Crise : bon, c’est quand que ca s’arrete ?

C

Non, pas au Japon. En France, dans l’ouest, en pleine campagne.

La crise, Suite(s), j’aurais envie de dire… Comme je vous l’ai deja explique, j’ai decide de m’en tenir a ce que j’affirmais l’an dernier des le mois de mars, et meme il y a presque 2 ans, a savoir que ca ne va plus durer tres longtemps desormais, et que nous nous dirigeons vers une “reprise en V” (energique). Pourquoi ? Parce que je ne suis pas une girouette : je ne me suis pas trompe quand a la violence du truc (meme si je suis surpris par l’ampleur…), et si je me trompe quand a la suite, je veux le comprendre et non pas epouser un air du temps ou l’on voit les memes qui chantaient a la reussite de leur ideologie reclamer plus de regles, des subventions voire des nationalisations. Le meute m’a fait voter Chirac en 2002, on ne m’y reprendra pas. C’est comme la guerre en Iraq : la guerre etait a peine commencee que les medias francais, donc chiraquiens, annoncaient l’echec. J’ecoutais les infos a la radio, et malgre des pertes humaines importantes (je conseille a celles et ceux qui sont toujours scandalises par le nombre de morts de prendre un dictionnaire et chercher la definition du mot guerre), je constatais pour ma part au contraire que les Americains avancaient a toute vitesse vers Bagdad, ce qui, de la part d’une armee dont le budget represente pour elle seule la totalite des budgets militaire de la planette entiere… Mais, non, tout le monde voyait en chaque victime la preuve du prochain enlisement. Au meme moment, avec une couverture mediatique beaucoup plus discrete, la meme television nous presentait les “efforts humanitaires” de l’armee francaise en Cote d’Ivoire, ou bien entendu la France n’avait aucun interets ni aucune responsabilite…
J’ai decide d’appliquer la meme regle de “tete froide” a l’actualite financiere. Cela me permets de lire au milieu de ce foutoir les bonnes nouvelles economiques, et il y en a. Pourtant, une information, dont il me semble aucun media ne parle, et que J.C. Trichet a evoque ce week-end a mots extremements couverts, m’a litteralement fait froid dans le dos. Contrairement a la these d’Orlov evoquee dans un message il y a quelques jours, et meme si cette crise a d’abord ete une crise de solvabilite (aujourd’hui, malgre la crise, seuls 7 a 8% des Americains sont insolvables), nous sommes entres depuis le printemps dernier dans une crise de liquidite. On peut mesurer cette crise aux “spreads” (ecarts de taux) constates sur le marche de la dette. En temps “normal”, le spread est compris entre 0,3 et 0,8% pour des sigatures de qualite (les etats, les entreprises qui gagnent de l’argent et faiblement endettees avec une solide tresorerie… et les entreprises qui ont des interets communs avec les agences de notation, comme les etablissements financiers !). Au moment ou Bear Sterns a ete rachetee par JP Morgan, le spread a connu un premier pic et a depasse 1%, puis il est redescendu, mais pour osciler dans une fourchette superieure autours de 0,7 a 0,9%. Fin aout, alors que la crise des subprimes commencait a reveler son etendue dans les differents portefeuilles CDO (des obligations montees sur des derives de derives de derives, appeles Credit Default Obligation, ayant a la base entre autres des credits hypothecaires et dont la valeur s’accroit avec la baisse de la valeur hypothecaire…), avec impossibilite a en definir le contenu et ainsi a les evaluer, le spead s’est remis a grimper, avec un premier pic lors de la chute de Lehman, autours de 1,5%. A partir de ce moment, le spread est monte par vague successives jusque pres de 3% au moment ou les etats sont intervenus massivement. Si pour une entreprise rentable le spread est de 3%, je vous laisse imaginer les conditions proposees aux entreprises plus fragiles, et aux PME.
Les etats etant intervenus, les taux se sont detendus et on a vu redescendre le spread autours de 2%, avec des poussees ici ou la. Or, depuis preque un mois, le spread sur la dette est reparti a la hausse et cette fois de facon violente et continue : nous sommes desormais autours de 3,5%. Autant dire que dans ces conditions les banques pratiquent une tres grande selectivite.
Cette impossibilite a se financer provoque et amplifie la chute des actifs puisqu’il n’y a pas d’autres solution que vendre actions, biens immobiliers, accroissant d’autant les possibilites de s’endetter puisque la valeur generale a decru. C’est ainsi qu’il n’y a pas d’autre issue que la nationalisation : une banque qui ne vaut plus rien, comme Citibank (de 50USD a moins de 2USD l’action en deux ans : l’encourt de la dette geree par Citi est proportionel a la valeur de Citi, berf, Citi a emis du credit a l’epoque ou elle valait 50USD… Imaginez donc les boulet, maintenant), ne peut faire son travail que si de nouveau son activite est garantie par quelque valeur correspondante, en l’occurence l’etat.
A 3,5% de spread, il est quasiment impossible de restructurer sa dette, de gerer sa tresorerie. Comme le disait Trichet a mot couverts ce week end, la distribution de credit se ralenti dramatiquement depuis quelques semaines. Ma comparaison avec le typhon se trouve tres juste : ca a souffle fort a l’automne, on a eu le coeur en decembre-janvier, on est en train de rentrer dans la queue du typhon, generalement pire, car le ciel s’est charge d’une grande quantite d’eau et d’electricite, et par ailleurs la pression redevient normale apres cette apotheose depressionnaire, provoquant des vents d’une violence inouie. On attend desormais le CAC a 2200, sous une semaine au dire de certains statisticiens. La tres bonne nouvelle est qu’il semblerait que beaucoup de calls (options d’achat) soient places dans ces zones la depuis un certains temps. Maintenant, a 2200 points, quand il etait a pres de 6000 il y a moins de deux ans, cela represente une perte de valeur de 2/3, avec des consequences inevitables en terme de richesse, de credit, de consommation. Or, les taux des banques centrales sont au minimum et elles ont deja pas mal eponge de produits toxiques, leurs marge de manoeuvres sont proches de zero.
Il est grand temps de redevenir VRAIMENT Keynesien. Fermer les bourses une semaine, nationaliser les banques et separer les activites de gestion de biens, asset management et les metiers de la banque (comme avant la revolution reaganienne), proposer aux epargnants une alternative a travers des placements obligataires d’etat destines a refinancer la dette publique. Reformer les regimes sociaux en regimes de revenus garantis, comme ce fut fait a la liberation. Racheter la moitie de la valeur des credit hypothecaires aux emprunteurs. C’est couteux ? Oui, mais seul l’etat a la capacite a soutenir l’economie pour une valeur approchante de sa depreciation. Ca fait de l’inflation ? Oui, mais aujourd’hui, ce n’est pas l’inflation, c’est la deflation (baisse de la valeur des bien entrainant une diminution de la quantite de monnaie en circulation, donc de la production, donc une augmentation du chomage, donc une baisse de la consommation, donc une baisse de la valeur…). Je raconte n’importe quoi ? Peut-etre, et Roosevelt fit n’importe quoi, aussi… Si tres rapidement des mesures de type administratives sont prises, l’economie a encore le ressort necessaire a sa propre mutation, et on touchera le fond cette annee en repartant cette annee (mais certainement pas a l’identique, et sans augmentation significative de la bourse…). Si ces mesures tardent, les depressiations s’etendront a l’ensemble de l’economie, puis a toutes les entreprises et pour finir aux etats dont les efforts actuellement, ridiculement insuffisants, s’apparentent a jeter de l’argent par les fenetres : a quoi sert de depenser 100 pour compenser une perte si la perte est de 1000 ? Pour Keynes, perdre 1000 necessite d’injecter 1000, en escomptant que cette depense creera en elle meme sa propre dynamique qui permettra de retrouver sa mise. A l’heure actuelle, nous accumulons une dette sans que celle-ci produise la croissance necessaire a son remboursement.
Bref, il ne nous restera peut-etre que la revolution… mais la, l’illusion de s’en sortir accrochera encore plus les gens au peu qu’ils ont. J’espere juste qu’on echappera au four a micro-onde geant.
Pas optimiste ? Il me semble que les chefs d’etat commencent a mesurer l’ampleur du machin… Les populations, dans leur ensemble, pas encore. Beaucoup, quand on leur dit que ca ne va pas, ne voient que la bourse qui chute. Ils ne voient pas les consequences en terme de quantite d’argent : s’il n’y a plus d’argent, il n’y a plus de consommation. Et donc leur patron n’aura prochainement plus besoin d’eux… Le probleme entre une economie keynesienne et une economie deregulee est que la deregulation est un canevas lentement tisse. Le keynesianisme necessite une mise en place rapide afin de mettre a installer LA limite aux depreciations. Le probleme est que l’esprit de nos dirigeant est tisse du canevas de la deregulation…
Que voulez-vous, les jeux sont faits… Je continue de croire que la solidite des grandes entreprises, les nationalisations en cours, le plan Obama et les fortes baisses des matieres premieres permettront de limiter la casse et de repartir plus vite que prevu. Cette fois-ci. Le risque d’entree en deflation prolongee existe aussi…
Tant qu’on aura de l’electricite, on pourra se connecter a Facebook pour se faire plein d’amis !

Il fait gris, ici. Il fait froid de nouveau. En fait, c’est desormais la lente transition qui conduit au printemps qui vient de commencer.
De Tokyo,
Suppaiku

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

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  • Le pire c’est quand même : < HREF="http://www.southpark-tv.com/episode.php?id=173" REL="nofollow">plus d’internet<>Je ne cois pas à ton hypothèse du V. Le choc psychologique est trop fort. Même les personnes à l’abri de la crise ont stoppés leurs consommations. Ma petit cambodgienne du pressing me le disait déjà il y a 6 mois. Puis, les restaurant parisiens se sont vidés, surtout à midi. Les personnes font le dos rond, rentrent dans leur coquille, attendent que le typhon passe en espérant ne pas être trop touché. Mais impacté quand même, plus de stock option, des plan d’épargne entreprise en chute libre.

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