
Voilà, Suppaiku est mort à la fin de la semaine dernière. Et avec ses adieux, c’est la fin d’une longue aventure commencée par un pseudo de connection sur le site japonais.org en 2000, devenue un blog à l’occasion de mon voyage au Japon à l’automne 2004 et continuée avec mon installation au Japon en février 2006.
Voilà, Suppaiku est mort à la fin de la semaine dernière. Et avec ce départ, c’est la fin d’une longue aventure commencée par un pseudo de connection sur le site japon.org en 2000, devenue un blog à l’occasion de mon voyage au Japon à l’automne 2004 et continuée avec mon installation au Japon en février 2006.
Ce pseudo et ce blog auront traversé de nombreuses étapes de ma vie. Mon inscription en dilettante à l’INALCO en 2001, mes contributions au site japon.org et ces repas qu’on organisait régulièrement dans des restaurants japonais de Paris, mon voyage en 2003, celui de 2004 et celui du nouvel an 2005, celui de l’été 2005 à Kyoto – magique, je pense que c’est vraiment là qu’a germé l’idée de m’installer au Japon. Et puis le grand saut en 2006.
Suppaiku s’est mis à documenter sa vie en écrivant et en photographiant voire même en vlogant et en podcastant. Jamais de façon bien sérieuse, jamais de façon bien construite.
Pour tout dire, j’étouffais à Paris. Je voulais tourner une page. J’avais tenté une première fois l’aventure en partant à Londres, mais je n’étais pas vraiment prêt, et il y avait encore des choses, des questions pas réglées. Alors je suis revenu.
Le Japon avait été un long serpent de mer dans mon existence. J’en ai lu, des romans, vu, des films, visité, des expositions. C’est à Londres que le désir s’est fait plus pressant. De retour à Paris, j’ai commencé un DULCO (que je n’ai pas terminé, trop difficile avec le travail à côté, mais que de souvenirs, je me revois, le soir, foncer sur mon vélo pour prendre mes cours à Dauphine…).
À cette époque, sans être alcoolique, j’avais ramené de Londres la fâcheuse tendance de ne pas savoir m’arrêter de boire. Mes amis Nicolas et Stéphane pourront témoigner que parfois je me torchais de façon morbide. Et morbide, ça l’était, j’en suis parfaitement conscient maintenant.
C’est qu’un pédé de mon âge a forcément des souvenirs. Le SIDA nous a frappé en pleine gueule quand on était jeunes, très jeunes. Le Paris Match, j’avais 17 ans. J’ai commencé à fuir en moi, dans ma vie, à ne jamais me fixer, j’ai traversé des périodes où je me terrais chez moi, je me suis mis à errer la nuit. J’ai vécu cette époque comme un passager embarqué dans un train dans lequel il n’avait pas choisi de monter, et progressivement, je me suis perdu. Le shit, l’alcool et mes errances sont devenus des compagnons, des patchs pour tenir.
Au fil du temps, je me suis retrouvé à ne plus pouvoir mettre les pieds dans un établissement gay sans m’être complètement torché avant. Le sujet revenait en analyse. C’est de cette façon que je suis devenu séropositif, j’ai pas vraiment fait attention. Il fallait vraiment que je parte, que je tourne la page d’une décennie que j’avais traversé seul dans ma tête, sans être capable d’en parler réellement, et par « parler », j’entends partager.
Ce blog a été incroyable car je pense y avoir partagé l’essentiel.
Lors de mon avant dernier passage à Paris, « ça » a fait tilt dans ma tête. J’étais passé au bar où travaillait Lalla, et je m’étais retrouvé à trop boire sans même m’en rendre compte. Avec le décalage horaire, je n’étais vraiment pas bien. Je ne devais pas être très agréable en fin de soirée…
Je suis ensuite allé au Dupleix où j’ai pris une dernière bière avant de rejoindre mon hôtel. Un joli petit mec est venu me parler, il était tout mignon et avait un petit chien dans ses bras. Je me suis excusé, lui ai expliqué que j’avais vraiment trop bu, il m’a donné son Whatsapp et je suis parti. Enfin, j’ai fui. Je me suis trouvé vraiment très nul, et en même temps, dans ma tête quelque chose s’est d’un seul coup débloqué.
Dans le taxi, je me suis mis à rire. « tilt ». La suite de ce séjour, j’ai été très sage, même quand je buvais.
Je me suis défait de ma fatigue de Paris ce soir là, en en mimant le souvenir de la façon la plus caricaturale, et en rentrant à Tôkyô, j’ai commencé à envisager de rentrer en France.
Et puis il y a eu le Covid…
Cette soirée nulle à bien des égards est devenue un bon souvenir, peu glorieux mais amusant. J’ai ma place à Paris, et en réalité de toute façon, je préfère nettement le Perrier à la bière. Les grosses beuveries, je les réserve pour mon ami Stéphane, il a toujours de ces trucs à partager… Je blague, enfin, à moitié, on dira, vu qu’il habite maintenant à Bordeaux…
Ce n’est finalement que l’an dernier que j’ai pu me décider à rentrer en France, ce que je ferai dans un an. Ben oui, avec le Covis, le Japon a été fermé pendant trois ans. Suppaiku a commencé à s’effacer en moi à partir de ce moment-là, et Paris s’est mis à me manquer. Progressivement, c’est Tôkyô qui s’est mis à m’étouffer. J’ai fait le tour, comme on dit…
Suppaiku s’est évanoui et sans bruit il s’est fait plus absent, et sur ce blog, et sur les réseaux sociaux.
J’ai décidé de rentrer en France l’an dernier donc, je rentrerai l’an prochain. Il ne me restait donc plus qu’à « tuer » Suppaiku. Je mets des guillemets, car la mémoire de Suppaiku subsiste, et ce personnage de blog inspiré de Spike, le héros de Cow Boy Bebop, né l’année de mes 35 ans est celui qui a donné naissance à ce que je suis aujourd’hui, prêt à affronter un retour qui s’annonce extrêmement difficile car justement, je n’ai plus 35 ans.
Suppaiku ainsi que Le Blog De Suppaiku disparaissent, mais ils subsistent en tant qu’archive sur ce blog.
J’ai laissé pousser de nouveaux désirs en moi, de nouvelles envies, et pour tout dire, je ne vois pas trop ce que Suppaiku aurait à faire avec. Madjid, oui.
Le nouveau nom de ce site n’est pas un pseudo, même si je l’ai conçu comme un pseudo. C’est une situation qui laisse la place à son auteur. Madjid. Madjid Ben Chikh.
Je vous remercie de m’avoir suivi toutes ces années. Ce billet est le dernier d’une aventure commencée en août 2004, en préparation à mon voyage de 7 semaines à l’automne 2004. Avec Suppaiku, je vous ai raconté beaucoup de choses, et je continuerai à le faire, mais vous vous en doutez, c’est la « page Japon » qui est tournée, et c’est celle de mon retour qui commence.
So Long, Space Cow-Boys…

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