Auteur/autrice : Madjid Ben Chikh

  • Le dernier jour de l’hiver…

    Le dernier jour de l’hiver…

    Ici, tout est noir, ce qui est inhabituel. Les temple original date du 17e siecle…

    C’est aujourd’hui. Net, clair précis. À moins que le temps, dans un caprice dont il est familier au Japon, ne change encore d’avis et nous replonge encore une fois dans cet hiver dont nous ne parvenons pas à nous défaire. C’est qu’il collant, le salopard, cette année… Ce matin, on devait être à peine au-dessus de 5°C, et dans la nuit, on a du frôler le 0 ! Mais cette fois, ça a l’air d’être la bonne ! À partir de demain, le soleil va refaire son apparition, pour au moins quelques jours, avec des températures plus douces, au-dessus de 12°C… On n’en peut plus de cette grisaille. Un conseil : si vous venez au Japon en hiver, évitez mars, et privilégiez janvier. Ça se dérègle vraiment à partir de février.
    Cette année, toutefois, on n’a vraiment pas à se plaindre, il a fait beau quasiment sans discontinuer de décembre à février, et les températures ont très souvent été incroyablement douces. Ma note d’électricité a été moins chère de 3.000 yens en janvier, et de 1.000 yens en février. La prochaine sera certainement identique, voire un peu plus chère, mais dans l’ensemble il fait beaucoup plus doux cette année. On n’a même pas encore eu de tempête. Avec Jun, nous avons eu l’occasion de beaucoup marché le long de nos dimanches. Kamakura, Kôtô-ku, Kôenji, Kochijôji, Shinjuku Gyôen… Je crois que c’est pour cela que je suis impatient de revoir le ciel bleu et les premières fleurs de février. J’ai beaucoup vu les arbres dénudés et tristes de l’hiver, et ces feuilles au vert passé presque jaune, usées, des arbres aux feuilles persistantes. Je veux revoir le vert pimpant du printemps. L’hiver me dégoûte presque, comme le simple fait d’y penser m’avait dégoûté l’an dernier, au début de septembre. Ça ira mieux l’an prochain, c’est juste celui-ci qui a été un peu dur à passer. Mon premier hiver sans être au chômage depuis trois ans…

    Le dernier jour de l’hiver…

    Le tigre japonais ressemble, sur les amulettes, generalement a un gros chat tigre…

    Par la fenêtre du métro, enfin, du train car nous venons désormais de quitter Tôkyô, je vois la pluie qui dégouline, et puis dehors cette grisaille et cette visibilité brouillée, l’horizon blanchi. Partout, les herbes reverdissent. La pluie, ici, c’est l’été qui revient…
    Je vous parlais de l’économie du Japon dans deux billets récents. Ce que je vais rajouter ne change rien au fait que la question de la dette est désormais insolvable, mais sur le front économique, la reprise est désormais visible. Depuis quelques semaines, la publicité fait son retour dans les wagons de la ligne Tôzai. Et puis là, c’est très net, à la télévision, sur Asahi, la publicité se diversifie comme je ne l’avais pas vu depuis au moins deux/trois ans. De nouveaux, les appareil-photos Lumix avec l’incontournable Ayumi, première star japonaise à apparaître avec les épaules carrées revenues à la mode depuis l’an dernier dans le reste du monde. Et puis les voitures, et puis l’électroménager, et puis les plats tout prêts… Ça peut pour vous sembler très banal, mais sachez que la tranche du matin, pendant au moins un an et demi, ça a été du télé-achat (le lot de 9 valises souples pour ranger le linge à la fin de la saison, les ceintures chauffantes pour les genoux avec renfort élastique pour faciliter la montée des escaliers…) pour les plus de 50 ans, des perruques pour les mêmes (Renaissance, Prima-Donna), des implants capillaires (Rêve 21), transformant la tranche horaire en une succursale de salon du troisième âge, une sorte de programme minimum publicitaire. Depuis hier matin, c’est nettement plus dynamique, et ça m’a vraiment surpris. Un peu comme si je redécouvrais le journal du matin. Si on peut appeler ça un journal, mais bon…Il est vrai que les exportations ont bondi de 46% en décembre sur un an, ce qui est la meilleure performance depuis une quarantaine d’années. Quand je vous dis que la crise est terminée (je suis de formation plus marxiste que néo-libérale ou keynésienne, et pour moi, des profits en hausse, c’est une économie qui se porte ; et pour les gauchistes ronchons qui voient des chômeurs partout, je leur rappelle que le but du capitalisme n’est pas le plein emploi, mais simplement la maximalisation du profit et, que de ce côté-là, on est plutôt en plein boom économique). En espérant que le retour de l’activité économique rendra plus facile l’ajustement économique et le rééchelonnement de la dette.

    Le dernier jour de l’hiver…

    On peut maintenant en croiser plus de deux par jour, comme a Paris. Seuls. Sans RMI…

    Dehors, c’est désormais une tempête de neige. Je vous l’ai dit, que l’hiver ne voulait pas nous lâcher. Il s’accroche.
    Le nouveau gouvernement travaille bien, réforme beaucoup. Il a fixé un cap extrêmement ambitieux de réduction des émissions des gaz à effet de serre, je crois –25% en 2020 par rapport à 1990. Certains ont critiqué, dans le monde, que ce soit encore insuffisant, mais quand on sait que les précédents gouvernements n’ont rien fait, je trouve que c’est quand même pas mal, sans compté que quand on va vraiment commencer à réduire les émissions, on continuera de façon presque automatique. Pareil pour l’énergie solaire, le marché décolle ici, grâce aux incitations fiscales visiblement très importantes, renouvelées je crois pendant les 10 années qui suivent l’achat.
    Hélas, cet important travail législatif qui n’en est qu’à son début est pollué par les « affaires », essentiellement celles ayant éclaboussé le chef du Parti Démocrate, Ichirô Ozawa. Des histoires d’argent, de sociétés fictives destinées à financer ses activités politiques : la presse ne le lâche pas, mais le vieux ne veux pas lâcher. Le Premier ministre a lui aussi eu son « scandale », mais vite oubliée face à l’énormité du scandale Ozawa. Hatoyama appartient à une famille très riche, et d’ailleurs son grand-père a lui-même été Premier ministre. Sa mère lui a régulièrement versé de très fortes sommes d’argent qu’il n’a pas déclarées aux impôts. Ce n’est pas vraiment un scandale et cette affaire seule n’aurait pas suffi à ternir l’image du Parti Démocrate, mais avec le scandale actuel, ça tire la majorité vers le bas. D’autant qu’une promesse de campagne, demander aux USA de déménager leur base d’Okinawa, s’avère beaucoup plus difficile à réaliser que prévu. Or, le Parti Social Démocrate du Japon (membre de l’Internationale Socialiste), qui siège au gouvernement, est bien décidé à ne pas céder sur ce point, alors que d’autres mettraient bien cette revendication aux oubliettes. Les spéculations vont bon train sur l’explosion de la majorité après les élections sénatoriales de l’été. La vie politique japonaise reste pour moi un mystère tant elle repose sur des hommes et non des idées…D’ailleurs, c’est ainsi que l’histoire est enseignée, et la télévision privilégie la vie des puissants dans l’histoire et ignore superbement la vie du peuple. Quand aux feuilletons « contemporains », désormais tirés de mangas à succès, ils ignorent le chômage -je veux dire, la réalité du chômage-, la pauvreté –je veux dire la vraie pauvreté, pas la pauvreté qui 頑張る-, les filles mères, les avortements, le SIDA, les étrangers –réduits à une sorte de décors pour mariage réussi, intermède amusant s’il parle japonais / le héros ne sait pas parler anglais, ou signe de distinction (chef de restaurant, photographe…). Ces feuilletons ne parlent pas de la vraie vie et je suis souvent frappé de constater que certains animés sont bien plus réalistes. Ça me fait penser au kabuki et au jôryuri : les marionnettes sont souvent bien plus « naturelles » que les acteurs de kabuki qui ont dès le 18e calqué leur jeu sur celui des marionnettes…
    Incroyable, cette neige qui tient.
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Heure de pointe

    Heure de pointe

    Voilà, la « journée » est terminée. Dehors, toujours le même temps quasi-hivernal. Pourtant, hier, il a fait incroyablement beau. Ma sinusite est installée, je dois retourner chez le docteur la semaine prochaine. Elle semble désempirer, mais il m’arrive d’avoir une joue qui chauffe, ou un élancement dans le nez, ou bien encore une vague douleur au-dessus de l’œil, le tout bien-entendu assorti de démangeaisons dans le nez, et généralement le nez bouché. J’ai trouvé un spray qui fait des merveilles et me libère le nez pendant quelques heures. Enfin, je dis sinusite, je pense plutôt que c’est une inflammation de la colonne nasale provoquée par une allergie. Depuis que je suis arrivé au Japon, j’ai traversé plusieurs périodes où ma respiration a été mise à rude épreuve. Je ne parle pas des poumons, je parle du nez. Méga-allergie il y a deux ans, après la grosse tempête à Shinjuku Gyôen en février (je me souviens encore, pendant un mois, cet air épais mêlant pollen et sables venant de Chine, où l’on bétonnait à qui mieux mieux pour les Jeux Olympiques). Et puis il y a un an et demi, et aussi mes rhumes extrêmement courts durant à peine deux jours mais avec beaucoup de fièvre. La climatisation, ça peut être vraiment terrible. 夏風邪, les rhumes d’été. Là, c’est du côté des narines donc.
    Je viens de passer à l’Institut Franco-Japonais, j’y ai rapporté deux vidéos et un roman que je n’ai pas lu. Un Tanizaki. Mais ça m’a vite gavé. À côté de moi, un type qui dort en ouvrant la bouche. Il pue l’ail. Ça ne donne pas envie de manger des ramen…
    J’ai donc eu ma première leçon au sujet de la dette du Japon à partir de l’article du FT. C’est marrant, c’est l’élève qui travaille pour une assurance qui a continué à sourire malgré tout, plutôt fataliste. Kôji, un élève que j’aime bien et qui travaille et qui est Asset Manager s’est mis à tirer une sale tête, il a compris la situation en environ 5 minutes. Oui, il n’y a pas de solution, le Japon va faire faillite, et c’est leur épargne qui va disparaître. Il faut bien solder la « bulle », c’est donc le peuple qui va payer. Mais ce qui est étonnant, c’est que ces informations pourtant disponibles ne sont pas dans les journaux économiques Japonais, où en revanche on se lamente sur la Grèce…Je vous joins l’article du Financial Times, vous verrez, c’est imparable. L’épargne a commencé à décliner au Japon. Le gouvernement doit trouver des capitaux sur les marchés internationaux. Les Bonds japonais rapportent 1,30% mais le marché international est plutôt à 3/4% sur 10 ans. La dette représente 220% du PIB (Grèce, 95%). Dans les années qui viennent, le besoin de capitaux va augmenter avec le vieillissement de la population. Le Japon va donc devoir s’endetter à 4%, et donc la dette va augmenter proportionnellement (on estime 280% à 300% probable).
    Ce n’est pas rationnel. Personne ne prêtera à un tel pays, qui plus est menacé d’un énorme tremblement de terre.
    Les Japonais ont le droit de savoir que leurs élites les ont ruinés. Mais ces mêmes élites contrôlent la presse.
    Ça va vraiment faire mal…
    De Tokyo,
    Suppaiku

    En bonus, l’article que j’ai donne a mes eleves. Mais il y a bien pire…

    Japan taps up Europe to fund debt

    By Robin Harding and Lindsay Whipp in Tokyo

    Published: February 22 2010 15:53 | Last updated: February 22 2010 19:09

    The Japanese finance ministry’s debt management team is in Europe this week, on its first investor relations trip of 2010, seeking out new investors for the developed world’s most indebted government.

    With nearly 95 per cent of its debt snugly held at home – helping to keep benchmark 10-year yields at a negligible 1.34 per cent – it would hardly seem worthwhile for the MoF to make such an effort; particularly at a time when the Greek crisis has shaken investor confidence in sovereign debt.

    However, it wants to secure future investors for good reason.

    The share of Japan’s $9,670bn national debt owned by Japan Post Bank and Japan Post Insurance is in decline despite the postal system devoting ever more of its balance sheet to government bonds.

    A Financial Times analysis of the postal bodies’ accounts shows that, while they continue to buy more government bonds and financing bills, their share of the market peaked at 29 per cent in September 2008 and has already fallen by almost a full percentage point.

    The publicly-owned postal system has been the largest net buyer of Japanese Government Bonds (JGBs) in recent years. Now that it is ’full up’, Tokyo will have to court less reliable private investors, including foreigners, to fund its debt.

    “The issuing authorities would want to attract stable foreign investors rather than [speculative ones], but that is difficult with interest rates so low,” said Stefan Liiceanu, a senior strategist at Barclays Capital in Tokyo. “They will also have to convince investors that fiscal consolidation is truly on the policy agenda.”

    Recent calls for JP Bank to diversify its investments away from JGBs by Shizuka Kamei, minister for financial services and postal reform, has also raised concerns among investors.

    This could put a dampener on any additional demand for JGBs the government could see if it decides to lift the Y10m cap on an individual’s deposits with JP Bank.

    Lower postal buying does not mean that Japan is struggling to sell its bonds – interest rates on ten-year JGBs remain low and stable – but it does increase the risk that rates will have to rise to attract yield-hungry private investors in the future.

    Japan’s postal savings, postal insurance and public pensions have been big buyers of government debt since 2001, when a reform allowed them to manage their own funds instead of depositing them with the Ministry of Finance. Postal savings’ share of the government’s debt rose from around 6 per cent in 2001 to 20 per cent by 2007, when JP Bank became a separate company, and its JGB holdings were merged with those of private banks in official statistics.

    Analysis of JP Bank’s balance sheets since then shows that it has not kept up with the surge in debt issuance to fund Tokyo’s fiscal stimulus. From March 2008 until the end of 2009, the share of JP Bank’s assets invested in government debt rose from 74 per cent to 81 per cent, but its share of the market fell. Japan Post Insurance has upped its JGB holdings from 61.3 to 65.5 per cent of total assets but its share of the market has also dropped.

    Both JP Bank and JP Insurance are suffering a structural decline in deposits. Total assets at JP Bank have fallen by 8 per cent since March 2008. Deposits at the bank have fallen for at least five years in a row and 2010 is a key year for deposit redemption.

    Barclays’ Mr Liiceanu estimates that Japan Post would need at least 4.5 per cent annual growth in its deposit base to maintain its current JGB ownership share over the period to March 2023. Given the recent drop in deposits, this looks like a difficult task.

    Mr Liiceanu says the shrinking balance sheets of public financial institutions are becoming a restraint and private domestic demand for JGBs cannot be expected to continue indefinitely at such low yield levels. Pension funds are also starting to pay out more and more as the population ages, reducing their ability to buy JGBs.

    The main buyers of JGBs are now private Japanese banks and insurance companies. Banks are buying to meet new liquidity rules, because they lack alternatives in deflationary Japan and as they have excess deposits due to a lack of demand for corporate loans. Meanwhile insurers are buying JGBs to better match liabilities that they will have to mark to market from 2013.

    There is a risk that private-sector bank buying could peter out, notes one bond salesperson at a domestic brokerage. Banks, which already have “huge profitable” JGB portfolios, could start to take profits, and if companies start investing again as the global economy recovers, that would lead to an outflow in corporate deposits.

    Koji Shimamoto, chief strategist at BNP Paribas says: “I think the risk for JGBs will come after 2012 or 2013 because institutional change [at banks and insurers] will have peaked out and – the most essential point – because of Japan’s population ageing.”

    Copyright The Financial Times Limited 2010.

  • Métro du soir, métro du matin

    Métro du soir, métro du matin

    Métro du soir (jeudi)
    Mon travail ne me plaît pas du tout, essentiellement pour des raisons financières. Je ne vis que pour payer mes factures. Enfin, c’est le sentiment que j’ai. Demandez autour de vous, vivre avec 200,000 yens par mois, à Tôkyô, ça ne fait pas lourd, surtout quand on doit en déduire les impôts locaux et la sécurité sociale. Mon loyer est plutôt correct pourtant, autour de 80,000 yens. Mais bon, hein, c’est comme ça, et je ne suis pas le seul à tirer la langue. À Paris, je ne payais pas de loyer, mais si j’avais dû en payer un, je n’aurais jamais pu voyager comme je l’ai fait. Quelle chance c’était…
    Je suis en train de rentrer dans la phase « post-adaptation ». Je commence à m’habituer à mon travail, à son rythme, et je caresse même l’idée de m’y faire, en espérant trouver un deuxième poste, quelques heures. Parce que si je ne parviens pas à joindre les deux bouts, et je vous assure, je n’y parviens pas, d’un autre côté, moi, j’aime bien mon temps libre, et ça, un travail « normal » ne me le donnerait pas. Alors voilà, je traverse des moments où je ne souhaite qu’un truc : trouver une école plus près de chez moi, pour ne plus me taper deux heures de transports par jour et continuer à enseigner. Parce que tout ce temps libre, c’est quand même une aubaine. Mais ce temps libre a son revers : je ne serais pas capable d’aller en France cette année encore.
    J’ai vu quelques images de la tempête qui a véritablement saccagé l’Ouest. Et puis j’ai vu des images du Chili. Il y a des week-ends comme ça. Ici, aux infos, ça avait commencé par un très gros tremblement de terre (plus de 7) à Okinawa, mais heureusement sans gravité. Et puis la tempête, et puis le tremblement de terre, et puis le tsunami sur les côtes d’Amériques latine, le tout s’achevant dimanche soir par l’arrivée du tsunami dans le nord du Japon. Dans certains endroits, presque 2 mètres. Le récit à la télé faisait très fait divers. Presque comique. Et comme toujours les gens n’ont retenu que « le tsunami ». La télévision ne montre du tremblement de terre que les scènes de pillage…
    La semaine dernière, Jun et moi sommes allées nous promener dans l’est, je voulais voir les pruniers en fleurs à Yushima Tenjin. On est descendu à Nihonbashi où les coureurs du marathons faisaient de leur mieux. Quel idée, un marathon, par un temps pareil. Ce pays fait décidément tout n’importe comment : pourquoi pas en mai, ou en octobre, quand il fait bon. Là, ils ont du, comme chaque année, démarrer sous la pluie, dans le vent glacé. Heureusement toutefois, le temps s’est progressivement éclairci.
    Métro du matin (samedi)
    Nous avons marché, longé la grande avenue, Mitsukoshi, Kanda, et bifurqué pour aller au temple confucéen de Ochanomizu. Il est tout noir, a été reconstruit mais a été originairement construit par un Tokugawa, si je ne me trompe pas. Nous avons continué la promenade avec Kanda Myôjin, un grand sanctuaire, autrefois considéré comme le sanctuaire protecteur de tout Edo. Nous y étions passé Jun et moi il y a peut-être quatre ans, à l’époque où, travaillant le samedi jusque vers 18 heures nous avions pris l’habitude de faire de grandes promenades de nuit. On avait du faire à peu près le même trajet, finalement. Mais la nuit, le sanctuaire déserté avait quelque chose de magique. De jour, ces endroits sont toujours plus ordinaires. Enfin, je veux dire pour un Tokyoïte comme moi…On a continué comme prévu jusque Yûshima Tenjin, un sanctuaire vers Ueno. Il s’agit du sanctuaire « frère » du sanctuaire Yûshima à Kyûshu. J’ai entendu dire qu’il y en a trois dans le Japon. On en a discuté avec Jun et il semble que Kitano Tenmangu à Kyôto soit le troisième, mais je n’ai pas du tout ce souvenir ni même ce sentiment. Et puis, Jun et le Shintô, ça fait deux. Il est plutôt athée, mais il a grandi dans une famille protestante. Ça fait une très grosse différence…Tout ça pour dire que ces trois sanctuaires sont réputés très efficaces pour réussir ses études. À voir le nombre de plaquettes accrochées avec leurs vœux à différents endroits du sanctuaire, le Japon doit être rempli de génies à ne plus savoir qu’en faire… Hélas, la protection des dieux n’opère pas ici sur les pruniers. Les vents violents de la veille, les fortes pluies ont eu raison des fleurs dont désormais les pétales recouvraient la terre. C’est dommage, c’était sensé être le « peak » de la floraison des pruniers. Les rares pruniers en fleurs étaient masqués par les yatai (petits baraquements où l’on vend à manger, à boire, des souvenirs, etc) qui avaient du en fait les protéger des intempéries.
    On a continué notre promenade en revenant à son point de départ, à Nihonbashi. On est passé par des rues parallèles, où ne roule aucune voiture.
    Le dimanche passe très vite, et le lundi encore plus vite, d’autant que je dois y donner des cours particuliers. C’était la journée sans immigrés, j’ai donc « vidé » mon ancien blog ce jour là. Ça m’a pris pas mal de temps, mais je voulais que la bascule soit réussie dès le mardi matin. J’ai également décidé de ne pas utiliser Aperture qui est incapable de traiter les fichiers RAW de mon appareil photo. Ce sera donc pour un moment Lightroom, avec exportation dans iPhoto, utilisé comme une bibliothèque.
    Comme chaque semaine, c’est passé très très vite. Aujourd’hui, je commence à 11 heures et je finis à 15 heures.
    Métro du soir, métro du matin. Et dans quelques heures métro du soir…
    De Tôkyô
    Madjid

  • De quand on va se mettre à parler du Japon…

    De quand on va se mettre à parler du Japon…

    Poupees anciennes de forme “occidentales”

    Le Japon n’occupe plus le devant de la scène. Les chanceux ont bien profité des années 80, les curieux et ceux que j’envie le plus ont vu le Temple Kyômizu à Kyôto sans un touriste il y a une centaine d’année. Le Japon d’aujourd’hui n’attire plus que pour certains signes savamment entretenus non seulement par la presse occidentale mais également par la presse japonaise.Il attire des post-adolescents attardés qui refusent de vieillir et sont près à s’enfermer dans les mondes du manga, de l’animé, du jeu vidéo et plus récemment du dorama et de certaines idoles particulièrement formatées pour répondre aux attentes de ces puceaux à vie. Vous me direz « pourquoi pas », et je vous répondrai certainement « pourquoi pas en effet ». Mais quand vous regardez le caractère abyssal de la dette japonaise, plus de 220% du PIB (pour vous donner une idée, dites vous que c’est le 2e PIB du monde, juste après les USA…) financées grâce aux économies de la génération du baby boom, et quand vous regardez le vieillissement, plus de 35% de la population a plus de 60 ans, et quand vous prenez en compte ces 20 dernières années où règne une déflation qui a érodé la valeur de tout, vous vous dites, mais jusqu’à quand ça va durer ? Car il ne faut pas se leurrer, le temps du Japon est arrivé. Pas celui de la grandeur, non. Celui de la chute totale, le moment où ce pays va régler l’ardoise de la plus folle bulle spéculative de tous les temps, et qui a produit la plus volumineuse dette souveraine de tous les temps. Je veux parler de la faillite de l’état japonais.
    En fait, et malgré les réels efforts du présent gouvernement de couper les dépenses inutiles du clientélisme de l’ancien parti au pouvoir, le Japon sera obligé cette année d’emprunter plus qu’il ne remboursera. Cela s’appelle, techniquement, une faillite. Mais vu le caractère particulier de sa dette, une dette financée par l’épargne, le gouvernement japonais pense avoir encore la possibilité de se tourner vers les marchés internationaux. La semaine dernière, des émissaires du ministère des finances ont donc fait le tour des capitales européennes. Cette information, bien entendue, n’a à aucun moment été diffusée à la télévision. Surtout ne pas parler de cet échec. Les lendemains seront très brutaux. Pourtant, autant Bloomberg que le Financial Times rapportent les faits. Les observant depuis des mois, je regarde la mise en place de cette spirale de la mort qui se met en place, non sans y voir vu au passage l’effet de considérations politiques évidentes. La droite voulait privatiser la poste, le plus gros portefeuille d’épargne au monde, celui qui permet de financer cette dette gigantesque et la gauche a gelé cette privatisation. On ne lui fera pas de cadeaux malgré des coupes budgétaires généralement saluées. Mais couper les crédits du bâtiment pour créer une allocation d’aide à l’enfance et réaliser la gratuité totale de la scolarité jusqu’à 16 ans n’a jamais plus aux agences de notations. Standart and Poors vient donc d’abaisser la notation de la dette japonaise à long terme de AAA à AA. Ce n’est pas une grosse dégradation. Cela ne se traduira que par une augmentation de quelques points de bases sur le marché obligataire. Mais sur les sommes en jeu, quelques points, ça alourdit énormément la dette. Et cette dégradation de la dette sera le prétexte pour abaisser encore un peu.
    Et c’est le moment que le Japon choisit pour commencer à internationaliser sa dette. En pleine crise Greque (un scénario très similaire, au passage). Or quand un pays est dans le collimateur des agences Fitsch, S&P et consort, ces mêmes agences qui ont noté AAA, voire sponsorisé des CDO pourries en empochant des commissions au passage ou noté AAA Bernard Maddof, dites vous bien qu’on ne vous lâche plus. Le Japon a bénéficié de sa solide économie et a tiré sur la corde de la dette autant qu’il le pouvait. La montée en puissance de nouvelle économies bien plus dynamiques, innovantes et accueillantes a progressivement laminé cette position. Pire, le Japon a mis en place un protectionnisme culturel très fort dont les visites de Koizumi à Yasukuni (un sanctuaire dédié aux victimes de guerres et où sont gardé des restes de plusieurs criminels de classe A, des Hitler locaux) sont un peu le symbole extrême. De façon plus banale, « les fruits japonais sont les meilleurs », « la riz japonais est le meilleur du monde », « les agences de voyages organisent mieux les voyages », « les Japonais sont très polis », « il n’y a pas de voleurs ». Et qu’importe si les fruits japonais sont fades et ont grandit sous serre comme les fraises en décembre. Et tant pis si le riz japonais est 5 fois plus cher qu’un riz Thailandais sans empêcher son producteur de vivre dans une quasi-pauvreté. Et ce n’est pas grave si Miki Travel à Paris les promène au Mont-Saint Michel pour 3 fois plus cher, pour une visite express où l’arrêt aux boutiques de souvenirs dure aussi longtemps que la visite elle-même. Et ce n’est pas grave si, quand vous tombez dans le métro, vous ne rencontrez que de l’indifférence. Et qu’importe si le patchinko, les machines à sous, les obsédés sexuels qui se masturbent au contact des femmes dans le métro aux heures de pointe, les bars à hôtesses et l’industrie du sexe où chaque année des femmes disparaissent n’intéressent pas la police. Depuis leur enfance, les Japonais reçoivent une éducation nationaliste. Il y a 50 ans, l’ouverture sur le monde était la règle. Mais progressivement, les gouvernements toujours plus réactionnaires qui se sont succédés ont popularisé que tout cette culture de l’ouverture n’était pas « la vraie » culture du Japon, mais une culture d’importation. Les vieux parlent de la guerre. Les jeunes quasiment pas, mais ils savent en revanche que la pays a été occupé. Il y a juste qu’on ne leur a pas dit pourquoi. La télévision abonde de programmes vantant l’exceptionnalité japonaise. Raciale. Esthétique. La langue elle-même. Il sont finalement peu nombreux, ceux qui savent que le japonais ressemble au Coréen, d’un point de vue grammatical.
    Ce pays qui se regarde le nombril en se trouvant si beau est devenu comme un pays inutile, qui ne sert à rien. Que le Japon vienne à faire faillite, ça ne changera pas grand chose, finalement. Ça tanguera un peu sur les marchés, mais le Japon n’est pas les USA. Un pays fermé, ça n’intéresse personne. Un pays qui n’envoie quasiment pas d’aide à Haiti, qui n’en a quasiment pas parlé à la TV n’intéresse personne. Un pays où on apprend des langues étrangères jusqu’à l’obsession, mais qui refuse de regarder les étrangers comme des égaux n’intéresse personne.
    Au Japon, en revanche, une faillite aurait des conséquences inimaginables. Un pays fragilisé par 20 ans de crise, avec une jeunesse en errance. Sans compter qu’il en découlerait la disparition pure et simple de l’épargne, ou tout au moins une partie… Les « spécialistes » qui découvrent la « crise grecque » me font rire, finalement, même si ce n’est qu’une façon de parler, et que ces types payés des fortunes pour aller bavarder sur France-Info ou dans des colloques ne sont que de pauvres crétins. Ils ont « découvert » les subprimes en 2007, quand le marché était dors et déjà retourné, et certains en avaient acheté à tour de bras sans même le savoir quand ils se gavaient de CDO (Collateralised Debt Obligation) notées triple A… Pourtant nous sommes en démocratie, l’information est disponible. Sur Bloomberg, par exemple, dès 2006, certains « vrais » spécialistes avertissaient qu’on allait droit dans le mur. Sur FT également. Eh bien nos experts en bavardage sont incroyablement muets concernant le prochain effondrement de la deuxième puissance mondiale. Il y en a même qui voient la croissance y revenir, « tirée par les exportations vers la Chine ». Pourtant, à mots très feutés -normal, c’est une information délirante, incroyable, impensable-, sur Bloomberg comme sur le FT, je regarde l’iceberg approcher depuis des mois. Mais non, on continue comme de si rien n’était…220% de dette publique, ça ne mérite pas la une. La Grèce, avec ses 70%, c’est beaucoup plus préoccupant…
    Remarquez, je dis ça, mais en fait, je souhaite que le Japon fasse faillite. Pas parce que c’est bien. Mais parce que simplement ce pays s’épuise à force de tout faire à l’envers. Les Japonais d’ailleurs ne sont pas dupes. Ils n’ont pas renvoyé le parti PLD, après 60 ans de règne, par hasard. Une étudiante me disait il y a une semaine que de plus en plus de gens parlent du Japon comme si quelque chose planait dans l’air, comme si la machine était arrêtée. À la télévision, les émissions de divertissement on envahit l’ensemble de la programmation, un peu, semble t’il, comme en négatif de la réalité. On rigole beaucoup, à la télévision, et on exhibe des marques de plus en plus chères.
    Bref, sous peu, vous allez en entendre parler, du Japon. Comme je vous l’ai dit, je le souhaite un peu car je ne peux m’empêcher de souhaiter cette colossale faillite. Car je fait confiance au Japon pour, une fois délesté partiellement de ce fardeau, se renouveler et redevenir un pays qui compte pour de vrai. Il faudra qu’il accepte enfin les investissements étrangers, toujours extrêmement difficiles (alors que les entreprises japonaises ne se gênent pas pour profiter du libre-échange dans le reste du monde…). Il faudra qu’il accepte le monde tel qu’il est, avec le Japon dedans, et non comme aujourd’hui, un monde à l’extérieur et le monde japonais à part. Le slogan de la candidature du Japon pour les jeux Olympiques était « unify our worlds ». Je pense que le « s » est un fantastique lapsus qui traduit bien quel est le problème qu’affronte ce pays. Si le Japon avait beaucoup plus tôt internationalisé sa dette, jamais il n’aurait pu aller si loin dans l’endettement, d’autant que cet endettement n’a été causé que par une politique clientéliste qui a enrichi les plus riches et n’a pas empêché une grande partie de la population de s’appauvrir, comme on le constate au quotidien à Tôkyô, et encore plus en province.
    Le plus ironique dans cette histoire est que le seul pays qui sera en mesure d’apporter au Japon les capitaux nécessaires pour assurer sa renaissance sera… la Chine. Pour beaucoup, ce sera inconcevable, impossible. Et pourtant je suis persuadé que les USA laisseront le Japon sombrer sans rien faire car les USA risquent eux-mêmes la faillite de leurs finances publiques et ne pourront en rien « backer » le Japon.
    Le Japon s’est ouvert au monde sous la pression américaine, et de 1854 à 1868 l’ancien système a agonisé, incapable de se renouveler. Puis, le Japon a entrepris sa modernisation avec une remarquable intelligence, mais dans un esprit d’hostilité au monde qui l’a conduit à développer son armée et une idéologie de plus en plus nationaliste qui l’on conduit à mener une politique expansionniste dès les années 1910. Il s’est, de façon logique, rapproché de l’Allemagne nazi. Une nouvelle fois défait en 1945, c’est sur le terrain économique qu’il a mené sa bataille. Et avec un succès remarquable. Là encore, il est allé trop loin et après avoir créé une fantastique bulle financière qui continue de peser à travers la création d’une masse monétaire gigantesque, il est désormais au bord d’une nouvelle catastrophe, mais il continue, comme l’armée japonaise en 1945 a continué jusqu’au bout.
    Mais cette fois, il n’y aura ni Perry, ni Hiroshima. Pour la première fois, le Japon va devoir penser son avenir tout seul. Et je comprends que cela lui fasse peur. Car le nœud du problème est comment se penser dans le monde. Pour un pays qui s’est si longtemps regardé comme à part du monde, c’est une terrible révision. Et si la clef de la survie est à trouver dans les capitaux désormais abondants d’une Chine que le nationalisme a si longtemps méprisée, cette totale révision sera amère et n’ira pas sans instabilité, ni même sans violence.
    Et puis un jour, on verra dans le nouveau quartier à la mode de cette époque d’après l’effondrement, de jeunes Japonaises aux bras de riches salariés Chinois sous les regards amusés des passants. « Nihao !».

  • Tout de frais revêtu…

    Tout de frais revêtu…

    J’en avais envie l’an dernier, vous vous souvenez ? J’avais passé deux mois à chercher comment renouveler mon blog, et puis je me suis arrêté sur cette composition blanche et grise qui a duré presque un an, sans pour autant être totalement satisfait. Je désirais, alors que l’économie avait plongé vers une sorte de puit sans fond, et alors que j’étais persuadé que ce n’étais qu’un très mauvais moment à passer et que nous n’étions pas en 1929, je désirais, donc, un graphisme qui incarne ce que cet ersatz de grande dépression et son simili Franklin Roosevelt m’avaient inspirés au cours de ce qui s’annonçait être un « si long hiver », comme je l’avais titré.
    Peu de temps après avoir perdu mon travail, je m’étais mis à regarder des vidéos sur Youtube, en très grande quantité. Pas n’importe lesquelles. Des vidéos des années 20/30, puisque les médias nous invitaient, à mon avis à tort, à faire le parallèle. Je l’ai déjà écrit, le « vrai » remake de 1929, c’est 1980 ! La récession Thatcher-Reagan, avec ses taux d’intérêts à 30% et ses millions de chômeurs, du jamais vu depuis… les années 30. Mais on ne veut pas m’écouter…Mais grand bien m’en fit, j’ai découvert de vrais trésors du cinéma « parlant ». De 1927 à 1929, toutes les comédies musicales ont été filmées, en sonore et parfois même en couleur. J’étais complètement ignorant du fait que la couleur existait déjà depuis 1912, et que le Kodacolor fut testé dès 1927… Quand au parlant, on en trouve des tonnes. J’ai pris un énorme plaisir à regarder et écouter Helen Kane, le « modèle » de Betty Boop. J’aime cette période car elle opère la transition entre le monde de la mécanique (le début du siècle) et le monde de l’électrique, comme le montre Jean Renoir dans La règle du jeu. En fait, j’ai passé 6 mois à explorer ce qui me fascine le plus dans ce film : les deux mondes, l’un finissant (avec ses phonographes et ses gigantesques orgues mécaniques) et l’autre ne faisant que commencer (le film commence sur une transmission radio et une traversée de l’Atlantique en avion). Renoir est un génie qui a su croquer cette cassure de l’époque comme aucun autre, sans fascination. Avec une histoire…
    J’ai découvert une cassure –qui fera l’objet d’une sorte d’étude économico-culturelle-, entre 1932 et 1934. Et pour ce qui concerne les USA, c’est Cab Calloway qui semble le mieux l’incarner. On a un trend, le trend « charleston-fox trot-, avec ses garçonnes à cheveux courts aux cils épilés à l’électricité et leurs chapeaux cloches, leurs poitrines invisibles. Helen Kane. C’est le trend culturel des « années folles », et qui continue bien au delà, jusque vers 1934/35. Et puis il y a un trend nouveau, porté par le swing, beaucoup plus « afro » celui-là, qui semble démarrer en 1932, juste à temps pour accueillir le new-deal et Franklin Roosevelt ! C’est un trend qui a duré jusqu’à la fin des années 40 et qui a assuré au jazz une suprématie culturelle jusqu’au rock and roll, qui en est la suite, le ressourcement, et le blanchiment. Et dès 1934, on voit les vêtements féminins changer, ils s’épaulent, les tailles se redessinent et surtout, le tailleur moderne fait son apparition. Des 1935, on voit les deux esthétiques cohabiter mais dans des œuvres différentes. Les comédies hollywoodiennes sont résolument dans le style nouveau quand les romances plus conventionnelles continuent de présenter ces filles généralement blondes à la mine triste des années 20. En fait, les USA ont vu surgir l’esthétique des années 40 dès 1933/34, et l’apport de la culture noire est immense. À regarder toutes ces vidéos, j’ai été vraiment attiré, envoûté par cet effet de l’histoire, en quelques années, sous l’effet d’un si violent effondrement de la structure économique précédente. Pour trouver un changement comparable, il faut se pencher sur la période 1959/1964 où les effets cumulés de l’élévation des niveaux de vie lié aux politiques keynésiennes, du baby boom et d’une nouvelle poussée de la culture noire (droits civiques et rythm’n blues) ainsi qu’une nouvelle transition économique, de l’ère électrique à l’ère électronique (transistors et satellites) provoquent le même type de télescopage culturel et sociétal qu’incarne le style Courrèges.
    Bref, au cœur de ce typhon boursier de fin 2008 et début 2009, je me suis remis à dessiner, j’ai trituré mon site. J’ai cherché le simple. Le simple ne peut pas être coloré. Le simple va à l’essentiel. J’ai aussi cherché de la structure. Hier, j’ai désossé mon blog précédent. J’ai été fasciné par la grande page blanche qu’il est devenu, mais ce n’est pas ce que je veux. Je rêvais de « structure », de lignes adoucies mais nettes. Et des effets de contraste des lignes, un peu à l’image de ces designs d’avant-garde des années 20 (mais qui sont aujourd’hui comme de nouvelles évidences esthétiques).
    J’ai vu ce template il y a 10 jours. Il a été créé pour WordPress fin 2009 par un atelier japonais. Il est simple. Ça été tout de suite une évidence…
    J’ai vu pas mal de photographies des collections de prêt à porte de l’automne hiver 2010/2011. Ça faisait très longtemps que je n’avais pas été intéressé par les collections. J’ai apprécié ce retour au noir, au gris, à des formes dessinées. La première collection de crise, un au revoir sobre aux nouveaux riches de « d’la night » (Angela) de l’école qui vient de s’achever. Commencer par du noir, du gris, du blanc, des formes dessinées, de la matière et non ces couleurs post eightees vomies partout dans cette esthétique néo-sixtees qui a si bien caractérisée les années Blair-Clinton-Bush, avec sa bulle immobilière, ses trentenaires « dynamiques », et le crédit qui coule à flot, « demain, c’est comme hier, chérie ». Non, demain ne sera jamais hier. Nous avons une page blanche devant nous et il faudra du temps avant d’oser y remettre de la couleur, d’autant que passé un inévitable retour à la structure, nous irons progressivement vers un travail sur la matière, le matériaux, comme nous l’avons fait à chaque fois. Cette fois, nous explorerons les terres des matériaux sans trace ni marque sur l’environnement… Quoi, je vois tout ça dans un simple template de blog ? Oui, et non. J’ai rêvé au beau milieu de la tempête un retour à l’essentiel. Tout, bien rangé, facile d’accès, extensible, simple et structuré. J’ai trouvé mon bonheur…

    Je suis dans le métro. Je reviens de l’école. Ce matin, je me suis levé vers 8 heures 15, et j’ai transféré mon domaine avant mon petit déjeuné. Il y a un type que je ne connais pas, un « ami » Facebook (j’ai accepté tout le monde le mois dernier), qui a ouvert un tchat alors que je déjeunais, faisais la vaisselle, m’habillais. Son message commençait gentiment, et puis il a commencé à s’énerver, pourquoi tu ne réponds pas (je n’étais pas devant mon ordi…), et la conclusion, imparable, « tu ne mérites pas un ami comme moi ». Quand j’ai regardé ses messages de tchat, j’ai pensé à Queer as Folk, le petit copain de Ted, dans la dernière saison… Voilà un type que je ne connais pas (j’ai tchatté une fois avec lui, 5 mn, la semaine dernière), et qui en gros me traite de connard, comme ça, juste parce que ce matin, il fallait qu’il passe ses nerfs… Je ne tchatte quasiment jamais avec mes amis, pourquoi devrais-je donc être disponible pour mes « zamis ». Hallucinant. Bien sûr, il m’a vidé de son réseau. Il y a des gens, des fois…
    De Tokyo,
    Suppaiku

  • Adieu, Blogger…

    Adieu, Blogger…


    Nous nous sommes aimes d’aout 2004 a ce jour. Je te remercie.

    Ce message se perdra dans quelques heures dans la nuit des flux, alors que le domaine aura gagne d’autres rives.
    Au revoir Blogger. Nous nous sommes tant aimes, et tu me manques déjà…
    Et rendez-vous toujours sur Le Blog de Suppaiku nouveau…
    De Tokyo,
    Suppaiku
  • Lundi 1er mars, la journee sans immigres. Lundi, c’est sans moi.

    Lundi 1er mars, la journee sans immigres. Lundi, c’est sans moi.

    Ce blog est en greve. Journee sans immigres, journee sans moi. A mardi

  • Un dernier pour dire au revoir…

    Samedi matin. Faute de frappe, j’écris marin. Chaleur et humidité sous mon masque, les pollens ont envahi l’air, et si dehors ça reste supportable –malgré hier après-midi une vague impression d’avoir la salive comment dire, crémeuse, pâteuse-, dans le métro, dans les wagons en particulier, c’est assez irritant. J’ai eu hier la vague impression d’étouffer. En sortant, tout se calme. Je porte donc, comme beaucoup de mes semblables (et qu’importe si certains me refusent cette qualité que, de mon côté, je leur accorde volontiers malgré leur connerie crasse), un masque. Dans le train quasiment vide où je suis, nous sommes 4 à en porter un. Ma réaction cette année n’est pas la pire, elle se limite en fait à une simple gène. Pas vraiment étouffer, non, de l’épaisseur. Je vais sans doute acheter un de ces sprays nettoyants et apaisants. Pour d’autres, et pour moi aussi il y a deux ans, c’est un vrai calvaire. Les éternuements à répétition, le nez qui se met à couler comme une fontaine pendant dix minute et qui continue à vous démanger à vous donner des envies de l’arracher, des maux de tête évoquant une sinusite, une vague envie de vomir, des saignements de nez, voire des poussées de fièvre, des quintes de toux, des yeux douloureux. Chez moi, le masque est suffisant et je n’ai quasiment jamais pris de médicaments, mais certaines personnes sont obligées d’en prendre pendant deux mois…
    Cette allergie au pollen, c’est l’allergie aux cyprés qui ont été plantés massivement dans les années 50 pour pallier le déboisement massif consécutif à la reconstruction du pays dans l’urgence de l’après-guerre. C’était autrefois un problème inconnu, mais qui augmente chaque année au fur et à mesure de la croissance des arbres. Une élève me disait que le phénomène était aggravé par l’urbanisation massive de la ville : les sols ne peuvent plus absorber les pollens que désormais les vents transportent au loin.
    Le type à côté de moi sent mauvais : tabac et cendrier mêlé. Il pue. Mais qui donc a dit que les Japonais sont propres ? Il s’est certainement lavé hier soir, pas ce matin où il ne s’est que rafraîchi le visage –comme quasiment tout le monde-, mais il a visiblement remis ses vêtements d’hier comme j’ai constaté chez beaucoup de gens. Il y des gens ici qui ont une odeur de saleté, de crasse, et je suis sûr que pourtant ils se sont lavés, que diable, ils sont Japonais ! Mais les vêtements sont eux très douteux. Ce phénomène concerne, bien entendu, les hommes, et je suis persuadé que ce sont des célibataires. Le type a côté de moi a bien 30 ans, les sourcils méga-épilés, et il a une touche de puceau éternel qu’on ne croise qu’au Japon. Une touche qui fait souvent dire aux filles quand elles évoquent en avoir croisé un, 気持ちが悪かった ! En gros, il craint / Je me suis sentie mal. En français, on dirait que le type a une tête de violeur. Et vraiment, le type à côté de moi, il en a vraiment une. Et il pue.
    Cette semaine, ça a été la grande bagarre. C’est mon côté geek. J’ai un nouvel appareil photo, et j’aimerais développer mes originaux RAW au mieux, et j’aimerais retoucher rapidement tout en ayant quand même beaucoup de possibilités, ce qui veut dire en gros : Lightroom 2 ? Aperture 3 ? Photoshop, j’ai déjà, mais je ne le réserve que pour du vrai traîtement. Et pour le RAW, Sigma, Lightroom ou Photo RAW ? Je crois avoir trouvé ma solution. En revanche, je vais abandonner iPhoto qui me servait à créer des albums. Un geek, je vous dis, dès qu’il s’agit de trouver une solution à un problème que je me pose moi-même au sujet de mon ordinateur, de mon blog, etc. Mais bon, je suis comme ça… Généralement, tout s’arrange quand j’ai résolu mon problème. En fait, mon ami Nicolas n’est pas étranger à cette fixation. Il nous a envoyé un mail il y a deux mois son intention de ne pas renouveler son compre mobile.me. Moi, ça fait 10 ans que j’en ai un, et j’avoue qu’en y regardant de près, il y a nettement mieux ailleurs. IWeb, la seule application justifiant encore éventuellement mobile.me, est une application très en retard. Je ne l’utilise pas pour blogger, ni pour « créer un site » : c’est trop moche et trop lent. Je l’ai réservé à mes albums photos grand public, mais là encore, d’autres font ça aussi bien. Bref, je pense arrêter cette année. Ça va être un peu problématique pour les emails, mais d’un autre côté, j’utilise déjà essentiellement Gmail…Mobile.me est un service finalement très cher, très archaique. Par ailleurs, comme j’ai acheté un nom de domaine, je suis assez libre de changer beaucoup de choses très facilement. Le printemps arrive, c’est le bon moment.
    Je vous réserve une surprise sur ce blog mardi la semaine prochaine. Et je vous informe que ce blog sera en service minimum lundi 1er mars car il faudra « faire sans moi ».
    Tiens, de ce côté-là, j’ai écrit un très long récit sur moi, sur mon père, sur les Algériens, afin d’en arriver à mes options politiques, ce en quoi je crois, et en quoi il y a un lien entre la vie, en particulier la mienne, et la politique, en particulier mes convictions. Je n’ai pas terminé, et je me pose la question. Mon blog ou Minorités ?
    Ce matin, j’ai donné un article du Financial Times sur la visite en Europe d’envoyés du ministère des finances Japonais : le Japon a de plus en plus de mal à financer sa dette abyssale (220% du PIB, un déficit de 11%, record du monde toute catégorie) car l’épargne intérieure ne suffit plus. Le Japon va donc maintenant essayer d’avoir accès aux marchés internationaux. Pourtant, mes étudiants s’intéressent à « la Grèce ». Ils sont tous deux dans de grands établissements financiers. Je suis curieux de voir comment ils vont réagir à la lecture d’un article qui suggère en filigrane que la faillite du Japon est globalement inévitable. Je ne leur ai pas non plus suggéré que la seule solution est une reprise de la politique d’ouverture économique. En effet, la plupart des produits industriels européens que l’on peut acheter au Japon sont assemblés en Corée. Le patronat japonais a pratiqué un lobbying important pour maintenir le marché aussi fermé que possible…ce qui a accéléré et renforcé la crise du Japon, en donnant ce côté Ponzi à l’économie, où tout le monde vole tout le monde, et où le nombre de pauvre désormais s’envole exponentiellement. Je verrais la semaine prochaine leur réaction.
    Profitez-bien des photos, et regardez bien ce blog, et pardonner mon absence lundi 1er Mars. Car le 1er Mars, c’est sans nous.
    Et à mardi…
    Madjid

  • Le moule et le Spectacle

    Le moule et le Spectacle

    Dehors, temps froid d’hiver et ciel bleu. La neige a fondu à peu près partout. Moi, j’ai attrapé froid dimanche dernier et je préfèrerais nettement rester chez moi que sortir. Enfin, il y a deux jours, la nuit avait été difficile, mais la nuit dernière s’est bien passée et mon nez n’est plus aussi congestionné. Je tousse un peu, les narines grattent un peu, mais je me sens mieux. Je n’ai jamais aimé les rhumes. Souvenirs d’enfance.
    Aujourd’hui, il a fallu qu’une conne qui avait oublié de mettre son cerveau en route réserve une leçon particulière à 14h30. D’habitude, elle réserve le vendredi soir. C’est une étudiante, elle a 21 ans. Elle est plutôt sympathique, souriante. Mais réfléchir n’est pas trop son truc, et quand on lui demande ce qu’elle veut faire après l’université… Elle voudrait partir au Rwanda pour aider à installer des écoles. Elle y est née, son père y ayant travaillé. Mais ce qui est curieux, c’est qu’elle veut y aller dans un cadre précis. Unesco, Unicef ou ONU. Pas autrement, visiblement. Et comme elle veut être manager sur des projets, elle entend d’abord travailler en tant que consultante. En recrutement ou en direction de projets. Elle m’expliquait comment il est difficile de trouver du travail, mais elle m’expliquait qu’elle aimerait aider les étudiants ou les chômeurs à trouver du travail. Je lui ai demander si la direction de projet ou le consulting ne demandaient pas un peu d’expérience, mais m’a répondu que non, puisqu’il y a des formations dans les entreprises et qu’elle apprendra le métier. Là, je l’ai regardée et j’ai pensé qu’elle était vraiment conne. Et que ce sont des comme elles qui dissèquent des CV à longueur de journée sans avoir jamais travaillé de leur vie. Comme cette burne aux Assedics, il y a 7 ou 8 ans qui me reprocha de faire de l’interim depuis des années. J’avais beau lui dire que pour moi, c’était bien, elle n’en démordait pas, je devais apprendre un travail. Je lui répondais que je ne voyais pas où était mon problème puisque je ne coûtais pas un centime. Mais elle me dit que je devais me plier au règlement des Assedics. Elle me demanda alors quel genre de stage j’aimerais faire. Je lui répondis que je travaillais sous Mac et Windows, que je pouvais utiliser Access, Word et Excel, que j’étais qualifié pour faire une dizaine de catégories de Swifts, que j’avais des notions de comptabilité financière, que je maîtrisais les CICS ainsi que Murex et divers systèmes utilisés par les banques, que j’avais naguère pré-préparé un devis de budget de spectacle et que bien entendu, j’étais parfaitement bilingue français-anglais, que je parlais japonais à un niveau intermédiaire et que j’étais diplômé de l’Université de Paris 1, en histoire. Elle me regardait, plutôt vanée, quand je lui donnai le coup de grâce, en lui demandant si elle avait une idée de formation. Elle fit une réflexion du style « vous devriez quand même chercher un travail stable », puis je la vis se démener sur son clavier, c’en était pitoyable. Je l’ai quittée en me bidonnant de rire. Mais après, j’ai eu un de ces coups de détestation pour ces planqués des administrations qui n’ont jamais mis un pied dans la vraie vie, et qui coupent des allocations, dénoncent les sans-papiers ou appellent la police au moindre problème à un guichet. Quand mon frère déménagea de Bondy à Paris, en 93, les Assédics ont perdu son dossier. Pas de paiement pendant 5 ou 6 mois, il a même reçu son impayé alors qu’il venait de reprendre un travail, si je me souviens bien. Il est allé se plaindre, un jour. On lui a dit que son dossier était en recherche et qu’ils ne pouvaient rien faire. Il a fait remarqué qu’en attendant il fallait bien qu’il mange. Il a été vidé par deux agents. Alors que je m’étais enfoncé dans la dépression, vers 91/92, un des premiers efforts que je fis fut de demander le RMI et de trouver un travail (oui, j’en étais là), n’importe lequel, sur les conseils de ma psy (qui avait le don de n’en faire aucun, mais de me permettre d’écouter mes propres conseils…). J’ai eu la chance de trouver un CES dans une compagnie théâtrale. Je recevais une fraction de RMI, environ la moitié, en complément de ma moitié de Smic. Je me souviens, de retour d’une semaine de congé chez ma mère, l’année suivante, plus de RMI. Je devais souscrire un « contrat d’insertion ». Je fis remarquer que j’avais déjà un CES et que personne ne m’avait parlé de ça. À la CAF du 19e, combien de fois j’en ai vu pleurer, des hommes et des femmes à qui on avait coupé une allocation, un RMI, sans les prévenir, parce qu’il manquait un papier ou même parce qu’un agent s’était trompé. Et combien de fois ai-je vu arriver les vigiles ou même les policiers, à la moindre contestation au guichet.
    Quand j’ai repris des études, en 93, je n’ai rien dis. Mes études n’ont rien coûté à personne, contrairement à toutes les formations bidons qu’on m’a souvent proposées, et ce sont ces études qui m’ont vraiment aidé. J’ai même pu rendre une partie de mes anciennes allocations car je suis devenu imposable.
    Je regardais cette idiote me raconter ses histoires de consulting et je me suis pris à penser qu’il y a toujours quelque ironie à donner des conseils aux autres concernant des sujets qu’on ne connaît pas…
    Le métro vient de se métamorphoser en train. Dehors, c’est un très grand soleil, et il reste de la neige : l’ouest de Tôkyô est plus frais que l’est où j’habite. Je viens d’arriver à Saginuma, je descends à la prochaine. Je vais laisser mon ordinateur, je retrouve la petite conne dans 5 minutes. Il ne manquerait plus qu’elle manque sa leçon.
    15h40. Ça y est, elle vient de partir. Elle est gentille, mais vide. Elle ne lit pas, ne s’intéresse à rien. Elle n’y est pas pour grand-chose, le système universitaire japonais est calibré pour fabriquer des légumes. Des légumes Japonais.
    Samedi dernier, je suis allé renouveler mon abonnement à la bibliothèque de l’Institut Franco-Japonais, à Iidabashi. J’ai ainsi emprunté un des livres les plus à la mode dans le milieu des années 90. La société du Spectacle, de Guy Debord. J’en avais lu des morceaux, il y a plus de 20 ans, mais dans les années 90, je m’en étais fait un de mes livres détesté. J’en ai lu une bonne moitié, et je m’appeçois que NE PAS lire la Société du spectacle en 95, c’est refuser le spectacle. C’est remettre l’objet à sa place d’objet en papier, c’est le dénuder de toute sa charge « cool » des années 90. J’avoue, je confirme, c’est quand même un grand bavardage, et cela pourrait même s’apparenter à une poésie. Certains passages sont très beaux, profonds et on effleure le réel jusqu’à l’écoeurement :
    « Kennedy était resté orateur jusqu’à prononcer son éloge sur sa propre tombe, puisque Théodore Sorensen continuait à ce moment de rédiger pour le successeur les discours dans ce style qui avait tant compté pour faire reconnaître la personnalité du disparu ».
    Qu’est-ce que c’est bien vu…Je me souviens, en 2003, quand les USA ont commencé leur guerre en Irak, j’ai refusé de regarder la télévision et de me contenter de la radio. Je ne voulais plus être la proie du spectacle comme je l’avais été en septembre 2001 ou en avril 2002. Le 11 septembre, nous avons eu les yeux fixés sur nos écrans, hypnotisés. Manipulables à merci, surtout aux USA. Rebelote en France, où nous aurions du éteindre le poste à 20 heures cinq, plutôt que regarder Aubry, Strauss-Kahn, Fabius, Besanceneau et consorts jouer à « je veux être le premier à appeler à voter Chirac » avant que Lionel Jospin n’annonce qu’il ne se « retire de la vie politique », le tout mis en boucle par la même moulinette qui avait servi la soupe sécuritaire pendant des mois. Je me souviens de mon ami Nicolas, m’annonçant deux semaines après le début de la guerre que les USA s’enlisaient. J’avais déjà entendu exactement les mêmes termes à la radio, sur France-Culture, mais les mots sans les images, ça ne fait pas le même effet. Je lui avais rappelé que 2 semaines, pour une guerre, ça faisait un peu court pour juger…Mais comme la position de la France étaient « haro sur les US », les médias ont rabâché à qui mieux mieux que l’Amérique s’enlisait. Au même moment, la Côte d’Ivoire entrait en guerre civile mais là, la couverture médiatique fût bien plus discrète. Bouygues (TF1), Vivendi (Canal Plus), Suez et Havas (M6) mais aussi l’État (France Télévision), veillèrent à ne pas montrer l’enlisement dans le sang de leurs intérêts intérêts respectifs dans un pays où ils se sont allègrement partagé les privatisations dans les années 90, après y avoir arrosé Ouphouet Bouani.
    Je trouve l’écriture de Debort terriblement froide, sèche. Débarrassée de tout affect, comme si sa dénonciation du spectacle avait annihilé tout artifice du langage et ne retenir que le message principal : le spectacle est dans tout, il est la forme d’une société qui n’existe et se perpétue par le spectacle, rationalisant sa propre mise en scène dans le spectaculaire de l’abondance et n’ayant plus qu’un but, étendre le spectacle à tous les aspects de la vie, partout où subsistent encore quelques restes d’une réalité ancienne, forcément ennuyeuse. En fait, ce livre mérite des lectures publiques. Non tant pour le message, que pour le spectacle lui-même, celui d’une mise en scène qui ne pourrait être qu’une mise en scène de la misère des hommes à un âge qui les prive de leur vie jusqu’à leur image d’eux-mêmes composée par les agents du spectacle.
    Après ma connasse de 21 ans, j’ai retrouvé les 3 « kids » du mercredi. C’était la dernière leçon de Yumiha. Dès le mois d’Avril, elle ira dans une ジュク, une juku, une de ces nombreuses écoles du soir destinées à faire des machines à concours, où on apprend par cœur des choses inutiles qu’on ne comprend pas. Elle y ira certainement tous les jours, de 16h30 à 19 heures et apprendra à devenir au moins aussi idiote que mon légume de 14h30. C’est dommage, car elle est amusante, blagueuse, vivante et intelligente. Mais le Japon n’aime pas ce type de caractère et ne promeut que les natures serviles et obéissantes. Mon élève privée Mariko m’a souvent tenu des propos extrêmement violents sur le système universitaire, une espèce d’usine à fabriquer des robots. Et une société japonaise qui rejette tout ce qui est différent, original.
    Pauvre Yumiha…
    De Tôkyô,
    Madjid