Auteur/autrice : Madjid Ben Chikh

  • samedi 14 août 2010, ou encore un autre piège touristique rattrapé haut la main !

    samedi 14 août 2010, ou encore un autre piège touristique rattrapé haut la main !

    Bon, il faut d’abord avouer que côté météorologie, les divinités de Kyôto ont décidé de nous faire une sale farce. Gris, chaud et humide, avec des pluies “éparses”.
    Cela ne nous a pas empêché d’aller vers Nara. À la gare Nishi Dai-ji, nous sommes descendus et sommes allées visiter le temple du même nom. Une merveille où sont entreposés quelques trésors d’art japonais de l’époque Kamakura. Une grande Kannon, quelques Kannon plus petites, un très célèbre Shôtoku Taishi enfant  (l’empereur bouddhiste par excellence, au VIIIe siècle). Je vous conseille vivement cette visite, d’autant plus intéressante que les environs foisonnent d’autres temples, parmi lesquels certains que nous avons visités l’an dernier.
    Nous avons commus l’irréparable erreur d’aller ensuite à Heijô-Kyô, la première grande capitale du Japon, fondée il y a 1300 ans cette année. Bâtiments “réconstitués” de façon plutôt aléatoire, c’est plutôt du Disney historique que de l’histoire. Il y a 10 ans, sur ce site, des pierres et des restes de fondations. On a donc élevé un bâtiment, le “palais de réception”, à partir de déductions et d’hypothèses car il ne subsiste ni plan ni représentation. Dans le Hall, un trône, lui-même copie du trône de l’empereur Taishô (1912-1925), sensé être inspiré du trône des empereurs anciens. Une vaste supercherie, et je devine derrière la tentation d’ici vingt ans d’en faire une vérité historique comme cela est souvent fait ici; on va certainement y conduire les gamins du Japon entier en leur expliquant que “c’était comme ça”. N’y allez pas.
    Pour rattraper le tir, nous sommes allés à Hase-dera. Ce n’est pas un rattrapage de tir, c’est un émerveillement. Et le village, et le temple dont je suis fort amateur du “frère” à Kamakura. Escalier corridor montant sur la colline, nuages glissant sur les arbres et coulant dans la vallée. Et au somment, cette vieille structure de bois, usée mais robuste, avec sa grande Kannon, la plus grande du Japon, avec ses fines moustaches. Quelques pèlerins, peu de visiteurs : il faut environ 40 minutes en partant de Nara, et il n’y a pas de restaurants “gourmets”. Un magnifique détour, dépaysant, que je vous recommande. À faire le matin, pour visiter d’autres temples et sanctuaires des environs.
    Nous sommes rentrés tards, moi, trempé de sueur tant le temps est humide. Nous avons mangé dans Gion.
    Ce matin, dernier jour, et il pleut…
    De Kyôto encore,
    Madjid

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  • vendredi 13 août 2010, ou la malédiction des lieux à la mode…

    vendredi 13 août 2010, ou la malédiction des lieux à la mode…

    Si vous connaissez des Japonais, si vous avez des amis des amis Japonais, ne vous fiez JAMAIS à leurs conseils concernant les lieux qu’il faut visiter. Hélas, même un vieux loup expérimenté comme moi se fait toujours avoir. Le charme de lieux inconnus… Inconnus, jusqu’à ce que vous y soyez ! Car en général, vos connaissances vous auront suggéré un de ces lieux tant vantés par la télévision, un de ces lieux où non seulement vous devrez faire la queue à quelque endroit, mais ou en plus vous serez entourés d’un de ces restaurants, un de ces échoppes proposant du n’importe quoi au macha ou à la crème.
    Va donc, ce vendredi pour le Sanzen-In. Je me suis fait l’impression d’aller à une halte touristique. Le site est joli, c’est vrai, et le Hondô (temple principal) est très beau. Un grand Bouddha, très intéressant. Et c’est tout ! À une heure de métro et de bus, on a trouvé que ça faisait un peu long. Heureusement, en continuant le chemin de montagne, que les pétasses en talon visitant le Sanzen-In ne visiteront pas car ce n’est pas passé à la télévision, nous avons trouvé un autre temple, le Raikô-ji, tranquille, en pleine forêt, et avec un Bouddha magnifique. Nous sommes alors redescendus, et de retour à Kyôto, après 20 minutes de bus, nous en avons profiter pour visiter le Myôman-ji. Pas une merveille, mais il était sur le chemin. Je suis très rarement emballé par les temples Nichiren comme celui-là.
    Le soir, c’était les nuits Tanabata. Incroyable, ici, avec un mois de décalage sur le Kantô…
    De Kyôto,
    Madjid

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  • Jeudi 12 août 2010, sous le typhon

    Jeudi 12 août 2010, sous le typhon

    Nous n’y avons pas échappé, même si ce fut finalement très léger. Ciel couvert et bruine jusque dans l’après-midi où timidement le ciel s’est finalement dégagé alors que nous terminions notre promenade improvisée à Yasaka-jinja, dans le quartier de Gion.
    Promenade improvisée car nous redoutions la douche, qui finalement n’est jamais venue. Temps lourd, incroyable moiteur… Nous voulions aller regarder les collections permanentes du musée de Kyôto… fermées jusqu’en 2013. L’exposition temporaire, elle, ne nous tenta guère. Nous allâmes donc visiter un petit temple qui jouxte Sanjûsangendô (en face du musée), le reste d’un chateau de Toyotomi Hideyoshi (photos intérieures interdites…) Puis nous avons marché jusqu’à Hogashi-yama, Kyômizu-dera (où j’ai éprouvé le sentiment de banalité qui me prenait souvent en regardant le Louvres, à la fois admiratif et accoutumé), et traversé tout ce quartier ultra-touristique pour attérir à Yasaka-Jinja.
    Dans Gion, une boutique a retenu mon attention, la boutique Ki-Yan, spécialisée dans des dérivés vestimentaires des créations de Hideki Kimura, et visiblement liée à la marque Sou-sou, elle spécialisée dans le style japonais contemporain en vogue depuis quelques temps. Beaux achats en perspective…
    On a fait quelques courses et nous sommes rentrés après avoir traversé Teramachi.
    Bonne promenade,
    de Kyôto,
    Madjid

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  • mercredi 11 août 2010, échapperons-nous au typhon ?

    mercredi 11 août 2010, échapperons-nous au typhon ?

    Promenade à Arashiyama, vers l’ouest de Kyôto. Grande chaleur sans excès, belle promenade avec, pour finir, le Daikoku-ji.
    Bonne promenade
    De Kyôto,
    Madjid

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  • Mardi 10 août 2010, il nous fallait un typhon…

    Mardi 10 août 2010, il nous fallait un typhon…

    Il y a toujours une part de surprise dans la météo, au Japon. Par exemple, ce matin, si je regarde Yahoo! Japan, il devrait faire gris, voire pleuvoir. Je lève les yeux vers la fenêtre et, Ô, un magnifique ciel bleu, un soleil resplendissant et des cigales se lovant dans la chaleur. Hier, ce fut exactement l’inverse. Nous attendions un temps variable, et ce fut bien le cas le matin quand nous avons visité le Palais Impérial, Go-Sho. Mais l’après-midi, après avoir visité le Byôdo-in à Uji, il s’est mis à pleuvoir de façon subite, avec du vent et du tonnerre : c’est que, comme je vous l’écrivais hier, un typhon rôde… Nous avons quitté Uji trempés mais sous une éclaircie pour retrouver la grosse douche à Kyôto.
    Et ce matin, le temps qui passe au beau. Comme il s’agit d’un typhon, s’il fait beau maintenant, il devrait faire beau jusque la fin de la semaine.
    Bonne promenade en photos.
    De Kyôto,
    Madjid

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  • Lundi 9 août 2010, à Kyôto

    Lundi 9 août 2010, à Kyôto

    Quelle chaleur, par moments. Alors que j’écris ces quelques mots, j’entends au dehors le bruit des cigales et autres bestioles de l’été que seuls les corbeaux parviennent à couvrir. Il y a au Japon énormément de corbeaux. Ce matin, nous avons eu la surprise de voir un peu de pluie : le typhon numéro 4 traverse la région, nous en avons quelques miettes mais il semble qu’il ne fera que nous frôler. Pas que je sois inquiet, les typhons font partie du Japon comme Sarkosy fait partie de la France, on y est habitué, mais c’est comme Sarkosy, ce n’est pas agréable et, si on pouvait s’en passer, on s’en passerait bien. Vous me direz, la comparaison est mauvaise, car après un typhon, le temps est magnifique car il a lavé le ciel. Après Sarkosy, il est très loin d’être assuré que tout aille mieux, au contraire, le Sarkosy côtoie généralement les fumures Marine(s)… mais au rythme où il va, il est vrai qu’on ne verra trop guère la différence, juste la suite. Côté typhon, je n’ai jamais vu un typhon succéder à un autre typhon, mais de ce côté là, mon expérience est très limitée : cela doit arriver.
    Promenade hier au Shôkoku-ji, près de Go-Sho, puis le Ginkaku-ji que je me suis fais un plaisir de revoir pour la troisième fois, et que Jun voyait pour la première fois en été, verdoyant à souhait, magnifique. Et puis le Eikan-dô, avec sa pagode sur les hauteur et un des temples en cours de restauration, avec ses dessins magnifiques (autrefois, les temples étaient rouges dehors et richement peints à l’intérieur), et la promenade autours du lac. Et enfin, la San-Mon, au coeur du Nanzen-in. Tout cela à vélo, bien sûr, avec des arrêts pour regarder de petits temples et de petits jardins ici ou là.
    Bonne promenade.

    De Kyôto,
    Suppaiku

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  • Dimanche 8 août 2010 : Kyôto, premier jour

    Dimanche 8 août 2010 : Kyôto, premier jour

    Voici un premier album. Nous avons quitté Tôkyô à 7 heures trente précises en Shinkansen “Nozomi” (le plus rapide car il est direct de Yokohama à Nagoya puis de Nagoya à Kyôto, et je crois qu’il roule aussi un peu plus vite) et nous sommes arrivés à 9 heures cinquante à Kyôto où nous avons été surpris qu’il ne fasse pas plus chaud qu’à Tôkyô. Ce départ matinal m’a conduit à me lever très tôt et à veiller à bien partir de chez moi à l’heure. J’ai donc tout bien préparé, si ce n’est que j’ai oublié mon calmant contre la douleur (mon zona…). Bon, à priori, elle reste dans son coin, donc tout va bien.
    À ce sujet, j’ai eu ma mère au téléphone la semaine dernière et elle m’a dit que ma tante Simone, comme tous dans sa famille, “touchait”.
    Enfin… Aujourd’hui est lundi. Ne regardez pas trop la qualité des photos. J’ai utilisé la fonction automatique de développement RAW dans Sigma Photo Pro, et autant le manuel peut être bien, autant l’automatique est dégueulasse. Je referai ces albums à mon retour.
    En photo, Fushimi Inari, puis un tenzaru dans mon petit restaurant préféré de ce quartier, puis Hidashi Honganji, et Nishi Honganji. Pour finir avec la vue, de mon hôtel.
    De Kyôto,
    Madjid

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  • De retour sur Blogger

    De retour sur Blogger

    Conclusion de six mois passés sur WordPress.com : je n’aime pas. Peut être WordPress.org est il une solution souple et « ouverte », mais .com ne l’est pas. Les limitations sont nombreuses et de plus dés que l’on veut un peu personnaliser, il faut payer. Blogger est donc finalement la meilleurs plateforme de blog existante, où on peut faire ce que l’on veut, comme par exemple utiliser une lightbox pour présenter les photographies, ou bien encore insérer des albums photos crées dans Picasa ou Flikr. Donc, me revoici sur Blogger. Beaucoup de mes lecteurs auront perdu le fil rss, ou bien leur bookmark, j’en suis désolé, mais dans six mois on n’en reparlera plus.
    J’ai maintenant la très lourde tache de gérer les « tag », ça faisait longtemps que je voulais le faire, et il va falloir s’y mettre. Il faut dire aussi que Blogger s’est encore un peu amélioré ces derniers mois. C’est une bonne plateforme gratuite.
    Hier, il y avait un bébé qui pleurait dans le train. Cela m’a inspiré une petite histoire que je vous livre en cadeau avec ce court billet. J’espère que vous aimerez.
    Dimanche, je pars à Kyôto, pour une semaine. C’est peu, mais cela va me faire beaucoup de bien, et le temps est magnifique en ce moment. Je suis détendu. Cet après-midi, je suis allé payer mes impôts locaux, et après je suis allé chercher mon vélo qui avait été emmené à la fourrière à vélos, je l’avais comme toujours garé devant la gare. Le soleil tapait fort, le ciel était magnifiquement bleu et je ne travaillais qu’à partir de 18 heures trente. En marchant, je contemplais la richesse des feuillages, leur abondance, ce vert sur bleu qui envahit tout partout, et puis le chant des cigales, quel boucant!, c’était grisant. Tôkyô est définitivement une gigantesque ville de province, envahie d’arbres, de plantes et de fleurs qui donnent un caractère sauvage ici, campagnard là. Je parle pour les quartiers de l’est. À l’ouest, cela ressemble souvent à une gigantesque banlieue, avec beaucoup moins de charme. Encore qu’il y ait entre Nakano, Kôenji et Kichijôji de jolis coins, visiblement anciens hameaux s’étant urbanisés dans les années d’après guerre et où le temps semble s’être arrêté. Mais vers chez moi, que ce soit Kôtô ku, Sumida ku, ou Edogawa ku, on retrouve ces rues perpendiculaires, la shita machi, ou bien ces rues en désordre total, anciens chemins, vers chez moi.
    À la fourrière à vélos, comme je ne trouvais pas l’endroit ( il y a bien 5 ou 6 fourrières), j’ai demandé à un vieux monsieur qui travaillait là ( combien de fois faudra t il vous le rappeler, ici, il n’y a que des vieux, et ils travaillent longtemps… Les jeunes sont tous dans les mêmes quartiers, c’est un truc pour les touristes et les working-holliday). Il m’a conduit à « ma » fourrière, on a causé deux minutes. J’ai été l’événement de la journée : un Francais parlant japonais. Dans sa fourrière ! J’ai récupéré mon vélo. Quand je suis parti, le bonhomme m’attendait, il me souriait. J’ai trouvé ça vraiment gentil.
    Tiens, voilà, aujourd’hui j’ai passé une soirée gentille. Tout a été gentil. Et pourtant, c’est l’anniversaire de Hiroshima. Mais pour moi, aujourd’hui, 65 ans après, tout était parfait. Mon dos continue parfois de me faire mal, mais c’est plus une fatigue musculaire me semble t’il, que le zona proprement dit. Je compte reprendre la natation. J’ai tout préparé pour chercher du travail, j’ai même contacté un employeur. On verra tout cela après Kyôto, après Fushimi.
    Mon iPad commence à remplir sa fonction. C’est un bel outil. Je continue de ne pas comprendre ceux qui critiquent le clavier virtuel : j’écris avec autant que je le veux, je n’éprouve aucune fatigue. C’est juste une frappe différente, plus douce, plus légère. Mais ça marche bien, et pour rien au monde je ne reviendrais au portable, lourd, encombrant. IMac et iPad me suffisent largement. Si ce n’est que je vais devoir emmener mon vieil iBook : Apple ne reconnait pas les fichiers raw de mon appareil photo, malgré les protestations sur les forums Apple. Bref, on va emmener le dinosaure en espérant que la prochaine fois le raw Sigma sera enfin reconnu. Sans cela, l’iPad peut faire ça très bien avec l’adaptateur USB et le lecteur de carte SD ( 3000 yens…).
    Ce soir, je vais continuer à modifier liens et gadgets sur ce blog. Regardez bien les fils sur le côté : les liens sont désormais beaucoup plus politiques et cette tendance va s’accroitre. Je compte devenir le Keith Joseph dont la gauche française à besoin.
    Je ne ris qu’à moitié…
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Notes prises ce mercredi

    Notes prises ce mercredi

    Comme toujours, sur l’iPad, dans le métro, en route pour le travail. Dehors, chaleur étouffante, dedans, trop grande fraicheur. Après une semaine d’utilisation, je peux avouer que l’iPad est vraiment un objet nouveau. J’ai lu beaucoup de choses à son sujet, certaines me laissent pantois. C’est sur lui que j’ai écrit mon billet d’hier. Un billet assez long. À aucun moment je n’ai ressenti de gène ni de fatigue ; pourtant, les journalistes y sont allés joyeusement, sur la difficulté qu’il y a à écrire un texte long sur son clavier. Pour ma part, je m’y fait très bien, et j’avoue même trouver l’écriture des accents nettement plus « naturelle » qu’avec le clavier d’un ordinateur. Or, la question des accents et d’un réel contrôle de l’orthographe était pour moi la seule réserve que j’avais. Dimanche dernier, mon ami Thomas était visible sur Skype, nous avons donc bavardé, jusqu’à plus d’heure pour moi. Comme je lui disais alors, il n’y a rien de pire qu’un texte sans fautes grâce à un correcteur puissant, mais gavé d’accents manquants pour certains participes passés ou pire, pour les à. J’ai rapidement trouvé comment les accents fonctionnent et c’est vraiment bien mieux qu’un clavier.
    Je suis maintenant sur le retour. Le métro est tranquille, presque vide, pendant une longue partie du voyage, quelle chance. J’ai eu peu de cours aujourd’hui, et ma dernière élève n’est pas venue. J’ai surfé, lu des articles et parcouru Facebook. Demain, c’est ma journée la plus chargée de la semaine. Je commence à 14 heures trente et enfile les leçons jusque 21 heures trente, avec tout de même une heure de pause.
    Vendredi matin, j’ai une leçon particulière avec Hiromi, à qui j’enseigne depuis un peu plus d’un an. Elle est sympa. Dans les commentaires reçus ce jour, il y en a un de Laurent qui commence à se faire insistant : occuperais-je ma soirée et ma matinée de demain à faire quelques albums photos ? Ça fait un bail que je prévois de le faire, j’ai pris un très grand retard : c’est que ça prend quand même pas mal de temps, choisir les photos… Je vais voir ce que je peux faire.
    Mon élève à deux heures et demi est vraiment un personnage. Elle doit bien avoir quarante cinq ans, mais elle s’habille et se coiffe comme une petite fille, parle la voix haut perchée. Chez vous, de par l’Atlantique, on dirait qu’elle est folle, mais ici, elle est tout à fait ordinaire. Je crois même qu’il y a un nom pour désigner ces gamines d’un âge avancé. Au début, ça surprend, et puis après on s’y fait. Son mari est mort il y a une dizaine d’années, elle se cache derrière ce style : quatre couettes dont deux tressées, un serre tête, une combinaison short très large bleu pastel boutonnée devant, à manche courte et laissant voir les manches d’un tee-shirt, des bottines noires avec des chausses blanches en dentelles qui dépassent, les jambes nues, donc, jusqu’au haut des cuisse, la hauteur du short. Environ 45 ans. Un sac Harrods avec plein de petits nounours et, immanquables, des grigris suspendus au téléphone, rose. Il y a bien entendu le pendant de ces femmes infantiles qui rient tout le temps de leur voix de petite fille âgée, les femmes sèches. Pantalon suivant le corps trop mince, beige ou Jean repassé et comme amidonné, tee-shirt suivant le corps, et donnant l’impression d’être amidonné aussi, en été avec des gants jusqu’aux épaules sur leurs bras maigres, un chapeau visière, des cheveux non teints mi-longs qui encadrent un visage maigre exclusivement nourri au nattô, au tôfu et trois grains de riz japonais. Aux pieds, des chaussures en plastique, d’aspect robustes, roses pastelles, un téléphone avec un porte bonheur et un grigri Mickey achèvent le portrait de la femme sèche qui ne sourit jamais. L’image même de la stérilité, de l’aridité, de la sécheresse. On en avait une comme ça, à Ginza, la version féminine, en jupe. Aride. Elle, elle allait voir un coloriste qui lui avait dit qu’elle était une femme hiver. Donc, elle ne portait que du bleu ciel, du bleu pâle, du bleu grisé, du gris pastel, du pourpre pastel, du violet clair, du grisé violet, du blanc grisé et la racine de ses cheveux grisonnant était reprise en bleu. Elle haïssait les enfants, passait son temps à mettre le chauffage dans les salles de cours, même en été, elle ne savait parler de rien, ne s’intéressait à rien. Un stade avancé de dépression nerveuse, du type où l’énergie se consume d’en dedans jusqu’à ce qu’il n’en reste plus, ou éventuellement, juste suffisamment pour tuer le gamin des voisins avant de le découper, de l’emballer et de l’envoyer par la poste aux différentes sociétés en charge de la construction d’une nouvelle voie de chemin de fer qu’elle haïssait car cela allait faire du bruit, à cause de tous les gens qui allaient venir dans son quartier. C’est une des rares étudiantes que je n’ai jamais aimée.
    Bon, mon train arrive, il est temps de plier bagage.
    De Tôkyô sur mon iPad,
    Madjid

    Jeudi 22 mais 2010
    Premier billet écrit sur mon iPad, dans le métro, bien entendu. Le joujou est plutôt sympa, le clavier suffisamment grand, mais l’absence des accents est quand même pour moi un vrai problème, car malgré la très grande efficacité de l’écriture intuitive, on loupe les accents sur les “a” et sur les “u” , ce qui fait des fautes extrêmement inélégantes. Il faudrait avoir le choix d’un clavier entièrement intuitif tel qu’il est et d’un clavier avec les accents qui permettraient, avec l’écriture intuitive, d’écrire en évitant les fautes. Mais bon, c’est une limitation logicielle que Apple pourrait résoudre s’il y avait chez eux des gens qui savent écrire un minimum et connaissent la différence entre une proposition de lieu et le verbe avoir à la troisième personne du singulier… Pour mettre l’accent sur le “a”, j’ai l’astuce d’écrire “déjà” et ensuite effacer ce qu’il y a en trop, mais il faut avouer que c’est pas très amusant…
    Anyway, je suis très content avec ce nouveau joujou. Je suis épaté par la batterie qui dure vraiment très longtemps malgré la 3G et le wifi. J’ai regardé des vidéos, fait du net, etc et ce matin il restait plus de 65%
    Alors que le train arrivait à Shibuya, que j’écrivais, une annonce a commencé à tourner : le suicide quotidien a interrompu le trafic, heureusement assez peu de temps. On en a bien un par jour, et la ligne que j’emprunte semble en avoir plus que la moyenne. Pas de ces suicides qui enflamment l’imagination quand on parle du Japon, plutôt ces trucs ordinaires, le chômage, les dettes, les obligations familiales. La crise, quoi.
    Dehors, c’est la méga chaleur, la grosse cagnasse. On le sent, que le soleil est ici aussi haut qu’en Andalousie ou au Maroc : ça tape ! Il y a juste que l’humidité du mois précédent donne ici une verdure profonde, variée et abondante. Allez, j’arrive. Je vais avoir 10 minutes de retard…

    Vendredi 23 juillet
    Ça y est, j’ai compris comment on met les accents, et j’ai un peu honte d’avoir écrit des bêtises à ce sujet car c’est en fait encore plus simple que sur un clavier mécanique : il suffit soit de retenir la touche de la voyelle concernée et au bout d’une demi-seconde apparaît une bulle proposant un grand choix de voyelles accentuées, soit de glisser sur la touche et apparaît une mini-bulle avec juste 4 accents dont le plus utilisé dans la continuation du glissé : c’est en fait hyper intuitif. Très bien pensé. J’avoue que le glissé, très pratique, est quand même assez particulier car c’est vraiment « glissé », et je n’ai pas encore confiance en mon clavier pour faire… Cela étant, ça marche bien. De même pour les guillemets, la cédille, etc.
    Je suis aussi satisfait par le temps de charge. La batterie est suffisante, on peut utiliser à fond, il tient longtemps.
    On est donc à la vieille du weekend et chaque semaine un peu plus j’ai le sentiment que le temps passe très vite. Je ne sais pas trop ce que Jun et moi allons faire, mais j’ai pensé que l’exposition Gibli au Musée d’Art Contemporain, à Kiba, ça pourrait être une bonne idée. En effet, à l’occasion de la sortie de son dernier film, le musée propose une exposition de décors de dessins animés. Ça peut être bien, et comme le musée est dans le parc, on pourra picniquer. J’adore le parc de Kiba.
    Tout a l’heure, je ne sais pas pourquoi, j’ai repensé à un élève de Nova qui partait en France pour un an.
    Une fois, on avait blagué entre collègues au sujet de ses mains géantes et une collègue avait dit qu’il devait donc être plutôt bien outillé. Je me retrouvais donc face à lui, et je regardais les mains, géantes en effet. Je regardais sa tête et je lus l’inscription sur sa casquette pour la première fois. Lubriqant. J’ai eu du mal à étouffer l’envie de rire. Pour sa dernière leçon, il me dît qu’il emmenait des médicaments car, comme les Français étaient grands, les médicaments étaient trop forts pour les Japonais. Il devait bien mesurer deux mètres…
    Je pense avoir pensé à lui car il y a quelques semaines, j’en ai eu un dans le même genre, mais en version élite et crétin. Un étudiant de Tôdai, l’Université de Tôkyô. Le type qui ne pigeait pas un mot de français voulait lire Marguerite Duras ou Robbe-Grillet, ou encore Pennac. D’ici la fin de l’année. Quand je lui ai dit qu’éventuellement en prenant deux à trois heures de cours par semaine, en faisant du travail à la maison il pourrait éventuellement envisager un conversation quotidienne d’ici un an, et aborder un peu de littérature dans deux ans, il m’a regardé comme si j’étais un crétin. En matière de langues étrangères, les Japonais ne connaissent pas la mesure et n’en font qu’à leur tête car ils savent mieux que les autres, et qu’ils ont un cerveau différent. Sûr qu’à l’arrivée, on a les résultats qui vont avec. Et des écoles pompe à fric qui vont avec où ils se vont vraiment voler de l’argent.
    Pour étudier, ils ne veulent pas travailler. Ils aiment beaucoup « écouter », par exemple. Or écouter n’a jamais permis d’apprendre une langue. Tout au plus s’imprégner de sa musique. Ils adorent les listes de vocabulaire qui permettent d’apprendre des mots. La plupart sont dégoutés par leur faible niveau réels. Il y a ceux aussi qui passent leur temps à hocher la tête sans décrocher un mot ni même prendre de notes…, n’ouvrent jamais leur livre et se plaignent de ne pas progresser. Un peu partout, on voit de la publicité pour Rosetta Stone, une application destinée à imprégner, sans jamais ouvrir la bouche (c’est vendu comme ça, ici, par “imprégnation…). Un attrape nigots. On constate que les japonais se comportent en consommateurs en toute occasion. Cela vaut aussi pour tout ce qui est études. Qu’un gamin travaille mal, et c’est de la faute au professeur… ! Pour les langues, donc, on a souvent au début une méga passion, et ensuite, devant la triste réalité de l’obligation de travailler quand même un peu, l’explication courante, vraiment on n’est pas doués pour les langues… mais en fait, comme ils sont comme tout le monde, j’obtiens de très bons résultats avec ceux qui travaillent un peu comme je leur dit de faire. Ceux-ci acceptent l’idée d’ambitions réduites, mais validées. Mais en générale, ils préfèrent écouter, c’est à dire pioncer dans le train avec un Podcast de CNN sur les oreilles auquel ils ne comprennent absolument rien. De temps en temps, je leur demande pourquoi ils apprennent des langues étrangères, mais les réponses restent très évasives. En fait, la plupart ne savent pas. Un étrange passe temps…
    De Tokyo,
    Sur iPad
    Madjid