Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • … Et puis il fit beau sur la Capitale des Capitales, 京都

    … Alors, je suis ressorti, lentement, et j’ai regardé cette ville. Je suis allé tranquilement y faire du tourisme et y rendre mes hommages. A 八坂神社/Yasaka Jinja d’abord, puis à 知恩院/Chion-in. Ce même Chion In où j’avais fait mes adieux l’an dernier lors de cette soirée “Light up” qui sonnait si bien comme un au revoir à la Capitale. J’ai revu avec plaisir cette grande porte, immense, toute de bois, et puis ce 本堂, ce grand corp central dont je ne vous livrerai pas les secrets, parce que les photos y sont interdites, et puis parce que les photos, les vidéos ne sauraient traduire l’odeur du bois, le parfum de l’encens, la présence de siècles de prières comme quelque chose de palpable, de réel, de pâtiné par le temps. Assis, recueillis, j’ai repensé à cette ville, à tous ces morts pour bien peu de choses, et j’ai pensé que tout cet apparat, toute cette beauté qui s’y présente à nos yeux est bien peu de chose si les hommes ne sont pas capables d’en comprendre le sens. Même mourir ne sert à rien.
    南無阿弥陀仏/NA MU A MI DA BU TSU. Un novice, puis d’autres sont arrivés, on commencé à ranger les autels. Et puis un moine est arrivé, s’est assis, à commencé à entonné le Nambutsu. Les fidèles d’Amida disent que dire le Nambutsu délivre les humains du cycle des réincarnations sans fin, les délivrent de l’illusion de la vie. Je serais presque tenté de les croire. Cette phrase est en soit tellement vide, creuse, dénuée du moindre sens, qu’entendue, répétée à l’infinie, elle fini par se fondre au monde, elle le dévoile. J’ai donc écouté ce moine, et je ne manquerai pas d’aller y entre encore une fois le son de cette voix, ces paroles simples que je peux moi aussi répéter et qui me délivre de mes pensées les plus inutiles. A vélo, je suis rentré en répétant ces mots, en entendant en moi la voix de ce moine comme je me rapelle parfois tel effet d’un archet bien rendu par un artiste dans tel ou tel concerto.
    Il y a des gens qui vivent dans le football, le base-ball, il y en a qui se pressaient au Grand magasin Sogo qui rouvrait ses portes aujourd’hui à Osaka (malgré sa faillite, entièrement relifté…). Pour ma part, contempler le vide ne me fait pas peur : ainsi je vois le monde. Je trouve beau d’en avoir fait une philosophie qui, telle une religion, a embrassé les Arts.
    Il a fait très chaud, cet après midi, et je crois même avoir un coup de soleil.
    Je vous souhaite bien du plaisir à regarder mes vidéos.

  • Journées Typhon sur le Japon

    Pas fait grand chose ces derniers temps, j’aurais envie de dire… En fait, je dévore depuis ce week end le 平家物語/Heike monogatari / Le Dit de Heike, ce récit qui raconte la spendeur et le déclin du Clan Hei, la maison uchi / 家 – Taira /平. Il faisait très chaud ce dimanche, près de 35°, ça m’a mis KO immédiatement, d’autant que l’humidité était elle aussi maximale. Alors, entre sieste, エアコン/ Air conditionné poussé à fond, je suis resté chez moi, sans complexe aucun. C’est agréable aussi, de ne rien faire au Japon. Pour m’occuper, j’avais le choix : ce fichu tome III de la recherche du temps perdu que je n’ai toujours pas fini, toujours à recommencer, et le Dit des Heike. Le second me paraissait tout indiqué pour ce séjour à Kyôto… On m’avait dit que Kyôto était une ville morte peuplée de fantômes… Ce doit être vrai. Je me demande s’il n’y a pas moins d’habitants aujourd’hui que de gens qui y sont mort pour vouloir la vaincre, la conquérir ou la défendre… Et de quelle façon. Ce livre – un pavé – se lit très aisément si on ne cherche pas à se souvenir de tous les noms, car alors il est clair que l’on s’y perd. Mais en revanche si on passe cet obstacle, cela devient très aisé, très facile, et c’est un authentique Thriller. On connait la fin : le clan sera défait. On connait le point d’orgue, le naufrage de tout le clan lors de la bataille de 壇ノ浦/ Dan no Ura, le suicide des Dames de Cours et surtout le suicide du jeune Prince agé de 6 ans. Plus aucun ne survivra et la famille Impériale elle même sera ainsi touchée, mettant un terme à l’agonie de la cours de 平安/ Heian, cette cours raffinée, lettrée et aristocratique dominée durant 400 ans par le clan Fujiwara, copiée d’abord du modèle chinois, puis authentiquement japonaise d’âme, de coeur et de style. La montée au pouvoir de ce clan de guerrier, dans la 2ème moitié du 12ème siècle marque la fin de ce qui pour les Japonais est un peu comme notre antiquité, une matrice. Et on sent bien à travers ce récit, que c’est ainsi que ces évènements ont été ressentis à travers tout le Japon.
    J’ai dépassé tout à l’heure les 350 et quelques pages, le clan est sur un retour de fortune : quel suspens… Moulte détails égrainent le récit : le poids de la religion, qu’elle soit 神道/Shinto ou 仏教/Bouddhiste, de telle ou telle obédience, ce qui est frappant c’est comment les “sectes” concourent à cette cacophonie d’un monde sur le déclin. Moines guerriers, ascètes, rivalités d’influence, moines mendiants, moines vengeurs, tous sont là à épier le cadavre agonisant de la capitale, à attendre sa reconnaissance. Les guerriers eux même sont légions, enfants malheureux de descendances troublées, plus ou moins princière de longue date, mais toujours roturière. Tous à chaque étape marquent de leur façon le déclin du goût, l’égarement, l’oubli des règles et de l’ordre symbolisés par le bouddhisme. Et puis l’Empereur, finalement seul référent, complotant souvent, souvent fort mal, mais ayant la légitimité pour le faire, sans avoir jamais toutefois le pouvoir d’en faire plus. On peut penser au passage à Hiro-Ito durant les années 30-40, un pouvoir immense, et pourtant aucun pouvoir du tout…
    Je ne vois plus Kyôto tout à fait de la même manière, et je comprend encore mieux ce sentiment de tristesse que je ressens dans cette ville, et qui concourt à sa beauté.
    Je suis très heureux de ce typhon, croyez moi. Je ne suis sorti de dimanche à mardi, lisant beaucoup, entrecoupant le tout de flash télévisés pour voir à quelle sauce nous allions être mangés.
    Cette nuit, le vent a soufflé très fort, il a beaucoup plu. Hier, les températures faisaient le yoyo.
    Aujourd’hui, parès une matinée au ciel changeant, la journée a été très agréable…

  • Le son de la chaleur : mushi

    Tout d’abord, un petit commentaire sur le format de mes vidéos. Je suis véritablement désolé, mais pour des raisons de place (stockage), je suis conduit de choisir la meilleur qualité (notamment pour le son) dans le plus petit format possible. A cet égart, la norme h264/mp4 est de loin le meilleurs compromis. On obtient un bon résultat avec Quick Time 7 et supérieur. Si ce logiciel est désormais disponible sur Tiger (Mac OSX.4 et supérieur), Panther 3.9, ainsi que sur Windows, il ne l’est hélas pas pour Jaguar ou Panther < 3.8… Je le regrette. J’ai tenté d’autres compressions, mais à qualité équivalente, j’obtenais des fichiers plus lourds… Là, j’obtiens 17′ en environ 40 Mo, avec une très haute qualité sonore et une image aussi bonne qu’en Divix… Je mettrai à disposition ces vidéos ultérieurement, en d’autres formats. En attendant, je vous recommande de télécharger QT si vous ne l’avez pas (c’est gratuit).
    Nouvelle vidéo, où je ne sais trop si c’est du son ou des images que j’ai filmés / enregistrés… A vous de voir. J’ai longtemps roulé sous le soleil, ici et là, je me suis arrêté, et puis j’ai filmé autours de moi. Ca sentait la campagne, et j’étais loin du vacarme de la ville où, sous une chaleur écrasante circulent les camionnettes blanches équipées de hauts parleurs bruyants de la campagne électorale. C’est cocasse… En attendant, et ça ne surprendra personne, 民主党は頑張れ!

  • Phénomènes de foi..euh.. de mode..フゥ~♪

    Il est passé par le Japon, elles étaient plus de 10 000 à l’accueillir, en transe, toutes ménagères de moins de 50 ans, même si la télévision en a repéré de plus de 70 ans, toutes armées de calepins, albums photos, magazines et dessins dans l’espoir d’obtenir LE autographe, la trace indélébile et personnelle de LE homme, THE beauty de l’Asie, LE idéal masculin par excellence, LE seul et LE unique… Elles Japonaises en plein délire, amoureuses, fans, pamées de désir… Lui, impensable il y a encore seulement 10 ans, kankokujin/ 韓国人/ Coréen, beau, sexy, paré de toutes les vertues par une presse féminine avide de nouveautés, de sensationel… Lui, acteur remarquable (parait il) de 冬のソナタ/ Sonate d’hiver, le ドラマ/dorama coréen en 40 et quelques épisodes qui a fait pleuré le Japon profond pendant près d’un an l’an dernier et dont le DVD se vend comme des petits pains…
    べ ヨン ジュン / prononcez à la japonaise : BE YON JUN / transcrivez à la coréenne BAE YOUN JUNG a traversé Tôkyô afin de présenter ce qui sera certainement un grand succès de cinéma, 四月の雪/ neige d’avril… Le beau Jun a donc décidé de prolonger les frimats de sa sonate d’hivers et faire neiger au printemps… Les Japonais aiment les saisons bien en place, mais ces dames sacrifieront bien quelques fleurs de cerisier pour craquer devant le belâtre enchanté…

    Beaucoup plus curieux et inattendu, cette vedette incroyable et typiquement japonaise : ハードゲイ/ Hard Gay (prononcez ha-do guè- ). Oui, ça existe ! Dans un pays où on ne parle pas de sa sexualité, où celle-ci ne peut être que du domaine privé, il est tout à fait logique qu’elle n’apparaît alors que sous des formes extrèmes, outrancière et médiatique. Mais là où l’occident met en scène la tristounette “folle” ou la ridicule “drag queen”, le Japon génère l’outrance (enfin) sexuée, extrème : le pédé cuir sado masochiste tout droit sorti d’un magazine de vente par correspondance ou d’une boutique spécialisée, avec toute la panoplie… Et quand je dit “sexué”, il faut ajouter que l’énergumène ajoute les gestes (un déhanchement très évocateur) et tout le tralala (son slogan, フゥ~/ prononcez fuuuu~♪, fait des ravages dans les écoles). Vous pouvez aller admirer le personnage dans mes liens ou —>ici<— car c’est unique! (un programme tous les samedis à 19 heures sur TF… euh, TBS). C’est unique au monde, et c’est 100% japonais !
    A bientôt

  • Divers, varié, en attendant mieux

    (ou : je n’ai pas que ça à faire….)
    Quelques mails envoyés, reçus depuis dimanche. Nous sommes maintenant jeudi, il fait très chaud sur la ville, et je pense être enfin remis de la fatigue et du décallage horaire. Même si, d’ailleurs, j’ai constaté à quel point j’étais désormais habitué à cette différence de 7 heures. Ainsi, hier soir, bien que couché vers deux heures du matin, je me suis levé sans problème à dix heures. Du gachis ? Je devrais être levé sur le pied de guerre à 7 heures pour être dans un temple dès huit heures, foncer dans un autobus à dix pour être ailleurs à onze ? Manger en vitesse deux onigiri / おにぎり, boire la première bouteille de sencha / 煎茶 thé vert… Jamais ! Je l’ai déjà écrit cent mille fois, je suis un mauvais touriste. Ce que je n’ai pas vu les dernières fois, ce que je ne verrai pas cette fois-ci, eh bien, je les verrai la prochaine fois ! En attendant, je découvre à quel point cette ville m’est familière, comme elle s’est progressivement faite mienne. Kyôto est une ville triste, usée (le Japon a d’ailleurs une affinité très particulière avec l’usure, la rouille, le poli, la fissure, le cassé…), aux couleurs fletries, un peu comme si cette ville était un espace oublié, vidé du présent et qui se contentait de vivre à défaut d’exister… Etrange sentiment où se mêlent tristesse, mélancolie et moments de splendeur. On roule quelques minutes au mileu de ce désert urbain extrèmement provincial, extrèmement calme et soudain surgissent au hazard temples, jardins, portes de ville, femmes en kimono, sanctuaires, torii, arbres artistiquement taillés… étonnant. Dépaysant. Mon rapport à la ville se transforme au contact de Kyôto, de sa verdure foisonnante et luxuriante (luxe riant).
    A peine arrivée je l’ai reconnue et je ne m’y perd plus. Je m’y retrouve, plus familier avec moi-même que nul part ailleurs. Alors je savoure ce temps, j’allume la télé, je somnole et m’habitue à ce rythme de vacances, en attendant mieux.
    J’ai bien sûr acheté un vélo, dans une vieille boutique certainement aussi agée que le vieux monsieur qui me l’a vendu. JPY 4.000… On a combien de vélo à ce prix, EUR 30, à Paris ? Paris, qui ne me manque pas du tout.
    Mon appartement est très très bien, j’y suis seul et j’avoue que mes 10 mètres carrés (6 tatamis), ma cuisine et ma salle de bain, pour EUR 450, charges comprises, ça me suffit très largement. Même pas de colocataire, l’autre chambre est vide. Un appartement à soi, à Kyôto, s’y promener nu le matin, le café à la main, les cigales en fond sonore, quel luxe !

    Je me suis promené, quand même ! Je suis retourné à Fushimi, comme toujours j’y suis tenu, dire bonjour à Kitune et remercier mon protecteur le cheval. Promenade longue et vivifiante, bruits sonore de la nature, criquets, cigales, corbeaux, oiseaux divers et variés, insectes voraces qui vous attaquent les pieds, ces goinfres, mais que l’on chasse aisément en
    marchant d’un pas ferme et décidé, chaton fatigué par ces attaques répétées et miaulant, お母さんお母さんどこにいるの?いたいよ!Je le caresse et je repars, une heure, deux heures de promenades qui monte, qui monte, quelle vue !, et puis ça monte encore, les arbres, les torii rouges, et ces renards de pierres qui nous observent -qui sait, peut être un esprit se cache t’il quelque part, à l’affut, sera t’il bon, ou nous jouera t’il un vilain tour ?
    En nage je suis rentré chez moi. Ca, c’était hier. Avant hier, j’ai passé l’après midi et la soirée avec Yoshinobu, à Osaka. Nostalgie dans le quartier 新世界, construit au début du vingtième siècle et où était érigée une réplique miniature de la Tour Eiffel, du temps où l’on croyait au futur, et aujourd’hui remplacé par un quartier commerçant démodé (à la mode dans les années 50) dont le symbole est l’actuelle 通天閣, réplique économique kitsch et sans grâce de cette fantastique et inattendue Tour Eiffel du Kansai… Mais je l’aime bien, cette Tsutenkaku, j’aime son charme kitsch 50’s… Nostalgie, nostalgie. Qui dirait en parcourant les rues de cette ville qu’elle fut, il y a un peu plus de cent ans, la ville la plus riche du Japon ? Bien devant Tôkyô…
    Fin de soirée dans un bar gay, où seul je n’aurais jamais osé rentrer : 20 mètres carrés à tout casser ! Quelques clients. J’ai pu chanter quelques chansons, 黒い花びら、私の城下町, les feuilles mortes… Yoshinobu m’a dit que je peux y retourner si je le souhaite, mais j’avoue quand même que les bars japonais ne me sont pas familliers. J’ai attrappé ce soir là mon dernier train sans encombre, je n’ai pas passé la nuit à 新大阪/ Marne la Vallée. Je l’aurais bien passée dans les bars d’un client de ce bar, environ 25 ans, très sympathique, mais ça, c’est une toute autre histoire. Ce jour là (c’était mardi), il a violamment plu toute l’après midi.
    Alors, allons-y, avec ces mails.
    Le 29, à des amis,
    “temps tres tres chaud.grace matinee ce matin jusque onze heures trente. mais pris mon dej a sept puis recouche. super appart a moi tt seul.pas mal de depenses. je recherche un velo d’occaz’.hier journee tres remplie jusque tard. cette ville est tres grande.je ne recois pas le signal wifi jusque ma chambre 🙁 mais il y a un “salon” ou je peux aller pour l’avoir).bises”
    Toujours le 29,
    “Signal faible, mais signal tout de même : mon mac ne se connectait pas à cause… de l’heure! Eh oui, j’ai déjà eu ce problème. Bien, on va pouvoir bosser!
    Côté fric, je vais pouvoir économiser pas mal car j’ai une vraie cuisine. J’ai claqué pas mal pour la bouffe hier (fait mes courses hier vers 19 heures). Ce midi, rebelotte (un “pack universel” pour mon mac : le bébé trouvait que le courant de mon adaptateur 110 n’était pas bon et ne le digérait pas… )
    Promnade dans Kyoto en début d’après midi, très chaud, à la recherche d’un vélo d’occasion, puis rentré à la maison pour déjeuner vers 15 heures puis prendre mon médicament, essayer aussi le “pack universel” (en fait, l’adaptateur fait 100 v à 240, 50/60 hz, il faut y mettre un embout “prise” : le “pack”, c’est des embouts anglais, japonais, américains, européens… 5000 yens (env 38 eur). Mais bon, comme ça je peux faire le tour du monde… ne !
    Je retrouve Yoshinobu demain à Osaka. Ca c’est sympa. Je vais contacter aussi Megumi à Tokyo. Je crois que je vais réunir quelques personnes à Tokyo pour mon anniversaire. Pour Paris, je vais essayer de trouver un endroit (café) pour réunir un peu de monde aussi.
    Aller, je vais ressortir m’achter un vélo puis, vu qu’il est trop tard, aller me faire bronzer dans le jardin d’un temple à defaut de le visiter.
    Cette ville est une ville triste, un peu usée, trop calme, mais c’est une ville attachante, entourée de montagnes, parsemée de temples… C’est ici que je suis bien, et c’est ici que je désire vivre quand je serai un peu plus agé. Ca me fait du travail… Je n’ai qu’à devenir écrivain.
    A plus,
    Bises
    Madjid
    PS : nicolas, ton mail n’est pas passé sur mon portable… tjs cette histoire de codage…
    Bises”
    Le 30 au soir, séquence post alcool dans le train, attention, on s’accroche (je suis comme ça quand j’ai repéré quelqu’un…),
    “retrouve Yoshinobu a Osaka. Ballade, restau, bar gay… Il a plu tte la journee, ca vient de se calmer. Faut que je me debrouille pour rester ici (bref j’ai bu). Je suis dans mon train qui me ramene loin de mes illusions(il y avait un mec pas mal dans ce bar). Mais va draguer quand tu es avec ton copain Yoshinob… mais mets y les pieds sans ton copain Yoshinobu dans ce bar de 20m carre… Je suis ici comme si je n’avais jamais quitte Kyoto, comme si c’etait la suite… Ma memoire a aboli le temps… les japonais sont mignons… pub : un appareil photo 16#9. Autours de moi on dors : il est presque une heure. Je vais recontacter Nova… Je ne sais plus ce qu’est Paris… Bise”
    Vous inquiétez pas, l’alcool n’a qu’un effet passager, je vais beaucoup mieux !
    Mon ami Alain, d’ailleurs, ne s’y est pas trompé,
    “Il est des no-oo-tres, il a bu son verre comme les au-o-tres…”
    … et Nicolas non plus,
    “il est cuit là! a archiver ça! Nicolas”
    Voilà. J’ai un peu rattrapé le vide de ces 3 jours, vous avez une idée de mon retour ici

    Petit ajout : J’ai quelques problèmes d’upload avec mon FTP (je crois que la connection est bridée, ici), il va falloir attendre pour mon Podzine; à la place, je pourrai mettre quelques vidéos sur .mac. Il vous faudra le plug in h264, c’est à dire le plug in HD mp4. Pas que ce soit un choix particulier, mais cela me permet, par exemple, de faire tenir 17 mn en 40 Mo avec un son et une image de très haute qualité (pour ce niveau de compression). J’ai en effet très peu de place sur mon .
    Mac (IDisk).
    2ème petit ajout, au sujet de mon “auto censure” sur mon double blog, “suppaiku au Japon”. Mon deuxième blog est plutôt destiné à mes collègues de travail, qui ne me sont pas intimes. Par ailleurs, je suis assez septique quant à l’attitude de mon employeur (Manpower) au cas où il apprenait 1) ma sexualité 2) mon statut séropositif. N’y voyez pas du tout donc une quelquonque honte, je suis outé depuis très longtemps dans mon entourage, mais plutôt une forme d’égoïsme : je ne travaille pas par passion mais par obligation. Mon travail me paie mes voyages, cette année il me permettra aussi de me payer mes études et mon prochain voyage. Je ne peux donc que vous encourager à ne lire que la version originale, ici même. Plus croustillante, non ?
    A bientôt.

  • Dans l’avion, et peu après mon arrivée (heure japonaise)

    Entre Paris et Osaka. Il est je ne sais pas quelle heure, dehors il fait encore jour. J’ai le vague présentiment qu’il va faire nuit peu de temps car nous passons très au nord. Nous avons survolé la Suède et j’ai repensé à papa. A ce cousin, cet autre Madjid, qui y a étudié et que mon père me donnait en exemple car il avait réussi. Il est avocat aujourd’hui. J’ai ainsi voulu apprendre le suédois, me marier avec une Suédoise mais peut être cela n’a y’il été qu’un moyen de plaire à mon père, de m’en rapprocher à une époque où nous ne communiquions plus très bien tous les deux.
    Je trouve ça sympa de survoler la Suède pour aller au Japon, j’ai dépassé mon père et il doit être très satisfait. J’ai emporté sa carte de résident, ce document infame, que j’ai gardé depuis tout ce temps, et je l’ai glissée dans mon cahier de prières bouddhiques. Je crois que c’est sa vraie place pour ce voyage. Je regrette que maman soit elle de plus en plus inaccessible, enfermée dans cette vie étrange entourée d’objets, d’animaux, à la campagne.
    Le Japon, c’est tout de même une vieille histoire, pour moi, c’est MON histoire. J’ai découvert le Japon sur une télé couleur exposée dans un magasin près de chez nous. Je l’ai voulu si fort, le Japon, que j’ai volé les pièces de un centime que mes parents gardaient dans un bocal. Je suis allé au magasin, et là, j’ai mis les pièces sur le comptoir et j’ai dit que je voulais acheter une télé couleur… J’ai été réprimendé mais cela a bien fait rire aussi, et moi aussi, j’ai ri comme les adultes autours de moi. Je crois que c’est ce jour là que je me suis perdu, pas quand je suis allé vivre chez mon oncle et ma tante à Pontault Combault pendant un an, sans m’en apercevoir, en oubliant mes copains. Je me suis moqué de mon désir. On ne m’a pas demandé pourquoi j’avais volé cette monnaie –de l’argent, tout de même. On aurait compris mon désir de revoir cet interlude japonais, rentendre cette musique pour koto, revoir ce couple courir violamment, comme pour résister aux vêtements rigides du mariage de l’occident, pour retrouver le rythme lent, le thé vert que l’on fouette, les gestes mesurés, la maison en bois, l’engawa, ces vêtemets superposés, colorés ici pour la femme, si stricts pour l’homme. Hypnotisé, j’avais été. Qu’aurai-je donc eu avec la Suède ?
    En la survolant toutefois tout à l’heure, j’ai regardé ses paysages, ses lacs, ses routes et ses villages et j’avoue l’avoir trouvée fort belle, presque sensuelle. J’ai notamment vu des groues d’iles minuscules, vertes et posées là au milieu de lacs comme des mers intérieures minuscules, des villages en dedans.

    Mon voisin à côté de moi est plongé dans un demi-sommeil japonais, écouteurs sur les oreilles et yeux fermés. Nous allons entrer en Sibérie, il nous reste un peu plus de 7 heures 35 de vol à tenir. Je suis dans un 777 300, la classe économique est plutôt confortable mais les distractions sont assez mauvaises.
    Le soir s’approche, si j’en crois la carte, mais dehors le soleil ne fait que se coucher, un peu comme si nous n’allions que froler la nuit. Nous approchons de la très célèbre ville de Adak, au nord de Yekaterinburg, vers l’Oural. C’est dommage que ce soit la « nuit » dans l’avion car le paysage est magnifique au dehors. Vais je déranger mes voisins : je me suis mis de l’encre partout avec mon stylo plume… et j’aimerais bien me laver les mains…
    Etonnant : j’ai croisé une personne que je connais virtuellement, dénommée Pinpin. Un ancien habitué du japon.org, qui lit mon blog et qui m’a reconnu. Je trouve ça drôle, sympa. Il travaille à Roissy, il s’est présenté modestement. Je trouve cela très sympatique. Dehors, c’est absoluement magnifique : j’envie le pilote… Le travail est difficile mais quelle beauté devant soit, perché au milieu du vide avec un truc gigantesque derrière. Voilà le métier que j’aurai du faire. A Paris il est 18 heures trente, qu’y faites vous, pensez vous à moi ?
    J’ai joué de malchance : j’ai oublié mon casque dans mon autre sac, je ne peux pas regarder de vidéo sur mon ordinateur : c’est malin…
    Bien, on est un peu plus tard, maintenant… Je navigue dans le plus d’heures… On approche de « 14 heures », c’est à dire que ma tête est assez désorganisée. Arrivé à Kyôto, une préoccupation fondamentale : trouver un endroit où laisser mes baguages, et le plus frais possible (Norvir© oblige). Le Japon est un pays fantastique, j’avais oublié l’air conditionné dans le métro, et l’abondance de consignes un peu partout autours de la gare.
    Pour aborder la question de l’oubli, justement. J’étais dans mon bus pour Kyôto, je regardais le quai. Le chauffeur, ganté de blanc, droit sorti de Bus stop /attendant l’heure pile du départ. Nous partons et là, surprise, les employés sur le quoi s’inclinent, dans le vide car il n’y a aucun retour.

    Mangé des soba froides au thé vert et inari sushi. Je suis dans un Starbuck. Opération survie. Je suis claqué.

  • J-5

    Je suis maintenant dans l’étape finale avant mon départ. Chez moi, un coup d’aspirateur, un lavomatic, je rempli la valise et c’est fini… Ah, oui, un peu de change aussi. J’ai changé de l’argent ce vendredi soir, EUR 800, il faudra remettre ça. J’ai aussi changé de réservation. C’est donc à Kyôto que je retourne et j’avoue que l’endroit où je vais rester est correct et d’un bon rapport qualité prix. J’ai vu Nicolas samedi après midi, nous sommes allés ensembles à la TGB voir l’exposition Sartre qui devait s’achever hier. Quelle somme, cet homme. Je n’avais rien à dire en sortant, conscient de l’immense destin, avec ses forces et ses faiblesses, et ces échecs si pesants, et qui l’ont parfois confiné au ridicule (La cause du Peuple, avec ce verbiage militant gauchiste maoïste, aux antipodes de cette culture auquel il se rattachait en écrivant, à la même époque cet “Idiot de la famille”, sur Flaubert. Je n’aime pas ce Sartre, vieil homme finissant mais de bonne volonté, caricature de lui-même, enfermé dans un dogme aux antipodes de sa liberté. Mais fascinant aussi dans cette même quète de liberté comme un combat collectif, et qui l’ammène aussi, justement, à ces mêmes errements. On peut avoir raison très facilement avec Aron, mais on est alors confortablement dans un salon, à dire “qu’il faudra du temps”, etc… J’aime Sartre même dans son obstination. Je l’aime car il a toujours privilégié l’Homme : quand les réfugies ont commencé à chercher asile en 1979, victimes de Polpot, du régime vietnamien, il a abdique ses certitudes. Voilà la marque d’un grand homme. Et j’aimerais savoir ce qu’en pense Marie George Buffet…
    Soirée chez Nicolas, ensuite. Il m’a dit que ma “justificatication” sur le Bouddhisme l’a fait rire. Moi aussi. En gros, je dois préciser que je regarde Bouddha non comme un “saint” mais comme un philosophe. Un philosophe rare, d’une philosophie de la réconciliation de l’homme avec lui même sans aucun recours à une quelquonque divinité. C’est un aspect manquant, à mon avis, dans la pensée occidentale. Et c’est pour cela que je n’aime guère les bouddhistes occidentaux. Le bouddhisme est chez eux très souvent un plaquage, une option exclusive, en dehors de la vie. Comme chez les occidentaux convertis à l’Islam.
    Je recherche moi un “apport”, une intériorisation, à mon avis plus proche de l’idée de chemin. Je ne sais ce qu’est la perfection. Je ne cherche qu’une réconciliation à l’intérieur de moi, je veux me réconcilier avec ma lâcheté d’humain conscient des souffrances que les hommes font aux autres hommes. Je veux apprendre à vivre avec cette lâcheté, car c’est réconcilié avec TOUT moi-même que je peux agir, être un homme entier. Et non chercher à éviter chez moi tel ou tel aspect, bref en me haïssant moi même tel que je suis vraiment. Je suis convaincu que la plupart des résistants en 1940 étaient parfaitement conscients de leur lâcheté passée devant la montée des totalitarisme, mais ils ont décidé de vivre avec cette lâcheté en la laissant au passé. Les gesticulations néo gauchistes actuelles, où on conteste sans donner son temps, sans donner sa vie sont ce qui m’écoeure le plus car ce n’est finalement que la forme la plus perverse de la lâcheté : de la bonne conscience à bon marché. Voilà où je mets Bouddha. Ne pas s’illusionner sur soi, sur sa place, sur ses capacités, tout en admettant sa “vrai nature”, non pas une nature donnée, mais ce que la vie, la société, le monde, le language et l’histoire, nos parents et nos amis, nos choix, nos résignations, notre courage et notre lâcheté, tout cela réuni nous a fait. La psychanalyse est une aide à la compréhension de cette réconciliation possible, le bouddhisme est un pardon intérieur qui ne nécessite pas de pardon : c’est l’acceptation définitive ce ce que l’on est; tel que l’on est. Et rien de plus ni rien de moins. C’est un pardon qui passe par le non pardon. Comme l’a écrit Simone de Beauvoir, s’il n’y a pas de Dieu, alors il n’y a pas de pardon possible. Le Bouddhisme nous aide à vivre avec cette déchirure. Cela n’exclu pas l’action, mais cela en ôte les enthousiasmes. Je lutte contre les Nazis car ils nient des être qui me sont égaux. Je dois lutter contre les nazis. Je ne suis pas un héros, je ne suis qu’un pion consentant à n’être qu’un pion dans le jeu de forces opposées qui s’opposent au nazisme. Ma vie physique n’a pas d’importance dans ce jeu qui me dépasse car cette vie même ne peux s”exprimer que dans un triomphe définitif de la vie. Qu’importe si je meure… Voilà ce que pensaient ces combattants de l’ombre. Donner sa vie pour le triomphe de la vie…
    Quel courage. Pas étonnant, le personnage de Sartre à la libération…
    Dimanche, j’ai retrouvé Thomas et Carlos. Restaurant (Edokko), tempura. Puis conversations autours d’un café dans l’après midi, et rituel échange de doramas. Je suis rentré, j’ai siesté, puis en soirée ait fini quelques préparations.
    Injuste : dehors il fait beau, ce week end il a fait moche…
    Scandaleux : j’espère que ce n’est qu’une rumeur mais il semblerait que l’avion de Caribean Airlines qui s’est crashé la semaine dernière avec 152 passagers à bords était tout simplement à court de kérozène…
    Je ne me prononce pas : évacuation qui touche à sa fin à Gaza. Je ne me prononce pas car en fait je ne sais pas où cela va. Le territoire est libéré de l’occupation israelienne, mais qu’en est il de la suite ? Et etre gay à Gaza, ça veut dire quoi ?
    Fin des JMJ. La, je ne comprends pas bien…
    Je pars dans 5 jours…

  • Encore 10 jours avant le départ…

    Ca se rapproche : la valise est sortie. Je commence l’opération de nettoyage dossiers au travail. Le temps est mauvais ici, malgré une bonne journée aujoud’hui : je ne regrette pas du tout de partir.
    Eu un IM ( sur ce site de Maruchan, à qui j’ai proposé qu’on se retrouve à Tôkyô pour aller à l’Izakaya où nous avions été l’hivers dernier. Ca tombait mal, j’ai un dossier un peu coton en ce moment au boulot et un chef est arrivé juste au moment où la pop up est apparue. C’est malin… Si vous ne connaissez pas, allez faire un tour sur le Japon.org. C’est une communauté vivante.
    Été déjeuner avec Soun, une collègue que j’apprécie depuis que j’ai travaillé avec elle il y a 4 ans aux paiements swaps. C’est sympa, elle a évoqué le Cambodge, le communisme, Sianuk… Une histoire cruelle, mais humaine. Ce matin, justement, l’histoire s’invitait dés mon levé. Réveillé à 7 heures, je me suis préparé dés le début des matins de France Culture. La réalisatrice du film Odessa Odessa était invité et j’ai l’intention de voir ce film. Ce n’est pas seulement un film sur le déracinement des juifs Yeddish de Lithuanie, mais aussi finalement un film sur l’exil, l’impossibilité à se fixer, à se donner un destin au présent, là, maintenant, sans attendre, sans regarder derrière soi ni se projeter dans un hypothétique avenir. Porter la mémoire d’une diapora de génération en génération. Les jeunes de la 2ème génération, 3ème génération de l’immigration, parfois à cheval entre 2 mondes ne vivent ils pas eux même celà, pas d’ici, pas de là bas. Et moi même finalement, pas installé, flottant. Fils d’Algérien, Français, Parisien entre deux mondes, regardant ailleurs comme une autre terre possible, Londres, le Japon… La réalisatrice est très intéressante.
    Encore un avion qui est tombé. On est peu de choses.
    Pendant le déjeuner, pour la première fois, je me suis réclamé du Bouddhisme, en m’accordant ma vie pour trouver ma voie. Le Bouddhisme des autres ne m’intéresse pas, seule le miens ne compte. Soun nous a parlé du siens, intérieur, quotidien, moral, celui du Cambodge. Il y avait avec nous un collègue qui disait s’y intéresser. M’en réclamer m’a semblé évident, finalement. J’ai rompu un mensonge avec les autres et avec moi-même. Je ne recherche ni la sérénité, ni le “zen”. Il y a juste que je me torture à retourner le monde dans tous les sens et l’analyse m’a appris que c’est finalement uniquement à moi que je pensais. Comment alors ensuite penser le politique sans s’aveugler et croire que c’est dans l’intérêt des autres qu’on le pense alors que finalement on ne pense qu’à soi. On a peur, on a faim. La peur des autres réveille nos peurs, la révolte et la tristesse de voir la faim réveille notre propre crainte. C’est cet égoisme intrinsèque à la nature de l’homme qui fait le vrai Universel. Nous sommes fragiles, souffrants, malheureux, conscients de notre propre mort, de notre propre éphémère, de notre propre illusion. Et pourtant dans la jeunesse, nous avons la force et la folie de nous croire éternels, nous batissons des projets, des familles qui nous satisfairont, prendront la relève de l’histoire de ce que nous appelons l’humanité. L’âge venant, notre vanité de tout maîtriser s’émousse et sur la fin ne reste que cette carcasse encombrante d’une personne dite “agée”… Ne reste que la réalité, la vie comme une succession de présent toujours présent et déjà passé, emagasiné dans notre mémoire. On a l’air frais, alors, avec les souvenir de notre jeunesse…
    Alors moi, depuis longtemps maintenant, j’ai trouvé Sartre qui m’a donné le monde et l’Homme comme un choix, un projet à bâtir pour trouver enfin un sens à ce néant qui me constitue, à mon intrinsèque inutilité, en soi. Et j’ai trouvé Bouddha pour accepter ma fin, au détour de mes 20 ans, et comprendre que ce temps à passer n’est, dans le pire des cas, qu’un mauvais moment. Dans le meilleurs, que quelques bons souvenirs qui s’éteindront un jour avec moi… La frontière est mince entre Sartre et le bouddhisme. Aucun Dieu, aucune idée préconçue de l’homme. Sartre, c’est finalement le Bouddhisme de la civilisation marchande, internationale, marchande et post chrétienne. Une exigeance morale sans laquelle on tombe dans le cynisme caractéristique à Houellebecq. C’est comme ça… Non, ce n’est pas comme ça car même “comme ça”, c’est une construction, une illusion. Parce qu’en soi, ce n’est absolument rien. Ecoutez donc une grande théorie philosophique, politique, et placez là à sa vraie échelle, celle de l’univers. Ca devient risible, non ? Ridicule. Piteux. Vain. Ca c’est le Bouddhisme. Mais en même temps, pensez, vous êtes un homme, et pour vous la souffrance de l’autre comme la vôtre, sa non reconnaissance, le dédain, l’ignorance, les esclavages, les rêves, c’est bien concrets, et ces autres avec lesquels il faut composer, qu’ils souffrent, qu’ils oppriment où qu’ils inondent nos oreilles de leurs tubes insupportables, ils sont bien réels là, maintenant, au présent et remplissent le champs de nos perceptions… Ca, c’est Sartre.
    Le plus intéressant, c’est que Bouddha avait conscience de ce quotidien de l’homme tout en le trouvant. Sartre, lui avait bien conscience que ce que l’on appelle l’Homme est une construction de l’esprit un peu vaine à l’échelle de la science et de la réalité en soi, mais nécessaire.
    Ca m’a fait du bien de dire que je suis Bouddhiste. D’autant que je n’aime pas les Bouddhistes occidentaux. Rechercher la paix intérieur est pour moi une vanité et une illusion dans le monde des villes. Une mode, et j’ai jamais aimé les modes.

    Tremblement de terre archi violent au dessus de Sendai, hier, au Japon. Comme me l’écrivait Stéphane dans un mail “je comprends tes réticences à aller à Tôkyô, ça se rapproche”. Oui…

    Je suis allé au Trésor Public hier. A la maison, j’ai plein de médicaments. Je suis content d’écrire sous l’oeil de Sartre, la grande photo sur mon mur. Samedi je vais à la BN à l’exposition Sartre. Me voilà d’ailleurs à la mode : Sartre a fait son come back cette année. Quelle bande de cons… Nous sommes tous des salauds, moi le premier. C’est ce que j’ai appris dans Les chemins de la liberté. On est des Matthieu, nous avons appris à vivre dans un monde monstrueux à bien des égars, en le sachant, en le voyant, et EN EN CAUSANT. C’est ça que je trouve méprisable, lâche. Tous des Matthieu. Il ya des tas de petits Mozart qui n’ont même pas le temps de naitre en Afrique, ils meurent en couche et leur mère avec, un peu comme avant ici, mais ça se passe maintenant. On en cause…
    On accumule un vilain karma… Et je trouve les bouddhiste fashionables occidentaux particulièrement expert en terme de mauvais karma, avec leur riz macrobio et leur zazen qui rend calme.
    Quand on pense que Bouddha a été le premier Brahmane à abolir par sa simple parole et son existence même les castes d’une société strictement inégalitaire… pour finir par incarner la valeur cool des petits bourgeois en mal d’existence…

  • Le mardi au soleil

    C’est drôle, je voulais parler d’une histoire passée, et je me retrouve dans une histoire passé/présent, enfin bon, un truc marrant. Je parlerai donc des 2. L’une éclaire ma difficulté à appréhender l’autre. Et même si l’autre n’est pas une histoire, juste un truc qui m’ouvre ds horizon, tant il est révélateur.
    Je parlerai donc de Takeshi, et je parlerai donc d’un autre homme. Je parlerai donc d’une histoire bancale à tous les points de vue, et de l’autre de mon impossibilité durant 2 décénies à envisager mon installation, mon inscription dans le temps présent, dans l’espace présent. Je parlerai donc d’un truc mal combiné, subi en quelque sorte, et dont la distance m’a libéré, et du hazard si sympathique qu’on n’envisage pas de le regarder comme tel…
    Je tourne autours du pot, hein…
    Bon, Takeshi, c’est un drôle de souvenir, c’est la trace ultime d’un temps dans lequel je me suis empétré lamentablement. Je crois que de ma vie, jamais je ne me suis aussi piteusement subi. Peut être en avais-je besoin, je ne sais pas. Mais quand il y a un mois et quelques je parlais d’un besoin de tout relâcher, je pensais à ce moment là. Je n’en veux pas à Takeshi de ces rapports étranges, lui profiteur, moi victime. J’avais besoin qu’on me dise qu’on m’aime, tout simplement. J’avais besoin que ce soit quelqu’un d’accessible, et il l’était. J’avais besoin qu’on soit drôle, il l’était. Et j’avoue avoir profité, pour un coût relativement élevé, de sa présence. Le Japon est pour moi désormais un pays ouvert et où rien ne m’est inaccessible. En revenant à Paris, avec cette forte envie de le retrouver, de repartir, je me suis retrouvé avec, face à moi, la vraie question que je ne voulais pas regarder en face : que faire, MAINTENANT ?
    C’est grace à lui que j’ai compris que j’aimais aimer, je l’avais oublié. Que je devais prendre des décisions pour me redonner un avenir, je n’en avais plus depuis 2 ans. Quand j’ai quitté mon médecin, en mars, avec les mêmes résultats moyens, cette envie de vivre maintenant a germé alors comme une évidence : je ne reverrai pas Takeshi, je commencerai bientôt un traitement. Toute la suite n’est que conséquence d’un moment où ce choix est devenu possible car j’admettais ma faiblesse et ma résignation à être porteur d’une maladie grave. Réaffectées, cette faiblesse et cette résignation qui pesaient sur ma vie entière ont disparues progressivement, au point que j’en suis arrivé à me dire que ma vie est à Paris, quoi qu’il arrive. Pas ailleurs, en Angleterre. Et en tout cas pas au Japon pour le moment, même si c’est là une aventure qui me tente : je n’y renonce pas, mais c’est là quelque chose qui demande un peu de travail et une ferme volonté, à la limite de l’obstination. Cela demande donc que désormais, c’est ici que s’exprimeront cette force et cette obstination.
    Takeshi était un épilogue.
    Fin.

    Le hazard veut en revanche que dans l’immeuble où je travaille, ici, à Sofia, travaille également un gars que je croisais dans mes visites au Tuileries, un peu minet blondinet à l’époque -pas mon genre quoi, mais c’étais quoi, mon genre … ? – et dont je me souviens parfaitement qu’il arborait royalement son autocollant UNI sur sa pochette de cours. Ce genre de truc me filait un urticaire assez radical à cette époque là. Juste avant la grande manifestation des “de droite” de 1984… Il a plutôt bien vieilli, avec un côté Sheller “quelque part”. Peut être les cheveux blonds/roux, la peau un peu rougie… On se croise depuis 3 ans ici sans jamais s’être parlé. Nous nous sommes pourtant plusieurs fois croisés depuis, ailleurs, et même au Dépôt… C’est dire. Mais pas une parole. Jamais.
    Aujourd’hui, je déjeunais avec quelques collègues, nous étions perdus dans une conversation apocalyptique, il est passé avec sont plateau, on s’est dit bonjour. Là, je n’en reviens pas. Je ne sais même pas qui a tiré le premier, je crois qu’au premier regard on s’est dit bonjour !
    Mais non, n’allez pas voir là ce qu’il ne faut pas voir… Mais je trouve ça étonnant, finalement, de croiser des gens sans leur parler quand pourtant depuis des années on partage finalement un peu la même histoire. C’est nul. Je dis ça aussi facilement car le voir ne m’évoque absoluement aucun désir. C’est dangereux, alors… Peut être est il tombé amoureux ce week end, et il était bien luné… Peut être je pars au Japon, et j’ai envie d’aimer tout le monde… Mais malgré ce désir zéro, je confesse que je le trouve charmant, ce doit être son côté Sheller : il est tout petit (et ça, ça m’a toujours fait craquer !).
    Enfin, voilà qui est écrit, gravé sur le marbre du net !
    Je n’ai finalement jamais cherché à vivre une histoire qui dure, c’est pareil pour le travail, l’appartement. C’est en train de changer et c’est finalement ET le Japon ET mon travail qui me conduisent à appréhender mon avenir autrement, comme un renforcement de ma stabilité. Ma maladie en accroit le besoin. Et c’est désormais des ambitions qui m’animent : je planifie mon changement de métier et plus j’envisage de m’installer, plus je pense que c’est en m’installant que je me rapproche du Japon. Du Japon dont je ressens le manque régulièrement. Le Japon du Kansai plus précisement.
    Je redévelopperai une autre fois, et peut être d’abord quand j’y serai.
    Mais c’est vrai que j’ai le Japon facile, je vais avoir le japonais à l’Inalco, j’ai l’argent et je ne vais pas tarder à déménager. Que me manque t’il donc.

    Week end de repos avec quelque retrouvailles essentielles. Frédie d’abord, samedi après midi, chez elle. Quel bonheur, la revoir, et quel bonheur revoir ses parents. J’ai toujours beaucoup aimé sa belle mère, son parler direct, franc. Et puis, comme elle est Vietnamienne, elle est plus ouverte que d’autres personnes, elle connait d’autres cultures, une autre langue et elle a traversé les douleurs de la deuxième moitié du XXème siècle. Ca forge le caractère, et particulièrement le sien. De plus que ce soit avec elle ou avec son père, je me sens moi-même, je n’ai rien à dissimuler. Finalement, je suis plus à l’aise qu’avec ma propre mère… Le fils de Frédie, Fouki Mayela, est devenu un vrai petit garçon, avec des grands yeux. Et quel sourire… Lassina sort visiblement de “l’âge ingrat” : il est très grand, il fait grand jeune homme désormais. Mais la surprise a été le fils de Fatou, aussi beau que sa maman est belle. Je ne sais si c’est être peule, mais il a un visage d’une finesse, un port de tête si droit, si haut, il prouve à quel point il existe une réelle beauté africaine. Il est tout fin, grand, et en faisant des gaudrioles à un moments, il m’a rappelé sa mère, encore enfant il y a bien longtemps, quand elle réalisait des grands écarts à la chaine sous nos yeux étonnés. Fatou est devenue de toute façon une très belle jeune femme, son portrait trône dans le salon chez Frédie. Je la connais fort peu, finalement, et uniquement au travers de ce que me raconte Frédie, mais j’admire son courage et son intelligence. J’admire car rien ne lui a facilité l’enfance et l’adolescence. Elle n’a jamais rien reproché à Frédie, qu’elle considère comme une mère. C’est une fille très bien, qui a la tête sur les épaules. On retrouve la même “vibration” en regardant son fils, Malik.
    J’ai trouvé Frédie en forme, c’est pour moi l’essentiel. Elle mériterait de vivre plus au soleil : elle a toujours le sourire plus facile quand vient l’été. Je suis fier de savoir que Frédie est mon amie depuis un quart de siècle et que nous nous connaissons depuis près de 28 ans… On se voit peu, mais ce n’est pas que notre jeunesse que nous avons pour être toujours ami. C’est aussi la simple curiosité de ne pas se perdre de vue, de savoir ce que l’autre devient, un peu comme un frère et une soeur. Et je trouve ça bien. Ca s’appelle l’amitié. Je l’ai déjà écrit, je suis très gâté de ce côté là. J’ai énormément de vrais amis, ils appartiennent à des moments différents de mon existance mais ils sont là, ils me racontent, nous avons eu nos moments forts, nos crises et nos doutes. Nos vies ont divergées mais peut être si on creusait un peu, on verrait que chacun raconte un petit peu l’autre. J’en ai perdu en route, l’un de son fait, et c’est Olivier. L’autre de mon fait, et c’est Thimothée. C’est amusant car je n’ai pas de regrets pour Olivier (son alcoolisme snob, son mépris parfois m’insupportait). Je me remets difficilement pour Thimothée qui est un garçon drôle, profond, intelligent. Ce serait long de raconter comment nous nous sommes perdus de vue : il faudrait raconter mon analyse, ce qui m’a conduit à m’oublier, à me perdre, à l’horizon de mes 25 ans… Il y aurait aussi Pascal Abel mais je ne sais pas trop, il y a eu trop d’ambiguités, trop de mélange de genres. Il me reste ceux qui ont suivi, et dedans ceux avec qui le hazard nous a fait nous retrouver quand nous nous étions éloignés.
    Revoilà le hazard. En fait, il n’existe que si on sait le saisir, mais ce peut être facile de ne pas le voir. De ne pas se dire bonjour, et se dire, “tiens, celui là je le connais”, et passer à autre chose.
    J’ai eu maman au téléphone dimanche, un jour où je n’ai rien fait que travailler aux liens sur mon site. J’ai regardé une émission sur l’histoire des humains, ça fait froid dans le dos : notre histoire est une histoire absoluement triste, tragique. J’ai eu Maria aussi, dont la maman se remet difficilement de l’incendie de la maison. J’ai récupéré un peu de sommeil, enfin. Je dors très mal.
    J’ai perdu 6.5 kilos. Je pesais ce matin 77.5 kg.
    Lundi enfin j’ai vu Nicolas. Nous nous sommes retrouvés vers Champs Elysées et nous avons pris un verre après les Invalides, vers la Place du Chili. Temps maussade. Discussion sympa, notamment au sujet de l’histoire particulière d’Alain. Quelques petits soucis à son égars…
    J’ai sorti ma valise hier soir, mais j’avoue avoir encore pas mal de choses à faire avant de partir. Mais sortir la valise est un moment très agréable…
    Je réfléchis à mon premier Podcast, le vrai, et j’attends impatient son indexation dans l’Itunes Music Store.
    Ce matin, un 地震 / jishin (tremblement de terre) très violent vers Sendai, force 7.2… Mail de Stéphane et Nicolas. Stéphane commence à comprendre mon appréhension pour aller à Tôkyô. Mais j’avoue, j’aimerai revoir Iidabashi sans Takeshi, la mémoire pleine de souvenir dont la plupart sont drôles, cocaces.