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  • Pluies…

    Pluies…

    Hier, nous avons eu la confirmation que nous serions de nouveau dans une nouvelle période de « restrictions » liée à « la déclaration d’urgence sanitaire », la quatrième. Avec la pluie, c’est un peu comme si on faisait un combo.

    La saison des pluies, c’est une humidité incessante, ce sont ces pluies fines qui jamais ne s’arrêtent, ou si, mais alors on ne s’en rend même pas compte tant alors la température augmente et qu’on a le corps gluant, on en vient à souhaiter une averse qui viendra nous rafraichir, et la voilà, tiens, l’averse, mais alors ça ne change rien, ce n’était qu’un faux espoir car sitôt passée on recommence à avoir chaud. Parfois, alors que chaque jour le ciel est invariablement désespérément gris pointe le soleil, et alors, on cuit littéralement.

    Non, on brûle.

    Cette année, c’est une saison des pluies chaude. Il en est de fraîches, il en est de courtes. Celle-ci a commencé avec du retard, mais elle donne maintenant l’impression de s’éterniser.

    Hier, nous avons eu la confirmation que nous serions de nouveau dans une nouvelle période de « restrictions » liée à « la déclaration d’urgence sanitaire », la quatrième. Avec la pluie, c’est un peu comme si on faisait un combo.
    Un désespoir sans fin sous le ciel gris.

    Ici aussi, la gestion de la pandémie a été une véritable mascarade. Alors bien sûr, oui, c’est vrai que nous portons le masque depuis janvier 2020, nous, que nous passons notre temps à nous asperger les mains d’alcool depuis février 2020, nous, et que nous ventilons à peu près partout depuis avril 2020, nous, et que les personnes âgées ont été invitées à éviter les déplacements dès le mois de février 2020, chez nous.
    Les résultats sont assez probants, on a environ 10 fois moins de morts que la France, avec deux fois plus d’habitants et une population bien plus âgée. Ce sont des mesures de bon sens et la population s’y plie malgré une lassitude de plus en plus palpable.

    Beaucoup de japonais ressentent une sorte d’incrédulité face à cette épidémie. Et puis un jour, un proche, un voisin, un commerçant, et là ils comprennent que ce n’est pas une fiction. C’est certainement ce qui explique l’incroyable accélération de la campagne de vaccination. Déjà plus de 50 millions de japonais ont reçu leur première dose, et plus de 15 millions leur deuxième dose. Pour une campagne commencée si tard, et avec des problèmes d’organisation, d’approvisionnement, c’est un bel exploit. À la japonaise, dirons-nous.

    Ce que le Japon a raté, par contre, et qui explique la reprise des contaminations, ce sont les tests. Bien sûr, comme en France, il y a eu les tergiversations, une constante obsession à minimiser l’épidémie pour sauver les Jeux Olympiques, et donc une incapacité permanente à décider.
    On est sortis du premier (presque vrai) confinement trop tôt, et alors que peu de tests étaient réalisés, et alors que rien n’avait été vraiment fait pour accroitre le nombre de lits de soins intensifs, parce qu’aussi incroyable que cela puisse paraître, le Japon a le plus de lits d’hôpitaux au monde mais se trouve placé sous la moyenne du continent africain pour le nombre de lits de réanimation et de soins intensifs.

    Ici, la médecine est une vache à lait, on pratique, comme en France, le paiement à l’acte, et les hôpitaux ont développé les structures d’accueil de jour où on facturera généreusement les petits bobos à coup (coût) d’analyses sanguines, de scanner et d’hospitalisation d’une nuit.

    On est sortis trop tôt du confinement, donc, mais pire encore, le conseiller du premier ministre d’alors et devenu depuis premier ministre, a eu l’idée d’une campagne pour relancer le tourisme: hôtels et trains à 33% du prix et coupons de réduction pour le musées, les restaurants, etc.
    On a eu un véritable boom dans tout le pays, assorti d’une explosion des contaminations sur tout le territoire là où jusqu’alors l’épidémie était relativement cantonnée aux très grandes villes. De cette campagne au nom ridicule, « Go to travel », « Go to Eat » (que le twitter japonais a rebaptisé « Go to Hell » ou « Go to the Hospital »), nous ne sommes réellement sortis, d’un point de vue épidémiologique, qu’au mois de mai cette année.
    Certains départements ruraux, assez peu équipés pour faire face à un afflux de malades graves, ont été débordés et on a eu des centaines de personnes mortes seules, chez elles, car il n’y avait pas de lit pour les accueillir.

    Malgré la reprise des contaminations dès l’été 2020, exactement comme en France, le gouvernement a reculé les décisions le plus possible. Il a fallu que l’épidémie soit hors de contrôle en décembre pour que finalement il se décide enfin à stopper cette campagne et à déclarer à nouveau l’urgence sanitaire.
    Entre temps, il avait pu « protéger » la saison des feuilles d’érables, et de fait novembre et décembre ont vu des records de fréquentation à travers tout le pays et nous avons même connu un taux de croissance de 29% annualisé, du jamais vu. Ça vous laisse imaginer l’intensité de l’activité.
    C’était une énergie palpable.

    Je crois qu’il y a là une particularité de « l’âme japonaise » liée aux séismes et aux catastrophes naturelles ainsi qu’au polythéisme. Ce qui a été a été, c’est fini. On tourne la page et on passe à autre chose. Et on détourne le regard des dommages causés, des familles en deuil, tout en en parlant quand on ne peut pas faire autrement avec un visage affligé avant de changer de sujet.
    Ce n’est pas que les japonais soient indifférents, mais c’est juste qu’il doit être inscrit très profondément en eux l’évidence que pleurer les morts et pleurer ce qui n’est plus ne les ramènera pas à la vie, et que cela empêchera de reprendre la vie. Des millénaires de séismes et de typhons destructeurs, je pense.

    La période septembre-décembre, ça se sentait, on était en plein boom économique, c’était assez incroyable, partout des gens, avec des sacs, un grand sourire caché sous le masque…
    C’est humain. Et puis bien sûr, il y avait cette certitude que le Japon avait été épargné et qu’il le serait encore. Cette frénésie a duré jusque début décembre, c’était presque comme une orgie de courses et puis la conversation a commencé à changer. Les contaminations étaient hors de contrôle, ici et là c’était un collègue, un voisin ou un proche qui était contaminé. Et la population a accusé le gouvernement de ne rien avoir fait.

    La seconde « déclaration d’urgence sanitaire » a duré jusqu’en mars, et une fois encore, elle a été levée trop tôt, du coup, dans les jours qui ont suivi, les contaminations ont repris de plus belle, particulièrement à Osaka, avec des histoires tragiques d’agonies de patients morts seuls sans trouver de place, avec les ambulances qui tournaient d’hôpitaux en hôpitaux.
    Le Gouverneur, une sorte de beau gosse de droite assez sexy de 40 ans devenu très populaire avec cette épidémie, a imposé de très strictes restrictions avant même que le gouvernement ne se décide.
    J’écris « beau gosse » parce que c’est ce que tout le monde dit de lui, イケメン, ikemen.

    On a donc très vite enchainé sur une troisième déclaration d’urgence sanitaire dès le début du mois d’avril, elle aussi levée trop tôt, et alors que commençait la campagne de vaccination dans un cafouillage incroyable. Milliers de doses jetées suite à des problèmes de congélateurs ou d’erreurs de manipulations, absence de docteurs qualifiés, etc
    Et alors que nous en sommes sortis début juin, avec des centaines de contaminations encore enregistrées chaque jour pour Tôkyô seulement, on en est sorti. Et c’est reparti à la hausse immédiatement.

    Car dans toute cette histoire, il y a un fait permanent. L’obsession de tenir les Jeux Olympiques, avec la pluie d’argent attendue par les grosses légumes de certaines grosses entreprises, à commencer par Dentsu, un leader mondial de la communication et de la publicité, dont un certain nombre de dirigeants vont recevoir des salaires pour le simple fait d’assister à l’évènement. Plus de 2000 euros par jour, a révélé la presse. Dentsu qui est toujours en procès pour avoir « acheté » les Jeux Olympiques…

    Cette obsession à tenir les Jeux Olympiques a conduit le gouvernement à opter pour une politique très restrictive des tests. On ne teste que quelques dizaines de milliers de personnes par jour, ce qui permet de garder le chiffre bas. Si vous présentez des symptômes, vous êtes invités à rester chez vous et à attendre de deux à quatre jours. Et ce n’est qu’après que vous serez éventuellement invités à faire un test.
    Or, on sait que ce virus est pour une grande majorité un très mauvais rhume et rien d’autre, bref, pour beaucoup de gens les symptômes se dissipent d’eux-même, et donc au Japon beaucoup de gens contaminés ne sont pas testés. De ce fait, le virus circule activement sans être réellement tracé, d’où la très vive reprise dès que l’activité repart là où dans les autres pays la reprise des contaminations se fait très graduellement.

    Le gouvernement japonais a péché sur deux points cruciaux, et cela pour pouvoir présenter des chiffres raisonnables afin de maintenir les Jeux Olympiques.
    Il a constamment tergiversé, refusé de reconnaitre l’épidémie et de prendre des décisions par anticipation. Nous n’aurions jamais du avoir cette connerie de « Go to » et nous aurions du avoir une première période de restrictions plus tôt, et plus longue, et l’argent utilisée pour contaminer tout le pays avec « Go to » aurait du être utilisé pour préparer les hôpitaux.
    Quand l’épidémie est repartie à l’automne, nous aurions du avoir une nouvelle période de restrictions, mais cette fois-là de « restrictions douces », avec mobilisation des médias, pour inviter la population à être vigilante, et parallèlement, les écoles auraient du être de nouveau fermées, ou mises en roulement comme cela s’est fait avec succès dans certains départements.
    Et si cela n’avait pas suffi, il aurait fallu aller plus loin et réinstaller une réelle « déclaration d’urgence » comme au printemps l’an dernier, beaucoup plus longue, le temps de mettre en place la campagne de vaccination en la démarrant plus tôt.

    Cette obsession à masquer la réalité est d’autant plus regrettable que les japonais ont été remarquables en matière d’auto-contrôle « à la japonaise » (l’auto-contrôle, ici, c’est plutôt un contrôle social où on ne se restreint que de peur d’être vu par les autres) et que ce sens du collectif explique, malgré le peu de confiance que je place dans les chiffres artificiellement bas des contaminations, le nombre très nettement inférieur de victimes ici.
    Et pour tout dire, je ne doute pas un instant que l’allure que prend la campagne de vaccination va en faire un autre succès.

    Je sais parfaitement que le vaccin ne nous empêchera pas de tomber malade. Je ne comprends pas cette façon de traiter les gens comme des enfants en évacuant la réalité derrière ce discours hystérique sur la vaccination qui n’a d’égale que l’hystérie des antivax.
    Ce vaccin, c’est une façon de bâtir de l’immunité collective sans transformer nos hôpitaux en charniers et le corps médical en croques morts.

    Le réel problème de ce virus, ce n’est pas sa dangerosité. C’est sa contagiosité, et à travers elle sa capacité à muter plus rapidement que d’autres coronavirus. Le seul moyen de casser ce cycle, c’est de le rendre gérable en préparant notre corps à le rencontrer sans risquer de mourir même si on tombe malade. C’est pourtant simple à expliquer, non?

    Pour le moment, et malgré la reprise des contaminations en Grande-Bretagne ou ailleurs, on n’observe pas de reprise des hospitalisations comme on l’avait observée il y a 6 mois dans un contexte similaire de reprise de l’épidémie. Si le vaccin nous permet d’obtenir cela, alors on pourra vivre avec ce virus comme nous vivons avec la grippe.

    Personnellement, je ne compte pas les vagues comme les médias ou les politiques.
    Pour moi, en ce moment, c’est la deuxième vague, celle qui est sensée être la plus mortelle, et nous n’accumulons les vagues que parce que nous avons recours à des restrictions régulières.
    C’est la vraie deuxième vague car nous avons à faire à des souches ayant muté de façon substantielle et présentant des caractéristiques qui en font presque de nouveaux virus. Delta frappe beaucoup plus les jeunes, par exemple, et sa contagiosité est près de 4 fois supérieure à la souche originelle, pourtant déjà très élevée.

    Si j’en crois ce que j’ai appris sur les virus, nous aurons une troisième vague avec une nouvelle souche, cette fois plus gérable, et alors qu’à priori la circulation du virus dans une population vaccinée nous aura donné une certaine immunité.

    Nos responsables politiques pêchent par leur manque de confiance. Ils nous mentent parce qu’ils pensent que nous sommes stupides. Ils ont été, de toute cette épidémie, les premières sources de désinformation, que ce soit sur les masques, les tests, leur obsession à rouvrir l’économie ou ce qu’ils dissimulent sur la réalité des vaccins.
    Ainsi, les pass sanitaires induisent que la vaccination protège les autres quand en réalité c’est faux, il est à peu près certain qu’une personne vaccinée peut contaminer, et de toute façon nous n’avons pas suffisamment de données ni de recul pour affirmer le contraire. Il y a juste qu’éventuellement, elle le fera moins, et sur une période plus courte. Et ce n’est finalement pas si mal.

    Pour le coup, maintenant que le nombre de personnes vaccinées augmente, plutôt qu’un pass sanitaire, il faudrait encore encourager encore plus le port du masque car il s’avèrerait bien plus protecteur que le museau à l’air libre. Mais visiblement, c’est beaucoup plus pratique de créer un fichage de vaccination assorti à la promesse d’un « retour à la normale », c’est à dire au consumérisme touristique.
    Ici aussi, on va l’avoir.

    Moi, je vais recevoir mon premier shot – Moderna – dans une petite dizaine. Et je vais avoir mon pass sanitaire aussi.
    Bien que je trouve ce pass absolument stupide, inopérant et questionnable en matière de protection des données personnelles, je ne suis pas un résistant à deux balles. Je suis un « common man » pour reprendre l’expression tant de fois utilisées par celui qui restera dans l’histoire le plus étonnant vice-président américain, Henry A. Wallace.
    Je suis un travailleur précaire avec de faibles revenus et dont les seuls luxes sont mon pays de résidence, mes appareil-photos, ma passion pour l’économie, l’écriture, la lecture, regarder des images et des peintures, me promener… Jouer au rebelle anti-pass sanitaire, à mon niveau, non. Je peux éventuellement signer une pétition à ce sujet, pour que ce soit une autorité indépendante qui en gère le serveur et qui détruise les données après un certain temps, etc Oui, ça oui.
    Pour le reste, j’ai une trop haute idée de ce que « résister » veut dire, à Paris en 1941, à Varsovie en 1943, à Alger en 1956, en Palestine depuis 1948, ou quand on s’appelle Assange, Snowden ou Manning pour ne citer que quelques exemples et ne pas jouer au héros du net. Je suis très réaliste sur ce sujet…

    Jour de pluie, donc, et dernier weekend avant les nouvelles restrictions. Quelle triste époque.
    Cette chaleur m’assomme littéralement, et mes mardis, désormais pleins du matin à tard le soir sont un véritable coup de massue. Je fais des nuits profondes où je me réveille après des rêves intenses et amusants à la fois, signe que mon cerveau est très actif et profite pleinement de ces 6 heures trente qui visiblement me semblent nécessaires pour recharger.
    J’ai acheté des chaussures de course, je veux me mettre à courir. Enfant, j’adorais courir, je passais mon temps à ça, et puis je suis allé vivre un an chez mon oncle et ma tante, et l’habitude m’est passée. Il y a bien eu le vélo, il y a bien eu la natation, il y a bien toujours ces promenades qui en sont une vague réminiscence mais j’ai au moins autant la nostalgie de mes courses ici et là que de la flûte…
    Saison des pluies pour quelques jours encore, et puis après les grandes chaleurs de l’été, et puis Kyôto dans un mois.
    Comme je le disais hier, tout passe, finalement…

  • Chroniques (2): histoire de comput, ou Setsubun

    Chroniques (2): histoire de comput, ou Setsubun

    Aujourd’hui, c’est Setsubun, 節分, le dernier jour de l’année ancienne.

    Setsubun marque le moment où l’hiver s’efface pour laisser place au printemps qui littéralement se lèvera demain, 立春.

    Étonnant, vivre dans un pays qui est parvenu à superposer deux calendriers totalement différents tout en y rajoutant des éléments de son propre calendrier agraire et en plaquant sur le tout son calendrier impérial.

    Le Japon vit, depuis 1868, dans le calendrier grégorien. On y utilise exactement les mêmes dates qu’en Europe ou aux USA, avec une année divisée en 12 mois et 52 semaines commençant le 1er janvier et s’achevant le 31 décembre. Rien de bien extraordinaire.

    Toutefois, dès que vous remplissez un formulaire, vous avez affaire au calendrier impérial destiné à compter les années de règnes de l’empereur en exercice. Et pour rendre l’exercice un peu plus compliqué, ces années sont comptées de l’ancienne façon, assez peu logiques pour nos esprits rationnels.

    Ainsi le nouvel empereur a été intronisé il y a deux ans, le 1er mai 2018. Dès ce moment là, on a été dans la première année appelée l’année d’origine, Gan’nen, 元年. L’ère dans laquelle nous sommes rentrés est appelée Reiwa, 令和, l’ère précédente était Heisei, 平成, celle d’avant était Shôwa, 昭和, précédée de Taishô, 大正 elle même précédée de l’ère qui a vu la restauration de l’empereur ainsi que le transfert de la capitale à Tôkyô, Meiji, 明治.

    Le jour de l’intronisation de l’empereur a donc été le 1er mai Reiwa Gan’nen, 令和元年5月1日. Le 1er janvier 2019, on est passés dans la deuxième année, même si finalement il n’y avait que 7 mois. Aujourd’hui, on est donc en Reiwa 03, le 2 février.

    Ouf.

    S’ajoutent ensuite des bribes de l’ancien calendrier luno-solaire chinois commençant traditionnellement lors de la nouvelle lune fin janvier ou début février. Ces restes se bagarrent à travers le Japon dans les dates de fêtes identiques mais fêtées à des moments différents. La fête des morts a lieu le 7e mois de l’année, ce qui veut dire en juillet pour la région de Tôkyô, mais août pour une majorité d’autres régions.

    La décoration traditionnelle du 1er de l’an est une branche de pin, mais on décore également les arrangements floraux avec des branches de muriers en fleurs et cela le fait que non, le 1er janvier, les muriers ne sont pas en fleurs…

    Pour finir, le japon est habité par une culture poétique agraire et panthéiste où les phénomènes naturels, les différentes floraisons et les récoltes donnent leur vocabulaire – ce sont eux qui inspirent les haïkus selon des règles très codifiées où telle plante évoquera telle saison. J’ai eu l’occasion d’en parler plusieurs fois, j’adore l’ancien nom des mois et des saisons. Les japonais anciens ne se prenaient pas pour des européens, il n’avaient que faire que le Japon ait « 4 saisons », comme les japonais brainwashés n’arrêtent pas de le dire et le répéter en dépit de tout bon sens. Les Japonais d’avant savaient très bien que le système de saison est complexe, ici, ils avaient donc un vocabulaire incroyablement riche qui inspirait le nom de chaque mois, le changement subtil de saison après le passage de tel vent, de telle pluie ou le changement de couleurs de telle ou telle feuille…

    Bien, aujourd’hui, donc, c’est Setsubun. La tradition est de nos jour de jeter des graines de soja sèches en criant « dehors le diable! Le bonheur, dedans! », 鬼は外、福は内! Il parait qu’il faut jeter autant de graines qu’on a d’années, puis les manger après. On fait porter le masque d’un démon aux enfants.

    S’est ajoutée la « tradition » du Ehômaki, venue de la région du Kansai. Le Ehômaki, 恵方巻 est un rouleau de riz enveloppé dans une algue et fourré de différents ingrédients colorés: concombre, omelette, champignons shiitake en marinade, etc C’est très bon! On doit les manger dans la direction de l’année qui est, en 2021, sud-sud-ouest. Ne me demandez pas qui décide de ça, je n’en sais rien…

    J’ai mis des guillemets à « tradition » car il n’est pas sûr que ce soit si ancien. J’ai entendu dire plusieurs fois que ce sont les supérettes qui ont lancé la « tradition » dans les années 90, même s’il semble bien qu’en effet on mangeait bien des Ehômaki à Osaka.

    Si aujourd’hui l’hiver s’achève, c’est que demain commence le printemps, 立春. Oui, le 3 février…

    C’est ça, vivre dans un autre pays, un pays dont la culture est à ce point éloignée de celle dans laquelle on a grandi.

    Là aussi, c’est un reste du calendrier chinois et cette date est célébrée dans toute l’Asie car elle annonce le début des travaux des champs même si dans la plupart de ces pays on soit encore dans le froid. On commence à regarder les premières fleurs dans les arbres, les camélias, et le vocabulaire des saisons est plein de ces mots qui disent que tel jour est le jour où tel insecte sort de terre, tel vent est le premier vent du printemps, 春一番, entendre par là le premier vent venu du sud, plus doux.

    Ce pays est devenu d’une laideur difficilement descriptible. Tout, les immeubles, les maisons, les espèces de raccommodages urbains qui défigurent le paysage comme une grosse balafre, tout est véritablement laid, et de façon inattendue, c’est le vocabulaire agraire des saisons qui évoque un temps pas si lointain où la nature ici devait être d’une beauté rare, lumineuse.

    On en voit des traces quand on quitte Tôkyô. Le Shinkansen traverse des paysages extrêmement touchants, vers shizuoka on voit ces champs de thé en plateau, et des fois on aperçoit des hommes et des femmes qui récoltent leurs feuilles d’un vert incroyablement… vert.

    Quand vient Setsubun, et le lendemain Risshun, j’appréhende le mois qui s’annonce, et qui est le plus long de l’année. Partout la nature se réveille, les petits oiseaux vert mejiro picorent le pollen des fleurs de muriers et le vent n’en est pas moins glacé, la nuit incroyablement froide et les journées encore relativement courtes.

    C’est un mois très long, et qui va jusqu’à la fête des filles, le 3 mars. Alors, seulement alors, les températures commencent à monter un peu plus. Les kawazu-zakura, des cerisiers précoces, sont en fleurs alors que les pêcher sont en pleine floraison. Malgré le froid, on commence à compter les jours qui nous séparent des fleurs de sumeyoshi-sakura, ces cerisiers qui fleurissent avec l’équinoxe.

    Patience

  • Chroniques (1): parler du Japon

    Chroniques (1): parler du Japon

    Je ne suis pas, je ne serai jamais Nicolas Bouvier. Et pourtant c’est sur ses pas que je vais tenter de m’aventurer, parfaitement conscient que jamais je n’égalerai celui qu’il convient bien d’appeler un modèle indépassable. Il est un maître, et si hier je vous parlais de respect que je voue à certaines personnes, un respect que je ne distribue qu’avec parcimonie je le reconnais, eh bien il me faudrait mettre Nicolas Bouvier parmi eux.
    Son destin n’a rien d’un destin politiquement comme-ci, il n’a pas même été un auteur de romans, non, Bouvier, c’est sa vie et c’est l’oeuvre littéraire qu’il en a faite, c’est l’oeuvre « totale » qu’il a su créer puisque non content d’écrire, Nicolas Bouvier a également su dessiner et photographier.
    On ne peut pas avoir à un quelconque moment de sa vie aimé le Japon sans s’être intéressé à lui, à son lien intime, profond, avec ce pays ainsi qu’avec sa population. Bouvier était un baroudeur, un voyageur comme la première moitié du vingtième siècle en a fait quelques uns, un destin de hasard qui au bout d’un long périple à travers l’Asie a fini par échouer en rade de Yokohama, sans argent ni projet, commençant une vie d’errance qui le mènera à Asakusa, dans mon quartier, encore balafré par la guerre, rongé par la pauvreté et de quasi-bidonvilles. Là, il va se lier avec des sans rien avec qui il va partager la même errance dans un pays secoué par le double poids de sa défaite militaire et d’une destruction qu’on a peine à imaginer aujourd’hui tant tout est pimpant, propre, riche.
    Il va apprendre la langue, les habitudes, les gestes, dans un quasi-dénuement tout juste pondéré par la possession de l’appareil photo par la grâce duquel il va se faire connaitre. Il se promène à Ueno et son regard est attiré par une sorte de trace sur un mur, celle-ci semble avoir été tracée par les piétons. Quelques mois plus tard, le journal Asahi lui propose de photographier la ville, ses habitants, et c’est comme cela que nait le Nicolas Bouvier que nous avons découvert, nous, les amoureux du Japon. Sa connaissance non seulement de la langue, mais également de la langue populaire, des habitudes et de la culture vont l’amener à aller là où aucun étranger n’avait jamais été, à rencontrer des artistes de rue, des gens de peu, des vieillards, des artisans, des paysans. Son appareil fixe un pays en pleine transformation mais où le poids du passé n’a pas encore été effacé par son rapide développement économique, la société de consommation et la déferlante du baby-boom.
    À cet incroyable talent de photographe qui fait de lui un incroyable humaniste au sens le plus pur du terme, celui qui aime l’humain tel qu’il est, sans aucun jugement moral ni aucune supériorité s’est très vite ajouté une plume incroyable, drôle et mélancolique, tendre et acide. Il s’emporte ici contre tel trait de caractère ici avant de s’émerveiller d’un geste ou d’une marque de gentillesse. Honnête, son écriture raconte le pays à travers ses yeux de suisse. Jamais il ne remet en cause la centralisé occidentale de son regard et en cela il nous permet de percer ce que peuvent être de vrais universels. Il ne veut en rien que les japonais changent, mais il s’agace de tel ou tel trait de leur caractère parce que précisément il est occidental. Ce qui l’attendrit, ce qui le surprend n’en trouve alors que plus de force car on y devine le suisse confronté à ce mieux que l’Occident qu’apporte le regard honnête sur une autre culture, une autre civilisation.
    En nait un dialogue réel qui font de ses livres de véritables trésors pour celles et ceux qui veulent découvrir ce pays tout en comprenant que ce n’est pas à nous de changer le Japon, mais que peut-être nous pouvons, nous, accepter que le Japon nous change un peu.
    Moi, c’est cela que je tire de Nicolas Bouvier. C’est bien simple, il est tout ce que jamais Caroline Fourest ou Alain Finkelkraut ne seront, il est leur contraire total. Il est un pur produit de cette époque, l’après-guerre, qui a vu fleurir des auteurs et des penseurs tournés vers l’autre, il est le contemporain de Leiris et Jean Rouch dévoilant l’Afrique débarrassée du prisme colonial, de Levi-Strauss qui fait de peuples océaniens des humains à part entière dotés d’une culture tout aussi respectable que la nôtre, de Beauvoir racontant le Brésil et troublée par cette rencontre d’une culture qui l’interroge sur ses certitudes, il est un contemporain de cette époque façonnée par l’expérience de l’échouage totalitaire et raciste de la civilisation occidentale.
    Son oeuvre n’est en rien politique au sens de volontairement politique. Il n’est qu’un voyageur dévoilant les peuples et les paysages rencontrés, en Afghanistan, en Inde, en Chine, en Corée ou au Japon, avec un oeil honnête « centré-décentré ». Il reste un suisse, un occidental, portant un regard sur des peuples qu’il met au centre de sa narration, de ses photographies, pour nous présenter leurs gestes, leurs visages. L’autre n’est alors plus ce japonais sur la photo, mais c’est le photographe, sorte d’invité par effraction et tentant de s’effacer pour nous livrer une vérité autre.
    Je ne suis pas, je ne serai jamais Nicolas Bouvier, mais il y a une chose qu’avec lui je partage. J’ai appris à ne pas me penser comme le centre de tout, et chaque jour je me trouve être un invité, agacé par ce statut qui fait de moi un autre, et en même temps cette position, je l’ai choisie en venant ici. Il y a juste que je n’en mesurais ni le poids, ni la difficulté.
    Elle m’apporte ses lots d’agacement, de colères rentrées, de frustrations, mais également ses moments magiques où je perce quelque chose chez l’autre, et ici cet autre est forcément japonais.
    J’ai eu l’idée de ces chroniques de ma vie au Japon il y a quelques jours. J’avais besoin d’un sujet d’écriture pour me re-familiariser avec ce travail, d’un joujoux en quelque sorte, et voilà que le sujet est tout trouvé. Mes 15 ans au Japon sont une incroyable source de récits. Je ne vous raconterai pas au jour le jour, non, j’ai plutôt envie de vous parler de ce que j’ai vu, appris, regardé, aimé, haïs, adoré, ce qui m’a retourné, troublé, agacé ou émerveillé. Je ne sais pas photographier les gens, je me sens gêné, et puis il y a tout un côté légal maintenant, le droit à l’image, mais je pense être capable de les raconter. Et il y en a, à raconter.
    Oui, j’ai eu l’idée de ces chroniques il y a quelques jours. J’étais à la poste, j’envoyais à mes trois étudiantes de Kawasaki les petits cadeaux que j’avais achetés pour elles à Kyoto, cadeaux que je n’ai pas pu leur offrir à cause de la suspension de leur classe pour cause de covid. La première employée a été très normale, polie comme les sont les employés de la poste, mais la seconde, quand j’ai eu fini de remplir ma boîte et d’y écrire l’adresse, elle a été plus que polie. Elle a été souriante, elle ne m’a pas dit que je parlais bien japonais, ce truc qui m’agace à un point vous ne pouvez pas vous imaginer, non, elle m’a expliqué tout très simplement, avec un sourire très simple que je pouvais deviner malgré le masque dans le plissé des yeux, et puis une fois que tout à été fini, elle s’est inclinée comme on le fait ici et je me suis senti moi-même m’incliner légèrement en répétant mes remerciements.
    Et là, soudain, j’ai compris que je devais raconter cela, parce qu’au delà des agacements, les moments d’enchantement ne manquent pas et surtout je mesure à quel point le Japon m’a changé, a changé mon regard, mes attitudes, ma perception du monde. C’est ce contact permanent avec ce pays qui me fait tel que je suis aujourd’hui, et je pense avoir beaucoup à partager, avec l’espoir aussi que cela aiguisera mon regard sur cette expérience.
    Je n’ai aucun regret d’être venu ici. Et que demain je revienne en France, cette part de Japon est maintenant profondément inscrite en moi, elle ne tardera pas à créer les mêmes agacements et les mêmes émerveillements sur la France, des sensations que je n’aurais certainement jamais été amené à ressentir si je n’avais choisi, voulu, avec force et obstination, de venir ici.
    Je ne suis pas Nicolas Bouvier, et je n’ai absolument pas le désir de le devenir. Je suis Madjid Ben Chikh, un solitaire sociable et moderne qui a fait sa vie au Japon.
    Et ainsi s’achève ce premier billet de chroniques, ce sera notre contrat, avec moi, avec vous, et avec ce pays et ses habitants.

  • Avec retard…

    Avec retard…

    Samedi 23 janvier 2021. Quel retard, mais bon, il faut bien commencer. Alors, d’abord et avant tout, bonne année, comme on dit.

    Dehors il pleut et le weekend s’annonce très froid avec un peu de neige dans la matinée de dimanche. Un temps parfait pour écrire, pour lire et pour mettre de l’ordre dans mes tiroirs. Je vous l’avais dit, décembre a été un mois de rangement, désormais, je dois m’attaquer à deux tiroirs envahis de trucs en vracs. Et puis oui, je dois me mettre devant mon ordinateur et écrire.

    Ça ne se voit pas, mais j’ai passé deux semaines à « optimiser » ce site, qui est non seulement devenu plus sûr mais qui est maintenant devenu aussi bien plus rapide.

    C’est un truc que je tiens de ma mère, quand ça ne va pas trop, je déplace des trucs, mais avec les années j’ai appris à utiliser cette façon de distraction. Ce sont devenus des moments d’apprentissage, de rationalisation et, concernant ce site, je suis très heureux du résultat. Que l’envie me vienne d’écrire tous les jours et je n’aurai pas trop de difficulté pour améliorer mon référencement sur internet.

    Je vais donc mettre sur ce billet les quelques lignes écrites la semaine dernière et que finalement je n’ai pas postées.

    Écrit, donc, le 16 janvier,

    « Un jour banal de janvier. Ciel bleu et températures incroyablement douces. Seuls les arbres décharnés pour rappeler que ce n’est pas bientôt le printemps.

    Je suis au travail, entre deux leçons. J’ai du mal à me concentrer sur ce billet, autours de moi les voix des autres professeurs qui travaillent, les samedis sont toujours très occupés, bruyants.

    Hier, j’ai retiré le sapin que j’avais fait avant Noël, j’ai fait le ménage et j’ai lavé plein de linge. J’ai repositionné le tapis que j’avais déplacé et j’ai longuement passé l’aspirateur. Ensuite, je me suis occupé de ma moustache, je me suis coupé les cheveux et rapidement il a été temps d’aller à l’école. J’ai également écrit un long message à mes collègues sur le groupe de conversation que j’ai créé sur Line pour pouvoir échanger au sujet de la situation de l’école. J’y reviendrai.

    A l’école j’avais deux leçons seulement, ça a été rapide même si la première étudiante est un calvaire indescriptible, j’ai l’impression d’être puni. Je suis rentré assez tôt, donc, et j’ai fait quelques courses. Le soir, j’ai regardé deux épisodes de The assassination of Gianni Versace. Et puis je suis allé me coucher. Ce matin, je commençais tôt.

    Tout au long de cette soirée, j’ai pensé qu’il était temps de revenir à l’écriture, d’écrire mon premier billet de l’année, de dire,

    Bonne année

    J’ai préparé 2021 tout au long du mois de décembre, sachant très bien que ce serait une année déterminante, et puis mon f…..g patron m’a annoncé une semaine avant les vacances qu’il entendait changer les contrats de tous les professeurs. Pour la première fois de ma vie, je crois, je n’ai pas entendu ce genre d’annonce avec crainte, avec panique. Avec appréhension, oui, bien sûr, car ce n’est pas du tout ce qu’on souhaite entendre, mais j’ai presque ressenti une libération.

    Je vais perdre beaucoup d’argent, que j’accepte ce contrat ou que je ne l’accepte pas.

    Il veux désormais nous payer à l’heure enseignée, et avec la baisse d’activité, ça va être une perte d’un tiers de mon salaire. Je n’ai pas un gros salaire, c’est une vrai catastrophe, mais j’ai accueilli cela avec un certain calme.

    Durant mon séjour à Kyoto, j’ai mis tout cela derrière moi, je n’y ai pas trop pensé, et j’ai pu penser à ce séjour sans me dire, comme je l’avais fait l’été dernier, que c’était mon dernier séjour à Kyoto. J’ai très bien profité de ce break. Avec le nouveau contrat, la fermeture de l’école durant les vacances ne sont plus payées. Je vous dis, un salopard. Je pourrais faire la guerre, refuser de signer, réclamer mes congés payés, et j’obtiendrais quoi? Beaucoup de stress, ne penser qu’à ça, y mettre beaucoup d’énergie, et tout ça pour gagner quoi? De l’argent? Dans un an? Deux ans? Et perdre mon travail entre temps? Bref, ce serait lui le gagnant. Et je peux vous assurer, ce mec est un nul.

    Non. Il est pris à la gorge, il veut vraiment qu’on accepte tous ce contrat, surtout moi, alors j’ai opté pour obtenir des modifications des clauses du contrat tout en y laissant les trucs illégaux pour plus tard. Des trucs qui peuvent s’apparenter à du harassement. Pour plus tard. J’ai obtenu des améliorations substantielles. La plupart de mes collègues ne sont guère diserts, c’est chacun pour sa gueule. J’ai pourtant essayé de créer un groupe, mais bon…

    Tenir. Et travailler. Croire en moi et faire ce que j’ai à faire. L’an dernier, mon motto était cette idée tirée du Chêne et le roseau.

    Je plie, et ne rompt pas.

    Laisser aller. J’ai finalement terminé 2020 bien mieux que je ne l’avais commencé, même financièrement, et cela malgré une perte de revenus.

    Cette année, c’est cette morale du Lion et le rat,

    Patience et longueur de temps
    Font plus que force ni que rage

    Elle m’est venue comme ça, sur mon vélo, à Kyoto. Et je trouve qu’elle correspond bien à ma situation. Travailler, ne pas me laisser perturber, et avec finalement cette conclusion résignée, accepter le contrat de travail de mon enflure de patron. J’ai un peu d’argent d’avance, et en plus j’ai obtenu quelques trucs par écrit dans le nouveau contrat deux améliorations importantes. Je vais donc avoir un peu plus de temps, en tout cas jusqu’à ce que l’épidémie se calme.

    Alors, j’aurai plus de cours, plus d’argent et surtout plus d’opportunités de quitter cette taule. J’ai aimé cette école durant des années, avec des hauts et des bas, mais désormais, avec ce contrat que je ressens comme une insulte qui n’a d’égale que la pleine conscience de sa totale illégalité puisque je suis un employé permanent, je ne vois plus de différence avec un McDonald. Aucune.

    Ce qui m’incline à accepter, en plus d’une certaine tranquillité, de ne pas avoir à me bagarrer, c’est le fait de garder, sur mon CV, l’ancienneté de mon travail dans la même école, et le fait de ne pas être demandeur d’emploi, la pire situation quand on cherche du travail.

    En revanche, je ne me sens plus aucune obligation morale d’aucune sorte avec cette école. Aucune, d’aucune sorte. Et je suis très conscient que nous allons perdre un ou deux professeurs. L’enflure doit en être parfaitement conscient, il alourdira l’emploi du temps des professeurs restants et en cherchera des nouveaux. On n’est que de la chaire à gagner de l’argent.

    L’esprit libéré de l’urgence, je vais pouvoir continuer mon chemin et sortir de cette distraction qu’a été 2020. »

    Voilà, vous savez tout. J’ai plusieurs sujets de billets, je dois maintenant les écrire, l’esprit libéré de cette mise au point sur moi-même après un très long silence.

    Je vaux mille fois mieux que la situation dans laquelle je suis. Je vais me/vous en donner la preuve cette année.

  • 3 décembre 2020

    3 décembre 2020

    Zut, pourquoi je ne lui ai pas demandé son numéro de téléphone, qu’on se dit, après…

    Il y a un truc absolument redoutable quand on écrit un article de blog, voire même quand on écrit un bouquin, quand on fait un film ou quand on peint, et puis même quand on a un gosse, tiens. Donner un nom.
    C’est gavant, des fois, vous ne pouvez pas imaginer, quoi que si vous avez des gamins, vous voyez de quoi je veux parler. Bon, chez moi, c’est une sorte d’engueulade intérieure, je m’y prends et je m’y reprends à deux fois, à trois fois, parfois lors du pré-enregistrement, l’url est affublée d’un -2, ce qui veut dire qu’un autre billet porte le même nom, c’est malin, hein, imaginez, c’est comme si vous aviez deux garçons qui s’appellent Patrick ou Kamel. Alors il faut s’y remettre, et souvent, je sèche.
    Pour celui-là, je ne vais pas me fouler, allons-y directement avec la date. Clair, net précis, compact, et hop!
    Bloguer, c’est un peu comme le sexe au 21e siècle. Autrefois, l’écriture, c’était une question de temps, de rencontre, de hasard, de charme aussi, et puis une question d’avoir envie, on essayait un truc, et puis un autre. Regardez Balzac, ses longues étreintes de plus de 600 pages pour les Splendeurs et misères des courtisanes, bon, des fois, on s’ennuie un peu, mais bon, comme on avait aimé les longs débordements des Illusions perdues, on a eu envie de remettre ça, et bon, la deuxième fois, c’est toujours un peu moins bien. Si on enchaine avec Le cousin Pons, on atteint l’extase totale… Mais bon, on arrive à un pavé de près de 2000 pages, quand même, et on en rêve toute sa vie. Zut, pourquoi je ne lui ai pas demandé son numéro de téléphone, qu’on se dit, après…
    De nos jours, il faut que ça file, il faut que ça jette. Sur Instagram, les filles se mettent des filtres pour ressembler à une « bombasse », c’est à dire à Kim Kardashian, vous savez, la fille qui est maquillée comme une hôtesse de l’air Emirates, avec des cheveux passés au fer à repasser et des seins injectés de la graisse liposucée dans la taille. Les mecs passent des heures à la gym au lieu de bouquiner, et quand ça fait du sexe, c’est comme dans les films qu’ils mâtent depuis l’âge de 11 ans. Ben pour écrire, pour bloguer, c’est la même chose, c’est fatigant. Je suis parisien, moi, j’aime bien passer des heures en terrasse d’un café avec un petit café devant moi, pourquoi je devrais migrer vers un Starbucks avec un Frappuccino Latte au caramel et aux granulés de chocolat sous un coulis de framboise dont l’employer voudra me retirer l’espèce de truc en plastique « recyclable » quand j’en aurai « bu » (avalé?) les deux tiers pendant qu’une « chanson » totalement identique à la précédente et agrémentée d’une voix moulinée à l’autotune sur une espèce de « rythmique » venue de la planète business tournera en boucle…

    S’il y a bien un truc auquel je rêve, des fois, c’est d’une récession telle que tous ces machins disparaissent pour de bon et pour toujours histoire de retrouver un peu de temps, un temps rare mais précieux. Le mois dernier, j’ai volontairement mis la pédale douce sur le blog, mais je suis content de mon article sur Dior, parce que je voulais l’écrire, j’avais un truc optimiste en tête, et il y a de quoi être optimiste malgré tout, mais pour cela, il faut sortir la tête du présent et regarder un peu plus large. En profondeur, beaucoup de choses changent, à commencer par la jeunesse qui, en France, est incroyable, est belle, est merveilleuse.
    J’écris pour les gamins, je dis toujours.

    Décembre. Il y a quelques mois, j’ai commencé à penser que je voulais faire quelques petits aménagements chez moi. Ben je l’ai fait cette semaine, j’ai commencé lundi, j’ai mis le paquet hier. Ma cuisine qui est un truc ridiculement petit, a changé et désormais je peux y faire la cuisine, tout est à portée de main. Je vais « attaquer » la chambre, c’est à dire que je vais jeter des vêtements, je pense. Le salon viendra en dernier.
    En regardant la lune, sur mon vélo, lundi soir, une lune brillante, brillante, et toute ronde, pleine, j’ai pensé très fort que ce mois-ci, ce sera la maison. J’ai fixé mon cap, et ça tombe bien car au Japon, justement, on s’occupe de la maison en décembre en faisant un grand ménage.
    L’année a été assez pesante et elle laisse derrière elle un sentiment de doute, de fragilité. Je ne suis même pas sûr si école sera encore en vie au printemps, mais c’est quelque chose contre lequel je ne peux absolument rien, et je sais qu’il y en a beaucoup qui ont d’ores et déjà tout perdu, travail, commerce. Pour moi, ça continue tant bien que mal et j’ai fini par accepter cette fragilité-là. Si je perds mon travail, j’aurai toujours mes allocations et mes deux boulots du lundi et du mardi matin ainsi que plein de temps pour moi. Et comme ça arrivera quand l’économie recommencera à croitre, il y aura des possibilités. Je dis ça, je n’en sais rien, mais il sera temps alors d’y penser.
    Et puis, et je reviens à la maison, je veux me sentir bien chez moi. Je me suis délivré de l’idée de rentrer en France. Ce n’est pas que je ne veuille pas rentrer en France, mais notre époque, cette année en particulier, nécessitent d’être roseau et non chêne. Avec plus d’un million de chômeurs et une économie à la peine, ce serait très difficile de rentrer, alors je vais me poser ici comme si j’étais destiné à rester, quitte à partir quand l’occasion se présentera, mais il est désormais totalement hors de question que je m’inflige cet arrachement, et alors, je dois sérieusement me poser. « La maison », je vous dis.
    Et que fait-on à « la maison »? On travaille, parce qu’on est chez soi, et qu’on a du temps devant soi.

  • Septembre

    Septembre

    « Tu te rends compte, il y a des centaines de millions de personnes qui rêvent d’être là, et nous, on y est »

    Une année, ça passe très vite, et avec les ans, on comprend qu’avec les ans, c’est la vie qui s’effeuille lentement, qu’elle s’en va aussi vite qu’elle vient, et qu’un jour elle partira pour de bon aussi rapidement qu’elle est venue. Je vais avoir 55 ans ce mois-ci, c’est un certain âge, c’est un âge certain qui m’engage désormais irrémédiablement vers mes 60 ans, un âge que je n’aurais jamais soupçonner approcher dans mes jeunes années. Pas que je voulais mourir, non, mais plutôt, quand on est jeune, à moins d’avoir de sérieux problèmes, on ne peut imaginer avoir 60 ans, être vieux.

    Ma jeunesse a été un tourbillon où je ne contrôlais rien, ma trentaine a été un moment où je voulais tout contrôler de peur que tout s’échappe et finalement, depuis mon installation au Japon, j’ai enfin appris à vivre au présent, à jouir du moment sans tout chercher à contrôler ni sans perdre pied. Il y a bien eu des moments où j’ai cru perdre pied, comme ces deux fois où j’ai perdu mon travail, ou bien juste après le séisme de 2011, mais très étonnement, j’ai su garder le cap et j’ai utilisé cette capacité à « tout vouloir contrôler » pour ne pas baisser les bras et m’avouer vaincu comme j’aurai pu vouloir le faire quand j’étais très jeune.
    Et puis depuis plusieurs années, ce doit être ça, la maturité, je me fais aux évènements même quand ce sont eux qui me font, c’est à dire que je transforme un donné. Je ne subis pas, je choisis. Par exemple, je peux très bien perdre mon emploi, on est dans un moment rempli d’incertitudes, eh bien vogue la galère. Ma santé pourrait très bien se détériorer, eh bien c’est la vie.

    Avec la chaleur, avec l’air conditionné qui me frigorifie la peau sans même rafraîchir mon corps, la nuit, chaque matin mes yeux s’ouvrent très tôt, et dans un demi-sommeil interminable, je fais des rêves d’une simplicité et d’une signification transparente incroyable, ils me révèlent mes appréhensions, le départ du Japon ou bien mon âge et ma présence dans un Paris qui ne m’appartient plus et que je ne reconnais pas. Ces rêves qui me laissent des questions envahissant ma conscience pendant plusieurs interminables secondes ainsi qu’un goût particulier dans la tête pendant toute la journée voire durant plusieurs jours, ils ne m’effraient pas, j’aime au contraire apprendre à vivre avec eux car ils m’obligent à moi-même. Ils me rappellent que le temps a passé mais qu’il n’est pas encore passé, qu’il y a un après à ce présent dans lequel je suis. Ils m’aident à regarder ma situation avec lucidité et me disent à moi-même que je n’ai plus beaucoup de temps, « vas-y Madjid, tu sais ce qui est devant toi, alors vas-y ».

    Alors ce matin, j’écris ce billet, ce sera un court billet car au lieu de travailler, j’ai regardé un épisode de Miss Marple sur YouTube. Confession. Oui, il m’arrive de buller et de ne vouloir rien faire, mais ce matin, alors que je regardais cette aventure, un meurtre bien entendu, je me suis dit que ce serait bien d’arrêter de me mettre sur mon sofa comme je le fais après avoir déjeuner, et de mettre YouTube comme on mettait la télévision à la maison.
    Hier, au travail, ou plutôt en allant au travail, j’avais le sentiment de faire quelque chose de vain, d’inutile. Ce n’est pas un sentiment nouveau, mais c’était profond. Je ne suis certainement pas le seul à « vivre » son travail plutôt qu’à le faire, nous sommes des centaines de millions à travailler pour payer les factures et, quand on accède à cette illusion de satisfaction, la « classe moyenne », pour s’acheter ces petits extras qui nous font croire qu’on fait quelque chose ou qu’on a réussi quelque chose. Mais la réalité, c’est que dans les transports, au seuil du travail, ces petites choses s’évanouissent pour ne laisser qu’un goût d’inaccompli. Enfin bon, j’écris pour moi, vous, je ne sais pas…
    Mon ami Tarika et moi, nous en parlons souvent. Elle et moi, en plus, nous avons eu à faire à une « erreur de programmation », à une erreur statistique, puisque nous sommes « sortis » de milieux sociaux qui ne nous prédestinaient pas à tenter l’aventure, la bohème. Tarika devait devenir secrétaire, et moi employé de bureau. Cols blancs, maison à crédit sur 25 ans, mariage et enfant pour elle, mariage gay en costume Zara pour moi. Retraite. Diners entre amis autours d’une bonne bouteille de temps en temps. Collègues au bureau, sandwich rapide le midi.

    Et puis non, je vous dit, une erreur de programmation, il a fallu qu’on regarde les choses autrement. La voilà danseuse indienne, fins de mois difficiles, boulot constamment à remettre sur la table, et en même temps des invitations dans des ambassades, des voyages en Inde accueillie par des maitres de danse renommés et inégalés, une vie de bohème avec son combat au jour le jour et des montagnes de beauté. Me voilà au Japon, dans une vie que je me suis choisie, faisant des promenades au moins aussi belles que celles que je faisais autrefois dans Paris, comme quand je dis à Nicolas, un soir, alors que nous venions de regarder « La naissance de l’Amour », de Sueur, dans l’aile française du musée du Louvres, juste après que nous nous fûmes approchés d’une fenêtre qui donnait sur la pyramide de Pei, « Tu te rends compte, il y a des centaines de millions de personnes qui rêvent d’être là, et nous, on y est ».

    Devant nous, il y avait le Louvres, la pyramide, le jardin des Tuileries, et au loin les Champs-Élysées, et puis à gauche on apercevait la Tour Eiffel… Vivre au Japon, à 5 minutes du Sensô-ji, c’est un peu la même chose, à part que je l’ai choisi. Et puis même si pour le moment on ne peut pas dire que j’ai été très productif en matière littéraire, je n’en demeure pas moins un vétéran du blog. J’ai touché à tout, fait beaucoup de chose, et rien fait de grand parce qu’au fond de moi je n’y ai jamais cru. Je veux dire, en moi, que je puisse faire quelque chose à moi, de moi, propre à moi et qui me mette à la même auteur que des auteurs ou des personnalités que j’aime, que j’admire, que je respecte. Tarika a le même complexe, on a toujours une bonne excuse quand en réalité, à notre niveau, le seul problème que nous ayons, c’est nous-même.
    C’est cela, que mes rêves me disent en ce moment. Ils me montrent le chemin sur lequel je suis, ils me disent quelle est ma route pour le moment et par la même ils me rappellent qu’il est toujours temps, et quand je vous écrit que depuis mon voyage en 2015 je rêve d’habiter dans le 14e arrondissement, ils me disent que j’appartiens à cette vie si je le désire, qu’il n’y a aucune raison qu’il en soit autrement. Ils me disent que je ne serai pas homeless, ils cassent les excuses que j’ai bâties au fil des ans, et ils me montrent en revanche les vraies questions qui se posent, ou plutôt la seule vraie question. What next?

    C’est septembre, je vais avoir 55 ans. C’est septembre, et c’est vraiment la rentrée.

    Vivre au Japon, à 5 minutes du Sensô-ji, c’est un peu la même chose, à part que je l’ai choisi.

  • Et puis aussi…

    Et puis aussi…

    Métro, vers 13 heures. Dehors, un temps pas possible, humide, moite, poisseux, une cocote minute géante. J’ai écrit un billet ce matin, entamons l’écriture d’un second. Ça fait longtemps en effet que je ne le fais plus, écrire dans le métro, ça a été pourtant un truc que je faisais régulièrement autrefois. Dans le métro, je ne parviens pas à lire, mais écrire m’est incroyablement facile, je parviens à isoler ma pensée, je me réfugie dans mon monde et les mots sortent tranquillement.

    Quand je suis sorti de chez moi, tout à l’heure, la chaleur était étouffante, la pluie venait de s’arrêter, le sol était encore humide, les nuages cédaient la place à un ciel limpide recouvert ici de nuages blancs, là de nuages gris et ailleurs, parsemé de légères traînées blanches. Cette humidité, c’est celle de la fin de l’été, très différente de la saison des pluies en juin car en juin on sent bien le soleil brûlant alors que désormais c’est l’air qui est chaud. C’est une saison que j’aime bien même si elle est très éprouvante car il faut utiliser la climatisation, et l’air conditionné me donne des courbatures aux épaules ainsi qu’une sensation de corps lourd, le matin.

    Vous me direz, mais pourquoi donc utilises-tu la climatisation? La réponse est simple.

    Les maisons japonaises anciennes étaient ouvertes, parois coulissantes autours, parois coulissantes dedans, en été l’air y circulait. De nos jours, il stagne dedans, et la chaleur monte. Avec l’humidité on a carrément l’impression que la peau brûle. Chaque année, des centaines de personnes meurent chez elles de la chaleur, et je pense que l’importation d’une architecture venue de pays bien moins chauds y est pour quelque chose. Voilà pourquoi la climatisation est nécessaire.

    Le train vient de sortir de son tunnel. C’est un train de la ligne Tôkyû qui traverse Tokyo en tant que métro. Je jette un coup d’œil aux nuages et c’est incroyable la variété de formes, de textures apparentes en cette saison, c’est un peu comme un télescopage. Le ciel est magnifique avec un bleu profond, le bleu de l’été encore, très vif, avec cette dominante « jaune » dans la lumière. Encore un mois comme ça, et puis…

    Cet été, la météo a été abominable. D’abord une interminable saison des pluies, particulièrement dans l’ouest du pays où plus d’une centaine de personnes ont perdu la vie dans de très violentes chutes de pluies. À Tôkyô, il a plu quasiment tout le temps en juillet, et quand il ne pleuvait pas, il faisait gris. Avec le coronavirus, ça a été d’un déprimant incroyable, surtout qu’alors l’épidémie est repartie. C’est pour cela que j’ai eu besoin d’une coupure, de vacances, bien plus que les autres années.

    Alors les prix des fruits et légumes cette année se sont envolés. J’ai vu des paquets de 4 pommes de terre de taille moyenne à près de 3 euros quand il y a deux mois on les trouvait à même pas un euro. Trois carottes à 2 euros, trois tomates à deux euros… Il semble qu’on soit enfin en train de revenir à des prix plus habituels mais ça reste plus cher. Pour moi qui aime manger des légumes, c’est vraiment pas une bonne nouvelle quand au même moment je continue de vivre une baisse de salaire liée au coronavirus. Pas importante, mais quand même.

    D’un autre côté, comme je ne vais plus au restaurant du tout quand Jun vient le week-end, j’économise pas mal de ce côté là. Et puis j’ai découvert que la fonction « déshumidificateur » de la climatisation rafraîchissait autant que le fonction « climatisation » et nécessitait bien moins d’électricité. J’ai eu le mois dernier ma facture d’électricité la moins chère pour un plein été.

    École, vers 14:35. J’ai donné une leçon, la prochaine est à 16:30. Beaucoup moins de travail depuis plusieurs mois, on a même eu un passage à vide d’environ deux mois où la plupart des étudiants ont annulé, et puis depuis deux mois ils reviennent, mais on reste à environ 60%. Il y a un programme de soutien pour un an je crois, un peu comme du chômage partiel, et c’est pour cela que j’ai une coupe dans mon salaire. En gros, j’ai moins d’heures travaillées, et quand je ne suis pas à l’école car je n’y ai pas de classe, je suis payé 60%. Je crois aussi que l’état paie la part employeur de la protection sociale. J’attends septembre avec impatience et un peu d’appréhension aussi car ça va vraiment être le mois où on verra si les étudiants reviennent ou pas. S’ils reviennent et qu’on atteint les 80%, on sera sur la bonne voie, s’ils ne reviennent pas, il y aura certainement des conséquences. J’ai une certaine appréhension mais j’ai digéré cette éventuelle situation.

    Si aujourd’hui je mets deux billets en ligne, si depuis lundi mon régime alimentaire est parfaitement recadré, que pourrais-je rajouter demain pour donner à cette semaine quelque chose en plus, de l’ordre d’un progrès? Me lever vers 6 heures, peut-être. Et prendre ma flûte. Je n’y ai pas touché depuis l’achat: elle est arrivée mi-février et puis très vite il y a eu ce virus et j’ai eu l’esprit retenu ailleurs. Le virus, l’économie et la finance, la politique… Concernant la politique, les intuitions étaient parfaitement justes, au passage, et ce n’est pas fini car l’automne et l’hiver, entre la récession qui arrive, le chômage qui va s’envoler, le virus qui semble s’installer avec les restrictions qui vont avec, avec l’hystérisation du débat (le dernier en cours, le changement de titre du bouquin de Agatha Christie 10 petits nègres, et toute cette hystérie digne des pires comiques troupiers de droite à la Jean Lefèvre, « pauvre France » « ma bonne dame, gna-gna-gna), la mousse médiatique autours du Harlequin de la philosophie testostéronée Michel Onfray, avec sa bande de vrais mecs bien ringards, ça va être chaud. Imaginez, un pseudo-élève de Paul Ricoeur d’un côté, pur produit hybride du marketing, du vide idéologique de notre temps, des intérêts de quelques grandes fortunes et d’une ambition dévorante, le candidat de la droite Orléaniste Emmanuel Macron d’un côté, et en face un pseudo-philosophe, qui a écrit 2 fois plus de livres en 20 ans que Nietzsche, Balzac et Hegel réunis en une cinquantaine d’années, le roi de la compilation de bouquins qui réduit la pensée à une pochette surprise qu’on trouve au hasard à l’entrée des toilettes d’un café de quartier… Ça en ferait, un beau débat de deuxième tour.

    Vous allez adorer l’automne, entre virus, chômage de masse et visite régulière de la fosse septique politique.

    Le plus marrant, c’est qu’ils sont tous les deux de droite, réactionnaires, mais l’un ce sont les banquiers et l’autre c’est la réaction, la vraie, bien faisandée, chuif’frrrancêê, moi!

    Au Japon, ce sont déjà les mêmes qui sont au pouvoir, mais avec une petite différence: ils gouvernent ensemble, ce qui est un peu logique finalement.

    Tout ça pour dire que oui, je ne me suis pas trompé du tout, on y va tout droit, c’est en vitesse automatique et maintenant c’est un peu comme à la foire, on klaxonne, et puis on chante, et on picole un bon coup en appuyant sur le champignon. La classe moyenne va se réveiller avec un de ces maux de crâne, alors, elle qui rêvait du centre… en focalisant sur l’Islam, les incivilités des jeunes de cités, des racailles, le voile, tout en martelant, à coup de baisses d’impôts dépensées aussitôt en alimentation bio et équitable qu’il faut s’adapter et que les prolo ne veulent pas comprendre, qu’il faut savoir faire des sacrifices… Ils ne veulent pas voir qu’au fond d’eux, ce qui les écœure chez Zemmour, ce n’est pas ce qu’il dit, c’est qu’ils le dise parce qu’en réalité, et chaque jour je le constate dans des contacts Facebook, ca fait belle lurette qu’ils sont devenus aussi réactionnaires que Zemmour, avec leur crispation républicaine et leur acceptation de tous les grignotages de nos libertés publiques dans un rétrécissement sans fin de l’espace démocratique. Après tout, c’est la classe moyenne qui a choisi Pétain, la bourgeoisie, seule, n’aurait jamais pu l’imposer. Les rentiers. L’ordre. Le calme. Les traditions.

    Bon, le soleil tape, dehors. Si demain matin je parviens à me lever réellement à 6 heures ou même avant, alors, j’ai pas mal de travail qui m’attend et ce sera alors une belle journée.

    Rajout avant publication, ce soir. J’ai enfin commencé à écrire un truc important. J’ai donné naissance à Pierre. Une journée très productive.

  • Vers la routine

    Vers la routine

    Kyôto. Quartier de Shimabara, ancien quartier de prostitution à l’époque Edo. Maison de “plaisirs”.

    Je n’en reviens pas, déjà le 27 août…
    Encore quelques jours et hop, ce sera septembre. Kyôto est déjà loin, mes habitudes désorganisées apparues au mois de mars sont toujours un peu là, mais il y a aussi quelque chose d’important de changé. J’ai repris en main mon alimentation, sans effort, c’est à dire que j’ai enfin dit « stop » au pain et aux mauvaises habitudes héritées du mois de Ramadan l’année dernière. En effet, le soir, comme je voulais rompre le jeûne, j’avais pris l’habitude de manger une sorte de barre de céréales protéïnée, et quand le mois de Ramadan a cessé, j’ai continué à en manger le midi. Le compte de calories est le même que pour les onigiris que je mangeais avant, mais c’est nutritionnellement très différent. Très pauvre malgré des minéraux et des vitamines et plein de protéines et de bla-bla-bla. C’est sucré, et je crois que c’est de là que j’ai commencé à reprendre de mauvaises habitudes. Avec le confinement, j’ai recommencé à manger nettement trop.
    Remettre l’alimentation en place a été très simple. La semaine dernière je n’ai pas fait d’abus, et cette semaine j’ai abaissé l’apport en calories d’un peu, juste d’un peu.

    Il y a d’autres petites choses que je reprends en main, préparer certaines choses en avance, par exemple, et du coup, partir de chez moi en avance. C’est dingue, toutes les petites mauvaises habitudes prises lors de ces quelques mois de coronavirus.

    Oui, Kyôto est bien loin. Le soir, on entend des insectes différents, et les cigales ne sont plus aussi bruyantes qu’elles l’ont été. Elles se sont réfugiées dans les parcs alors qu’il y a encore deux semaines elles étaient partout, criant, hurlant sous le soleil, volant partout et se réfugiant jusque dans le moindre recoin, arbre, plante, porche. Quand on n’entend plus les cigales et que seuls les griots se font entendre le soir, le coeur se fait mélancolique et on songe aux érables rouges sous le soleil à la lumière coupante et bleutée de l’hiver, aux pelouses à la couleur jaune paille, à l’écharpe qu’il ne faut pas oublier, à la grippe qu’il ne faudra pas attraper cette année, surtout cette année.

    J’ai quasiment fini de monter une vidéo prise avec mon iPhone. Je n’en avais pas parlé, mais j’ai changé de iPhone. J’ai le iPhone 11Pro. Quitte à… J’ai fini de payer mon ordinateur, je me suis dit… Pschit! Je crois bien que c’est la première fois que je remarque tant de différence, à beaucoup de niveaux. Les photos sont très correctes pour un truc aussi petit, et les trois objectifs, c’est vraiment un progrès. Avec mon appareil photo, j’ai pris l’habitude de photographier en ultra grand-angle et le fait que l’appareil en possède un, c’est juste incroyable. La qualité du zoom est, elle, vraiment très bonne. Et puis, la durée de vie de la batterie. Mon précédent téléphone rendait l’âme en moins d’une journée, celui là dure.
    Il me reste, en revanche, à vendre mes appareils photos, je n’en garderai que 2, mon vieux Sigma, parce qu’il « incarne » et « raconte » quelque chose, et puis mon dernier appareil.
    Ça a été les deux gros achats de l’année, même si pour ce qui est du téléphone, c’est assez difficile de parler d’achat puisque c’est lié à mon opérateur qui en finance une partie.

    Maison rafistolée. Quartier de Mukojima.

    Dimanche, je me suis promené dans mon arrondissement ainsi que dans l’arrondissement voisin de Sumida. Les ruelles alambiquées du quartier de Mukojima m’ont rappelé qu’il s’agissait, à l’époque Edo, d’un quartier de divertissement et de prostitution, un peu comme les faubourgs à Paris: il n’y avait pas d’octroies ni taxes puisque ce n’était plus administrativement la capitale, et il suffisait donc de traverser la rivière pour y jouir d’une plus grande liberté. De nos jours il n’en reste plus rien bien entendu, si ce ne sont ces rues assez étroites et pas vraiment droites là où mon arrondissement, ancien quartier historique de la capitale, offre un urbanisme en damier inspiré des capitales chinoises antiques.
    J’aime bien l’arrondissement de Sumida.

    Un billet totalement insignifiant, voire inutile. C’est un peu logique, non, puisqu’il s’agit de m’assoir devant mon écran et d’écrire.
    Dehors, soudain la lumière a disparu, il doit faire très gris, je crois que c’était prévu. Il fait très chaud aussi, peut-être y aura-t-il de l’orage.
    Kyôto est définitivement très loin.

  • Bye bye Kyôto

    Bye bye Kyôto

    Les meilleures choses ont une fin, dit-on, et voilà que mon dernier jour ici a commencé il y a de cela une heure et demie. Il va falloir prendre une douche, se brosser les dents, s’habiller, fermer la valise, vérifier une dernière fois que je n’ai rien oublié, fermer la porte, rendre les clés, et vogue le navire…

    C’est assez étonnant toutefois, cette année plus que les années précédentes j’ai savouré ce séjour avec plus d’appétit, je l’a littéralement embrassé et je repars à Tôkyô vraiment bien, avec pas mal d’idées et de projets en tête, toujours cette incertitude sur ma capacité à tous les mettre en oeuvre jusqu’au bout, je suis loin de tout, de tout le monde, seul, très seul, mais je ne sais pas, je me sens d’attaque et plutôt près.

    Je suis même presqu’un peu impatient, pour tout vous dire car il n’y a pas une seconde à perdre pour aucun de ces projets. L’un est du domaine écrit, l’autre est du domaine politique, mais bon, les vacances, c’est les vacances donc pour le moment je ne mélangerai pas les genres et je vais gentiment attendre mon retour.

    Voilà, que dire d’autre? Pas grand chose si ce n’est que j’ai été content d’écrire quelques lignes chaque jour, deux fois par jour, et cela, c’est vraiment une habitude que je devrais conserver, un peu de gymnastique en quelque sorte.

    Allez, je n’ai plus beaucoup de temps…