nouvelle poussée de la culture noire (droits civiques et rythm’n blues) ainsi qu’une nouvelle transition économique, de l’ère électrique à l’ère électronique (transistors et satellites) provoquent le même type de télescopage culturel et sociétal qu’incarne le style Courrèges.
Bref, au cœur de ce typhon boursier de fin 2008 et début 2009, je me suis remis à dessiner, j’ai trituré mon site. J’ai cherché le simple. Le simple ne peut pas être coloré. Le simple va à l’essentiel. J’ai aussi cherché de la structure. Hier, j’ai désossé mon blog précédent. J’ai été fasciné par la grande page blanche qu’il est devenu, mais ce n’est pas ce que je veux. Je rêvais de « structure », de lignes adoucies mais nettes. Et des effets de contraste des lignes, un peu à l’image de ces designs d’avant-garde des années 20 (mais qui sont aujourd’hui comme de nouvelles évidences esthétiques).
J’ai vu ce template il y a 10 jours. Il a été créé pour WordPress fin 2009 par un atelier japonais. Il est simple. Ça été tout de suite une évidence…
J’ai vu pas mal de photographies des collections de prêt à porte de l’automne hiver 2010/2011. Ça faisait très longtemps que je n’avais pas été intéressé par les collections. J’ai apprécié ce retour au noir, au gris, à des formes dessinées. La première collection de crise, un au revoir sobre aux nouveaux riches de « d’la night » (Angela) de l’école qui vient de s’achever. Commencer par du noir, du gris, du blanc, des formes dessinées, de la matière et non ces couleurs post eightees vomies partout dans cette esthétique néo-sixtees qui a si bien caractérisée les années Blair-Clinton-Bush, avec sa bulle immobilière, ses trentenaires « dynamiques », et le crédit qui coule à flot, « demain, c’est comme hier, chérie ». Non, demain ne sera jamais hier. Nous avons une page blanche devant nous et il faudra du temps avant d’oser y remettre de la couleur, d’autant que passé un inévitable retour à la structure, nous irons progressivement vers un travail sur la matière, le matériaux, comme nous l’avons fait à chaque fois. Cette fois, nous explorerons les terres des matériaux sans trace ni marque sur l’environnement… Quoi, je vois tout ça dans un simple template de blog ? Oui, et non. J’ai rêvé au beau milieu de la tempête un retour à l’essentiel. Tout, bien rangé, facile d’accès, extensible, simple et structuré. J’ai trouvé mon bonheur…

Je suis dans le métro. Je reviens de l’école. Ce matin, je me suis levé vers 8 heures 15, et j’ai transféré mon domaine avant mon petit déjeuné. Il y a un type que je ne connais pas, un « ami » Facebook (j’ai accepté tout le monde le mois dernier), qui a ouvert un tchat alors que je déjeunais, faisais la vaisselle, m’habillais. Son message commençait gentiment, et puis il a commencé à s’énerver, pourquoi tu ne réponds pas (je n’étais pas devant mon ordi…), et la conclusion, imparable, « tu ne mérites pas un ami comme moi ». Quand j’ai regardé ses messages de tchat, j’ai pensé à Queer as Folk, le petit copain de Ted, dans la dernière saison… Voilà un type que je ne connais pas (j’ai tchatté une fois avec lui, 5 mn, la semaine dernière), et qui en gros me traite de connard, comme ça, juste parce que ce matin, il fallait qu’il passe ses nerfs… Je ne tchatte quasiment jamais avec mes amis, pourquoi devrais-je donc être disponible pour mes « zamis ». Hallucinant. Bien sûr, il m’a vidé de son réseau. Il y a des gens, des fois…
De Tokyo,
Suppaiku

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

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