Auteur/autrice : Madjid Ben Chikh

  • A picture from the past…

    A picture from the past…

    Dans le métro, comme toujours.

    Je parle souvent de politique, souvent de tels et tels sujets qui m’évitent de parler un peu de moi, or, quand j’écrivais dans ce blog il y a bien longtemps, c’était de moi que j’aimais y parler. D’un autre côté, un blog révèle celui qui l’écrit avec une très grande facilité quand on se donne la peine d’y lire entre les lignes. Je ne parle pas de moi peut être simplement parce que je suis noué en dedans. Je serais bien présomptueux de hurler à la joie de vivre. Mon malêtre, je vous en donne une idée quand je vous dis que mon travail me fatigue, la belle affaire. Ce n’est pas tant le travail qui me fatigue qu’une fatigue profonde face à une situation devenue bien compliquée depuis que l’employeur pour lequel je suis venu ici a fait faillite il y a trois ans. Car malgré le fait que j’ai retrouvé un travail, d’abord à Lehman puis dans mon école actuelle, ma situation a sensiblement changé. Mon employeur payait mal, mais l’actuel paie moins bien encore. Je dois maintenant enchainer des trajets de une heure quand autrefois cela ne prenait que vingt minutes : il m’arrivait d’y aller à vélo. J’aimais mes collègues, nous nous amusions beaucoup, ce qui nous permettait de décompresser un peu ; c’est impossible où je suis actuellement. Beaucoup me diront qu’un mauvais boulot, tout le monde en a. Certes. Ça me fait une belle jambe. D’autres me diront que « tu vis au Japon », oui, c’est vrai, mais comme la crise économique sévit gravement en France, on ne peut pas dire non plus que j’aie beaucoup le choix. Et puis il y a Jun, et ça complique bougrement les choses.
    Ah, comme c’est difficile d’écrire sur soi quand cela fait si longtemps qu’on s’est abrité derrière d’autres sujets. Pourtant il y a une chose fondamentale que mes chômages répétés ont changé : je suis en interruption de traitement depuis deux ans. On peut dire que la faillite de Lehman m’a bien compliqué la vie. Il faut avouer aussi que j’ai très mal géré cette histoire.
    Je n’ai pas demandé à être contaminé, je sais bien que j’avais eu une période très dissipée, mais j’en avais eu d’autres avant et cela n’avait jamais prêté à conséquences car autrefois, tout le monde faisait attention. Il y a une dizaine d’années pourtant, les comportements ont changé. Moi, on m’a éjaculé dans la bouche sans me demander mon avis. Une pratique inconnue durant les années 90. D’après mon médecin, il devait être lui-même en primo infection car j’ai fait une angine de deux mois. Bon, je passerais ici sur des histoires abracadabrantes qui me sont arrivées avec mon idiote de généraliste qui a essayé de m’expliquer ma situation quand c’était moi qui avait demandé, quelle conne, celle-là ! J’ai du me faire re tester car elle voulait me laisser le temps de digérer et ne m’a pas donné le résultat. D’un malheur, ça n’a pas été si mauvais car c’est comme ça que j’ai fait connaissance de mon médecin, dans la catégorie quatre étoiles, une heure de consultation. Bon, je suis un grand garçon, mes dix années d’analyse m’avaient apportées les outils nécessaires pour regarder la situation en face, gérer, accepter. Et continuer à vivre sans flirter avec cette envie de suicide qui me hantait inconsciemment dans ma jeunesse. Il y a juste un sentiment de révolte au fond de moi. Pas à l’égard du type, un pauvre con. Mais plutôt par rapport à moi. Pas une révolte destructrice, plutôt de l’énergie brute difficilement canalisable, et qui signifierait que si je n’ai pas choisi cette situation, je choisirai tout le reste. Je bâtirai ce que je souhaite bâtir. C’est celle qui m’a conduit au Japon. Je l’aurais fait sans cela, mais j’ai eu une raison de plus.
    Le terme “choisir” cette situation en étonnera beaucoup. Je me permettrai juste de rappeler que la prévention et la connaissance de la maladie devraient désormais rendre quasiment impossible une telle situation. J’ai eu des amants positifs, d’autres dont je ne connaissais pas le statut, et je n’ai jamais rencontré le virus. Nous sommes nombreux dans ce cas. Il y avait un “pacte de confiance” entre gays, autrefois. C’est ce que j’entends par “choisir”. Je n’ai pas choisi. J’ai appris à vivre avec, et je refuse que cela influe sur mes choix.
    Bienheureux séropositifs des pays européens. Pour vous, médecine gratuite, prise en charge : on a bien milité, en Europe, on a encore la sécurité sociale, et puis grâce aux associations, on peut discuter le traitement avec son médecin et on a accès aux meilleures molécules. On en oublie que ce n’est pas ainsi partout, que par exemple, où je vis, au Japon, c’est coûteux, et qu’il faut aller ici, puis là, puis là encore pour obtenir une aide sociale permettant de réduire le coût qui reste, au final, proche de 200 euros…
    D’où ma très grande sensibilité aux discours de prévention des risques (traitement comme prévention, possibilités diverses de rapports non protégés) qui sont à mon avis d’abord des politiques de petits bourgeois des pays riches, parrainées par les grands laboratoires qui y trouvent une source de profits inépuisables. On en a oublié que c’est une affection grave, qu’on en meurt encore, que tout le monde n’a pas accès aux soins dans les conditions aussi confortables qu’elles présentent désormais dans les pays développés d’Europe occidentale. On oublie qu’une maladie chronique, qu’elle qu’elle soit, fragilise celui ou celle qu’elle touche, même sous traitement, surtout si celui ci vaut environ 1200 euros par mois (il n’y a pas de faute de frappe, c’est le prix). Je trouve les discours et les non discours sur la reprise de l’épidémie dénués de toute prise sur la réalité. Dans quel monde vivent-ils donc…
    Je ne me plains pas, n’ayez crainte. Il y a dans ce que je vis une part de choix. J’aurais pu rentrer en France, par exemple. Mais pour avoir quelle vie ? Ma vie ici ne me déplait pas, malgré des difficultés au quotidien que je ne manquerais pas de rencontrer en France également. Je m’ennuyais terriblement à Paris. Dés que je débarquais à Londres, toujours je revivais. Mon ami Alain acceptait toujours de me recevoir, libérait du temps pour voir une expo ici, aller au restaurant là, et m’accompagner dans les bars si souvent. Le Marais m’assommait, les bars de Soho me faisaient rire, et me faisaient même danser. Je suis venu à Tôkyô, mais j’aurais quitté la France si l’opportunité ne s’était pas présentée de venir ici. Mon suivi médical aurait été plus aisé à Londres, où tout est gratuit.
    Je ne pense pas être le seul à me retrouver dans une situation si incertaine, mais après avoir fait envoyer mon traitement pendant deux ans, il est arrivé un moment où je ne pouvais continuer : je ne voulais profiter ni du médecin, ni de l’ami qui s’occupait de l’envoi. Ma situation est à l’image des précarités, dans mon cas, la crise économique l’a compliquée.
    J’ai du travail à la rentrée.
    Ce billet fort inhabituel (si vous cherchez, ça fait bien trois ans que je n’ai pas abordé le sujet), c’est à Didier Lestrade que vous le devez. Pas du tout pour ce que vous croyez. Juste parce qu’il fait un énorme travail d’archivage et de numérisation de ses archives que je suis avec curiosité car il a des merveilles. Dimanche soir, il m’a envoyé un truc qui m’a inspiré une très grande tendresse. La photographie d’un jeune garçon de 16 ou 17 ans. Le visage est brûlé à cause du flash, mais on le distingue bien. Ma première réaction a été, mais putain qu’est-ce que j’étais mince ! Et puis j’ai regardé, et j’ai été attendri. Et j’ai pensé à moi maintenant et moi à cette époque. C’était étonnant, la grande tendresse qui m’a submergé. J’étais un adolescent qui ne s’aimait pas, comme beaucoup de jeunes homos. Je focalisais sur mon poids, je me trouvais moche. Je regarde cette photo, et je me trouve mignon, joli plutôt. J’ai repensé à mon amie Maria qui regrette sa chevelure quand elle regarde ses ancienne photos. Elle en a jeté des tonnes, des photos, un jour de colère, un jour où elle devait en vouloir à Philippe d’avec qui elle venait de se séparer, de s’être suicidé en la laissant seule avec des questions qui ne trouveraient jamais de réponses, avec des mots qui ne trouveraient jamais les oreilles auxquelles ils étaient destinés, avec des piles de photo d’un passé comme autant d’évidences qu’on ne retourne jamais en arrière. Cette photo de moi, c’est un retour à un moment important dans ma vie, un gros nœud que j’ai passé des années à dénouer, un moment que je peux regarder avec tendresse et sans angoisse d’y trouver quelque surprise. Je me suis revu avec plaisir, malgré ces complexes qui me bouffaient la vie, malgré l’ambiance à la maison qui était un enfer total avec des parents qui ne se parlaient presque plus, le chômage de mon père et la religion qui lui permettait de survivre, malgré ma tante qui m’avait dit que j’étais moche comme mon père. Je peux me regarder avec tendresse parce que malgré tout cela, j’ai finalement appris à m’aimer. J’aurais mis beaucoup de temps, mais c’est bien ce que je sais de ce post adolescent photographié par Didier.
    Et ainsi, le billet de ce jour est venu tout seul. J’ai des amis formidables, j’ai un ami adorable. Et en fait, je m’aime pas mal. Pas trop, mais suffisamment pour savoir que je vais devoir revenir à un traitement, et que j’ai perdu suffisamment de temps. Malgré le coût, malgré la difficulté ici.
    Le billet écrit, il me semble presque ridicule. Je suis très timide, vous savez…
    J’ai commencé à écrire il y a quelques temps, et cette photographie ratée, brûlée, va être source d’inspiration. C’est une stimulation bienfaisante.
    Et puis il y a Kyôto dans dix jours, et Kyôto est une ville idéale pour arrêter le temps, remettre les choses à leur place, en regardant passer ses fantômes…
    Nous rangerons ce billets dans la série des billets d’honnêteté, ça faisait longtemps que je ne m’étais pas livré à cet exercice qui est, pour moi, rafraîchissant. Je me suis promis il y a huit ans, quand j’ai quitté ma psy, que je resterai fidèle au garçon boudeur que j’étais quand j’avais l’âge que j’ai sur cette photo. Plus qu’à aucun autre âge, parce qu’avant ou après, c’est différent.
    La psychanalyse réveille l’enfance, les mots lui redonne son sens, les odeurs et les sons ensevelis sous les nœuds que l’on fait au gré du temps qui passe. C’est incroyable, les sensations qui refont surface en parlant et en écoutant ses propres mots. On dépeint souvent l’analyse comme quelque chose de terrible, on a tort car le plaisir aussi est là, et pas seulement le plaisir d’être délivré. Moi, j’y ai trouvé avec plusieurs années de retard l’amour maladroit de mes parents, l’affection généreuse de mes amis qui m’ont passé bien des caprices et tant de maladresses. On passe souvent à côté de tant de bonheur et de choses simples.
    À l’âge adulte, tout est déjà bien engagé, la vie suit désormais son cours. Moi, j’avais appris à faire l’autruche, à ne pas toujours regarder la réalité en face, la mienne, en particulier. Militer m’a permis de rester dans le monde réel comme être un rocker m’en a délivré. J’ai commencé mon long dérapage à l’âge de 25 ans, pour sombrer corps et âme à 27 ans. Je ne savais alors plus du tout qui j’étais, avec pour seules amies la musique la littérature, Et j’ai mis du temps à recoller les morceaux. Ce qui m’est arrivé en 2003, donc, n’a pas interrompu ma course même si cela l’a pas mal bousculé. D’autres attrapent un cancer. C’est ce que je me suis dit, mais quand même, je n’ai pu m’empêcher de penser à Jacques, qui y était resté, à Tim qui avait traversé cela si tôt, et j’ai pensé aussi à une sorte de Didier Lestrade imaginaire qui m’aurait traité de pôv’ fille, mais bien entendu, là, c’était moi qui me parlait ; alors je me rappelle, j’ai souri, et je me suis dit que ce sont des trucs qui arrivent. J’ai juste du mettre beaucoup de rage pour relancer la machine à rêve sans laquelle on ne peut vivre, et puis c’est comme le reste, on s’habitue à tout.
    Alors c’est amusant, une photo de moi à cet âge là. Parce que je n’étais pas encore adulte, et que la vie ne faisait que commencer. 17 ans. Et je n’étais plus un enfant. J’avais déjà une expérience de la sexualité bien supérieure à la moyenne pour un gosse de mon âge. Un jeune pédé de 17 ans.
    C’est au garçon dessus que j’ai fait la promesse d’être fidèle, de ne pas le laisser tomber, de l’assumer. D’être fier pour lui qui ne l’était pas, d’être fort pour lui qui ne l’était pas, d’être heureux pour lui qui ne l’était pas tant, et d’accepter d’être aimé comme il en était incapable. J’ai passé un moment à le regarder, à me sentir totalement détaché de lui, à l’observer comme un être que je ne suis pas, mais en le regardant avec un amour qu’il n’aurait jamais accepté de personne, et qu’avec presque trente ans d’écart, je me dois de lui donner. Cette année là, Madjid, tu avais bien mérité ces longues vacances à sortir, t’amuser et coucher, aller au Broad ou aux Tuileries, la nuit. Sortir avec Freddie et Maria, commencer a trainer avec Olivier. Tu avais bien mérité d’aller passer ta soirée su 13 juillet au Quai des Tournelles. Fils d’ouvrier immigré au chômage, tu avais, comme moins de 1% des enfants du même milieu, eu ton bac, en manquant la mention à cause de cette idiote de professeur d’anglais qui avait refusé de signer ta liste de textes d’anglais, te valant une perte de 4 points. Les 12 points de la mention… Survivant du grand écrémage social. Je ne pouvais pas imaginer ce que seraient les gosses de la bourgeoisie en Université, ceux qui ont une bibliothèque à la maison, et que j’allais rencontrer quelques mois plus tard, et aux côtés desquels je me sentirai bêtes, inculte et stupide, gauche, maladroit. Cet été là, je fus libre.

    Je te suis fidèle, Madjid. Et merci à Didier Lestrade pour le mail et pour cette photo que voici, repassée sous LR…
    Bon, maintenant, il va falloir que je m’occupe un peu de moi.
    De Tôkyô, ligne Tôzai,
    Sur mon iPad,

    Madjid

  • La tête dans les vacances, je craque…

    La tête dans les vacances, je craque…

    Nous approchons de la fin du tsuyu, la saison humide.
    Moi, je suis retourné à l’hôpital lundi matin, je dois y retourner lundi dans deux semaines, mais globalement, pour ce qui est de l’inflammation, c’est terminé. Reste la douleur qui se rappelle à moi quand je ne l’attends pas, mais sous contrôle grâce aux calmants dont la quantité a été sensiblement diminuée. Partout, j’ai entendu des histoires terribles de zonas, une douleur qui dure des années… Dans mon cas, j’espère être allé à temps chez le médecin pour éviter cela.
    Disons que ça a l’air d’aller.
    Mes amis Stéphane et Nicolas avaient tous les deux de bonnes nouvelles cette semaine. Mame-Astou, la fille d’Arame (la partenaire de Nicolas), a eu son bac avec mention «bien». Et Héléna, la fille de Véronique et Stéphane a, elle, eu son Brevet des Collèges avec mention «très bien». J’étais heureux pour elles et pour eux.
    Aujourd’hui, nous avons un temps magnifique, beaucoup de soleil. J’en ai profité pour laver la couleur dans mon dinosaure. J’ai feuilleté les infos sur le net, regardé l’intervention de Nicolas Sarkosy et je suis de plus en plus inquiet sur les deux ans qui nous séparent de la présidentielle. Ça va être fichtrement long.

    À part cela, j’ai pchitté. Je vous renvoie à des billets anciens pour comprendre ce qu’est un pchitt.
    Sofbank propose un plan très avantageux pour acheter un iPad 3G. En fait, cela ressemble à un forfait téléphone puisque Softbank subventionne l’achat dans un contrat de 24 mois. En gros, cela reviendra à ne payer qu’internet ( à 500 yens près). Je lorgnais du côté de l’iPhone4 car je ne savais pas que Softbank faisait cela pour l’iPad 3G. À l’arrivée, je vais donc garder mon téléphone chez Au, ne pas en changer, et ne l’utiliser que pour l’appareil photo et, éventuellement, le téléphone – une fonction dont je ne me sers quasiment pas. L’iPad me servira à écrire, écrire et lire des mails, surfer chez moi ou au travail (j’utilise Youtube pour mes leçons depuis un certain temps), etc… Mon téléphone, à partir de septembre, lui, ne me coûtera plus rien car avec mes points je vais effacer les quelques mois qui me restent à payer. Donc, va pour l’iPad, dans deux à trois semaines. Les délais sont incroyables.
    Côté travail, c’est le moment de changer. Mon école essuie la crise comme tout le monde, mais je pense que nous survivrons car les élèves sont fidélisés. Mais il est évident que la deuxième école a tiré la mienne vers le bas.
    Mais il y a aussi que je veux faire autre chose, et que si je pouvais éviter les 2 heures de trajet quotidiennes, être plus au centre, cela me ferait beaucoup de bien. J’ai envoyé deux messages à ce sujet à deux personnes que je connais et qui pourraient m’aider, même si, et en fait aussi parce que, je ne me fais pas d’illusion. Je me donne deux mois pour trouver quelque chose de mieux. Mon profil est sur LinkedIn.
    Sentiment de fragilité, mais aussi retour des ambitions.
    De ce côté-là, je dois reprendre l’écriture de mes cycles.
    J’ai également recommencé à travailler sur un récit qui me tient à coeur. J’ai jeté quelques idées ici, en fait, j’ébauche le style d’écriture de ce récit, et cela va être très difficile à maîtriser, à «tenir», mais je pense que le mieux est de «lâcher» l’écriture, quitte à reprendre dans un deuxième temps.
    Par chez nous, le scandale du sumo commence à passer au second plan, remplacé par les mauvais résultats du Parti Démocrate aux élections sénatoriales. Nous sommes définitivement rentrés dans le moment sérieux dans l’alternance, à mille lieues du romantisme de l’époque Hatoyama. Kan Naoto n’appartient pas au sérail, à l’élite et aucun cadeau ne lui sera fait.
    Jun et moi avons les yeux fixés sur le week-end qui arrive, un long week-end, particulièrement parce que ce devrait être le début de l’été (réel) : on prévoit du soleil et de hautes températures. Ce sera le moment d’aller manger de l’anguille à Shibamata, au pays de Tora-san, bien que la date «officielle» pour manger de l’anguille soit à la semaine suivante. Au Japon, un usage veut qu’on en mange pour reprendre des forces à la sortie de la saison humide. Il est vrai que celle-là a été particulièrement éprouvante, chaude, humide.
    De Tôkyô,
    Suppaiku

  • À un jours du week-end

    À un jours du week-end

    Aujourd’hui, de l’été, nous n’avons que la chaleur, le soleil est parti. Il pleut.
    Mon zona est maintenant quasiment invisible et pourtant, par moments, je sens la douleur qui est là, tapie derrière les calmants, et qui réapparaît au moment où je ne l’attends pas. Toutefois, cet après-midi, j’ai couru pour attraper mon train et je n’ai pas du tout senti de douleur, juste l’âge et la nécessité de reprendre un sport.
    Bon, j’ai des trucs à écrire, je ne m’attarde pas sur ce blog… À moins que je ne termine L’étrange défaite, de Marc Bloch que j’ai commencé et mis de côté… Cette lecture, ça me ramène 10 à 15 ans en arrière, nos conversations chez Nicolas avenue du Maine, ou chez Stéphane square des Cardeurs vers Gambetta. Et ça me déprime un peu car je ne retrouve pas le goût de la première lecture, ni ces moments passés ensembles, évanouis et perdus à jamais. Le doute me ronge parfois.
    Mon zona, c’est le doute qui est sorti.
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Encore plus chaud… Toujours plus chaud…

    Encore plus chaud… Toujours plus chaud…

    (écrit jeudi après-midi)

    Aujourd’hui, le soleil a bien voulu se montrer.
    Donc la température a très vite grimpé. J’en ai profité pour faire une lessive dans ma super machine à laver électronique, un chef d’oeuvre du génie technologique nippon.
    LA machine à laver
    La première fois que j’ai utilisé une machine à laver japonaise, c’était dans un lavomatic. J’ai d’abord plaint ceux qui avaient à utiliser ce type de machine. Chargement par le dessus pour un lavage dans un tambour tournant autours d’un axe vertical, un peu comme dans les machines des années 50. Ma mère m’avait dit que ce genre de machine étaient une vraie saleté pour le linge car elles faisaient des noeuds et que, quand elle a eu décidé d’acheter une machine, entendez, à ma naissance, elle a préféré payer plus cher pour avoir une des premières machines à tambours a chargement par le dessus et à axe horizontal. Je me rappelle bien de cette machine à réglages manuels qu’elle devait surveiller, mais toute fine. Une Radiola. Oui, Radiola a fait des machines à laver, ce qui est normal puisque c’était devenu, après un rachat, une sous-marque de Philips sur le marché français. Vous connaissez pas Radiola? Mince…
    J’ai donc mis mon linge, j’ai mis l’argent et là, surprise, l’eau s’est mise à couler, sans même attendre que je ferme le « capot ». J’ai pensé qu’à l’essorage, ce genre d’engin était dangereux, mais surtout, j’ai remarqué qu’il n’y avait pas de programme. Et alors, j’ai mis la main et j’ai vu que l’eau était froide. J’ai commencé à me demander si la machine n’était pas cassée ; j’ai demandé au propriétaire qui m’a regardé bizarrement. J’ai alors compris que dans les lavomatics, les machines lavaient à l’eau froide.
    J’ai été en revanche estomaqué quand j’ai compris, quelques années plus tard, que les machines à laver, au Japon, ne chauffaient pas l’eau et n’avaient par conséquent pas de réel programme de lavage. Beaucoup de femmes (on est dans un pays où la division des tâches est encore très présente) utilisent l’eau tiède du bain pour faire tremper le linge. Elle utilisent aussi des produits plus ou moins javellisants afin de blanchir les cols et les poignets – l’un d’eux une fois m’a littéralement brûlé un doigt. Enfin, la plupart ne se cassent pas la tête et vont déposer les chemises à une des blanchisseries de quartier : vers chez moi, il y en a autant, et peut-être même plus que de boulangeries dans mon ancien quartier, à Strasbourg-Saint-Denis (en partant de la Porte Saint-Denis, j’en compte au moins dix à cinq minutes de marche…).

    Eau froide et axe vertical qui fait des noeuds… Je rajouterai la touche finale, le lavage rinçage essorage en 37 minutes. Là, on frise le sous-développement. Panasonic, séchante
    Il n’y a pas très longtemps, nous parlions de ce sujet avec une élève, au passage une de ces jeunes japonaises modernes, ouvertes sur le monde tout en étant très attachées à des traditions japonaises (elle a fait « bénir » le terrain lors de la construction de sa maison) : elle était baba quand je lui ai dit qu’une machine ordinaire, en France, donnait le choix de la température, essorait jusqu’à 800 tours minutes, pouvait prélaver, que le cycle coton blanc sale durait jusqu’à deux heures, et que la cycle laine était un tambour quasiment fixe ne bougeant qu’un peu toutes les trente secondes. Je lui ai dit comment je lavais au Japon.
    Je mets le linge, par exemple, le blanc. Je mets en route : la machine pèse le linge. L’eau commence à couler, je mets en pause. Je sélectionne « lavage seul », un cycle durant 13 minutes. Armé d’une grande casserole, je remplis le tambour d’eau à 75° de mon chauffe-eau, manuellement, jusqu’à ce qu’il y aie la bonne quantité. Je remets en route. Au bout de 13 minutes, la machine émet un bip bip. Elle s’arrête. Je remets une fois encore le cycle lavage. Puis encore une fois. À la fin de la troisième fois, je change le cycle, je mets sur rinçage / essorage. La machine commence par une vidange, puis un premier essorage. Celui-ci achevé, j’éteins la machine et je remets en route, cette fois un lavage entier, et sans lessive : je suis sûr ainsi que le linge est bien rincé, car en plus de faire faire trempette au linge avant d’en faire des noeuds au lieu de le laver, les machines japonaise, en si peu de temps, rincent très mal. Mon linge blanc est très blanc, sans les horribles marques jaunes sous les aisselles que le lavage à l’eau froide fait apparaître en moins d’un mois. Pour la couleur, je fais la même chose, mais à une température tiède, avec un lavage en moins.
    Cela vous fait rire, eh bien mon étudiante, elle n’a pas ri : elle m’a dit « vous aussi ? », et elle m’a expliqué que c’est ce que sa mère faisait ; et que c’est donc ce qu’elle faisait aussi avec sa super machine électronique (à tambour à axe horizontal) qui lui a coûté la peau des fesses, mais qui lave elle aussi à l’eau froide. Elle a toutefois une corvée en moins : il y a un mitigeur qui lui permet de choisir la température de l’eau de lavage. Mais elle non plus, elle ne comprend pas pourquoi tout cela n’est pas automatique. Le texte que nous avions lu portait sur le salaire des femmes, elle a rebondit sur la management à la japonaise (éviter les audaces, éviter de se faire remarquer), et le manque de femmes dans les sphères de décisions, en concluant que si plus de femmes travaillaient dans les postes de directions, les machines seraient bien plus pratiques. Et puis elle a enfoncé le clou en remarquant que la plupart des dirigeants Japonais ne connaissent rien aux pays étrangers.
    Je lui ai montré mon téléphone AU, elle a rit : l’iPhone 4 venait de sortir. AU, une entreprise totalement japonaise, est en train de couler quand DOCOMO survit (ils ripostent avec du Android à fond) et que SoftBank, qui commercialise les produits Apple, s’envole.
    J’aime bien cette histoire de machine à laver, car il faut les voir, ces dinosaures… Beaucoup d’étrangers au Japon vont eux aussi à la blanchisserie, ou bien confient à leur épouse Japonaise le soin de s’abîmer les doigts avec les détergents javellisés blanchissants ou détachants. Je me souviens de l’un d’eux qui me soutenait que les machines japonaises étaient mieux que les françaises. Je lui ai donc demandé s’il avait déjà utilisé une machine en France, il me dit que non et que ça avait l’air plus compliqué. Et puis de toute façon, au Japon, c’était sa femme qui s’en occupait… Quitter maman pour rencontrer bobonne…
    Des étudiants ont tenté de m’expliquer la raison d’un tel archaïsme. Florilège.
    Les Japonais sont beaucoup plus propres que les Occidentaux, il n’y a donc aucune raison de nettoyer à l’eau chaude.
    Les Japonais n’ont pas de puces, les Occidentaux, oui, donc ils doivent utiliser de l’eau chaude.
    Laver à l’eau chaude abîme le linge.
    L’eau en France n’est pas bonne, d’ailleurs, vous buvez de l’eau en bouteille. Donc vous devez utiliser de l’eau chaude.
    La transpiration des Occidentaux est plus grasse.
    Les Japonais se lavent, prennent des bains le soir, le linge reste propre.
    Une machine à laver qui chauffe ? Ça ne marcherait pas, on n’en a pas besoin.
    Les détergents japonais sont beaucoup plus efficaces que les détergents occidentaux.
    Quand vous enseignez aux Japonais, il faut être prêt à entendre toute sorte de bêtises de ce genre, exprimées parfois de façon innocente, parfois de façon très malpolie. On finit par s’y faire, ce genre de connerie, c’est comme la crasse, il faut frotter très longtemps. Et puis cela révèle une ignorance ethno-centrée que j’appelle sous-développement, et beaucoup de Français partagent eux aussi beaucoup de préjugés stupides du même genre.
    Être le centre du monde fait partie de la pensée de chaque individu, c’est naturel. L’originalité du Japon est qu’on peut écouter cela à la télévision ou le lire dans des magazines. Une xénophobie ordinaire qui fait rire.
    Une fois, une étudiante m’a demandé si on mangeait des pommes, en France. Je lui ai dit que oui, et qu’il y en avait bien plus de variétés qu’au Japon. Elle m’a répondu que c’était possible, mais qu’elle était septique, et que les pommes japonaises étaient douces et sucrées, donc meilleures. Elle n’avait jamais mangé de pomme française de sa vie.
    Une autre n’était jamais allée au kabuki ou au Noh : elle était Japonaise et n’en avait donc pas besoin, mais elle comprenait que j’y aille, car cela pouvait m’aider à comprendre le Japon.
    Après tout, si les femmes acceptent un électroménager compliqué, c’est leur droit. Mais si la jeune génération se rue sur iPhone, il ne faudra pas s’étonner si dans 10 ans, ils passeront à l’électroménager Samsung. Au moins, ça marche.
    La prochaine fois, je vous parlerais du lave-vaisselle, un truc assez pauvre et qui lave mal, mais qui toutefois a un avantage : il est petit. Mon élève a bavé quand je lui ai dit qu’on peut mettre 10 couverts au moins dans un modèle européen. Bon maintenant, je suis pas un pro du lave-vaisselle mais il faut reconnaître que c’est un truc qui aide quand on a un mari qui, comme 60 % des hommes, garde les pieds sous la table en arguant que, personnellement, il n’aime pas faire la vaisselle et que donc c’est sa femme qui s’en occupe (cependant, le Japon a généré l’équivalent féminin de ce genre de sous-développé de la tête en la personne de la méga-pouffiasse, la pute de luxe qui n’a même pas le courage d’être pute, et qui vous sort que depuis qu’elle est mariée, elle a arrêté de travailler parce que c’était fatiguant).
    Ma dernière leçon était une leçon de français avec deux élèves avancés. On a parlé de la Bettencourt, du Woerth, du Guignol et de l’Italienne. Ils n’en revenaient pas, et c’est vrai qu’en expliquant l’histoire, je me suis aperçu que même au Japon, ils n’avaient jamais eu ça.
    Je me suis soudain senti presque Gaulliste. Avec la crise grecque, la prochaine victime n’est ni l’Espagne, ni le Portugal : pourquoi pas la France, puisque ces “élites” qui nous gouvernent, et celles dans l’intérêt de qui elles gouvernent, le club du bouclier fiscal, s’en fichent, de la France. C’est juste une étiquette qu’ils mettent pour évaluer la respectabilité de leur fortune, c’est comme tous ces noms qu’ils ont acheté au XIXe siècle aux rescapés des familles à qui leurs ancêtres, quelques dizaines d’années avant, avaient coupé les têtes, ces noms qu’ils arborent maintenant avec la distinction de ceux qui ne sont pas du commun. Le peuple ? Sans-culottes, bourgeois de campagne elles aussi, elles sont issues de la même crasse, mais ça fait 200 ans qu’elles le méprisent. Que demain sous la pression du FMI on l’affame ? Mais qu’en ont-ils à faire… Que celui-ci s’agite ? Ils partiront se reposer sur une de leurs îles achetées en secret, comme celle de la Bettencourt, un “Palace d’exilés” (Leo Ferre). Ils y planquent tous leurs sous…
    Et tous ces journalistes qui n’arrêtent pas de dire que cela va faire le jeu du FN… J’ai adoré la « petite phrase » de Ségolène Royal. Sarkosy qui voulait nettoyer la banlieue au Kärcher; pour le gouvernement, il va en falloir plusieurs.
    Le pouvoir politique est discrédité, comme pourri jusqu’à la moelle par son pêché originel, une soirée au Fouquet’s aux frais du club du bouclier fiscal, puis trois jours en yacht aux frais d’un copain du club du bouclier fiscal, le mensonge sur Cécilia, la Rolex, le bouclier fiscal. Pour le reste, ce n’est que la suite. Une mannequin Italienne multimilliardaire… Et à côté de cela, la chasse aux pauvres, aux immigrés accusés de causer des problèmes, la chasse à la burqa.
    Mes étudiants, eux, étaient hallucinés : comment est-ce possible, en France ? Asahi TV en a parlé, la presse européenne commence à regarder la France, mi-amusée, mi-angoissée. Que nous soyons durant l’été la plus grosse faillite financière des 50 dernières années, avec 1 million de chômeurs de plus, le Strauss-Kahn et son FMI et les USA pour nous « sauver », c’est une perspective qui vous semble peut-être impossible, et pourtant, c’est comme cela que la presse internationale parle de la France, aujourd’hui, en enrobant le tout d’un « pas probable », puis en continuant en abordant la question du scandale Bettencourt / Woerth comme d’un événement qui « ôte de la visibilité » et limite le pouvoir décisionnel du gouvernement.
    On est mal, il y a de la grève dans l’air.
    De Tôkyô
    Madjid

    Encore plus chaud... Toujours plus chaud...

  • La fin du sumo ? Waouh…

    La fin du sumo ? Waouh…

    Une information est tombée hier : la NHK arrête la retransmission des tournois de sumo à Nagoya!
    C’est l’actualité du moment, ici. Il y a des élections le 11 juillet, le premier ministre envisage d’augmenter la TVA à 10 %. Mais ce qui retient l’attention ici, c’est un feuilleton qui dure depuis deux ou trois semaines : suite à des investigations, un énorme scandale traverse le sumo à Nagoya, mêlant corruption, yakuzas et sumotoris eux-mêmes. On a le droit à des séances d’excuses publiques, des témoignages de voisins de sportifs. Les sponsors ont ouvert le bal des condamnations en se retirant la semaine dernière, et donc hier tombait la sanction : la très sérieuse NHK lâche le sumo.
    Une étudiante me disait samedi que le sumo était mort, parce que plus qu’un sport, le sumo est une part du Japon, de sa culture. Pour elle, ce sport est désormais entaché et il ne sera pas possible de réparer cette image, quand normalement ce sport rappelle les origines du Japon, le combat de deux frères, deux Dieux. Elle m’exprimait sa déception, tout en remarquant que cela faisait des années que cela durait, que tout le monde connaissait la corruption. Mais qu’un clan de yakuzas aie pu avoir accès à des places de marques, normalement réservées à des personnalités, a ouvert la boîte de pandore, et désormais les révélations se succèdent, pots de vins, soirées mêlant les sportifs et des barons du crime, tout s’accumule et il devient en effet difficile d’imaginer une quelconque embellie avant longtemps. La corruption touche la fédération de sumo elle-même, révélant au passage son institutionnalisation et l’ampleur de la tâche à accomplir, toutes les têtes à couper, avant que le sumo ne redevienne ce qu’il fut dans le passé : un divertissement populaire, inter-classiste et inter-générationnel, un spectacle bon enfant où deux montres s’affrontent sans se faire de mal, sans être violent, jusqu’à ce que l’un des deux ne sorte du cercle tracé sur l’estrade, et ne perde. Le sumo est une chorégraphie extraordinaire, originale, où la ruse compte certainement autant que la force et le poids. Le voilà transporté au pays des petites frappes, des criminels et des dessous de tables. Triste fin.
    Cela m’a fait penser que ce déballage arrive au même moment que le gouvernement a changé, avec une nouvelle majorité beaucoup moins mêlée au milieu du crime. La presse doit peut-être se sentir libérée, comme il y a 15 ou 16 ans. Ne pas avoir de politicien haut placé qui vous empêche de parler est un vrai changement. La décision de la NHK est, elle, incroyablement courageuse.
    Élections, donc, et dont finalement on parle assez peu. En fait, on attend la victoire du Parti Démocrate, comme l’an dernier, non pas comme l’année dernière, au temps de l’innocence et de l’élégant monsieur Hatoyama, quand la majorité rassemblait large et espérer bouter les Ricains hors d’Okinawa. La nomination de Kan Naoto est une sorte de retour au monde réel. Ce n’est ni bien, ni pas bien. À certains égards, je pense que Kan est plus politique, a un projet pour le Japon, qui paraîtrait à certains égards conservateurs par chez nous, profondément démocratique, ce qui est dans ce pays confisqué par des élites masculines, riches, vieilles, obtuses, ignorantes du monde et analphabètes, une véritable révolution. Mais plus tard, quand je repenserai à Hatoyama, à ses cravates dorées choisies par Madame, une femme élégante et toujours souriante, je continuerai d’éprouver une tendresse réelle pour un premier ministre un peu naïf, plein de bonnes intentions, un fils de bonne famille tout gentil qui s’est vite fait lyncher. Pourtant, en créant une allocation familiale d’un montant significatif, environ 110 euros par enfant, en diminuant de moitié les frais de scolarité dans le secondaire, en coupant dans les budgets de la corruption que sont les travaux publics, il a fait une politique de gauche comme c’était inimaginable il y a encore un an. Certes, désormais, tout est à la rigueur, car le Japon a peur de la crise grecque, mais il restera ces transferts en faveur des familles et de l’éducation, et Kan, dors et déjà, pour diminuer l’effet inégalitaire de la TVA, propose de créer un impôt négatif qui en redistribuera une partie à ceux qui n’ont pas beaucoup d’argent. On est loin des grandes politiques de gauche, certes, mais il n’empêche que ce genre de changement était inimaginable dans un pays où les inégalités se sont creusées de façon incroyable depuis 10 ans. Si ce gouvernement parvient à installer un climat de libertés publiques plus grand, alors, ce changement aura valu la peine et le sacrifice du « gentil » Hatoyama n’aura pas été inutile.
    Élection et sumo. Faillites, aussi. Une élève, une jeune fille de 28 ans toute jolie et à 50 millions d’années-lumières de la culture kawai (elle est de Kyôto, ce doit être ça…) préparait une année d’études en Australie. Elle avait donc tout préparé avec une agence, et payé un million six cent mille yens d’avance, soit environ 15,000 euros, soit le prix du voyage, de l’école et de l’hébergement pendant 8 mois. Elle a tout perdu. Au-delà de l’argent, je ressens bien la peine, la déception. Ce genre de faillite est courante au Japon, les entreprises ferment du jour au lendemain, et personne ne vous prévient. Dans son cas, c’est l’école, en Australie, qui l’a appelée. Elle était très triste. Je lui ai raconté l’histoire de mon vélo, qu’on m’avait volé à Paris, devant un musée où je m’étais rendu, et moi, tournant, tournant dans le quartier, n’arrivant pas à admettre qu’on aie pu le voler aussi simplement devant un lieu aussi fréquenté. Mon esprit divagua alors, hors de toute rationalité. J’ai raconté Nova, aussi. Elle m’a dit qu’elle aimerait vraiment revenir en arrière. 1,6 millions, oui, il y a de quoi ne pas comprendre, chercher où on a pu faire une erreur, ce qu’on aurait pu faire, et il en faut, du temps, pour revenir sur terre et admettre.
    Elle n’ira pas en Australie cet automne.
    Moi, mon école me donne des motifs d’inquiétude. La deuxième école est un gouffre et je ne pense pas qu’elle va durer très longtemps. Elle tire la mienne vers le bas. J’ai eu une discussion avec le directeur ; je pense qu’on va passer le cap : il est sérieux et n’avait pas l’air trop inquiet, juste extrêmement prudent dans la gestion. J’ai suggéré quelques pistes et il a écouté avec attention. Cela n’empêche que c’est quand même très chaud. Je vais chercher autre chose très activement, par prudence. Si vous avez une idée…
    Comparé à ce week-end, mon envie de iPhone 4 s’est calmée, mais c’est décidé, je vais passer à l’iPhone 4. J’utilise beaucoup FB, d’abord, et je suis abonné à d’autres réseaux sociaux. Ensuite, c’est un très bon livre électronique (je lis sur mon iPod et suis très étonné par l’ergonomie, agréable ; de plus, il y a une importante quantité d’ouvrages gratuits). Avec Jun, donc, il y a de fortes chances qu’on y passe ensembles. Ca fera 10 mois sans payer de forfait conversation… Si quelqu’un veut un téléphone AU, qu’il me contacte, le miens fait de très belles photos, c’est un Sony Cybershot S001 acheté en avril 2009, 8Mpix, je le vendrai très peu cher, plus pour le principe que pour l’argent, et avec une batterie neuve. La réservation est ouverte.
    Mon iPod, lui, me servira de réveil, à écouter de la musique et la radio à la maison, en évitant d’allumer l’ordinateur. Mon vieil iPod de 2005, je l’utilise toujours : j’y ai mis l’audio des livres que j’utilise pour donner des cours. Mais les téléphones, il faut avouer, c’est difficilement recyclable : je dois trouver à qui les donner !
    Mon zona me fait mal de nouveau : mon docteur a diminué la quantité de calmant et je sens la différence aux heures de soudure. Ainsi, ce matin, j’ai pris mes cachets vers 9 heures et demie / dix heures. Il est vingt-deux heures trente, et ça commence à faire mal. Ce matin, j’ai donné une leçon à Mariko, qui est une femme que j’apprécie. Ça m’embête presque d’enseigner, j’en ferais presque une copine…
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Quelle chaleur, mais quelle chaleur…

    Quelle chaleur, mais quelle chaleur…

    Quelle chaleur, mais quelle chaleur...J’aime l’été au Japon, ce qui me distingue de la majorité des Japonais qui ne supporte pas cette moiteur et cette forte chaleur. Ce matin, il pleuvait encore un peu quand j’ai ouvert le grand store et la fenêtre, une chaleur humide est entrée l’espace d’une seconde, j’ai refermé immédiatement. Si je n’avais pas une grande bande de gaze qui m’enveloppait, en dessous de laquelle sont mélangées des crèmes destinées à calmer les derniers restes de cette fantastique inflammation qu’est un zona, je pourrais me passer de l’air conditionner et m’abandonner, comme je le faisais il y a dix jours encore, à la sueur et des envies de dormir et bailler. Mais il faut reconnaître que ce n’est pas très agréable en ce moment, et cela me donne plutôt l’impression de macérer dans de la graisse… Alors, va pour l’air conditionné. À la maison, à l’école, dans le métro. Je vais m’acheter un ventilateur, moins gourmand en électricité ; je n’aime pas l’air conditionné, j’ai parfois l’impression d’être dans un frigo. Pas à cause de la température, non, un vrai frigo : un lieu fermé et glacé balayé par un air pulsé et sec. Le ventilateur fera mon bonheur.
    Hier encore, visite à l’hôpital. Il faisait très chaud, comme tous les jours, je suis arrivé en sueur. Mon zona est globalement terminé, je n’ai donc plus l’antiviral qui coûte la peau des fesses. Au Japon, les soins sont remboursés à 70 %, j’ai dépensé plus de 12,000 yens en 8 jours, ce qui fait un coût de plus de 36,000 yens réels… Quand j’entends le candidat du FMI aux élections présidentielles, Dominique Strauss Kahn, réclamer des reformes des systèmes de santé en Europe, j’aimerais bien qu’il m’explique ce qu’il entend par là : sous-entend-il que le peuple coûte trop cher et doit savoir accepter d’avoir mal ? Un rapport présenté cette semaine constate que les baisses d’impôts des 10 dernières années (dont près de la moitié date de l’époque de Lionel Jospin) coûtent chaque année 100 milliards d’Euro : qui propose donc de remonter une partie de ces impôts ? Les privatisations de sociétés qui font des bénéfices privent l’état du dividende qu’elle apportaient. Je me souviens qu’en 1991, ces dividendes avaient rapporté 30 milliards de francs au budget (environ 5 milliards d’euros, en monnaie de l’époque, économiquement une très mauvaise année). Comme toujours, on fera de la rigueur en déremboursant encore plus, en privatisant encore plus (le patrimoine immobilier, par exemple). On appauvrira l’état et les salariés pour protéger une élite qui, comme la Béthencourt, pratique l’évasion fiscale et reçoit 30 millions d’Euro de remboursements d’impôts au titre du bouclier fiscal.
    Quand j’écris, comme je le fais à plusieurs reprises depuis plus d’un an, que la crise est terminée, je le pense et je le confirme. Ouvrez donc la presse économique, le Financial Times, Les Échos ou La Tribune : les grandes entreprises font des profits records et les dividendes versés cette année aux actionnaires retrouvent leur niveau pré-Lehman. Il y a juste que nos élites ne veulent pas payer la facture de leur crise. Les états les ont renflouées, leur évitant des faillites, aux états désormais de payer la facture. C’est à dire à nous. Et gare à ne pas perdre de temps, le spectre d’une crise grèque menace tous ceux qui n’obéiront pas. Milton Friedman a gagné sur toute la ligne. Abondance de liquidité d’abord puis, quand le système est sauvé, retour à l’orthodoxie. Un certain nombre d’états vont donc traverser un ralentissement, voire même une récession «classique» suivie d’une croissance molle, et louper le cycle des affaires (Jugglar) en cours dans lequel, comme toujours, seuls les USA vont profiter malgré le fait qu’ils sont les principaux responsables de la crise. Mais il faut aussi constater que l’administration Obama est une administration consciente des problèmes qui se posent aux USA. Je ne pense pas qu’ils aient une réelle politique alternative, mais toujours est il que seuls le gouvernement américain a utilisé une partie (environ un cinquième, ce qui est très peu finalement) de la relance pour des investissements publics. Car elle est là, la vraie différence entre Keynes et Fridmann : Friedman ouvre le robinet puis ressert quand le système est remis à flot ; Keynes investit en escomptant que sur la longue durée l’investissement rapportera ce qu’il a coûté, et même plus. Bref, les USA devraient, malgré tout, faire de la croissance dès cette année. L’Europe, non. Au contraire, les chômeurs, les smicards, les classes moyennes vont devoir passer à la caisse pour que des comme la Béthencour se paient des gigolos, des îles et des robes de couturiers. Une époque pourrie par ses élites, décadente.
    Toujours est il que j’ai bénéficié de ce reste de l’après-guerre, l’état-providence, et mes médicaments / bilan sanguin / consultations ne me sont revenus qu’à 12,000 (105 euros) quand leur coût réel est de 36,000 (315 euros).
    Samedi soir, nous sommes donc allés à une exposition au Musée d’art contemporain de la tour Mori. Jun est assez peu familier avec l’art contemporain, mais il a visiblement apprécié. Beaucoup d’installations audiovisuelles. L’une d’elle, みち子さんの教会, l’église de Michiko, était une sorte de documentaire, agrémentée d’une narration extrêmement intime autours du personnage de Michiko, une vieille femme dont le mari a construit une petite église (en tôle ondulée) dans laquelle ils ont vécu près de 40 ans et où ils ont célébré des mariages. Le documentaire flirte entre fiction, réalité, on ne sait trop si on droit y croire, mais un incroyable sentiment de gentillesse traverse la vidéo. J’ai repensé à des films de Kawase Naomi, et je me demande si cette intimité, ces narrations en images ne sont pas une caractéristique de l’art japonais contemporain. Une performance aussi, avec l’artiste composant et recomposant l’espace en permanence, entre danse, théâtre et arts plastiques. De gigantesques sculptures mécaniques faites de haut-parleurs, platines, lampes, etc, et générant des rythmes à travers leurs mouvements, une sorte de contre-emploi de ces objets électriques et électroniques renvoyés à l’âge de la mécanique. C’était plutôt amusant. J’ai bien aimé également une longue narration en photos de Takamine Nozomu, un ancien du Dumb Type, la problématique des Coréens du Japon, son mariage, l’identité, le sentiment d’être minoritaire, d’être rattaché ou privé d’attaches, la place des attaches, le regard de l’autres. J’ai adoré une installation vidéo faite d’un trajet en automobile, de nuit, diffusée sur un mur d’écrans, avec une différence de quelques dixièmes de seconde d’un écran à l’autre, composant une sorte de mozaïque animée, le son, lui, composant une véritable symphonie de bruits ; l’effet de cette oeuvre est littéralement hypnotique.
    Cette exposition était intéressante mais il y manquait quelque chose ; tout y était comme une sorte de méga-galerie d’art. Je sais bien que l’art contemporain n’a rien d’homogène, loin de là. Mais il manquait quelque chose, un liant, qui aurait pu rendre l’expérience plus vivante. Beaucoup de ces oeuvres étaient là, simple constat de la création japonaise. J’ai toujours ce problème avec l’art contemporain : il est une fantastique invitation à s’emparer du monde, et il est présenté dans des espaces morts où il est interdit de se servir des oeuvres, de les toucher et même de les approcher. Je me souviens, une fois, d’une discussion à ce sujet avec une employée, à Beaubourg. Je comprends bien, que l’oeuvre va s’abîmer si tout le monde la manipule ; mais pourquoi une oeuvre ne devrait-elle pas subir le temps, l’usure ? Privée de tout contact, elle pourrait être aussi bien remplacée par une expérience interactive en 3D sur ordinateur ou sur internet. Enfin, l’exposition m’a permis de rentrer dans le week-end en douceur.
    Dimanche, une traditionnelle promenade dans l’est de Tôkyô, de Kiba à Nihonbashi en passant par Kyosumi, la Sumida… Il faisait très chaud mais c’était agréable. Le soir, j’ai préparé la cuisine. Nous avons regardé le dernier épisode de la saison 4 de The L World. Je sais, on retarde… Dans l’est, on trouve de plus en plus de restaurants et cafés, izakaya, mais aussi de boutiques de vêtements, accessoires, de style « Showa. » Ainsi, la photo en ouverture de ce billet, c’est une pancarte publicitaire qui trône en devanture d’un restaurant dans le quartier de Ningyôchô. Avec Jun, nous appelons cela « bobo » parce que c’est un retournement des styles, une amour du vieux recomposé qui fait vraiment penser à l’est Parisien vers 1990 / 1995. J’aime bien, et décidément, si l’ouest de la ville ne m’inspire guère et si Roppongi m’insupporte, c’est résolument à l’est que je me sens chez moi, au milieu des vieilles maisons bancales, des plantes vertes qui bordent les routes, dans ces quadrillages de rues soit parallèles soit perpendiculaires où l’on croise des chats qui avancent pépères, avec l’odeur des temples qui domine en fond le dimanche. Des rues pleines d’esprit et d’histoire.
    Hier, j’ai donné ma leçon hebdomadaire à Yûko, une ancienne élève à Ginza. Elle m’a offert une salade de pomme de terre et des manjû et un suama. J’aime les manjû (ceux-là était fourrés d’une sorte de pâte rose ou jaune, très bonne, et enveloppés d’une sorte de gélatine transparente, le tout servi dans une feuille de palme roulée. J’adore suama. Suama, c’est du mochi, c’est-à-dire du riz malaxé jusqu’à ce qu’il devienne une pâte élastique, parfumé. Mon suama était un suama rose, mon préféré. C’était gentil de sa part. J’ai du les manger hier soir car ça ne se conserve pas (le mochi durcit). Déjà la veille, durant notre promenade dans Kôtô-ku, nous avions fait une pose chez un célèbre pâtissier japonais de Monzen Nakachô : un yaki-dango (des boulettes de mochi frais un peu grillé sur une brochette) dans une sauce sucrée parfumée à la sauce de soja (j’en suis fou) et un onigiri aux haricots rouges. Le tout incroyablement frais : les dango tout en tendresse, bien élastiques, et le riz de l’onigiri un peu ferme comme il faut, les haricots, eux, al-dante, j’aurais envie de dire. Ce qui fait qu’en deux jour j’ai consommé une quantité incroyable de gâteaux… Il faut toutefois noter que les gâteaux japonais n’utilisent pas de matières grasses. C’est toujours ça…
    De Tôkyô
    Madjid

  • Samedi, le matin, le métro, sa fraîcheur

    Samedi, le matin, le métro, sa fraîcheur

    Ca matin, le temps est au beau fixe.
    Enfin en donne-t-il l’impression… Car il est prévu de la pluie pour cet après-midi, ce qui fera beaucoup de bien. Le zona va mieux. Il reste des boutons, mais la plupart sont morts. Quant à la douleur, elle est désormais très supportable même si je continue parfois d’avoir une sorte de pointe dans la colonne vertébrale. La douleur musculaire a, elle, quasiment disparu. Je suis heureux d’être allé assez rapidement chez le docteur.

    Ce matin, j’ai regardé les informations comme tous les samedis, et je constate que semaine après semaine, le thème est « comment réformer le Japon ? », et sur AsahiTV, l’accent est mis sur les pays Européens, principalement ceux du nord de l’Europe. On dirait que les journalistes ainsi que leurs invités cherchent ce qui a l’étranger marche le mieux, et comme cela pourrait aider le Japon a reconstruire son économie et sa société. Ce qui est étonnant et assez neuf aussi, et la France comme l’Europe pourraient tout autant s’en inspirer, c’est que la comparaison n’est jamais à l’avantage des USA. Le Japon prend conscience de la nécessité qu’il a changer rapidement, mais il le fait à sa façon, et le changement politique en cours, qui à mon avis ne fait que commencer, est le prélude à des changements beaucoup plus profonds. Ici aussi, les conservateurs vont certainement se manifester, mais en fait, ayant gouverné le pays durant soixante ans, ayant créé un déficit historique et un endettement défiant toute comparaison, afin de financer leurs amis industriels et bétonneurs (les caricaturaux aéroports de Shizuoka et d’Ibaraki, au milieu de nulle part), au détriment de l’éducation, la recherche et l’accueil des personnes âgées, les disqualifient de toute critique. Au Japon, les conservateurs sont finis, encore reste-t-il aux réformateurs à définir la voie qu’ils entendent emprunter : ces débats télévisés démontrent en tout cas que certains dans les élites s’en préoccupent, ce qui est une grande nouveauté. Reste à voir si cela tiendra la distance et si la société civile, ces associations finalement assez nombreuses, très locales et pas vraiment politisées, parviendront à devenir des interlocuteurs privilégiés afin de transformer ce changement somme toute assez conventionnel en avancée démocratique majeure dans un pays où le débat a été si longtemps verrouillé.

    Par où je suis désormais, le temps est couvert, les nuages épais. Je descends à la prochaine station. Je commence aujourd’hui à 10 heures, je finis à 17 heures. Une heure de déjeuner. J’aime bien le samedi ; d’abord parce que c’est la veille du week end ; ensuite parce que j’aime mes étudiants du samedi ; enfin parce que l’école est pleine, ce qui donne cette sensation de vitesse qui me manque les autres jours de la semaine et que j’aimais tant chez Lehman…

    Je suis à l’école, c’est l’heure du déjeuner. Je suis sorti deux minutes chercher quelque chose à manger, vite avalé. Il fait lourd, mais il ne fait finalement pas si chaud. Peut-être pas plus de 26 ou 27°. Il y a une brise, c’est très supportable malgré l’humidité.
    Mes collègues travaillent. L’un d’eux est un de ces nouveaux fachos, qui aiment les Tea-parties américains, assez amateur des complots et des « vraies informations » qu’on peut trouver sur le net. Il ne croit pas au réchauffement, pense que le 11 septembre est monté de toute pièce, qu’il y a du pétrole pour une centaine d’années (il me l’a dit, j’ai halluciné) mais qu’on nous le cache pour spéculer, raconte des bêtises dignes du FN et de de Villiers sur l’Euro, pense que l’on va vers le gouvernement mondial gouverné par des « eux » (them… J’ai préféré ne pas demander qui était them), est anti-arabe, n’aime pas Obama ni sa réforme de santé, s’excitait quand il a parlé des Tea-parties… Il déblatère ses trucs aux étudiants, parfois, et les étudiants écoutent, leur méconnaissance et leur curiosité du monde se nourrissant de ses paroles.

    Ce soir, avec Jun, nous nous retrouvons à Roppongi pour aller à une exposition au Musée Mori, dans la tour Mori.

    Et demain, c’est dimanche… Et c’est bien mérité.

    De Tôkyô,

    Madjid

  • Publication et summer gift

    Publication et summer gift

    Grand soleil surprise, un peu comme une bonne nouvelle tombée sur la ville, il fait chaud. La dernière partie de mon long article est désormais sur le site. Pour la première fois, je publie une tribune, et elle fait plus de 100.000 signes. Laurent Chambon, contributeur et associé à Minorités, mais également ancien élu travailliste à Amsterdam au Pays-Bas, m’a envoyé deux messages sur Twitter. Mon ami Olivier Hadouchi m’a envoyé quelques emails. C’est un peu étonnant pour moi, cette publication. Ça me fait très plaisir, et je suis enfin débarrassé à plusieurs niveaux. Le texte est ouvert, il appelle un débat, mais ce n’est pas, pour le moment, de ma responsabilité puisque j’ai ouvert les pistes. Ensuite, il éclaire d’autres articles parus dans Minorités, et j’espère qu’il en appellera encore d’autres. Ce qui me ferait plaisir, vraiment, est un apport Séfarade. Car c’est de ce côté-là qu’il y a un travail important à effectuer, un travail de remise à plat pour comprendre comment nous en sommes arrivés à un tel point de malentendu.
    Mais bon, comme je vous l’ai dit, pour moi, c’est histoire ancienne désormais. Je sais que beaucoup de gens aiment parler de ce qu’ils écrivent ; pour moi, il y a plutôt comme une sorte de dégoût. Mon oncle Gaston était boulanger et pâtissier, et pourtant il ne mangeait ses propres gâteaux que très rarement, j’ai pas faim, qu’il disait. Cet article, hormis la fin que j’ai écrite un peu trop rapidement, que je n’ai pas eu le temps de re-recorriger et dans laquelle note des imprécisions, je l’ai lu, relu et re-relu. Et de corrections en corrections, je m’y retrouve; or, je n’aime pas me regarder et encore moins parler de moi. Vous qui lisez ce blog devez être bien étonnés, mais pourtant c’est vrai : d’ailleurs, quand vous lisez mes billets, êtes vous bien sûr que je parle de moi, que je dise tout… ?
    Ici, c’est vraiment l’été désormais. Un peu partout dans les magasins, il y a ces catalogues et ces expositions de cadeaux d’été. L’habitude veut en effet que l’on offre quelque chose à ses proches, fin juillet, quand s’est achevée la saison humide, pour les informer qu’on est toujours en bonne santé, que tout va bien. Je ne sais trop si cette habitude est ancienne ou non. Peut-être à l’origine, les cadeaux, forcément modestes, étaient-ils des soba (nouilles de farine de sarrasin), des udon (nouilles de farine de bleds tendres), des somen (nouilles également), ou bien une pastèque, un melon… Quelque chose que l’autre pourrait manger froid et même partager sur le champ. De nos jours, il y a des coffrets : grand coffret où sont présentées une dizaine de boîtes de bière (Asahi, Kirin ou Ebisu) avec une jolie étoffe satinée pour faire écrin, des jambons, des rôtis, des anguilles grillées, de grandes corbeilles de fruits de saison à prix prohibitifs : un melon enrubanné, deux pêches, quatre abricots, quelques prunes, 6000 yens (50 euros). Mon cadeau préféré reste le coffret d’huiles (Ajinomoto), une bouteille de tournesol, une autre de colza, une autre de soja, une de raisins, une d’olives et une d’arachide, dans leur joli tissu bleu satiné. Je devrais en envoyé un à Valérie Lemercier. J’aime aussi beaucoup les coffrets de café instantané (UCC, Key Coffee, Nescafé), une flacon en verre Arabica blend, un autre Blue Montain blend, un autre Luxury Blend… Bonjour, je t’ai apporté de l’huile! Oh, mais il ne fallait pas, tiens, moi, je t’ai acheté du Nescafé!
    Chaque coffret a un prix bien calculé, d’environ 3000 yens (26 euros).
    Les magasins sont, en été, de véritables paradis, où la température est rafraîchissante. Il m’arrive de penser à celles et ceux qui vivront l’époque de la restriction des énergie. Qui sait même s’il n’y aura pas un ticket d’entrée pour aller dans les magasins et bénéficier de l’air conditionner…
    Bientôt, on va manger de l’anguille. On sera le 19 juillet, et, tel que c’est parti, il fera 35°… Je n’ose imaginer la température quand nous irons à Kyôto pour les vacances…

    De Tôkyô,
    Madjid

  • Le premier jour du mois

    Le premier jour du mois

    Dans le métro, comme toujours.
    Dehors, une chaleur caniculaire et étouffante. Il y a trois jours, la température était simplement insupportable, l’humidité maximale ; je suis sorti vers huit heures le soir pour faire quelques courses et c’était comme du brouillard, un brouillard chaud et épais, visqueux. De très fortes pluies orageuses ont balayé le Japon dans la nuit de mardi. Hier, la chaleur était agréable bien que le soleil tapait l’après-midi. Mais tout cela n’aura finalement servi à rien, et revoilà la chaleur moite sous le ciel nuageux que les rayons du soleil parviennent à traverser. Cette année, le tsuyu est humide et très chaud. On mangera beaucoup d’anguille.
    Je souffre terriblement. Un zona. Je ne connaissais pas. J’ai eu une vilaine éruption de boutons la semaine dernière que j’attribuais à une allergie, mais des douleurs sont apparues le week-end, alors je suis allé chez le docteur. J’ignorais que le zona, cette rémanence de la varicelle dont le virus est responsable, frappait trente pour cent de la population. Le docteur m’a donné un traitement, tout en commandant une de ces prises de sang destinée à voir s’il n’y a rien de plus grave. J’en ai eu les résultats hier, et hormis un taux de cholestérol très à la limite, mes analyses se sont révélées conformes à la normal, ce qui m’a rassuré. Un zona est principalement du au stress et il est vrai que j’ai pas mal ruminé ces derniers temps : il fallait que ça sorte. Si je suis rassuré, il n’en reste pas moins que c’est extrêmement douloureux. J’ai notamment une sensation de pointe juste dans la colonne vertébrale, par moment, cela fait vraiment très mal. Pour le reste, j’avoue que cette histoire me confirme quant à la bonne qualité des soins au Japon. Les gants des infirmières faisant les prises de sang ressemblent à des gants Mappa, j’ai presque eu envie de rire, mais je trouve cela vraiment très bien. Respectueux du personnel hospitalier.
    À l’école maintenant. J’attends mes prochains étudiants. La leçon précédente est maintenant bien rodée, l’étudiante a un bon niveau, je la fait travailler en B1, ce qui est assez élevé. J’utilise Alter Ego, qui est très complet et flirte parfois avec B2 mais elle s’en sort très bien. Elle est sympa, et son attitude s’est ouverte petit à petit : je l’aime bien, elle rit facilement, essaie d’utiliser les idiomes, a de la culture et beaucoup de curiosité. Ceux que j’attends ont un niveau avoisinant. Tous deux ont vécu à l’étranger : leur français est moins bon, moins précis, mais ils ont cette décontraction qu’on n’acquiert qu’en ayant vécu dans le pays.
    La semaine dernière, pourtant, pour la première fois, une étudiante a explosé en larmes en plein milieux de ma leçon. Ça devait m’arriver un jour. Peut-être ai-je été trop ambitieux pour elle. Pendant deux ans, dans cette école, elle a eu des cours monologues où elle parlait et où le professeur expliquait les fautes et lui faisait un point grammaire. « Elle a tout fait ». Ma façon de faire est assez différente car j’utilise des livres que j’ai choisis moi-même, en ayant une idée de ce que je voulais obtenir, essentiellement de l’autonomie. Ça marche en générale. Comme elle avait un certain niveau, je lui ai choisi Alter-Ego, en A2, ce qui est un certain niveau, mais pas la lune non plus. Elle ne s’est pas faite à mon refus d’utiliser le japonais pour un rien, à mes questions sur des questions qu’elle n’avait pas préparées ni choisies et qui l’obligeaient à se concentrer pour parler, mais elle y arrivait somme toute assez bien. vendredi, elle a buté sur un mot qu’elle voulait à tout pris comprendre, un mot sur lequel portait la question qui suivait, et qu’elle pouvait comprendre en contexte, elle a été capable de lire me dire l’énoncer en japonais, preuve qu’elle avait compris, mais elle s’est mise à pleurer en me disant qu’elle ne me comprenait pas, que tout ce que je disais était incompréhensible, que je ne voulais pas l’écouter, etc. Elle m’a rendu responsable de sa vie inintéressante, de son mariage avec un homme d’affaire toujours en déplacement, de ses cinq années passés en Iran où elle ne pouvait pas sortir, de sa solitude à Londres, de ses amies perdues lors de chaque déménagement, et du sordide de ses sorties du dimanche après-midi, l’aller-retour à Shinjuku au restaurant. La vie des femmes au foyer est désespérante, surtout celles qui sont allées à l’université et sans enfants. Comme elle. Le cours de français fait alors partie, avec la visite hebdomadaire chez l’esthéticienne et le cours hebdomadaire de poterie, de ces fenêtres sur le monde les empêchant de ne pas trop penser à leur vie vide et absurde. Moi, elle m’a traumatisé, j’en ai rêvé. Les dépressifs s’arrangent toujours pour entraîner les autres. Mais après avoir retourné tout dans tous les sens, j’ai conclus que le problème était vraiment de son côté. Je n’avais rien fait de mal. C’est elle qui, en fait, depuis peut-être plusieurs semaines que nous utilisions le manuel, voyait son rendez-vous au causoir cultivé remplacé par une leçon de conversation où il y aurait de l’interaction. Elle n’était plus le centre de la représentation, elle était remplacée par les sujets du livre. Nous avions dernièrement abordé les qualificatifs du caractère, ainsi que les prépositions que et où ainsi que les définitions. La première partie du 1er chapitre, quoi ! Elle devait préparer un truc chez elle, décrire 2 personnes qu’elle aimait et expliquer pourquoi. Il y avait plusieurs exemples. Elle a parfaitement réussi. Si ce n’est que j’ai eu un sentiment étrange quand elle a lu son devoir. L’impression d’avoir une petite fille devant moi. Elle avait décrit sa mère et elle même, quand elle était petite. Ma mère, c’est une personne qui est gentille et intéressante (etc). Quand j’étais petite, j’étais sa fille préférée (etc). J’ai trouvé cela étrange, mais avec la suite des événements, j’ai compris que ma façon d’enseigner avait réveillé une petite fille capricieuse, jalouse et malheureuse aussi. J’ai vu la petite fille quand elle s’est mise à pleurer. Ce n’était pas une adulte. J’avais déjà eu cette impression avec elle, sa façon de tirer les traits à la règles dans le manuel là où tous les étudiants tirent les traits à main levée, noter TOUT le vocabulaire qu’elle lisait ou entendait. Quand elle a craqué, sa voix était toute petite, et je pense qu’au départ, avant le grand flot, elle pleurnichait. Pour moi, cela a été très violent, car je ne savait que faire. Elle est finalement partie, et elle a téléphoné pour se plaindre de moi, qu’elle ne comprenait rien à ce que je disais, que je n’avais pas voulu l’écouter. Je l’ai bien entendu, en tout cas, et je sais qu’elle est très malade. Mais ce n’est pas mon problème.
    Mes étudiants ne sont pas venus. Ces deux-là, ça leur arrive. Je les aime bien. L’un est en fait un type incroyable : il fait du Noh avec le maître Kanze, a rencontré l’empereur a plusieurs reprises, passe son temps à photographier les oiseaux… Il est de droite, bien sûr, mais il est très gentil.
    Sur le quai, à la gare. À l’école, nous entrons dans cette sorte de saison creuse appelée l’été, une saison où les étudiants mettent la pédale douce sur les études car il fait beaucoup trop chaud, et que c’est très fatigant.
    Je suis assez lassé par ce travail, parfois ; et puis d’autres, je m’aperçois que j’ai finalement beaucoup de temps pour moi. Mais dans le fond, j’aimerais vraiment revenir à quelque chose de plus stimulant. Une vraie vie sociale me manque terriblement, et ce n’est certainement pas dans cette école que je vais la trouver. J’ai mon idée sur la question, mais il faut que je franchisse un certain pas.
    Cette année, ici, le temps est incroyablement chaud. Au moins aussi chaud qu’en 2007, l’été où Jun et moi sommes allés à Shikoku. Il avait fait chaud pendant le Tsuyu, ce qui n’avait pas été le cas en 2006 l’année de mon arrivée. En 2008, quand j’étais chez Lehman, il a plu pendant un mois. L’an dernier, il a presque fait froid. Cette année, il fait très chaud, on voisine les 30° en permanence ce qui, avec l’humidité, est étouffant. Je remets l’air conditionné depuis le week-end dernier.
    Jun et moi nous retrouvons les samedis après-midi, après l’école. J’ai régulièrement la flemme de cuisiner, nous dînons dehors. Samedi dernier, nous avons dîné à Ginza dans notre habituel restaurant de Curry japonais puis nous sommes aller regarder le joujou qui venait à peine de sortir et fait envie à tout le monde, le nouvel iPhone. C’est amusant, j’en ai eu envie, et puis maintenant je me demande si c’est si nécessaire… Mon iPod Touch a maintenant le nouvel OS, qui facilite pas mal de choses (les dossiers, c’est la révolution), et j’ai trouvé un très bon lecteur de livres électroniques. Bref, je ne sais pas si l’iPhone changerait ma vie… Jun, lui, veut un nouveau joujou. Juste parce que son iPod Touch, avec seulement 16 Go, lui semble insuffisant. Il n’aime guère faire des listes de lectures, tout en passant son temps à télécharger tout ce qu’il peut sur Youtube. Il y a un mois, il se plaignait de ralentissements sur son MacBook. Je lui ai proposé de nettoyer avec Onyx. Son Mac était un vrai foutoir. Les dossiers dans tous les coins, ce n’est pas ça qui ralentissait bien entendu, mais sous Windows, ça n’aurait pas pardonné. Il ne jette rien. Son dossier téléchargement ? Plus de 200 vidéos… Les mises à jour ? Sur le bureau, certaines exécutées et d’autres non… Enfin, après Onyx, ça bombait de nouveau. On en a profité aussi pour faire le grand ménages et jeter tout ça !
    Dans le zodiaque chinois, Jun est Lapin. Quand je lui envoie des mails, suite à une exposition où nous avons vu des oeuvres de Murakami Takashi, Kaikai et Kiki (voir ce blog, en 2006), Jun étant devenu Kaikai, j’utilise émoticon du lapin quand je parle de lui. Et c’est drôle, il a un côté petit lapin. Et quand je pense au petit lapin, le vieux matou s’attendrit comme une guimauve…
    De Tôkyô
    Madjid