Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • Menus changements…


    Une simple fleur dans le jardin de Shinjuku, une rose japonaise. Il y a trois semaines.
    Comme vous pouvez le constater, j’ai opere quelques changements sur cette page… Plus que les grands rafistolages et les megas revolutions, ce sont les toutes peties modifications qui sont les plus revelatrices de ce qui s’opere en profondeur. Alors un titre rouge et quelques liens renoves. Je donne des couleurs souhaitables en ces temps hivernaux et incertains.
    Je viens enfin (ca perturbe, les problemes personnels) de terminer le livre de Christian Winckler, La maladie de Sachs. Je m’en veux un peu d’etre passe a cote quand c’est sorti, c’est un livre intelligent et fichtrement bien ecrit. Pas grand chose a en dire : j’ai pas envie de passer pour un bavard. Mais je n’ai pu m’empecher de penser a moi, aux justificatifs que l’on donne a son medecin, parfois; ils doivent en entendre tellement, toujours les memes… Marcel Proust m’avait fait un peu la meme impression. C’est pas facile, rentrer dans cette intimite la, celle qui ne se raconte pas, celle qui se cache derriere les mots, les pretextes, les excuses et les silences ou les gestes.
    J’ai appele Frederique et Maria, hier, j’ai parle avec Stephane et Nicolas.
    J’ai decouvert durant ces derniers mois que je n’etais pas seul. Ou plus exactement, bien que n’habitant pas pres de mes amis, de ma mere ou de mon frere, je n’en etais pas moins “quelque part” pres d’eux. Et que Jun etait lui meme pres de moi et avec moi. Je me demande si je ne suis pas finalement au Japon pour une bonne dizaine d’annees, si finalement ces derniers mois n’etaient pas necessaires pour que je me retrouve une bonne fois pour toute face a moi, et que je m’apercoive enfin que je suis bel et bien delivre de mes peurs, celles qui m’ont empeche si longtemps de faire, et par consequent, d’etre.
    Noel approche maintenant a grande vitesse. C’est deja globalement l’hivers, la couleur du ciel est bleu tres clair avec un horizon qui tire sur le blanc, le souffle s’embue et les nuits se font de plus en plus froides. J’ai remis le chauffage et j’ai ressorti ma deuxieme couette… Quand donc installerai-je le sapin…? On a fete le Beaujolais, vendredi dernier j’ai cuisine un Boeuf Bourguignon avec le reste de la bouteille. Chaque dimanche, je fais de gaufres et Jun est desormais adepte du Nutella. Ce week-end, nous avons regarde des animes (Nausica, Majou no Takkyuubin, Ratatouille) ainsi que des films (Automne precoce de Ozu, Les demoiselles de Rochefort) : quand on se blesse le pied… C’etait amusant, cela a donne un caractere de dimanche a ces deux jours… C’est Jun qui a fait les petites courses.
    Vendredi dernier, j’ai du me trainer jusqu’a Shinjuku pour signer avec le “nouveau NOVA”. J’ai revu mes collegues. J’ai choisi l’option B. En fait, je ne travaillerai pas avant le 10 janvier, mais j’empoche 150.000 yens. Je vais egalement demander le chomage. Et je cherche du travail, bref, je ne suis pas inquiet du tout comme il y a deux mois ! Cette aventure m’a installe au Japon, je veux dire, en terme de perspective. Un petit coucou a Irene qui est devenue lectrice de mon blog. Et a Berenice et Yann aussi.
    Voici comment je racontais les choses a mes amis la semaine derniere : “La semaine dernier a eu son lot de mauvaises nouvelles qui ont fait suite a beaucoup de travail pour l’ecole a Ebisu.
    J’en ai ete vire ! Je n’en suis pas mecontent : quelque chose m’y genait, une impression etrange. Comme un manque de lumiere. Depuis l’enfance, je n’aime pas les lieux sombres, les rez-de-chaussee comme des caves…
    Si je vous ai au telephone, je vous raconterai l’histoire. A quelque chose malheur est bon, ca va me faire un peu d’argent… pas des masses, mais bon…
    Ca s’est passe mercredi soir. Le resultat, en rentrant chez moi, je me suis arrete faire des courses et en sortant du magasin, je suis rentre a pied. J’ai oublie mon velo. Je n’ai plus de velo…
    Samedi, enfin, super ballade dans l’ouest de Tokyo, le mont Takao. C’est la saison des erables rouges. En rentrant, j’ai manque une marche dans le metro et me suis retabli sur le pied. J’ai une tres belle entorse, mon pied est tout bleu. Le medecin a parle de 4 semaines…
    Si je regarde du bon cote, maintenant. Cette ecole n’etait pas faite pour moi. En fait, les professeurs ne s’y parlent presque pas. Pas un seul ne m’a donne de coup de main. Ni donne de conseils. Jamais vu une boite comme ca. Meme pas de “salle des professeurs”, chacun qui reste dans sa salle. Et pas de lumiere… Et… etc
    J’aurais pu me casser vraiment la figure, dans le metro. Mais en fait, quand c’est arrive, je pensais au travail…
    Mon copain a ete adorable toute la semaine. Il m’a telephone le soir ou j’ai perdu mon taf, il m’a cherche un hopital dimanche, m’a accompagne… C’est du vrai bonheur, ca…Avant hier, je suis alle dans ce grand hopital moderne, tres bien.
    Lundi, l’equipe de liquidation de NOVA a annonce la faillite definitive pour vendredi 30 novembre. Je commencais a avoir peur qu’ils ne fassent trainer. Je devrais recevoir d’ici 6/8 mois un joli pactole representant 80% des 2/ 3 mois de salaires impayes. Par ailleurs, une nouvelle societe a dors et deja commence de redemarer l’activite, bref… retour a la case depart d’ici quelques temps. Un taf est un taf.
    Mais quand meme, je commence a etre fatigue de tout cela, ca use, et je suis ruine pour le moment.
    Je ne pensais pas me separer de l’ecole aussi vite. J’ai donc pris un credit pour acheter un nouveau Mac. Un pshitt utile, mais un pshitt ! Je compte liquider le credit avec une partie du pactole, mais bon, je l’ai recu le lendemain de mon licenciement, ca m’a fait bizarre. J’ai eu peur de l’effet tabou : ne pas vouloir y toucher, etc… Et puis en fait non, je n’ai rien fait de mal, juste joue de malchance. Mauvais timing, c’est tout. Mais bien joli joujou. Mon ordinateur est beau et puissant, je pense a la video encore plus serieusement. Avec ma patte, c’est un peu dur bien sur. Mais bon, comme le seul truc qui me freinait jusqu’ici etait la superbe lenteur de mon ordinateur portable, je n’aurai plus d’excuse pour vous livrer plus regulierement des images. Idem pour les albums photos. En fait, mon ordinateur me remonte le moral… En revanche, la plupart des films que j’ai telecharges prennent un de ces coups de vieux !
    J’ai achete ma premiere plante avant hier. Un prix derisoire, genre plante abimee. La sauverai-je ? C’est une de ces plante vertes a feuilles rouges que l’on voit partout, ici, au moment de Noel.”

    Et puis il y a eu un echange politique faisant suite a… la mort de Fred Chichin. Ne me demandez pas comment on en arrive a comparer Mitterrand a Segolene, mais nous y sommes arrives. Et vous constaterez a ce mail que pour ma part, je suis remis de cette ivresse de la campagne et que pour ma part, je ne renie pas mon Royalisme du printemps : “Mais ce fut pire en 1981, le decallage entre le parti (rompre avec le capitalisme en 90 jours grace au front de classe et a l’appropriation collective des grands moyens de production, les 35 heures tout de suite et la planification…) et les 110 propositions… Et alors 1988, ce fut la totale, avec meme pas de programme, mais une lettre a tous les francais rediges par Seguela (converti au sarkosysme depuis…).
    La, je suis d’accord, le seul qui m’a vraiment seduit fut Jospin. Le coup de foudre se produit en 95 : ceux qui parlent de renovation devrait tout simplement revenir a la base de ce que fit/fut Jospin : une culture politique, des pratiques militantes et des objectifs simple dans un dialogue avec les acteurs sociaux. Jospin ne voyait pas de contradiction entre le mouvement et l’action politique. Il etait en cela un vrai social-democrate. Je reste triste a l’idee que sa defaite en 2002 est le resultat de sa victoire en 97. La renovation de 95/97 n’a pas ete achevee. Tant dans les personnes que dans les pratiques et la facon de concevoir le socialisme. C’est ce qui l’a plombe. Et la gestion Hollande a fait le reste en 2007 (avec la participation des autres)
    Royal… c’est dur de s’en remettre. On s’est pris en pleine figure tout ce qui clochait. Et c’est vrai que chez elle, c’etait une fichue impro mais… je me souviens en fevrier, de passage a Solfe. Pas un tract, pas une affiche potable. Rien.
    Qu’est-ce qui empechait le parti de produire quelques affiches typiquement PS pour occuper le terrain ? En 88, on collait beaucoup avant meme d’avoir un candidat.., des affiches sur le bilan de la droite, par exemple. Et ce n’etait pas a Sego, de faire la comparaison 97/02 avec 02/07, mais au parti, et ce des novembre decembre. En attendant le programme. On a fait comme ca en 88,ca s’est fait comme ca en 95, en pire puisque les crises de 90/95 avait mis le parti a plat.
    Non, la c’est le parti qui s’est mis en vacance et qui a oublie de militer. Pas les militants, j’en ai croise a Solfe, ils hallucinaient de ce vide, de ce rien, et ils pensaient comme moi. Non, l’appareil. Pas remis de 2005 et du referendum. Pas remis de la campagne de designation. Avec des appetits ouverts.
    Tout a ete reproche a Sego. Tout le fut aussi a Mitterrand. A commence d’etre un homme de droite. Mais sa soif de pouvoir et son envie de gagner ont conduit tous les autres a le laisser faire. La campagne m’a montre que Segolene a vraiment cette envie, et il faudra ca, contre Sarkosy.
    Le manque de respect pour les militants est dans ces pans entiers du Parti qui ont suivi Sarko, les Bocquels et autres. Et puis les DSK and co. Et Amara and co.
    Pas competente, disaient les uns. Changeante disaient les autres. Autoritaire… C’est l’appareil qui est vicie. Les militants ne sont plus consideres depuis longtemps. Et la preparation du congres actuel en est une illustration manifeste.

    Je suis d’accord avec toi, Stephane, et l’image d’Alain etait la bonne . La pire, a l’exception de tous les autres.
    Et je trouve que ce qu’elle fait depuis un certain temps n’est pas ininterressant. Alors que certains au PS regauchisent ici ou la le discours, elle ressort ses propositions de campagnes (et les meilleures en plus), qui apparaissent soudain mesurees mais solides. Plutot que les cadeaux fiscaux, elle aurait augmente le budget de la recherche tout de suite et donne aux Universites les moyens de leur souhaitable autonomie. Je note au passage qu’elle ne cherche pas a plaire (L’autonomie n’est pas populaire a gauche) mais qu’elle reprend le meme discours qu’en campagne. Discretement, elle prepare sa motion. Pour le pouvoir d’achat, elle reprend les memes arguments (…) Elle a meme reparle de la securite sociale professionelle.
    Hollande revient aux vielles lubbies du PS et j’avoue que son idee de blocage des loyers est celle qui m’a fait le plus rire. Experimente de 84 a 87, resultat, des logements vides !
    La responsabilite est collective et remonte a avant 2002, en se coincant deliberement entre le centre (les baisses d’impots) et l’extreme gauche (Hollande a Porto Allegre). Jospin avait pourtant reussi a nous faire occuper tout l’espace grace a la gauche plurielle (bref, chacun son role). Je remarque la encore que seule Sego a une analyse de la situation actuelle qui ne donne pas dans la demagogie. (…). Je ne la trouve pas nul, quoi…
    Je n’adhere pas au PS pour les raisons que tu donnes, Stephane. Y etre militant est en ce moment et ingrat et difficile. Je suis ca sur le net et justement, je frequente des sites de militants, des blogs, simples et sinceres, de sensibilites differentes. Je respecte toutes les sensibilites, il y a forcement de l’energie et des competences.
    Pour moi, la question du leader est reglee. Par defaut, pas au brio. Et je ne pense pas qu’il faille sous estimer sa capacite a muer, a ressembler au leader qui nous manque.
    Je suis desole pour Delanoe, mais ca prendra jamais, en tout cas pour moi. Ce mec est politiquement insipide, ses textes federaux etaient nuls. (…)Il y a une constance dans le “discours Royal”…
    Alors, quitte a se donner un leader.
    Enfin, j’observe que la gauche de demain est deja en place. Tous ces collectifs de cites, les blogs des quartiers ou s’exprime la realite vecues de jeunes acteurs associatifs et de jeunes entrepreneurs, ou l’origine ethnique cede -enfin- la place a la realite vecue, au quartier, a l’origine sociale et ou un terrible sentiment d’egalite (cf Tocqueville : en tant que realite vecue) transparait. Il faudra que le nouveau socialisme integre ce nouveau visage de la democratie, ces blogs, ces televisions du net (la TeleLibre de Lepers, par exemple), non pas comme interlocuteurs (la vielle logique PS) mais comme parti integrante du processus democratique que nous entendons incarner face a une droite omnipresente.
    Dans une societe desideologisee, ce ne sera pas si difficile de renover. En fait, la renovation est d’abord un concept marketing qu’on balance dans les pieds du perdant pour bien l’enfoncer. Plus difficiles sont la revolution des pratiques et le renouvellement des personnes.
    J’adore fouiner sur les blogs et sites politiques. En fait, j’y ai decouvert une mince lueur d’espoir, celui qu’on pourra peut etre finalement battre vraiment la droite dans 5 ans. Les evenemts de 2005 et la campagne ont ouvert la voie a des prises de paroles sur le net qui echappent aux partis, et notamment le PC qui aimait organiser tout ca. Avec un bon chef d’orchestre, ca peut faire de la belle musique, et cela cree meme ce qui s’appelle une generation.”
    Bon, il est tard…

  • C’est le pied, mais ca ne l’est pas


    Le titre de ce poste est grammaticalement parfait. Je me suis foule le pied samedi soir dans le grand escalier du metro qui descend sur la ligne Tozai, a Nihonbashi. C’est le pied. Parallelement, j’ai perdu mon “nouveau travail” (et en fait, ca me ravi…). Bref, ce n’est pas le pied. Donc, c’est le pied mais ce n’est pas le pied. Je remplace le deuxieme pied par un pronom et cela cree un truc bizarre (Boris Vian, grand specialiste et maitre pataphysicien, en a produit un grand nombre dans l’ecume des jours, sous forme de zeugme, produisant un effet de mal de mer assez prononce par moment…). Le francais, c’est une langue ou la grammaire n’a de raison que pour produire du sens (semantique). La grammaire est la base meme de notre langue. J’ecoutait sur France Culture un ecrivain rappeler que pour Shakespeare, on peut trouver des centaines de noms de fleurs quand chez Racine on se contentera du simple nom de fleur. Et que pourtant c’est chez Racine que la langue se deploiera dans toute sa saveur. Lisez Proust, le vocabulaire ne represente pas la difficulte principale. Peut etre meme vaut-il mieux bien d’abord maitriser l’histoire de l’art, l’histoire politique ou l’histoire sociale avant le vocabulaire. Mais si vous ne maitrisez pas la ponctuation; mais si l’art des transitions et des outils de respiration vous est etranger; mais si la grammaire, cette boite a outil du sens, vous est peu familiere, alors, oui, alors, vous voila devenu infirme dans cet univers qui vous depasse. Cet univers de la couleur et de l’infinite de nuance de l’ecrivain. Et vous voila tel un aveugle, incapable de distinguer les formes qui se cachent derrieres des ombres et des lumieres que vous ne percevrez que comme de nouvelles complications. Je dis Proust, mais il en serait de meme avec Gide ou Balzac, Genet ou Duras. Ah, Duras, comprendre les silences qui se cachent derriere les mots de ses Barrages contre le Pacifique
    Le temps passe et le train aussi. Le prix du petrole est monte de trois dollars et mon frere au 5eme etage. Elle avait mis la table et une robe rouge fushia. J’ai devore le journal et un gateau en tapant un courrier et la joue du gamin qui n’arretait pas de me faire marcher du cerveau et dans la rue.
    Grammaticalement parfait.
    Bref, c’est le pied mais ca ne l’est pas.
    Je vous raconterai plus tard.
    J’ai donc une jolie entorse (je suis victime d’une entorse au pied et au reglement, ha ha ha) et je n’ai plus de travail (en fait, si, ca arrive doucement). Et le soir ou j’ai appris qu’”on ne voulait plus de moi”, j’en ai oublie mon velo devant Maruetsu. Et il s’est donc fait embarque par la fourriere…
    Mauvaise semaine… “sombre dimanche”, disait Damia.


    La nouvelle semaine commence beaucoup mieux : NOVA fait officiellement faillite le 30 novembre. D’ici 6 mois, je vais recevoir 80% de 3 mois de salaires impayes (sept, oct et nov…). Je ne pensais pas perdre mon travail, mais bon, ce n’est pas grave : j’ai pris un credit (que je rembourserai quand arrivera la fameuse somme, assez consequente) et j’ai achete un nouvel ordinateur.
    Ca fera sourire mes amis…
    Un imac 20′ 2,4 mhz avec clavier et souris bluetooth… Il devait incarner le nouveau palier, la nouvelle etape… pas grave, une etape nouvelle a bel et bien ete franchie. Du coup, ne m’en veuillez pas de mon orthographe : je ne peux plus ecrire les accents. Je pourrais avoir recours au correcteur automatique, mais alors c’est pire : les accents lies a la grammaire disparaissent (sur les a, les ou, les e des participes passes…) et cela me semble encore pire pour la raison expliquee plus haut.
    J’ai un nouveau mac… je garde l’ancien bien sur. Mais ses delais de traitement pour les photos, les videos, ses difficultes aussi a traiter plusieurs taches lourdes… Ca m’a fait bizarre, cette grande boite qui est arrivee le premier jour de chomage… Et puis non, je ne suis coupable de rien, et ca ne change rien au fait que j’attends beaucoup d’argent das quelques mois. Bref, le chomage a casse la frime, il me reste l’outil, superbe, rapide. Et les albums photos a venir, les videos, etc. Ouvrir iPhoto prenait parfois 3 minutes (j’en stocke environ 22.000) et corriger une photo declenchait parfois le petit moulinet orange… Ouvrir iTunes prenait une minute (60 Go) et alors, les deux applis en meme temps, en surfant sur le net et en compressant une video (eh oui, il m’arrive de faire tout ca a la fois…), ben… La, c’est incroyable, c’est vraiment instantane !
    Mon licenciment ne m’a pas empeche d’aller me promener a Takao. Il faisait beau, tres beau meme. Takao, ce n’est pas bien loin, une heure de train a tout casser, mais c’est deja la campagne, et puis c’est une grande promenade sympathique, un vague cote initiatique : le mont monte, monte, monte… On est au milieu d’une foret, on oublie la ville et ne pense qu’a monter, monter, monter… ca ne s’arrete pas. Nous avons emprunter a l’aller comme au retour d’autres chemins, plus “aventureux”, et c’est vrai que celui du retour (la route numero 3) ressemble bel et bien a une aventure. Nous avons pu admirer les premiers erables rouges (紅葉), j’ai repense a Kyoto il y a trois ans. Oui, il y a deja trois ans…
    Je pense que c’est cette promenade qui a sensibilise mes chevilles. Et ce sont mes soucis professionels qui m’ont distrait l’espace d’une seconde. Mon corp s’est rappele a mon esprit : redescend sur terre… Mon pied a trinque mais quand j’y repense, j’ai vraiment loupe une marche et j’aurais pu me faire tres mal dans ce tres grand escalier… Alors, une foulure…
    J’ai recu hier la decision finale du directeur. Il “ne peut pas me garder”. C’est interessant car pour tout dire, si je ne m’etais pas tordu le pied, c’est moi qui comptais lui ecrire : je ne voulais pas rester. J’aurais du me fier a mon instinct : il n’y avais pas de lumiere dans l’ecole la premiere fois ou j’y suis alle. C’est lui qui m’a contacte et recontacte, vu ce que devenait Nova, j’ai dit oui. Et puis j’etais fatigue de courir apres les recruteurs. Je voulais tenter autre chose. Je n’ai pas eu tort et pour tout dire, je n’ai pas le sentiment d’avoir failli. J’ai fait comme j’ai pu avec le temps qui m’a ete imparti, le quasi non-training et le manuel qui n’en est pas un que l’on utilise dans cette ecole, ainsi que la methode d’enseignement contraire a des principes elementaires de FLE (a cet egard, malgre son format tres batard, NOVA en etait bien plus respectueux, et cela n’empechait pas les etudiants de parler environ 60/70% du temps, et sans avoir recours au japonais). Je suis persuade d’avoir fait de bonnes lecons les deux derniers jours (soit les 9emes et 10emes jours). Comme chaque classe est unique et ne vient qu’une fois par semaine, je ne sais pas bien comment il eut pu en etre autrement… Le directeur a demande aux etudiants s’ils voulaient continuer avec moi. J’avoue que c’est sur ce point que ma decision de ne pas travailler dans une telle ecole a ete prise. Meme a Nova, je n’ai jamais entendu parler d’un tel truc… Il m’est arrive de faire des mauvaises lecons. Mon chef, Christophe, me prenait a part. On demontat mon plan de cours, on traquait l’erreur : trop de vocabulaire, pas assez d’exercice, objectif de communication (c’etait le but de NOVA) trop flou, plan de lecon mal maitrise… Eh bien meme apres ce genre de moment laborieux, vexant, fatiguant, Christophe trouvait toujours le moyen de me dire qu’il avait malgre tout aime tel ou tel truc, que mon appli etait bien trouvee, que tel autre cours etait vivant. Je n’ai pas eu droit a cela.
    C’etait une ecole avec Cherie FM en fond sonore dans l’entree. Ou de l’accordeon.
    Je n’ai aucun regret. Cette parenthese m’a permis de sortir de la “fin de NOVA”. Et puis un autre ex-NOVA, parti lui en septembre, a ete licencie de son nouveau travail une semaine avant. Il est en proces, lui. Nous soupsonnons vaguement sa patronne de ne l’avoir embauche que pour coucher avec lui. Et comme il est PD…
    Il y a une abondance de profs disponibles, certains en profitent. Mais les specialistes s’accordent a dire que l’an prochain, c’est le contraire qui est a redouter : NOVA etait le robinet a visas…
    Pendant que je vous ecrit, il y a de l’eau glacee qui degouline le long de mon pied… J’ai visite un hopital pour la premiere fois. L’hopital de Kasai est grand, vaste et clair, moderne. Je pense que des chambres ont peut y voir la baie. J’ai paye les frais d’inscription de 2.100 yens, mais le reste des soins etaient tres abordable. C’est remarquablement propre, tres bien equipe. On m’a donne des medicaments : je pense qu’en France on m’aurait donne les memes (un anti-inflammatoire non-steroidien et un inhibiteur de la pompe a proton COX2 pour eviter que l’anti-inflammatoire ne detraque l’estomac). Je ne peux pas prendre l’imhibiteur (qui est incompatible avec mon traitement). Et une bande compresse pour maintenir le pied. Je vais deja beaucoup mieux.
    Alors, que me reserve donc cette semaine…

  • Yoyo…


    Un très joli parc au nord de Tôkyô, 六義園/ Rikugien, dimanche dernier en début d’après-midi. Les teintes de l’automne, bientôt celles de l’extrème limite, le rouge des érables et puis, sans qu’on s’en soit vraiment rendu compte, la désolation de l’hiver dont la chute vertigineuse des températures nous donne, déjà, comme un avant goût.

    Sur Tôkyô, le temps est plutôt beau en ce moment. Il y a bien quelques passages nuageux, leurs pluies sporadiques mais, dans l’ensemble, le ciel est très clair.
    J’envoyais un mail hier à mes amis, bien au chaud dans le métro, et je m’exprimais ainsi,
    “Il fait froid… moins que chez vous mais la nuit on descend a 3 degres… On a toutefois du soleil, ca aide. Et du grand soleil d’hiver… Je suis dans le metro, je viens de franchir le pont de la riviere Ara: la mer sur la baie est couleur de plomb, un gris profond. C’est vraiment l’hivers.
    Beaucoup de travail de prepartion a l’ecole mais ca se passe bien. J’ai eu vraiment tres peur. Financierement c’est hard mais eclaircie en vue. Mon nouveau poste est mieux paye. A partir de janvier… Nova me doit 3000 Euros. J’en recupererai 80% dans 6/8 mois.
    Je ne travaille pas le dimanche. De mon experience, je suis maintenant contre le travail du dimanche et les jours feries et meme la nuit: vivre c’est d’abord partager. Depuis un an j’etais prive du rythme de la societe, de la tranquilite du temps arrete du dimanche et des cris d’enfants dans les parcs. Du vrai repos du temps arrete dont on est prive quand on se “repose” en semaine. Mon ecole est dans un quartier “normal” de Tokyo. Je commence a avoir des envies de demenagement. Peut etre pour l’ete prochain. Un appartement plus proche de l’ecole, plus “central”. Mais la ville est si vaste et les ambiances y sont si differentes… J’ai le temps avant d’avoir le coup de foudre. Et puis ca coute cher… Mais en fait cette histoire m’a donne le sentiment de la duree… Je fait des projets. Le nouvel an, ce sera, encore, Kyoto.
    Je me dis qu’a 42 ans je ressemble au reve que je faisais en pensant a moi, plus tard. J’enseigne, je vis au Japon, j’ai un copain…
    Bon, ecrire avec un mobile c’est pas evident! Bonjour a Londres, Marcq-en-Bareuil, a Choisy-le-Roy et Ris-Orangis, a Lisbonne.
    Bises de Tokyo
    Suppaiku”
    Je vous le laisse tel quel, sans les accents bien sûr puisque mon keitai en est dépourvu, ni aucune correction d’aucune sorte malgré le style propre aux emails envoyés sur un portable, ce style un peu concis-excusez-moi-ça-fait-mal-au-doigts-de-taper-avec-
    deux-doigts-mais -j-essais-de-faire-des-phrase-quand-même.
    J’ai titré “yoyo” parce que l’école, ce n’est pas tout rose non plus. Ben, disons qu’on n’a pas rien sans rien… (ou le contraire, ôtez-moi ce doute…). Je passe pas mal de temps à éplucher un “manuel”, à préparer mes cours à partir de ce “manuel” (dont le style et l’usage ne sont pas toujours évidents puisqu’il n’y a aucun guide d’objectifs léxicaux ni grammaticaux et qu’un parti pris pour le “français parlé” oblige à calquer l’expression sur ledit manuel : “est-ce que vous allez au cinéma ?”; on ne parle plus vraiment comme ça, la forme en est-ce que tombant en désuétude au profit du style direct…), bref, pas mal de travail et finalement, le baptème du feu en ce moment, avec ses hauts et bien sûr ces bas : j’en ai accumulé 2 hier et cela me met le moral au plus bas (d’où le yoyo). Le stress accumulé ces deux derniers mois à NOVA n’aide pas, loin de là… J’ai l’impression d’avoir perdu mon sourire hier soir, j’ai refait des rêves étranges… Le matin, j’ai fait un “pâté” : le prof qui parle beaucoup. My mistake, un cours non maîtrisé. Le soir, une élève qui s’est plainte, elle ne me comprenait pas. Et c’est vrai que, focalisé sur l’épluchage des leçons, sur le bon déroulement de la leçon lié à cette bonne préparation j’ai oublié un truc dans la “méthode”, et l’étudiante s’est estimée lèsée. Elle s’est plainte.
    J’ai bien entendu eu une discussion avec le directeur dont j’ai bien entendu accepté les explications d’autant qu’elles étaient fondées (j’ai mal fait un truc…), et j’ai eu droit aussi au rappel du motif pour lequel il s’est séparé d’un de ses professeurs. Une étudiante s’est elle aussi plainte une fois à NOVA, une seule fois (c’est un bon chiffre). La différence est que toutefois, à NOVA, après un brieffing/rebrieffing assez fastidieux, la conversation s’est conclue par un “ce n’est pas grave, j’ai aussi eu de bons retours”. Cela n’a pas été le cas hier soir et cela me donne l’impression d’être sur un siège éjectable. J’ai déjà accepté d’être “sous payé” deux mois (ma période d’essai) et d’avoir un statut (vacataire) extrèmement précaire, ça accroit l’impression… Bref, sur cette “mésaventure”, je ne concluerai pas que “c’est la vie”… Je repense à Odile, à sa façon de voir les choses. Je crois qu’elle voit juste.

    Même parc que précédemment. Ne pas travailler le dimanche, c’est partager le rythme commun.

    Elle va arrêter de travailler en janvier. Alzeimer. Ca me fiche une peine pas possible de savoir qu’elle va quitter BNPP, le travail. Ca a été une femme active, elle a toujours travaillé et d’ailleurs elle travaille toujours malgré la maladie qui avance, avec ses rémissions et ses retours. Elle m’expliquait la dernière fois que depuis un an toutefois, malgré une augmentation régulière des doses, son traitement avait cessé d’agir efficacement, qu’elle était de nouveau prise par cette sensation de ralentissement, qu’un rien la fatiguait nerveusement, le transport, l’agressivité des gens dans les espaces publics. Je revois cette femme, sa démarche ralentie, ses gestes comme mesurés et puis parfois aussi ces poussées d’énergie, ses éclats de rire. Et aussi, son intelligence du métier, son esprit analytique précis, sa façon de poser un “produit” (une transaction) à plat pour en saisir la logique, trouver la faille. On s’entendait bien car j’ai cet esprit là, aussi, mais mois en sens inverse, moi, j’ai plutôt l’esprit déductif. Tous les deux, on a résolu pas mal d’incidents récurents car après qu’elle ait eu expliqué la mécanique, je replaçais ladite transaction dans son contexte global et je déduisait assez rapidement des évènements possibles. Le tout alternant avec des conversations sur la musique baroque ou tel ou tel écrivain, notre pose thé l’après-midi. Nous n’allions pas à la machine à café, non. Et puis, sur l’histoire du produit, Odile, c’était une mine : elle a vu les swaps et les forex dans leur berceaux, quand ce n’étaient encore que des documents papiers, un peu inédits, avant qu’ils ne se démultiplient en ces millions de transactions quotidiennes qui font que la masse de papier en circulation représente à peu près cent fois la richesse réelle.
    Le capitalisme financier, c’est un métier palpitant car il raconte mieux que beaucoup de choses ce qu’est l’histoire des hommes. Si vous en avez l’occasion, visitez un jour une salle des marchés. Celle d’une grande banque, un grand plateau ordinaire, avec des centaines de traders excités devant leurs 4 écrans qu’habitent des courbes, des dépêches et des programmes eux même inscrustés de courbes, fromages et écrans de saisies, occupés en permanence à téléphoner et recevoir un, deux, trois coups de fils, leurs bureaux encombrés de papier brouillons sur lesquels ils dessinent des trucs aléatoires avec le stylo qu’ils machonnent, ces traders qui parfois d’un coup s’interpellent, une agitation se créée, ou alors qui ne s’interpellent pas mais avertissent discrètement ceux de leur équipe, on est en concurrence aussi, ici : les amis ne comptent pas dans ce monde de l’instantanné, du meilleurs prix/pris, de la marge calculée au millième près; et puis il y a ce flot d’informations en continu, déversées sans arrêt par les écrans plasma, BBC News-CNN-Bloomberg-LCI…, le monde qui se répend dans cet espace de l’économie réelle du monde : ici, on ne décide rien, mais on créée la richesse de ceux qui décideront demain si vous gardez votre emploi ou pas.

    J’ai adoré travailler en salle des marchés. Ca va vite, et cette vitesse est le coeur de la tragédie humaine. La première fois, j’ai repensé à la faillite des Bardi, cette famille dont on étudie (étudiait?) la banqueroute au 14ème siècle, à Paris, en DEUG. Ils prêtaient de l’argent à l’Europe entière et puis, au 14ème siècle, inflation, dévaluation et insolvabilité des grandes couronnes (la Française, l’Anglaise) et voilà qu’un “comptoir” fait faillite et avec c’est toute la maison qui est tombée. A cette époque, le capitalisme se contentait des lettres de cachet (ancètre du compte chèque moderne, doublé d’une possibilité de rachat du cachet à un prix différent de sa valeur), les emprunts et les contrats de commerce (ancètres lointains des “futurs” : les marchants finançaient l’armement d’un bateau, les marchandises rembourseraient les frais…). Les Bardis ont fait faillite, les Médicis ont inventé la filiale ! Que l’une d’elle fasse faillite, cela ne gène en rien le reste de la société! Nous de cessons depuis des centaines d’année d’anticiper notre richesse à venir et nous avons fait de cette anticipation le coeur même du monde présent. Ca donne le vertige : il faudra bien rembourser un jour… Ca s’appelle un Krach. C’est la dernière obsession de Rocard le schizophrène (cette hantise ne l’empêche pas de remettre bientôt un rapport à Sarkosy).
    Tout ça pour dire qu’avec du recul… c’est Odile qui a raison, ma psy disait la même chose et mon père avant elles. Comme dit ma mère,”c’est toi qui voit”. J’y vois très clair.

  • Flemme d’écrire…

    … mais pas de communiquer ! Alors aujourd’hui quelques photos uniquement, de tout et de rien, quelques traces de ces derniers jours, entre noel qui s’installe, l’automne qui est bien là, le plaisir des dimanches retrouvés, les bons repas partagés -que je les ai préparés où que je les ai pris au restaurant-, mes nouvelles habitudes dans le quartier de Ebisu où je commence à travailler.
    Je vais bien. Je récupère du stress intense des derniers mois. J’ai pas mal de travail mais c’est très stimulant. L’école est petite mais j’aime déjà l’ambiance de classes, d’école. Ne pas être un étranger importé pour plaire à quelque capricieux/se. C’est beaucoup plus sérieux, l’ambition est différente. Je suis allé travailler deux heures pour la première fois à la Maison Franco-Japonaise à deux pas. Il faisait beau dehors et le soleil éclairait la salle de lecture.
    Je vous laisse à ces quelques photos. Et comme toujours, vous pouvez les agrandir en cliquant dessus !

    feu idrant
    rose thé (japonaise)
    couleurs d’automne
    cuisine japonaise
    couleurs d’automne
    Marrant, devant la gare de Shibuya
    Un dimanche à Tôkyô
  • Adaptation I


    Le temps passe vite.
    Je ne suis pas encore habitué à ma nouvelle situation, loin de NOVA. La fin laisse un goût étrange, et encore fais-je partie de celles et ceux qui ont pris les devants et décidé de quitter le navire par eux-même avant qu’il ne sombre… Beaucoup de mes collègues ont en fait été lâchés alors que chez eux flottaient encore quelque espoir, quelque indécision. Ca laissera des marques. Chez moi, comme un vague état dépressif : j’ai mis une énergie énorme afin de trouver quelque chose avant que ça ne sombre. Devant moi de l’incertain, du travail aussi, beaucoup de travail afin de m’adapter à une autre école, sa façon de travailler, un autre quartier. Je ne suis pas saisi par la passion qui vous habite devant ce qui est nouveau, cette exitation particulière des premiers temps.
    Peut-être, mais cela n’est encore qu’une impression, vague, très vague, le sentiment que je vais commencer quelque chose, que l’étendue devant moi est vaste, bref, que chaque chose se présentera en son temps. Je dois d’abord visiter cette nouvelle organisation du temps, celle que me propose ce travail. C’est très nouveau pour moi ou plutôt, cela fait longtemps que je n’ai pas eu tout ce temps devant moi, ce temps pour moi, ce temps qui, par exemple m’a permis un matin en me levant de commencer l’écriture d’une pièce de théatre et de réussir à la faire publier; ce temps de la lecture, ce temps pour flâner et lire, découvrir, prendre des notes et dessiner. NOVA à cet égard ressmblait plus à une banque qu’à une école : allez vous promener avant ou après le travail, avec un costume ? Et puis, ces horaires figés qui commencent ni assez tôt ni suffisament tard, ce quartier de bourgeoises insipide, artificiel comme le luxe de ces boutiques de marques qui vendent hors de prix du prêt-à-porter qui ressemble à s’y méprendre à ce que les gens portent déjà, mais avec la “fantastique” originalité d’une déchirure audacieusement placée, d’une mauvaise couture courant sur un ajustement au port aléatoire, un lainage froissé juste comme il faut sur une doublure visible juste ce qu’il faut pour bien montrer qu’il s’agit d’une création, du type de celle qui mérite le zéro supplémentaire qui les fera toutes bâver durant leurs scéances de lèche-vitrine dominical… Ah, Ginza ! Ici plus qu’ailleurs on voit l’époque, et je déteste notre époque…


    Mon école est à Ebisu.
    C’est un deuxième quartier français à Tôkyô, moins snob et plus fouilli que Iidabashi. Il y a le musée de la photographie, la bibliothèque le la Maison Franco-Japonaise, le “chateau” de Robuchon au fond du Garden Plaza – une grande place que borde et surplombe un immeuble de grande taille qui a la base dessine une allée qui descend, des jets d’eau… -, beaucoup de restaurants, Shibuya pas loin… C’est un quartier qui monte et qui descend, il y a quelques écoles françaises.
    Je ne connais pas bien Ebisu. Je me souviens, en 2003, une longue promenade à travers Tôkyô, de Ueno à Ebisu en passant par Akihabara, Ginza, Shinbashi, Roppongi… C’était ma première grande traversée de la ville. Il faisait beau et chaud, lourd aussi. J’étais arrivé dans ce quartier presque par hazard, pas du vrai hazard, disons plutôt que c’est là que je voulais aller mais que je n’y étais pas arrivé exactement par où je voulais ! On m’avait dit que c’était un quartier sympa, mon souvenir est un Shôtengai animé, des carrefours un boulevard qui tourne, un pont et sa voie de chemins de fers, la gare bien sûr, et du monde, des rues en pentes… Je m’y était perdu, tournant en rond avant de demander à une passante de m’indiquer le chemin. Je me souviens de sa surprise à la lecture de mon plan français : elle ne s’y retrouvait pas du tout. Les Japonais ont l’habitude d’indiquer des repères visuels, konbini, banque, restaurant célèbre… qui faisaient cruellement défaut à ce plan. Je me revois ensuite monter cette rue en pente raide un peu sombre sous le soleil et qui va vers Ebisu Garden Place, une rue de première fois et qui depuis que j’y suis retourné a perdu bien de son charme… On ne refait jamais le même chemin…
    J’allais au musée de la photographie. Quand j’en suis sorti, il faisait encore jour mais déjà les murs de la place se teintaient de rouge… Je me suis reposé là, sur un ban, et j’ai apprécié. Je suis rentré tranquillement, retraversant la ville en me perdant d’abord, en tournant en rond, essayant de trouver mon chemin “à vue”, et puis j’ai retrouvé Shibuya, Omotesandô, Harajuku, la Tout Docomo dominant la nuit noir avant d’arriver à Shinjuku, et puis Takadanobaba, Mejiro, Yanaka… J’étais rentré vers 3 heures du matin. Heureux. Fatigué mais heureux.
    Je ne connais donc pas bien ce quartier, je vais apprendre à le connaitre. C’est un peu loin de chez moi, mais peut-être est-ce aussi un avantage. Je ne sais rien. C’est vraiment comme une grande page blanche que je me dois d’écrire seul, comme le grand que je suis devenu. Sans l’aide de personne, mais avec juste la considération et les encouragement que l’on me donne, l’affection de mes proches. Ma mère, qui vient de m’aider à traverser la passe difficile dans laquelle je suis. J’ai tant abusé de sa générosité autrefois, usant d’excuses toutes plus égoïstes que ridicules. Et voilà que pour la première fois c’est un language simple qui est venu, sans excuse ni rien. Elle a compris. Je suis touché. J’ai eu la chance d’être élevés par des parents d’une très profonde gentilesse.
    Le soleil s’amuse avec nous depuis quelques jours; il part, il revient. Il vient juste ce qu’il faut pour profiter d’un dimanche ensoleillé, il part à point pour donner à samedi, sous la pluie et le vent d’un typhon passant au large l’allure sombre que je recherchais : Jun et moi avons marché dans le quartier d’Azabu jusque Roppongi où nous sommes allés au Nouveau Musée National. On y présente des peintre Flamands et “La laitière”, de Vermeer joue le rôle de “révélateur” d’une école. Hélas, Chambourcy/ Nestlé ont un peu pollué ma vision de ladite “Laitière”… Le dimanche était quand à lui plus vert, avec la visite de Sankeien, dans le département de Kanagawa, vers Yokohama.
    Je commence à apprécier de ne pas avoir trouvé de travail dans une banque. Le deuil n’est pas encore fait, mais je vois se dessiner un autre possible. Je me souviens que mon idéal de vie, c’était ce que je vivais vers 1994/1998, mais sans les soucis d’argent de cette époque. Je lisais 2 à 3 romans par semaine, j’écrivais beaucoup, je lisais des essais, j’allais à la fac et je faisais de la politique, j’étais en analyse… Mon travail me prenais environ 30 heures par semaine (j’avais un CES dans un lycée, je donnais des cours particuliers, j’avais un résidu de RMI en plus et une aide au logement… je devais gagner dans les 3500 francs par mois/ 550 euros…). J’ai eu raison d’accepter la banque, j’ai pu gagner ma vie autrement bien, me débarasser de la peur de ne pas avoir d’argent (même s’il en reste des traces). J’ai eu raison aussi de retourner à la fac à cette époque là. J’y ai gagné 2 amis, Stéphane et Nicolas, mais aussi j’y ai reconstruit ma personnalité, je me suis fait des souvenirs dont le moindre n’est certainement pas la Section Socialiste Montesquieu (bonjour Manuel, si tu me lis). Nova, ça a finalement été l’épilogue; Cortal, un prologue à la banque et Nova un épilogue à la banque. Mais je ne boostais plus guère… Je vous raconterais un jour, le boost, mais si vous me le permettez, ce sera sur du papier.

  • Ca sert à quoi, la famille, les amis, les lecteurs ?


    De l’autre côté. J’aime ici comment ces courbes sont brisées, les reflets de l’eau, C’est très poêtique. J’ai pris cette photo l’an dernier, mais j’en collectionne depuis 4 ans, de ce côté ci. Je cherche “la” photo : 4 trains !

    Il fait très beau aujourd’hui. Je sors dans quelques minutes mais ne peut résister à l’envie d’écrire quelques lignes. Pierre, un des lecteurs réguliers de mon blog, m’a demandé hier si les vues de voies de chemins de fer à Ochanomizu étaient un clin d’oeil à Hou Hsiou Hsien, dans le film Café Lumière (avec le beau Asano Tadanobu). Oui, et non à la fois. Oui, car c’est en regardant le film que j’ai compris à quel point ces voies qui s’entre-croisent expriment mieux que tout le temps qui passe : alors oui, le cadrage, c’est bien dans ce film que je l’ai trouvé; il est parfait. La vue, non. En 2003, lors de mon premier séjour au Japon, je m’était arrêté sur le pont, véritablement halluciné. C’était le soir. Je vous ferais une vidéo, vous comprendrez ce qu’apporte la nuit. Une impression de Disneyland, de ville artificielle en carton pâte, avec ces trains qui la traversent… J’ai offert Café Lumière à un ami. La ville y apparait par touche, c’est à dire dans le quotidien, mais elle est bien un des personnages central du film puisque que s’y cache un café, que la chaleur s’y glisse, que des destins s’y croisent, comme les trains que Tadanobu se plait à écouter, à théoriser…
    Ce film, hommage à Ozu, n’a rien d’un pastiche. Il y a l’essence du cinéma d’Ozu. Le temps qui passe, les petits problèmes de la vie. Il se passe des choses avant, il se passera des choses après, le film nous donne une tranche de quotidien. C’est comme cet endroit, ça se croise et se recroise et de temps en temps trois, quatre voire cinq trains… Comme je l’ai dit, toutefois, je préfère de l’autre côté, les courbes sont encore plus nettes, ça fait presque comme une fleur…


    Quand mon frère est né, maman portait une robe fleurie avec du rouge, du mauve… Dehors, il y avait des pensées mauves et jaunes. Je crois qu’au fond de mois jamais je n’ai ressenti autant de jalousie que ce jour là. Ma mère était belle, les fleurs étaient magnifiques mais ce n’était pas pour moi. C’est ainsi que je pensais… Quel idiot… Tout cela, fleurs, mère et petit frère, tout m’était offert, donné, je n’avais qu’à regarder.
    Très jolie fleur, à Kamakura, dimanche dernier. Souvenirs devenus agréables avec le temps. Vivant, il est toujours temps de regarder ses souvenir.

    Ca sert à quoi, la famille, me disait un jour mon amie Tarika au sujet de problèmes d’argent… Ma mère me dépanne financièrement. J’ai pas demandé beaucoup, juste de quoi payer les factures… Il faudra peut être que je redemande un peu, mais au moins j’aurai serré, et pas gâché. La famille, ça doit servir à compter dessus. J’ai eu mon frère et ma mère au téléphone hier. Pas un reproche, pas de larmoiment. De l’attention, de la compréhension, de la gentillesse bien dite. Et moi, pas un gramme de honte, je ne me reproche rien, j’ai fait tout ce que je devais, et j’ai trouvé un travail. Solide. Jun fait un peu parti de ma famille.
    Ca sert à quoi, les amis, si ce n’est à savoir comprendre, écouter, même en silence comme Freddie, par exemple. Les amis sont là, je sais aussi que je peux compter sur eux en cas de coup dur. C’est pour ça aussi que je me suis démené comme c’est pas permis pour éviter d’avoir à compter sur eux. Savoir que j’ai des amis me donne de la force. C’est formidable, se savoir aimé.
    Et vous, mes lecteurs. Nicholas, Pierre, Agnès, et les autres. J’ai reçu des messages, tous marqués par l’intime, la vie telle qu’elle est : étonant comment partager un peu de son intimité puisse donner de la force, de l’énergie, et même de la joie et du bonheur.
    Présente-moi tes amis, je te dirai qui tu es. Je dois être un type bien…
    J’avais dit ça un jour à ma psy, ça l’avait fait sourire… moi aussi, bien sûr.

    Le Japon, c’est d’abord pour moi quelque chose qui remonte à l’enfance. Pas les mangas, non; mais le koto et le shamisen, les kimonos, les maisons en bois et les cloisons en papier. Il y a des fois, j’apperçois ce pays autours de moi, comme ici à Kamakura, une jeune femme qui se promène dont la sobriété de l’ensemble kimono me fait penser à l’actrice Hara Setsuko, que l’on voit si souvent chez Ôzu mais aussi chez Naruse et même parfois Kurosawa. On l’apperçoit aussi dans les 47 ronin… Mais si c’est dans le Voyage à Tôkyô qu’elle est inoubliable, c’est à mon avis au détours d’une conversation au bord de l’eau dans Dernier caprice qu’Ozu a immortalisé sa beauté “japonaise” simple, aux trains un peu épais mais où la grâce s’exprime en quelques gestes simples et un sourire généreux. Je suis fou de cette conversation au bord de l’eau, pour moi un des plus beau moment de cinéma que je connaisse.
    Une jeune femme qui marchait m’a fait penser à Hara Setsuko, qui vit depuis plus de 40 ans retirée à Kamakura, près de Ôzu “son” réalisateur.

    Hier, je fonçais sur mon vélo, j’étais vers Monzen Nakachô, un quartier que j’aime bien. Je fonçais et d’un seul coup, je me suis vu sur mon vélo, moi, Suppaiku, à Monzen Nakachô, c’est à dire à Tôkyô, au Japon, il y avait des voitures autours de moi, et le 商店街/shôtengai (rue commerçante), les センベ/senbe (gateau soufflé craquant fait avec de la farine de riz et enduit de soja, algues, etc)… Je fonçais et je me suis explosé de rire, sur mon vélo, tout seul, là, moi, le 外人/gaijin, l’étranger, je fonçais, et j’étais au Japon, putain mais c’est géant, et j’ai trouvé un taf… Oui, j’ai éclaté de rire. J’étais bien.
    Après a commencé l’analyse de la situation, mon âge, mon travail. J’ai raison d’avoir éclaté de rire. Je suis fichtrement chanceux.
    Je vous dédie mon éclat de rire.

  • Jolie promenade

    Mon problème de travail est résolu. Merci Maruchan !
    Ben voilà, cher Mulgon, après plus de 7 années passées au bord de la culture du panini saumon et du comité d’entreprise – c’est que finalement, NOVA, ce n’était pas très différent de cet univers, avec nos costumes et les grands magasins snobinards…-, je dis au revoir à la Rue de Choiseul. C’est que le Mulgon, quand il m’a dit que je gâchais, ça m’a travaillé… et mon ami Nicolas m’a envoyé un mail qui traduisait bien ce que je pense au fond de moi sur le travail que je dois faire. Je ne dis rien encore sur mon travail car je n’ai pas commencé et il y a toujours des jaloux qui ne demandent qu’à jalouser mais… je suis content.
    Comme tous les mercredis, Jun est venu manger à la maison, c’est une des dernière fois, après, il faudra changer nos habitudes.

  • Éclaircie…


    Samedi dernier, début de soirée à 飯田橋/Iidabashi, à 日仏学院/l’Institut Franco-Japonais. La rue était très sombre mais depuis le temps que je voulais les photographier, ces résidus cyclopédiens. Je dévisse ma caméra de son pied, je vise mon appareil photo à la place. C’est un Lumix, mais il y a toujours possibilité de lui faire faire de mauvais calculs d’exposition, de la forcer, ce dont j’use et j’abuse. Je n’aime pas les appareils photo automatiques… Bref, je lui impose sa sensibilité, je veux sous-exposer. J’installe l’appareil et voilà qu’une Iidabashienne pomponnée arrive, la peau luisante d’un demi-pot de crème hydratante, cheveux attachés-tirés en mini-chignon compact, perchée sur ses hauts talon, la robe longue au vent. C’est sûr, elle va à l’Institut, il y a un rassemblement d’élégantes -un vernissage, un pot, que sais-je- au “café-restaurant”. Elle a le pas ferme, elle me regarde, je suis sur le point d’appuyer, son regard est méprisant, disons plutôt hautain. ELLE VA À L’INSTITUT, elle. Sûr, je n’étais pas habillé pour un truc mondain moi… Elle est de cette actégorie de femmes, nombreuses au Japon, qui n’aiment les artistes que célèbres, élégants, à la mode et si possible oisifs, d’un art qui ignore la souffrance, la lutte, la bagarre. Alors moi, qui me bagarait avec mon appareil photo, hein, pour obtenir un résultat difficile, sans flash, dans un angle obscur d’une rue déserte, avec ma chemise ouverte, ma casquette et mon sac en toile par terre… Les kamis m’ont toutefois donné ma petite vengeance… Il y a au pied de l’escalier qui mène à l’institut un petit sanctuaire…. Eh bien, elle n’est pas montée par l’escalier. Elle a continé d’arpenter la rue en pente à 20°, ça a du être dur, avec 10cm sous les talons et 1mm de crème sur le visage et le sac à main à bout de coude replié… Elle est montée jusqu’au parking – l’autre accès- et c’est là seulement qu’elle est entrée. Elle s’est fait un de ses ralongements… Quelle idiote, j’ai pensé…
    Si je devais donner un nom à cette photo, je l’appellerais volontier, “portrait d’une idiote”.

    Qu’est-ce qu’il fait beau, ce matin…Un grand soleil. Levé vers 7h55. Je fais des rêves normaux, je n’ai plus de cauchemards depuis 10 jours. Je termine la lecture du livre de François Bon, Daewoo, qui m’a fichu le moral à zéro, avec ses témoignages de chômage, de pauvreté et de paysages triplement balafrés, par les zones industrielles d’abord, par les friches qu’il en reste quand elles s’en vont et par la solitude qui s’en dégage avec ces cités qu’on a construit autours.
    J’ai écrit à quelques amis, je vais continuer aujourd’hui et demain.
    J’ai eu un entretien lundi.
    Ce matin, soit je vais à la gym, soit je saute sur mon vélo et je file sur Tôkyô, je vous livre un nouveau podcast.
    Il fait trop beau pour la gym, je crois…
    Dimanche, avec Jun, nous sommes allés à Kamakura. Premier week-end “normal”. Il faisait très beau, j’ai fait plein de photos que je vous présenterai dans un album d’ici la fin de la semaine.
    Je suis tombé amoureux de la bibliothèque de la Maison Franco-Japonaise…

  • En week end…


    Vers Okachimachi, bonheur et simplicité d’un week end dans un quartier populaire.

    Ca y est, je goûte enfin les joies du week-end ! Je ne suis pas avare et vous ai confectionné un nouveau podcast.
    Comme tous le vendredis, Jun est venu et, comme tous les vendredis je lui ai préparé un dîné. Je fais de mieux en mieux la cuisine…
    Le bilan de ma semaine est positif : des propositions de travail qui commencent à arriver. Rien n’est encore acquis mais ça bouge. Je voudrais bien sûr que cela aille plus vite, mais d’un autre côté, en trois semaines, j’obtiens de bons résultats et mon CV circule.
    J’ai eu un jeudi médiocre, déprimant, je crois que devoir retourner au travail, ou en tout cas l’idée, m’a paralysé. Vendredi matin, j’ai téléphoné pour dire que je m’absentais trois jours. Je suis passé à l’école l’après midi pour poser mes vacances immédiatement. Je ne comprends pas mes collègues, ceux qui ont encore travaillé. Eux aussi sont absents désormais, mais ils parlent de vacances… Pour moi, il est hors de question que je revienne, tout simplement. Je serai “malade” sitôt mon temps de vacance épuisé. Eux, ont continué à travailler. Arrivant à l’école, j’ai trouvé la situation étrange : je suis sur une autre planète qu’eux. Ils sont sur NOVA, je suis sur la terre… J’ai coupé les ponts, eux, je ne suis pas si sûr…

    Vers Kanda. Les devantures des restaurants sont parfois ce qu’il y a de plus intéressants dans les rues de Tôkyô où, par ailleurs, les immeubles se ressemblent tous, désespérément gris…

    J’ai retrouvé Berenice. On a pris un café ensemble vers Tsukiji, où elle habite. Et puis je suis rentré. En vélo. J’ai retrouvé Jun et nous avons dîné. Voilà pour vendredi…
    Alors aujourd’hui, quelle promenade… Jun m’a vite laissé, il rendait les clefs de son appartement. Cet après midi, il a découvert IKEA. Il a dépensé 30,000 yens (env. 180 EUR).
    Moi, j’ai traversé Okachimachi, la rue commerçante Ameyayokochô, un de mes quartiers préférés de la ville.
    Allez, je vous abandonne : il est 1h45, je suis épuisé. Demain je me lève à 6 heures : nous allons à Kamakura.
    Pas très littéraire, aujourd’hui : 3 heures à faire du montage et compresser une vidéo, reformater les photos, après avoir marché 5 heures : ça épuise…