Adaptation I

A


Le temps passe vite.
Je ne suis pas encore habitué à ma nouvelle situation, loin de NOVA. La fin laisse un goût étrange, et encore fais-je partie de celles et ceux qui ont pris les devants et décidé de quitter le navire par eux-même avant qu’il ne sombre… Beaucoup de mes collègues ont en fait été lâchés alors que chez eux flottaient encore quelque espoir, quelque indécision. Ca laissera des marques. Chez moi, comme un vague état dépressif : j’ai mis une énergie énorme afin de trouver quelque chose avant que ça ne sombre. Devant moi de l’incertain, du travail aussi, beaucoup de travail afin de m’adapter à une autre école, sa façon de travailler, un autre quartier. Je ne suis pas saisi par la passion qui vous habite devant ce qui est nouveau, cette exitation particulière des premiers temps.
Peut-être, mais cela n’est encore qu’une impression, vague, très vague, le sentiment que je vais commencer quelque chose, que l’étendue devant moi est vaste, bref, que chaque chose se présentera en son temps. Je dois d’abord visiter cette nouvelle organisation du temps, celle que me propose ce travail. C’est très nouveau pour moi ou plutôt, cela fait longtemps que je n’ai pas eu tout ce temps devant moi, ce temps pour moi, ce temps qui, par exemple m’a permis un matin en me levant de commencer l’écriture d’une pièce de théatre et de réussir à la faire publier; ce temps de la lecture, ce temps pour flâner et lire, découvrir, prendre des notes et dessiner. NOVA à cet égard ressmblait plus à une banque qu’à une école : allez vous promener avant ou après le travail, avec un costume ? Et puis, ces horaires figés qui commencent ni assez tôt ni suffisament tard, ce quartier de bourgeoises insipide, artificiel comme le luxe de ces boutiques de marques qui vendent hors de prix du prêt-à-porter qui ressemble à s’y méprendre à ce que les gens portent déjà, mais avec la “fantastique” originalité d’une déchirure audacieusement placée, d’une mauvaise couture courant sur un ajustement au port aléatoire, un lainage froissé juste comme il faut sur une doublure visible juste ce qu’il faut pour bien montrer qu’il s’agit d’une création, du type de celle qui mérite le zéro supplémentaire qui les fera toutes bâver durant leurs scéances de lèche-vitrine dominical… Ah, Ginza ! Ici plus qu’ailleurs on voit l’époque, et je déteste notre époque…


Mon école est à Ebisu.
C’est un deuxième quartier français à Tôkyô, moins snob et plus fouilli que Iidabashi. Il y a le musée de la photographie, la bibliothèque le la Maison Franco-Japonaise, le “chateau” de Robuchon au fond du Garden Plaza – une grande place que borde et surplombe un immeuble de grande taille qui a la base dessine une allée qui descend, des jets d’eau… -, beaucoup de restaurants, Shibuya pas loin… C’est un quartier qui monte et qui descend, il y a quelques écoles françaises.
Je ne connais pas bien Ebisu. Je me souviens, en 2003, une longue promenade à travers Tôkyô, de Ueno à Ebisu en passant par Akihabara, Ginza, Shinbashi, Roppongi… C’était ma première grande traversée de la ville. Il faisait beau et chaud, lourd aussi. J’étais arrivé dans ce quartier presque par hazard, pas du vrai hazard, disons plutôt que c’est là que je voulais aller mais que je n’y étais pas arrivé exactement par où je voulais ! On m’avait dit que c’était un quartier sympa, mon souvenir est un Shôtengai animé, des carrefours un boulevard qui tourne, un pont et sa voie de chemins de fers, la gare bien sûr, et du monde, des rues en pentes… Je m’y était perdu, tournant en rond avant de demander à une passante de m’indiquer le chemin. Je me souviens de sa surprise à la lecture de mon plan français : elle ne s’y retrouvait pas du tout. Les Japonais ont l’habitude d’indiquer des repères visuels, konbini, banque, restaurant célèbre… qui faisaient cruellement défaut à ce plan. Je me revois ensuite monter cette rue en pente raide un peu sombre sous le soleil et qui va vers Ebisu Garden Place, une rue de première fois et qui depuis que j’y suis retourné a perdu bien de son charme… On ne refait jamais le même chemin…
J’allais au musée de la photographie. Quand j’en suis sorti, il faisait encore jour mais déjà les murs de la place se teintaient de rouge… Je me suis reposé là, sur un ban, et j’ai apprécié. Je suis rentré tranquillement, retraversant la ville en me perdant d’abord, en tournant en rond, essayant de trouver mon chemin “à vue”, et puis j’ai retrouvé Shibuya, Omotesandô, Harajuku, la Tout Docomo dominant la nuit noir avant d’arriver à Shinjuku, et puis Takadanobaba, Mejiro, Yanaka… J’étais rentré vers 3 heures du matin. Heureux. Fatigué mais heureux.
Je ne connais donc pas bien ce quartier, je vais apprendre à le connaitre. C’est un peu loin de chez moi, mais peut-être est-ce aussi un avantage. Je ne sais rien. C’est vraiment comme une grande page blanche que je me dois d’écrire seul, comme le grand que je suis devenu. Sans l’aide de personne, mais avec juste la considération et les encouragement que l’on me donne, l’affection de mes proches. Ma mère, qui vient de m’aider à traverser la passe difficile dans laquelle je suis. J’ai tant abusé de sa générosité autrefois, usant d’excuses toutes plus égoïstes que ridicules. Et voilà que pour la première fois c’est un language simple qui est venu, sans excuse ni rien. Elle a compris. Je suis touché. J’ai eu la chance d’être élevés par des parents d’une très profonde gentilesse.
Le soleil s’amuse avec nous depuis quelques jours; il part, il revient. Il vient juste ce qu’il faut pour profiter d’un dimanche ensoleillé, il part à point pour donner à samedi, sous la pluie et le vent d’un typhon passant au large l’allure sombre que je recherchais : Jun et moi avons marché dans le quartier d’Azabu jusque Roppongi où nous sommes allés au Nouveau Musée National. On y présente des peintre Flamands et “La laitière”, de Vermeer joue le rôle de “révélateur” d’une école. Hélas, Chambourcy/ Nestlé ont un peu pollué ma vision de ladite “Laitière”… Le dimanche était quand à lui plus vert, avec la visite de Sankeien, dans le département de Kanagawa, vers Yokohama.
Je commence à apprécier de ne pas avoir trouvé de travail dans une banque. Le deuil n’est pas encore fait, mais je vois se dessiner un autre possible. Je me souviens que mon idéal de vie, c’était ce que je vivais vers 1994/1998, mais sans les soucis d’argent de cette époque. Je lisais 2 à 3 romans par semaine, j’écrivais beaucoup, je lisais des essais, j’allais à la fac et je faisais de la politique, j’étais en analyse… Mon travail me prenais environ 30 heures par semaine (j’avais un CES dans un lycée, je donnais des cours particuliers, j’avais un résidu de RMI en plus et une aide au logement… je devais gagner dans les 3500 francs par mois/ 550 euros…). J’ai eu raison d’accepter la banque, j’ai pu gagner ma vie autrement bien, me débarasser de la peur de ne pas avoir d’argent (même s’il en reste des traces). J’ai eu raison aussi de retourner à la fac à cette époque là. J’y ai gagné 2 amis, Stéphane et Nicolas, mais aussi j’y ai reconstruit ma personnalité, je me suis fait des souvenirs dont le moindre n’est certainement pas la Section Socialiste Montesquieu (bonjour Manuel, si tu me lis). Nova, ça a finalement été l’épilogue; Cortal, un prologue à la banque et Nova un épilogue à la banque. Mais je ne boostais plus guère… Je vous raconterais un jour, le boost, mais si vous me le permettez, ce sera sur du papier.

commentaires

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  • Bonsoir Suppaiku-san
    Le ciel se degage on dirait , et sur Tokyo .J’avais imagine ton depart pour une autre ville japonaise.Simple imagination , simple est mon imagination.
    Serais-tu tente par une autre region de l’archipel en particulier ?
    Un petit mot sur le boost?
    Bravo pour ce nouveau depart , gambatte ne Suppaiku-san .
    Popol .

  • Bonjour Suppaiku

    Bien entendu je lis ton blog tres r�gulierement. Comme a l’�poque de la section tes textes sont toujours passionants; c’est une raison suffitante.

    Je suis content que tu puisses rester a Tokyo. Toutes mes congrat’ pour ton nouveau job.

    Take care ^^

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