Auteur/autrice : Madjid Ben Chikh

  • Après le typhon 7号

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    Quel bruit, cette nuit… Numéro 7 nous est passé dessus quelques temps avant de filer plus au nord laissant derrière lui sa longue trainée de pluie épaisse et abondante comme un Français ne peut pas imaginer. Grand bruit sur les toits, imaginez un peu. Bulletins d’alertes partout et rappels à la nécessaire vigilance. Le Japon est bien entrainé et se remet toujours très rapidement de ces évènements climatiques extrèmes. A l’image de ces corbeaux et insectes qui dès ce matin remplissaient le silence comme si rien ne s’était passé, ou plutôt, tiens, à la Japonaise, un tout petit peu plus fort, juste un rien, comme pour rappeler que c’est vraiment comme si rien ne s’était passé… C’est certainement au contact de cette nature luxuriante et presque indifférente aux circonstances que les Japonais ont appris à s’adapter aux circonstance et notamment, par deux fois, en 1853 et en 1945, à échapper au désastre et à déborder d’énergie.
    Il me semble entendre ce matin encore plus de grillons, plus de cigales. Malgré la pluie qui tombe encore ici ou là…
    De Tôkyô,
    Suppaiku

  • Bref, typhon en perspective…

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    Ah, le chant de semi mêlé à la moâteur qui précède le typhon 7号 qui arrive joyeusement sur Tôkyô… 久しぶりであったね...Pour le coup, je me sentirais presqu’en vacances, dites donc ! J’entends les oiseaux, les 蝉(cigales) et toutes ces bestioles qui font du bruit et que je n’ai connu que lors de mes oisifs séjours à Kyôto. Hop, nouvelle réalité, les voici dans ma vie de tous les jours. Pour vous dire leur nombre, à Ginza aussi, on les entend, perchés dans les arbres…
    Bientôt l’heure du travail, et puis mon week end.
    De Tôkyô,
    Pénard…
    Suppaiku

  • Rideaux fermés, petit courant d’air…


    Il fait chaud depuis 8 jours, enfin. La saison des pluies s’est achevée. J’avais appris que la saison des pluies, 梅雨, n’avait rien à voir avec les moussons d’Asie du sud est, et c’est vrai… Il ne pleut pas tous les jours, c’est juste une présence d’humidité, une infinie variété de pluies, fines, épaisses, subites ou progressives, avec vent, ou sans vent, et surtout une très grande imprésivibilité de la météo, un temps extrèmement variable, qui change du tout au tout en moins d’une heure, température, humidité et direction comme force du vent. C’est, concernant l’humeur, l’équivalent de novembre à Paris ou janvier à Londres, l’impression d’un mois interminable de grisaille… Cette saison des pluies est fatigante pour le corp.


    Alors, quand arrive la mi-juillet, sans doute inspirés par quelque divinité quelque peu joyeuse, on célèbre la fin de ces “pluies des pruniers” par forte consommation d’anguilles grillées sensées restaurer les forces mises à mal par ce trop long mois, et, enfilant le ゆかた/yukata, kimono de coton, on s’en va regarder les 花火/hana-bi, les feux d’artifice.
    Il fait chaud, il fait beau, et je me moque de ce 台風/typhon numéro 6 qui arrive sur le sud du Japon avec ses quelques pluies… Ca va peut être même nous faire du bien… Il fait chaud, je fais du vélo la nuit, et j’aime la ville vide, ses noeuds d’autoroutes qui s’emmèlent en tout sens et toutes directions, la nuit. Il fait chaud, et j’ai mis l’air conditionné trop fort vendredi soir, et samedi ma température est montée à 38,9°… bref une bonne angine aujourd’hui quasiment disparue… Il fait chaud et Jun est toujours à mes côtés. Il fait chaud et ça fait 6 mois que je quittais Paris. Aucun regrets.
    De Tôkyô,
    Suppaiku

  • 東京31℃、暑いな...Il fait méga-chaud !

    久しぶりだね!1ヶ月間ぐらい何も書かなくて、ごめんなさい...仕事、梅雨などが流れたので、いろいろなばらばらの考えを思って何も書きたくなかった.毎日France-CultureにMichel Onfrayが出て 聞く.自転車に乗っていろいろな場所に行く.歩いて良く散歩する.何も面白く出ないので、テレビをあまり視ない。時々、ドラマをドーヌロードをすることだけだ.カイカイと一緒に2/3回に待ち合わせする.
    じゃじゃこれから出かける.
    今晩もっとこの日記に書くつもりなんだ.フランス語でも!Ne vousinquiétez pas, je vous reviens ce soir en français.
    De Tôkyô,
    Suppaiku

  • 10h40 et déjà 27° : qui s’en plaindrait ?

    Une révolution dans ma vie : le four et le gaufrier !

    Amis internautes, fidèles compagnons de ma vie de tous les jours, accompagnateurs zélés : me revoici ! Je vous reviens sans aucune nouvelle aventure, sans avoir rien à vous dire, le coeur bien en place et qui ne chavire pas, sans la moindre trace de trac : manquerait plus que vous me fichiez la trouille, non mais… !
    Pas eu des masses envies d’écrire ces derniers temps. Plutôt envie de vivre pour moi-même, sans trop y réfléchir, avec un petit goût de on verra bien. Ca m’a toujours réussi… Autrefois, je vous parle de l’époque d’avant mon analyse, en gros, je m’enfermais chez moi. Je finissais toujours par déplacer les meubles, faire le ménage et ça allait mieux jusque la prochaine fois. Un jour, il n’y a pas eu de prochaine fois en vue, je me suis senti très mal : je me suis retrouvé coincé chez moi, sans aucune illusion de déplacement de meubles : j’avais tout vendu, restait plus que moi… Ca fait mince…
    Ces 15 derniers jours, j’ai donc fait dans le ressourcement : lecture tous azimut. J’ai ressorti le vélo au premier rayon de soleil disponible. Et depuis 3 jours, il fait un temps magnifique : cette chaleur du Japon, cette crème de soleil à l’humidité généreuse qui fait pousser les plantes et leur donne ce vert caractéristique… Quel bonheur ! Au travail, c’est un peu toujours la même chose, au détail près que je suis de plus en plus à l’aise : sans pour autant faire toujours des leçons remarquables, mes “mauvaises leçons” sont assez acceptables et mes étudiants sont contents, je ne les perçois pas “sur leur faim”, c’est ce qui compte! C’est juste moi qui pense, qui analyse.

    C’est qu’on en fait, des choses, avec un four : ici, une quiche et un gateau aux pommes…

    Mon nouveau dada, essayer en semaine de nouvelles leçons, de nouvelles manières de et, le week end, refaire. Mes leçons du samedi matin et du dimanche sont donc des remakes, mais pesés, sous pesés, analysés. Il m’est arrivé finalement de faire mes meilleurs cours le dimanche là où, théoriquement, nous avons moins de temps entre chaque leçon. J’ai aussi de plus d’élèves de niveaux avancés qui me disent que “c’est difficile”, ce que je leur demande en “discussion”. Cela me satisfait car cela veut dire que je place la barre à la bonne hauteur. Cette semaine, c’est un étudiant assez haut qui, à la fin du cours, m’a dit que ça avait été très difficile. Imaginez : commentaire de texte, commentaire de peinture : allez y, dites moi pourquoi l’auteur dit ça, et ça qu’est-ce que ça veut dire… Je saucissonne le texte pour pouvoir tenir 40 minutes, je leur mitonne une mini-leçon qui leur fournira un mini-outil solide, et vogue la galère…

    Photo prise à l’exposition de la Tour Mori. Si vous passez par Tôkyô, que vous ne l’avez pas vu à Beaubourg, franchement, allez. Loin de l’Afrique des “cases”, une Afrique de la modernité qui confronte sa réalité sociale, politique, historique, le poids de ses traditions et le monde qui l’entoure : l’Art comme produit de ce télescopage, parfois extrèmement violent, révélateur. Une grande exposition d’Art d’aujourd’hui.

    Une élève de niveau moyen, toute pimpante, qui fait de grosses fautes parfois – c’est en fait une de mes préférées -, je lui ai quasiment coupé le bec 2/3 minutes, cette semaine. Le Bonheur est dans le pré, de Paul Fort. Texte simple pour alimenter une conversation sur le bonheur, sa condition, sa quète. Difficile pour elle car elle a la maturité et l’intelligence d’une femme de 50 ans mais le vocabulaire d’un élève de 4ème… Elle m’a d’abord donné une analyse à sa façon, guillerète, avec son vocabulaire habituel (elle est giga-expansive). Manque de chance : je recherchais sa profondeur, je lui ai posé une question colle, puis une autre question. Et là, soudain, plus de discours automatique, je faisais appel à TOUT ce qu’elle savait de la langue française. Etes vous sûre que l’auteur pense comme vous ? Ca peut paraître simple, comme question, mais elle a compris que, peut-être, elle avait lu ce texte trop rapidement, et donné son opinion sans trop réfléchir. Alors, elle a relu en silence, elle a commencé à parler, et elle s’est arrêté : “c’est difficile”. Là, j’avais gagné ! Elle m’a donné une explication de texte brillante, avec son “pauvre” vocabulaire, mais avec un peu de conditionnel, du subjonctif même, des exemples, je l’ai un peu titillé, elle a contre-argumenté… Je n’ai pas eu la dame qui rit toujours dans les leçons de groupe, mais une élève appliquée. Je l’ai quittée contente, presque épuisée ! La semaine avant, c’est avec un tableau de Greuze que je l’avais titillée : j’ai découvert une femme libre qui avait refusé la destinée classique faite aux femmes : enfant, maison ! Et elle a refusé le qualificatif d’ingrat donné au fils dans ce tableau représentatif de l’art “bourgeois” qui s’impose dans la seconde moitié du 18ème siècle “il est libre, il n’est pas ingrat”. Bref, le père n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même…

    Ben oui, je suis toujours avec Kaikai.
    C’est un garçon adorable. Tenez, samedi, nous sommes allés à la Tour Mori : exposition d’art contemporain africain. Pour lui, une double révélation : l’art contemporain et l’art africain. De l’art africain loin des cases et du bambou, tout en vidéo, en photos et en couleurs étranges. Il a été surpris, je crois. Mais intéressé. Il aime les fenètres que je lui ouvre sur le monde, lui qui est né dans ce pays fermé, à l’idéologie de forteresse assiégée.
    On sort, et c’était Roppongi. Un quartier qui est épuisant : ici, on a l’âge des habitués de Shinjuku, mais on se la joue “jeune” comme à Shibuya. Les jupes sont courtes et les yeux des Américains sont à l’affut. Ca me fait l’effet d’une sorte de Back-room à ciel ouverte, hétérosexuelle et métissée. Des rabateurs vous foncent dessus : il y a des bars spécialisés qui évitent à des gamines de devenir SdF, par ici, et l’argent étranger est le bienvenue. Des cohortes d’étrangers parfois gros, d’étudiants aux faces de puceaux en chaleur, des filles qui passent, des trentenaires aux allures de minettes fardées, et on marche vite, et on marche vite : une backroom, je vous dis ! J’ai senti ma tension monter, on cherchait un restaurant, il était plus de 10 heures, Kaikai qui me dit qu’on pourrait aller dans un family restaurant, il ne connait pas le quartier et à 10 heures, il n’y a plus grand chose. Je refuse, pas le family restaurant… Et je me mets à faire la gueule, je ne parle plus. Je le vois bien qui me regarde de temps en temps, il essaie vaguement de communiquer mais pas un mot ne sort de ma bouche, je pense à toute allure : j’ai bossé tout le vendredi, remis ça le samedi, j’ai chaud et je suis coincé à Roppongi avec un gars qui veut manger une pizza, voilà ce que je me mets à penser, un rabatteur qui me cause en anglais, pour sûr son bar est le meilleurs qu’il me dit, on traverse et un autre commence à me parler. Là, je peux plus, on rentre, que je dis, et Kaikai qui ne dit rien. Le mec idéal pour moi, parfait, qui cherche pas à me causer, à me dire que c’est pas grave par-ci. On prend le métro, hop, on se goure de direction, je m’explose de rire, il ne moufte pas, il sait bien que je suis pas dans mon assiette. Arrivés chez moi, c’est un peu lui qui fait la gueule. J’ai préparé des croques-monsieur au fromage avec une mini-salade, il est minuit. On a fini par se sourire. Je lui ai envoyé un mail le lendemain, dans la journée, pour lui donner des excuses, il m’a envoyé une réponse gentille comme tout. Il n’y a qu’avec mes amis que je suis comme ça. Avec un mec, c’est la première fois, et lui, il est comme il faut être avec moi, comme s’il me connaissait bien. Le mec idéal, je vous dis…

    Mes élèves me donnent parfois de grandes joies… Ca fait passer les élèves chiants, inintéressants. J’ai parfois un peu de compassion pour certains. Je pense aussi que je fais bien de ne pas jouer au professeur avec Kaikai : je finirais par le détester !

    Sur de nombreux sites internet, on peut lire que les SdF Japonais sont propres, vivent en groupe et qu’il n’y a pas de mendiants dans la rue. Si c’est vrai qu’il est rare de croiser un mendiant, pour le reste, le Japon n’a rien à envier à l’Occident : les SdF solitaires et crasseux sont nombreux. On les croise partout : dans les rues fouillant le poubelles après minuit, dans le métro comme celui-ci qui dégageait une odeur digne d’un SdF parisien. Ils sont entourés du comportement qui sied à la situation : une indifférence gènée, elle aussi identique à celle que l’on rencontre en France.
    Bref, il y a beaucoup de SdF au Japon, et dans le même état que chez nous. Beaucoup sont agés, voire très agés. C’est normal, pour les jeunes, il y a la prostitution et les bars de hosts!

    Bon, il est un peu plus de 11 heures, je vais arrêter là. Il fait trop beau pour passer mon temps sur ce clavier. Je suis le seul habitant de cette maison à ne pas utiliser l’air conditionné !
    De Tôkyô, en nage,
    Suppaiku

  • CE QUE JE LIS (AI LU) (liste commencée début juin 2006)

    Jonquet, Thierry
    – Les orpailleurs
    – Mémoire en cage
    – Mygale
    – Moloch
    – Le secret du rabbin
    – Du passé faisons table rase
    – Mon vieux
    – Ad vitam aeternam

    Pennac, Daniel
    – Monsieur Malaussène

    Pouy, Jean Bernard
    – La belle de Fontenay

    Diop, Boubacar Boris
    – Le temps du Tamango (en cours)

    Daeninckx, Didier
    – Le géant inachevé
    – Play back

    Picouly, Daniel
    – Les larmes du chef
    – La treizième mort du chevalier
    – L’enfant Léopard

    Proust, Marcel
    – Du côté de Guermante I (à venir)

    Tardi, Jacques / Vautrin, Jean
    – Le cri du peuple : Les canons du 18 mars
    – Le cri du peuple : L’espoir assassiné
    – Le cri du peuple : Les heures sanglantes
    – Le cri du peuple : Le testament des ruines

  • Rien de bien important…

    Vous m’excuserez de ne pas écrire, hein, je vous fais confiance !
    Je suis assez occupé : le travail, bien sûr, mais surtout lire, lire, lire ! Une telle boulimie ne m’avait pas prise depuis très longtemps… Je fais dans le facile : des polars ! J’ai enfin lu des romans de Thierry Jonquet, auteur dont mon ami AtomicDog m’avait beaucoup parlé. J’ai lu un Daenincks aussi, et pendant qu’on y était, un Pouy. Je continue sur ma lancée mais disons que j’ai vite repris ma vitesse de croisière, c’est à dire 3/4 livres par semaine. Mais bon, comme je dis, c’est du polar et la lecture est facile ! J’ai aussi regardé la serie de Fantomas de 1913/14, restaurés à la fin des années 90. Autant la série avec De Funès dévoile un truand high-tech et inodore, autant le Fantomas du début du siècle est un personnage cynique, extrèmement sombre et n’ayant aucun respect pour la vie des autres ni même, finalement, la sienne. Juve est un commissaire à sa hauteur, qui fait de son combat une affaire personnelle. Pas drôle du tout. Extrèmement sombre aussi. Fandor est le beau gosse, journaliste aventurier. 5 longs métrages mis en musiques/sonorisés. Etonnant, ce témognage de l’avant guerre de 14 : en regardant de près, on voit les années 20, déjà : les femmes sans corset et le pied qui se dévoile, les grandes fenètres…. J’ai repensé à Martin du Gars, l’avant dernier tome des Thibaults, quand l’ainé devenu médecin et ayant hérité de l’appartement familial, fait des travaux d’aménagement : agrandir les fenètres et aérer ces pièces auparavant encombrées et sombres. C’est le 20ème siècle qui commence… juste avant que la guerre ne lui donne une tonalité plus grave…
    J’en ai profité pour prendre des chansons 1900 à l’Institut. Beaucoup de nullités mais comme c’est touchant. J’imagine, dans 100 ans, on continuera de voir notre époque…
    En tout cas, je remarque l’effet dévastateur des crises économiques : autant les années 20 sont aventurières, on explore les jazz, on écoute la Créole Joséphine, on danse sur des musiques de fous et les Avant-Gardes explorent des terrains nouveaux, Bauhaus, Dada…, autant des les années 30 c’est net, on se remet à chanter ces mélodies bien lourdes du début du siècle… Même la Russie Soviétique qui se voulait l’Avant-Garde absolue se noie dans tous les conformismes. Quand à l’Allememagne… En France, on sort les accordéons. Je ne peux pas m’empêcher de penser à notre époque, nos soifs de rétros et de nostalgies d’une France d’”avant”. La crise tue tout ce que le capitalisme n’a pas achevé d’uniformiser.
    Vous voyez, ma façon à moi d’être au Japon, c’est de penser comme je le faisais à Paris. Je suis un Honnête Homme. Et je vous invite à en faire autant. C’est qu’il faut avoir un fichu caractère aujourd’hui, pour penser mondial, universel, et regarder la terre comme un seul et même pays. C’est drôle, mais ici, quand je croise un “étranger”, je suis assez réservé. J’agis “à la Japonaise”, c’est à dire que “on n’a pas gardé la fermentation du Tôfu ensembles”. Toutefois, j’ai donné mon premier sourire à un “étranger” la semaine dernière. Je sors du train à Ochanomizu, et face à moi, un Africain, sur l’autre quoi, on s’est retrouvé quasi nez à nez séparés par, disons 10 mètres. On a eu le même réflexe, on s’est souri. Et puis on est passé à autre chose.
    Ici, temps de pouasse : il fait chaud mais nous avons glissé rapidement du printemps pourri à la saison des pluies.
    Bon, je vous fais un post plus long un peu plus tard. Pour info, je vous informe que je suis désormais pour Ségolène Royal à 200 %. Ras le bol des manipulateurs d’interviews qui tentent de la faire passer pour ceci ou pour cela. Je vous invite, si ce n’est déjà fait, à jeter un coup d’oeil à son site, et de juger par vous même. Pour ma part, cela fait 15 ans que je fais le constat qui est dressé dans les 2 premiers chapitres de son livre (à télécharger en pdf, et à discuter dans les forums du site). Je suis pas d’accord sur tout, loin de là, mais le constat est juste et les références aux Social-Démocraties Scandinaves ne me laissent pas indifférent. Et le constat sur les 35 heures, c’est celui qui est vécu partout : les patrons en ont vraiment profité. Où je travaillais avant, pas d’augmentations de salaires et des vacances réglementées à fond, des horaires flexibles… et encore, c’était une grande banque ! Quand à l’insécurité, le langage était rude mais j’avoue partager cette idée que la guerre et l’égoïsme du libéralisme ont quasiment désocialisé des pans entiers de la jeunesse. Enfin…
    Bon, j’ai le Japon autours de moi et je compte bien en profiter aujourd’hui aussi. A plus !
    De Tôkyô,
    Citoyen Universel
    Suppaiku

  • Et c’est reparti pour trois jours de folie…

    J’écris un petit mot hier à Maru-chan, il me rappelle, nous nous retrouvons vers 16 heures à Kôen-ji dans l’ouest de Tôkyô. J’y vais, bien sûr, en vélo, ce qui étonne l’ami-maru. Il m’a fallu environ 30/40 minutes, 飯田橋ー早稲田ー高田馬場ー中野ー高円寺 / Iidabashi- Waseda- Takadanobaba- Nakano- Kôenji en prenant la 早稲田道り / Waseda-dôri.
    Sur le chemin, au hazard des arrêts, je vois les prix des denrées alimentaires s’écrouler. Ainsi, dans mon quartier, trois malheureuses tomates coutent environ 250 yen. A Kôenji, ce qui doit bien faire 2,5 kilos coûte 500 yen (3,5 EUR), en gros moins cher qu’à Strasbourg Saint Denis… ! Nous sommes allés chez lui où nous avons bavardé de choses et d’autres et, au retour, j’ai pu voir son épouse Naoko, enceinte de 4 mois. Je suis rarement porté par les félicitations en cas de grossesse mais dans leur cas, c’est plutôt sympathique car le petit maru ne manquera à priori de rien. C’est un bon départ dans la vie, et ça ajoute quelque chose à un couple… Sympathique. Je suis revenu chez moi en soirée en m’arrêtant au DonQuichote de Nakano où je n’ai pas trouvé de gaufrier… (Naoko et Maru en ont acheté un… 2000 yens…)

    J’ai été amusé qu’un ami, TB, ait judicieusement invité des “passagers” du site japon.org à lire mon sujet sur “les vérités” officielles du Japon. Le sujet a comme toujours dérapé – c’est le propre des forums, et je dois dire que j’aime lesdits forums de moins en moins…- mais comme il s’agit d’un site aux modérateurs expérimentés et assez “invisible”, ce dérapage s’apparente plus à un glissement, bref, l’éternelle comparaison entre la France et le Japon.
    Hormis le fait que ce que j’ai écrit sur mon blog est plus une mise à plat strictement personnelle -je vous rappelle que le blog me permet de partager avec vous ce qui est d’abord un journal intime… !-, plutôt maladroite et assez mal construite, il est assez frappant de voir des gens se livrer à un lynchage de la France, de sa protection sociale et de sa fainéantise et refusent absoluement toute critique du Japon. Moi, je reste Français partout où je suis. Ce que j’aime chez nous autres, Français, c’est notre faculté à ne pas accepter, à critiquer, à rêver autre chose.
    C’est parce que j’aime l’histoire du Japon, ses paysages, sa culture que je suis révolté par cette surrexploitation des hommes, cette industrialisations et ces empilements parfois poussés aux limites de l’absurde avec des répercutions plus que chocantes en matière de pollution et de destruction des sites et surtout cette amnésie pour l’histoire et ce mépris pour leur propre culture… Je critique la France, que l’on me permette de critiquer le Japon. Je n’aime pas ce que les élites nationalistes alliées aux Américains ont fait du Japon.
    Je préfère un système où on donne une bourse aux étudiants à un autre où ceux qui n’ont pas les moyens se bousillent les yeux, la santé et les poumons dans des supérettes ouvertes 24h/24. Je préfère un système où on travaille 35 heures à un autre où on meurt de surmenage au travail. Je préfère une société où les luttes sociales ont permis aux hommes et aux femmes de se rapprocher dans l’égalité en offrant la possibilité de recréer la famille sur de nouvelles bases à une société où l’anti-communisme, des lois d’exception et la pègre réunis ont empêché toute évolution et toute contestation d’un modèle dominant en lui donnant de plus, un caractère “natinal”, “identitaire” qui apparente celui/celle qui le conteste à un traître. Je préfère une société qui se remets en cause et admet ses fautes, colonialisme, collaboration, déportation, à une société qui préfère l’ignorance de mêmes faits au prix d’une amnésie sur toute l’histoire du pays.
    Il y a deux jours, c’est Jean Baptiste qui me contacte. Nous nous sommes balladés dans le quartier puis vers 武道館/Budôkan à 九段下/Kudanshita car il vient d’y emménager près d’市ヶ谷/Ichigaya. On est voisin, quoi. Cela étant, mon escapade hier vers Koênji me confirme bien que ce serait bien de déménager. Ici, c’est cher et de plus, la “centralité” à Tôkyô ne sert à rien. Tiens, d’ailleurs, à Paris, on devrait peut être aller dans ce sens là. Se débarrasser de l’idée de centre… Enfin… J’étais content de revoir Jean Baptiste. Faut que je revois du monde, faut que je sorte Kaikai… Il a tendance à être un peu comme les filles. De lui même, je crois que nous sortirions à peine…
    Et que l’on ne s’y trompe pas, les Japonais sont majoritairement de mon avis. Seuls les jeunes, qui en ressentent en revanche le plus profond malaise, sont ignorants de tout ce qui est perdu. Les plus vieux ont connu les grèves, les luttes des femmes, les luttes contre la guerre du Vietnam… Les Japonais condamnent les visites à Yasukuni, sont pour une réconciliation avec l’Asie et une prise de distance vis à vis des USA. Les jeunes, bien que le lavage de cerveau les affecte au tout premier chef, voient bien le décallage entre ce Japon et cet Occident rêvé et montré en modèle… Mais contrairement à leurs ainés, ils ne savent guère ce qu’est une lutte sociale et n’osent espérer des changements. Beaucoup rêvent à l’Amérique et d’autres à l’Europe voire même à l’Afrique en développement ou à l’Asie émergeante… La majorité se cloître chez elle devant l’ordinateur, dans la salle de jeu, au patchinko ou à la machine à sous et/ou bien consomme, consomme, consomme… Et quand on parle avec eux, on voit la tristesse de ces vies où la vie de famille est inexistante et l’affection absente.
    Je doute que le Japon ait toujours été ainsi. Les “différences” n’expliquent pas tout. Comme beaucoup d’autres avant moi l’ont constaté, les élites nationalistes ont transposé dans le domaine de la société les structures du Japon militarisé. Obeir, être en groupe… Que ceux, occidentaux, qui parlent de confucianisme traditionnel et d’éthique zen aillent se rhabiller : le Japon n’a jamais fonctionné sur ces valeurs si ce n’est son élite militaire du 17ème au 19ème siècle. Mais l’étude des estampes ukyo-e, des dessins sumi-e, la lectures des textes anciens suggèrent un pays plus complexe, fichtrement libéral, “bara-bara”, un peu désordonné.
    Enfin…
    Bon, c’est pas le tout que ça : j’ai des cours à donner.
    De Tôkyô,
    où il fait environ 22° sous les nuages,
    content de son week end…
    Suppaiku

  • Ca y est… il fait beau !

    J’ai ouvert la fenêtre, il fait beau sur Tôkyô. J’ai ouvert la fenêtre et un léger vent chaud rentre dans ma chambre, fait sonner la petite clochette achetée au début du mois à Kamakura. Kamakura… il y a si longtemps, déjà. Comme le temps passe vite. J’ai recommencé à vivre, loin de ce travail sans intérêt à Paris. Et avec le beau temps, ce sont des impressions agréables, des souvenirs anciens et comme à venir qui me visitent. Je suis bien.
    Je suis content des ces quelques commentaires sur Taxi-girl, Daniel Darc. Darc, vers 88/89 je le croisais dans mon quartier, Strasbourg Saint Denis, une ombre portant une veste de treillis, rasé. (Pour Pierre : non, ton message n’étais pas déplacé, j’y réfléchis, mais je t’évite le spam sur ton mobile…). J’ai beaucoup aimé Taxi-girl, mais vraiment, plus que Darc, c’est le clavier de Sinclair que j’aimais et qui donnait ce son si différent.
    Jacno, j’admets que French paradoxe n’est pas un grand disque, mais je ne pense pas que l’ambition de Jacno soit de faire de la grande musique. J’aime Jacno car il ne raconte rien, comme Françoise Hardy. Ca repose…

    J’ai quitté le travail hier à 17h40, il faisait encore jour, il faisait clair, il faisait beau, sur Ginza. J’aime bien mes élèves.
    Et je me suis dis que je devrais donc écrire le その2 des préjugés et “on dit” sur le Japon.
    Ce que je n’aime pas, c’est ici cette obstination à défendre des habitudes, des préjugés comme autant de vérités intangibles. Je regrette finalement de ne pas avoir tenu tête à Toshiko l’an dernier concernant l’expression “avant le Japon” qui l’avait tant froissée. Oui, il fut un temps d’avant le Japon, d’avant la conscience d’être un peuple : la multiplicité des croyances et divinités, des dialectes appuie totalement cela. Défendre un “Japon conscient en soi d’être Japon” est une stupidité bâtie par 150 années de modernisation dans le nationalisme. Tout comme les Français de l’Ancienne France, les Japonais de l’Ancien Japon ne se souciaient guère de leur unité. Ils cultivaient leur riz, vivaient un quotidien de proximité. Leur vague idée d’un ensemble remonterait aux guerres qui ravagèrent le pays du 11ème au 16ème siècle, brassant langue et population. Mais auparavant, qu’était-ce, le “Japon”… Il y avait une Île, des peuples aux usages variés forgeant une histoire commune et un destin commun, le Japon. Des guerres, des inimitiés et de tout cela, un imaginaire qui progressivement devint commun. Mais je doute que le Japon de Jômon ait conçu l’idée de Japon… Le Régime actuel a bâtit une histoire “bouillie” qui veut que de tout temps il y eut le Japon.
    Si je dépasse mon exaspération, je constate toutefois que les Japonais perpétuent de manière “actualisée” des gestes et des habitudes anciennes, que, finalement, la modernisation, en modifiant l’apparence des choses et des gestes n’en a pas pour autant changé l’essence, et qu’ainsi les Japonais restent terriblement Japonais. Ca, ça me ravit. J’imagine la tête des Chinois cultivés qui, parcourant l’archipel il y a 1,500 ans, ne devaient pas manquer d’être surpris par la façon dont ce peuple assimilait les signes de leur antique civilisation…
    Les occidentaux associent le Japon à l’idée d’épure et de silence, à l’idée qu’ils se font du “zen”. Les Occidentaux sont des crétins ! Le Japon au contraire cultive le bruit, l’odeur et la sensualité à des fins publicitaires comme l’Europe l’interdirait sans même un débat. Les choux à la crème et leur odeur de beurre que l’on sent à 100 mètres à la ronde : publicité. Les hauts parleurs, les machines qui causent, le train qui cause, les pubs qui coupent les programmes, les mouchoirs avec des publicités… Ici, tout est publicité, et c’est dans un bruit phénoménal que la publicité s’exprime. A y regarder de plus prêt, quand on s’approche d’une des nombreuses estampes représentant Edo, on s’apperçoit que déjà la capitale avait les mêmes habitudes. Quel bruit devait faire Yoshihara, le “Shinjuku” d’il y a 200 ans, avec ses bordels, ses Izakaya et toutes ces racolleuses…! Dans le roman Sur la route du Tôkaidô, Jippensha Ikkyu décrit comment les filles des baraques de thé alpagaient le client qui, pour finir et n’y résistant plus, rentrait et dégustait un thé infecte et cher servi par une matronne peu appétissante ! Les filles agrippaient le client, lui vantaient les mérites de la maison. Je peux sans trop me tromper imaginer la petite voix de fillette qu’elles prenaient dans cet exercice, la même voix de fillette qu’elles prennent aujourd’hui encore quand elles vous servent dans les magasins et vous proposent de rajouter le “choco cro” à votre café pour 100 y de plus, “yoroshii deshou ka”… Ca n’a pas changé…
    Et ces janizu, ces garçons fluets que l’on voit partout, androgynes nippons qui font rêver les femmes et certainement saliver plus d’un homme… Ne les retrouve t’on pas non plus sur maintes estampes, acteurs de Kabuki alors célèbres, à une époque où le divertissement n’avait pas encore inventé la “J-Pop”… ? Que l’on lise un livre de Saikaku et on s’apperçoit que les acteurs de naguère étaient adulés comme le sont les acteurs/chanteurs d’aujourd’hui, et que leur beauté reposaient elle aussi sur l’ambiguité de leur allure, que leurs vêtement inspiraient tout autant les jeunes hommes de l’ancien temps. Il fallut interdir le kabuki aux jeunes acteurs… mais aujourd’hui les femmes se précipitent aux concerts ou dans les bars de Hosts remplis de copies des jeunes vedettes… Oui, peut être, ce qui a changé, c’est qu’aujourd’hui, les femmes aussi, expriment leurs désirs… Hotesses et Hotes du Japon d’aujourd’hui véhiculent un imaginaire qui à moi, me permet d’imaginer ce qui se cache dans les estampes représentant des “courtisanes”. Jeunesse et beauté “standardisée” : aujourd’hui encore, les hostes et les hostesses se ressemblent fortement (à grand renfort de chirurgie esthétique). Et la jeunesse n’est pas en reste pour copier ces figures de mode d’un genre très particulier. Japonais.
    De toute façon, en dehors de ces critères, la mode et le beau sont considérés ici comme “occidentaux” : les mannequins doivent avoir le type “caucasien” : blanc, chatain et généralement un peu gringalet anorexique, jeune bien entendu. Bref différent mais au corp identique… Qui sait si des gravures du temps de Heian ne véhiculaient elles pas de semblables images des Chinois, alors considérés comme les modèles du beau…
    J’aime, en tout cas, cette façon de s’approprier l’apparence de l’occident mais pour continuer à vivre la permanence du Japon, de ses quartiers de plaisir et d’amusement. Quand je regarde des estampes, je ne peux plus m’empêcher de transposer au temps présent, d’y voir bien peu de changement. Et tous ces gars et toutes ces filles qui font rêver les puceaux et les pucelles d’occident avec leurs looks “trop” (tiens, ça me fait penser, j’ai vu une pub avec Kusanagi le chanteur de Smap, il disait うまく過ぎ/umakusugi… trop bon !) me font finalement bien rire de les voire babas devant ces destinées éphémères si bien racontées hier dans le kabuki et aujourd’hui dans les mangas et dorama … Mais pourquoi donc ne s’habillent-ils pas en putes et en gigolos ?
    Bon, allez, je vous laisse… Ce pays est fascinant quand on le laisse se vivre et qu’on n’en attend rien. Ils veulent faire à leur façon, alors soit, qu’ils le fassent. Contentons nous d’y voir comme une ultime possibilité d’exister malgré le rouleau compresseur des modes de vie standardisés.
    Edo n’est plus, mais ses petits métiers et ses caractères sont toujours là. Ouf…
    Les Japonais sont des êtres terriblement attachants…
    De Tôkyô,
    au soleil
    Suppaiku