Métro du soir, métro du matin

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Métro du soir (jeudi)
Mon travail ne me plaît pas du tout, essentiellement pour des raisons financières. Je ne vis que pour payer mes factures. Enfin, c’est le sentiment que j’ai. Demandez autour de vous, vivre avec 200,000 yens par mois, à Tôkyô, ça ne fait pas lourd, surtout quand on doit en déduire les impôts locaux et la sécurité sociale. Mon loyer est plutôt correct pourtant, autour de 80,000 yens. Mais bon, hein, c’est comme ça, et je ne suis pas le seul à tirer la langue. À Paris, je ne payais pas de loyer, mais si j’avais dû en payer un, je n’aurais jamais pu voyager comme je l’ai fait. Quelle chance c’était…
Je suis en train de rentrer dans la phase « post-adaptation ». Je commence à m’habituer à mon travail, à son rythme, et je caresse même l’idée de m’y faire, en espérant trouver un deuxième poste, quelques heures. Parce que si je ne parviens pas à joindre les deux bouts, et je vous assure, je n’y parviens pas, d’un autre côté, moi, j’aime bien mon temps libre, et ça, un travail « normal » ne me le donnerait pas. Alors voilà, je traverse des moments où je ne souhaite qu’un truc : trouver une école plus près de chez moi, pour ne plus me taper deux heures de transports par jour et continuer à enseigner. Parce que tout ce temps libre, c’est quand même une aubaine. Mais ce temps libre a son revers : je ne serais pas capable d’aller en France cette année encore.
J’ai vu quelques images de la tempête qui a véritablement saccagé l’Ouest. Et puis j’ai vu des images du Chili. Il y a des week-ends comme ça. Ici, aux infos, ça avait commencé par un très gros tremblement de terre (plus de 7) à Okinawa, mais heureusement sans gravité. Et puis la tempête, et puis le tremblement de terre, et puis le tsunami sur les côtes d’Amériques latine, le tout s’achevant dimanche soir par l’arrivée du tsunami dans le nord du Japon. Dans certains endroits, presque 2 mètres. Le récit à la télé faisait très fait divers. Presque comique. Et comme toujours les gens n’ont retenu que « le tsunami ». La télévision ne montre du tremblement de terre que les scènes de pillage…
La semaine dernière, Jun et moi sommes allées nous promener dans l’est, je voulais voir les pruniers en fleurs à Yushima Tenjin. On est descendu à Nihonbashi où les coureurs du marathons faisaient de leur mieux. Quel idée, un marathon, par un temps pareil. Ce pays fait décidément tout n’importe comment : pourquoi pas en mai, ou en octobre, quand il fait bon. Là, ils ont du, comme chaque année, démarrer sous la pluie, dans le vent glacé. Heureusement toutefois, le temps s’est progressivement éclairci.
Métro du matin (samedi)
Nous avons marché, longé la grande avenue, Mitsukoshi, Kanda, et bifurqué pour aller au temple confucéen de Ochanomizu. Il est tout noir, a été reconstruit mais a été originairement construit par un Tokugawa, si je ne me trompe pas. Nous avons continué la promenade avec Kanda Myôjin, un grand sanctuaire, autrefois considéré comme le sanctuaire protecteur de tout Edo. Nous y étions passé Jun et moi il y a peut-être quatre ans, à l’époque où, travaillant le samedi jusque vers 18 heures nous avions pris l’habitude de faire de grandes promenades de nuit. On avait du faire à peu près le même trajet, finalement. Mais la nuit, le sanctuaire déserté avait quelque chose de magique. De jour, ces endroits sont toujours plus ordinaires. Enfin, je veux dire pour un Tokyoïte comme moi…On a continué comme prévu jusque Yûshima Tenjin, un sanctuaire vers Ueno. Il s’agit du sanctuaire « frère » du sanctuaire Yûshima à Kyûshu. J’ai entendu dire qu’il y en a trois dans le Japon. On en a discuté avec Jun et il semble que Kitano Tenmangu à Kyôto soit le troisième, mais je n’ai pas du tout ce souvenir ni même ce sentiment. Et puis, Jun et le Shintô, ça fait deux. Il est plutôt athée, mais il a grandi dans une famille protestante. Ça fait une très grosse différence…Tout ça pour dire que ces trois sanctuaires sont réputés très efficaces pour réussir ses études. À voir le nombre de plaquettes accrochées avec leurs vœux à différents endroits du sanctuaire, le Japon doit être rempli de génies à ne plus savoir qu’en faire… Hélas, la protection des dieux n’opère pas ici sur les pruniers. Les vents violents de la veille, les fortes pluies ont eu raison des fleurs dont désormais les pétales recouvraient la terre. C’est dommage, c’était sensé être le « peak » de la floraison des pruniers. Les rares pruniers en fleurs étaient masqués par les yatai (petits baraquements où l’on vend à manger, à boire, des souvenirs, etc) qui avaient du en fait les protéger des intempéries.
On a continué notre promenade en revenant à son point de départ, à Nihonbashi. On est passé par des rues parallèles, où ne roule aucune voiture.
Le dimanche passe très vite, et le lundi encore plus vite, d’autant que je dois y donner des cours particuliers. C’était la journée sans immigrés, j’ai donc « vidé » mon ancien blog ce jour là. Ça m’a pris pas mal de temps, mais je voulais que la bascule soit réussie dès le mardi matin. J’ai également décidé de ne pas utiliser Aperture qui est incapable de traiter les fichiers RAW de mon appareil photo. Ce sera donc pour un moment Lightroom, avec exportation dans iPhoto, utilisé comme une bibliothèque.
Comme chaque semaine, c’est passé très très vite. Aujourd’hui, je commence à 11 heures et je finis à 15 heures.
Métro du soir, métro du matin. Et dans quelques heures métro du soir…
De Tôkyô
Madjid

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

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  • 2 heures de train pour un salaire giri-giri, ça me parle, hélas. On devrait échanger, peut-être ?^^

    En même temps, le temps passé dans le train peut-être mis à profit…vous y écrivez les textes ?

    Senbei, régulièrement plié sur un notebook dans l'Odakyu

  • On a le meme boulot ? ^^ Ouais, en fait, je regarde beaucoup de choses a cru, mais pour supporter tout ca, c'est quand meme que je m'y plait. J'y adore mes promenades et cette tranquilite qui envahit la ville les dimanches et jours de fete, un peu comme une gigantesque petite ville de province.
    Merci pour les deux commentaires!

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