Pluies…

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Hier, nous avons eu la confirmation que nous serions de nouveau dans une nouvelle période de « restrictions » liée à « la déclaration d’urgence sanitaire », la quatrième. Avec la pluie, c’est un peu comme si on faisait un combo.

La saison des pluies, c’est une humidité incessante, ce sont ces pluies fines qui jamais ne s’arrêtent, ou si, mais alors on ne s’en rend même pas compte tant alors la température augmente et qu’on a le corps gluant, on en vient à souhaiter une averse qui viendra nous rafraichir, et la voilà, tiens, l’averse, mais alors ça ne change rien, ce n’était qu’un faux espoir car sitôt passée on recommence à avoir chaud. Parfois, alors que chaque jour le ciel est invariablement désespérément gris pointe le soleil, et alors, on cuit littéralement.

Non, on brûle.

Cette année, c’est une saison des pluies chaude. Il en est de fraîches, il en est de courtes. Celle-ci a commencé avec du retard, mais elle donne maintenant l’impression de s’éterniser.

Hier, nous avons eu la confirmation que nous serions de nouveau dans une nouvelle période de « restrictions » liée à « la déclaration d’urgence sanitaire », la quatrième. Avec la pluie, c’est un peu comme si on faisait un combo.
Un désespoir sans fin sous le ciel gris.

Ici aussi, la gestion de la pandémie a été une véritable mascarade. Alors bien sûr, oui, c’est vrai que nous portons le masque depuis janvier 2020, nous, que nous passons notre temps à nous asperger les mains d’alcool depuis février 2020, nous, et que nous ventilons à peu près partout depuis avril 2020, nous, et que les personnes âgées ont été invitées à éviter les déplacements dès le mois de février 2020, chez nous.
Les résultats sont assez probants, on a environ 10 fois moins de morts que la France, avec deux fois plus d’habitants et une population bien plus âgée. Ce sont des mesures de bon sens et la population s’y plie malgré une lassitude de plus en plus palpable.

Beaucoup de japonais ressentent une sorte d’incrédulité face à cette épidémie. Et puis un jour, un proche, un voisin, un commerçant, et là ils comprennent que ce n’est pas une fiction. C’est certainement ce qui explique l’incroyable accélération de la campagne de vaccination. Déjà plus de 50 millions de japonais ont reçu leur première dose, et plus de 15 millions leur deuxième dose. Pour une campagne commencée si tard, et avec des problèmes d’organisation, d’approvisionnement, c’est un bel exploit. À la japonaise, dirons-nous.

Ce que le Japon a raté, par contre, et qui explique la reprise des contaminations, ce sont les tests. Bien sûr, comme en France, il y a eu les tergiversations, une constante obsession à minimiser l’épidémie pour sauver les Jeux Olympiques, et donc une incapacité permanente à décider.
On est sortis du premier (presque vrai) confinement trop tôt, et alors que peu de tests étaient réalisés, et alors que rien n’avait été vraiment fait pour accroitre le nombre de lits de soins intensifs, parce qu’aussi incroyable que cela puisse paraître, le Japon a le plus de lits d’hôpitaux au monde mais se trouve placé sous la moyenne du continent africain pour le nombre de lits de réanimation et de soins intensifs.

Ici, la médecine est une vache à lait, on pratique, comme en France, le paiement à l’acte, et les hôpitaux ont développé les structures d’accueil de jour où on facturera généreusement les petits bobos à coup (coût) d’analyses sanguines, de scanner et d’hospitalisation d’une nuit.

On est sortis trop tôt du confinement, donc, mais pire encore, le conseiller du premier ministre d’alors et devenu depuis premier ministre, a eu l’idée d’une campagne pour relancer le tourisme: hôtels et trains à 33% du prix et coupons de réduction pour le musées, les restaurants, etc.
On a eu un véritable boom dans tout le pays, assorti d’une explosion des contaminations sur tout le territoire là où jusqu’alors l’épidémie était relativement cantonnée aux très grandes villes. De cette campagne au nom ridicule, « Go to travel », « Go to Eat » (que le twitter japonais a rebaptisé « Go to Hell » ou « Go to the Hospital »), nous ne sommes réellement sortis, d’un point de vue épidémiologique, qu’au mois de mai cette année.
Certains départements ruraux, assez peu équipés pour faire face à un afflux de malades graves, ont été débordés et on a eu des centaines de personnes mortes seules, chez elles, car il n’y avait pas de lit pour les accueillir.

Malgré la reprise des contaminations dès l’été 2020, exactement comme en France, le gouvernement a reculé les décisions le plus possible. Il a fallu que l’épidémie soit hors de contrôle en décembre pour que finalement il se décide enfin à stopper cette campagne et à déclarer à nouveau l’urgence sanitaire.
Entre temps, il avait pu « protéger » la saison des feuilles d’érables, et de fait novembre et décembre ont vu des records de fréquentation à travers tout le pays et nous avons même connu un taux de croissance de 29% annualisé, du jamais vu. Ça vous laisse imaginer l’intensité de l’activité.
C’était une énergie palpable.

Je crois qu’il y a là une particularité de « l’âme japonaise » liée aux séismes et aux catastrophes naturelles ainsi qu’au polythéisme. Ce qui a été a été, c’est fini. On tourne la page et on passe à autre chose. Et on détourne le regard des dommages causés, des familles en deuil, tout en en parlant quand on ne peut pas faire autrement avec un visage affligé avant de changer de sujet.
Ce n’est pas que les japonais soient indifférents, mais c’est juste qu’il doit être inscrit très profondément en eux l’évidence que pleurer les morts et pleurer ce qui n’est plus ne les ramènera pas à la vie, et que cela empêchera de reprendre la vie. Des millénaires de séismes et de typhons destructeurs, je pense.

La période septembre-décembre, ça se sentait, on était en plein boom économique, c’était assez incroyable, partout des gens, avec des sacs, un grand sourire caché sous le masque…
C’est humain. Et puis bien sûr, il y avait cette certitude que le Japon avait été épargné et qu’il le serait encore. Cette frénésie a duré jusque début décembre, c’était presque comme une orgie de courses et puis la conversation a commencé à changer. Les contaminations étaient hors de contrôle, ici et là c’était un collègue, un voisin ou un proche qui était contaminé. Et la population a accusé le gouvernement de ne rien avoir fait.

La seconde « déclaration d’urgence sanitaire » a duré jusqu’en mars, et une fois encore, elle a été levée trop tôt, du coup, dans les jours qui ont suivi, les contaminations ont repris de plus belle, particulièrement à Osaka, avec des histoires tragiques d’agonies de patients morts seuls sans trouver de place, avec les ambulances qui tournaient d’hôpitaux en hôpitaux.
Le Gouverneur, une sorte de beau gosse de droite assez sexy de 40 ans devenu très populaire avec cette épidémie, a imposé de très strictes restrictions avant même que le gouvernement ne se décide.
J’écris « beau gosse » parce que c’est ce que tout le monde dit de lui, イケメン, ikemen.

On a donc très vite enchainé sur une troisième déclaration d’urgence sanitaire dès le début du mois d’avril, elle aussi levée trop tôt, et alors que commençait la campagne de vaccination dans un cafouillage incroyable. Milliers de doses jetées suite à des problèmes de congélateurs ou d’erreurs de manipulations, absence de docteurs qualifiés, etc
Et alors que nous en sommes sortis début juin, avec des centaines de contaminations encore enregistrées chaque jour pour Tôkyô seulement, on en est sorti. Et c’est reparti à la hausse immédiatement.

Car dans toute cette histoire, il y a un fait permanent. L’obsession de tenir les Jeux Olympiques, avec la pluie d’argent attendue par les grosses légumes de certaines grosses entreprises, à commencer par Dentsu, un leader mondial de la communication et de la publicité, dont un certain nombre de dirigeants vont recevoir des salaires pour le simple fait d’assister à l’évènement. Plus de 2000 euros par jour, a révélé la presse. Dentsu qui est toujours en procès pour avoir « acheté » les Jeux Olympiques…

Cette obsession à tenir les Jeux Olympiques a conduit le gouvernement à opter pour une politique très restrictive des tests. On ne teste que quelques dizaines de milliers de personnes par jour, ce qui permet de garder le chiffre bas. Si vous présentez des symptômes, vous êtes invités à rester chez vous et à attendre de deux à quatre jours. Et ce n’est qu’après que vous serez éventuellement invités à faire un test.
Or, on sait que ce virus est pour une grande majorité un très mauvais rhume et rien d’autre, bref, pour beaucoup de gens les symptômes se dissipent d’eux-même, et donc au Japon beaucoup de gens contaminés ne sont pas testés. De ce fait, le virus circule activement sans être réellement tracé, d’où la très vive reprise dès que l’activité repart là où dans les autres pays la reprise des contaminations se fait très graduellement.

Le gouvernement japonais a péché sur deux points cruciaux, et cela pour pouvoir présenter des chiffres raisonnables afin de maintenir les Jeux Olympiques.
Il a constamment tergiversé, refusé de reconnaitre l’épidémie et de prendre des décisions par anticipation. Nous n’aurions jamais du avoir cette connerie de « Go to » et nous aurions du avoir une première période de restrictions plus tôt, et plus longue, et l’argent utilisée pour contaminer tout le pays avec « Go to » aurait du être utilisé pour préparer les hôpitaux.
Quand l’épidémie est repartie à l’automne, nous aurions du avoir une nouvelle période de restrictions, mais cette fois-là de « restrictions douces », avec mobilisation des médias, pour inviter la population à être vigilante, et parallèlement, les écoles auraient du être de nouveau fermées, ou mises en roulement comme cela s’est fait avec succès dans certains départements.
Et si cela n’avait pas suffi, il aurait fallu aller plus loin et réinstaller une réelle « déclaration d’urgence » comme au printemps l’an dernier, beaucoup plus longue, le temps de mettre en place la campagne de vaccination en la démarrant plus tôt.

Cette obsession à masquer la réalité est d’autant plus regrettable que les japonais ont été remarquables en matière d’auto-contrôle « à la japonaise » (l’auto-contrôle, ici, c’est plutôt un contrôle social où on ne se restreint que de peur d’être vu par les autres) et que ce sens du collectif explique, malgré le peu de confiance que je place dans les chiffres artificiellement bas des contaminations, le nombre très nettement inférieur de victimes ici.
Et pour tout dire, je ne doute pas un instant que l’allure que prend la campagne de vaccination va en faire un autre succès.

Je sais parfaitement que le vaccin ne nous empêchera pas de tomber malade. Je ne comprends pas cette façon de traiter les gens comme des enfants en évacuant la réalité derrière ce discours hystérique sur la vaccination qui n’a d’égale que l’hystérie des antivax.
Ce vaccin, c’est une façon de bâtir de l’immunité collective sans transformer nos hôpitaux en charniers et le corps médical en croques morts.

Le réel problème de ce virus, ce n’est pas sa dangerosité. C’est sa contagiosité, et à travers elle sa capacité à muter plus rapidement que d’autres coronavirus. Le seul moyen de casser ce cycle, c’est de le rendre gérable en préparant notre corps à le rencontrer sans risquer de mourir même si on tombe malade. C’est pourtant simple à expliquer, non?

Pour le moment, et malgré la reprise des contaminations en Grande-Bretagne ou ailleurs, on n’observe pas de reprise des hospitalisations comme on l’avait observée il y a 6 mois dans un contexte similaire de reprise de l’épidémie. Si le vaccin nous permet d’obtenir cela, alors on pourra vivre avec ce virus comme nous vivons avec la grippe.

Personnellement, je ne compte pas les vagues comme les médias ou les politiques.
Pour moi, en ce moment, c’est la deuxième vague, celle qui est sensée être la plus mortelle, et nous n’accumulons les vagues que parce que nous avons recours à des restrictions régulières.
C’est la vraie deuxième vague car nous avons à faire à des souches ayant muté de façon substantielle et présentant des caractéristiques qui en font presque de nouveaux virus. Delta frappe beaucoup plus les jeunes, par exemple, et sa contagiosité est près de 4 fois supérieure à la souche originelle, pourtant déjà très élevée.

Si j’en crois ce que j’ai appris sur les virus, nous aurons une troisième vague avec une nouvelle souche, cette fois plus gérable, et alors qu’à priori la circulation du virus dans une population vaccinée nous aura donné une certaine immunité.

Nos responsables politiques pêchent par leur manque de confiance. Ils nous mentent parce qu’ils pensent que nous sommes stupides. Ils ont été, de toute cette épidémie, les premières sources de désinformation, que ce soit sur les masques, les tests, leur obsession à rouvrir l’économie ou ce qu’ils dissimulent sur la réalité des vaccins.
Ainsi, les pass sanitaires induisent que la vaccination protège les autres quand en réalité c’est faux, il est à peu près certain qu’une personne vaccinée peut contaminer, et de toute façon nous n’avons pas suffisamment de données ni de recul pour affirmer le contraire. Il y a juste qu’éventuellement, elle le fera moins, et sur une période plus courte. Et ce n’est finalement pas si mal.

Pour le coup, maintenant que le nombre de personnes vaccinées augmente, plutôt qu’un pass sanitaire, il faudrait encore encourager encore plus le port du masque car il s’avèrerait bien plus protecteur que le museau à l’air libre. Mais visiblement, c’est beaucoup plus pratique de créer un fichage de vaccination assorti à la promesse d’un « retour à la normale », c’est à dire au consumérisme touristique.
Ici aussi, on va l’avoir.

Moi, je vais recevoir mon premier shot – Moderna – dans une petite dizaine. Et je vais avoir mon pass sanitaire aussi.
Bien que je trouve ce pass absolument stupide, inopérant et questionnable en matière de protection des données personnelles, je ne suis pas un résistant à deux balles. Je suis un « common man » pour reprendre l’expression tant de fois utilisées par celui qui restera dans l’histoire le plus étonnant vice-président américain, Henry A. Wallace.
Je suis un travailleur précaire avec de faibles revenus et dont les seuls luxes sont mon pays de résidence, mes appareil-photos, ma passion pour l’économie, l’écriture, la lecture, regarder des images et des peintures, me promener… Jouer au rebelle anti-pass sanitaire, à mon niveau, non. Je peux éventuellement signer une pétition à ce sujet, pour que ce soit une autorité indépendante qui en gère le serveur et qui détruise les données après un certain temps, etc Oui, ça oui.
Pour le reste, j’ai une trop haute idée de ce que « résister » veut dire, à Paris en 1941, à Varsovie en 1943, à Alger en 1956, en Palestine depuis 1948, ou quand on s’appelle Assange, Snowden ou Manning pour ne citer que quelques exemples et ne pas jouer au héros du net. Je suis très réaliste sur ce sujet…

Jour de pluie, donc, et dernier weekend avant les nouvelles restrictions. Quelle triste époque.
Cette chaleur m’assomme littéralement, et mes mardis, désormais pleins du matin à tard le soir sont un véritable coup de massue. Je fais des nuits profondes où je me réveille après des rêves intenses et amusants à la fois, signe que mon cerveau est très actif et profite pleinement de ces 6 heures trente qui visiblement me semblent nécessaires pour recharger.
J’ai acheté des chaussures de course, je veux me mettre à courir. Enfant, j’adorais courir, je passais mon temps à ça, et puis je suis allé vivre un an chez mon oncle et ma tante, et l’habitude m’est passée. Il y a bien eu le vélo, il y a bien eu la natation, il y a bien toujours ces promenades qui en sont une vague réminiscence mais j’ai au moins autant la nostalgie de mes courses ici et là que de la flûte…
Saison des pluies pour quelques jours encore, et puis après les grandes chaleurs de l’été, et puis Kyôto dans un mois.
Comme je le disais hier, tout passe, finalement…

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